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Bérengère de Butler

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Betteraves sucrières

« La culture a toute sa place en Alsace »

Cultures

Publié le 28/07/2023

La betterave ne manque pas d’atouts pour se développer en plaine d’Alsace. Économiques d’abord : avec un prix annoncé à 45 €/t de betterave en 2023, alors que les cours des céréales dévissent, « la betterave doit permettre de dégager une marge brute de 1 000 à 1 500 €/ha de plus par rapport à une céréale », avance Laurent Rudloff, responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein.

Réglementaires ensuite, car la betterave, dès lors qu’elle dépasse 10 % de l’assolement, permet de gagner un point d’écorégime, souligne Laurent Rudloff. En outre, dans les secteurs concernés par les mesures agro-environnementales (MAE) en faveur du grand hamster d’Alsace, la culture de la betterave donne droit à une prime.

Techniques aussi, puisque la culture de la betterave donne accès à ses coproduits, notamment la pulpe surpressée, un ingrédient riche en énergie, qui accroît la production laitière et la croissance des animaux. La betterave est peu exigeante en azote, ce qui permet de réaliser des économies en fertilisants azotés, dont les cours se sont envolés. Elle s’avère adaptée aux étés chauds et secs, qui risquent de devenir la norme en Alsace. Ses besoins en eau sont modérés et elle valorise bien l’irrigation. Lorsque le mercure s’envole, la betterave se met en pause, mais ne meurt pas. Les semis de betterave sont peu impactés par les corvidés. Enfin, la rotation constituant le meilleur moyen de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs, la betterave s’avère un bon moyen de lutte : elle ne constitue pas une charge nette, mais permet de dégager une marge, confortable qui plus est.

En quelques années, de nouvelles variétés de betteraves ont été mises sur le marché. Certaines sont plus tolérantes à la cercosporiose, ce qui, couplé à l’utilisation de l’Outil d’aide à la décision (OAD) Cerc’OAD, permet de diminuer les traitements contre cette maladie. D’autres ont été développées dans le cadre du système Conviso Smart, qui combine un herbicide à large spectre et des variétés tolérantes à ce même herbicide, une combinaison qui permet de contrôler les adventices avec un nombre d’interventions réduit.

Des opportunités à saisir

L’aide au développement des surfaces betteravières, lancée en 2023, va être reconduite en 2024. Les nouveaux planteurs, ou ceux qui augmentent significativement la sole dédiée à cette culture (+ 10 % avec un minimum de 2 ha) peuvent bénéficier d’une aide de 250 €/ha, portée à 300 €/ha pour les jeunes, ce qui correspond à peu près au coût des semences, moyennant un engagement de trois ans minimum dans la filière. « Les techniciens de la sucrerie assurent par ailleurs un suivi efficace », pointe Laurent Rudloff.

Avec l’usine d’Erstein, l’Alsace bénéficie d’un outil économique performant, dans lequel le groupe Cristal Union investit constamment afin de rentabiliser la production de sucre en Alsace. Enfin, pour encourager de nouveaux planteurs à se faire la main sur la culture sans s’engager, le groupe Cristal Union a mis en place un accès facilité à la filière avec le statut de tiers non associé. Temporaire, ce statut permet de vendre les betteraves à la coopérative sans y prendre de parts. Le prix payé est cependant inférieur à celui touché par les coopérateurs. « Notre objectif reste de convaincre un maximum de planteurs d’adhérer à la coopérative, car c’est la condition de la durabilité de la filière », souligne Bruno Labilloy, directeur agricole du groupe Cristal Union. Il conclut : « Tous les voyants sont au vert. C’est le moment de se lancer dans la culture de la betterave. Y compris les planteurs qui ont arrêté. »

Jeunes Agriculteurs - canton de Haguenau

Portes ouvertes sur la méthanisation

Pratique

Publié le 26/07/2023


Implantée entre Wittersheim, Huttendorf, Keffendorf et Berstheim, la SAS ABH (pour Agriculteurs Biomethane Haguenau) a injecté ses premiers mètres cubes de biométhane le 13 octobre 2020, soit cinq ans environ après que le projet a émergé, et deux ans après le début des travaux. La SAS ABH, qui emploie aujourd’hui trois salariés, repose sur un groupe de 14 agriculteurs et un paysagiste, tous situés dans un rayon de 6 km autour du site de méthanisation. Le digesteur est alimenté uniquement avec des produits agricoles : fumier, lisier, pailles de maïs, culture intermédiaire à vocation énergétique (Cive), pulpes de betterave, décrit David Huss, salarié de la SAS qui s’occupe de préparer les rations. Au total, chaque année, le digesteur avale quelque 36 000 t d’intrants, à 15 % sous forme solide (5 400 t) et à 85 % sous forme liquide (30 600 t). David Huss doit faire en sorte que la ration reste stable dans le temps, et produise un digestat de qualité constante. Chaque matin et chaque soir, une ration est préparée dans une benne. Chaque jour, ce sont environ 100 t de matières organiques qui entrent régulièrement dans le digesteur, heure par heure. Le contenu du digesteur passe aussi régulièrement dans le post-digesteur, avant d’être stocké lorsque les différents micro-organismes ont fait leur œuvre pour produire du méthane à partir de la matière organique. David Huss compose les rations de façon à répondre à la demande de production, en fonction de la disponibilité des ingrédients et de leur pouvoir méthanogène. Les agriculteurs disposent d’un droit en digestat, à la hauteur de leur contribution en matières premières. Ils sont autonomes dans l’utilisation qu’ils en font.

Le travail de David Huss consiste aussi à tracer les matières entrantes et sortantes. C’est notamment grâce à cette traçabilité que le biogaz issu de la SAS ABH a récemment été certifié RED2, ce qui atteste de sa durabilité. Différents points ont été pris en compte lors de cette certification, qui consiste à vérifier que l’unité consomme moins de gaz à effet de serre (GES) qu’elle ne permet d’en économiser : les intrants, le fonctionnement des installations… « Cette certification va devenir nécessaire pour les stations de méthanisation qui produisent plus de 200 normo mètres cubes/h de méthane (CH4), pour pouvoir bénéficier d’un tarif préférentiel », précise David Huss. Vendus à Engie et distribués par GRDF, les 315 normo mètres cubes de méthane produits chaque heure par la SAS ABH équivalent à la consommation de 10 000 foyers. Une information qui marquera sans doute les esprits des personnes qui saisiront l’opportunité de visiter cette unité de méthanisation !

Domaine Kumpf et Meyer à Rosheim

Des lianes dans l’herbe

Vigne

Publié le 21/07/2023


Le domaine Kumpf et Meyer s’étend sur 15 ha dans les environs de Rosheim. Depuis décembre 2010, il est cogéré par Sophie Kumpf et Julien Albertus. Petits-fils de viticulteur, titulaire d’un BTS viti-oeno, ce dernier a fait ses armes chez plusieurs vignerons, dans le Sud, en Alsace, et chez un caviste, avant d’être embauché par Sophie Kumpf. Sa mission : donner une direction au domaine.

Pour Julien Albertus, qui ne voulait pas « faire du vin pour faire du vin, mais faire du vin de lien, de terroir », la ligne directrice est toute trouvée : le domaine sera converti à l’agriculture biologique. Poussé par sa fibre environnementale, il tient aussi à remettre de l’herbe dans des vignes qui étaient jusqu’alors conduites de manière traditionnelle : « Le cavaillon était désherbé, et l’inter-rang fauché avant même que l’herbe ait poussé. »

Transition dans les vignes et dans les têtes

« La transition a demandé des adaptations, tant en termes de moyens que de mentalités », rapporte Julien Albertus. Mais, petit à petit, il a atteint ses objectifs. Dès 2012, il entame la conversion en bio. À cette époque, le sol n’est déjà plus travaillé qu’une fois par an sur l’inter-rang, et deux à trois fois par an sous le cavaillon, pour qu’il reste « propre ». En 2016, la progression vers l’enherbement permanent connaît un bond en avant. Julien Albertus investit dans un rolofaca, et un châssis plus adapté pour travailler le cavaillon au disque, une technique qui permet « de scalper l’herbe, la soulever, et la laisser sur place ». Pour gérer l’enherbement de l’inter-rang Julien Albertus utilise son rolofaca, mais « souvent mal », affirme-t-il aujourd’hui, après avoir appris de ses diverses expérimentations qu'« un seul passage suffit, quand l’herbe est mûre ». En 2017, il investit dans un semoir, afin de réaliser des semis sous couvert dans l’inter-rang. « J’ai mené plein d’essais, dans l’espoir de trouver la formule idéale : à faible densité, à densité élevée, à différentes périodes… J’en suis arrivé à la conclusion que, pour avoir un bon résultat, ce qui compte c’est la préparation du lit de semence. Pourtant l’objectif est de moins travailler le sol, de dépenser moins d’énergie et de temps. En outre, les résultats de ces semis sont très dépendants des conditions météorologiques, sur lesquelles on n’a aucune prise. »

Résultat, en 2021, année où il obtient ses plus beaux résultats de semis, Julien Albertus décide de jeter l’éponge : « J’ai vu ce qu’il fallait faire pour que ça fonctionne, et ça ne me convenait pas. »

Less is more

L’année suivante, il sème encore 6 ha, mais laisse faire la nature sur les autres. C’est la révélation : « Il y avait trois fois plus de biomasse avec l’enherbement naturel qu’avec l’enherbement guidé. J’ai attendu que cette herbe spontanée mûrisse et puis je l’ai couchée. » Et c’est tout. Tout naturellement, Julien Albertus conclut : « Mieux vaut laisser pousser ce qui vient spontanément. Car c’est ça, qui est adapté au contexte. Les semences du commerce sont obtenues ailleurs, dans d’autres conditions. Donc non seulement elles représentent une charge, mais en plus elles ne sont pas forcément adaptées à notre contexte, donc elles poussent mal, et ne remplissent pas la fonction attendue. Sans compter que les produire consomme des terres et des intrants, de l’énergie. »

Une touche de rolofaca

Julien Albertus laisse donc désormais place à l’enherbement naturel sur près de 80 % des parcelles du domaine, avec succès. Cet enherbement naturel est géré de différentes manières. « Les traitements phytosanitaires sont réalisés au quad (lire aussi pages 28-29), ce qui a tendance à coucher l’herbe à chaque passage. » Puis, quand l’herbe est mûre, elle est couchée au rolofaca : « C’est très facile et ça forme un très beau paillage », assure Julien Albertus.

 

 

Le cavaillon, lui, est géré au cas par cas, selon les années. En 2021, année poussante, il y a eu un passage de disque. Pas plus, car le sol était détrempé. Résultat : « L’herbe s’est arrêtée au premier fil et n’a pas gêné la suite des opérations. » En 2022, Julien Albertus a investi dans un intercep Facamatic de Boisselet. Un investissement qui se solde par un échec : « Il y avait un dysfonctionnement donc je ne l’ai pas utilisé. » Quoi qu’il en soit, cette même année, en raison du manque d’eau, l’herbe n’est pas montée sur le cavaillon, où il y en avait beaucoup moins que sur l’inter-rang. « C’est sans doute lié à l’historique du travail du cavaillon, mais je n’ai pas assez de recul pour l’affirmer », rapporte le vigneron. En 2023, il utilise, après réparation, le Facamatic qui procure « un joli paillage ».

 

 

Problématique hydrique

Pour Julien Albertus, la problématique de la compétition hydrique entre la vigne et l’enherbement, est un faux débat, à plus d’un titre. Il égraine ses arguments. « Pour pousser, la vigne a besoin de carbone, qu’elle se procure via la photosynthèse, et d’éléments minéraux, qu’elle puise dans le sol. Au début de sa période végétative, elle puise dans ses réserves, à peu près jusqu’à la floraison, où elle commence réellement à aller prospecter dans le sol. Or ce moment coïncide avec la fin du cycle de l’herbe. » En outre, la présence d’herbe, qui est couchée au sol, contribue à avoir un sol riche en matière organique, avec une bonne capacité d’infiltration et de rétention de l’eau. Alors que d’autres parcelles ravinent sous l’effet de fortes pluies, l’eau s’infiltre dans les parcelles enherbées. « Autant d’eau qui pourra alimenter l’herbe, et la vigne. » Enfin, le fait de laisser pousser l’herbe et, surtout de la laisser en place, alimente la vie du sol : « Les racines qui restent dans le sol vont être propices à l’installation de symbioses mycorhiziennes, qui vont créer une capacité de prospection supérieure à celle qui prévalait sous un inter-rang travaillé. »

Mais pour que ce système fonctionne, Julien Albertus insiste : « L’herbe doit être couchée seulement quand son cycle est fini, sinon elle va repartir et, ce faisant, elle va repomper de l’eau dans le sol. Une catastrophe au niveau de la gestion hydrique. Alors qu’une fois couchée, l’herbe bien mûre forme un paillage qui a un effet allopathique, empêchant d’autres espèces de s’installer trop rapidement. » Un confortable matelas pour aller jusqu’aux grains de raisin.

Forêt et changement climatique

État d'urgence

Technique

Publié le 20/07/2023


Dans la vallée de la Doller, le sapin n’est plus le roi des forêts. Et sa verdure vire au rouge, signe d’un dépérissement lié au changement climatique. En 2019, 12 000 m3 de bois sec y ont été récoltés contre 500 m3 en 2016. Depuis, la tendance ne s’est pas inversée, au contraire. Par contre, les acteurs de la forêt ont pris la mesure de la problématique, et des études sont en cours pour tenter d’adapter le peuplement forestier à un changement climatique qui s’emballe. C’est dans ce contexte que le service forêt de la Chambre d'agriculture Alsace et l’association forestière de la vallée de la Doller, de la Thur et environs ont organisé, vendredi 30 juin, une réunion d’information sur l’impact du changement climatique sur la répartition future des essences forestières et la sélection d’essences de reboisement.

Christian Piedallu, ingénieur de recherche à AgroParistech, a introduit le propos en présentant des cartes qui font froid dans le dos. En effet, l’Alsace figure dans l’œil du cyclone du changement climatique. Les températures estivales ont augmenté un peu partout, mais l’Alsace est particulièrement dans le rouge. Et les précipitations, si elles devraient rester stables en moyenne, vont se raréfier en été, et là aussi, l’Alsace risque d’être particulièrement soumise à un régime sec. Cela a déjà - et aura encore davantage à l’avenir - un effet sur les aires de répartition des essences, qui sont, pour schématiser, limitées au nord par le froid, et au sud par le régime hydrique. « Ces aires de répartition n’ont jamais été fixes. Mais elles évoluent sur des pas de temps beaucoup plus long que ce à quoi nous assistons actuellement », indique Christian Piedallu. En peu de temps, l’Alsace risque donc de devenir une région adaptée aux essences méditerranéennes. Mais la communauté scientifique est de moins en moins encline à penser que la capacité d’adaptation naturelle des peuplements peut suivre la cadence du changement climatique. Il va donc falloir agir pour soutenir cette évolution.

Adapter les itinéraires de gestion

Les modélisations en cours mettent en évidence une remontée des aires de répartition vers le nord pour de nombreux types d’arbres. Pour le sapin, il y a aussi une remontée en altitude des zones qui lui sont favorables. Dans les zones qui deviennent inadaptées aux essences en place, les peuplements dépérissent. De nombreux paramètres influencent l’intensité du phénomène : âge, type et mélange d’essences, densité, structure, microclimat. Certains ont un effet particulièrement négatif : l’âge des arbres, leur position de dominé, la pureté du peuplement, l’exposition au stress hydrique, qui explique qu’il y a davantage de mortalité en haut de versant et sur les versants sud… Autant de paramètres qui expliquent que certains peuplements sont plus résistants que d’autres : « Dans certains secteurs, le peuplement est acclimaté au stress hydrique, il résiste donc mieux au changement climatique », pour l’instant. Ces éléments permettent de cartographier la probabilité de dépérissement et d’adapter les actions au niveau de risque. Il peut s’agir de faire évoluer le peuplement en place pour améliorer sa résilience, ou de remplacer les espèces en place par d’autres.

Quel que soit le niveau de risque, Christian Piedallu annonce la couleur : « Il n’y aura pas de solution miracle. » Par contre, certaines mesures doivent être mises en place dès maintenant : ne plus planter les espèces à risque élevé de dépérissement, favoriser la régénération naturelle avec les espèces présentes plus résistantes à la sécheresse en espérant une adaptation, implanter des espèces plus méridionales, favoriser la diversité des essences et les structures de peuplement hétérogènes, préserver les sols, mélanger les essences, gérer la ressource en eau, en gérant la surface foliaire pour que l’eau arrive au sol, en pratiquant des éclaircies progressives… Les coupes rases et les fortes mises en lumière sont de toute manière à proscrire, pour limiter le stress hydrique. Mieux vaut pratiquer une sylviculture à couvert continu, avec des éclaircies légères, par petites touches, pour garder une ambiance forestière (ombrage, lumière diffuse, eau… ).

Diversifier les peuplements

Conseiller forestier à la Chambre d'agriculture Alsace, Samuel Jehl rappelle que les peuplements mélangés affichent de meilleures croissances et productivité que les purs car les différentes essences n’exploitent pas les mêmes ressources, et donc les utilisent mieux. Certaines essences ont un enracinement pivotant, d’autres superficiel. Les mélanger permet d’optimiser l’exploration de la réserve utile des sols. En outre, chaque essence a ses propres besoins (autécologie) et les essences interagissent entre elles (synécologie). Des interactions qui ont tendance à rendre les peuplements mélangés plus résilients. Ainsi, la nuisibilité du scolyte est moins élevée dans un peuplement diversifié que pur. En outre, chaque essence a des atouts et faiblesses, donc « choisir des essences qui ont des sensibilités différentes constitue une assurance face au changement climatique ». Samuel Jehl cite l’exemple d’un peuplement composé à 30 % de hêtre et 70 % d’épicéa. « Le hêtre, avec sa forme d’entonnoir, amène l’eau dans la futaie. Résultat, les 70 % d’épicéas sont aussi productifs qu’en peuplement pur ». Problème : les hêtres font partie des essences condamnées par le changement climatique à plus ou moins long terme… Autres exemples : chêne sessile et pin laricio, épicéa et chêne rouge… « Les peuplements monospécifiques, il faut tirer un trait dessus, se diriger vers des pratiques plus adaptées comme la futaie irrégulière, à couverture continue », encourage Samuel Jehl, qui reconnaît que « ces méthodes engendrent un suivi moins facile, un surcoût, et parfois des échecs ». En outre, ces adaptations des itinéraires de gestion vont inévitablement impacter l’aval de la filière, qui va aussi devoir s’adapter. Dans la salle, d’autres propositions émergent : élaguer les arbres pour qu’ils soient moins hauts, ou encore rétribuer les externalités positives des forêts, notamment lorsqu’elles piègent du carbone, ce qui augmenterait la capacité d’investissement dans la forêt, donc sa capacité à piéger du carbone, et donc sa capacité à tempérer le changement climatique !

Dans les cas les plus extrêmes, mieux vaut dès à présent implanter des espèces plus résistantes au stress hydrique et au coup de chaud. Avec la difficulté qu’elles doivent aussi être capables de résister au gel hivernal. Pin laricio de Corse, chêne rouge, chêne pubescent, cèdre de l’Atlas, sont quelques essences citées par Samuel Jehl, qui insiste : « Le choix des essences passe par un diagnostic de station. » Il convient également de rester dans les clous de la réglementation. Ainsi, pour bénéficier de certaines aides, il convient de choisir des essences qui figurent sur une liste des matériels forestiers de reproduction (MFR). Une liste qui contient très peu de nouvelles essences, donc qui ne facilite pas l’adaptation au changement climatique.

En conclusion, Christian Piedallu, encourage les forestiers à « tenter des expériences », mais aussi à « gérer l’incertitude », car ce qui est sûr « c’est qu’il n’y a plus de certitudes ! »

 

 

Grandes cultures

Suspendues à l’eau

Cultures

Publié le 13/07/2023


Le maïs, culture alsacienne numéro 1 en termes de surface, est dans une situation « hypercritique » lorsqu’elle n’est pas irriguée, rapporte Christian Lux, du Comptoir agricole. Les irrigants, eux, sauvent la mise, mais en cravachant, avec déjà pas moins de quatre tours d’eau au compteur en ce début de mois de juillet. Les conséquences du manque d’eau sur le maïs sont amplifiées par un événement inédit dans la carrière de Christian Lux : « Les maïs ont été semés dans des conditions plutôt humides, avec parfois un lissage des raies de semis et, surtout, quasiment plus d’eau après, ce qui a entraîné une importante rétractation des sols, en particulier les plus argileux. Résultat, l’ancrage du maïs a été fragilisé par ces importantes fentes de retrait, tant et si bien que des pieds ont versé et que des maïsiculteurs ont irrigué pour faire tenir les maïs. » Ces maïs n’ont évidemment pas une capacité d’exploration de la réserve utile optimale. Cette dernière étant quoi qu’il en soit plus souvent vide que pleine, « le rendement va être impacté. On est au stade 8-10 feuilles. On ne peut plus viser une année record, notamment dans le Bas-Rhin, où 80 % de la sole dédiée au maïs n’est pas irriguée ». La programmation est d’ores et déjà affectée. Et la floraison débute dans des conditions qui ne sont pas propices à la fécondation. En effet, les températures élevées rendent le pollen moins actif et les soies moins réceptives. Conclusion de Christian Lux : « On est sur la corde raide. » Les orages du 11 au 12 juillet ont chahuté quelques maïs, ont apporté de l’eau, mais parfois pas tant que ça. « Il faudra encore d’autres orages pour arriver au bout du cycle », prévient Christian Lux. Côté chrysomèle, la pression est variable selon les secteurs. « Elle reste raisonnable dans les secteurs non irrigués avec rotation. » Dans le Haut-Rhin, les niveaux de captures « explosent les compteurs » dans la Hardt et jusqu’au sud de Strasbourg, rapporte Florence Binet, ingénieure régionale à Arvalis - Institut du végétal. Résultat : des nécroses racinaires importantes du fait des larves, et des adultes qui consomment soies et feuilles. Malgré cela, l’irrigation, et une pluviométrie plus généreuse dans le sud de la région permettent de sauver la mise au maïs.

Le maïs semences va bien. Par contre, ses cultivateurs irrigants, eux, sont fatigués d’irriguer. « Il n’y a pas eu d’eau depuis le 8 mai. Donc il y a déjà eu parfois six à sept tours d’eau », rapporte Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences au Comptoir agricole. Le Haut-Rhin a été un peu plus arrosé, il y a eu un peu de répit, mais dans le Bas-Rhin, il n’y avait rien eu de significatif jusqu’aux orages de la nuit du 11 au 12 juillet, qui ont d’ailleurs grêlé et/ou fait verser quelques parcelles dans le secteur d’Ostwald, Lingolsheim et au sud de Colmar, où la castration avait commencé, ce qui signifie qu’il va falloir la finir à la main dans ces parcelles. Comme le maïs conso, le maïs semences souffre d’un enracinement limité, « notamment dans les terres difficiles ». La floraison a commencé pour les parcelles le plus précoces, et va s’amplifier au courant de la semaine. La baisse des températures et l’eau qui est enfin venue du ciel et pas de la nappe, arrivent donc au meilleur moment.

Blé : un peu mieux que l’année dernière

Une bonne partie de la moisson est engrangée. Dans le Bas-Rhin elle se solde par une bonne qualité des grains : PS dans la norme, teneurs en mycotoxines très faibles, bonne teneur en protéine. « Seul le calibre des grains peut faire défaut, en lien avec le manque d’eau », rapporte Christian Lux. A priori, le rendement s’annonce comparable à celui de l’an passé, où il y avait aussi eu une période sèche en fin de cycle. Cette année, elle a été à la fois plus précoce et plus longue, mais comme les rendements sont bons dans les terres profondes, la moyenne pourrait être un peu meilleure que celle de l’an passé : « 74 q/ha contre 72 q/ha », pronostique Christian Lux. Florence Binet corrobore les propose de Christian Lux pour le Haut-Rhin : « Nous allons vers une année moyenne, avec du très bon quand l’échaudage a pu être limité dans les terres profondes, et du moins bon dans les terres séchantes. » Si la moisson est quasiment finie en plaine, le plus gros reste à rentrer dans le Sundgau. Globalement, « le rendement sera là », indique Florence Binet.

 

 

Betteraves : l’inquiétude monte dans les terres superficielles

Les désherbages ont bien fonctionné, les parcelles sont propres. La jaunisse et la cercosporiose sont bien maîtrisées grâce au suivi consciencieux de l’état sanitaire et à l’application d’un à deux traitements selon les secteurs. Comme il n’y a pas eu de précipitations significatives depuis la mi-mai, l’irrigation a commencé début juin dans les secteurs séchants, rapporte Laurent Rudloff, responsable agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein, qui rappelle que 38 % de la surface betteravière alsacienne est irriguée. Si la betterave tient bon dans les terres profondes, l’inquiétude monte dans les terres plus superficielles, où elle commence à souffrir. « Nous espérons la pluie avec impatience », résume Laurent Rudloff. Les fortes chaleurs n’ont que peu d’impact sur la betterave, qui se met en pause en attendant des conditions meilleures. Les orages annoncés pour la soirée du mardi 11 juillet n’inquiétaient pas plus que ça Laurent Rudloff : « La grêle, c’est toujours localisé. Au pire ça crée des portes ouvertes pour les maladies. Mais ça reste de l’eau. » Et c’est toujours ça de pris.

Fête du lait d’Alsace Lait

Convivialité et solidarité

Vie professionnelle

Publié le 06/07/2023


Pour accueillir près de 600 personnes, dont 150 enfants, 130 salariés et 320 producteurs, Alsace Lait avait prévu pas moins de quatre sites : l’EARL Goehry et le Gaec des 4 Ponts à Mittelhausen, l’EARL de l’Ancien Moulin Wack à Mittelschaeffolsheim, et l’EARL Bohr à Gimbrett. Sur chaque site, de petites animations étaient prévues, et les visiteurs pouvaient aller de l’un à l’autre à pied grâce à des parcours balisés à travers champs. « Réunir producteurs et salariés était une idée qui nous trottait dans la tête depuis un certain temps », indique Michel Debes, président d’Alsace Lait. Sa concrétisation a également été motivée par la volonté de fêter les 40 ans de la coopérative, qui auraient dû être célébrés en 2020. Une célébration qui a été repoussée deux fois par le Covid.

À l’heure du repas, salariés et producteurs sont réunis autour de la buvette, tenue pas les Jeunes Agriculteurs du canton de Hochfelden, et des tartes flambées concoctées avec des produits Alsace Lait, évidemment. « Nous avons voulu faire quelque chose de simple et de convivial, à l’image de la coopérative », confie Thomas Gillig, administrateur à Alsace Lait. Il précise que, suite à son renouvellement, le conseil d’administration est rajeuni, avec une « moyenne d’âge autour de 42 ans ». Et que ce conseil d’administration rajeuni, a, en phase avec la nouvelle direction, incarnée par Hervé Massot, la volonté de « donner la priorité au local, d’ancrer l’entreprise dans son territoire ». Une volonté démontrée par Hervé Massot dans son mot d’accueil où il a rappelé qu’Alsace Lait est certes une industrie laitière, mais pas que : « C’est aussi 300 salariés, et 198 exploitations agricoles dans 70 villages ».

« Coopérer avec passion »

Yves Demangel, directeur du pôle marque à l’Adira, l’Agence de développement d’Alsace, a remis le prix Alsace Excellence aux représentants de la coopérative. Ce prix a une portée de label RSE, a-t-il rappelé. Il est décerné - ou pas - aux entreprises après un audit portant sur un « référentiel exigeant » au gré de quatre piliers : économique, social, sociétal et environnemental. Si Alsace Lait l’a obtenu, c’est pour différentes raisons, notamment « ses innovations pour développer sa gamme et gagner des parts de marché, son implication dans l’écosystème local, sa volonté de produire des denrées saines et les moins impactantes possibles sur l’environnement ». Yves Demangel, a conclu avec le slogan de l’entreprise : « Coopérer avec passion pour faire vivre des savoir-faire régionaux authentiques et durables ».

Après avoir dit « l’honneur pour l’entreprise » que représente ce prix, Michel Debes a appelé le père Denis Ledogar, pour l’association Semeurs d’étoiles, et Marthe Kehren, pour l’association Les enfants de Marthe. Chacun à leur tour, ils ont présenté leurs associations, qui œuvrent toutes deux, à leur manière, à rendre la vie des enfants hospitalisés et de leurs familles, plus douces dans l’épreuve. Chaque association a reçu un chèque d’une valeur de 5 000 €.

Une spécialité à l’ail d’Alsace dans les tuyaux

Gâtée par la météo, cette fête avait aussi lieu dans une conjoncture laitière favorable. « Après avoir été en hausse, nos charges se stabilisent, et les hausses de prix sont passées, ce qui nous permet de rémunérer le lait à 500 €/1 000 l et 520 €/1 000 l pour le lait de prairie jusqu’à fin septembre », indique Michel Debes. Lancé récemment, le beurre Alsace Lait se fait une place dans les étals et les habitudes de consommation. Michel Debes est serein : « Les Alsaciens sont chauvins », lance-t-il. Ce n’est pas que lui qui le dit, ce sont aussi les études de consommation, qui montrent que « huit fromages blancs sur dix achetés en Alsace sont estampillés Alsace Lait », ou encore que « dans le top 10 des marques locales, trois sont alsaciennes, dont Alsace Lait ». Les industries alimentaires locales auraient tort de ne pas proposer aux Alsaciens de quoi satisfaire leur locavorisme. Aussi, Alsace Lait et l’entreprise Colin de Mittelhausen se sont associées pour proposer, d’ici quelques mois, une nouvelle spécialité : « Un fromage à tartiner à l’ail d’Alsace qui sera produite et transformée par Colin », annonce Michel Debes. « Nous avons envie d’explorer l’univers du salé, notamment en proposant des spécialités apéritives », ajoute Thomas Gillig.

Seule ombre au tableau, la distribution, qui tend à faire son beurre sur les produits régionaux. Michel Debes illustre : « La plaquette de beurre sort de notre usine à 2,05 €. Dans certains magasins, nous l’avons trouvée à 3,60 €. C’est une marge énorme. Un prix de vente à 2,40 € - 2,60 € serait plus correct et incitatif pour les consommateurs ! »

Après une céréale d’hiver

En direct, à la volée, des clés pour un couvert efficace

Cultures

Publié le 04/07/2023


Les raisons d’implanter un couvert sont nombreuses : piéger des éléments minéraux, voire produire de l’azote avec des légumineuses, restructurer le sol grâce aux racines des plantes, limiter le salissement, produire de la matière organique, préserver la vie du sol en la protégeant des températures excessives… « Les objectifs sont propres à chacun. Mais, une chose est sûre, plus le couvert produit de biomasse, plus les services rendus sont importants », pointe Thierry Kolb. Or pour obtenir le plus de biomasse, le meilleur moyen consiste à laisser les plantes suffisamment longtemps en place. Aussi Thierry Kolb incite les agriculteurs à laisser les couverts en place le plus longtemps possible, jusqu’en décembre, voire en janvier : « Souvent, ils peuvent encore piéger des éléments minéraux. Et, surtout, s’ils sont détruits trop tôt, ils commencent à être minéralisés alors qu’il n’y a rien pour absorber les éléments minéraux libérés ». Espèces, choix variétal, date et méthode d’implantation jouent également.

Différentes techniques d’implantation sont envisageables : semoirs à disques, à dents, chisel avec semoir à la volée… Pour Thierry Kolb, la méthode d’implantation la plus efficace est « le semis direct au cul de la moissonneuse-batteuse ». Cela permet de profiter de l’humidité résiduelle laissée dans le sol par la culture pour que le couvert commence à s’implanter. « Parfois on ne voit rien jusqu’en septembre et, à la première pluie, le couvert explose », rapporte le technicien. Autrement dit ce n’est pas parce qu’on ne voit rien qu’il ne se passe rien : les plantules émettent d’abord des racines, et les parties aériennes émergent dès que la quantité d’eau le permet. Si le semis direct donne d’aussi bons résultats, c’est aussi parce que « les graines sont placées dans l’humidité avec le moins de perturbations possible, ce qui limite les levées d’adventices, sachant que le couvert doit impérativement démarrer avant les adventices ». Autre atout de la technique : elle est sobre en carburant.

Semis à la volée avant la moisson

Les couverts peuvent aussi être semés à la volée avant la moisson. Une technique qui combine deux difficultés : le choix des espèces adaptées, et la technique d’apport des graines dans la parcelle. Pour lever ces difficultés, les semenciers proposent des mélanges spécifiques. Thierry Kolb cite le mélange Radisvolée MAS (pour Méthode Alpha Semences, développée par l’entreprise éponyme), composé de 10 % de phacélie, de 50 % de vesce velue et de 40 % de radis fourrager tardif anti-nématode, et dont les graines sont enrobées sur un support permettant leur semis à l’épandeur jusqu’à une distance de 36 m. Ou encore le mélange Bledor Sys Fly, contenant de la moutarde brune, de la vesce velue et de la vesce pourpre, la moutarde étant enrobée pour être alourdie. « Avec 80 % de légumineuses, il est conçu pour être semé entre deux céréales à paille », indique Thierry Kolb. Le semis à la volée avant moisson donne généralement de bons résultats, à condition de respecter certaines précautions. Il est par exemple conseillé de ne pas semer trop tôt avant la moisson, au risque de voir les plantules s’étioler à la recherche de lumière. Et, après la moisson, il est conseillé de broyer et répartir les pailles pour favoriser la germination du couvert.

Dans le créneau des mélanges muti espèces, Thierry Kolb cite RGT Cover hivernal, un mélange complexe d’espèces à cycle long, à semer tôt, de préférence pas avant un tournesol puisqu’il en contient. « Le mélange contient du sorgho, qui peut servir de tuteur aux vesces et favorise la formation de mycorhizes », poursuit Thierry Kolb, qui précise : « C’est un mélange haut de gamme. Il faut compter une soixantaine d’euros par hectares, mais il donne de très bons résultats ». Le mélange RGT Sol Nitro, plus simple, n’en reste pas moins efficace. Il se compose de radis fourrager, de moutarde d’Abyssinie, de vesces et de phacélie. « De manière générale, le rapport C/N d’un couvert ne doit pas dépasser 20, pour éviter que sa dégradation ne crée une faim d’azote. C’est pourquoi, nous privilégions des mélanges qui comprennent des légumineuses et des espèces tardives, qui se lignifient tard », conclut Thierry Kolb.

Fertilisation du blé

Toujours plus près des besoins

Technique

Publié le 03/07/2023


Les engrais azotés sont chers, et il est fort probable qu’ils le restent. Le Comptoir agricole a donc mis en place un essai, avec Arvalis - Institut du végétal, qui vise à identifier la ou plutôt les stratégies qui permettent d’atteindre la meilleure dose technico-économique d’azote, c’est-à-dire celle qui permet à la fois de limiter les charges et d’optimiser le rendement. La méthode de fractionnement classique (premier apport au tallage, deuxième apport au stade épi 1 cm et éventuel troisième apport) est questionnée, y compris sur la dose qui est apportée ou pas, à chaque stade. L’essai vise aussi à adapter ces pratiques à l’évolution du climat, c’est-à-dire à des printemps qui peuvent être plus secs, à des stades qui peuvent être atteints plus tôt. Par exemple, le stade épi 1 cm est, dans les esprits, corrélé au 15 mars. Mais, de plus en plus souvent, il est atteint plus tôt. Clément Weinsando, technicien au Comptoir agricole, encourage vivement les agriculteurs à effectuer un apport autour de cette date et quand une précipitation significative (15 mm dans les 15 jours qui suivent un apport) est annoncée.  « L’azote doit être disponible quand les besoins de la plante augmentent, et c’est à ce moment-là qu’ils sont les plus élevés », justifie-t-il.

Autre élément à prendre en compte : l’exploration racinaire et la valorisation des reliquats azotés. « Ces derniers sont souvent estimés sur les deux premiers horizons, alors que les blés sont capables d’explorer l’horizon sous-jacent lorsque leur enracinement est maximum, c’est-à-dire autour de la floraison. À condition qu’ils aient évolué dans un contexte favorable à leur enracinement. Si ce n’est pas le cas, par exemple lors d’un printemps sec, le développement racinaire, et par conséquent l’exploration du troisième horizon, sont perturbés », décrit Clément Weinsando. Conséquence : une moindre absorption d’eau, d’éléments minéraux…

Réduire les doses, oui mais comment ?

Dans cet essai, réalisé avec la variété Arcachon semée le 30 octobre à une densité de 400 grains/m2, et avec un objectif de rendement de 90 q/ha, la dose de référence calculée par la méthode du bilan, est de 155 unités/ha. Une dose modérée donc, qui s’explique par des reliquats élevés, indique Clément Weinsando, qui précise aussi que tous les apports d’azote ont été valorisés par une pluie, « ce qui n’est pas toujours le cas ! » Le témoin, qui n’a pas reçu d’azote minéral et n’a donc comme fourniture azotée que les reliquats, présentait le 20 juin, une densité de 700 épis par mètre carré. La modalité dite classique consiste à apporter 40 unités au tallage, 75 au deuxième apport (situé autour du stade épi 2 cm, fin mars, pour des raisons inhérentes au caractère expérimental de l’essai), et 40 unités au troisième apport. La stratégie de réduction de charge a consisté à tester l’apport d’une dose réduite de 40 unités (soit 115 unités) selon différentes modalités : en effectuant l’impasse sur les 40 unités au tallage et en apportant le reste normalement, en effectuant une impasse de 40 unités en fin de cycle, ou en réduisant un peu chaque apport (de 13 unités) pour atteindre une réduction totale de 40 unités. « Il est important de garder à l’esprit que le coefficient d’utilisation de l’azote augmente progressivement jusqu’à la floraison, stade où l’azote est le mieux utilisé, à condition d’avoir de l’eau », souligne Clément Weinsando. Intuitivement, il semble donc plus intéressant d’augmenter la dose au deuxième qu’au premier apport.

L’essai comprend aussi une stratégie d’adaptation aux printemps secs. Elle consiste à fractionner la dose totale en deux apports à peu près équivalents. Dans la modalité CHN, où la dose et la période d’apport sont déclenchées par un modèle qui intègre les besoins de la plante et la disponibilité des éléments, trois apports de 30 unités ont été effectués. Une autre modalité a consisté à apporter 50 unités chaque fois qu’une pluie significative était annoncée jusqu’à atteindre 155 unités. Enfin, la dose totale a été apportée avant le 15 mars, en effectuant deux apports à quinze jours d’intervalle. Verdict dans quelques semaines !

À quelques jours de la moisson

Les semis précoces sauvent la mise

Cultures

Publié le 28/06/2023

Alors que les moissonneuses-batteuses sont dans les starting-blocks, le bilan de la campagne peut être dressé. Pour être exhaustif, il faut remonter à la récolte des maïs 2022, qui a été précoce, fin août - début septembre, avec des rendements assez décevants, mais aussi, par conséquent, des reliquats azotés élevés. Les parcelles ayant été libérées tôt, bon nombre d’agriculteurs ont fait le choix de semer les blés plus tôt. La majorité des parcelles a été semée de début à fin octobre. Seuls les blés de betteraves ont été semés plus tard, jusqu’en décembre, et dans des conditions de sol pas toujours adaptées. Si la précocité des semis est aujourd’hui ce qui sauve la mise, en sortie d’hiver, elle a causé quelques frayeurs. En effet « la densité n’a pas toujours été adaptée à la précocité des semis », pointe Julien Schotter, technicien au Comptoir agricole. Après un hiver plutôt doux et humide, les blés ont tallé fort, et la densité d’épis était très importante. La douceur hivernale a aussi rendu les blés très dynamiques : « Ils ont eu jusqu’à quatre semaines d’avance sur un cycle classique, ce qui fait que le stade épi 1 cm a pu être atteint le 5 mars », indique Julien Schotter. En avril, les blés étaient tellement en avance que « nous étions inquiets face à un risque de gel des épis, qui n’a finalement pas eu lieu ». La fraîcheur du mois d’avril a eu l’avantage de calmer un peu les blés, qui conservent malgré tout une dizaine de jours d’avance lorsqu’ils abordent la floraison, vers le 15 mai. Résultat des courses, le remplissage des grains débute lui aussi précocement, et sous des températures clémentes. À ce stade, les blés affichent une densité de 730 épis/m2 en moyenne, soit dans la fourchette haute, et une programmation de 35 à 40 grains par épis en moyenne, rapporte Julien Schotter.

Risque mycotoxine minime

« La phase de remplissage dure généralement de cinq à six semaines, avec en général quatorze jours échaudants. Cette année, il y en a eu dix. Les conditions stressantes sont arrivées alors que la phase de remplissage était déjà bien avancée », indique Julien Schotter, qui précise aussi que, sur l’ensemble du cycle du blé « il y a eu autant d’eau que l’an passé » et que « selon les experts, si on a eu 30 mm avant l’épiaison, le blé a quasiment de quoi finir son cycle ». Le rendement semble donc préservé. Du moins pour les agriculteurs qui ont semé tôt. La donne sera sans doute différente pour les blés qui ont été semés tard, qui sont parfois encore verts, et qui font leur remplissage dans des conditions de stress hydrique et de températures élevées. Sans oublier que leur qualité d’enracinement laisse parfois à désirer, les limitant dans leur capacité à prospecter le sol pour valoriser la réserve utile. « Pour ces blés-là, le remplissage risque d’être pénalisé par l’échaudage. Mais, pour les blés qui ont été semés tôt, et même pour ceux qui ont été semés à des dates classiques, dans de bonnes conditions, nous pensons que le potentiel de rendement est bon, voire supérieur à celui de l’an passé », résume Julien Schotter. Plusieurs autres facteurs ont joué en la faveur des blés : « Les conditions météorologiques n’ont pas du tout été propices au développement des maladies cryptogamiques. Si bien que le risque mycotoxines est très faible cette année ». Un peu de rouille de brune a pu se développer fin mai. Juste de quoi rappeler que la protection contre les maladies cryptogamiques est « toujours utile ». Certes, la double protection n’était pas forcément nécessaire cette année, « mais on ne pouvait pas le prévoir ». Par contre, les conditions météorologiques ont été favorables à la valorisation de tous les apports d’azote. Il y aura donc du blé alsacien à moudre cette année. Mais, il s’en est fallu de peu : « Si on n’avait pas eu ces dix jours d’avance sur le cycle ça aurait été beaucoup plus compliqué », conclu Julien Schotter.

Feux de moisson : prévenir et protéger

Le risque de feux est une nouvelle donne en Alsace et dans le Grand Est depuis l’été 2022 et particulièrement dans les forêts. Toutefois les zones agricoles ne sont pas épargnées, surtout durant les moissons des céréales d’hiver. Cette période de travail estival sur une végétation sèche et avec des températures élevées est risquée, d’autant plus si le vent est fort. Le travail de moissonnage peut provoquer des étincelles et donc un éventuel départ de feu sur les pailles et/ou une fuite d’huile ou de carburant et ce surtout sur les sols pierreux de la Harth, du Ried et de l’Alsace bossue. Un feu de moisson peut enflammer une machine, monopoliser les pompiers... Pour limiter le risque, des précautions sont à prendre :

  • vérifier le bon fonctionnement des engins agricoles, l’intégrité des fils électriques, l’entretien des filtres et courroies, l’absence de fuites ;
  • prévoir une tonne à eau et un déchaumeur à proximité des travaux ;
  • vérifier les extincteurs dans les engins ;
  • avoir un téléphone à disposition ;
  • organiser les récoltes à proximité des axes routiers en dehors des heures ou des jours de grande circulation ;
  • privilégier les récoltes avant 12 h ou après 16 h en cas de risque d’incendie élevé.

En cas de feu :

  • prévenir les pompiers au 112 ; arroser les zones voisines du feu ou créer une tranchée coupe-feu avec le déchaumeur ;
  • organiser l’accueil et le guidage des secours.

Pour connaître le risque de feu au jour le jour, vous pouvez consulter la météo des forêts.

 

 

 

Démonstration de désherbage mécanique à Beinheim

Du matériel diversifié et accessible en ETA ou Cuma

Technique

Publié le 26/06/2023


Cette journée était organisée dans le cadre du programme Ermès, qui vise la réduction du recours aux produits phytosanitaires dans des zones de captage prioritaires. David Kraemer, conseiller à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), a commencé par présenter les diverses modalités d’un essai de désherbage mené dans une parcelle qui a été semée le 5 mai et qui depuis, n’a reçu que les pluies d’un orage. Il a notamment rappelé que « les traitements ont un impact sur le rendement, car les cultures dépensent de l’énergie pour se détoxifier ». Au programme de l’essai : des pleines doses, avec ou sans rattrapage, des doses réduites, du désherbage mécanique, partiel ou total… Étant donné les conditions météorologiques, toutes les modalités sont aujourd’hui relativement propres.

Puis Mathilde Kauffer, conseillère à la CAA, a listé quelques leviers agronomiques à mettre en œuvre : faux-semis, labour, optimisation des traitements, et désherbage mécanique. Pour pouvoir intervenir, « il faut que le sol soit suffisamment ressuyé, et qu’il y ait quelques jours sans pluie derrière ». Les conditions actuelles sont donc plutôt optimales, de ce point de vue là. Il a été rappelé que la plupart des outils présentés, ainsi que le matériel de guidage, sont éligibles à des financements dans le cadre du PCAE.

Un frein possible au désherbage mécanique est l’accès au matériel. Pour le lever, la CAA a édité une carte qui recense les ETA disposant de matériel de désherbage mécanique. Les agriculteurs peuvent aussi se réunir en Cuma, qui, comme l’a rappelé Aurélie Schneider de la FR Cuma Grand Est, permettent de réduire les charges de mécanisation, de disposer de matériels diversifiés et de main-d’œuvre. Sans oublier que les Cuma ont accès aux subventions à des taux majorés. Le matériel est ensuite entré en action, ou a été décrit en statique. Il y avait des herses étrille, une houe rotative et des bineuses.

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