Cultures

Publié le 25/02/2022

Dernière nouveauté, chez Armbruster : une solution composée d’une bactérie symbiotique de la plante, Methylobacterium symbioticum, brevetée par Symborg, permet de réduire les apports d’engrais azoté au sol. Pulvérisée sur les feuilles, le soluté BlueN, qui s’appellera bientôt UtrishaN, aide la plante à capter l’azote de l’air pour se développer. Elle séduit les producteurs de maïs et de céréales à paille alsaciens, qui en ont déjà acheté pour 1 800 ha, cette année.

Le Raid, pour Recherche, agronomie, innovation et développement, est le service technique d’Armbruster. Il teste, depuis trois ans, le BlueN, qui s’appellera bientôt UtrishaN : une solution à base d’une bactérie se fixant sur les cuticules des feuilles des plantes pour attraper l’azote atmosphérique et le restituer à la plante. Ce soluté permet au maïs et aux céréales à paille de fonctionner comme une légumineuse. L’intérêt est de réduire la fertilisation du sol tout en obtenant le même rendement et la même qualité de production. « On est allé jusqu’à moins 90 unités d’azote, dans nos tests. Mais, actuellement, pour plus de sûreté, puisque chaque sol et climat sont différents, les agriculteurs qui choisissent la solution BlueN enlèvent de 30 à 70 unités d’azote apportées au sol », révèle Aymé Dumas, le responsable du service technique d’Armbruster. En maïs et en céréales à paille, le procédé est validé. En soja, les tests n’ont pas encore abouti car le soja capte déjà naturellement l’azote de l’air. Le Raid cherche à savoir si le BlueN ou UtrishaN boosterait le soja, avant qu’Armbruster ne le commercialise pour cette plante. Économique et écologique « La solution permet de réduire les apports d’azote et donc les coûts… puisqu’il y a moins d’achat d’engrais, de logistique, de main-d’œuvre, pour le même rendement et la même qualité », résume Aymé Dumas. Le BlueN ou UtrishaN est aussi écologique, puisque l’azote est fixé dans la plante. « Sur des zones de captages prioritaires, c’est une aberration de s’en passer », pense le responsable du Raid. En 2021, 1 500 ha de cultures alsaciennes avaient été arrosés avec le soluté à base de Methylobacterium symbioticum. Les premiers clients semblent satisfaits, puisqu’en 2022, du BlueN a déjà été vendu pour 1 800 ha. Xavier Gebhard, de l’EARL des Krautlander, à Artzenheim, témoigne : « en 2020, j’avais testé le BlueN, avec Armbruster, en réduisant la dose d’azote de 70 unités. Le rendement était équivalent à ce que je faisais sans la solution, avec la dose d’azote habituelle. On avait essayé sur du maïs grain. » En 2022, il a décidé d’acheter le BlueN pour ses 44 ha de maïs grain. « Quand on voit le prix de l’urée », s’exclame-t-il. Le BlueN coûte actuellement 33 €/ha, soit 17 € de moins que l’an passé. En pleine croissance Les meilleures conditions pour appliquer le produit sont à un stade poussant, avec une bonne hydrométrie et une température de l’air comprise entre 10 et 23 °C. Pour le maïs, le stade idéal est plus ou moins six feuilles. Pour le blé, il vaut mieux attendre que le climat soit tempéré. S’il pleut trois heures après l’application du produit, il sera efficace. Par contre, toutes les solutions à base de cuivre ou de chlore sont à proscrire, ainsi que tous les antifongiques : ils nuisent à la stabilité de la bactérie, voire la détruisent. Un kilo de solution est nécessaire pour pulvériser trois hectares de culture.

Publié le 25/02/2022

Les horticulteurs alsaciens démarrent l’année 2022 avec le sourire. Leurs plantes et fleurs, classées en produits de première nécessité depuis le printemps 2021, sont de plus en plus prisées par les consommateurs. Une dynamique que la profession aimerait bien étendre aux collectivités tout en essayant de résoudre ses problèmes de main-d’œuvre accentués par la crise sanitaire.

Un vent d’optimisme souffle sur la filière horticole. Malgré un contexte économique et sanitaire toujours instable, alimenté par la pénurie de certaines matières premières, le risque d’inflation et la hausse du coût de l’énergie, les professionnels ont des raisons d’espérer pour leur avenir. « Il y a un intérêt grandissant autour du végétal, un engouement de nos compatriotes pour le jardinage, les plantes et les fleurs, et plus globalement le retour à la nature. C’est de bon augure pour nos activités », explique le président de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP) Alsace, Paul-André Keller, en préambule de l’assemblée générale qui s’est déroulée le 17 février à Sélestat.     Contrairement à d’autres secteurs d’activité, celui de l’horticulture sort renforcé de la crise Covid. Les choses avaient pourtant mal démarré au printemps 2020, lors du premier confinement, lorsque les entreprises ont dû fermer boutique à une période où elles réalisent la plus grande part de leur chiffre d’affaires annuel. Inévitablement, la perspective d’un nouveau confinement au printemps 2021 a fait naître doutes et inquiétudes. « Heureusement, l’engagement collectif, via notre fédération, notre interprofession Valhor, la FNSEA et nos élus, a porté ses fruits avec le classement de nos produits en première nécessité le 21 mars 2021. À partir de là, nous avons pu préparer une sortie de crise et construire collectivement l’avenir de notre filière », poursuit Paul-André Keller. Des salariés plus « exigeants » Place désormais à l’horizon 2030 avec son lot d’actions, de réflexions, mais aussi de remises en question. Comment, par exemple, assurer le bon fonctionnement des entreprises avec une main-d’œuvre qui tend à se raréfier ? Comme l’ensemble des métiers de l’agriculture, et plus globalement les métiers manuels, l’horticulture connaît des difficultés de recrutement croissantes. « Le phénomène n’est malheureusement pas nouveau dans la filière, mais s’est accentué depuis le début de la crise sanitaire et pourrait encore s’accélérer. Pour y remédier, nous devrons répondre à des attentes salariales plus élevées pour garder des compétences, mais aussi améliorer l’attractivité de nos emplois », pointe le président de la FNPHP Alsace.     Un problème accentué par les dernières tendances sur le marché du travail, avec un taux de chômage à la baisse depuis le mois de décembre. « Il n’est plus que de 5,8 % à Colmar. On se retrouve avec un public qui est plus difficile à bouger, et plus globalement en position de force par rapport aux employeurs. Ils sont de plus en plus exigeants, et pas que sur la rémunération », développe la directrice de la FDSEA du Haut-Rhin, Christelle Jamot. Séduire et fidéliser L’horticulteur alsacien de 2022, comme le maraîcher ou l’arboriculteur d’ailleurs, doit donc imaginer d’autres « avantages » ou « atouts » que la seule partie financière. « Il y a des entreprises où les saisonniers ne veulent jamais revenir, et d’autres où ils reviennent avec plaisir. Il faut créer des conditions de travail agréables, conviviales. Offrir le repas est par exemple très apprécié. On peut aussi réfléchir à un système de ramassage pour se rendre sur le lieu de travail. Pour certains, prendre sa voiture pour faire cinquante kilomètres aller-retour pour un Smic, ce n’est pas intéressant », poursuit-elle en toute transparence. La profession agricole a d’autres idées en tête pour répondre aux besoins de main-d’œuvre : créer des groupements d’employeurs, établir des partenariats avec des producteurs du sud de la France pour faire venir des travailleurs maghrébins en Alsace, ou encore faire le tour des collèges et des lycées pour mettre en lumière les métiers de l’agriculture. « Notre profession souffre encore de nombreux préjugés, notamment chez les conseillers d’orientation. Nous devons changer cela, car l’horticulture alsacienne a de belles perspectives devant elle », souligne Paul-André Keller. Cet optimisme est alimenté par le « plébiscite » des consommateurs pour l’achat et le produire local. « Ce sont eux les véritables décideurs, ce ne sont pas les grandes enseignes qui bradent les prix. Plus de 80 % de nos clients viennent chez nous pour la qualité de nos produits, 72 % pour le conseil et la proximité, et 17 % pour le prix. Notre filière n’a jamais eu autant de reconnaissance qu’aujourd’hui. Une fenêtre est donc ouverte pour une nécessaire augmentation des prix de nos végétaux. Mais attention de ne pas dissuader l’acte d’achat des consommateurs en mal de pouvoir d’achat et attentifs aux coûts », prévient Paul-André Keller.     Développer l’achat « local » par les communes Pour se développer, et surtout rester incontournable dans le paysage alsacien, les horticulteurs comptent aussi sur le soutien des collectivités, qui ne jouent pas toujours le jeu du « local » pour le fleurissement et l’ornement de leurs espaces. « Il y a encore des communes qui font des appels d’offres et font venir des plantes de 800 ou 1 000 kilomètres. Cela paraît aberrant alors qu’il y a pourtant tout sur place. Nous devons vraiment développer l’achat local auprès des communes, car ce n’est pas encore ça », se désole Maura Rougieux, membre du bureau exécutif de la FNPHP Grand Est. Paul-André Keller complète : « Cela fait deux ans qu’on essaie d’avancer dans ce dossier, mais nous avons été ralentis par le Covid. Cette année, nous allons essayer d’avancer sur cette question de l’achat local. Nous devons rappeler à nos collectivités qu’elles ont des horticulteurs et pépiniéristes sur leurs propres territoires. »     Afin de sensibiliser davantage les communes haut-rhinoises et bas-rhinoises aux vertus des fleurs et plantes locales, la profession mise beaucoup sur la convention de coopération « fleurissement » signée le 23 avril 2021 avec la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), Alsace Destination Tourisme (ADT) et l’Agence régionale du tourisme Grand Est, qui prévoit une mutualisation et une simplification de la gestion du label Villes et Villages Fleuris en Alsace. « Il s’agit d’apporter une nouvelle dynamique au fleurissement de nos communes au moment où l’on enregistre des défections. Nous devons comprendre pourquoi certaines d’entre elles quittent la démarche », indique Paul-André Keller. Un fleurissement « multi-services » La FNPHP Alsace peut compter sur le soutien sans faille d’ADT et de son président, Marc Lévy. Lors de cette assemblée générale, il a rappelé à quel point le fleurissement était indissociable de l’identité alsacienne. « Il fait partie de notre ADN, comme l’est notre gastronomie ou notre architecture. Une Alsace pas fleurie, ce n’est pas l’Alsace. Si on enlève les fleurs dans nos communes, on nuit à la promesse qu’on fait aux touristes. Mais comme d’autres activités, le fleurissement subit les évolutions sociétales. Les gens disent qu’ils n’ont plus le temps, qu’ils n’ont pas la main verte, ou que cela coûte trop cher. Nous devons donc encourager et mettre en valeur ceux qui le font et ainsi générer une émulation positive dans le reste de la population. »     Il y a aussi tout un travail à faire auprès des maires et des conseillers municipaux, qu’ils soient bas-rhinois ou haut-rhinois, sur la nécessité de fleurir chaque espace de leurs communes. « Suite aux dernières élections municipales, il y a tout un travail d’information et de sensibilisation à faire. Nous devons encore plus et mieux, parler du végétal sous toutes ses formes, des services qu’il peut apporter à la collectivité, que ce soit pour l’attractivité touristique, pour la qualité de vie des habitants, ou pour la préservation de la biodiversité. Il faut créer des passerelles avec des écoles, des maisons de retraite, des lieux de mémoire ou des parcs. Les fleurs et plantes d’Alsace ont leur place dans chacun de ces lieux », ajoute le président d’ADT.

Publié le 24/02/2022

Le pissenlit est une culture de niche. Au-delà des frontières alsaciennes, rares sont les gourmets qui mettent cette salade annonciatrice des beaux jours au menu. Rencontre avec trois agriculteurs qui font vivre cette tradition, avec technicité, convivialité et bonne humeur.

« Dans le pissenlit, tout est bon. Mais quand on en mange par la racine, c’est mauvais signe. » Éclat de rire général autour de la grande table qui rassemble les nettoyeurs de pissenlit du jour. Blagues, anecdotes et dictons en alsacien fusent en même temps que les couteaux s’affairent à débarrasser les bouquets de pissenlit de leurs feuilles fanées et des mottes de terre qui s’accrochent entre les fins filaments blancs. « La plus grosse charge de la culture, c’est la main-d’œuvre à la récolte », confie Alexandre Lutz, maraîcher à Huttendorf. Non seulement c’est une charge, mais en plus il faut trouver des bras volontaires pour passer des heures dans les champs, les mains dans la boue, ou debout derrière une table. Même si l’ambiance est bonne, la tâche n’est pas donnée à tout le monde. C’est notamment pour faire face à ces difficultés d’accès à la main-d’œuvre qu’Alexandre Lutz s’est associé à Simone Seyfried et Olivier Houdé pour cultiver du pissenlit. Leur contrat est simple : Alexandre Lutz prend en charge tout l’itinéraire technique de la culture. Ses associés viennent lui prêter main-forte lorsque la culture l’exige, notamment pour la récolte donc. Et, lorsque tout le pissenlit est vendu, Alexandre Lutz divise les charges au prorata de la quantité vendue par chaque associé. « C’est de l’entraide », résume le maraîcher, qui faisait déjà le buttage du pissenlit pour l’EARL Lechner-Houdé, avant de proposer de pousser plus loin la démarche, et d’y intégrer Simone Seyfried. Tout le monde y trouve son compte. « Je voulais arrêter la culture du pissenlit », confie cette dernière, qui apprécie la manière de travailler d’Alexandre Lutz : « Il est minutieux, comme j’aime ! »     Planter plutôt que semer Il faut dire qu’Alexandre Lutz peaufine l’itinéraire technique des 1,20 ha de pissenlit. En mai, un passage de herse, pour détruire les adventives. Début juin, apport de fumure et préparation du sol au cultilabour. Puis plantation entre fin juin et début juillet, avec des plants achetés chez Prosem. Une particularité par rapport à d’autres agriculteurs, qui sèment le pissenlit en avril. « Le désherbage est plus aisé avec des plants qu’avec des semis. En outre, la densité de semis est compliquée à maîtriser. Ce n’est pas évident d’obtenir quelque chose de régulier », rapporte le spécialiste. Il préfère donc largement investir dans des plaques de mini-mottes de pissenlit, qu’il charge dans une planteuse achetée à un producteur de tabac. Une fois les pissenlits implantés, il peut venir les biner dès deux semaines après la plantation. « Cette technique nous permet aussi de gagner un peu en précocité, et d’optimiser les conditions de récolte, grâce à des plants bien réguliers », apprécie Alexandre Lutz. Bien que très spéciale, la culture du pissenlit n’est pas complètement orpheline. Quelques spécialités sont homologuées pour le désherbage. Mais Alexandre Lutz s’en passe, grâce à la bonne préparation de la parcelle, et à des binages réguliers. Par contre, il ne coupe pas à la protection du pissenlit contre l’oïdium. Pour contenir la maladie, il jongle entre des spécialités phytopharmaceutiques, des produits à base de soufre, des engrais foliaires et autres oligoéléments, pour renforcer les plantes, et utiliser le moins possible de produits phytosanitaires. En novembre, le pissenlit est rasé et broyé sur place avec un broyeur à maïs classique, mais à faible vitesse et en veillant à ne pas abîmer les cœurs des plantes. Une récolte mi-mécanique mi-manuelle Courant décembre, Alexandre Lutz procède au buttage, qui permettra d’obtenir les longues tiges blanches recherchées par les consommateurs. « C’est une étape importante. Parce que selon la qualité du buttage, on aura plus ou moins de feuilles vertes », souligne le maraîcher. Il utilise une fraise-butteuse et, surtout, attend que les conditions propices soient réunies, c’est-à-dire pas trop d’humidité, et après un peu de gel. Dès le début du mois de janvier, les premières buttes sont forcées par la pose de film plastique 250 trous. Objectif : réchauffer les buttes pour gagner en précocité et en rendement, les assécher aussi, un peu, pour faciliter la récolte. Et cette fois ça y est, il n’y a plus qu’à attendre la récolte. Pour la démarrer, il faut que du feuillage vert dépasse de la butte, et vérifier qu’il y a assez de cœur blanc. Cette année, les trois associés ont commencé la récolte le 9 février. Pour gagner en temps et en confort de travail, elle est semi-mécanisée. Alexandre Lutz a modifié une tailleuse à houblon, pour légèrement soulever et débutter les pissenlits sans les marquer. Pour y parvenir, il conduit son tracteur d’une main de velours, les yeux rivés sur les buttes de terre qui s’ouvrent pour dévoiler la blancheur du pissenlit tout frais. Derrière lui, ses associés et leurs salariés sont répartis régulièrement sur la ligne. Ils sont une dizaine, équipés de couteaux, de cagettes, de bottes, et de tout l’équipement nécessaire pour résister à plusieurs heures de travail les pieds et les mains dans la terre. Ils tirent sur les bouquets de pissenlit, les recoupent grossièrement afin d’emporter le moins de terre possible, et remplissent les cagettes. Là aussi, pour certains, les blagues fusent dans le vent. D’autres sont moins loquaces, concentrés sur leur tâche. Une tradition bien ancrée Une fois remplies, les caissettes rejoignent en charrette le siège de l’exploitation, où l’ancienne porcherie a été transformée en atelier de nettoyage. « C’est l’opération la plus chronophage », pointe Alexandre Lutz, qui peut compter sur l’aide de ses parents, Joseph et Madeleine, pour l’accomplir. Ils se souviennent du temps où le pissenlit ne se cultivait pas : « On le ramassait dans les taupinières, dans les prairies », raconte Madeleine. « Et dans les luzernières », renchérit Joseph. Au gré de la discussion, le tas de refus de pissenlit s’amoncelle devant chaque nettoyeur. Il ira au fumier, ou aux poules… Qui feront des œufs. Qui agrémenteront délicieusement les feuilles de pissenlit, sans oublier les lardons !  

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