Diversification

Pierre Meyer, céréalier et éleveur de chats Maine coon

À Dessenheim, dans le Haut-Rhin, à 20 minutes de Colmar, Pierre Meyer, agriculteur céréalier, a choisi une diversification d’activité surprenante : l’élevage de chats Maine coon. C’est au détour d’une sortie dominicale, dans une exposition féline, qu’il a découvert cette race de chat si particulière. Après en avoir acheté un lui-même, l’idée fait son chemin de développer un élevage.

Chambre d'agriculture d’Alsace

La ferme-auberge du futur

Publié le 19/11/2018

Dans le cadre d’une étude sur la ferme-auberge du futur, la Chambre d'agriculture d’Alsace a organisé trois réunions de créativité, en partenariat avec l’université de Savoie Mont-Blanc, animées par les étudiants de licence professionnelle Valorisation des produits et espaces montagnards.

La Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) réalise une étude sur la ferme-auberge du futur pour Alsace Destination Tourisme (ADT) grâce à l’appui du commissariat du Massif des Vosges. Elle concerne 56 fermes-auberges situées sur trois départements (Haut-Rhin, Bas-Rhin et Vosges) qui adhèrent à des chartes ou cahiers des charges (Bienvenue à la ferme, Association des fermes-auberges du Haut-Rhin et Gîtes de France du Bas-Rhin). Dans ce cadre, trois réunions de créativité ont été organisées au chalet du Champ du Feu à Belmont, à la Maison de la montagne à La Bresse et à la ferme-auberge du Grand Ballon, auxquelles ont participé des membres du comité de pilotage et des acteurs du territoire : fermiers-aubergistes, conseillers régionaux et départementaux, élus locaux, représentant d’offices de tourisme, du parc naturel régional, techniciens. « Nous avons sollicité l’université de Savoie Mont-Blanc pour établir un partenariat. Les étudiants ont donc animé les trois réunions. Cet exercice leur permet de mettre en pratique ce qu’ils étudient en cours et d’avoir une expérience concrète en situation professionnelle. Ils viennent de différentes régions et ont des profils complémentaires puisqu’ils sont issus du monde agricole, environnemental ou du tourisme. Ces thèmes sont précisément le fil conducteur des problématiques des territoires de montagne », explique Noémie Bureth, qui pilote l’équipe de travail de la CAA. « Ces rendez-vous ont permis aux participants d’avoir un large aperçu de la réalité que nous vivons dans nos fermes et nos auberges, précise Serge Sifferlen, président de l’Association des fermes-auberges du Haut-Rhin, qui a assisté aux trois rencontres. À chaque fois, les produits de la ferme ont été mis en évidence. À chaque fois également, nous avons pu mieux comprendre les problèmes d’accessibilité aux différents lieux, mais également les thématiques liées à la signalétique, au haut débit, à la ressource en eau, à la nature. » Des changements de comportement chez les clients Les groupes de travail ont participé à des ateliers créatifs sur la tradition et la modernité de la ferme-auberge. Les professionnels ont notamment insisté sur la nécessité de préserver ces exploitations familiales, de garder les menus traditionnels proposés, d’assurer la pérennité des circuits courts avec une transformation à la ferme, et de faire le lien avec les consommateurs. Ce qui n’empêche pas d’évoluer et de proposer de nouvelles recettes pour les repas, d’utiliser la modernité technologique par le biais des réseaux sociaux, des sites internet ou du haut débit. Dans tous les cas, il y a la nécessité de garder une agriculture adaptée à son milieu, avec des pratiques agricoles de proximité et pérennes, sans course à la productivité. Les fermiers-aubergistes observent un changement de comportement de leurs clients, de plus en plus curieux et ayant de nouvelles demandes. Il faut savoir les écouter, tout en cherchant à maintenir une offre de qualité. Les étudiants ont proposé aux participants de réfléchir aux potentiels de vente et aux différents profils de clients. Les professionnels constatent que les consommateurs sont de plus en plus exigeants. Il faut donc être à l’écoute, maintenir une large offre, tout en la faisant évoluer afin de séduire le plus grand nombre. Mais une chose est sûre : le concept de ferme-auberge en Alsace, c'est le reflet de l’identité du massif des Vosges, c’est un attrait touristique qui se démarque des autres régions de l’hexagone.

Publié le 13/12/2017

Faire renaître une filière complète de la plante au vêtement. Voici l’ambition d’un groupe de travail impulsé par Pierre Schmitt, président groupe textile alsacien (Velcorex, Tissage des Chaumes, Emanuel Lang et Philéa). Retour sur cinq ans d’études et de recherches.

« On ne peut innover loin des usines et des consommateurs », c’est le leitmotiv de Pierre Schmitt. « La confection d’un jean en coton nécessite entre 5 000 et 10 000 litres d’eau et la France est totalement dépendante de cette fibre, exclusion faite du lin. » Or, notre pays connaissait quatre plantes destinées au textile : le lin dans le nord et l’ouest de la France, la laine dans le Sud-Ouest et dans l’Est, il y avait du chanvre et un peu d’ortie. Le savoir-faire textile de transformation et d’utilisation de ces plantes a disparu. Face à ce constat, Pierre Schmitt rassemble, dès 2012, des universitaires, chercheurs, scientifiques et industriels autour de la question du chanvre comme fibre textile. Naît le groupe Chafiltex (abréviation pour chanvre, fil, textile). Les études concernant l’ortie arrivent ensuite lorsque la Sadef (lire en encadré) s’inscrit dans le projet. Christian Didier, responsable du site Emanuel Lang à Hirsingue, expose les évolutions de ce groupe : « Nous avons sollicité la Sadef pour son expertise agronomique, mais aussi d’autres industriels du Sud Alsace : ETC (Ennoblissement Technique de Cernay) et la corderie Meyer Sansbœuf à Guebwiller (cordage naturel et synthétique), car ils sont également intéressés par la transformation de ces plantes. Nous travaillons en partenariat avec N. Schlumberger, leader mondiale de fabrication de machine de filature en fibre longue (lin, chanvre, ortie), le coton étant une fibre courte. » « C’est l’originalité de ce groupe, souligne Adrien Tritter, responsable des expérimentations à la Sadef. L’ensemble des acteurs de la filière y sont représentés. Aussi bien ceux qui produisent, que ceux qui fabriquent les machines. » Du chanvre acheté en Roumanie, de l’ortie au Népal Le bilan à court terme des études est assez positif aux yeux de Christian Didier : « Nous avons envisagé tous les essais possibles pour savoir s’il y avait un marché et si on pouvait faire du tissu avec du chanvre ou de l’ortie. Aux deux questions, nous répondons oui. Nous avons des débouchés sur internet ou dans notre boutique, Matières françaises, à Colmar. Nos clients sont intéressés par cette nouvelle fibre, c’est dans l’air du temps. Nous avons également réussi à faire des vêtements en ortie et en chanvre. » Si « le chanvre et l’ortie sont des cultures adaptées au territoire de l’Alsace et des Vosges », selon Adrien Trittier, ils ne sont pas exploités dans nos régions. Le chanvre cultivé actuellement en France est utilisé principalement pour la construction et l’isolation dans l’Aube et près de Dijon. « La fibre n’est ainsi plus utilisable au niveau textile, car nous cherchons des fibres longues », précise le responsable du site Emanuel Lang. Aujourd’hui, l’usine tisse du chanvre cultivé en Roumanie et de l’ortie cultivée au Népal. La transformation de la fibre en fil se fait en France et en Suisse. Le chanvre comme Cipan « Faire du chanvre traditionnel est tout à fait possible aujourd’hui, mais il faut que toute la filière soit en place, à chaque étape », considère Adrien Trittier. Pour trouver des solutions agronomiques, le site d’expérimentation de la Sadef teste différentes variétés de chanvre depuis trois ans. Cette plante a plusieurs vertus : « Elle épure le sol des nitrates et pousse facilement, car c’est une plante rustique ». Le semis a lieu en avril et mai et la récolte se fait en septembre ou octobre. Cette périodicité fait que le chanvre devrait être implanté à la place d’une culture. « Il serait plus intéressant d’utiliser le chanvre comme culture intermédiaire piège à nitrates (Cipan), analyse Adrien Trittier, le semer en été et le récolter à l’entrée ou à la sortie de l’hiver. » Les études en ce sens sont en cours. La fibre utile se trouve sur le pourtour de la tige. Pour qu’elle se détache une étape est indispensable : le rouissage. La culture coupée est mise au sol, la fibre se détache du faisceau de tige, rendant ainsi possible le travail industriel. « En interculture, cette étape n’est pas possible, nous étions donc la capacité à réaliser un rouissage sur pied. » Si la fibre peut être achetée par les industriels du textile, il est également envisageable de récolter la graine. Elle est utilisée dans les produits cosmétiques, pharmaceutiques, alimentaire… Reste la chènevotte qui peut être valorisée en paillage par exemple. L’ortie pour les zones sensibles Sur la gauche du bâtiment de la Sadef, 1 hectare d’ortie a été planté l’an dernier. Ce premier essai a été compromis par les fortes pluies de juin. L’usine Emanuel Lang a pu tout de même procéder à des essais industriels avec les échantillons récoltés. 25 ares supplémentaires seront consacrés à l’ortie au printemps prochain (période idéale pour la plantation). Une deuxième récolte plus conséquente est à espérer pour la fin de l’été 2018, sachant que deux, voire trois, récoltes par an seraient possibles. « L’ortie est une culture pérenne, indique Adrien Trittier. L’implantation peut durer trois à dix ans. L’objectif est de montrer qu’un modèle agronomique peut être construit avec ce type de plantation. L’ortie est une culture idéale pour les zones sensibles écologiquement : en cas de trop forte concentration en nitrates, de zone de captage des eaux, de terrains ayant des problèmes de ruissellement. Ce projet est d’ailleurs soutenu par l’Agence de l’eau. Comme pour le chanvre, outre la fibre, l’ortie peut être utilisée en paillage, purin, infusion… » Pour ses essais, la Sadef a sollicité le soutien d’Oséo (désormais Bpifrance Financement). Plus récemment, un dossier nommé BioEquiTex a été déposé fin septembre dans le cadre d’un programme d’investissement piloté par la Caisse des dépôts et consignations à la demande de l’État pour l’aménagement des territoires. Le dossier sélectionné parmi la vingtaine déposée au niveau national sera connu en 2018. L’entrée en Bourse du groupe Velcorex devrait également être un facteur de développement. Chiffrage du prix d’achat en cours Pour prendre la température du monde agricole, les entreprises textiles sont en contact depuis un an avec la Chambre d'agriculture et la Coopérative agricole de céréales. « Le chiffrage du prix de vente est en cours. Il faut que ces cultures soient rentables pour les exploitants. Pour le chanvre, nous nous basons principalement sur le lin (même coût et même contrainte à tous les niveaux de la filière). Pour l’ortie, c’est plus complexe, car rien n’a été fait depuis longtemps. Le volet agronomique est très important, car il faudra convaincre un certain nombre d’agriculteurs à sauter le pas. » Ce n’est qu’un maillon de la chaîne. « Le rêve à moyen terme, d’ici six à dix ans, est d’avoir suffisamment d’hectares cultivés, une unité de défibrage et une unité de filage sous l’égide de Schlumberger. Nos métiers à tisser sont déjà opérationnels. Le tissu pourra aussi être confectionné chez ETC ou Velcorex. La vente se fera en direct avec nos marques clientes, aux particuliers dans notre boutique et sur internet. »

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