Cultures

Journée Agri’Pro d’Armbruster

Vulgariser les solutions de demain

Publié le 28/06/2023

Le 14 juin, Armbruster et AB2F Conseil ont convié les agriculteurs à leur journée Agri’Pro, à Andolsheim, pour découvrir les solutions aux problématiques de demain en grandes cultures et pommes de terre. La pédagogie et la vulgarisation étaient de mise.

Climat plus chaud et aléatoire, suppression de molécules efficaces, tensions sur la ressource en eau, pression sociétale : où qu’il se tourne, l’agriculteur de 2023 fait face à des problématiques l’obligeant à revoir ses pratiques sans pour autant diminuer sa capacité de production. Pour résoudre cette équation de plus en plus complexe, le groupe Armbruster et la société partenaire AB2F Conseil travaillent quotidiennement à expérimenter les solutions de demain. « On ne peut pas subir. Il faut anticiper les problématiques et les vulgariser auprès des agriculteurs bien sûr, mais aussi des élus, des instances environnementales et du grand public de manière générale », explique le responsable d’AB2F Conseil, Aymé Dumas, à l’occasion de la manifestation Agri’Pro organisée le 14 juin à Andolsheim. Une journée destinée à présenter les essais en cours en matière de semis, désherbage, irrigation, protection fongique et ravageurs en grandes cultures et pommes de terre. « Quelle que soit la filière, l’enjeu reste le même : avoir des cultures qui permettent de nourrir les hommes, en qualité comme en quantité. Nous devons donc faire notre maximum pour trouver des réponses face aux nouvelles contraintes réglementaires ou interdictions. »     La dernière en date concerne le maïs avec la suppression prochaine du S-métolachlore du catalogue des herbicides autorisés. « Il y a heureusement des alternatives que nous utilisons déjà dans les zones de captage prioritaire. Donc on sait faire. Par contre, il faut le faire savoir et faire prendre conscience aux agriculteurs qu’ils peuvent et doivent faire autrement. Cette pédagogie est essentielle et c’est d’ailleurs souvent ce qui prend le plus de temps. » Celle-ci va bien au-delà des seuls agriculteurs. AB2F Conseil et Armbruster l’ont bien compris en invitant des élus sur ces parcelles d’essais le 9 juin. « Interdire une molécule est une chose, mais cela veut dire quoi concrètement dans le champ ? C’est avec ce type de manifestation qu’on montre aux décideurs politiques les conséquences de leurs décisions, mais aussi pour leur illustrer pourquoi il est nécessaire de protéger nos cultures. On désherbe pour assurer un rendement, une capacité de production suffisante, pas pour le plaisir. C’est un message qu’il faut répéter sans cesse », poursuit Aymé Dumas.     Pour trouver des alternatives efficaces, mais aussi rentables pour l’agriculteur, AB2F Conseil et Armbruster misent sur l’ouverture d’esprit et la collaboration avec des pairs par l’intermédiaire d’Etamines, un réseau d’expérimentation national qui s’appuie sur onze fermes pilotes. À cela s’ajoute une série de partenariats avec des laboratoires et des start-up qui offre de nouvelles perspectives. « On travaille bien sûr avec les grands noms de la chimie, mais pas que. Même si de nouvelles molécules continuent à sortir, ce n’est plus comme avant quand on avait plein de nouveautés d’un coup. Maintenant, on doit raisonner autrement. Pour nous, cela veut dire miser sur la combinaison entre chimie et mécanique. Et grâce au réseau Etamines, nous pouvons approfondir les expérimentations dans ce domaine. » La génétique reste néanmoins le premier levier de progrès pour l’agriculture à ses yeux. « Il faut consommer moins d’eau, résister à la chaleur et aux maladies, mais avec moins de traitements. On ne peut pas diminuer des molécules et conserver des variétés sensibles, c’est non-sens total. La génétique, c’est la base. » Le Brésil comme source d’inspiration S’ouvrir l’esprit, cela veut aussi dire porter son regard de l’autre côté de l’Atlantique, en Amérique du Nord ou du Sud, là où les innovations ont souvent un train d’avance sur l’Europe. C’est au Brésil qu’Aymé Dumas a trouvé une piste intéressante pour les cultures de soja : les biostimulants. « Nous en avons ramené ici pour évaluer leur pertinence et leur efficacité avec nos variétés, notre climat, et mesurer quels pourraient être les gains de productivité. L’intérêt est que ce sont des solutions compatibles avec l’agriculture biologique. » La biostimulation est également testée sur les pommes de terre, à deux stades phénologiques bien précis. L’idée est d’arrêter de la tubérisation et d’homogénéiser le calibre, ce qui diminuerait in fine les besoins de manutention. « Plus on manipule une patate, plus le risque de pourriture est important. On n’améliore pas le rendement, par contre on évite les petits et gros calibres à l’arrachage. Au final, on évite la manutention, des traitements anti-germinatifs, et on peut répondre aux attentes sociétales de demain. » Dans les essais, ces biostimulants sont expérimentés sur une nouvelle variété de pommes de terre, l’Étincelle, qui a la particularité d’avoir une dormance très importante. « Pour ceux qui pratiquent la vente directe, cela pourrait permettre de conserver, et donc de commercialiser plus longtemps leurs pommes de terre. Il y a un beau potentiel », note le responsable d’AB2F Conseil.     Quelle que soit la culture ou la filière, chaque solution expérimentée par Armbruster et AB2F se fait en premier lieu sous l’angle économique. Hors de question en effet de proposer un nouveau moyen de lutte s’il demande deux fois plus de temps pour être appliqué. « Diminuer l’impact environnemental est essentiel, bien sûr, mais si cela n’est pas rentable pour les agriculteurs, ce n’est pas la peine. Ils sont prêts à faire autrement, mais leur rentabilité doit être garantie avec l’adoption de nouvelles pratiques ou de nouveaux produits. C’est pour cela que notre travail de recherche et d’essais est si important : c’est à nous de tester et d’essuyer les plâtres le cas échéant, pas aux agriculteurs. On doit leur donner les moyens de remplir leur mission première : nourrir la population. »

Publié le 02/06/2023

Marie Mathis-Ballesta est floricultrice au Jardin d’Agnès, à Ittlenheim, dans le Kochersberg. Bio, locales, de saison, ses fleurs et compositions florales ravissent les clients de la ferme maraîchère de Vincent Schotter, son patron, et quelques fleuristes. Après deux ans, l’atelier de diversification est à l’équilibre.

« Je suis née dans les fleurs », constate Marie Mathis-Ballesta, fille de Brigitte Mathis, détentrice alsacienne d’un Jardin de France, labellisé. Pour un beau bouquet, il faut associer cinq types de fleurs et végétaux : « des fleurs stars (dahlia, tournesol, chrysanthème), des disques (type marguerites : soucis, nigelle, bleuet), des fleurs en ombelle (fenouil, panais, carotte ; pour réutiliser les produits de la ferme), des épis (muflier, campanule) et du feuillage (buplèvre, molucelle mais aussi feuilles d’asperge et de fraisiers, mélisse et menthe) », énumère Marie, qui a éclusé les tutoriels Youtube. La trentenaire a réalisé son rêve, celui d’être floricultrice… Entre autres, grâce à Vincent Schotter, son ancien maître de stage (lors de la reconversion de Marie via un BPREA maraîchage, au CFPPA d’Obernai en 2020-2021) et son actuel employeur. Le chef d’exploitation de l’EARL Le panier du Jardin d’Agnès, à Ittlenheim dans le Kochersberg, laisse carte blanche à Marie Mathis-Ballesta, sur 0,5 ha. 10 ares sous serre et le reste en plein air, donnent l’opportunité à sa salariée de tester plus de cent espèces de fleurs, de vingt familles botaniques différentes. « Cela permet une rotation en plus et, donc, de couper le cycle des maladies, notamment des solanacées. Par exemple, les tomates ne reviennent qu’une fois tous les trois ans, sur la même parcelle. Aussi, les fleurs amènent plus de biodiversité, dont des auxiliaires des cultures, des pollinisateurs et… des lérots, une espèce classée quasi menacée ! » pointe Marie, une des sept UTH à l’année du Jardin d’Agnès. Gagnant-gagnant Récoltées, les fleurs fraîches sont vendues au marché (lire l’encadré), en même temps que les fruits et légumes du maraîcher bio : gagnant-gagnant. Les bouquets sont composés d’avance, pour plus d’efficacité. À l’occasion de la fête des mères, des kits à bouquets - des godets de huit espèces de fleurs destinées à être coupées, pour jardiniers en herbe qui souhaitent les faire pousser à domicile - seront aussi proposés. Marie approvisionne en plus, quatre fleuristes, avec sa production. Le surplus de fleurs est séché et la jeune femme réalise des couronnes, boucles d’oreilles et fioles avec les corolles déshydratées. Mais le but est d’écouler un maximum de fleurs en frais. L’atelier de diversification paie le salaire (minimum) de Marie et les investissements, qui s’élèvent à près de 5 000 euros par an (bulbes, semences, terreau). De janvier à février, Marie commande les semences ; en août, elle achète les bulbes. De janvier à mars, elle sème. Puis, elle plante d’avril à juin, sauf les bulbes plantés en automne (qui fleurissent dès février). « On récolte de février à fin octobre. Et je fais sécher les surplus partout, au fur et à mesure », conclut la floricultrice, qui glane aussi pour ses créations en sec, des fleurs sur sa commune de Flexbourg, avec l’accord de la municipalité. La reconvertie sait quoi cueillir, puisqu’elle est… paléobotaniste de formation ! Docteure, diplômée de l’université de Lyon 1, cette passionnée de fleurs a séjourné quatre ans aux États-Unis, où elle était en parallèle de ses activités, bénévole dans des jardins botaniques. Vers la fin de l’été, l’autodidacte réalise la majeure partie de ses créations en fleurs séchées. Elles sont principalement vendues de novembre à janvier, notamment au marché de Noël Off, de Strasbourg. Pour une première, l’an passé, elles ont remporté un franc succès : Marie rebelote donc, avec son ami vigneron Yann Durrmann qui l’héberge sur son stand, en décembre 2023. « Gérer seule toute la production et la vente de fleurs est un travail de titan. Mais ça vaut le coup dans notre cas. Nos étals aux marchés sont beaux, attirent encore plus les regards. Et je suis heureuse d’aider à faire vivre une entreprise de maraîchage, que les fleurs soutiennent l’agriculture vivrière. J’espère bientôt entrer dans une routine qui permettra de dégager du bénéfice », conclut Marie, sécateur à la main, dans la serre baignant à plus de 25 degrés, fin mai.    

Publié le 25/05/2023

« On se dirige vers une année moyenne, assez équilibrée, d’une exploitation à l’autre, hormis en mirabelle, pour laquelle les rendements seront, a priori, meilleurs que l’an passé », résume Philippe Jacques, conseiller arboricole, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA).

Un vrai printemps d’il y a quarante ans ! Des alternances de chaud/froid, pluie/sec ; des températures basses mais sans gelée, suivies de pics à 26 °C, marquent ce retour « aux standards » en Alsace, après six campagnes caractérisées par le gel au printemps et enfin, un « vrai » hiver 2022-2023. Conséquence : les charges dans les vergers, sont hétérogènes, de parcelles en parcelles et même de branches en branches ! Volumes et qualités sont disparates, surtout en prunes (prunes bleues et quetsches d’Alsace), témoigne le conseiller Philippe Jacques. Cerises et poires en berne Les conditions humides à la floraison des cerisiers et des poiriers, ont eu une incidence sur la pollinisation car très peu d’abeilles étaient de sortie : les charges sont très, voire trop légères pour ces deux productions, enchaîne-t-il. Par contre, la mirabelle s’en est mieux sortie cette année qu’en 2022, et par rapport aux autres fruits, une belle récolte est attendue en 2023, même si les températures assez basses des dernières semaines ont une influence sur les calibres. Les fruits des mirabelliers seront petits… sauf s’il pleut beaucoup cet été. Correct en pommes En pomme, on est en pleine période de régulation de la charge des arbres actuellement. Il faut s’adapter aux conditions de chaque parcelle, prévient Philippe Jacques, car la floraison s’est longuement étalée du 15 avril au 20 mai, voire encore plus tard, selon les variétés. « La campagne en pommes est toujours plus homogène, comparée aux autres cultures, grâce à la régulation. Cette année, les techniciens ont du travail car on annule carrément la régulation dans les vergers peu chargés, et on l’accentue ailleurs. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu autant de disparités », s’exclame-t-il. La récolte sera moyenne à bonne. « Il y a peu de tavelure. C’est propre. Et le carpocapse est déboussolé… comme nous ! Il y a peu de pontes car on a rarement atteint les 15 °C (nécessaires pour l’espèce) à la tombée de la nuit. Je pense donc qu’on devrait être proche des objectifs en production de pommes, en 2023 », conclut le conseiller de la CAA. RAS en petits fruits En petits fruits, Lilian Boullard, conseiller en culture légumière, fraises et petits fruits, chez Planète Légumes, est confiant pour le moment : la campagne débute avec une semaine de retard mais aucune maladie n’est à déplorer. Dès qu’il commencera à faire chaud par contre, il faudra surveiller les framboisiers : un acarien s’est pointé l’an passé.

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