Verger expérimental d’Alsace (Verexal)
Évoluer pour durer
Verger expérimental d’Alsace (Verexal)
Publié le 26/06/2015
Afin d’assurer l’avenir de l’expérimentation, incontournable pour la compétitivité des exploitations, le Verexal, qui tenait son assemblée générale mercredi 17 juin à Obernai, a engagé un certain nombre d’évolutions, avec l’objectif est d’être plus proche encore des besoins des professionnels et mieux intégré à la filière.
Après avoir évoqué la campagne fruitière 2014 et le début de la saison 2015, qui démarre sous de bons auspices, Patrick Bastian, président du Verger expérimental d’Alsace (Verexal), a rappelé qu’aux 7 hectares de vergers implantés à Obernai, se sont ajoutées récemment des parcelles rénovées à Innenheim : 6 ha destinés à développer le parc de la station, qui compte désormais 13 ha. « Nous devons veiller à conserver et à développer cette station, et ce d’autant plus dans le cadre de la grande région. L’arboriculture est une production très technique, qui nécessite l'appui des techniciens, des données et des références que nous tirons des nombreux essais que nous menons », a insisté Patrick Bastian. « Financièrement, l’exercice devient difficile, notamment en raison du retard des versements des aides de FranceAgriMer et de l’incertitude des soutiens futurs. » Agnès Hardy, responsable territoriale FranceAgriMer, a répondu que le versement des aides des deux trois dernières années arriverait prochainement et assuré que l'expérimentation, et en particulier le Verexal, reste une priorité. Toutefois, « les crédits à l’expérimentation, jusqu’à présent réservés au végétal, s'ouvrent désormais à tous les domaines : d’autres filières vont pouvoir émarger aux aides. Il faudra donc faire des choix. » Malgré ce contexte, la station expérimentale a réussi à dégager un léger excédent grâce à son magasin de vente, où sont proposés fruits du verger et légumes issus de producteurs locaux. Il connaît un succès croissant et bénéficie aujourd’hui d’une clientèle « fidèle et ravie ». « Lorsque nous avons construit ce nouveau bâtiment et décidé de réserver un bel espace au magasin de vente, notre objectif était de doubler son chiffre d’affaires. Il a été multiplié par cinq, et s’établit à 246 000 € en 2014. » L’occasion pour Patrick Bastian de saluer l’effort de structuration de la filière, qui s’est concrétisé avec la création de la Cuma Alsace Pomme, grâce à laquelle 3 000 tonnes de pommes ont été commercialisées. « Elle montre que les producteurs se mobilisent pour l’avenir de la filière. L’objectif est de mieux répondre encore à la demande et aux besoins des acheteurs. Aujourd'hui, nous avons une structure capable de vendre, il faut donc se mobiliser pour produire davantage. Il faut aussi trouver des jeunes qui aient envie d'investir dans la pomme pour relancer la production. » L’arrivée de Drosophila suzukii « Nous avons sollicité la Chambre d’agriculture de région Alsace pour un accompagnement plus important au niveau technique », a poursuivi Patrick Bastian. Ainsi, le service arboriculture de la Cara a été renforcé par l’embauche d’un deuxième technicien aux côtés de Philippe Jacques. Thierry Antoine, conseiller arboricole depuis une quinzaine d’années, est mis à disposition par la Chambre d’agriculture des Vosges trois jours par semaine. Il va participer à la rédaction et à l’animation des réunions techniques annuelles, à la formation et au suivi technique des producteurs. Au cours de l’exercice écoulé, le Verexal s’est aussi doté d’un nouvel outil informatique : le logiciel Pixfel, qui permet d'évaluer le calibre des pommes avant leur mise en pallox. « Il est intéressant car il permet de se faire une idée du volume commercialisable à la récolte », a commenté Hervé Bentz, chef de la station. Le Verexal a aussi renouvelé et étoffé son matériel : pallox, broyeur tondeur et équipements pour le laboratoire. « La mauvaise nouvelle de 2014 a été l’arrivée de Drosophila suzukii dans notre région, a poursuivi Hervé Bentz, lors de son retour sur les faits marquants de la campagne écoulée. Nous avons observé les premiers dégâts dans les cerisiers de notre station à Obernai fin juillet 2014. Nous avons ensuite constaté qu’elle était largement présente dans la région. » Actuellement, l’activité de Drosophila suzukii reste calme - les premiers adultes ont été piégés - car la nourriture était jusqu’à présent peu abondante dans les haies et les bois. Mais les sureaux arrivant à maturité, il y a un risque d'explosion. Un projet Interreg autour de ce ravageur émergent devrait aboutir pour 2016. En pomme, c’est la tavelure qui préoccupe les producteurs, avec de fortes attaques déjà recensées cette année. « Depuis deux ans, c’est l'enfer au niveau sanitaire, malgré les suivis techniques réguliers. Aujourd’hui 90 % des vergers alsaciens sont touchés. S’il n’y a pas de tavelure début juin, la saison se passe bien. Sinon, cela nécessite un suivi lourd et compliqué pour les producteurs. Il faudra trouver des solutions pour les années à venir », a insisté Patrick Bastian. Enfin, quelques producteurs de quetsches sont touchés par la sharka, une souche un peu moins virulente que celle présente dans la vallée du Rhône. Une caisse de cotisation volontaire, abondée pour moitié par les producteurs et par l’État, a été mise en place pour initier une expérimentation. Mais il faudrait aller plus loin pour voir la progression de la maladie et l’efficacité des mesures de lutte : il faudrait envisager deux passages supplémentaires dans les vergers. Des référents professionnels pour chaque production « Afin de mieux structurer nos actions, de gagner en efficacité et en lisibilité, le programme d’expérimentation a été repensé autour de six axes », a indiqué Fabien Digel, directeur administratif : compétitivité ; qualité et goût (lire en encadré) ; environnement, techniques alternatives et biologiques ; innovation (lire en encadré) ; échanges européens (projets transfrontaliers) et formations en partenariat avec la Cara. Par ailleurs, des référents professionnels ont été désignés pour chaque production. « Les techniciens sont parfois face à une page blanche lorsqu’il faut déterminer les programmes d’expérimentation. Afin qu’ils sachent plus précisément de quoi ont besoin les producteurs, nous avons décidé de solliciter des référents pour chaque production, a expliqué Patrick Bastian. Leur mission est de guider les techniciens dans leur travail, de leur faire un retour des préoccupations du terrain. L’objectif est d’intégrer encore plus et mieux la station dans la filière afin de monter des programmes d'essais plus facilement, et de faire en sorte qu’ils soient adaptés aux questions et besoins des professionnels. » Ainsi, Albert Burger est le référent pour la production biologique, Pierre Barth pour les pommes et poires, Joël Reisz pour les cerises, Daniel Dettling pour les prunes et Jean-Luc Rott pour les petits fruits. Afin de développer les échanges entre professionnels et avec la station et de resserrer les liens, une grande journée professionnelle est organisée le 2 juillet (lire aussi notre article sur le sujet dans cette édition). Enfin, Verexal multiplie les actions de communication afin de se faire connaître et de « montrer, en particulier aux distributeurs et grossistes, les efforts réalisés par les professionnels pour améliorer la qualité des produits ». En 2015, la station sera présente lors de l’événement Folie'flore du 1er au 11 octobre, qui a pour thème cette année les fruits et légumes. Les visiteurs pourront découvrir de nombreux tableaux et mosaïques de fruits et légumes : la tour FL, le jardin des quatre saisons, avec jets d'eau et plantations de légumes, un verger avec filets paragrêle, des dinosaures en fruits et légumes, un paon de 100 m2 et des timbres-poste de 40 m2. De nombreuses animations ponctueront ces dix jours dédiés aux fruits et légumes : démonstrations culinaires par de grands chefs, dégustation. Sans oublier, la grande journée professionnelle du 15 octobre.












