Cercle des experts du CFPPA de Rouffach
Des arbres et des champs
Cercle des experts du CFPPA de Rouffach
Publié le 08/04/2015
Le 31 mars, le cercle des experts du CFPPA de Rouffach a articulé sa troisième manifestation autour de l'agroforesterie, un concept en vogue depuis quelques années qui suscite un certain nombre d'interrogations. Daniele Ori, de la société coopérative Agroof, a apporté plusieurs éléments de réponse.
Comme le souligne Guillaume Delaunay, responsable du pôle maraîchage bio au lycée agricole de Rouffach, l'agroforesterie bénéficie d'un regain d'intérêt croissant de la part de nombreux producteurs. « En maraîchage notamment, beaucoup cherchent à optimiser la productivité de leur terrain agricole. Il est vrai que l'on parle du secteur des fruits et légumes comme d'une unité. Dans ce cas, pourquoi ne pas les produire ensemble ? » Une question pertinente sur laquelle Daniele Ori, technicien-formateur à la société coopérative et participative spécialisée en agroforesterie Agroof, a apporté un certain nombre de réponses basées sur des recherches récentes faites par l'Inra et des agriculteurs volontaires. Une pratique ancrée dans la durabilité Dans un premier temps, il est important de rappeler que le concept d'agroforesterie est loin d'être récent. « Les pratiques les plus modernes s'inspirent de ce qui se faisait il y a des siècles, voire des millénaires en termes d'agriculture. L'agroforesterie est juste un néologisme créé dans les années 1970 », explique Daniele Ori. Concrètement, l'agroforesterie désigne l’association d’arbres et de cultures ou d’animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ. Il existe une grande diversité d’aménagements agroforestiers : alignements intraparcellaires, haies, arbres émondés (trognes), arbres isolés, bords de cours d’eau (ripisylves). Ces pratiques comprennent les systèmes agrosylvicoles mais aussi sylvopastoraux, agrosylvopastoraux ou pré-vergers (animaux pâturant sous des vergers de fruitiers). « Ce sont des architectures que l'on trouvait beaucoup dans les années 1950 dans des bocages de l'ouest et du centre de la France. Mais pour répondre aux besoins d'alimentation de la population, il a fallu intensifier et diversifier la production tout en optimisant l'espace. Les arbres ont alors été arrachés pour laisser la place aux cultures. » Puis les pratiques ont évolué, influencées progressivement par les notions relatives au développement durable : préserver la biodiversité, produire beaucoup en diminuant l'impact sur l'environnement, respecter un cadre social bien défini. « En matière d'agroforesterie, il faut tenir compte de ces dimensions de durabilité. Mais nous avons un passé riche. Réussira-t-on à mettre ces pratiques agroforestières au goût du jour ? Réussira-t-on à innover ? Ce n’est pas encore gagné », analyse objectivement Daniele Ori. Éviter la compétition Une prudence qui s'explique par le juste équilibre à trouver entre les besoins des cultures et ceux des arbres. « L'agroforesterie, c'est avant tout l'art, ou la science, de faire en sorte que les interactions soient favorables au système dans sa globalité. On travaille avec des interactions de facilitation et de compétition. Il faut réussir à limiter les processus de compétition pour favoriser les processus de facilitation. Mais lorsque l'association est très intime, il y a une toujours une compétition », développe Daniele Ori. Quid par exemple de l'eau ? Avec son système racinaire, l'arbre ne devient-il finalement pas trop envahissant ? « Dans le cas d'un couvert hivernal avec des noyers, on avait conclu que l'arbre faisait ses racines loin des cultures, là où il y avait des ressources. C'était un modèle qui correspondait bien à nos observations dans lequel l'arbre et les cultures se partagent les ressources du sol de manière vertueuse. Malheureusement, les derniers résultats obtenus ont tout remis en cause. Ce que l'on se rend compte maintenant, c'est que l'essentiel des racines fines, celles qui absorbent, est surtout en surface. On a même l'impression qu'elles sont là où il y a les cultures. Quand c'est le cas, il y a compétition, même si on voit qu'il y a quand même des racines qui vont en profondeur. En maraîchage par contre, les choses se compliquent fortement, notamment avec la présence de systèmes d'irrigation. Lorsque l'irrigation sature le sol, la racine suit le même chemin et remonte en surface », complète Daniele Ori. Il y a cependant des pistes pour éviter ou du moins réduire ce phénomène : occuper au maximum le volume du sol, avoir une couverture hivernale ou encore le non-labour. Celui-ci est le bienvenu en agroforesterie car il permet de limiter ces remontées racinales.












