Cultures

Publié le 22/02/2023

L’équilibre rédox d’une plante résulte d’un côté de la production de déchets oxydants inhérents à la photorespiration et de l’autre de la production d’antioxydants. Ils ont pour rôle de neutraliser en permanence les déchets de photorespiration, et de protéger directement la plante contre des stress oxydatifs inéluctables en système cultivé.

« Le stress oxydatif est l’ensemble des agressions causées par des molécules dérivant de l’oxygène », peut-on lire comme définition universelle. Assez bien comprise et admise dans le domaine de la santé humaine, cette notion peine à prendre pied en agronomie. On parle plus facilement de stress biotiques ou abiotiques, c’est-à-dire d’agressions par des organismes ou par le climat, ou qui ont pour origine des déséquilibres nutritifs, des carences ou des excès toxiques. Pourquoi une agression biologique ou abiotique va-t-elle provoquer une oxydation ? Parce qu’il respire et consomme de l’oxygène et du glucose, le vivant produit des déchets de respiration, comme du CO2 (gaz carbonique), de l’eau, et des produits « imparfaits » de ces réactions biochimiques qu’on retrouve sous forme d’espèces chimiques d’oxygène dégradées et que l’on nomme les radicaux superoxydes (ROS). Dans la littérature chimique, ces formes d’oxygène sont représentées avec un point, tel que HO., RO., O2.-, etc. Le point signifie que ces formes d’oxygène disposent d’un électron libre, on parle d’entité radicalaire. La conséquence de cet électron baladeur est l’extrême réactivité de ces ROS, ce qui les rend extrêmement toxiques dans le milieu cellulaire. Ils sont connus pour dégrader l’ADN, la membrane lipidique des cellules et finalement altérer le bon fonctionnement métabolique de la cellule vivante. Chez l’homme et l’animal, la principale source d’émission de ROS se situe au niveau du siège de la respiration, soit la mitochondrie, cet organite cellulaire à partir duquel l’être vivant tire son énergie. Et chez la plante, au niveau des chloroplastes, cet autre organite cellulaire siège de la photosynthèse et de la photorespiration. Un arsenal pour neutraliser l’oxydation Fort heureusement, le vivant a tout prévu et en particulier de neutraliser ces déchets oxydants de la respiration. Et la cellule vivante dispose d’un arsenal pour neutraliser en permanence ces ROS : avec des stratégies enzymatiques comme la glutathion-réductase, et non enzymatiques comme les vitamines, l’acide ascorbique, le tocophérol appelé aussi vitamine E, les carotènes, ou les fameux polyphénols comme les tanins. La vitamine C ou le glutathion sont des molécules communes entre les animaux et les plantes. Mais ces dernières ont la faculté de produire une classe supplémentaire de composés antioxydants : les polyphénols. Leur capacité antiradicalaire est bien connue à travers notamment le « french paradoxe », ce régime alimentaire qui améliore les capacités de vieillissement. Une balance entre oxydants et antioxydants Tout se passe donc dans le stress oxydatif comme ci il y avait d’un côté cette production d’oxydants et de l’autre les antioxydants, à l’image d’une balance entre la production de ROS et d’antioxydants. Le stress intervient quand la balance penche du côté des oxydants. Mais la cellule tente en permanence d’entretenir cet équilibre que l’on appelle l’homéostasie. Et comme nous parlons d’oxydation, cet équilibre ou déséquilibre se mesure avec le potentiel rédox. Au-delà d’une plage d’équilibre entre 400-450 mVolts, la cellule est dans un état oxydé. Pour les agriculteurs et viticulteurs, un appareil arrive sur le marché pour mesurer ce potentiel rédox. Il s’agit du spectromètre portatif Senseen qui effectue par simple balayage lumineux sur la plante un spectre et en déduit par intelligence artificielle le potentiel rédox.   Il se trouve que cet équilibre rédox est la résultante de l’état rédox principalement de deux couples oxydo-réducteurs à fort pouvoir réducteur : le glutathion (omniprésent dans les cellules, plus particulièrement le cytosol, c’est-à-dire le liquide cellulaire, et notamment dans le foie chez l’homme) et l’ascorbate (de 20 à 300mM (milli-molaire) dans les chloroplastes), plus communément appelé vitamine C (Noctor, 2006). Quels enseignements pour la viticulture ou l’agriculture ? Chez l’humain, des praticiens proposent d’évaluer le statut oxydatif d’un patient à partir de 80 paramètres (Dr Michel Brack, 2014), on y retrouve toute une série de marqueurs comme les vitamines, le glutathion, des oligoéléments, bref des acteurs de « la protection antioxydante ». Mais chez la plante ? Les antioxydants neutralisent les radicaux superoxydes, mais ils peuvent également être directement sollicités par ailleurs en tant que substances de défenses naturelles par exemple pour détoxifier la plante d’une substance étrangère. Citons l’exemple du complexe Glutathion-Atrazine, où le glutathion est engagé dans la détoxication de l’herbicide… Dans ce cas, c’est du glutathion qui n’est donc plus disponible pour l’homéostasie. On comprend alors que le désherbant fait pencher la balance du mauvais côté… Mais il peut y avoir d’autres sources de stress oxydatif faisant pencher la balance du côté oxydatif comme les UV, les carences minérales, les stress hydriques, les multiples pollutions, l’ozone, la proximité d’une ligne haute tension, le cuivre qui est un métal de transition et facilite donc les réactions oxydatives. Des stress inéluctables en système cultivé En réalité, les stress oxydatifs cumulés tout au long du cycle végétatif sont inéluctables quand on domestique et cultive une plante. La vigne ou l’arbre fruitier sont taillés et doivent cicatriser en utilisant leurs polyphénols pour faire « du bois » à l’endroit des cicatrices. Dans d’autres situations de stress, un sol tassé modifie l’alimentation minérale et la régulation hydrique d’une plante. Alors les carences ou excès toxiques de nutriments minéraux altèrent la photosynthèse et en particulier la production de polyphénols qui viennent à manquer pour les défenses naturelles et l’homéostasie. Les recherches sur la biosynthèse des polyphénols ont montré une extraordinaire plasticité de cette biosynthèse par les plantes. Elles adaptent leur production en différents polyphénols en fonction des conditions environnementales. Leur objectif étant de se protéger par rapport à des agressions oxydantes. Par exemple des plantes vont sécréter des amertumes répulsives en présence d’herbivores. Elles vont produire des écrans UV en cas de forte exposition. Elles vont neutraliser des molécules toxiques exogènes si besoin. Ou encore, elles vont émettre des polyphénols fongistatiques en cas d’attaque. La plante est donc capable de réorienter ses flux de carbones de photosynthèse vers tel ou tel polyphénol pour limiter un stress oxydant. L’agriculture moderne qui cherche à agir avec de plus en plus d’élégance sur le vivant en utilisant des techniques les moins oxydantes possibles, fait considérablement évoluer ses pratiques et diminue la toxicité de ses intrants. L’outil Senseen de mesure de potentiel rédox permettra d’apprécier l’impact rédox des pratiques. Et de plus en plus d’opérateurs de l’agriculture réfléchissent leurs intrants par cette approche. .

Jérémy Ditner, de l’EARL du Krebsbach, à Bernwiller

Sortir de sa zone de confort

Publié le 21/02/2023

En non labour depuis vingt ans, l’EARL du Krebsbach, à Bernwiller, est passée en bio, en 2017. La SAU de la ferme s’élève à 85 ha de grandes cultures et de légumes de plein champs (carottes, pommes de terre et céleri). Jérémy Ditner est le local de l’étape, à la journée Base : le Sundgauvien expose « son » agriculture de conservation (AC), aussi appelée « régénérative ».

Pour Jérémy Ditner, « l’agroécologie, c’est observer, orienter, intensifier et pérenniser les écosystèmes naturels favorables à la production ». Il cultive selon les trois principes de l’AC : réduction du travail du sol au minimum (pour ne pas perturber l’activité biologique du sol, favoriser la porosité verticale naturelle et augmenter la teneur en matière organique en surface), absence de sols nus grâce au maintien des résidus en surface et à l’implantation de couverts végétaux (pour protéger la surface du sol, structurer le sol, recycler les éléments minéraux, concurrencer les adventices, maintenir l’humidité, nourrir les micro-organismes), allongement et diversification de la rotation, et des espèces cultivées (pour maîtriser les adventices, diversifier la faune et la flore, limiter les agents pathogènes). « L’AC ou agriculture régénérative doit restaurer les fonctions vitales du sol », sait Jérémy. Et ces fonctions vitales dépendent de la présence d’une vie du sol bien développée, grâce au stockage de l’eau et au stockage des nutriments, pour faciliter le travail du sol, freiner la germination des adventices, rendre les cultures tolérantes aux pathogènes et peu appétissantes pour les ravageurs, augmenter la tolérance des cultures face au stress et pour une excellente qualité des récoltes, énumère l’agriculteur. Le jeune homme s’est retrouvé dans de nombreux points abordés par Lionel Alletto. « Depuis vingt ans qu’on cultive, selon les principes de l’AC, le sol a changé de couleur. La fertilité physique (texture, eau, etc.), chimique (éléments minéraux, pH) et biologique (activité des organismes et micro-organismes vivants) est au rendez-vous. Les plantes nourrissent le sol et le sol nourrit les plantes », résume-t-il. En fonction des équilibres, les structures de sol sont différentes. Toujours vert et diversifié Pour régénérer un sol, Jérémy Ditner distingue cinq étapes à passer : l’analyse du sol et l’équilibrage de ses éléments minéraux ; la fissuration du sous-sol en le stabilisant à l’aide de ferments et de racines vivantes ; la veille à la diversité et la bonne nutrition de la vie souterraine en gardant le sol toujours couvert par des engrais verts multi-espèces et des cultures avec des sous-semis diversifiés (la prairie sert de modèle aux cultures) ; le compostage de surface des couverts en utilisant des ferments lactiques à base de plantes pour diriger et contrôler le processus, et le traitement vitalisant des engrais de ferme ; l’optimisation de la performance photosynthétique et métabolique des cultures par des pulvérisations foliaires à base de thé de compost, de minéraux et de produits vitalisants. « La pierre angulaire de notre système, ce sont les semis directs de couverts », affirme Jérémy. Certaines cultures d’automne sont aussi semées directement, selon le précédent. « Les sols sont couverts et verts, le plus souvent, chez nous », ajoute-t-il. Il donne à l’assemblée quelques exemples de mélanges en interculture. En interculture courte, pour atteindre un objectif de biomasse rapide, Jérémy propose de semer : moha 5 kg/ tournesol 15 kg/ moutarde 1 kg/ radis 1 kg/ phacélie 2 kg/ vesce commune 15 kg/ lentille féverole 6 kg/ sarrasin 3 kg. En interculture longue : féverole 70 kg/ seigle 50 kg/ pois 20 kg/ vesce 15 kg. En sous semis, sous céréales : RGA tardif 10 kg/ trèfle violet 3 kg/ trèfle incarnat 5 kg/ trèfle blanc 1 kg/ caméline 500 g. « Puisque mon sol est de nature à être pauvre en matière organique, j’en amène de la fraîche », enchaîne Jérémy Ditner. Pour le compostage en surface, il achète une solution mère de microorganismes EM (Efficient microbiology) et la multiplie, grâce à des algues et des acides humiques, voire des plantes dicotylédones : en bref, du sucre, qui fermente en anaérobiose moins d’une semaine. Dans une luzerne sursemée d’un seigle, par exemple, il broie le végétal, puis incorpore les ferments. « Le phénomène d’agrégation qui suit est important et, il est important pour le stockage de l’eau et le développement des mycorhizes, note-t-il. Dans le sol, on lutte contre l’anaérobie. On mélange à la fraise, pour laisser le sol aéré et que le compost dégrade le couvert. Tout est réalisé en un passage, pour ce broyage de surface, avec ajout de ferments et fraisage. » L’odeur est bonne : surtout pas de putréfaction ! Les couverts permanents sont détruits au printemps. Jérémy passe éventuellement un coup, encore, à l’automne. « Le maïs tient mieux la sécheresse, avec ces techniques, observe le cultivateur. Elles retiennent l’eau. Par endroits, on ne fertilise quasiment plus ». Le blé, lui, ne se passe tout de même pas de fertilisation, admet-il.     Micro-organismes en sous-sol et à la surface Pour nourrir son sous-sol, Jérémy Dittner utilise la technique de fissuration. Après le passage d’un double rouleau à dents, il injecte des ferments (à base de végétaux), dans le sous-sol, grâce à des buses de pulvérisation. L’angle de travail est faible, l’écartement entre les dents d’au moins 35 cm, la profondeur de travail d’au moins 20 cm (il suffit de casser la semelle de labour), la largeur du soc est d’au moins 5 cm (plus large que la dent) et la longueur est d’au moins 12 cm. Il n’y a pas de galbe latéral. Les points clés du sous-solage : un sol pas trop humide, pas trop froid, un travail plutôt à l’automne, à combiner avec le semis, lentement (vitesse de 6 km/h maximum) pour que le sol se fissure le long des lignes de faille naturelle, en fermant la surface à la herse pour garder l’air dans le sol. Le sous-solage est idéalement réalisé, après le compostage de surface. Jérémy, échangeant avec la salle, admet qu’il a pris des gamelles en semis direct, lorsque son sol n’était pas prêt. Mais il retient surtout ses succès, avec des maïs poussant sans engrais (avec un peu de patience), des carottes et pommes de terre, sans « cides », sauf sur doryphores.    

Publié le 21/02/2023

« On veut sauver la terre », dit sans fard Jürgen Degraeve, le directeur d’EM Agriton, fournisseur de produits à base de micro-organismes efficaces (EM) et de matières premières naturelles (argiles, fragments de coquillages, etc.), basé en Belgique. Pour Base Alsace, il a expliqué ce que sont les EM et la technique des compostages Bokashi, l’après-midi du 9 février.

Ils sont trente salariés à la production et quinze au développement, à Messines, en Belgique, non loin de la frontière française, chez EM Agriton. Mais rien qu’en une poignée de mains, nous échangeons 50 millions de bactéries… c’est dire s’ils en brassent, des micro-organismes ! Le verbe est bien choisi, puisque pour produire des micro-organismes efficaces, la technique utilisée est la même que celle pour fabriquer une bière… « mais c’est une autre recette », plaisante Jürgen Degraeve, le directeur d’EM Agriton. L’entreprise, fournisseur de produits à base de micro-organismes efficaces (EM) et de matières premières naturelles (argiles, fragments de coquillages, etc.), est la seule autorisée par EMRO pour la Belgique, la France et le Luxembourg. EMRO (EM® Research Organization Inc.) est l’organisation mondiale fondée par le Pr. Teruo Higa, en charge de la commercialisation et de la promotion des EM® authentiques. Son principal objectif est de promouvoir une agriculture durable, qui fournit une quantité suffisante d’aliments sains pour la population mondiale, peut-on lire sur le site d’EM Agriton. Les EM sont des pré- et/ou probiotiques utilisés mondialement, dans les domaines, du bien-être, de l’agriculture, des animaux qui améliorent l’ensemble des processus naturels. Jürgen Degraeve raconte : « Dans le monde des micro-organismes, il existe plusieurs groupes. Il y a un petit groupe de dominants bénéfiques (régénérateurs), un petit groupe (équivalent au premier) de dominants néfastes (destructeurs), et enfin un grand groupe d’opportunistes (90 %). Une lutte pour le pouvoir est continue entre les bénéfiques et les pathogènes. Les opportunistes suivent et imitent le dominant majoritaire. Lorsque les micro-organismes efficaces prédominent, ils exercent une influence positive et peuvent inhiber le développement d’agents pathogènes aussi bien dans le sol, que dans l’air ou dans l’eau. Ce processus profite ainsi aux plantes, et à la santé des hommes et des animaux. « Contrairement aux antibiotiques, les EM ne causent pas la mort, ils stimulent la vie en accroissant la population des micro-organismes favorables. » Moins de dépenses Jürgen Degraeve estime que les rendements des récoltes ne s’en trouvent pas forcément augmentés mais que les coûts sont réduits, puisque ces EM font office d’engrais et fortifient les plantes, appliqués pendant ou après le broyage des couverts, ou au printemps, sur un sol humide, ou, pendant ou après la récolte, sur des résidus de culture. C’est le principe de fermentation qui nourrit le sol et les plantes : les micro-organismes rendent l’énergie plus assimilable. Il prend la forêt pour exemple : elle est autofertile. Le but est de tendre à cela, en agriculture. En Alsace, le revendeur d’EM Agriton, un double actif aussi utilisateur depuis 4 ans, Mathieu Rothenflue, vante le prix modéré et ls résultats. «J’utilise le mélange de micro-organismes actifs Microferm pour décomposer la paille de maïs, valoriser au maximum l’azote, le phosphate. Je n’utilise plus de fertilisation PK (trop onéreuse), depuis vingt ans, déjà.» Selon lui, Microferm améliore la photosynthèse, la teneur en protéines des grains et la résistance au stress hydriqueet aux attaques virales. Ainsi que l'assimilation des nutriments. «Les EM agissent sur le sol comme sur les humains », ajoute cet agriculteur  dans le Haut-Rhin, qui cultive 3 ha de grandes cultures, en semis direct. Il calcule que pour 40 euros investis dans les EM, il enlève 100 unités d’azote et réalise, ainsi, une marge supérieure nette entre 500 et 700 euros. Autre gain : il n’y a pas de nettoyage de benne à réaliser, après utilisation des EM. « En matière organique, je suis monté de quatre points, en sept ans. J’irrigue un tiers en moins qu’avant. Mon sol est une éponge. Et au stade 8 feuilles, la dernière feuille de mon maïs mesure deux tiers de plus, sur une parcelle traitée. Il faut recopier la forêt : elle est la plus productive. Je me suis pris des gamelles avec des engrais phosphatés qui ne fonctionnaient pas. Aujourd’hui, avec les EM, je suis satisfait », conclut Mathieu Rothenflue, qui compte une vingtaine d'acheteurs alsaciens des produits EM Agriton. Deux d’entre eux sont viticulteurs. « Il y a un gros potentiel, en vigne, notamment en bio. Quand, ailleurs, c’est cramé, chez les utilisateurs d’EM, c’est vert. Mais le sol doit être prêt pour cela, sinon il faut ajouter un correcteur, ensuite, quand même », nuance Mathieu Rothenflue.

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