Cultures

Publié le 13/06/2024

Spécialisé dans la vente de vins en restauration, Christophe Lasvigne approvisionne près de 800 établissements en Alsace. Il a créé son propre modèle, qu’il a étendu aux particuliers, grâce à ses boutiques à l’enseigne du Théâtre du vin.

Cela fera bientôt 20 ans que Christophe Lasvigne vend, pour son propre compte, du vin aux professionnels de la restauration alsaciens. « Des vins de toutes les régions de France et du monde, venant de vignerons indépendants, des vins « propres », bons, différents… », résume celui qui préfère « les moutons à cinq pattes » aux productions standardisées et les artistes du vin encore dans l’ombre aux stars des grandes appellations. C’est dans un ancien corps de ferme de Schaeffersheim, faisant à la fois office de bistrot et de théâtre, qu’il a démarré son activité en lançant sa société, Vinothérapie. Dix ans passés comme directeur commercial chez Klipfel, à Barr, l’ont convaincu qu’il existe « une niche entre les agents commerciaux et les grossistes », qui fournissent bars, cafés et restaurants en vins et boissons diverses. « Le temps m’a donné raison. Ce modèle existe aujourd’hui dans d’autres régions françaises. J’ai été un des premiers à y croire. » Un spécialiste curieux et pointu Comme les agents commerciaux, Christophe Lasvigne ambitionne d’être un spécialiste du vin, un spécialiste curieux, qui sélectionne des vins qu’il a lui-même goûtés. « Avoir marché dans les vignes d’où ils viennent, c’est vraiment important pour moi », dit-il, avouant avoir moins de temps pour le faire aujourd’hui qu’à ses débuts. Un spécialiste pointu, aussi. Il puise ses références dans le monde entier - « il y a 20 ans, ce n’était pas si courant » -, s’intéresse aux cépages autochtones ou peu connus, se passionne pour ces fameux « moutons à cinq pattes » qu’il propose aux restaurateurs de vendre au verre, pour les faire découvrir à leurs clients sans prendre trop de risque. Mais cette parfaite connaissance des vins ne suffit pas : pour se faire une place dans le monde de la restauration, il faut « pouvoir proposer le même service que les grossistes : aller voir les restaurateurs chaque semaine (là où les agents ne se déplacent que 3 à 4 fois par an), les livrer, les aider à faire une carte des vins, former le personnel… » Le modèle met quelques années avant de décoller, mais il finit par prendre. Maîtriser la logistique Il faut dire qu’en même temps, le monde de la restauration bouge. « Une carte des vins où tous les bourgognes viennent de chez Bichot ou de chez Drouhin, les beaujolais de chez Duboeuf, ça n’existe plus. Même pour les alsaces, on ne prend plus son riesling là où on prend son muscat. » Les jeunes restaurateurs, nombreux à avoir voyagé, sont curieux et ouverts à la nouveauté, constate Christophe Lasvigne. « Ils veulent connaître le vigneron, le maraîcher qui leur livre ses produits ». N’ayant plus la place ni la trésorerie pour stocker, confrontés à une activité beaucoup moins lisse que par le passé, « ils ont besoin d’être livrés très rapidement sur plein de références différentes. » De cette contrainte, Christophe Lasvigne a fait sa force. En massifiant les achats, en stockant les vins et en assurant une logistique sans faille grâce à ses livreurs, qu’il recrute sur leurs compétences… en sommellerie. « Ils viennent de lycées hôteliers, ont travaillé comme sommeliers, parfois chez des étoilés Michelin. Je leur propose un an de livraison, c’est le meilleur moyen de connaître l’entreprise, les vins, les clients. S’ils font cet effort-là, s’ils sont capables d’expliquer le vin aux professionnels, ils deviennent une force de vente supplémentaire. Alors je m’engage à leur proposer un poste de commercial en CHR ou de caviste sous un an. » Avec 800 établissements clients dans les deux départements alsaciens - des restaurants de toute catégorie aux brasseries, bistrots tendance, bars à vins -, Christophe Lasvigne est devenu le leader de la distribution des vins en CHR dans la région. « Peu de mes clients font 100 % de leur carte des vins chez moi. La plupart des professionnels achètent aussi un peu en direct, un peu chez un multicartes. Moi, j’essaie de faire du sur-mesure : je ne propose pas les mêmes vins à un restaurant gastronomique qu’à un bistrot ou à un bar. Les attentes ne sont pas les mêmes, pas plus que les volumes ou les horaires de livraison. » Il s’adapte aux contraintes de chacun, en privilégiant la livraison en véhicules hybrides, voire par vélo-cargo pour ses clients de centre-ville. Les particuliers aussi En contribuant à démocratiser la consommation de vin au verre, Christophe Lasvigne s’est attiré une autre clientèle, celle des particuliers, désireux de pouvoir acheter les vins dégustés au restaurant. Ce qui l’a amené à ouvrir une première boutique à Fergersheim, sous l’enseigne Le Théâtre du vin, voici dix ans. D’autres ont suivi, dont celle du marché gare, à Strasbourg, dont il a lui-même conçu l’agencement et dessiné le mobilier. Privatisable pour 12 à 150 personnes, elle accueille des événements en soirée. Il a également monté un bar à vin dans la halle du marché gare, qui jouxte la boutique. Complémentaire, la vente aux particuliers n’éclipse pas pour autant l’activité en CHR, qui reste un axe de développement fort pour son entreprise. Pour cela, il ne s’interdit pas, à l'avenir, de sortir des frontières de l’Alsace.

Publié le 28/07/2023

Après une première campagne de recrutement qui a permis d’augmenter la sole betteravière de 10 % entre 2022 et 2023, la sucrerie d’Erstein lance une deuxième vague pour atteindre son objectif de 7 000 ha de betteraves en 2024. Une opération séduction qui a lieu dans un contexte technico-économique particulièrement favorable à la culture.

La betterave ne manque pas d’atouts pour se développer en plaine d’Alsace. Économiques d’abord : avec un prix annoncé à 45 €/t de betterave en 2023, alors que les cours des céréales dévissent, « la betterave doit permettre de dégager une marge brute de 1 000 à 1 500 €/ha de plus par rapport à une céréale », avance Laurent Rudloff, responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein. Réglementaires ensuite, car la betterave, dès lors qu’elle dépasse 10 % de l’assolement, permet de gagner un point d’écorégime, souligne Laurent Rudloff. En outre, dans les secteurs concernés par les mesures agro-environnementales (MAE) en faveur du grand hamster d’Alsace, la culture de la betterave donne droit à une prime. Techniques aussi, puisque la culture de la betterave donne accès à ses coproduits, notamment la pulpe surpressée, un ingrédient riche en énergie, qui accroît la production laitière et la croissance des animaux. La betterave est peu exigeante en azote, ce qui permet de réaliser des économies en fertilisants azotés, dont les cours se sont envolés. Elle s’avère adaptée aux étés chauds et secs, qui risquent de devenir la norme en Alsace. Ses besoins en eau sont modérés et elle valorise bien l’irrigation. Lorsque le mercure s’envole, la betterave se met en pause, mais ne meurt pas. Les semis de betterave sont peu impactés par les corvidés. Enfin, la rotation constituant le meilleur moyen de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs, la betterave s’avère un bon moyen de lutte : elle ne constitue pas une charge nette, mais permet de dégager une marge, confortable qui plus est. En quelques années, de nouvelles variétés de betteraves ont été mises sur le marché. Certaines sont plus tolérantes à la cercosporiose, ce qui, couplé à l’utilisation de l’Outil d’aide à la décision (OAD) Cerc’OAD, permet de diminuer les traitements contre cette maladie. D’autres ont été développées dans le cadre du système Conviso Smart, qui combine un herbicide à large spectre et des variétés tolérantes à ce même herbicide, une combinaison qui permet de contrôler les adventices avec un nombre d’interventions réduit. Des opportunités à saisir L’aide au développement des surfaces betteravières, lancée en 2023, va être reconduite en 2024. Les nouveaux planteurs, ou ceux qui augmentent significativement la sole dédiée à cette culture (+ 10 % avec un minimum de 2 ha) peuvent bénéficier d’une aide de 250 €/ha, portée à 300 €/ha pour les jeunes, ce qui correspond à peu près au coût des semences, moyennant un engagement de trois ans minimum dans la filière. « Les techniciens de la sucrerie assurent par ailleurs un suivi efficace », pointe Laurent Rudloff. Avec l’usine d’Erstein, l’Alsace bénéficie d’un outil économique performant, dans lequel le groupe Cristal Union investit constamment afin de rentabiliser la production de sucre en Alsace. Enfin, pour encourager de nouveaux planteurs à se faire la main sur la culture sans s’engager, le groupe Cristal Union a mis en place un accès facilité à la filière avec le statut de tiers non associé. Temporaire, ce statut permet de vendre les betteraves à la coopérative sans y prendre de parts. Le prix payé est cependant inférieur à celui touché par les coopérateurs. « Notre objectif reste de convaincre un maximum de planteurs d’adhérer à la coopérative, car c’est la condition de la durabilité de la filière », souligne Bruno Labilloy, directeur agricole du groupe Cristal Union. Il conclut : « Tous les voyants sont au vert. C’est le moment de se lancer dans la culture de la betterave. Y compris les planteurs qui ont arrêté. »

Publié le 19/07/2023

Le soleil de juin a boosté la production de cerises, framboises, myrtilles, abricots et pêches. La qualité est au rendez-vous. Un peu de pluie serait maintenant la bienvenue, pour assurer un calibre suffisant en prunes, mirabelles, quetsches, pommes et poires.

« On finit la récolte des cerises en Alsace. Les dernières devraient être ramassées ce 14 juillet à Westhoffen, la capitale de la cerise. Le bilan est bon. Qualitativement, c’est très bon. Le marché en plus est ouvert pour l’Alsace, suite aux aléas climatiques qu’ont subi les productions du Sud et aux dégâts de mouches sur les cultures du Val-de-Loire. Si en volume, on n’est pas à l’optimum (mais à 60 % de l’optimum), les cerises ont un beau calibre et puisqu’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de pertes : ni à la récolte, ni au stockage, ni à la vente. C’est une très bonne année en cerises. La valorisation est bonne. Les prix sont supérieurs à la normale de 2,80 à 3,20 €/kg d’habitude, on passe cette année à de 4,20 à 4,60 €/kg. Les producteurs sont satisfaits », résume Philippe Jacques, conseiller en arboriculture, à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA). Du propre Abricots et pêches aiment le soleil et le sec. Les conditions climatiques sont donc très bonnes cet été pour ces deux cultures. Mais si en pêches, les quantités de fruits vont au-delà de l’optimum, en abricots - dont la récolte est en cours depuis déjà trois semaines -, les rendements sont en dessous des espoirs. La récolte d’abricots sera belle tout de même, précise Philippe Jacques. « Les clients les attendent, après quatre ans sans abricots d’Alsace. Les prix sont là, ils sont bons », assure le conseiller. Que demandent les producteurs ? De la pluie maintenant, pardi ! Car en prunes, mirabelles, quetsches, pommes et poires, « cela pourrait devenir tendu », lâche Philippe Jacques. Chaque semaine qui passe sans pluie, « on peut perdre du calibre », rappelle le spécialiste. La prise de calibre généralement, stagne sans eau, d’autant plus avec des températures à 34 °C en journée et à 20 °C la nuit. « L’arbre ne respire plus dans ce cas », constate Philippe Jacques. « Jusqu’ici c’était parfait », a-t-il dit au début de la semaine. Pour l’instant, les fruits n’ont pas perdu de calibre. Ce sont 30 mm de pluie qu’il faut régulièrement, et non quelques gouttes, ajoute le conseiller. Les vergers irrigués se portent donc bien, mais il y en a peu en Alsace. Le conseiller espère donc que le ciel sera toujours clément dans les semaines à venir. Il observe encore dans les vergers : « On est chargé et propre. » Jolis petits fruits La récolte de myrtilles a commencé avec une semaine d’avance par rapport à la normale, mi-juin. Marie-Laure Schnell, productrice à Stotzheim, note un début timide, puis une accélération de la maturité avec les fortes chaleurs. Début juillet, c’était le cœur de la saison. Les variétés les plus tardives seront récoltées début août. Mais comme l’an passé aux mêmes dates, l’agricultrice attend la pluie. Sinon les fruits attraperont quelques « coups de soleil ». Aujourd’hui, « la qualité est là, les quantités sont stables, les prix se maintiennent », énumère Marie-Laure. Ils risquent de chuter dès que la myrtille allemande arrivera sur le marché, prévient-elle. La drosophile n’est pas présente. Et si la crainte des pucerons était réelle au printemps, aujourd’hui elle est écartée. Le printemps froid et pluvieux avait par ailleurs engendré un retard de floraison, bien vite rattrapé, pointe-t-elle. Mêmes constats en framboises du côté de Nathan Gsell à Ammerschwihr. La récolte démarrée début juin et qui s’achèvera début août, est « belle ». Les volumes sont beaux, les framboises plaisent aux clients (qui achètent en direct chez Nathan), elles arrivent à maturité dans les temps, partage-t-il. « Les auxiliaires ont joué leur rôle de régulateur des pucerons au printemps », détaille Nathan Gsell. Très peu de maladies en petits fruits cette année : c’est toujours bon de le répéter. Mais toujours un manque d’eau !

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