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Solidarité

120 000 surblouses en film d’enrubannage

Vie professionnelle

Publié le 30/05/2020

Retour en arrière, au début de la crise du Covid-19. Julien Boehringer, président de la Fédération nationale des infirmiers du Bas-Rhin, est très inquiet. Il confie à son voisin que le personnel soignant bas-rhinois manque cruellement de protections. Ce voisin n’est autre que Gaston Kopferschmitt, l’un des créateurs de la marque d’accessoires Bretzel Airlines. Il active alors son réseau et se met en contact avec le gérant d’une entreprise automobile à Mommenheim, qui propose de mettre à sa disposition plus de 10 000 kits de protection de sièges de voitures pour en faire des surblouses. En quelques semaines, les hôpitaux alsaciens commencent à être livrés. Mais cette initiative ne s’est pas arrêtée aux portes du domaine de l’automobile…

 

 

Les agriculteurs se mobilisent à leur tour

Pourquoi ne pas faire la même chose dans le secteur agricole, en se procurant du film qui sert à enrubanner les meules de foin ? Une idée qui prend forme dans la tête de Denis Urban, membre de l’Union des syndicats d’élevage du Bas-Rhin. Il contacte Michèle Gerst du service élevage de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) pour qu’elle envoie un e-mail aux agriculteurs bas-rhinois. Il souhaite faire appel à leur générosité pour financer l’achat de ces fameux films plastique. « Notre but était d’en acheter au moins une cinquantaine mais, en l’espace de deux semaines, les éleveurs en ont sponsorisé plus de 120 ! », se félicite Denis Urban. « Ce sont plus d’une centaine d’éleveurs qui ont offert jusqu’à trois rouleaux, à raison de 80 € environ l’unité. Grâce à ces dons, 120 000 surblouses ont été produites en quelques semaines dans la salle polyvalente de Dingsheim. C’est dire la générosité de nos agriculteurs ! », constate Denis Urban.

 

 

Ils n’ont pas hésité à sortir le porte-monnaie

Parmi les donateurs, Patrick Winkel, Ludovic Kieffer et Timotée Erdmann. Ces trois agriculteurs font partie de ceux qui ont répondu à l’appel envoyé par l’Union des syndicats d’élevage du Bas-Rhin et la CAA. Trois agriculteurs qui ont en commun de s’être mobilisés et dont les paroles témoignent la reconnaissance qu’ils ont pour le corps médical. Patrick Winkel est exploitant agricole à Hochfelden. « Nous avons plus que jamais besoin du personnel hospitalier, aussi ai-je répondu favorablement à la demande, sans hésiter. Et, après tout, 80 € pour aider le personnel soignant, c’est le minimum. » Propos appuyés par Ludovic Kieffer, agriculteur à Behlenheim. « Peu importe même qu’il ait été produit 100 ou 120 000 surblouses… L’essentiel est que nous ayons pu aider à lutter contre ce virus qui nous paralyse tous. » Timotée Erdmann, quant à lui, a été très touché par l’appel lancé, car une partie de sa famille travaille dans le milieu médical. Exploitant agricole à Volksberg, il était prêt à financer jusqu’à cinq rouleaux, un élan qu’il a dû limiter : « Je me rends compte du merveilleux travail qui est fourni chaque jour par nos infirmières et infirmiers. J’ai financé trois rouleaux. Il y avait visiblement beaucoup de dons, sinon j’en aurais offert encore plus. » Et de conclure : « Si l’épidémie devait reprendre, j’offrirai à nouveau des rouleaux sans hésiter ! » Un élan qui a donné fierté et cohésion aux éleveurs. Et surtout, autant de surblouses produites mérite un grand respect aux agriculteurs.

 

Restaurants

Loyers : les restaurateurs ne veulent pas payer l’addition

Vie professionnelle

Publié le 10/05/2020

En Alsace, depuis le début du confinement, les finances des restaurants sont malmenées et chacun use de stratégie pour garder les comptes à flot. L’équation est d’autant plus compliquée quand il y a un loyer à payer. Alors, quelles mesures les restaurateurs ont-ils adoptées ?

À Stutzheim-Offenheim, le restaurant le Tigre est tenu par le chef Emmanuel Wolfrom. C’est un restaurant de gastronomie rurale, implanté dans la région depuis les années 1990. Pour le restaurateur, pas de problème majeur, puisqu’il est propriétaire des murs avec une SCI, à qui il reverse les loyers pour honorer les investissements des crédits : « Nous avons figé la totalité de nos mensualités à la banque pendant six mois. Les aides proposées par l’État vont bien nous aider, nous les attendons avec impatience. » Le chef a remis son tablier, depuis le 27 avril, et compense son manque à gagner avec de la restauration à emporter. Ce dernier explique que beaucoup de clients sont des habitués, notamment des voisins qui se cherchent à manger au moins une fois dans la semaine. « Les clients peuvent réserver leurs plats tous les jours », précise-t-il.

 

 

À Westhoffen, capitale de la cerise alsacienne, se trouve un restaurant aux notes gastronomiques : Au Cerisier, tenu par deux chefs, Yannick Weber et Nicolas Pfirsch. « Nous avons uniquement le fonds de commerce, le propriétaire habite au-dessus. Les loyers ont été gelés depuis mars, notre assurance nous a contactés pour nous expliquer que les loyers seront pris en charge, la crise du Covid-19 étant déclarée comme un sinistre. » Mais cela prend beaucoup de temps car ils ne sont pas les seuls à avoir fait une demande à leur assurance. En attendant les aides, les deux jeunes cuisiniers se sont adaptés : « Nous faisons, tous les vendredis soir, des pizzas et des tartes flambées à emporter et, le dimanche midi, des plats à chercher ou que nous livrons à domicile. Les gens sont assez demandeurs, heureusement. »

 

 

« Si vous n’avez pas les fonds de suite, vous ne les aurez pas forcément après »

Du côté des traiteurs, Anthony Adjedj possède trois enseignes Les 3 Ptis cochons. Locataire de ses locaux à Strasbourg et à Colmar, le gérant fait état de la situation. Le gouvernement a, en effet, procédé à une suspension complète des loyers publics, « sauf que je ne suis pas dans ce cas de figure, puisque ce sont des propriétaires privés », s’agace-t-il légèrement. Dernièrement, il a envoyé un e-mail à ses propriétaires, pour savoir ce qu’ils pouvaient faire. Si les loyers sont gérables pour lui, aux alentours de 1 500-1 600 euros par location, la solution apportée par les bailleurs est loin d’être suffisante : « On m’a proposé un report des charges et des loyers. Les reports, c’est bien mais, si vous n’avez pas les fonds de suite, vous ne les aurez pas forcément après. » Du coup, il a préféré faire rentrer de l’argent en misant sur le digital : « Nous avons décidé de nous mettre sur les plateformes de livraison comme Uber Eats ou Deliveroo et nous sommes en train de finaliser notre site de vente en ligne. En parallèle, nous préparons la réouverture des commerces avec toute la conformité sanitaire (masques, panières). Nous aurons la chance de pouvoir ouvrir un peu plus tôt que les restaurants », se rassure-t-il.

 

 

Les petits restaurants de quartier strasbourgeois ont de quoi être envieux. À deux pas de la cathédrale, Yannick Bangratz tient Les Chauvins, Père & Fils, avec son fils Quentin. Pour lui, les finances sont difficiles. Il est locataire. C’est un particulier qui est propriétaire des murs. Et il n’y a pas d’arrangement : le loyer continue à être payé. « Je n’ai droit à aucun soutien car le fonds de solidarité est proposé aux chefs d’entreprise qui ont moins de 60 000 euros de bénéfices. Si vous dépassez cette somme, vous n’y avez pas accès. » Une situation qui engendre des répercussions sur son fils, qui n’a pas le statut de salarié. Il n’a donc pas droit au chômage partiel. Le patron désespère. Il perd de l’argent tous les mois, depuis le confinement. Ensemble, ils ont cherché par tous les moyens à se faire connaître ; par Facebook, notamment. Environ 10 000 personnes ont été touchées par leur communication mais c’est insuffisant pour faire tourner le restaurant normalement. La crise du Covid-19 a, en effet, changé la donne : « Nous visions le tourisme, puisque nous faisions des tapas à l’alsacienne. Depuis la crise, nous n’avons plus qu’une clientèle locale. Nous pouvons encore vivre six à huit mois car nous avons fait une bonne année précédente mais, si la crise dure au-delà, ce sera différent… »

 

 

Les solutions arrivent au compte-gouttes

Face au désarroi de certains restaurateurs alsaciens, l’Umih (l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie-restauration) avait quelque peu grincé des dents. La dernière allocution de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, qui remontait au 16 avril dernier, avait laissé le groupement syndical perplexe. « Il n’y a aucun texte ni décret sur les locations privées », avait annoncé de but en blanc Christophe Weber, président de l’Umih 67. « Les restaurants qui ont un bailleur public ou de grands bailleurs nationaux ont obtenu des aménagements voire des suppressions de loyers. Mais les autres, ceux qui louent à des particuliers, se sont fait gentiment envoyer promener. Ce sont ces derniers sur lesquels nous travaillons », expliquait encore Christophe Weber.

 

 

Lundi matin 4 mai, Bruno Le Maire a enfin donné une réponse aux problèmes soulevés par Yannick Bangratz ainsi que par l’Umih. Le ministre de l’Économie a annoncé, au micro de France Inter, que « tous les indépendants qui n’ont pas de salarié pourront avoir accès au deuxième étage du fonds de solidarité pour payer leur loyer. » Bruno Le Maire a également rappelé que le second niveau de cette aide permet de percevoir jusqu’à 5 000 euros. Un peu de répit pour les restaurateurs alsaciens.

Entraide

La filière solidaire

Vie professionnelle

Publié le 01/04/2020

Le 16 mars, le président de la République a annoncé mener une « guerre » contre l’épidémie. L’heure est à la mobilisation générale de la nation. L’agriculture n’est pas en reste et démontre qu’au-delà de sa mission première nourricière, elle a des réserves d’aptitudes et de matériel pour apporter sa contribution utile à cet effort de guerre.

Produire du gel hydroalcoolique à grande échelle

En Alsace, les gels hydroalcooliques sont en rupture de stock, notamment au niveau des pharmacies. Pour faire face à cette pénurie, le groupe Cristal Union, qui exploite la sucrerie d’Erstein dans le Bas-Rhin, a annoncé l’arrêt temporaire d’une partie de sa production de bioéthanol au profit de celle d’alcool éthylique, « afin de répondre avec célérité à la demande de biocide en forte croissance ». « Depuis la fin janvier, nous avons quintuplé notre production d’alcool pharmaceutique et biocide pour alimenter les services de santé. Nous améliorons nos rendements pour augmenter encore notre production », a indiqué dans un communiqué de presse, Olivier de Bohan, son président. Le groupe produit un alcool éthylique, qualité surfin à 96 ° et 99 °, pour servir les besoins des industries de l’hygiène et des biocides. Il livre « ses clients par citerne de 30 000 litres à partir de trois sites, situés dans le Grand Est : Arcis-sur-Aube (10), Cristanol à Bazancourt (51) et Dislaub à Buchères (10) ».

Plus localement, la distillerie Romann à Sigolsheim a livré près de 13 000 litres d’éthanol aux pharmaciens alsaciennes. Le directeur, Erwin Brouard, a précisé : « pour produire du gel hydroalcoolique, il faut de l’éthanol, c’est en fait du distillat vinique qu’il faut rectifier. Pour le produire, il faut des colonnes de distillation dont nous ne disposons pas à Sigolsheim. » Pour autant, la distillerie fait partie du groupe Grap’sud, qui a la possibilité de produire de l’éthanol rectifié à Perpignan. « Nous avons donc fait rapatrier 3 000 litres d’éthanol disponibles vers le site de Sigolsheim. Par la suite, nous nous sommes fait livrer des bidons allant de 1 à 20 l, en fonction des besoins des pharmacies. La production est passée la deuxième semaine à 4 000 l ; la troisième semaine, nous avons créé plus de 5 000 l d’éthanol destinés à être transformé en gel hydroalcoolique. En tout, c’est plus de 13 000 litres de produits que nous avons distribués dans les officines de la région. »

 

 

La distillerie Wolfberger, à Colmar, a également décidé de mettre ses stocks d’alcool à disposition du corps médical. Régis Syda, responsable Technique, Recherche et Développement, explique sa démarche : « Au lendemain des municipales, nous avons entendu un appel de l’Institut Pasteur, mettant en alerte la France sur le manque de gel hydroalcoolique. C’est à ce moment que nous avons décidé de donner nos stocks d’alcool. » Par la suite, la distillerie a contacté la cellule de crise mise en place contre le Covid-19, créée par le Ministère des Solidarités et de la Santé. « L’information est bien passée, puisque les pharmacies d’Alsace ont demandé des aides et par la suite, les hôpitaux de Sélestat, Colmar et Mulhouse ont fait de même. Nous avons distribué 1 200 l d’alcool à 96° à ces trois hôpitaux. Nous avons relivré 480 l à l’hôpital de Colmar récemment. » Pour l’entreprise, chacun peut apporter sa pierre à l’édifice.

 

 

Des combinaisons et des masques

Antoine Herth, député du Bas-Rhin, a déposé seize combinaisons de protection offertes par le Comptoir agricole d’Hochfelden au centre hospitalier de Sélestat. Mais il n’entend pas s’arrêter là. Il appelle tous les agriculteurs et les paysagistes qui ont des stocks disponibles à contacter l’hôpital de Sélestat.

Une autre initiative du groupe sucrier Cristal Union : 4 000 masques chirurgicaux ont été donnés à l’hôpital de Châlons-en-Champagne et les entreprises de l’Agropole d’Agen ont mis à disposition d’une clinique la même quantité.

En Meurthe-et-Moselle, Francis Claudepierre, éleveur laitier a lancé l’initiative « Merci à nos soignants ». Son but, livrer aux services de réanimation des hôpitaux des produits locaux issus d’exploitations agricoles. Au magazine Cultivar, il explique sa démarche : « Nous avons commencé, avec quatre autres producteurs locaux, à ravitailler le service hospitalier en fromages, en pain, en rillettes… Nous devrions pouvoir le faire au moins une fois par semaine jusqu’à la fin de la crise. »

 

Trophées du tourisme

À la recherche de viticulteurs inspirés

Pratique

Publié le 03/03/2020

Chaque année, depuis 2009, les acteurs du tourisme alsacien organisent un concours qui récompense tous ceux qui souhaitent donner un coup de frais et d’originalité au tourisme local. Professionnels, artisans, restaurateurs, start-up, viticulteurs : tous peuvent s’inscrire pour espérer remporter les trophées qui seront remis à l’automne. À la clé, une dotation de 1 000 euros, un peu de publicité et surtout l’assurance de voir se pérenniser l’activité économique et culturelle alsacienne.

Trois partenaires de l’événement ont lancé le concours : le Réseau des offices de tourisme d’Alsace (RésOT-Alsace), Alsace destination tourisme (ADT) et le Crédit Agricole Alsace Vosges. Tous trois sont revenus sur les règles pour participer au concours, dont justifier de moins de deux ans d’activités ou de productions dans le tourisme.

Le monde viticole très attendu

Sous le feu des projecteurs cette année : l’œnotourisme, « activité phare de la culture alsacienne », selon les trois organisateurs. Pour Marc Levy, directeur général d'ADT, les viticulteurs doivent être forces d’idées pour booster l’image du vignoble local. « De nombreuses initiatives existent déjà : visites de caves théâtralisées, paniers gourmands à découvrir dans les caves, par exemple. Mais ces actions ne sont pas assez connues du grand public », a-t-il précisé. Certes, la Route des vins est fortement appréciée par les visiteurs. Mais est-ce suffisant ? Non, d’après le directeur général d’ADT : « Si le client ne peut pas toucher, voir, comprendre comment l’agriculteur travaille sa vigne, de cette façon et pas autrement, ça n’a pas d’intérêt touristique. »

Nouveau partenaire du concours cette année, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) est représenté par Nicole Bott, membre du conseil de direction. D’après elle, « la viticulture a besoin d’un coup de pouce car l’export ne se porte pas très bien en ce moment, notamment vers les États-Unis, avec la taxe du président Trump, le coronavirus… ». Et Marc Levy d’ajouter : « Le Civa cherche à mettre davantage le vin alsacien dans les restaurants de la région. Si un candidat répondait à cette attente, ce serait une belle candidature et je suis sûr qu’elle serait soutenue… »

Déjà des candidats viticoles

Parmi les premiers inscrits, Christophe Bergamini, directeur de l’Office du tourisme de la vallée de Kaysersberg, témoigne : « Nous avons lancé, il y a quelques années, le projet « La parenthèse vigneronne », qui fait appel aux cinq sens, associés au vin. Un moment privilégié pour les clients d’une heure et demie avec le vigneron, pour découvrir la vigne autrement. Par exemple, combiner vin et chocolat ou vin et fromage, faire du Qi Gong (gymnastique traditionnelle chinoise, Ndlr) dans les vignes, la biodynamie pour les nuls… »

 

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