Cultures

Benjamin Lammert, président de la fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop)

« Apporter de la valeur à nos productions et à nos métiers »

Publié le 18/05/2023

Benjamin Lammert, céréalier à Ensisheim, a été élu président de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop). Il était depuis 2021 le vice-président d’Arnaud Rousseau devenu président de la FNSEA.

Après avoir repris l’exploitation familiale en 2009, Benjamin Lammert, 49 ans, s’est rapidement engagé dans les organisations professionnelles agricoles. Il a d’abord été président du canton de la plaine de l’Ill de la FDSEA du Haut-Rhin au début des années 2010 et par la même occasion administrateur au syndicat agricole. Puis, il a été administrateur de l’association des producteurs de céréales et d’oléagineux (Apco) et donc dès 2013, représentant de l’Alsace à la Fop via la FNSEA. « Mes responsabilités successives ont toujours eu comme idéal de contribuer à apporter de la valeur à nos productions et à nos métiers. C’est le fil conducteur de mon engagement », explique Benjamin Lammert. Il était au bureau de la Fop depuis 2014 et vice-président depuis deux ans. « Après la nomination d’Arnaud Rousseau à la présidence de la FNSEA, j’ai accepté de me porter candidat pour lui succéder à la présidence de la Fop. J’étais le seul candidat. Je souhaite travailler dans la continuité de mon prédécesseur et le faire en équipe avec tous les administrateurs et les salariés pour relever les défis qui sont face à nous », ajoute Benjamin Lammert. Le premier de ces défis concerne la production pour les oléagineux et protéagineux. « Ce sont des cultures qui peuvent répondre aux problématiques environnementales et climatiques actuelles. Nous avons des cultures de diversification qui permettent d’allonger les rotations et limiter les risques sanitaires liés aux maladies et aux présences de ravageurs. Ce sont des cultures qui apportent des compléments positifs. Les légumineuses par exemple nécessitent moins d’engrais azotés. Des cultures oléagineuses peuvent être transformées en biocarburant. Nous avons cependant des contraintes sur la technique de ces cultures qui nécessitent des adaptations », note Benjamin Lammert. L’accès aux moyens de production qu’il faut garantir aux agriculteurs est le deuxième de ces défis. C’est également un sujet dont s’est saisi la Fop. « Le coût des engrais et la gestion autour de la décarbonation de ces engrais sont de vrais sujets. Il faut garantir la production aux professionnels et leur garantir une rentabilité », insiste Benjamin Lammert. Un travail de filière pour gagner des débouchés Un troisième défi concerne les débouchés. Il y a de la demande pour ce type de production. Mais il faut des prix attractifs. « À la Fop, nous avons un travail de filière à réaliser. Il doit permettre aux différents maillons de la chaîne de se comprendre les uns et les autres pour obtenir une vraie efficacité dans le travail et gagner en compétitivité. C’est un gros chantier que je mène en lien avec ma présidence, depuis octobre, de Terres Univia, l’interprofession des huiles et protéines végétales. Il y a un lien évident entre les deux structures pour mobiliser les différents professionnels de la semence à la collecte », affirme Benjamin Lammert. Depuis 2017, il est également administrateur du groupe Avril dont le métier principal est de transformer les graines de colza et de tournesol des producteurs français et qui interviennent pour l’alimentation animale notamment. Ces différentes responsabilités lui laissent encore le temps d’être sur son exploitation à Ensisheim où, sur 185 hectares, il cultive du maïs, du blé ou encore de l’orge. Il est bien placé pour constater que les années dites atypiques se succèdent. « Comme toujours, nous n’avons pas le choix. Nous devons nous adapter et être le plus réactif possible. Actuellement, ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas la météo, mais les prix sur les marchés. Ils continuent de baisser alors que ceux de nos intrants sont toujours aussi élevés. Il faut donc être vigilant. Après une année 2022 intéressante au niveau économique pour tout le monde, le risque serait que ce soit l’inverse en 2023, ou même pire. C’est une situation dangereuse. Il faut donc surveiller de près la situation et être réactif », conclut Benjamin Lammert.

Association Bleu Vert Vosges

Des bras, de l’eau, de l’assurance

Publié le 03/04/2023

Réunis en assemblée générale le 1er mars à Breitenbach, les membres de l’association Bleu Vert Vosges, qui regroupe une quarantaine de producteurs de plantes et de petits fruits dans le Massif des Vosges, ont évoqué les défis à relever pour assurer l’avenir de ces petites exploitations agricoles de montagne. Il convient notamment d’assurer le renouvellement des générations, ainsi que l’accès à l’eau et aux assurances pour faire face aux conséquences du changement climatique.

Ils sont une quarantaine, ont en moyenne 46 ans, cultivent chacun quelque 2,5 ha de SAU, dont ils tirent un chiffre d’affaires moyen de 76 300 € par exploitation. Ils contribuent à la dynamique et à l’attrait touristique du massif des Vosges : ce sont les producteurs de plantes et de petits fruits du massif. Réunis en assemblée générale, ils ont, en présence d’Olivier Braud, commissaire à l’aménagement du Massif des Vosges, de Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) et d’Alice Morel, présidente de l’Association du massif vosgien (AMV), évoqué les problématiques qui pèsent sur la pérennité de leur activité. Renouvellement des générations : encourager les porteurs de projets La première problématique est celle du renouvellement des générations. Devant une assemblée constituée de nombreuses têtes grisonnantes, mais aussi de quelques jeunes, Jean Vogel, producteur de petits fruits à Saales, a souligné : « Il y a de plus en plus de jeunes, ou de personnes en reconversion professionnelle, qui veulent s’installer en production de petits fruits, souvent en diversification, sur moins de 10 ha, et ce sont souvent des néoruraux, donc avec des problématiques d’accès au foncier particulières. » Un constat que partage Marie Balthazar, coordinatrice de Terre de liens en Alsace : « Les porteurs de projets hors cadre familial sont devenus majoritaires. Mais, concrètement, ils représentent moins de 15 % des exploitations. » Un écart qui, selon elle, serait lié à « un système peu accueillant et encourageant ». Elle parle même de « plan social qui ne dit pas son nom », dont l’aboutissement sera « une agriculture sans paysans ». Pour aider les jeunes qui ont des difficultés d’accès au foncier à se lancer, Terre de liens soutient la création d’Associations foncières pastorales (AFP), qui peuvent aboutir à une installation. Elle évoque aussi la possibilité de créer des fermes relais agricoles, à l’image de celles qui fonctionnent dans la vallée de la Bruche (une collectivité achète tout ou partie des terres, des bâtiments et du logement qu’elle loue à un agriculteur volontaire pour s’installer sur le site), et qui peuvent servir de tremplin à une installation individuelle dans un second temps. Alice Morel précise que ces structures requièrent des financements importants. Autres pistes à creuser : les espaces délaissés, les friches forestières, les agis d’épicéas qui dépérissent et qui gagneraient à être remis en culture. Jean Vogel suggère encore : « Quand du foncier se libère, il n’y a pas forcément de projets en face à ce moment-là. Mais il pourrait y en avoir un plus tard. Dès lors, ne pourrait-on pas créer une réserve foncière ? » Une idée qui séduit Joseph Weissbart, directeur de Bio en Grand Est : « Quand 40 ha sont cédés, on pourrait identifier 4 ha pour un futur producteur de petits fruits. » Quant à Stéphane David, conseiller à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), il constate : « Le problème c’est qu’avec les aléas climatiques qui s’enchaînent et qui font baisser les rendements, les exploitations agricoles de montagne peinent à être autonomes en fourrage. Cela laisse peu de place aux petits projets. » Marie Balthazar enchaîne : « Aujourd’hui, le discours ambiant c’est de dire qu’il n’y a pas de foncier en Alsace. Certes, il est rare et cher. Mais ce discours décourage les porteurs de projets. Mieux vaudrait proposer des solutions pour limiter l’endettement, faciliter l’accès au portage… D’autant que les projets portant sur la production de plantes et de petits fruits sont souvent viables sur de petites surfaces. » Olivier Braud reconnaît que l’accès au foncier est un problème : « Il convient aussi de travailler sur les documents d’urbanisme, qui ont tendance à repousser les agriculteurs sur des terres moins fertiles. Le Plan paysage peut servir d’outil. » Assurer face au changement climatique Autre problématique : le changement climatique. En effet, les agriculteurs, et notamment les producteurs de cultures pérennes, en sont les premières victimes. D’autant plus dans les Vosges, territoire qui se caractérise par des sols sableux, sans grande capacité de rétention en eau. Résultats : « On ne peut plus planter comme il y a 40 ans, car le climat n’est plus si rude. Dans les parcelles qui ont été plantées plein sud, on ne récolte plus rien », constate Jean Vogel, qui suggère que les terres adaptées à la production de petits fruits soient fléchées en priorité vers les porteurs de projets dans cette production par la Safer. Pour faire face aux aléas climatiques, une solution est l’assurance récolte. Mais le système actuel « exclut les petits producteurs. Et, comme il n’y a plus de calamités agricoles, c’est la mort certaine. Car désormais, les aléas, c’est tous les ans, que ce soit la grêle, le gel ou la sécheresse », décrit Jean Vogel, pour qui « la mutualisation des risques agricoles doit aller au-delà du secteur agricole, sans quoi les petits producteurs n’auront pas les moyens de se prémunir ». Des demandes et de l’espoir Face à ces défis, et comme leur activité contribue aussi bien à la résilience alimentaire du territoire qu’à son attractivité touristique, les membres de l’association ont formulé plusieurs demandes : l’embauche d’un technicien, la sollicitation des élus locaux pour faire remonter la problématique assurantielle au niveau national, une réunion pilotée par la CEA entre la CAA, la Safer et Terres de lien pour avancer sur la problématique de l’accès au foncier. Enfin, aussi nombreux soient-ils, ces défis ne doivent pas occulter les lueurs d’espoir : des jeunes cherchent à s’installer et la demande pour ces produits reste soutenue. Les membres de l’association reçoivent parfois des demandes d’industriels pour des gros volumes. Si gros qu’ils ne sont pas toujours en capacité de les fournir. Mais la perspective d’avoir des débouchés est porteuse d’espoir.

Chrysomèle des racines du maïs

La surveiller pour bien lutter

Publié le 27/03/2023

La chrysomèle des racines du maïs fait désormais partie de la liste des ravageurs du maïs en Alsace. Une lutte efficace contre l’insecte passe par un suivi attentif des populations, afin de mettre en place les mesures qui s’imposent. La plus efficace est la rotation à l’échelle territorialisée pour couper les vivres à l’insecte.

On ne présente plus la chrysomèle des racines du maïs. Rappelons tout de même que ce sont les larves de ce ravageur qui causent le plus de dommage au maïs, en consommant leurs racines, et que, de ces larves, émergent des adultes, généralement début juin, qui vont s’accoupler, et produire une nouvelle génération de larves, en pondant dans le sol. Rappelons aussi que, depuis que le ravageur a été détecté en Alsace, sa population n’a cessé de croître, malgré les différents dispositifs de lutte mis en place. L’année 2022 a été particulière. En effet, les adultes ont émergé particulièrement tôt, le 20 juin, et de manière très groupée. Le climat, chaud et sec, n’est sans doute pas étranger à cette accélération du rythme de l’insecte. En outre, la majorité de l’envol a eu lieu fin juin début juillet, puis « quasiment plus rien, alors que d’habitude, les envols sont réguliers de juillet à août », décrit Florence Binet, d’Arvalis - Institut du végétal, qui avance une hypothèse pour expliquer ce phénomène : les traitements effectués pour maîtriser les populations de pyrales ont pu avoir un effet sur la chrysomèle en réduisant le nombre d’adultes en juillet. Mais cette diminution du nombre d’adultes ayant aussi été observée dans des parcelles non traitées, ce n’est pas la seule explication.     Une chose est sûre, ce décalage du cycle de la chrysomèle a pénalisé son suivi : « Les pièges ont été installés trop tard, nous avons donc raté le début et les deux premières semaines de vol. Il nous manque une part significative des informations. Si bien que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la dynamique de la population en 2022 », indique Florence Binet. Cette année, Arvalis va poser des cages d’émergence dans les parcelles de maïs bien en amont, pour anticiper un éventuel avancement des dates d’émergence et ne pas louper les premiers vols des adultes. Car c’est à ce moment-là que les agriculteurs doivent poser les pièges de détection qui doivent permettre de quantifier le nombre d’adultes par mètre carré dans les parcelles, critère qui détermine les moyens de lutte à mettre en œuvre (cf tableau). La rotation devant être appliquée « de préférence de manière territorialisée, en concertation avec les voisins, pour plus d’efficacité ». Cibler les larves, vérifier l’état des racines Côté lutte insecticide, pas de changement : « Il convient de privilégier la lutte contre les larves car ce sont elles qui pénalisent le rendement, avec des traitements au semis, sous forme de microgranulés », souligne Florence Binet. Lutter contre les adultes sera moins efficace, voire contreproductif. La campagne précédente a très bien illustré les effets secondaires délétères des insecticides sur les auxiliaires : « Les traitements effectués contre la pyrale ont eu des effets sur les populations d’auxiliaires qui, d’habitude, modèrent celles d’acariens. Résultats : les acariens ont proliféré dans les parcelles, ce qui n’a pas aidé des maïs déjà soumis au stress hydrique et thermique », décrit Florence Binet. Pour la campagne suivante, la spécialiste encourage les agriculteurs à équiper leurs parcelles des pièges qui vont leur permettre de prendre les bonnes décisions. Ainsi qu’à régulièrement aller constater les dégâts, en déterrant quelques pieds de maïs afin d’observer leurs racines, pour voir si elles sont consommées, nécrosées… En effet, Florence Binet l’a constaté : « En situation irriguée le maïs compense les attaques de chrysomèles en refaisant des racines. Du coup l’impact du ravageur est moins visible qu’en situation non irriguée. Mais il n’empêche que, même si le maïs arrive à compenser les nécroses racinaires grâce à l’irrigation, le potentiel de rendement est pénalisé. Car l’énergie que le maïs produit à refaire des racines, il ne la met pas dans les composantes du rendement. »

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