Cultures

Publié le 08/10/2015

Les premiers arrachages de betteraves sucrières ont débuté le 20 septembre, soit à peine un jour avant le démarrage de l'usine d'Erstein. Des conditions stressantes qui n'ont pas empêché l'usine de transformer un tonnage de betteraves record durant ses dix premiers jours de fonctionnement.

La campagne sucrière 2015 a été riche en surprises, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Il y a d'abord eu la surprise de voir la sécheresse s'installer durablement sur la plaine d'Alsace et se doubler de pics de chaleur. Contrairement à celui des céréales, le cycle de la betterave ne présente pas de phase particulièrement sensible au manque d'eau. Les feuilles de la betterave flétrissent, certaines vont disparaître, et le tubercule arrête sa croissance en attendant de meilleures conditions. Et c'est ce qui est en train de se passer suite au retour des précipitations : « Les bouquets foliaires se sont reformés, les betteraves ont repris vie et continuent à faire des réserves, à grossir », rapporte Michel Butscha, technicien agro-betteravier à l'usine Cristal Union d'Erstein. Aussi, pour que chaque planteur bénéficie de la croissance automnale, le planning d'arrachage prévoit que chacun d'entre eux arrache une petite partie de sa surface au début de la campagne, pour commencer à alimenter l'usine. La richesse compense le poids Si tout n'est donc pas encore joué en ce qui concerne les rendements, les premières livraisons s'annoncent conformes aux prévisions : « Nous constatons une très forte hétérogénéité entre les secteurs non irrigués, qui ont souffert du manque d'eau, et les secteurs irrigués où les rendements sont prometteurs. Au final, ils devraient être compris dans une fourchette allant de 50 à 110 t/ha », annonce Laurent Rudloff, responsable du service agro-betteravier de l'usine Cristal Union d'Erstein. La bonne surprise, c'est la richesse, qui s'élève à 18 % sur la deuxième semaine de réception et qui continue à progresser. Tant et si bien que la « richesse va compenser le manque de poids dans certaines parcelles », constate Laurent Rudloff. Et, contrairement au rendement, la richesse est très stable, puisqu'elle oscille entre 17 et 19 %. Tonnage au démarrage record Du fait de la réduction du volume de betteraves à traiter, la mise en route de l'usine d'Erstein a été décalée d'environ une semaine. Les arrachages l'ont été également, mais cette fois en raison des précipitations. Du coup les arrachages ont débuté à peine un jour avant la mise en service des lignes de production de l'usine d'Erstein. Une situation « rare et inconfortable parce que nous avons travaillé à flux tendu et, comme le chargement de l'usine va plus vite que l'arrachage des betteraves, nous risquions la rupture d'approvisionnement », explique Laurent Rudloff. Mais depuis ce démarrage un peu précipité, tout est rentré en ordre : les arrachages ont pris un peu d'avance, ce qui a permis de constituer un stock de réserve de quatre jours, et l'usine tourne bien, voire très bien. Patrick Baudot, directeur de l'établissement d'Erstein, rapporte en effet « un très bon démarrage de l'usine : le tonnage produit durant les dix premiers jours est le meilleur jamais atteint ». Une belle performance qui s'explique par tout un travail de maintenance, de préparation durant l'inter-campagne. « De petites évolutions qui, mises bout à bout, portent leurs fruits », explique Patrick Baudot qui évoque notamment des économies d'énergie significatives. Une performance à laquelle la très bonne qualité des betteraves n'est pas non plus étrangère, puisqu'elle procure une cadence régulière et, à l'issue du process, des coproduits de qualité, notamment des pulpes surpressées qui titrent à 28 % de matière sèche. Des arracheuses plus performantes Autre bonne surprise : le niveau de tare est très faible, ce qui limite les frais de transport. Une particularité liée aux conditions sèches, qui limitent l'adhérence de la terre aux tubercules, et aux progrès permis par le renouvellement du matériel d'arrachage des entrepreneurs de travaux agricoles. Les dernières arracheuses mises sur le marché affichent en effet des performances accrues grâce à l'amélioration de la forme des socs, qui ramènent moins de terre, mais aussi à l'amélioration de la portance des pneumatiques. Des investissements qui permettent d'améliorer la qualité de la récolte, mais aussi d'accélérer les débits de chantier. La dernière « surprise », celle des prix, sera-t-elle bonne ou mauvaise ? Il faudra attendre jusqu'au mois de janvier pour le savoir. En attendant, le groupe Cristal Union envoie un signal positif aux planteurs alsaciens puisqu'après la baisse de 5 % des surfaces betteravières alsaciennes en 2015, celles-ci devraient à nouveau augmenter en 2016.

Lancement de la saison des pommes

Elles vous attendent, avec leurs belles joues rouges

Publié le 23/09/2015

C'est à Westhoffen, capitale de la cerise et de la quetsche, qu'a eu lieu l'ouverture officielle de la saison des pommes. Une pluie diluvienne a obligé les organisateurs à modifier le programme des festivités, et c'est sous un hangar que Pierre Barth, président de l’association Production fruitière intégrée d’Alsace, et Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, ont accueilli leurs nombreux invités.

Après la sécheresse estivale, les pluies de ces dernières semaines ont eu un effet bénéfique sur les pommes, a expliqué Daniel Dettling, arboriculteur à Westhoffen, devant les nombreuses personnalités venues assister au lancement de la campagne pommes d'Alsace. Installé en 2003 sur l'exploitation familiale, ce dernier a considérablement développé les surfaces en vignes (6 ha) et en vergers (12 ha). « Jusqu'ici, les quetsches étaient notre fer de lance, mais la sharka nous a obligés à arracher à tour de bras des vergers en pleine récolte. Pour assurer la pérennité de notre exploitation, nous avons dû rebondir, mais le parcellaire morcelé a compliqué la donne. En réalisant des échanges entre agriculteurs, nous avons réussi à regrouper une parcelle d'1 ha que nous avons plantée en pommes boskoop et idared avec des clones actuels qui colorent bien. » L'objectif, a-t-il précisé, est de relever le défi de satisfaire le consommateur par la couleur et le calibre des pommes. Aujourd'hui, les vergers se composent de 1,5 ha de cerises de bouche, 8 ha de mirabelles et de quetsches et 1 ha de pommes en production. À cela s'ajoute 1 ha de pommes en plantation qui représente un investissement important, notamment pour les filets paragrêle et les clôtures contre le gibier. Daniel Dettling vend ses fruits à la ferme, dans le magasin La Nouvelle Douane à Strasbourg - où son épouse s'investit beaucoup - et adhère à la Cuma Alsa Pomme de Brumath. Pour Pierre Barth, président de l’association Production fruitière intégrée d’Alsace, la ferme fruitière de Daniel Dettling est un bel exemple de développement de l'arboriculture. « Il y a de la place pour les jeunes qui veulent s'installer », a-t-il ajouté. Une nécessaire visibilité La Région Alsace accompagne fortement la filière fruits et légumes, a poursuivi Pierre Lammert, président de l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace (Ifla), en soulignant la présence de François Loos, vice-président du Conseil régional, de Nathalie Arnold, chef du service agriculture et forêt, et d'Yves Demangel, directeur du pôle marque et réseaux de l'Agence d'attractivité de l'Alsace. C'est le cas de la filière pomme : la Région a aidé les producteurs à sensibiliser les consommateurs à manger local. « Nous avons ajouté sur notre logo la marque Savourez l'Alsace Produits du terroir qui vient d'être lancée. C'est normal que les fruits et légumes soient entrés dans cette démarche. » Les producteurs de fruits ont envie de développer la production régionale, d'augmenter les surfaces, d'installer des jeunes, à condition d'avoir de la visibilité, a souligné Pierre Lammert. Un verger c'est un engagement de 25 ans ! Une démarche est en cours pour créer les conditions favorables à cette dynamique. L'Ifla organise une grande manifestation du 1er au 10 octobre, dans le cadre des Journées d'octobre de Mulhouse, a annoncé Pierre Lammert. Sur 10 000 m2, Folie’Flore mettra en avant les fruits et légumes d’Alsace, par une succession de vingt jardins, cinq spectacles et cinq ateliers participatifs. « C'est un travail colossal ! » Mais le résultat sera magnifique, à n'en pas douter. Autre actualité, la quinzaine fruits et légumes d'Alsace se déroule en ce moment dans les grands magasins, ainsi que dans la restauration hors domicile. « Le concours d'étalage a été lancé, de nombreux magasins sont décorés avec nos fruits et légumes. » Pour Patrick Bastian, secrétaire général de la Chambre d'agriculture de région Alsace (Cara), « 2014 est la pire des années que nous ayons connue au niveau des prix. Nous espérons que les prix se maintiendront à un bon niveau pour 2015. » Il faut que la grande distribution joue le jeu pour motiver les jeunes agriculteurs, a-t-il insisté. « Nous devons essayer de contractualiser la production avec un volume, mais aussi un prix et une durée, sinon nous n'y arriverons pas. » De son côté, la profession continue à y croire : la Cuma Alsa Pomme vient d'investir dans une ensacheuse-barquetteuse et la Cara a engagé un deuxième technicien arboricole à mi-temps, Thierry Antoine. La station Verexal continue à acquérir des références techniques pour guider le choix des producteurs. « Nous allons développer d'autres espèces, comme l'abricot ou la pêche, car il y a une vraie demande des consommateurs. » François Loos, vice-président du Conseil régional d'Alsace, estime qu'il est important de délivrer un message positif. « Contractualisation, qualité, marque, autant d'éléments fondamentaux sur lesquels il faut agir sous peine d'être soumis aux dures lois du marché. Or la production a besoin de visibilité à long terme. » C'est dans cette optique que le Conseil régional a signé une convention d'objectifs avec la Cara. « Nous avons mis en œuvre tout ce que nous avons décidé et nous avons déjà voté les crédits pour 2016. » Pierre Barth en a profité pour remercier la Région pour son soutien, en particulier pour la campagne de promotion menée l'an dernier, au plus fort de la crise, a souligné Pierre Barth. « Si les prix n'étaient pas au rendez-vous, cela nous a au moins permis d'écouler les stocks en fin de campagne. » « Nous continuons à avoir la fibre de la ruralité » Après le maire de Westhoffen, Pierre Geist, la parole était à Thierry Carbiener, conseiller départemental du Bas-Rhin. « Malgré les temps difficiles, nous sommes très enclins à être un appui indéfectible de l'agriculture, à travers la convention signée avec la Cara, dans laquelle les producteurs de fruits ont une place privilégiée, a-t-il souligné. Nous restons en appui en matière de formation, nous privilégions les circuits courts, notamment dans les restaurants collectifs des cantines, et nous nous sommes toujours investis sur la replantation des arbres fruitiers et dans les vergers solidaires. » Malgré un désengagement financier provisoire, le Conseil départemental du Bas-Rhin continuera à appuyer certaines opérations remarquables et certains investissements, a conclu Thierry Carbiener.

Publié le 16/07/2015

Après 15 jours caniculaires, qui font suite à une longue période sans précipitations significatives, les cultures accusent le coup en plaine d'Alsace.

La récolte des orges se termine. Dans la plupart des cas, comme le laissaient présager les données de peuplement, quantité et qualité sont au rendez-vous. Car contrairement au blé, les orges sont arrivées à maturité avant l'épisode caniculaire. Et cela se ressent. Les premières parcelles de blé ont été récoltées à la fin de la semaine dernière un peu partout en Alsace. Pour l'heure, il est difficile de dégager une tendance nette. Pour Laurent Fritzinger, conseiller à l'Adar des Deux Pays, dans le secteur de Bouxwiller, les rendements devraient être assez bons, « avec une incertitude, celle de l'impact de la canicule sur le Poids de mille grains (PMG), qui pourra être plus ou moins important en fonction des variétés, des dates de semis… » Car si certaines parcelles n'ont visiblement pas trop souffert de la météo excessivement estivale, dans d'autres, les blés ont viré du vert au blanc en quelques jours, ce qui n'est pas très bon signe… Certains blés ont vite jauni Dans le secteur de l'Adar de l'Alsace du Nord, Félix Meyer est plus pessimiste : « Dans les sols légers, séchants, on risque une catastrophe car les coups de chaud successifs ont mis à mal le potentiel de rendement ». Dans certaines parcelles, les blés ont jauni très rapidement, en une à deux semaines, et des feuilles ont commencé à dépérir. Un phénomène lié au manque d'eau et qui traduit un arrêt de la végétation et une sénescence accélérée de la plante alors qu'elle n'a pas fini son cycle végétatif. Avec pour conséquence un mauvais remplissage des grains, donc une perte de rendement. À l'inverse, dans le secteur de la plaine de l'Ill, Patrice Denis fait écho de bons, voire de très bons, rendements obtenus dans les premières parcelles de blé récoltées dans le secteur de Sélestat, qu'elles soient irriguées ou non, avec en prime de bons Poids spécifique (PS), compris entre 70 et 80. « Que ce soit en situation irriguée ou non, il y aura peut-être un peu d'échaudage, mais globalement les meubles seront sauvés », pronostique Patrice Denis. C'est aussi ce que prévoient les conseillers de l'Adar du Kochersberg, où les premiers blés récoltés affichent de plutôt bons rendements. Des maïs assoiffés Même les maïs, réputés pour leur résistance à tous les extrêmes, commencent à accuser le coup. Dans le secteur de Bouxwiller, « les maïs font la baïonnette de 9 heures à 20 heures, décrit Laurent Fritzinger, dans les parcelles à sol superficiel ou à terres lourdes, ils se protègent de la chaleur et ne poussent plus ». Parfois, les feuilles basses commencent à sécher et dans les sols très séchants, le maïs commence même à dépérir. En outre, cet épisode caniculaire et de stress hydrique arrive au plus mauvais moment du cycle végétatif du maïs puisqu'il coïncide avec le début de la floraison dans un certain nombre de parcelles. « Il faut donc de l'eau sinon, le pollen risque d'être moins fertile, or une mauvaise fécondation peut altérer le nombre de grains », explique Laurent Fritzinger. Malheureusement pour les céréaliers, l'anticyclone qui règne actuellement sur la plaine d'Alsace semble durablement installé et les épis de maïs risquent donc cette année d'être relativement mal remplis. Laurent Fritzinger décrit aussi des maïs de relativement petit gabarit cette année, ce qu'il explique par l'ensoleillement important dont ils ont bénéficié, ce qui ne les a pas incités à faire de longs entre-nœuds pour aller chercher la lumière. Cela aura-t-il un effet sur le rendement du maïs ensilage ? Pas forcément, répond le conseiller qui rappelle que 60 % du rendement du maïs ensilage est imputable à l'épi. Dans le secteur de l'Alsace du Nord, certaines parcelles de maïs, situées le long de la bordure rhénane, de Reichstett à Lauterbourg, sont irriguées : « Le maïs y souffre moins, mais en moyenne, les agriculteurs en sont à un tour d'eau de plus comparé à une année classique », relate Félix Meyer. Dans les parcelles non irriguées, c'est le même constat qu'ailleurs : les maïs ont soif et enroulent leurs feuilles pour lutter contre l'évapotranspiration. « Dans les sols séchants, on voit des feuilles qui commencent à disparaître. Mais même dans les sols profonds, les maïs commencent à souffrir. La situation devient critique », regrette Félix Meyer. Impuissants face à ce phénomène, les agriculteurs ne peuvent qu'espérer un rafraîchissement des températures et des précipitations significatives pour recharger la réserve utile des sols. « Mais s'il continue à faire chaud et sec alors que les panicules sont émises, les rendements seront forcément impactés », déclare Félix Meyer. Dans le secteur de l'Adar de la Plaine de l'Ill, le constat est le même, mais les contrastes sont encore plus marqués. « Nous allons être confrontés à deux situations, rapporte Patrice Denis. Dans les parcelles irriguées les rendements seront au rendez-vous, ailleurs ce sera parfois la catastrophe. » À la mi-juillet, les irriguant de la plaine de l'Ill en sont à leur quatrième, voire cinquième, tour d'eau alors qu'à cette période ils entament « normalement » le deuxième ou le troisième. « C'est très rare dans le secteur : l'irrigation a démarré tôt et depuis les tours d'eau s'enchaînent à une cadence élevée : un tour tous les six-sept jours », rapporte Patrice Denis. Aussi les cinq à six tours d'eau généralement pratiqués en une saison risquent d'être dépassés cette année. Au moins les rendements seront-ils sauvegardés dans ces parcelles, ce qui n'est pas le cas des maïs implantés dans des rieds superficiels caillouteux non irrigués : « Là, c'est cuit, il n'y aura pas d'épis ou quasiment rien, la messe est dite », annonce Patrice Denis pour qui la situation n'est pas loin de celle de 2003. Et puis il y a les secteurs où les maïs accusent le coup mais peuvent encore s'en remettre. C'est le cas des limons de la plaine d'Erstein, où pour la première fois dans sa carrière, Patrice Denis a vu des agriculteurs mettre en place de l'irrigation. Maïs semences : la fécondation menacée Le maïs semences n'est pas épargné par cet épisode climatique, avec plus ou moins de conséquences selon que les parcelles sont irriguées ou pas, semées plus ou moins tôt… Olivier Kempf, responsable technique de la filière maïs semences au Comptoir agricole, distingue les effets de la chaleur et du manque d'eau. La première peut perturber la fécondation, donc le nombre de grains formés, en altérant la qualité du pollen émis par les plants mâles. « Les variétés semées tôt ont ainsi été impactées par les températures extrêmes du début du mois. » Comme toute culture, le maïs semences souffre du manque d'eau. Ses besoins sont similaires à ceux d'un maïs de consommation, mais, issu de semences de base et non de semences hybrides, ils pâtissent d'un enracinement plus faible qui limite leur capacité à aller chercher l'eau en profondeur. Aussi, Olivier Kempf rapporte-t-il des cas de variétés dont le cycle a été perturbé, notamment des variétés femelles qui fleurissent plus précocement que prévu. « Cela doit inciter à renforcer la vigilance afin de décaler les chantiers de castration si nécessaire », souligne-t-il. Avec 80 à 100 % des 833 ha de maïs semences qui pourraient souffrir du manque d'eau et des fortes chaleurs, la campagne s'annonce un peu plus compliquée que la précédente. Mais Olivier Kempf n'est pas inquiet : « La plupart des producteurs ont un an d'expérience derrière eux, ils ont été formés et savent adopter les bons réflexes. L'organisation est calée : les outils, la main-d'œuvre, tout est prêt. »

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