Cultures

Publié le 31/01/2023

Alors que dans d’autres régions de France qui ont fait de la pomiculture une spécialité, les producteurs arrachent des vergers, la surface consacrée à la production fruitière continue de croître en Alsace. Une exception liée à la densité du bassin de consommation et à la structuration la filière. Elle pourrait néanmoins être fragilisée par la conjoncture actuelle : la hausse des coûts de production combinée aux effets du changement climatique, pèse dans les comptes des exploitations fruitières.

Les images ont fait le tour des journaux télévisés et des réseaux sociaux : des producteurs de pommes, armés de tronçonneuses, abattent leur outil de production. Des images glaçantes, lorsqu’on sait le temps qu’il faut à un verger pour devenir productif, et les investissements que cela requiert, en termes de matériel végétal, de temps de travail, de main-d’œuvre… Il faut que les producteurs soient arrivés au bout du supportable, pour scier la branche qui les nourrit !     En effet, les producteurs interrogés sur les ondes nationales expliquent qu’avec la hausse des charges, et même s’ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour la contenir, produire des pommes n’est plus une opération rentable. Dès lors, s’ils arrachent des vergers, c’est pour arrêter une hémorragie dont leurs exploitations pourraient ne pas se relever. D’où leur revendication, portée par la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) : « + 20 centimes/kg, c’est ce que réclament les producteurs de pommes à la grande distribution et aux transformateurs… pour simplement survivre. » La situation dans laquelle se trouvent actuellement ces producteurs n’est pas que conjoncturelle, mais aussi structurelle. Elle est le fruit de l’érosion de la pomiculture française : « En 20 ans, la surface dédiée à la production de pommes a reculé de 20 à 30 % en France », indique Hervé Bentz, responsable du verger expérimental Verexal à Obernai. Thomas Burger, producteurs à Steinseltz, rappelle : « Il y a encore quelques années, la France était le premier producteur européen de pommes. La France était non seulement autosuffisante, mais aussi exportatrice de pommes. » Mais au cours des années 2000, la Pologne a détrôné la France, sous l’effet notamment de la Pac, « qui a permis de financer des outils de production dans les Pays de l’Est », analyse Thomas Burger. Un choix de politique européenne dont les producteurs français récoltent aujourd’hui les fruits. Dans son rapport sur la compétitivité de la Ferme France, le Sénat, décortique la dégringolade de la filière : « La France perd chaque année des parts de marché à l’exportation à une vitesse effrénée : le volume exporté a été divisé par deux en moins de 7 ans, passant de près de 700 000 t en 2014 à moins de 350 000 t en 2021… La chute des exportations explique l’érosion du solde commercial français de la filière pommes. Il est passé en volume en moyenne d’un solde excédentaire de 600 000 t/an entre 2004 et 2015 à un niveau de 250 000 t en moyenne depuis 2019… Pour la première fois, la France est même devenue déficitaire vis-à-vis du reste de l’Union européenne en pommes en 2021, tout en maintenant un léger excédent, largement inférieur à la moyenne historique, avec les pays tiers », peut-on lire. Des petites structures, diversifiées, et résilientes L’Alsace semble surnager dans ce marasme. Producteur de fruits à Kriegsheim et président de la Cuma Alsa Pomme, Patrick Vogel explique cette exception alsacienne par plusieurs facteurs : « Les producteurs alsaciens bénéficient d’un bassin de consommation dense, et attaché aux produits locaux. Nous profitons également de l’organisation des filières, avec des structures comme l’interprofession Fruits et Légumes d’Alsace, qui contribue à l’amélioration des relations commerciales entre les différents maillons des filières. » Autre élément d’explication : la taille et le profil des structures. Avec 100 ha de pommes, la Cuma Alsa Pomme fait figure de mastodonte dans le paysage pomicole alsacien, mais c’est « une goutte d’eau », comparée aux exploitations spécialisées, qui cultivent plusieurs centaines d’hectares de vergers. La petite taille des fermes fruitières alsaciennes s’avère être un atout. Par exemple, pour employer de la main-d’œuvre. « Trouver dix personnes, c’est plus facile que d’en trouver 50 », expose Patrick Vogel. Plus petites, les structures alsaciennes sont aussi plus diversifiées. Une diversification qui agit comme un amortisseur, en cas de difficulté dans une filière. L’Alsace bénéficie aussi d’une situation géographique privilégiée : Franche-Comté, Bourgogne, Lorraine… aucun des territoires limitrophes n’est un acteur majeur de la production de pommes. Ce marché relativement peu concurrentiel joue en la faveur des producteurs alsaciens au niveau tarifaire, « y compris auprès de la grande distribution, même s’ils ne sont quand même pas très généreux », rapporte Hervé Bentz. En outre, bon nombre de producteurs multiplient les canaux de commercialisation, entre grande distribution, grossistes, vente directe… ce qui fait que les producteurs alsaciens n’ont généralement « aucun problème de débouché, contrairement aux grands bassins de production », témoigne Patrick Vogel. Parmi les facteurs explicatifs de la résistance alsacienne, Pierre Barth, producteur à Furdenheim, avance aussi les investissements qui ont été consentis par la Cuma Alsa Pomme. Alors que dans d’autres bassins de production, les structures logistiques et commerciales ne sont pas toujours à la hauteur de la production, la station de conditionnement de Brumath permet de préserver la qualité et de bien gérer la commercialisation des pommes d’Alsace. L’Alsace n’arrache pas, mais la situation économique se tend Du fait de ces particularités, l’Alsace n’arrache pas de vergers, au contraire, il s’en plante. « Depuis 2016, la surface des vergers est passée de 80 à quelque 100 ha », estime Patrick Vogel. Cette dynamique est néanmoins menacée. D’un côté, les producteurs sont confrontés à des coûts de production qui augmentent, « surtout en post-production, stockage, emballage, transport, et main-d’œuvre », pointe Pierre Barth, qui chiffre la hausse des charges à « au moins 15 cts/kg de pomme ». Aux coûts de production s’ajoutent des frais que l’on pourrait qualifier d'« annexe » s’ils n’étaient pas devenus essentiels. Patrick Vogel a ainsi mis en place quatre certifications sur son exploitation : Vergers écoresponsables, GlobalG.A.P., charte Fruits et légumes d’Alsace, et HVE. « Ça me coûte 2 000 €/an. Mais, sans ça, je n’ai pas accès à la grande distribution », précise-t-il. La hausse du coût de l’énergie inquiète tout particulièrement les producteurs. La Cuma Alsa Pomme est, pour l’instant, relativement épargnée grâce à un contrat signé avant le début de la crise et qui court jusqu’en 2025. « Nous sommes malgré tout, confrontés à des hausses significatives du coût de l’électricité », rapporte Patrick Vogel, qui souligne que, si on peut baisser le chauffage de quelques degrés dans son salon en enfilant un pull, il n’est pas envisageable de faire de même dans les cellules réfrigérées où sont stockées les pommes. En effet, la moindre variation de température se paie au niveau de la qualité. Même son de cloche au Verexal, qui est pour l’instant relativement bien protégé de la hausse du coût de l’électricité par un contrat d’approvisionnement qui court jusqu’en août 2023. Mais la perspective de son renouvellement est source d’inquiétude. Et puis, en 2023, d’autres charges vont s’ajouter, comme « l’augmentation du Smic, la hausse du coût des matériaux », indique Pierre Barth. Car si le verger alsacien plante encore des arbres, cela coûte de plus en plus cher aux producteurs en termes de piquets et autres matériels de palissage. « Globalement tout a pris 30 %. Ça va devenir compliqué pour les trésoreries », pronostique Pierre Barth. D’autant que les producteurs ne vont pas pouvoir répercuter ces hausses des coûts de production comme ils le voudraient : « Il faut rester aligné au prix du marché si on veut vendre », pointe Thomas Burger. La liste des menaces ne serait pas complète sans celle du changement climatique. Les Burger ont perdu les trois quarts de leurs poires à cause du gel l’année dernière. « Pour nous, c’est le principal problème : il nous manque du volume, et nous avons des charges en hausse, que nous n’avons pas pu répercuter. » Pierre Barth déplore aussi une récolte « pas énorme » mais un prix payé au producteur « qui n’augmente pas ». Le Verexal, également, a vu sa production amputée par le gel. D’ailleurs, si le retour du froid est une bonne nouvelle car il retarde la croissance et donc une émergence trop hâtive de la végétation, les effets de la douceur qui a précédé ne sont pas pour autant effacés : « Tout démarrage précoce de la végétation augmente le risque de dégât de gel. Et plus l’état végétatif est avancé, plus les dégâts risquent d’être importants », rappelle Hervé Bentz.

FDSEA du Haut-Rhin - Oléoprotéagineux

La rentabilité économique comme fil rouge

Publié le 27/01/2023

Les cultures oléoprotéagineuses font de plus en plus partie du paysage agricole haut-rhinois. Une dynamique portée par des filières locales à forte valeur ajoutée, et un contexte plus général favorable au made in Europe face au géant brésilien. Benjamin Lammert, vice-président de la FOP, et secrétaire général adjoint de la FDSEA du Haut-Rhin fait le point sur ce dossier et les perspectives espérées.

Sans faire de bruit, la filière oléoprotéagineuse gagne du terrain dans le Haut-Rhin. Elle occupe aujourd’hui 8 % des surfaces arables du département, essentiellement du colza et du soja, mais aussi un peu de tournesol, du tournesol semences et des pois chiches. Un chiffre qui se place au-dessus de la moyenne nationale, relève le secrétaire général adjoint de la FDSEA du Haut-Rhin en charge du dossier « oléopro », Benjamin Lammert, également vice-président de la FOP (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux). « 8 % d’assolement pour les oléoprotéagineux, c’est vraiment pas mal quand on sait que c’est entre 15 et 20 % chez les grands producteurs mondiaux de céréales. »     Le soja couvre environ 5 000 ha dans le Haut-Rhin, et le colza entre 3 000 et 3 500 ha. Il y a six ans, c’était environ trois fois moins pour le soja. Il faut dire qu’entre les débouchés en alimentation humaine via Alpro à Issenheim, ou Taifun en Allemagne, pour le bio, et en alimentation animale via le négoce bas-rhinois Lienhart, acquis en 2021 par le groupe CAC, les possibilités de valorisation ne manquent pas pour les producteurs. « Nous avons la chance d’avoir des filières locales à forte valeur ajoutée. Pour le colza, il y a des débouchés très importants en Allemagne, grâce au Rhin », développe le responsable syndical. Le second argument qui plaide en faveur des cultures oléoprotéagineuses est d’ordre agronomique. Elles s’intègrent bien dans une rotation à dominante maïs en structurant le sol, en apportant de l’azote et en cassant le cycle des ravageurs. Elles nécessitent aussi peu d’intrants, et un besoin en eau réduit. Et sur la question climatique, le colza apporte une solution en étant source de biocarburant pour les véhicules, mais aussi de fioul pour les chaudières.     Des signaux « positifs » dans la nouvelle Pac Pour autant, la filière oléoprotéagineux reste toujours en retrait en Europe. La raison est historique comme le retrace Benjamin Lammert : « Lorsque la Pac a été créée, nous sortions du Plan Marschall. Les Américains étaient d’accord pour qu’on aide notre agriculture, en contrepartie d’absence de droits de douane sur l’export de leur soja. Du coup, peu de surface, peu de semenciers, peu de produits phytos et une faible logistique. Nous sommes entrés dans un cercle vicieux que nous essayons de transformer aujourd’hui en cercle vertueux. » Un travail de « fourmi » qui, petit à petit, porte ses fruits. La France a désormais 50 % d’autonomie en oléoprotéagineux, soit dix points de plus que le reste de l’Europe. L’objectif fixé par le Plan protéines national est d’atteindre une surface de 300 000 ha en 2028 contre 190 000 aujourd’hui.     Pour y arriver, une condition est essentielle aux yeux de Benjamin Lammert : développer des filières économiques « solides », proposant une rentabilité intéressante pour l’agriculteur. Et sans contrainte. Pas question pour la FOP d’accepter une rotation à la parcelle telle que cela avait été présenté dans le projet Pac 2023-2027. « Nous avons beau souhaiter un développement des surfaces des cultures oléoprotéagineuses, nous voulons surtout que cela se fasse en bonne cohérence avec les autres filières. Nous voulons développer les légumineuses en les rendant intéressantes, pas obligatoires. Les agriculteurs doivent avoir le libre choix entre plusieurs solutions rentables économiquement », appuie le représentant de la profession. Il salue néanmoins les signaux positifs envoyés par la Pac en faveur des oléoprotéagineux à travers les éco-régimes : un point pour 5 ha de légumineuses, 2 points pour 10 % de sa SAU en légumineuses. S’ajoute à cela l’aide couplée pour faire du soja qui passe de 35 à 100 euros par hectare. « C’est bien, mais nous restons tout de même prudents sur ce point. Bien sûr, il faut s’en servir, mais d’un point de vue économique, ce n’est pas ce qu’il y a de plus efficace pour structurer des filières. » Des marchés en quête de non OGM Une tendance positive semble donc se dessiner pour la filière oléoprotéagineux. À quel horizon ? Benjamin Lammert reconnaît humblement qu’il ne sait pas. « Nous restons pragmatiques. Pour l’instant, ça plafonne un peu, il y a encore des verrous à lever. Rien qu’en Alsace, il y a encore des possibilités pour augmenter un peu la production de colza et de soja. » Sur le plan économique, les tensions sur les marchés jouent en faveur du soja européen non OGM et non déforestant par rapport à celui produit par les Brésiliens. « Pour répondre à la forte demande de la Chine, ils ne font plus de lots non OGM pour l’Europe et préfèrent tout envoyer là-bas. Il y a donc un manque à combler chez nous. » Il faut compter désormais 250 euros d’écart entre un soja non OGM et un soja OGM importé contre 89 euros d’écart avec la crise Covid. Tant mieux pour les producteurs européens et français mais gare à une trop forte inflation qui pourrait freiner la consommation. « On doit faire reconnaître cette différence de prix, et ce que cela veut dire. Qualitativement et environnementalement, nous sommes meilleurs que le soja sud-américain. Mais le prix doit rester raisonnable pour nos clients. Si l’élevage répercute cette hausse, il faut que les consommateurs soient prêts derrière à payer cette différence. Le sont-ils ? On voit bien que des labels comme le bio sont en difficulté aujourd’hui », pointe Benjamin Lammert. Il poursuit : « Pour le colza, la construction d’un débouché au niveau européen prend du temps. Le biocarburant, mais aussi le tourteau pour l’alimentation animale semblent avoir ces rentabilités que nous recherchons. L’inconvénient est que nous sommes très limités en termes de produits phytos. Il y a peu de matières actives, comme pour l’ensemble des oléoprotéagineux d’ailleurs. Dès qu’une matière est supprimée, cela fragilise le maintien des cultures. C’est pour cela que nous misons beaucoup sur l’amélioration génétique, qui reste une piste très prometteuse pour renforcer l’efficience de ces cultures contre les maladies, les ravageurs et la sécheresse. »

Publié le 12/01/2023

Les terres dorées d'Alsace, la SAS créée par Gilles Jaeg de Bindernheim, reprend l'outil de transformation en navets salés de la choucrouterie Speisser, à Geispolsheim. Cathy et Constant Speisser partent à la retraite, soulagés et heureux. La filière, appuyée par Fruits et légumes d'Alsace, partage ces sentiments, puiqu'ils sont toujours trois transformateurs et sept producteurs de navets salés, en Alsace, dont la famille Jaeg, chez qui a eu lieu la conférence de presse de saison.

Toute la presse locale était là... ou presque ! Mardi 10 janvier, la première action de communication des Fruits et légumes d'Alsace a permis de faire la promotion du navet salé, un produit régional de saison, encore trop négligé par les consommateurs et les restaurateurs. Il est pourtant riche en vertues nutritives (fibres, vitamines), hypocalorique, rapide à préparer (d'autant plus qu'il est aussi vendu précuit) et facile à digérer. Un peu plus cher que la choucroute car son rendement est moins important (environ 25 t/ha contre 80 t/ha pour le chou) et qu'il faut 3 kg de navets pour obtenir 1 kg de navets salés, contre 2 kg de chou pour 1 kg de choucroute, le seau d'1 kg et quelques de navets salés est affiché à 5 €, en général, en grandes et moyennes surface. Ce légume hyper local reste donc à la portée de toutes les bourses. A l'EARL Roland Jaeg, à Bindernheim, on en produit 450 t par an, sur les 850 récoltés chaque campagne par les sept producteurs alsaciens. 300 t partent aux Terres dorées d'Alsace, la SAS de Gilles, le fils Jaeg, qui a repris l'activité de transformation des Speisser, à Geispolsheim, en août 2022. « On en parlait depuis quelques années, de cette transmission, puisque nous livrions Cathy et Constant. Mais j'ai d'abord terminé mes études : un BTS Acse, au lycée d'Obernai, obtenu en 2020. Puis, j'ai été salarié de l'EARL, j'y ai pris une part. J'ai aussi travaillé une semaine, l'an passé, avec les Speisser pour voir si le métier me plaisait. Et oui : ce que je fais à Geispolsheim, c'est dans la continuité de ce que nous créons, ici, à Bindernheim », raconte le jeune homme de 23 ans. L'EARL Jaeg, ce sont 115 ha, dont 38 de navets, cultivés en dérobé (8 à 10 ha pour le navet salé et le reste en légumes, commercialisés via la Coopérative des maraîchers de Sélestat), 75 ha de maïs, 30 ha de blé, 5 ha d'oignons blancs, 2 ha de jachères et prairies, et 80 ares de rhubarbe. Gilles aide ses parents, depuis l'enfance. Les deux autres transformateurs (Adès et Claude) accueillent avec joie cette nouvelle recrue. Pierre Lammert, le président de l'IFLA, l'interprofession, rappelle que des spots publicitaires seront diffusés à la radio, dès ce week-end, pour que vive la tradition du « sueri ruewe ».    

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