Cultures

Publié le 08/07/2022

Le 16 juin, à Boofzheim, lors de la visite de la plateforme d’essais en blé d’Arvalis, Bruno Schmitt, conseiller agronomie, animateur de l’opération Agrimieux Souffel, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), a présenté deux alternatives viables au blé : le colza et le tournesol.

Le tournesol est une bonne alternative au blé, comme le colza, pour diverses raisons. Économiquement, depuis cet hiver, il se vend 700 €/t et rivalise donc, ainsi, avec le colza. Réglementairement, par rapport à la nouvelle Pac 2023-2027, des points d’éco-régimes sont à chercher avec cette culture. Techniquement, il est possible de réduire les apports d’intrants et de désherber sans produits phytosanitaires contenant du S-métolachlore. Aussi, bien implanté, un tournesol résiste au stress hydrique. Pour une récolte la seconde quinzaine de septembre, le semis de tournesol aura lieu du 1er au 20 avril. « Plus on sème tôt, plus on profite de la fraîcheur du sol, pour une levée plus rapide, qui permet d’échapper à certains ravageurs », conseille Bruno Schmitt, du service agronomie et environnement de la CAA. Les variétés précoces ES Idillic, ES Epic, RGT Rivollia sont préconisées. « Semez à une densité plus élevée, c’est-à-dire 80 000 à 85 000 graines/ha, à 3 cm de profondeur », dit encore Bruno Schmitt, pour limiter les dégâts de corvidés et pour homogénéiser la récolte, qui sera plus avancée. Le tournesol est une plante peu « gourmande » en azote et qui, en plus, valorise très bien l’azote provenant du sol. La dose d’azote peut donc se limiter à maximum 40-50 u/ha en sol profond, partage le technicien. Une sur-fertilisation retarde d’ailleurs la maturité. Pour désherber cette culture, une base minimum en prélevée suffit : Mercantor Gold 1 l/ha + Challenge 600 2 l/ha ou Dakota P (interdit d’ici deux années, a priori) 2 l/ha + Inigo 1,5 l/ha, ou uniquement Challenge 600 2-2,5 l/ha, combiné à une gestion des graminées par des anti-graminées foliaires. Le principal ravageur à surveiller est le puceron vert du prunier, « sinon il y a peu de problèmes à signaler », relève Bruno Schmitt. La lutte contre les maladies fongiques passe par la résistance variétale au sclérotinia du capitule. Le conseiller de la CAA conclut sur le tournesol par un calcul (au minimum) de la marge brute : 1 912 €/ha, sans autre intervention que le désherbage, considérant que les travaux auraient été réalisés par une ETA et que le rendement avoisinerait les 35 q/ha. Des marges proches Le colza est une autre opportunité pour protéger le sol du soleil, de la chaleur, et saisir les opportunités de pluviométrie, à partir de la mi-août. Une levée rapide et une bonne dynamique de croissance sont ainsi favorisés. En système sans labour, un semis est possible dès le 15 août. La densité est de 25 à 30 grains/m2, en semoir monograine à 50 cm d’écartement, et de 30 à 40 grains/m2, en semoir classique. Mieux vaut semer à 2 ou 3 cm de profondeur, en conditions sèches, pour chercher de la fraîcheur. Face à la sécheresse, une solution de désherbage existe : en post-levée, plutôt qu’en prélevée, le Mozzar s’applique sur des adventices aux stades jeunes. En situation de pression vulpins/ray-grass importante, l’anti-graminées foliaire peut être remplacé par Kerb Flo, à la dose 1,2 l/ha. Le charançon du bourgeon terminal est à surveiller en automne. Le risque d’altises est faible, si la dynamique de croissance est élevée. Sinon, attention. « Le colza est en terre onze mois sur douze. Cette culture est donc sensible aux bioagresseurs du sol, telles les larves d’altises », pointe Bruno Schmitt. Au printemps, le traitement des méligèthes peut être évité si le début de floraison est rapide. Le risque charançon de la tige est présent, en raison des sommes de températures plus élevées à la reprise de végétation. Un seul passage de fongicide est à prévoir dans les secteurs avec des cultures hôtes du sclérotinia, en prévention. « Tous les quatre à six ans, il est techniquement bénéfique d’inclure du colza dans sa rotation », poursuit le technicien. La marge brute, calculée par Bruno Schmitt, en colza d’hiver, est de 1 757 €/ha pour un rendement de 38 q/ha, du désherbage, trois insecticides, un passage de fongicide et des travaux réalisés par une ETA. « Le prix des engrais y est pour quelque chose », constate le conseiller, comparant les marges du tournesol et du colza.

Prébilan de campagne

Le nombre de grains qu’il faut !

Publié le 07/07/2022

Rencontre sur la plateforme d’essai de blé d’Arvalis, le 16 juin, à Boofzheim. Jean-Louis Galais, conseiller grandes cultures, et Patrice Denis, conseiller irrigation, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), ont réalisé un prébilan de la campagne de blé 2021-2022, à partir de leurs observations de terrain. Hormis les parcelles touchées par la grêle de fin juin, la récolte s’annonce bonne.

« Le semis du blé, ici, a eu lieu le 26 septembre 2021, après le maïs, dans une terre motteuse, d’où la densité élevée choisie : 350 grains/m2. La météo du mois d’octobre a été favorable. Les levées ont été rapides et homogènes. Au relevé, 310 plants/m2 ont été comptés », commence Jean-Louis Galais. Les mois de janvier et mars 2022 ont été plus secs que d’habitude (qu’en moyenne, sur les dix dernières années). « Même si, en Alsace, c’est moins marqué qu’ailleurs en France, dit le technicien, l’hiver était sec et doux. » Ces conditions météorologiques ont protégé les plantes des excès d’eau et de gel. Peu de pertes de plantes sont à déplorer, à la sortie de l’hiver 2022. Les premiers apports d’azote ont été difficiles à valoriser, entre février et début avril, car la pluviométrie cumulée était très moyenne. Mais le deuxième apport (fin mars) l’a mieux été que le premier (février). L’apport principal - le troisième - de la montaison à l’épiaison, a lui été bien valorisé : début mai. Il est arrivé juste avant un épisode pluvieux. À la mi-mai, la floraison a été rapide, à la faveur d’un épisode de températures plus élevées que la normale. « Certaines fleurs ont avorté mais, puisqu’il y avait un excédent en nombre de grains, aujourd’hui il y a ce qu’il faut », relève le conseiller de la CAA. Irriguer après la mi-juin Du 23 mai au 16 juin, le coup de chaud a accéléré le remplissage, mais le manque de pluie (seulement 30 à 60 mm) a provoqué la sénescence précoce de certains plants. Les feuilles ont jauni. « Si on atteint la somme de 500 °C, après épiaison, les parcelles grillent et le rendement peut être de moins 30 %, rappelle Jean-Louis Galais, là où il y a de l’irrigation, comme dans le Ried alsacien, ça passe. Mais là où il n’y en a pas, cette chaleur a un gros impact sur le PMG (poids de mille grains). » Patrice Denis a enchaîné sur l’irrigation du blé. « Aux alentours de Boofzheim, en centre-Alsace, personne n’a irrigué avant mi-juin le long du Rhin », avance-t-il. Il ne compte pas, dans les tours d’eau, les quatre passages de 15 à 20 mm pour solubiliser l’apport d’azote. Le conseiller rappelle que l’irrigation n’est pas rentable avant le stade deux nœuds. Sur des sols superficiels, entre l’épiaison et le stade grain laiteux, entre mi-mai et mi-juin, l’irrigation peut éviter l’échaudage. Mais « c’est compliqué », admet Patrice Denis. Les sondes capacitives que la CAA a installées dans tous les types de sol alsaciens alertent les techniciens : si la zone rouge est passée, après la mi-juin, il faut lancer l’irrigation pour resaturer le sol en eau. Les flashs irrigation donnent l’information. « Cette année, il a plus plu dans le Bas-Rhin que dans le Haut-Rhin », observe Patrice Denis. Les sols devraient donc être plus assoiffés dans le sud de la collectivité européenne.

Publié le 10/06/2022

Cinq adhérents de la Cuma La rurale sont en train de monter un projet d’irrigation collectif à Bischwiller. Il permettra d'irriguer une quarantaine d'hectares, dont une majorité de cultures légumières implantées sur des sols sableux.

C’est un projet déjà bien avancé sur le papier, mais dont l’aboutissement n’est attendu qu’en 2023. Cinq adhérents de la Cuma La rurale, réunis en section, se sont engagés dans un projet d’irrigation collectif. « Ce projet va couvrir entre 30 et 40 ha de sols sableux, séchants, explique Loïc Schwebel, l’un des deux associés de l’EARL Vogt, à Bischwiller, qui est partie prenante. Toutes les cultures sont concernées : asperges, pommes de terre, grandes cultures, maraîchage… » C’est la disparition de 30 ha de terres agricoles suite à la construction d’un lotissement dans la commune qui en est à l’origine. « Le promoteur qui a construit le lotissement doit payer une compensation pour perte économique au monde agricole. La condition pour bénéficier de cette enveloppe de 170 000 € est de réaliser un projet collectif », précise l’agriculteur. Spécialisée dans le maraîchage, l’EARL Vogt irrigue déjà une partie de ses cultures. « Nous avons des parcelles avec un puits et un réseau enterré. Mais nous en avons d’autres, situées un peu plus haut où nous n’avons pas la possibilité d’irriguer. Or, pour la rotation des légumes, il nous fallait amener l’eau là-haut. » Loïc sonde les agriculteurs de sa Cuma pour voir s’ils sont intéressés : il se trouve que plusieurs le sont. C’est ainsi que le projet prend forme, accompagné par Patrice Denis, conseiller irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace. « L’enveloppe servira à subventionner le forage, l’amenée d’électricité, le réseau enterré, la pompe et les bouches », précise Loïc Schwebel. Les frais de fonctionnement (consommation électrique et frais d’entretien), eux, seront à la charge des utilisateurs. Les cinq agriculteurs concernés pensaient voir aboutir le projet en 2022, mais le déclenchement de la guerre en Ukraine en a ralenti l’avancement. « Les pièces de la station de pompage ont pris du retard, le raccordement électrique n’est pas encore fait, mais les tubes sont stockés, la pompe et le foreur sont commandés et l’entreprise qui creusera la tranchée interviendra en août, après la récolte de blé », détaille l’agriculteur. Libre choix du système Compte tenu de la profondeur de la nappe et des débits recherchés, le puits sera creusé à 50 m. L’installation sera dotée d’une pompe de 100 m3 immergée, donnant la possibilité d’irriguer, selon les cultures, avec un enrouleur à buse de 30 mm ou de 22 mm, avec une couverture intégrale ou avec du goutte-à-goutte. « Chacun est libre de choisir son système d’irrigation, voire d’investir plus tard s’il le souhaite, mais l’eau sera disponible à la parcelle. » Comme les débits d’eau demandés sont très variables - de 20 m3 à 100 m3/h - il est prévu d’équiper l’installation d’un automatisme géré par un variateur, permettant le retour de l’eau au puits en cas de débit peu élevé, notamment en début et en fin de saison. "C'était la principale difficulté technique dans ce projet. On aurait pu installer deux pompes et les faire fonctionner en solo ou en simultané pour pouvoir travailler avec des débits plus ou moins élevés, mais les agriculteurs souhaitaient une solution technique simple avec une seule pompe et un coût maîtrisé", indique Patrice Denis. Le choix du programme d’arrosage et de la pression se fera au moment de l’allumage de la pompe, à partir d’un téléphone portable, sans avoir besoin de se déplacer jusqu’au forage. Pour limiter les nuisances sonores, Loïc Schwebel et ses collègues ont fait le choix d’une pompe électrique. « C’est plus cher à l’achat, mais moins coûteux d’utilisation. Surtout quand on voit le prix du GNR… » « C’est un beau projet, surtout pour ceux qui n’ont jamais irrigué », commente Loïc Schwebel. En attendant qu’il se concrétise, les membres de la section irrigation sont en pourparlers pour acheter un enrouleur en commun car certains adhérents n’en sont pas équipés.

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