Le Bunker comestible à Strasbourg
Emploi et handicap : ils appuient sur le champignon
Le Bunker comestible à Strasbourg
Publié le 14/11/2021
Dans le cadre de son projet Licht, la fédération des aveugles Alsace Lorraine Grand Est a repris la ferme urbaine souterraine le Bunker comestible, à Strasbourg. Trois travailleurs handicapés, déficients visuels, y cultivent des champignons : pleurotes et shiitakés.
Grâce à la fédération des aveugles Alsace Lorraine Grand Est, le Bunker comestible, rue du rempart à Strasbourg, est à nouveau sur les rails. Et sa notoriété grandit… comme un champignon. Dans ce lieu insolite, une ancienne poudrière de 1876, face au technicentre SNCF, poussent des pleurotes et des shiitakés. Trois travailleurs handicapés, déficients visuels, sont à la manœuvre. Ils sont encore formés par Jean-Noël Gertz, cofondateur de Cycloponics et du Bunker comestible, qui a cédé le bail du fortin à la fédération, en avril, car il est parti pour de nouveaux horizons. La fédération des aveugles Alsace Lorraine Grand Est, connue pour son entreprise adaptée de cannage de chaises, avait d’abord pensé à aménager sa propre cave, rue de la première armée. Mais pourquoi la culture de champignons ? « Nous sommes toujours volontaires pour la nouveauté », cadre Fabien Simon, chef d’atelier à la champignonnière et vice-président de la fédération. « Je suis arrivé à la fédération il y a deux ans et demi, raconte Hakim Koraich, son actuel directeur. Depuis, on brainstorme avec l’ensemble des équipes, pour emmener la fédération, l’entreprise adaptée, plus loin et surtout, garder les salariés. C’est l’un d’entre eux qui a eu l’idée d’une champignonnière. Elle n’a pas pris tout de suite. Mais à force d’en parler… Les champignons n’ont pas besoin de lumière pour pousser et, pourtant, ils sortent au grand jour. Nous aussi, qui sommes peu visibles, peu connus, nous voulons sortir à la lumière. Nous voulons qu’on pense à nous, que la ville devienne inclusive. » « Il faut qu’on se diversifie et qu’on se fasse connaître », ajoute Fabien. « Trouver de nouveaux débouchés et changer l’image de la fédération, qu’elle ait une image dynamique, tels sont nos challenges », résume Anne-Gaëlle Bartos, la directrice adjointe. « C’est très simple » Sur la page Facebook du Bunker comestible, chaque récolte est annoncée pour permettre aux particuliers et aux restaurateurs strasbourgeois de commander pleurotes (15 €/kg) et shiitakés (17 €/kg). La première récolte a été distribuée à quarante restaurants strasbourgeois, à raison de 500 g par établissement. Une cinquantaine de consommateurs et deux restaurants, celui du Sofitel et La Cruche, rue des tonneliers, sont déjà clients. Mais il faut souvent attendre. La production avait été abandonnée en ce lieu. Elle commence tout juste à repartir. Pour que les blocs de paille mycorhizés produisent des champignons, il faut compter deux à trois semaines. « C’est très simple, souligne Jean-Noël Gertz. On maintient les blocs, achetés à des professionnels de Bretagne ou de la région lyonnaise, à une température comprise entre 10 et 20 degrés, et une hygrométrie supérieure ou égale à 80 % pour les shiitakés, par exemple. » Ces différents paramètres, comme la lumière, sont gérés automatiquement. La ventilation est naturelle au bunker. La surveillance est de mise. Les insectes sont proscrits. On enlève les champignons pourris. Il faut récolter dans de bonnes conditions d’hygiène et le tour est joué. Les champignons pèsent plus ou moins 300 grammes quand ils sont cueillis, à la main. Jusqu’à 150 blocs de paille mycorhizés de 10 kg peuvent être entreposés dans le Bunker comestible. L’objectif est de mettre en place un roulement pour des ventes régulières. « On a quasiment tout cueilli lors du Tour des fermes, fin septembre, et on n’a pas été livrés en blocs. Ils arrivent demain », précise Benoît Laugel, le responsable de la production champignonnière, mi-octobre. Trois cueillettes ont déjà été réalisées, depuis avril. C’est la première fois que la fédération des aveugles Alsace Lorraine Grand Est travaille avec du vivant : sa première expérience agricole. 25 travailleurs handicapés et une vingtaine d’usagers du service d’aide par le travail (ESAT) sont potentiellement amenés à être formés à la culture des champignons, à tour de rôle. À long terme, l’association vise leur insertion en milieu ordinaire, dans d’autres structures maraîchères. Les déficients visuels mais aussi auditifs ou moteurs, car la fédération accueille d’autres handicapés, sont privilégiés pour ce job. « On pourrait intégrer un aveugle mais il faut éviter de toucher le champignon », explique Fabien Simon.












