Cultures

Publié le 05/06/2022

Planète Légumes entame sa troisième année d’expérimentation de l’irrigation du chou à choucroute au goutte-à-goutte. Les premiers résultats sont prometteurs en termes de rendement. Ils restent à affiner en matière d’économies d’eau et de gestion des maladies cryptogamiques. Prochaine étape : tester la mécanisation de la pose et de l’enlèvement des gaines.

Dans la cadre du projet Air climat sol énergie (Acse), soutenu par la Région Grand Est et l’Ademe, Planète Légumes teste l’irrigation par goutte-à-goutte du chou à choucroute depuis 2020, et pour trois ans, en Alsace. Les objectifs de ces essais sont multiples. Le premier est de « trouver une solution pour irriguer les choux dans des zones où la capacité d’irrigation est trop faible pour avoir recours à des enrouleurs, souvent parce que le débit autorisé par la ressource est trop faible », indique Robin Sesmat, conseiller choux à Planète Légumes. Pour l’instant, le paysage de l’irrigation du chou en Alsace est assez simple : il y a les producteurs qui irriguent à l’enrouleur, et ceux qui n’irriguent pas. L’objectif des essais est donc de trouver une troisième voie, pour que ceux qui ont un accès à l’eau plus compliqué puissent tout de même bénéficier des atouts de l’irrigation dans un contexte de changement climatique. Robin Sesmat voit même plus loin : « Ce serait aussi une solution alternative pour tous les producteurs si l’accès à l’eau devait être davantage restreint à l’avenir ». En effet, l’irrigation par goutte-à-goutte présente plusieurs attraits. Comme l’eau est apportée au plus près des racines, les pertes par évaporation sont limitées, et l’efficience de l’irrigation est améliorée. La fréquence des apports d’eau peut être augmentée, pour irriguer moins, mais au plus près des besoins de la végétation. Comme le feuillage n’est pas arrosé, il peut y avoir une baisse des contaminations et de la pression en maladies cryptogamiques, avec des économies potentielles de produits phytosanitaires à la clé. Enfin, il est possible de faire abstraction des conditions d’entrée dans les parcelles. Les essais menés par Planètes Légumes permettent de comparer des situations non irriguées, irriguées à l’enrouleur et irriguées au goutte-à-goutte. En outre, depuis le début des essais, les expérimentateurs ont connu deux années aux bilans hydriques très contrastés. Il y a d’abord eu 2020, au bilan hydrique déficitaire, particulièrement en été. Puis 2021, marquée par des excédents de précipitations, notamment en juin et en juillet. De quoi étudier le comportement des choux selon divers modes d’irrigation et dans différents contextes climatiques. Des choux dans leur zone de confort hydrique Les deux premières années d’essai ont notamment permis d’affiner la technique d’irrigation au goutte-à-goutte. Les parcelles étaient équipées de tensiomètres, permettant d’estimer la disponibilité en eau dans le sol, et donc de déclencher l’irrigation à bon escient pour éviter les stress hydriques. Les économies d’eau permises par la technique du goutte-à-goutte n’ont pas encore été précisément chiffrées. Mais, pour Robin Sesmat, il ne fait aucun doute que la consommation en eau est réduite, car avec l’irrigation au goutte-à-goutte, les arrosages sont certes plus fréquents, mais moins abondants, et surtout plus en adéquation avec les besoins des choux. Les premiers essais ont permis de mettre en évidence que « le développement végétatif des choux irrigués au goutte-à-goutte a été plus rapide que celui des choux non irrigués, en 2020 comme en 2021 », rapporte Robin Sesmat. Une accélération du développement végétatif qui permet une fermeture de l’inter-rang plus rapide, au détriment des adventices. En termes de rendement, l’irrigation au goutte-à-goutte permet de gagner en moyenne 2 kg de poids de pomme par rapport à une situation non irriguée. En 2021, au regard des conditions climatiques, les choux n’ont été irrigués que tardivement, à raison de deux tours d’eau avec les enrouleurs, ou de sept apports d’eau en goutte-à-goutte. « À la date optimale de récolte pour la maturité, soit le 24 septembre, nous avons obtenu des rendements de 5,96 kg/pomme en moyenne en goutte-à-goutte, 5,47 kg/pomme en irrigation à l’enrouleur, et 3,99 kg/pomme en non irrigué. L’irrigation au goutte-à-goutte apporte donc un gain de rendement de 50 % par rapport à une situation irriguée, et de 9 % par rapport à une irrigation à l’enrouleur », précise Robin Sesmat. En matière d’effet sur la dynamique des maladies cryptogamiques, les observations de 2021 n’ont pas permis de mettre en évidence de différences significatives entre les diverses modalités d’irrigation, probablement parce que la pression était tellement élevée que les autres effets étaient gommés. Lever le frein des opérations manuelles En 2022, les essais seront poursuivis, afin de confirmer ces premiers résultats, et enrichis, notamment par des essais de mécanisation de la pose et de l’enlèvement des gaines d’irrigation. « Ce sont des opérations gourmandes en main-d’œuvre, qui constituent un frein au déploiement de la technique sur le terrain », souligne Robin Sesmat. Grâce à la mécanisation, les gaines seront enterrées à 5-10 cm de profondeur, ce qui autorisera les interventions de désherbage mécanique, et devrait permettre de limiter encore davantage l’évaporation. « Nous allons évaluer les économies de temps de travail et comparer les coûts des différentes techniques », conclut le technicien.

Publié le 02/06/2022

Comme le reste de la France, l’Alsace est impactée par un déficit de précipitations. Si les conséquences ne sont pas encore très marquées, il y en aura, notamment en blé, même si des pluies, qui risquent d’être parfois violentes, sont annoncées à l’heure où nous mettons sous presse, mercredi 1er juin.

Du premier janvier à la mi-mai, la station d’Entzheim enregistre, en moyenne depuis 10 ans, une pluviométrie de 200 mm. Cette année, sur la même période, le réseau de stations météorologiques Sencrop suivi par le Comptoir agricole, dans le Bas-Rhin, a enregistré des pluviométries de 240 à 120 mm en fonction des secteurs avec, schématiquement, un gradient de précipitations qui va du Nord au Sud. « Nous enregistrons jusque 80 mm de déficit, notamment dans les secteurs d’Erstein, l’Ackerland, l’arrière Kochersberg », rapporte Christian Lux, responsable du service Agronomie et environnement au Comptoir agricole. Cela aura forcément des conséquences sur la productivité du blé et des orges. « Dans les sols superficiels, les limons sableux, les réserves utiles se vident, et le manque d’eau commence à se voir, avec une sénescence précoce des orges, des blés qui dessèchent par zone. Dans les terres profondes, ce n’est pas encore le cas ». En lien aussi avec la chaleur, notamment le coup de chaud enregistré à la mi-main, le cycle des céréales est avancé : « L’épiaison et la floraison sont en avance d’environ huit jours, ce qui n’est jamais très bon pour le rendement ». Certes les précipitations annoncées vont permettre d’assurer un certain niveau de rendement, mais le déficit hydrique enregistré jusqu’à présent aura un impact, plus ou moins important en fonction du type de sol, de la réserve utile, de la possibilité d’irriguer… Les colzas résistent bien Les colzas sont très beaux, cette année, avec un bon potentiel. « Jusqu’à présent, ils ont été moins impactés par le manque d’eau, grâce à leur système racinaire pivotant bien développé », indique Christian Lux. Mais ils peuvent commencer à souffrir du manque d’eau actuellement, alors qu’ils sont en phase de remplissage. Pour les colzas aussi, les pluies annoncées sont donc plus que bienvenues, elles sont nécessaires. Les cultures de printemps souffrent moins du manque d’eau. Les tournesols ont surtout été affectés par des attaques de pucerons verts, qui se traduisent par des crispations de feuilles qui prennent un aspect gaufré. Les sojas ont profité des quelques précipitations de début mai pour lever de manière homogène. Ils suivent leur bonhomme de chemin et atteignent le stade deux feuilles trifoliées. Manque d’efficacité des désherbages en maïs et betterave Actuellement, les maïs vont vers leur neuvième feuille pointante. Ils ne souffrent pas (encore) du manque d’eau car leurs besoins ne sont pas encore élevés, mais l’irrigation se prépare. « Ils sont plus ou moins grands et beaux selon que les conséquences des récoltes dans de mauvaises conditions et du manque de gel hivernal sont marquées », indique Christian Lux. Pas mal de sols ont été compactés. Une dégradation de la structure du sol qui se traduit par des jaunissements de feuilles, notamment dans les traces de passages de roues. Dans les maïs, l’impact majeur de la rareté des précipitations a été un manque d’efficacité des herbicides appliqués en mai, alors que les sols étaient trop secs, l’hygrométrie trop faible et les températures trop élevées pour que l’efficacité des herbicides, foliaires comme racinaires, puisse être optimale. « Heureusement, les binages ont permis de rattraper la situation ». Michel Butscha, technicien agrobetteravier à la sucrerie d’Erstein, rapporte le même manque d’efficacité des herbicides appliqués en mai. « Heureusement, les premiers traitements ont pu être effectués dans de bonnes conditions, et il a été possible de rattraper la situation avec des binages ». Pour l’instant, la betterave ne souffre pas du manque d’eau. Elle affiche plutôt une avance végétative, en lien avec l’ensoleillement et les températures, ce qui assure une couverture précoce des inter-rangs. Néanmoins, la betterave va consommer beaucoup d’eau dans les semaines à venir. Et c’est durant le mois de juin, lorsque les jours sont longs, qu’elle est le plus profitable à la culture. Les précipitations annoncées sont donc bienvenues. Sinon, l’irrigation devra rapidement prendre le relais, notamment en terre légère. La priorité est donc au déclenchement à bon escient de l’irrigation mais les planteurs sont également invités à surveiller de près l’évolution de la cercosporiose, car les traitements pourraient être déclenchés très prochainement.   [Thread-Sécheresse] Les ⛈️ de mai ont été inégalitaires. Contrairement à la météo, l'agroclimatologie ne regarde pas le cumul de pluie mais la PLUIE EFFICACE (pluie qui percole le sol en profondeur). Les ⛈️ n'apportent pas de pluies efficaces car ils sont violents & brefs. [1/5] pic.twitter.com/ITLGBjARLp — Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) May 31, 2022  

Publié le 01/06/2022

La saison de la fraise d’Alsace a été officiellement lancée jeudi 19 mai à la ferme Krieger à Haguenau. Un démarrage particulièrement précoce cette année, en lien avec les conditions estivales. Si elles perdurent, la saison pourrait être courte. Les consommateurs sont invités à en profiter à fond !

C’est en fin de matinée et sous un soleil déjà brûlant qu’a eu lieu le lancement de la saison de la fraise d’Alsace, aux abords des rangées de fraisiers qui composent la libre cueillette de la famille Krieger. « Cette année, les fraises sont beaucoup plus précoces que d’habitude », pointe Olivier Grinner, président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace. Une précocité liée aux conditions météorologiques, qui pourraient hâter aussi le reste de la campagne : « Les températures élevées font que la maturation avance vite. Si ces conditions perdurent, dans trois semaines, le plus gros du volume sera passé. Donc c’est vraiment le moment d’en profiter », encourage-t-il. D’autant que, quelle que soit la météo, la saison des fraises n’est jamais très longue, de l’ordre de quatre à six semaines. Ce n’est donc pas le moment de remettre à demain une sortie dans l’une des 21 libres cueillettes qui émaillent le territoire alsacien. D’autant que ces sorties gourmandes sont aussi bénéfiques pour le pouvoir d’achat des consommateurs, mis à mal par la conjoncture actuelle. Autres atouts des libres cueillettes : elles limitent les frais de conditionnement, de transport, de conservations. Mais que les consommateurs plus fortunés et/ou occupés se rassurent : ils trouveront aussi des fraises d’Alsace fraîchement cueillies dans de nombreux points de vente. Enfin, n’oublions pas la façon la plus gourmande de profiter de la douce saveur des fraises d’Alsace : lorsqu’elles sont incorporées dans les œuvres des pâtissiers alsaciens. Depuis 2019, un partenariat lie l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et la corporation des pâtissiers du Bas-Rhin, représentée lors de ce lancement par Éric Haushalter, pâtissier à Saverne : « Nous sommes friands des circuits courts qui nous permettent de valoriser les produits locaux. Nous savons d’où ils viennent, comment ils sont produits. Cela nous permet de travailler la main dans la main avec les producteurs, donc de mieux cibler nos besoins. La tendance est en effet à des pâtisseries moins sucrées, mais nous avons aussi besoin de fraises bien sucrées pour nos glaces », explique Éric Haushalter. Une surface qui progresse Des propos qui illustrent bien la complémentarité entre les producteurs et les entreprises locales. « Nous cherchons à identifier quels sont les cultivars les plus adaptés à cette valorisation locale en termes de goût et de fraîcheur », confirme Lilian Boullard, agronome à Planète Légumes. Autre défi pour les producteurs : adapter leur itinéraire technique aux conditions météorologiques. L’an dernier, la culture de la fraise a pâti d’un excès d’eau. Cette année, la tendance est inverse. Pour lisser le risque, de plus en plus de producteurs investissent dans des techniques d’irrigation innovantes, « comme le goutte-à-goutte installé dans les buttes, au plus près des besoins des plantes », indique le conseiller. La libre cueillette de la famille Krieger démontre aussi les efforts qui sont faits pour aménager les cueillettes : les buttes bâchées rendent les fraises accessibles sans trop de contorsions ! La surface consacrée à la production de fraises a progressé en Alsace. « Il y a sept ans, elle était de 200 ha, aujourd’hui, elle est de 230 ha, soit une progression de l’ordre de 10 % tous les cinq ans, similaire à la tendance française », décrit Lilian Boullard. Ce sont surtout les surfaces destinées à la vente en gros qui ont progressé, plutôt que les libres cueillettes et les fraiseraies destinées à la vente directe. La progression des surfaces allouées aux fraiseraies pourrait ralentir ces prochaines années. « Il va probablement y avoir une stabilisation du marché de la fraise, qui n’est pas qu’un produit alimentaire, mais aussi un produit plaisir. Il est possible que nous ayons atteint le haut de la crête », note Lilian Boullard. Reste que 230 ha de fraises, « ce n’est pas neutre », constate Pierre Lammert, président de l’Ifla. « Cela fait une certaine quantité de fraises à consommer. Or c’est un fruit très sensible au transport, aux aléas, qui gagne donc à être consommé localement », encourage-t-il. Mission acceptée !

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