Cultures

Publié le 22/12/2015

Le 2 avril dernier, la revue de référence en génétique « PLoS Genetics » publie des résultats de travaux des chercheurs de l’Inra de Colmar*. Mettant en évidence des événements génétiques jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes et apportant des explications à l’évolution du génome et notamment de l’expression de la couleur des baies.

2015 restera une excellente année pour l’équipe des généticiens de l’Inra de Colmar qui se sont succédé depuis 15 ans dans les travaux de recherche sur la génétique des cépages et la couleur des pinots en particulier : Frédérique Pelsy, Vincent Dumas, Lucie Bévilacqua, Stéphanie Hocquigny et Didier Merdinoglu. La revue « PloS Genetics » a autorisé en avril dernier la publication de la synthèse de leurs travaux qui leur permettent d’établir un distinguo clair entre ce qu’est un clone et une variété, et de décrire les événements génétiques qui ont conduit à l’expression des différentes couleurs des pinots. La question était de savoir quand nous observons des différences ampélographiques entre deux plants de vigne où se situe la limite génétique entre une différence clonale et une différence variétale. Car, même un clone multiplié par voie végétative, tel que cela est opéré chez les pépiniéristes, ne donne jamais des individus ayant rigoureusement le même génome que la souche de multiplication. Peuvent survenir par exemple des mutations sur le génome au cours de la multiplication cellulaire, classiquement appelée mitose. Donnant ainsi des variations d’expression phénotypique aux conséquences agronomiques bien visibles, comme des différences de sensibilité de clones à diverses maladies, et aussi des différences d’expression aromatique entre la souche clonale et les individus multipliés. « Par la force des usages technologiques » et agronomiques, inéluctablement le génome évolue au gré d’événements mutagènes, que l’équipe de génétique de l’Inra de Colmar s’attache à décrire. La question était aussi de savoir si l’événement génétique est suffisamment important pour engendrer une nouvelle variété, ou engendrer seulement un variant clonal. En utilisant des marqueurs moléculaires neutres, les chercheurs ont évalué le taux de « similarité génétique » sur d’importantes collections de cépages et de clones, permettant de bien discriminer s’il s’agit de variété ou de clone. Comprendre l’évolution du génome Pour comprendre l’évolution du génome, il s’agissait ensuite de comprendre quels événements génétiques modifient à la marge le génome ou le modifient significativement. Il apparaît que la perte ou l’apparition de couleur - une différence phénotypique a priori importante - peut provenir d’un événement génétique mineur. En 2004, la thèse de Stéphanie Hocquigny avait permis de révéler que la couche de cellules colorées de la pellicule du pinot noir n’a pas tout à fait le même génome que les cellules internes de la baie qui sont non colorées. Et que c’est dans la différence de génome que réside l’expression ou l’extinction de la synthèse des pigments colorés. L’on apprenait ainsi que le pinot noir est une plante chimérique, avec toutefois des génomes variant à la marge entre les cellules de la pellicule et de la pulpe. Restait aussi à expliquer pourquoi il y a des variants phénotypiques du blanc et du noir, comme le rose ou le gris, ce que l’on observe par exemple chez les pinots, les chardonnays, les savagnins… Et quels événements génétiques font que les gènes de biosynthèse des pigments (anthocyanes) sont parfois inactivés ou réactivés partiellement ou totalement. Et conduisent ainsi à ces expressions de couleur ? Des événements jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes Entrent en compte des phénomènes de mutation, de délétion, d’échanges de chromosomes comprenant « l’haplotype » des gènes de la couleur, c’est-à-dire plusieurs gènes sur le même chromosome. Les chercheurs ont ainsi reconstitué un savant enchaînement de phénomènes génétiques, fondamentalement intéressant pour la génétique des plantes en général et de la vigne en particulier, avec des événements jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes qui contribueront à éclaircir d’autres mystères de l’évolution botanique. Ceci nous rappelle également que ces études permettent d’en savoir davantage sur la phylogénie ampélographique, permettant d’éviter des erreurs sur les liens de parentés entre cépages, certains si éloignés en apparence et si proches génétiquement, ou inversement, d’autres si proches en apparence, mais ayant des génomes très différents.

Concours général agricole des prairies fleuries

Belles, productives, vivantes

Publié le 17/11/2015

En 2015, le Concours général des prairies fleuries a été organisé les 8 et 9 juin par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, le Naturpark Südschwarzwald et la Chambre d’agriculture de région Alsace. Les lauréats viennent d’être récompensés et c’est l’EARL ferme du Surcenord à Orbey qui, en remportant le premier prix de ce concours, représentera le territoire lors du Salon international de l’agriculture en mars 2016.

En été, les prairies qui fleurissent en vis-à-vis sur les massifs de la Forêt Noire et des Vosges font le bonheur des promeneurs, des éleveurs et des insectes butineurs. Car les prairies fleuries constituent à la fois un atout touristique, une source de nourriture appétente et nutritive pour le bétail, un habitat privilégié pour une cohorte d’insectes, de plantes rares, de petits animaux… De bonnes prairies font de bons produits Ce sont toutes ces richesses qui se cachent derrière d’apparentes étendues herbeuses que le Concours général agricole (CGA) des prairies fleuries souhaite valoriser. Lors de l’édition 2015 du concours du Parc naturel régional (PNR) des Ballons des Vosges et du Naturpark Südschwarzwald, onze parcelles, six côté français et cinq côté allemand, ont été jugées les 8 et 9 juin par un jury franco-allemand. « Seul le PNR Scarpe-Escaut organisait également un concours transfrontalier avec ses voisins belges », a souligné Laurent Seguin, président du PNR des Ballons des Vosges, lors de la cérémonie de remise des prix orchestrée à la ferme du Surcenord. Il a rappelé que la première édition de ce concours, « dont l’objectif est de récompenser les agriculteurs pour la bonne gestion de leurs prairies » avait lieu en 2010 dans une trentaine de PNR. En 2013, le concours a rejoint le giron du CGA, faisant le lien entre le CGA des animaux et le CGA des produits. Dans le même temps, le concours a essaimé puisqu’il est également organisé par des intercommunalités. Si bien que l’organisation du concours a été transférée des PNR aux Chambres d’agriculture. En Alsace, c’est donc la Chambre d’agriculture de région Alsace (Cara) qui coordonne ce concours depuis deux ans. Un savoir-faire paysan reconnu Véronique Klein, vice-présidente de la Cara, a salué un concours où « agronomes, écologues, apiculteurs, jugent ensemble de la qualité d’une prairie et de sa valorisation par l’agriculteur ». Ce qui n’est pas une mince affaire : il ne suffit pas de mettre des bêtes dans une pâture, où d’attendre que l’herbe ait poussé pour la faucher : « Il faut savoir gérer le pâturage, adapter les fauches aux dynamiques de végétation… », rappelle Véronique Klein qui poursuit : « Grâce à ce concours, qui remet enfin les herbages au cœur du système de production, les agriculteurs sont reconnus pour ce savoir-faire. Et ils en sont fiers. » Elle souhaite désormais que les concitoyens, les élus prennent conscience de l’importance de l’agriculture, notamment pour l’entretien des paysages. Et pour que l’agriculture continue de rendre ces services, « elle doit rester économiquement viable ». Holger Wegner, chargé de projet au Naturpark Südschwarzwald, a indiqué que le concours avait été organisé dans le Bade-Wurtemberg pour la première fois en 2005, avec pour objectif de démontrer qu'« il n’y a pas d’incompatibilité entre biodiversité, quantité et qualité de foin ». Depuis 2013 le concours est organisé sur le territoire du Naturpark Südschwarzwald et c’est d’ailleurs ce concours qui a fait l’objet du premier projet de coopération entre ce parc naturel allemand et le PNR des Ballons des Vosges, « des parcs similaires par leur taille et leurs espaces naturels et qui travaillaient déjà ensemble depuis 2003, notamment sur la problématique du grand tétras ». Mais depuis 2013, une convention de partenariat entre les deux parcs est venue officialiser et renforcer cette collaboration transfrontalière. Les lauréats ont été présentés et récompensés d’une clarine, d’un diplôme et d’une sélection transfrontalière de produits du terroir. Il s’agit de Renaud Duc, de l’EARL ferme du Surcenord à Orbey, qui remporte le premier prix ; Heinrich Till, de la ferme Till, située au Schluchsee en Forêt Noire, qui remporte le 2e prix ; et de Jacques Henry, de la ferme de la Violette au Bonhomme, qui remporte le 3e prix. À noter que les inscriptions pour les structures locales souhaitant organiser le concours en 2016 sont ouvertes depuis le 2 novembre et qu’elles le seront jusqu’au 31 décembre.

Travail du sol simplifié

Choix des outils : pas si simple…

Publié le 12/11/2015

Pour labourer, on utilise une charrue. Pour travailler le sol sans le labourer, les agriculteurs se trouvent confrontés à une très large gamme de matériels dans laquelle il faut bien effectuer un choix. La Chambre d’agriculture de région Alsace a récemment organisé une démonstration de quelques outils pour guider les agriculteurs dans ce choix cornélien.

Assez paradoxalement, avec les techniques culturales simplifiées (TCS), on travaille moins le sol, mais on a davantage d’outils à sa disposition. Cependant, leur tarif ne permet pas de disposer de toute une panoplie sur une exploitation. Il faut donc choisir et, au regard de l’investissement que cela représente, mieux vaut être sûr de son coup. Pour aider les agriculteurs tentés par les TCS à choisir l’outil qui leur convient, la Chambre d’agriculture de région Alsace (Cara) a organisé jeudi 5 novembre une démonstration animée par Rémy Michaël et David Kraemer, respectivement conseillers spécialisés érosion et Agri-Mieux. Cette démonstration, orchestrée sur les terres de l’EARL Weckel, convertie depuis 2008 aux TCS, a attiré un public nombreux : pas moins de 150 personnes s’y sont retrouvées, preuve que le choix des outils en TCS est une vraie question. « Les techniques culturales simplifiées procurent un gain de temps, une meilleure répartition de la charge de travail et une réduction de charges estimée de 30 à 50 €/ha si la traction est optimisée. Les risques de battance, d’érosion sont limités grâce à la présence de résidus en surface qui permettent de freiner l’écoulement de l’eau. La capacité de rétention en eau du sol est améliorée. La température du sol est stabilisée. L’activité microbienne est améliorée et la portance des sols est meilleure », introduit Rémy Michaël, qui cite aussi quelques inconvénients des TCS : réchauffement du sol plus lent au printemps, réduction de la porosité mécanique, itinéraire technique plus pointu. Il précise : « Entre labour et semis direct, il existe toute une plage de techniques intermédiaires : travail du sol profond sans retournement, ou pseudo-labour, strip-till, travail du sol superficiel, semis direct et semis direct sous couvert. L’objectif n’est pas de passer d’un extrême à l’autre, mais de passer par les différentes étapes pour améliorer progressivement le travail du sol. » Six outils à l’essai Cette démonstration a été l’occasion de comparer six outils de travail du sol simplifié : Super-Craker d’Alpego. Un décompacteur qui effectue un pseudo-labour. Des dents équipées d’ailettes font un travail en profondeur. Puis deux rouleaux Franter travaillent le sol en surface, ce qui permet d’enfouir les débris végétaux et de niveler le sol. Sur le terrain, cet outil a remonté de la terre en surface et a procuré un bon mélange terre/paille. Il laisse un sol irrégulier, ce qui ne constitue pas un inconvénient, au contraire : « C’est bon pour l’infiltration de l’eau. Il suffira d’un coup de vibro au printemps pour aplanir le sol. » Charrue Express de Perrein. Une charrue de pseudo-labour équipée de dents de décompactage munies de socs larges (20 cm) qui permettent de mélanger le sol et les résidus dans tout le profil. C’est un outil davantage adapté aux terres argileuses qu’aux terres limoneuses, sableuses ou caillouteuses. Pour son propriétaire, Benoît Burg de Keffendorf, cet outil présente l’inconvénient de ne pas être utilisable en conditions humides. Par contre, il est possible de régler la profondeur de travail en fonction des situations. Cet outil procure un travail un peu plus profond que le précédent. La surface du sol est plus plane mais, sous les résidus, on retrouve les traces du passage des dents. Cultimer 300 de Kuhn. Un déchaumeur à dents équipé de disques niveleurs et d’un rouleau. Cet outil se caractérise par des socs travaillant à plat, ce qui lui permet de faire aussi bien du déchaumage superficiel que du déchaumage profond, tout en requérant moins de puissance de traction (il faut compter de 150 à 160 ch). Pour son propriétaire, Aurélien Weckel de Mommenheim, la vitesse de travail est plus importante que la profondeur : « Je ne descends jamais en dessous de 12 km/h. » Sur le terrain, le Cultimer a travaillé le sol sur 15 cm de profondeur. Il a laissé davantage de résidus en surface que les précédents. Le rouleau utilisé a eu tendance à sillonner le sol. « Le choix du rouleau n’est donc pas à négliger », réagissent les techniciens. Dynamix de Rabe. Un déchaumeur à disques indépendants de grand diamètre (630 mm), avec plusieurs versions de disques qui pénètrent différemment dans le sol. Adapté au travail superficiel, mais aussi au travail plus profond, il permet de travailler en conditions plus humides que les précédents. Un rouleau vient ensuite niveler le sol. Mais les techniciens de la Cara préviennent : « L’objectif n’est pas d’avoir un sol plat en entrée d’hiver car sinon on risque une prise en masse ». Le passage de cet outil a confirmé un travail superficiel, qui aboutit à davantage de résidus et moins de terre en surface. Une tendance qu’il est possible d’inverser en augmentant la vitesse de travail, ce qui aura pour effet de « projeter davantage de terre, donc d’avoir moins de résidus en surface ». L’indépendance des disques permet de limiter le risque de lissage en fond de raie. Disc-o-mulch d’Agrisem. Un déchaumeur à disques indépendants procurant une profondeur de travail de 0 à 8 cm, avec également plusieurs versions de disques disponibles. La vitesse de travail doit être plus élevée que pour un déchaumeur à dents afin d’éviter les bourrages, de l’ordre de 10 à 15 km/h. Sur le terrain, cet outil a révélé de bonnes performances sur les côtés de l’attelage, tandis qu’au centre, il remet surtout de la terre sur les traces de pneus. Compil de Duro France. Des bêches roulantes qui effectuent un déchaumage superficiel (0 à 8 cm) et qui procurent un bon mélange de la paille et de la terre. Le faible poids de certains modèles peut limiter leur pénétration dans les sols à consistance dure. Et l’outil, relativement encombrant, nécessite d’assez grandes parcelles pour travailler correctement. Son passage de démonstration a confirmé le caractère superficiel du travail procuré : il s’agit surtout de mélanger la terre et la paille pour améliorer la dégradation de cette dernière. « Son propriétaire compte davantage sur les couverts pour restructurer le sol », explique Rémy Michaël.

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