Cultures

Maraîchage de conservation, à l’EARL Terre Activ’

Comment produire des légumes, après prairie ?

Publié le 07/05/2022

Jean Becker, maraîcher bio à Ingwiller, Niederbronn-les-bains et Wimmenau, rode sa technique de maraîchage sans travail du sol et par occultation, depuis sept ans, sur un sol argilo-limoneux, exposé aux vents et non irrigué. Il pose, plus de deux mois avant la plantation, une toile tissée, sur de la prairie vieille de trois ans, puis pique des courges à travers le tissage. Depuis deux ans, il applique la méthode à des systèmes plus intensifs, irrigués, amendés, sur des sols sableux… et ça fonctionne aussi.

« Notre base de fonctionnement et de raisonnement, c’est la prairie. Ici, dans les Vosges du Nord, on est dans une zone où l’élevage prime, à 90 %, parce que la prairie est la plus adaptée, globalement, au terroir. À Niederbronn, c’est de la colline, on a très peu de parcelles plates. Là, l’orientation des parcelles est Sud-Est, Nord-Est. L’exposition est pas mal mais le fait que ce ne soit pas plat, c’est aussi un frein à la mécanisation, en plus de la nature argilo-limoneuse du sol. Le travail du sol réduit le potentiel de rétention d’eau de cette terre. Et, là où elle est sableuse, comme à Ingwiller et Wimmenau, elle ne retient que très peu l’eau. À cause du relief et du sol, on ne peut pas homogénéiser facilement la manière d’agir, sur ce territoire. C’est pour ça que les prairies sont majoritaires. Ce sont les plus faciles à exploiter et elles valorisent le mieux le terroir », pose Jean Becker. Le trentenaire a choisi, lui, le maraîchage, parce qu’il y a de la demande, autour de Niederbronn, pour des fruits et légumes locaux, en vente directe, et qu’il accède difficilement au foncier. Installé depuis 2012, Jean Becker cultive ses parcelles sur trois communes : Ingwiller, le cœur de l’exploitation, Niederbronn et Wimmenau. Au total, il n’a pas plus de 4,5 ha. Et puis, l’homme aime les challenges. « Il y a toujours une solution pour produire des légumes », dit-il. Depuis son installation, il y en a eu d’autres, dans les Vosges du Nord, en maraîchage, mais peu. En dix ans, Jean est passé d’un maraîchage bio classique à un maraîchage bio sans travail du sol, en agriculture de conservation des sols (ACS) et techniques culturales simplifiées (TCS). Confronté à des rendements trop aléatoires et des dégâts de machines, là où les sols sont lourds, il a changé de pratiques, en 2015. « On a trois systèmes différents : le système extensif en plein champ, à Niederbronn ; le système sous abri, intensif, à Ingwiller, qu’on désintensifie, aujourd’hui ; et le système intermédiaire à Wimmenau, en plein champ, entre l’intensif et l’extensif. Les trois systèmes sont indépendants, les uns des autres, mais reposent sur les mêmes bases agronomiques, aujourd’hui », développe Jean Becker. Quelles sont ces bases ? « Les couvertures permamentes de sol, l’humidité tout le temps pour que le sol soit vivant, penser aux légumes, à la production, mais aussi aux plantes régénératrices, et à nourrir le sol », énumère le maraîcher. Jean rode sa technique depuis sept ans, à Niederbronn et à Wimmenau, en plein champ, et depuis deux ans, à Ingwiller, sous tunnel. Mais son étalon, c’est Niederbronn. C’est là qu’il n’y a plus aucun travail du sol, quand, dans les sols sableux, un coup d’outils à dent (dents vibrantes, buteuses, bineuses), au printemps, puis de herse étrille, permet de réchauffer le sol et de faire des cultures sur buttes. « Comme on est sur des sols peu fertiles, en sable, on n’aura jamais une fertilité terrible mais on la maintient au mieux, et tout le temps, pour que ça bosse bien. On intervient, tout le temps, mais peu ; on fractionne en engrais (3/4/4 et 5/8/10) et on irrigue tous les jours ou deux jours, par aspersion, pour humidifier toute la surface et, ainsi, favoriser l’enracinement ; alors qu’à Niederbronn, ce sont des sols qu’on n’amende pas, lorsque la culture est implantée, et qui ont de la réserve hydrique (supérieure à 100 mm). À Niederbronn, si on travaille les sols, à la moindre précipitation, ça ravine, ça s’écoule. Mais il y a plein de cultures qu’on ne fera pas, là-bas, aussi parce qu’il n’y a pas d’irrigation », différencie le maraîcher. Si Jean est arrivé au bout de la démarche d’ACS et de TCS, à Nierderbronn, il n’y plante que des courges (douze variétés) et, des oignons et échalotes de conservation. Ce sont ses parcelles les plus éloignées : il a tout intérêt à y intervenir le moins possible, en dehors des contraintes agronomiques pures. Un système abouti en plein champ Concrètement, à Niederbronn, la rotation dure quatre à cinq ans : trois à quatre années de prairie pour une année de courges, parfois suivies d’une année d’alliacés (oignons et échalotes de conservation). Les toiles tissées (en plastique, perméables) sont posées sur la prairie, idéalement, dix semaines avant plantation. En 2022, « on est à la bourre, à cause des pluies », confie Jean. Pour que le processus de dessèchement, de fermentation, de décomposition, de la matière (de l’herbe et des racines) soit en phase avec la minéralisation, pour nourrir, à l’implantation, la culture, le mieux est d’occulter la prairie un peu plus de deux mois avant. « Les végétaux dessèchent sous la toile et ça forme un tapis de biomasse », témoigne Jean Becker. Les courges sont plantées en mai (un pied tous les 1,5 m2), dans les trous de la toile tissée. Jean ne désherbe plus du tout car ce qui reste d’herbe, à cet endroit ne concurrence pas les courges. Au contraire, cet apport d’humidité, les étés secs, aide les fruits à se développer, encore mieux. Idem, après plusieurs tests d’apport de 50 à 60 unités d’azote, sur les courges, Jean n’amende plus car il n’a observé aucune différence significative. Le rendement en courge est moyen : de 15 à 20 t/ha. Mais 90 % de la production sont valorisés, affirme Jean Becker. Et, entre la plantation et la récolte, il ne fait… rien ! « On attend », plaisante le maraîcher… qui décale, finalement, les périodes de travail. La pose des toiles a cours en période creuse, en hiver, quand il n’est pas surchargé. « Alors que si tu bines, ce n’est pas possible de décaler le binage », donne-t-il, pour exemple. Au printemps, son maraîchage de conservation des sols, via la technique d’occultation, lui permet d’être présent sur ses autres parcelles. « Et, lorsqu’on soulève la toile, après la récolte, la terre est restée très humide et très structurée, très grumeleuse », plaide-t-il, en faveur de sa technique. Si le sol a une mémoire, il peut être reconnaissant. « Par contre, ces sols-là, dès qu’ils sont nus, le vent les assèche et ça croûte. Il se forme une croûte de battance. Le profil va alors s’assécher, au fur et à mesure. Donc il ne faut jamais les laisser découverts trop longtemps. Que ce soit par des bâches ou par de la végétation, il faut toujours que le sol soit couvert, pour que ça puisse rester humide », spécifie Jean Becker. Des tapis de turricules de vers de terre (plus concentrées en fertilisants) prouvent que le sol est bien vivant et habité. L’inconvénient est que l’humidité permanente amène des limaces sur ces parcelles de 8 à 10 m de large mais très longues, jusqu’à 180 m. La plus grande, à Niederbronn, mesure 80 ares. « On essaie d’imiter le fonctionnement de la prairie, puisqu’ici, elle produit, tout le temps », insiste Jean Becker. En été et début d’automne, la végétation qui est repartie, après une année de production de courges est broyée pour que la parcelle redevienne une prairie de fauche, les années d’après. « On travaille comme ça, avec les éleveurs. C’est un échange de service : fourrage-fumier. Avec leurs broyeurs, ils passent, jusque sous les arbres, ils ramassent et ils apportent des déjections animales. Je ne vends pas d’herbe sur pied, pour l’instant », enchaîne Jean. Il convient que la rotation est longue. Améliorer le sol et produire : Jean réfléchit vraiment aux deux tableaux. La vision annuelle, c’est la production, qui permet de tourner, économiquement, et l’objectif, à moyen, long terme, qui permet d’améliorer les conditions du sol. « Ça fait beaucoup de temps sans production, sans légume, mais ça fait une année très productive, sans intrant, et sans autre travail que poser les toiles, planter et récolter », constate-t-il. Approfondissement sous tunnels Outre l’intérêt de nourrir le sol et les plantes, et d’éviter le désherbage, la toile tissée permet d’obtenir des fruits propres à la récolte. « On n’a pas besoin de les laver avant la vente, ni pendant l’automne, ni l’hiver », remarque Jean Becker. Il rappelle, au passage, qu’un fruit ou un légume qui se conserve bien est un fruit récolté mûr. Il y a deux ans, il a exporté à Ingwiller, la technique, éprouvée à Niederbronn, dont sous tunnel. Mais il l’a adaptée. « Cet itinéraire-là fonctionne sur tous types de sol. À 70 % de sable, aussi. Les rotations sont plus courtes, à Ingwiller, sous abri, car nous n’en avons que 2 000 m2 mais, dès que l’on s’agrandira, en tomates, je compte passer à une rotation de quatre à cinq ans », prévoit Jean. Aujourd’hui, il produit des légumes une année sur deux, en plein champ, à Ingwiller. Le rendement, en tomates, est de 60 à 80 t/ha. L’année sans légume est aussi une année de couvert végétal, comme à Niederbronn, et qui est souvent pâturé par des animaux, sur place. Les analyses de sol réalisées, à Ingwiller, sont formelles : la terre est passée d’un peu plus d’1 % à un peu plus de 2 % de matière organique entre 2017 et 2021. Sous abri, Jean Becker tend à se spécialiser en légumes primeurs. « Actuellement, on est en récolte pour les bottes de radis. On fait de l’ail nouveau, aussi. Et, dans les prochaines semaines, on récoltera des choux-raves et des fenouils. Les navets aussi vont arriver. Puis, en été, on produit beaucoup de tomates, aubergines, concombres », détaille Jean. Les légumes de cycle court, qu’il récolte, après occultation de prairie, à Ingwiller, sont magnifiques, selon lui : rutabagas, choux-raves, fenouils. « Ils poussent de manière très homogène et avec des rendements très bons. Les calibres sont moyens à gros, très corrects », assure-t-il. Jean récupère les déchets de légumes de cuisines collectives et les cendres d’une chaudière à plaquette. Ils sont épandus sur les parcelles restées en herbe. « On fait de l’amendement, de la fertilité, avant légumes, mais sur prairie », paraphrase-t-il. « En ACS et TCS, il n’y a pas de recette. Ce sont des stratégies à adapter pour améliorer la rentabilité de l’exploitation, à long terme », conclut Jean Becker. Le même itinéraire est utilisé pour les courgettes, à Ingwiller, que pour les courges, à Niederbronn, par exemple. Jean Becker pense être arrivé au bout de la démarche. « Mais l’échange avec les collègues reste très important. De rotation en rotation, on affine. L’objectif, sous abri, est aussi de tester de nouvelles cultures, de se diversifier, puisque la surface le permettra, bientôt, avec, notamment, des cultures plus tropicales, qui émergent : manioc et igname, qui peuvent fonctionner sous nos latitudes. On a déjà testé la patate douce. Sans bouleverser le système, on va encore innover », planifie-t-il. L’élevage peut être une autre piste de développement. Un atelier volaille ou petits ruminants, comme des ovins, porté avec un (e) confrère, plutôt pour de la vente directe, serait le bienvenu, « agronomiquement » parlant, bien sûr.   Le parcours de Jean Becker Des choix stratégiques qui servent sa vocation Comme ses itinéraires culturaux, le parcours de Jean Becker a été pensé… et ce, dès le lycée ! Jean Becker, 38 ans, a « toujours » voulu s’installer. Enfant et adolescent, il a passé beaucoup de temps dans des fermes de polyculture élevage du secteur de Niederbronn et au Pays de Bitche. Ses grands-parents étaient éleveurs de bovins lait et viande. « Le virus m’a attaqué et ne m’a plus quitté », dit-il. Après un bac général scientifique, à Haguenau, et un DUT Génie biologique, option agronomie, à l’IUT de Colmar, Jean a poursuivi en licence professionnelle, en apprentissage, à l’université Jules Verne, à Amiens : Agriculture, agronomie et développement durable. Il a ainsi travaillé pour une union de coopératives céréalières, dans la Somme et dans toute la Picardie. « Je m’occupais de sols. On utilisait un logiciel qui permettait de faire du conseil à la fertilisation, à partir des analyses de sol, avec la prise en compte des objectifs de production et de beaucoup d’autres critères, parce qu’on était en zone fragile, réglementée par la Directive nitrates. C’était du conseil adapté à la parcelle. En parallèle, avec Thierry Tétu, responsable de la licence, agriculteur et chercheur, nous avons abordé les prémisses de l’agriculture de conservation », se souvient Jean Becker. Il acquiert un œil de technicien pour améliorer et développer les systèmes. Sa licence en poche, le jeune homme remplace l’animateur d’Afdi 68, en 2005. Il se rend au Mali, où il participe au développement de la filière mangue ; entre autres expériences enrichissantes. Puis, il devient ouvrier agricole, trois ans durant, dans des fermes bas-rhinoises qui produisent des légumes et des fruits, pour se spécialiser. « Le maraîchage, c’était une passion, autour des jardins familiaux, des potagers, dans lesquels je travaillais beaucoup, plus jeune. J’avais envie d’acquérir de l’expérience auprès de professionnels », précise-t-il. Jean expérimente, ainsi, les limites des techniques très interventionnistes, en bio, confie-t-il, et découvre les TCS en céréales. De 2008 à 2012, il devient formateur, pour adultes, en maraîchage. Si l’élevage l’intéresse aussi, s’installer en maraîchage est plus facile, « en partant de zéro ou presque », par rapport aux surfaces nécessaires. « Mais, quand je vous parle des pratiques prairiales pour produire des légumes, ça ne vient pas de nulle part », souligne-t-il. Jean Becker s’installe en 2012, à Wimmenau. Il est en location. Puis, il rachète des terres familiales, à Niederbronn, et, en 2013, loue des parcelles à Ingwiller. Son DUT vaut capacité agricole. En bio, dès l’installation, Jean commence les TCS et l’ACS en maraîchage, en 2015, après avoir constaté l’aléatoire de sa production, lorsqu’il travaillait les sols. Dans un groupe Dephy, cinq ans durant, sur la fertilité des sols en maraîchage, il intervient, toujours, en formation adulte, au CFPPA d’Obernai, fort de ses observations.

Publié le 01/05/2022

À Bischwiller, Olivier Vogt et Loïc Schwebel se sont spécialisés dans la production de légumes. La diversité de leur gamme et de leurs débouchés leur permet d’équilibrer les risques inhérents à cette production, qui demande des investissements conséquents vu les surfaces.

En 2021, quatre nouvelles serres sont venues compléter celles montées en 2008 et 2010 à l’EARL Vogt de Bischwiller, portant la surface sous serre à 5 500 m2. Un investissement de plus pour l’ancienne ferme de polyculture-élevage, qui s’est spécialisée dans le maraîchage sous l’impulsion d’Olivier Vogt à compter de 2005. Sorti du lycée agricole d’Obernai en 2001, Olivier a préféré développer les légumes plutôt que l’élevage laitier, définitivement arrêté à la retraite de son père, Jean-Jacques, en 2012. D’année en année, il a augmenté les surfaces maraîchères et diversifié sa gamme en ajoutant aux asperges et aux pommes de terre, cultivées traditionnellement sur la ferme, quantité d’autres légumes. Il cultive désormais l’équivalent d’une cinquantaine d’hectares en maraîchage avec Loïc Schwebel, le fils de son cousin, qui l’a rejoint comme salarié, puis associé de l’EARL en 2018. L’augmentation des surfaces les a conduits à mécaniser davantage certains travaux - plantation et récolte notamment - pour travailler plus efficacement et avec une moindre pénibilité. « Même si les légumes occupent moins de surface que les grandes cultures, c’est la production qui génère le plus de chiffre d’affaires et le plus de revenus sur l’exploitation », relève Olivier. C’est aussi celle qui réclame le plus de travail : hormis le dimanche, les deux associés sont occupés toute la semaine. Loïc se consacre aux cultures, avec une équipe de salariés permanents et de saisonniers. Jean-Jacques, bien que retraité, se charge des traitements et du suivi des cultures. Olivier se concentre sur l’organisation des commandes, la vente, la gestion des salariés et la comptabilité. Les deux associés achètent tous leurs plants auprès de deux fournisseurs selon des plannings définis à l’avance. « La plupart des plants viennent d’Allemagne ou de Bretagne. On sait ce qu’on reçoit chaque semaine et on ajuste en fonction de la météo et des demandes de la clientèle ». Les serres, non chauffées, sont occupées toute l’année : en hiver, par de la mâche, puis de la salade et des radis, auxquels succèdent les légumes d’été (tomates, poivrons, aubergines, concombres…). Économiser l’eau Les deux associés, dont la ferme est certifiée HVE 3 (haute valeur environnementale) depuis cette année, cherchent à limiter l’usage des produits phytosanitaires et à économiser l’eau. « Sous serre, nous utilisons des auxiliaires pour lutter contre les parasites, comme les thrips ou les pucerons. Nous posons des pièges adhésifs pour les repérer et nous n’intervenons qu’à partir d’un certain seuil de présence. » Le pilotage de l’irrigation se fait à partir des données de la station météo et les serres sont irriguées par goutte-à-goutte pour s’ajuster aux besoins des plantes. Le goutte-à-goutte sert aussi à apporter du calcium aux tomates, à raison d’un apport tous les 10 jours pendant la saison. Pour les légumes de plein champ, Olivier et Loïc utilisent les sols sableux (pour les asperges) et sablo-limoneux. « Les terres à plus de 50 % d’argile sont trop compliquées à travailler. Nous les réservons aux grandes cultures. » Sur les terres à légumes, qui sont irriguées soit par couverture intégrale soit par enrouleur, les deux associés intercalent un blé une année sur trois « pour couper le cycle des adventices ». Une partie des légumes sont cultivés en dérobé. Sitôt le blé récolté, ils implantent des légumes d’hiver qui peuvent rester en place jusqu’en avril de l’année suivante. Pour le désherbage, ils privilégient le binage, le désherbage chimique n’étant pratiqué qu’en rattrapage. « Tous les légumes sont binés une à deux fois minimum. Plus pour le poireau. Si on veut avoir un beau fût blanc, il faut le biner et le butter régulièrement », explique Loïc. Les deux associés disposent de deux bineuses d’écartements différents et d’un tracteur guidé par GPS, mais une année pluvieuse comme 2021, le binage peut être compliqué. Pour protéger les cultures contre les insectes et contre le gibier, ils utilisent des filets. Les traitements restent indispensables pour certains parasites, comme la mouche du poireau. « On n’y coupe pas ! » Pour la conduite des cultures, les deux associés sont bien encadrés grâce aux techniciens de Planète Légumes. « On bénéficie d’un vrai suivi. C’est très important en légumes où les maladies évoluent et les produits deviennent de plus en plus rares. » Au printemps et en été, les légumes sont récoltés au jour le jour. « À partir du 1er novembre, on récolte tout ce qui craint le gel et on stocke en chambre froide : les céleris, les choux, les pommes de terre, les carottes, les rutabagas… » En tout, Olivier et Loïc disposent de quatre chambres froides. La dernière a été aménagée en 2015. Cette année-là, la ferme Vogt a investi 800 000 € dans l’extension du bâtiment principal, construit à l’extérieur de Bischwiller par le père d’Olivier 15 ans plus tôt et dans l’acquisition d’une chaîne de lavage et de conditionnement très performante. Ils en ont profité pour transférer leur magasin de vente sur place. Des places de parking en nombre suffisant et la proximité des parcelles, gage de fraîcheur, contribuent à l’attractivité du point de vente, comme la présence d’un large choix de produits complémentaires de provenance locale.

Épisode de gel du 3 au 4 avril

Des dégâts significatifs mais pas catastrophiques

Publié le 06/04/2022

Il était annoncé, il s’est implacablement abattu sur la végétation naissante. Le gel a encore frappé, en Alsace comme sur une large partie du territoire français. Les dégâts sont significatifs, mais pas catastrophiques car, dans de nombreuses situations, les plantes devraient être capables de déployer des mécanismes de compensation.

Il y a un an, quasiment jour pour jour, notre article sur les dégâts de gel se concluait de manière tristement prémonitoire : « Faut-il s’attendre à l’avenir à voir régulièrement des périodes de douceur printanière s’achever dans la glace ? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude, mais ce n’est pas impossible. Dès lors, la protection des productions agricoles contre ce risque mérite d’être envisagée. » Il n’aura pas fallu attendre un an pour que le scenario catastrophe se reproduise : des belles journées printanières qui invitent la végétation à se réveiller. Et le retour d’une descente d’air froid, qui expose la végétation naissante à la morsure du gel. Comme l’année dernière, ce n’est pas tant le froid, qui a été problématique en ce début avril, mais le beau temps qui a précédé. Et encore, l’Alsace a été épargnée par rapport à d’autres régions : « Nous affichions un net retard de floraison par rapport au reste de la France, car si nous avions des journées chaudes, les nuits restaient froides. Mais il a suffi de quelques jours de chaleur plus marquée pour que la végétation explose », décrit Philippe Jacques, conseiller arboricole à la Chambre d’agriculture Alsace, qui met aussi ces levées de dormance précoces et problématiques en lien avec des hivers et des automnes globalement moins rigoureux. La situation a commencé à se corser dans la nuit de vendredi à samedi, avec des chutes de neige un peu partout en Alsace. Mais ce sont les nuits de samedi à dimanche et encore plus de dimanche à lundi, qui ont été problématiques. Lundi 4 avril au matin, sur Twitter, Atmo-Risk, spécialiste en prévision et gestion des risques météorologiques en Alsace, rapportait des températures souvent comprises entre - 3 à - 5 °C, parfois moins, comme - 7 °C à Wimmenau et Obertsteinbach. ? Fort gel ce lundi matin sur toute l'Alsace avec souvent -3 à -5°C, parfois encore moins. On relève : -7°C à Wimmenau et Obersteinbach -5.4°C à Ste Croix aux Mines -5.2°C à Gougenheim -4.8°C à Colmar-Meyenheim Cartes : @infoclimat pic.twitter.com/6EHdVcVj7D — ATMO-RISK (@atmorisk) April 4, 2022 Serge Zaka, docteur en agrométéorologie chez ITK, écrivait : « Cette nuit a été dévastatrice. Les pertes potentielles (sans lutte) pour l’arboriculture sont faramineuses… Cette matinée est a priori la plus froide de la climatologie française d’avril, plus froide que le cauchemar du 8 avril 2021. »   [#GelAgricole] Cette nuit a été dévastatrice. Les pertes potentielles (sans lutte) pour l'arbo sont pharamineuses. -4.6°C à Châteauroux, record sur 121 années. Cette matinée est, à priori, la plus froide de la climatologie ??d'avril, plus froid que le cauchemar du 8 avril 2021. pic.twitter.com/ZQju5BwIcv — Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) April 4, 2022 Pêchers et abricotiers les plus touchés De telles températures vont fatalement engendrer des dégâts en arboriculture, notamment en pêchers et abricotiers, qui atteignaient le stade petits fruits et, surtout, en l’absence de moyen de lutte poussé. En effet, « rares sont les producteurs qui ont réussi à réchauffer suffisamment l’atmosphère autour de leurs arbres », rapporte Philippe Jacques. En cerisiers et poiriers, qui étaient en pleine floraison, des dégâts sont aussi à craindre. Aussi parce que, après cet épisode de gel, d’importantes précipitations sont annoncées. « Nous faisons ce qu’il est possible en matière de nutrition foliaire et de protection fongicide pour soutenir les arbres, mais les quantités d’eau annoncées vont sans doute empêcher d’être efficace », regrette le conseiller arboricole. En mirabelle, bien que jusqu’à 60 à 80 % du potentiel floral puisse être perdu suite au gel, « nous ne sommes qu’à demi-inquiet pour ce fruit, qui affiche une bonne capacité de résistance aux précipitations. Donc, si les températures sont douces à la nouaison, la récolte pourra être bonne, avec de beaux calibres ». Pour les quetschiers, qui étaient en tout début de floraison, le gel n’aura d’incidence que si le temps qui suit est vraiment mauvais, avec un risque de coulure. Pour les pommiers, dont la floraison n’avait pas commencé « on voit vraiment de tout, et partout, sans qu’on sache trop expliquer ces différences de réactions, bizarres et hétérogènes, qui font qu’il peut y avoir de 0 à 100 % de dégâts sur des branches situés dans les mêmes vergers », indique Philippe Jacques. La variété boskoop était très proche de la floraison, mais elle semble relativement épargnée par le gel, bien qu’elle y soit sensible. Les variétés golden ou gala, moins précoces, présentent parfois des bourgeons complètement gelés. « Donc pour l’instant on ne sait pas du tout où on va. La pleine floraison devrait être atteinte durant le week-end de Pâques. À ce moment-là, les fleurs gelées vont tomber et ce qui va s’ouvrir correspondra à ce qui a été épargné. » En attendant, les producteurs de pommes restent optimistes car, lorsqu’il y a des fleurs gelées et d’autres pas dans un même bouquet floral, la mort des unes signe le renforcement de la nutrition des autres. Une chose est sûre : « Dans ces conditions, l’éclaircissage va être difficile à gérer », présage Philippe Jacques. Une lutte qui a un coût Pauline Steinmetz, arboricultrice à Kriegsheim, raconte ces deux nuits de lutte contre le gel : « La nuit de samedi à dimanche a été calme. Nous avons enregistré des températures de - 1 °C. Nous sommes donc quand même sortis, pour préparer notre matériel de lutte contre le gel, mais nous ne nous en sommes pas servis. Nous n’avons pas d’outils spécifiques de lutte contre le gel. Nous procédons un peu à l’ancienne, en allumant des feux dans des fûts. La nuit suivante, à 23 h, nous avons allumé les feux pour protéger les pêchers et les abricotiers, qui étaient les plus avancés, sur une vingtaine d’ares. Puis, jusqu’à 6 h du matin, les feux ont été alimentés toutes les heures. A priori, à quatre personnes, nous avons réussi à maintenir la température dans le verger autour de - 1 °C, contre - 5 °C alentour », espère la jeune femme. Le #gel2022 est bien là.. sans système de lutte antigel dans nos vergers, on essaie de sauver nos pêches comme on peut.. ? @chloe_steinmetz pic.twitter.com/RTU05tkmBZ — Pauline ??? (@popoSTEINMETZ) April 3, 2022 Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, a réagi dès lundi matin, assurant que le gouvernement français sera « aux côtés » des agriculteurs touchés. Nos agriculteurs sont une nouvelle fois touchés par un épisode de gel exceptionnel qui frappe actuellement notre territoire. Face aux dégâts qui pourraient être très importants, le @gouvernementFR sera à leurs côtés. ⤵️ pic.twitter.com/V140BMBi5d — Julien Denormandie (@J_Denormandie) April 4, 2022 Même réaction pour Jean Rottner, président de la Région Grand Est. Une nuit de plus sans sommeil... Tout mon soutien aux agriculteurs, maraîchers, arboriculteurs de la @regiongrandest qui depuis 48h luttent contre le #gel2022 pour sauver les récoltes de demain. Nous sommes attentifs et serons à vos côtés. pic.twitter.com/mVW5Mv36o5 — Jean ROTTNER (@JeanROTTNER) April 4, 2022 « Les services de l’État sont alertés », indique Philippe Jacques. Il est donc probable que cet épisode donne lieu à des indemnisations dans le cadre du système malheureusement rodé des calamités agricoles. « La protection contre le gel a un coût. Protéger une nuit, ça va, mais au-delà, le bénéfice de la protection est mangé par son coût », rappelle le conseiller arboricole.

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