Cultures

Colloque transfrontalier sur la « fertilisation azotée du maïs »

Expérimenter les pratiques de demain

Publié le 03/12/2014

Le 27 novembre, le colloque Indee organisé à Sainte-Croix en Plaine a présenté les résultats des trois années d'essais réalisés en Alsace et en Allemagne sur le thème de la localisation d'azote pour fertiliser le maïs. Les expérimentations devront être poursuivies pour obtenir des résultats plus significatifs.

Pas de rendements record sans fertilisation. Plus de fertilisation sans prise en compte des enjeux environnementaux. Avec le projet agro-écologique pour la France lancé en 2012, la culture maïsicole doit aussi faire évoluer ses pratiques tout en conservant la rentabilité économique si chère aux exploitants. Une démarche qui demande de revoir complétement « notre modèle de production » estime le député du Bas-Rhin, Antoine Herth, lui-même agriculteur, en introduction du colloque transfrontalier qui s'est déroulé le 27 novembre à Sainte-Croix en Plaine. Une journée qui avait pour objectif de faire le bilan des expérimentations menées dans le cadre du projet Indee lancé par l'Itada, toujours en 2012. Améliorer l'efficience de l'engrais La problématique était la suivante : comment diminuer l'impact de la fertilisation azotée sur le maïs sur la qualité de l'air, tout en conservant des rendements corrects ? Un défi auquel s'est frotté l'Institut transfrontalier d'application et de développement agronomique (Itada) la même année en lançant le projet Indee (Injection d'engrais N sous forme de dépôt pour plus d'efficience et moins d'émissions dans  l'environnement). Dans les faits, il s'agissait de mesurer sur six différents sites (deux en Alsace, deux dans le Bade-Wurtemberg, deux en Rhénanie-Palatinat) la production de maïs en réponse au mode d'apport de l'azote. L'enjeu n'est pas mince car, aujourd'hui, l'impact de l'agriculture sur les émissions de gaz à effets de serre s'élève à 15 %. En maïsiculture, une partie non négligeable provient de la volatilisation des granulés d'urée, la forme d'engrais la plus utilisée sur le maïs. Ce phénomène se produit lors des épisodes de sécheresse cumulés avec du vent. Chose qui est loin d'être exceptionnelle dans le contexte pédoclimatique rencontré dans les territoires du Rhin supérieur comment le rappelle Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis - Institut du végétal, l'un des 19 partenaires de ce projet transfrontalier.  « On s'est alors demandé si l'on pouvait améliorer l'efficience de l'engrais. On s'est fixé l'objectif d'en apporter de manière plus localisée, plus concentrée et plus stable, le tout en un seul apport » précise-t-il. Pour ce faire, les techniciens ont opté pour la méthode Cultan (Controled long term ammonium nutrition) qui permet une alimentation de longue durée d’ammonium liquide par la plante. « C'est une forme un peu plus stable d'ammonium qui va ralentir la transformation en nitrates. La plante peut ainsi s'alimenter au fur et à mesure de la saison », poursuit Didier Lasserre. Les bénéfices attendus de cette méthode étaient multiples : économie d'engrais et de carburant (plus qu'un seul passage au lieu de deux ou trois), moins de lessivage de nitrates vers les nappes, moins d'émissions dans l'air, moins de mauvaises herbes, moins de dépendance au climat et aux problèmes de sécheresse... « Nous devons aller plus loin » Un programme séduisant qui, lors des différents essais menés depuis 2012, a fourni des résultats plutôt encourageants. En premier lieu, la méthode Cultan a permis d'obtenir des rendements similaires à une fertilisation classique, quelque soit le potentiel. « En terme de rendement optimum, nous avons obtenu des résultats non significatifs d'une méthode à l'autre », résume Jean-Louis Galais. La deuxième question était de savoir si on atteignait les mêmes rendements avec la même quantité d'azote. Là encore, peu de résultats significatifs. « La dose optimale N est globalement la même quelque soit la méthode : urée surface, urée enfouie ou Cultan ». Concernant les effets sur le CAU (Coefficient apparent d'utilisation), là encore, pas de différence statistiquement significative n'a été mise en évidence. « Alors qu'on pourrait penser qu'en localisant l'azote, on aurait une meilleure valorisation ». Les observations les plus marquantes ont été faites sur l'enracinement de la plante qui a tendance à varier d'une méthode à l'autre. « Nous avons été surpris de constater qu'en mettant de l'azote un rang sur deux, nous obtenions les mêmes résultats ; les racines vont chercher l'azote », fait remarquer Jean-Louis Galais. Globalement, les techniciens de la Cara et d'Arvalis ont encore du mal à expliquer clairement le comportement des racines d'une méthode à l'autre. En 2012 par exemple, sur la parcelle d'essais d'Entzheim, les racines alimentées à l'urée allaient bien plus profondément que celles alimentées par la méthode Cultan. La même année à Munchhouse, on constate que l'enracinement est le même entre les deux méthodes. En 2013 en revanche, le phénomène s'inverse à Niederentzen et Entzheim avec des racines plus profondes en Cultan qu'en urée. « Mais attention néanmoins puisque, dans ces cas là, nous ne sommes pas sur une vraie méthode Cultan puisque nous avons utilisé de l'Alzon », relativise Jean-Louis Galais. Dans les conditions des essais, la méthode Cultan n'a pas apporté de meilleure efficience de l'azote. « D'où la nécessité d'aller plus loin par rapport aux formes d'azote et à l'optimisation de l'outil ». Alors même si les résultats présentés nécessitent d'approfondir les expérimentations, Antoine Herth tient à saluer cette initiative qui est pour lui une « illustration de ce que devrait être l'agro-écologie en France demain ». « C'est quand même un pan entier de notre économie régionale qui est en jeu. Dans une logique de progrès, voter des lois ne suffit pas. Il faut trouver un compromis entre l'intérêt de la société, celui des agriculteurs et des filières économiques qui en dépendent. Et c'est un travail collectif dans lequel l'experimentation a un rôle essentiel à jouer », ajoute le député du Bas-Rhin.

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