Betteraves sucrières
« La culture a toute sa place en Alsace »
Betteraves sucrières
Publié le 28/07/2023 | par Bérengère de Butler
Après une première campagne de recrutement qui a permis d’augmenter la sole betteravière de 10 % entre 2022 et 2023, la sucrerie d’Erstein lance une deuxième vague pour atteindre son objectif de 7 000 ha de betteraves en 2024. Une opération séduction qui a lieu dans un contexte technico-économique particulièrement favorable à la culture.

La betterave ne manque pas d’atouts pour se développer en plaine d’Alsace. Économiques d’abord : avec un prix annoncé à 45 €/t de betterave en 2023, alors que les cours des céréales dévissent, « la betterave doit permettre de dégager une marge brute de 1 000 à 1 500 €/ha de plus par rapport à une céréale », avance Laurent Rudloff, responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein.
Réglementaires ensuite, car la betterave, dès lors qu’elle dépasse 10 % de l’assolement, permet de gagner un point d’écorégime, souligne Laurent Rudloff. En outre, dans les secteurs concernés par les mesures agro-environnementales (MAE) en faveur du grand hamster d’Alsace, la culture de la betterave donne droit à une prime.
Techniques aussi, puisque la culture de la betterave donne accès à ses coproduits, notamment la pulpe surpressée, un ingrédient riche en énergie, qui accroît la production laitière et la croissance des animaux. La betterave est peu exigeante en azote, ce qui permet de réaliser des économies en fertilisants azotés, dont les cours se sont envolés. Elle s’avère adaptée aux étés chauds et secs, qui risquent de devenir la norme en Alsace. Ses besoins en eau sont modérés et elle valorise bien l’irrigation. Lorsque le mercure s’envole, la betterave se met en pause, mais ne meurt pas. Les semis de betterave sont peu impactés par les corvidés. Enfin, la rotation constituant le meilleur moyen de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs, la betterave s’avère un bon moyen de lutte : elle ne constitue pas une charge nette, mais permet de dégager une marge, confortable qui plus est.
En quelques années, de nouvelles variétés de betteraves ont été mises sur le marché. Certaines sont plus tolérantes à la cercosporiose, ce qui, couplé à l’utilisation de l’Outil d’aide à la décision (OAD) Cerc’OAD, permet de diminuer les traitements contre cette maladie. D’autres ont été développées dans le cadre du système Conviso Smart, qui combine un herbicide à large spectre et des variétés tolérantes à ce même herbicide, une combinaison qui permet de contrôler les adventices avec un nombre d’interventions réduit.
Des opportunités à saisir

L’aide au développement des surfaces betteravières, lancée en 2023, va être reconduite en 2024. Les nouveaux planteurs, ou ceux qui augmentent significativement la sole dédiée à cette culture (+ 10 % avec un minimum de 2 ha) peuvent bénéficier d’une aide de 250 €/ha, portée à 300 €/ha pour les jeunes, ce qui correspond à peu près au coût des semences, moyennant un engagement de trois ans minimum dans la filière. « Les techniciens de la sucrerie assurent par ailleurs un suivi efficace », pointe Laurent Rudloff.
Avec l’usine d’Erstein, l’Alsace bénéficie d’un outil économique performant, dans lequel le groupe Cristal Union investit constamment afin de rentabiliser la production de sucre en Alsace. Enfin, pour encourager de nouveaux planteurs à se faire la main sur la culture sans s’engager, le groupe Cristal Union a mis en place un accès facilité à la filière avec le statut de tiers non associé. Temporaire, ce statut permet de vendre les betteraves à la coopérative sans y prendre de parts. Le prix payé est cependant inférieur à celui touché par les coopérateurs. « Notre objectif reste de convaincre un maximum de planteurs d’adhérer à la coopérative, car c’est la condition de la durabilité de la filière », souligne Bruno Labilloy, directeur agricole du groupe Cristal Union. Il conclut : « Tous les voyants sont au vert. C’est le moment de se lancer dans la culture de la betterave. Y compris les planteurs qui ont arrêté. »
Quatre bonnes raisons de cultiver de la betterave en AlsaceSelon Bruno Labilloy, directeur agricole du groupe Cristal Union
- « La betterave s’est toujours plu en Alsace. La sucrerie d’Erstein sort régulièrement dans le trio de tête de nos usines en termes de rendement. »
- « Les politiques agricoles et environnementales vont dans le sens de la diversité des cultures. Cultiver de la betterave permet de répondre à ces exigences réglementaires en matière de rotation, et de répondre à des problématiques agronomiques, notamment en matière de gestion des bioagresseurs. »
- « Avec la sucrerie d’Erstein, nous bénéficions d’un outil performant, au cœur des marchés. »
- « Avec la rémunération actuelle, la betterave apporte un plus en termes de revenus. » En outre, le directeur agricole se dit « confiant quant à l’avenir de la conjoncture ». D’autant que la betterave bénéficie d’une gamme de débouchés suffisamment vaste pour être valorisée, que ce soit en sucre, en alcool ou en éthanol, dans les secteurs alimentaire, pharmaceutique, industriel ou énergétique.












