Cultures

Publié le 28/10/2022

À Ebersheim, Frédérique Kempf et ses parents misent sur les cultures végétales à forte valeur ajoutée pour compenser le grignotage de leur surface agricole utile. C’est ainsi qu’ils ont introduit le maïs semence dans leur assolement dès le lancement de cette filière en Alsace.

Deux hectares grignotés par la zone artisanale de Dambach-la-Ville, 10 autres menacés par la création d’une plate-forme logistique… Au Gaec La clef des champs, à Ebersheim, l’artificialisation des terres agricoles n’est pas un mot abstrait, mais une réalité tout ce qu’il y a de plus concrète. Dans ce contexte, les 150 ha qui constituent le parcellaire de l’exploitation ont peu de chance d’augmenter dans les années qui viennent. « Si on peut maintenir les surfaces, c’est déjà pas mal », commente Marianne Kempf. Sa deuxième fille, Frédérique, 28 ans, s’installe sur l’exploitation familiale en 2017, après un BTS Production animale et quelques années de salariat. En prévision de son installation, ses parents se lancent dans le maïs semence, espérant que cette culture pourra compenser la baisse prévisible des surfaces par une meilleure valeur ajoutée. « La filière se montait. C’était une opportunité. Nous avions le parcellaire adéquat : un îlot conséquent avec la forêt, le vignoble et la zone logistique autour, ce qui nous permettait d’isoler la culture sans avoir besoin de s’arranger avec un voisin. » L’îlot est situé sur des terres sableuses, mais irrigables par un pivot, ce qui permet de sécuriser la production. « On sème un peu plus tard qu’un maïs classique pour avoir une levée homogène et faciliter le travail par la suite, explique Frédérique. On commence par les femelles, puis on sème les mâles en plusieurs fois pour couvrir la floraison. » Le Gaec, qui y a dédié une cinquantaine d’hectares, se limite à une ou deux variétés de maïs semence avec un même mâle, selon les préconisations du Comptoir agricole, auquel la production est livrée. En dehors du pivot, la culture ne nécessite pas de gros investissements : un vieux semoir à deux éléments permettant de semer les mâles, une castreuse, acquise en Cuma avec un autre agriculteur pour commencer, et un petit broyeur pour détruire les mâles après fécondation. Frédérique et ses parents sont particulièrement pointilleux sur le désherbage, qu’ils effectuent au moyen d’un herbicide. Ils procèdent à l’épuration manuellement pour enlever les repousses de l’année précédente, les plants trop grands, trop petits ou les doublons. La castration est réalisée en partie à la machine, en partie à la main. « On emploie une trentaine de saisonniers pour faire ce travail qui démarre aux alentours du 14 juillet. » Frédérique recrute la main-d’œuvre nécessaire à ce chantier grâce aux annonces postées sur les réseaux sociaux. « Pour l’instant, on arrive à trouver des jeunes du village et des alentours », constate la jeune femme, qui croise les doigts pour que ça dure. Satisfaire aux critères de qualité demandés Sur la centaine d’hectares restants, la jeune femme et ses parents cultivent maïs, blé, blé dur, soja et colza. Toutes ces cultures sont vendues au Comptoir agricole. Le choix de l’assolement se fait en fonction de critères agronomiques, de la compatibilité des travaux et des opportunités de marché. Le blé, présent sur une trentaine d’hectares, est utilisé en isolement du maïs semence. Il fournit la paille nécessaire à l’élevage des bovins et des volailles. S’il est parfois nécessaire de l’irriguer, c’est au printemps, donc hors période d’irrigation du maïs, fait valoir Frédérique. Les 15 ha de blé dur sont destinés à la fabrication des pâtes d’Alsace. La famille Kempf est rentrée dès le départ dans la filière développée par la coopérative bas-rhinoise en partenariat avec les Pâtes Grand-mère. À part la date de semis, un peu plus tardive pour éviter le gel, et le fractionnement de l’azote, l’itinéraire technique du blé dur diffère peu du blé classique et la charge de travail des deux cultures est comparable. À l’arrivée, il faut être en mesure de satisfaire aux critères de qualité demandés : « pas trop d’humidité, pas trop de mitadinage et un poids spécifique un peu plus élevé que le blé tendre », résume la jeune agricultrice. Le soja fait son retour dans l’assolement depuis quelques années. Il constitue « un bon précédent pour le blé », et sert d’alternative à cette culture pour isoler le maïs semence. Frédérique y voit un autre avantage : « Il n’a pas besoin de beaucoup d’azote. Nous en avons d’ailleurs fait un peu plus cette année, une vingtaine d’hectares, pour limiter les achats d’engrais car nous essayons de contenir nos charges. » Les graines sont valorisées en alimentation animale. Quant au colza, peu gourmand en eau, il est implanté sur les parcelles difficilement ou pas irrigables, soit 5 ha en tout. Depuis cette année, le Gaec La Clef des champs compte une nouvelle source de diversification : la production et la vente d’électricité à partir de panneaux photovoltaïques installés sur les toitures de ses bâtiments d’élevage. Lorsqu’ils seront tous en service, l’installation devrait fournir 200 kilowatt-crête. De quoi rembourser rapidement l’investissement de départ.

Publié le 03/10/2022

Jeudi 8 septembre, le Comptoir agricole organisait une visite de sa vitrine variétale située à Artolsheim. Une opportunité de découvrir les fruits du travail de sélection variétale réalisé par les différents semenciers. Mais aussi d’évoquer un sujet d’inquiétude : l’expansion et l’installation de la chrysomèle.

Chez KWS, Hervé Rigaud vante les qualités d’hypolito, « un inteligens en plus précoce », donc une variété rustique, avec un bon PMG et une tige solide qui autorise une fauche tardive. Il préconise de la semer à une densité comprise entre 85 000 à 95 000 grains/ha selon que la parcelle soit irrigable ou non. Lidéa, une des deux marques issues du rapprochement d’Euralis et Caussade, propose notamment INDEM668, au gabarit court, au PMG élevé, au grain denté présentant une vitesse de dessiccation élevée. L’autre marque issue de ce rapprochement, Caussade semences pro, commercialise notamment expertize, une variété qui fait de gros épis, courts, avec un bon PMG et une bonne tenue de tige. Autre variété intéressante, anakin, également valorisable en fourrage. LBS Seed a élaboré deux variétés qui sortent bien dans les essais. LBS 3759 se situe à la charnière des groupes G2 et G3, et LBS 4988 est un G4. Avec LBS 3759, c’est plutôt l’optimum économique que le rendement qui est visé, même si, avec un épi homogène et un bon PMG, son rendement est satisfaisant. LBS 4988 se caractérise par un bon gabarit, une bonne tenue de tige et un bon staygreen, le tout doublé d’une bonne programmation et d’un PMG intermédiaire. Tolérance aux stress hydrique et thermique Chez Dekalb, citons DKC5404 et sa belle vigueur au départ, DKC5182 et sa bonne programmation, DKC5016, particulièrement bien adaptée à la modulation des densités de semis intraparcellaires. DKC4728 se situe en fin de G3 avec un potentiel de G4 et une bonne vigueur au départ. Elle est adaptée aux semis précoces, et permet d’éviter que les périodes de fortes chaleurs ne correspondent aux périodes de sensibilité du maïs au stress thermique. DKC4416 est également intéressante car tolérante au stress hydrique, avec un bon potentiel, essentiellement lié au PMG. DKC4598 est le 4*4 de la série, avec un démarrage rapide, mais une dessiccation qui l’est moins. Chez Semences de France, c’est williano qui est mise en avant, pour son bon potentiel, ses gros épis, et sa bonne valeur alimentaire en fourrage. Quant à bcool, elle est à la fois souple, rustique, et tolérante au stress hydrique. Syngenta propose surtout des variétés précoces, dans les groupes G0 à G2. Parmi elles, citons SY enermax, pour la régularité de son rendement, contrairement à SB1830, qu’il s’agit de réserver aux terres à bons potentiels, tout comme SC3320. Chez Pioneer, c’est la gamme aquamax qui est mise en avant. En effet, ces variétés sont particulièrement adaptées aux étés secs qui se profilent. Elles ont été sélectionnées pour faire du rendement même en situation de stress hydrique. Dans cette gamme, P0710 se caractérise par de gros grains sur une petite rafle, ce qui assure une dessiccation rapide en fin de cycle. Citons encore P9889, la variété passe-partout, et P9960, davantage destinée aux situations irriguées.

Cultures spéciales

Le houblon a eu chaud

Publié le 27/09/2022

La sécheresse mais encore plus la chaleur estivale ont fragilisé le houblon, cette campagne 2022. Si les rendements risquent d’être inférieurs à ceux de l’année passée (exceptionnelle), sur les variétés précoces surtout, la plante permanente a bien résisté et il est encore trop tôt pour les estimer. Les dernières lignes seront ramassées, fin septembre. Un nouveau ravageur a été vu pour la première fois cette année : la chenille du bombyx étoilé ou antique, bien jugulée par le biocontrôle.

Jean-Louis Jost cultive du houblon sur 14 ha, à Hohatzenheim, sur la commune de Wingersheim-les-Quatre-Bans, à équidistance de Saverne, Haguenau et Strasbourg, et en plein cœur de la zone houblonnière alsacienne, au centre de Brumath, Hochfelden et Truchtersheim. L’aromate de la bière, c’est 50 à 60 % de son chiffre d’affaires. Débutée le 29 août, pour les variétés précoces, sa récolte a été stoppée trois jours, pour une reprise le 5 septembre. Elle doit être déjà finie aujourd’hui, tandis que certains de ses confrères ramasseront encore les dernières lignes la semaine prochaine. Si les dates de récolte sont habituelles, puisque le houblon stagne lorsque les conditions ne sont pas adéquates, il a eu chaud. Conjuguées au manque d’eau, les fortes chaleurs estivales impactent le rendement, selon ses premières observations. « Environ 30 % de moins qu’en 2021, selon les variétés et les parcelles… voire même moitié moins ; entre 1 et 1,7 t », pense-t-il. Bernadette Laugel, technicienne au Comptoir agricole, confirme que le houblon a eu soif (seuls trois ou quatre exploitants l’irriguent, sur une quarantaine de producteurs en Alsace) et a souffert des hautes températures, cette campagne. « Mais il a bien résisté car c’est une plante permanente, s’empresse-t-elle d’ajouter. L’avantage avec cette météo, c’est qu’il n’y a pas eu de maladie, mais les acariens (les araignées rouges, NDLR) ont été très présents. Heureusement, dans la plupart des cas, des traitements ont pu être réalisés à temps. » Jean-Louis Jost confirme : les araignées rouges lui ont posé problème, ainsi qu’un nouveau ravageur, observé pour la toute première fois cette année dans la culture… « La chenille du bombyx étoilé ou antique, un papillon », lâche précisément Bernadette Laugel. L’intrus a été jugulé heureusement le plus souvent, et ce, grâce au biocontrôle. À voir s’il réapparaît l’an prochain. La technicienne relève aussi la présence des pucerons, cette année : maîtrisée. C’est donc, avant tout, la météo qui impacte les rendements. Antoine Wuchner, le directeur commercial pour la filière houblon du Comptoir agricole, attend pour avancer des chiffres que tout ait été livré à la coopérative, mais il admet qu’en variétés précoces, un rendement inférieur de 30 % à celui de 2021 est redouté. « Une filière dynamique » Jean-Louis Jost livre chaque semaine, depuis mi-septembre, le Comptoir agricole à Brumath. « Nous avons la capacité de stocker un peu. On livrera donc encore après la récolte », dit-il. Lui cherche le houblon dans les champs. Ses trois salariés travaillent à la cueilleuse. Avec l’un d’eux, il élève les fleurs odorantes au séchoir. « Je les étale et je vérifie que ce soit bien homogène, une demi-heure plus tard », explique Jean-Marie Frantz, tout en s’affairant à ratisser les cônes. Au bas de la tour de séchage, le houblon est stocké. Il y reprend un peu d’humidité, avant d’être mis en sacs de 60 kg environ, et livré. « L’optimal, c’est entre 10,5 et 11 % d’humidité », spécifie Jean-Louis Jost. Sinon, les cônes risquent de s’effeuiller. Sur quatre agriculteurs à Hohatzenheim, ils sont deux à cultiver du houblon. « Avec les prix des fils et de l’électricité qui ont plus que doublé, ainsi que les salaires qui augmentent, je me retrouve à 2 000 voire 2 500 euros de charges en plus à l’hectare, qu’avant le Covid-19, confie Jean-Louis Jost. Cette campagne n’est pas évidente. Une partie de ma récolte est contractualisée et tant mieux, mais les contrats datent d’il y a trois, quatre, ou cinq ans. » Autrement dit : on ne gagne pas à tous les coups mais c’est le jeu. « Nous ne sommes pas là pour nous enrichir mais pour vivre honnêtement », rappelle celui qui produit aussi du maïs, du blé et du foin, et gère un atelier de veaux de boucherie, par intégration. Jean-Louis Jost, 51 ans, a un message pour la jeunesse. « Dans le houblon, il y a des places à prendre. On peut commencer par de petites surfaces. C’est une filière dynamique, dans laquelle les anciens peuvent faire bénéficier de leur expérience », milite Jean-Louis, sachant que le houblon est une culture qu’on met en place pour au moins quinze ans, au regard de l’investissement. Le plus souvent, on en cultive même toute sa carrière, sait l’agriculteur : « Ici, on cultive du houblon, depuis cinq générations. ». Son fils, qui poursuit ses études au lycée agricole d’Obernai, est intéressé pour prendre la relève mais Jean-Louis lui conseille de voir ailleurs, avant de revenir sur la ferme. « J’étais moi-même, cinq ans serveur à Kirrwiller, avant de travailler ici. Et c’était une expérience enrichissante », assure-t-il. Les langues se délient à mesure que le temps passe… Fierowe ! Et qu’est-ce qu’on boit pour fêter la fin de la journée ? Une bière, bien sûr !

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