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Aline Fontaine

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Bière Elsass

Un secret 100 % local

Cultures

Publié le 21/06/2021

« Pas très acide. Un peu amer, mais pas trop. Un goût de pils classique, très rafraîchissant et parfait pour l’heure », m’a lancé un adepte de bière, un de ces soirs de forte chaleur, quand je lui ai demandé son avis sur la Licorne Elsass. Mon goûteur n’est ni alsacien, ni français, alors ses repères sont d’ailleurs, mais il fut ravi d’apprendre que la bière dégustée en cet instant était unique en Alsace, car produite à base de céréales locales.

C’est d’ailleurs pour cette raison que la brasserie Licorne a lancé ce produit en 2007. « Nous ne parlions pas encore de bilan carbone ou de valorisation de circuit court, mais nous avons eu la volonté de sortir une bière dont les matières premières viendraient exclusivement d’Alsace. À l’époque, c’était aussi un moyen de réimplanter l’orge brassicole dans la région », détaille Fabrice Schnell, le directeur technique de la brasserie, précurseuse.

Pour ce faire, la maison a passé un partenariat avec le Comptoir agricole d’Alsace et Armbruster, des collecteurs de céréales. « Alors, les premiers champs d’orge se trouvaient à Lochwiller, juste à côté de la brasserie », se souvient Marie Lemaire, chargée de produit à la Licorne. Aujourd’hui, seul le deuxième acteur approvisionne la brasserie, avec 300 T d’orge par an. Cette quantité, cultivée par une vingtaine d’agriculteurs haut et bas-rhinois, répond à certains critères bien précis.

Un calibre tout en finesse

« Le taux de protéines contenu dans le grain doit être compris entre 9,5 % et 11,5 %, une fourchette réduite qu’il faut respecter, sans quoi le maltage ne donnera pas du tout le même résultat », note Sonia Akkari, responsable céréales marché, chez Armbruster. Une valeur trop faible pénaliserait la quantité d’enzymes ainsi que l’activité des levures, et engendrerait des problèmes de fermentation et des défauts de mousse. Au contraire, des teneurs trop élevées en protéines peuvent réduire la quantité d’amidon disponible, et provoquer une mauvaise filtration et, par ricochet, des troubles dans la bière.

« À la récolte, nous menons des analyses, et au moment où le grain entre dans le silo, nous connaissons exactement sa quantité protéique », ajoute Sonia Akkari. L’attention que requiert l’orge brassicole ne s’arrête pas là. Sa taille doit dépasser 2,5 mm. Plus sa taille est élevée, plus sa quantité d’amidon sera importante, l’amidon étant la source de glucide pour la production d’alcool par les levures.

« Les grains sont aussi nettoyés pour enlever les impuretés », note la responsable céréales marché, pour assurer l’homogénéité de la vitesse de germination et donc du malt.

Autant d’exigences que la brasserie Licorne et Armbruster ont su affiner au fil des années. « À plusieurs reprises, nous avons visité les champs et rencontré les agriculteurs, et eux sont venus à la brasserie pour trouver le meilleur équilibre dans la production », raconte Fabrice Schnell. Ces travaux collectifs ont notamment abouti à un changement de la variété d’orge cultivée pour la précieuse Elsass, en 2020.

Un partenariat mature

« Souvent, l’orge utilisée par les brasseries provient d’Allemagne, et même si on souhaitait produire 100 % de nos bières avec de l’orge alsacienne, ce ne serait pas possible, car nous n’en produisons pas assez. En plus, c’est une culture très sensible, soumise aux aléas climatiques, mais avec cette collaboration, nous avons atteint une certaine maturité », affirme le directeur technique de la Licorne, non sans un brin de fierté pour cette aventure qui valorise tout un territoire du nord au sud, puisque le houblon, quant à lui, vient d’Obernai. « Elle doit être la seule bière du marché français à avoir une équation carbone aussi faible », souligne ce dernier.

De plus, avant d’arriver dans les fûts de Saverne, l’orge collectée par Armbruster passe par la malterie Soufflet, à Strasbourg. « En termes de goût, cette filière locale apporte une note de caramel à la bière, trouve Marie Lemaire. Et, même si c’est une bière blonde, elle en ressort dorée. »

La bière Elsass, désormais labellisée « Savourez l’Alsace - Produits du terroir », semble s’entourer d’une certaine magie. « Contrairement à d’autres bières, nous ne mélangeons pas les variétés d’orge et nous stoppons la fermentation quand le taux d’alcool est atteint. Nous n’ajoutons ni eau, ni sucre. C’est l’amidon qui se transforme en maltose, et nous prenons le résultat comme la nature nous l’a donné, c’est top », s’enthousiasme Fabrice Schnell, sans révéler davantage de secrets quant à la recette de l’Elsass.

Il semble que les consommateurs apprécient ce doux breuvage avec tous ses mystères, car même si la production d’Elsass reste minime, 10 000 hl/an, par rapport au produit global de la brasserie d'un million d’hectolitres par an, les chiffres confortent la brasserie et Armbruster dans leur audace. « Entre 2019 et 2020, avant le confinement, la consommation a progressé de 20 %, ce qui, au sein du groupe, la place en 3e position après la Licorne classique et la Licorne black sur le marché des cafés, hôtels et restaurants. Et pour la petite anecdote, l’Elsass s’exporte jusqu’en Californie, où les habitants ont eu un coup de cœur pour », se réjouit Marie Lemaire.

De l’Elsass aux États-Unis, la Licorne et Armbruster ont réussi leur pari. Les deux gardent toutefois bien en tête les racines locales de leur projet. Ils se sont d’ailleurs aussi associés à la sucrerie Erstein pour proposer une version « Panaché » de l’Elsass.

Élections régionales

Accompagner, sans imposer

Vie professionnelle

Publié le 29/05/2021

« C’est bon, Jean est prêt pour ramasser 500 kg d’asperges », plaisante un des proches du président sortant de la Région Grand Est, après la visite des 12 hectares que consacre le maraîcher Thierry Riedinger à ce précieux légume, à l’entrée de Hoerdt. « Oh, une quantité pareille en une journée, peut-être pas », rétorque Jean Rottner, le modeste élève du jour, impressionné par la méticuleuse passion de son hôte.

Derrière la bonhomie habituelle des visites de campagne, les sujets sensibles ne mettent pas longtemps à émerger. Thierry Riedinger accepterait bien l’aide de l’homme politique mulhousien pour récolter les 3 t/ha d’asperges qu’il attend pour cette année, car il peine à trouver de la main-d’œuvre locale, et trouve l’occasion, ce mardi, de le faire savoir au candidat.

Sur les 22 saisonniers que l’agriculteur emploie actuellement, 14 viennent de Roumanie. « Ils vont rester sept mois, car après les asperges, les tomates et les petits pois vont pointer le bout de leur nez. Or, ce sont des gens comme nous, avec des familles et des enfants qu’ils laissent derrière eux. Je voudrais comprendre pourquoi on ne trouve pas de locaux pour travailler avec nous, regrette le maraîcher. L’année dernière, le confinement s’est accompagné d’une fermeture des frontières, et sur les 10 Français que j’ai alors employés, seuls deux ont tenu toute la saison. Chaque matin, je priais pour qu’ils viennent tous, mais l’un se plaignait de la difficulté du travail, l’autre ne voulait pas venir le dimanche. »

Thierry Riedinger se demande comment il pourra continuer ainsi. Auparavant, il faisait appel à des Polonais qui, le niveau de vie s’améliorant dans leur pays, ont cessé de venir. Quid de l’avenir, si les Roumains ont la même chance, mais que l’agriculteur reste, lui, sans personne, pour récolter ses asperges tant convoitées dans la région ? Il se le demande. « Je devrais cesser d’investir, de me développer », craint-il, sauf si les politiques s’emparent du sujet.

Un virage exemplaire

« Les parlementaires que nous comptons sur notre liste vont pouvoir relayer ces problèmes au gouvernement, rassure Jean Rottner, la tête de liste des Républicains aux prochaines élections régionales. Une solution est de diminuer les charges sociales pour les employeurs. Peut-être faudrait-il aussi songer à des minimas sociaux moins confortables, pour pousser le retour au travail. » Une chose est sûre pour Thierry Riedinger : d’une manière ou d’une autre, « plus d’argent doit revenir dans la poche de l’employé ».

Les mains lavées, l’équipe se rend au magasin de la ferme Riedinger, en plein cœur du village, où sont vendus les légumes obtenus sur les 50 ha de maraîchage de la ferme qui ne prennent pas la direction des marchés ou des grossistes. À l’image d’un célèbre homme politique affichant son appétence pour les pommes, Jean Rottner empoigne une botte de navets dorés. « Ah, ça, c’est délicieux, je n’aime pas trop les blancs, mais j’ai un penchant pour les jaunes », confie-t-il.

En cette mi-mai, les étals débordent aussi de radis, de rhubarbe ou encore de salades. Le candidat apprend qu’à cet endroit même, voilà trois générations, quelques taureaux et des porcs cohabitaient. « Ce qui m’impressionne, c’est la réussite d’une conversion au maraîchage. Un exemple pour ceux qui veulent se lancer dans la profession », sermonne Jean Rottner.

Du local dans les assiettes

Cette admiration s’accompagne d’intention. « C’est à nous de bosser ensemble pour que dans les collèges et les lycées du Grand Est, les jeunes retrouvent ces produits locaux dans leurs assiettes », lance-t-il à l’attention d’Étienne Wolf et Christiane Wolfhugel, le binôme investi par les Républicains pour les élections cantonales qui se dérouleront aussi fin juin.

S’il est élu, Jean Rottner a même des ambitions claires en la matière. « À la fin de mon mandat, les 2/3 de la nourriture proviendront du local et un 1/3 de l’agriculture bio », s’engage-t-il à respecter, en espérant que cet élan dépassera les établissements scolaires pour gagner tous les services publics, les hôpitaux ou encore les casernes de pompiers. Ainsi, « dans la mesure où les livraisons sont constantes, les commandes publiques offriraient un maintien du prix dans la durée aux agriculteurs », pense-t-il.

Avec un budget alloué à l’agriculture dans la région Grand Est en augmentation de 34 % sous sa présidence, des aides exceptionnelles accordées lors des épisodes de sécheresse, Jean Rottner rappelle combien il est à l’écoute du milieu agricole. Un écho au slogan floqué sur les masques de l’équipe de campagne : « Plus forts ensemble ».

Avancer ensemble

« La transition de l’agriculture est incontournable, notamment en Alsace. Nous voulons être aux côtés des agriculteurs pour aborder ce tournant », clame Jean Rottner. D’après lui, il faut accompagner, sans imposer de trop fortes contraintes. » Ne pas dire, à telle date, on interdit le glyphosate, mais se donner 5 à 10 ans pour opérer la transformation, pour avoir le temps de créer de nouvelles filières, tout en s’adaptant à la typologie de chaque territoire, car ce qu’on pourra initier différera entre le Sundgau et ici », explique-t-il.

L’équipe du candidat entend aussi donner un rôle à part à la grande région dans l’application de la future Politique agricole commune, qui dépasse la simple distribution d’aides. « En concertation avec les agriculteurs, nous devrons établir les orientations régionales et trouver une éco-compatibilité, prétend Anne Sander, deuxième sur la liste et actuelle députée européenne. L’avenir du maïs, par exemple, dépendra du choix européen, mais si une rotation est imposée, nous reviendra de réfléchir ensemble à trouver une équivalence ou des cultures intermédiaires, à quel délai, sous quelles formes les exploiter, en silo ou pour l’agroalimentaire. »

Un champ des possibles vaste pour les années à venir, brassant toutes les filières. « En viticulture, notre objectif est zéro herbicide en 2025, nous comptons aussi réfléchir à la modernisation de la forêt avec les acteurs du secteur et les chasseurs, au développement de nouvelles espèces », complète Jean Rottner. En attendant de poursuivre son action s’il est élu, le candidat continue sa campagne. Pour ne pas faire de jaloux, l’équipe traverse la rue pour, cette fois, visiter la ferme Dollinger, l’autre poids lourd de l’asperge à Hoerdt.

Prêt digitalisé

Un tracteur en trois clics !

Pratique

Publié le 15/05/2021

Cette saison a commencé avec une belle surprise pour Sébastien Pfeiffer, installé à Urhwiller, dans le nord de l’Alsace. Il a pu semer du maïs et du tournesol avec son nouveau tracteur Arion 530. Il ne s’y attendait pas de sitôt, mais, deux semaines seulement après avoir initié l’achat, le céréalier recevait le véhicule, arrivé presque aussi vite qu’un éclair… de génie.

Car ce délai, si court, tient surtout au fait que l’agriculteur a souscrit à un prêt Actimat, dorénavant entièrement digitalisé. Voilà comment tout s’est enchaîné. Quand Philippe Strasser, commercial chez Claas Est, est venu vanter les mérites de l’engin, sur sa tablette, il a aussi pu proposer une offre de prêt à Sébastien. « Avant, grâce à une calculatrice express, nous avions accès aux barèmes auxquels l’agriculteur pouvait prétendre en fonction du montant du financement, là, j’ai simulé la proposition de crédit tout de suite », décrit Philippe Strasser.

Sur cette nouvelle application, les commerciaux ont la possibilité d’inscrire tous les éléments nécessaires à la mise en place d’un prêt. À commencer par le type de matériel, s’il est immatriculable ou pas, son état, neuf ou d’occasion, le montant HT, le montant HT à financer, ainsi que le modèle et la description du bien. Deuxième étape : les conditions financières, allant du montant du financement au choix du barème, en passant par le nombre et la périodicité d’échéances. Enfin, les coordonnées du client, et le tour est joué.

La fin du papier ou presque

Une première pour Sébastien, qui a seulement vérifié la faisabilité de cette aventure auprès de son comptable avant de signer l’offre électroniquement, grâce à un code reçu par SMS. « Avant, le tout pouvait prendre des semaines. Il fallait rencontrer le conseiller bancaire, renvoyer des documents, pour peu qu’on ait du travail, on laissait traîner les choses. Là, c’est plus pratique, on peut se décider plus rapidement. Pour ce tracteur, la réponse de l’accord du prêt est tombée trois jours après que j’ai validé la demande de prêt, seulement. Quel gain de temps », se réjouit l’agriculteur.

Même si avec cette petite révolution, le concessionnaire endosse un peu la casquette du banquier, lui aussi apprécie l’accélération des transactions. « De notre côté, après la rencontre avec le client, nous devions remplir un formulaire papier qui partait à la plateforme commerciale du Crédit Mutuel, à Nantes. Désormais, les informations que nous rentrons sur la tablette sont synchronisées en temps réel avec le site internet de l’application où la demande de prêt est étudiée », détaille Philippe Strasser, qui a rangé les derniers formulaires papier au fond de son bureau.

Au revoir la paperasse, donc, et bonjour la simplification. « Auparavant, le conseiller devait nous avertir de l’état de la demande, maintenant, nous pouvons suivre son avancement via le site, et savoir si elle est validée ou refusée. Ne nous reste plus qu’à faire signer l’avis de livraison pour que la banque nous paie directement », poursuit Philippe Strasser.

Incontournable

Ce dispositif est en place depuis la mi-janvier. À ce jour, Class Est recense une vingtaine de prêts réalisés intégralement en ligne. Quel que soit le concessionnaire, les agriculteurs peuvent opter pour cet outil, si leur banque l’a déjà lancé.

Au Crédit Mutuel, une véritable « task force », comme l’appelle Jean-Luc Beil, l’animateur du marché agricole, s’est créée pour déployer ce système pionnier. « En à peine deux mois, nos spécialistes régionaux d’Actimat ont formé les chargés de clientèle des caisses qui, ont, à leur tour, rencontré la majorité des concessionnaires et des commerciaux d’Alsace, pour que l’application soit utilisée dès la mi-janvier. »

Une performance, d’après Jean-Luc Beil, avec un pareil contexte en toile de fond. « Finalement, cette dématérialisation tombe bien avec le Covid, où les contacts sont limités », trouve-t-il. Pour autant, pas question de négliger les relations clientèle. » Surtout si les agriculteurs ont besoin d’accompagnement pour signer les contrats de prêt en ligne. Nos conseillers sont toujours là pour leur expliquer comment naviguer dans leur banque à distance », rassure-t-il.

Huile de colza bio

Un art de famille

Cultures

Publié le 04/04/2021

Autour d’un bon déjeuner en famille, c’est ainsi que toute cette aventure a commencé, voilà deux ans. « J’étais en école de commerce et je me spécialisais en entreprenariat-marketing, commercialisation d’un nouveau produit », se souvient Geoffrey Lienhart, dont le père dirige une société de négoce et de transformation de graines oléagineuses pour animaux, à Boofzheim. Alors que ce jeune de 23 ans devait réaliser un projet de fin d’études, telle une cerise sur le gâteau, une idée leur a traversé l’esprit : » pourquoi ne développerions-nous pas une gamme de produits végétaux ? » Cette fois, à destination des humains.

« Nous avons les outils pour, les consommateurs veulent adopter des habitudes d’alimentation plus saines pour la planète, et puis, ce serait une façon d’entamer la diversification de l’entreprise », se disent-ils. Ni une, ni deux, pour sa dernière année d’études supérieures, Geoffrey se retrouve en alternance, entre l’École de management de Strasbourg et l’entreprise de son père. Objectif : réaliser une étude de marché pour lancer ce fameux « nouveau produit ».

Le choix se porte vite sur l’huile de colza. Chaque année, Lienhart SAS transforme déjà plus de 13 000 tonnes de graines de soja et de colza en tourteaux, et en huile pour les animaux. Un processus au cours duquel l’entreprise a compris que d’une graine de colza, sort près de 33 % d’huile, contrairement à 14 % pour le soja.

Un beau cadeau

Et tant qu’à faire, autant produire une huile bio et 100 % locale. « Le marché de l’huile de colza standard était saturé, mais pour une déclinaison bio, nous avions toute notre place. Et 100 % local, car nous avons trouvé des agriculteurs du Bas-Rhin, qui se sont installés en bio, capables de nous fournir les graines », précise ce grand brun au sweat à capuches, attaché au terroir alsacien.

Au début, l’entreprise offre les premières bouteilles en cadeau à ses clients. Une façon de tester le marché. Fort de retours positifs et les certifications nécessaires en poche, en octobre 2020, Geoffrey active la production de 7 000 litres d’huile, conditionnés dans des bouteilles d’un litre ou de 500 ml. Entre décembre 2020 et début mars 2021, 4 500 litres sont vendus, dans 35 points de vente en Alsace, principalement dans le Bas-Rhin.

Un succès sans appel, dont Geoffrey est évidemment satisfait. « En sortant d’école, j’aurais difficilement vécu cette expérience ailleurs. C’est extrêmement gratifiant que mon père et son équipe m’aient fait confiance », confie ce jeune diplômé, presque dépassé par les événements. « Nous sommes même obligés de freiner le réassort pour tenir jusqu’à la prochaine session de production, afin que les amateurs en aient pour accompagner leurs salades des beaux jours », concède-t-il.

Simple mais rigoureux

Même si les techniciens de l’entreprise ont pu compter sur les installations existantes et que la fabrication de cette huile semble plutôt « simple », ils n’ont pas prévu d’en lancer une nouvelle fournée d’ici l’automne prochain. Tout d’abord, parce que la production bio requiert un nettoyage complet du circuit qui reçoit d’habitude les graines de soja et de colza conventionnelles, sans OGM. « Nous devons presser une première tonne et la déclasser pour que la machine ne contienne plus de résidus. Cette étape dure une journée », explique Pierre Pottier, directeur opérationnel.

Une fois la presse prête pour transformer les graines bio, l’huile peut être conservée. « Nous avons opté pour recueillir l’huile à la première pression à froid de la graine. Avec cette méthode, le taux d’extraction est peut-être moins élevé, mais elle permet de préserver la qualité et les bienfaits du produit d’origine », complète Pierre Pottier.

À raison de 800 à 900 kg de graines traitées par heure, la machine aspire chacune d’entre elles pour que ses matériaux lourds (pierres ou cailloux) tombent, puis la maintient à une température autour de 30 °C pour qu’elle arrive dans la presse à plus de 20 °C. « Aucune injection de vapeur n’intervient dans le processus, il suffit d’un simple effet de mécanique », détaille le spécialiste, pour, au final, obtenir une huile filtrée à 10 microns.

Des ambitions de grands

Le tout repose dans des cuves en inox de 25 000 l avant d’être transféré dans des bacs de 1 000 l qu’un à un, pour cette première tournée, Geoffrey a vidé. C’est lui, qui a tout embouteillé et étiqueté. « Nous étions en plein développement », lâche-t-il, comme s’il devait s’excuser du choix « maison » du processus de fabrication.

Peut-être que les moyens évolueront pour la cuvée 2021. Une chose est sûre, l’entreprise compte accroître sa production, jusqu’à 15 000 voire 20 000 l. « Nous avons les ressources pour, assure Geoffrey. Et ce qui est bien, c’est que nous fonctionnons en circuit fermé. Nous vendons la semence à des agriculteurs qui nous livrent la graine, donc nous agissons du début à la fin. »

Pour atteindre une pareille quantité, l’entreprise compte sur ses techniciens dont certains consacrent leur temps à encourager les agriculteurs à cultiver plus de colza bio. « Un de nos arguments repose sur l’augmentation des rotations de culture, nous les accompagnons dans ce sens », glisse Bruno Lienhart, responsable de la société, en entrant dans la salle de réunion de l’entreprise. En mars 2021, de nouveau réunis autour d’une table, comme ils l’étaient voilà quelques années chez eux, quand ils ont eu l’idée de lancer cette huile de colza bio, fils et père tapotent du poing. « Touchons du bois pour que la météo soit avec nous », lance le père, et que cette année leur apporte assez de graines pour continuer cette audacieuse aventure.

 

Nos deux bouteilles d’huile de Colza sortant de leur lieu de production ??? Un produit Bio et local ??

Publiée par Huilerie Lienhart sur Mardi 23 février 2021

 

L’arrivée des chevreaux

Jongler entre nature et pragmatisme

Élevage

Publié le 30/03/2021

« Schlabele, lâche ce bout de plastique, ça ne se mange pas », s’aventure Carole Oudin, en s’approchant de la petite chevrette blanche, attachée à sa nouvelle découverte. À peine la maîtresse des lieux a-t-elle eu gain de cause que Schlabele et ses jeunes copines sont déjà reparties explorer l’un des recoins des 800 m2 que compte la chèvrerie de Riedheim. Une seconde sur une botte de foin pour reprendre un peu d’énergie, la suivante sur un caisson en métal.

« Si vous voulez prendre des photos, vous devrez être réactive », prévient l’agricultrice. Depuis mi-février, Carole annonce chaque naissance de chevreaux aux 840 personnes qui la suivent sur les réseaux sociaux. Elle a trouvé la technique. » Je photographie les petits dans leur premier quart d’heure de vie. Car ensuite, ils se lèvent, et au bout de 2 h, c’est fini, ils gambadent. Ils ont un instinct naturel et fuient comme si des prédateurs allaient les attaquer », précise-t-elle.

Dans un coin du bâtiment, blotti contre le foin, le dernier né, tout brun, apprivoise son nouvel environnement. « Voilà le petit mec », lance Carole en l’attrapant, avec, cette fois, très peu de difficulté. Elle ne lui a pas donné de prénom, une façon de ne pas s’attacher, car le chevreau ne va pas rester ici. « Il va partir comme animal de compagnie ou à l’engraissement. Mieux vaut de toute façon éviter tout risque de consanguinité. »

 

Toute la famille animale vous attend samedi ! Vous souhaitez venir lui rendre visite et par la même occasion chercher du...

Publiée par Les chèvres de Madame Oudin sur Mardi 23 mars 2021

 

Un choix rationnel

Alors que la saison des naissances se termine, 50 des 68 chèvres de Carole Oudin ont déjà mis bas 90 chevreaux, mais la propriétaire a décidé de garder seulement 18 femelles. Elles ont reçu un prénom : Sardine, Salade ou encore Saucisse et Cervelas pour des jumelles. « J’essaie de trouver des prénoms qui me font rire, souvent en association avec celui de la mère. J’ai une chèvre qui s’appelle Orage, elle est un peu casse-noisettes, alors j’ai appelé ses petites Sauvage et Séisme », plaisante l’agricultrice.

Cette envie, voire ce besoin, de tisser une relation amicale avec ses « collègues de travail », Carole la couple avec une démarche « pragmatique ». « Depuis l’an passé, le contrôle laitier est devenu obligatoire sur les chèvres, comme il l’était jusqu’à présent pour les vaches. Grâce à ces échantillons mensuels, j’ai pu estimer la quantité de matières grasse et protéique contenue dans le lait de chaque chèvre. J’ai donc sélectionné les petites des chèvres avec les meilleurs résultats, tant quantitatifs que qualitatifs », explique-t-elle.

Et pour la première fois depuis qu’elle a débuté son activité en 2012, l’agricultrice de 39 ans a décidé de réformer 18 chèvres, autant que de bébés gardés. Une façon de rajeunir son troupeau et de le maintenir à un effectif raisonnable. « C’est dur car les chèvres sont toutes mignonnes et c’est difficile de s’en séparer, mais aussi plaisant ce métier soit-il, je souhaite qu’il soit rentable », concède Carole, qui, dans une autre vie, travaillait dans le fret.

 

 

Le bien-être…

Un jour, où elle avait mis 3 h 30 pour rejoindre le Pays de Hanau depuis le port du Rhin, elle s’est dit, « j’arrête tout, je préfère consacrer ce temps à la traite de chèvres et le passer à la campagne ». Mais ce déclic a généré des frais à compenser par une activité qu’elle mène seule, sauf quand son compagnon l’aide à la traite. « J’ai commencé avec 12 vaches dans une grange de 100 m2, et la fromagerie faisait 12 m2. Voilà quatre ans, nous avons repris cette ancienne ferme de vaches laitières, un tout autre investissement », constate l’éleveuse.

Un objectif de rentabilité s’impose donc à Carole, qui espère trouver un équilibre avec un troupeau de 50 chèvres. Mais pas question de se défaire de ses deux premières chèvres, Ficelle et Godasse, achetées en 2010 pour tenir compagnie à son cheval. Elle ne renoncera pas non plus au bien-être de ses pensionnaires.

À commencer par celui des nouvelles-nées. Cette année, elle fait d’ailleurs le pari de les laisser au lait de leurs mères pendant deux mois, jusqu’à ce qu’elles soient capables de s’alimenter seules. « Pendant cette période, je ne pourrai pas récupérer le lait des mères, mais les chevrettes grandissent mieux ainsi qu’avec du lait en poudre », a remarqué Carole.

 

La girafe vous rappelle que si vous souhaitez passer une commande pour samedi et venir rendre visite aux biquettes, vous avez jusqu'à demain soir ??

Publiée par Les chèvres de Madame Oudin sur Mercredi 17 mars 2021

 

… et la nature avant tout

L’agricultrice tient aussi à respecter le cycle naturel de ses bêtes, une fois adultes. « Les chèvres ne sont pas comme les vaches. Elles entrent en chaleur quand les jours raccourcissent et les températures baissent. Certes, il existe des techniques pour provoquer la gestation toute l’année, avec des lumières artificielles ou en décalant les hormones, mais cela ne m’intéresse pas », affirme Carole.

Tant pis donc, si pendant les deux derniers mois de gestation, janvier et février, quand le fœtus se développe et que « les chèvres ont besoin de tranquillité », elle n’obtient pas de lait et ne fabrique pas de fromage. « Le consommateur doit aussi s’y habituer. Il ne pousse pas de tomate en Alsace l’hiver », rappelle-t-elle. Cette année, 12 chèvres ont résisté à la tentation du bouc entré dans l’arène à la mi-septembre, et n’ont pas été fécondées. Elles ont ainsi gardé Carole un peu occupée à la fromagerie, mais rien n’avait été calculé.

En cette fin mars, seules quatre chèvres n’ont pas mis bas. Cela ne saurait tarder. « Ces miss ont chacune leur caractère, et souvent, juste avant la mise bas, il change. Certaines me regardent avec insistance pour me faire comprendre que le moment arrive », raconte Carole, aussi attentive aux mamelles des futures mamans qui redescendent et se remplissent quelques heures avant la délivrance.

Dans quelques jours, une fois les naissances terminées, toutes, sauf celles qui nourrissent leurs petites, auront repris leur rythme de croisière : manger du bon foin et donner 3 l de lait par jour, avant de gambader à leur tour dans les parcs de la ferme. Carole, quant à elle, a déjà pu intensifier la production de fromage frais : nature ou enrobé à l’échalote, au pavot ou encore aux herbes de Provence. Sans oublier ses originaux cannelés au lait de chèvre. Elle vend le tout via le réseau de la Ruche qui dit oui, sur le marché du quartier Neudorf, à Strasbourg, et à la ferme, le samedi après-midi. Il paraît même que certaines chèvres attendent ce jour-là pour mettre bas.

Production de plantes

Une spécialité de niche, de plus en plus exotique

Technique

Publié le 18/03/2021

À la pépinière Sonnendrucker, à Truchtersheim, c’est la course. Les premiers beaux jours ont réveillé les clients, paysagistes comme particuliers, au point qu’entre les nombreuses commandes à honorer et les nouvelles variétés à rempoter, ces dernières nuits, Sébastien Fahrner, le responsable de la production, peine à trouver le sommeil. Heureusement, sous les 1 400 m2 de serre que compte l’établissement, il cultive un jardin secret.

Sur un petit carré de table, cette année, il a décidé de greffer des plaqueminiers, les arbres qui donnent des kakis. Un choix original, enfin, plus tellement depuis que le changement climatique s’en mêle. « Auparavant, l’hiver c’était radical, ce genre d’arbre mourait. Désormais, comme il fait de moins en froid, il résiste », a-t-il constaté du haut de ses 25 années d’expérience. Ce fruit originaire du Japon prend donc ses quartiers d’hiver en Alsace. La saison dernière, le pépiniériste en a vendu une cinquantaine.

Devant cette demande accrue, une idée a traversé l’esprit de Sébastien : essayer d’en produire. « C’est un arbre rustique, beaucoup plus facile à cultiver que le grenadier, qui a aussi fait son apparition dans la région mais qui a besoin de serres spéciales pour pousser, et se forme en partie en in vitro », explique-t-il. Sans oublier les économies générées par une pareille idée. « Acheter une tige finie nous revient à une vingtaine d’euros, alors qu’un porte-greffe coûte entre 2 et 3 €, donc la différence n’est pas négligeable », ajoute ce grand gaillard, tout de vert vêtu.

D’une grande minutie

Un porte-greffe dans la main, un couteau stérilisé dans l’autre, Sébastien commence sa délicate mission : une greffe « à l’anglaise compliquée ». Il entaille le bois en forme de V, sur trois centimètres de longueur environ, comme s’il coupait une part d’un gâteau de quelques millimètres de diamètre. Puis, il attrape une rame de kaki qu’il a prélevée sur un des arbres développés l’année passée. « J’ai gardé des morceaux avec deux à trois beaux yeux. C’est important qu’ils ne soient pas cassés, car ils donneront la future pousse », précise-t-il en montrant les nœuds présents le long du greffon.

L’homme coupe une fente dans le greffon puis emboîte les deux parties, une étape cruciale. « Le vert clair que l’on aperçoit sur la surface du porte-greffe, le cambium, doit absolument toucher celui du greffon. Cette couche véhicule la sève qui alimentera le greffon », détaille le producteur. Pour sceller cette nouvelle union, il l’entoure d’un rafia et fait couler dessus un peu de mastic, un geste qu’il va répéter pour une quarantaine de pieds. « Cela permet d’étanchéifier le tout et protéger la greffe des maladies », explique le spécialiste.

Et c’est parti pour une lune de miel de quelques semaines, au milieu des 500 variétés de plantes herbacées ou arbustes déjà entreposés sous serre. Pendant cette période, chaque greffe est rempotée dans un terreau qui contient déjà de la perlite, un engrais garant d’un bon enracinement. D’ici un an, Sébastien ou un de ses deux autres collègues pépiniéristes plantera ces pieds en terre, dans un petit coin des 9 ha de terrains extérieurs entourant les serres. « Nous sélectionnerons l’œil qui aura fortifié le plus, comme l’intérêt du kaki est de faire des tiges, et non de pousser en arbuste », note-il. Au bout de deux à trois ans, l’arbre atteindra une demi-tige, avec un tronc d’1m30 à 1m50 de hauteur. Mais les impatients pourront acheter un scion, plus petit et prêt à planter, dès l’automne prochain.

Un travail gratifiant

Contrairement aux pommiers ou aux autres arbres fruitiers, dont la variété apparaît souvent grâce à une deuxième greffe, en écussonnage, l’identité du kaki est déterminée dès la première étape. Aussi, cet hiver, Sébastien a-t-il choisi de produire deux variétés : le muscat, et le fuyu, « le premier étant moins astringent que le second ».

Sébastien n’est pas un grand amateur de ce fruit orange, « un peu amer » à son goût, mais il admire le plaqueminier, originaire du Japon. « Il rassemble à un arbre d’ornement, avec ses feuilles assez dures et ovales. En plus, même lorsque les feuilles tombent, le fruit reste. À maturité, le kaki a la taille d’une tomate moyenne, mais, avant de le cueillir, il faut le laisser geler une ou deux fois, comme la nèfle », conseille-t-il.

Sébastien parle de son jardin secret avec une telle passion qu’il est facile d’imaginer combien il est ressourçant. « C’est une satisfaction personnelle de voir les greffes prendre et de vendre son propre arbre, de se dire que des gens vont le planter dans leur verger et qu’il va l’habiter au moins une trentaine d’années », se réjouit ce créateur optimiste.

Pour la première fois, cette année, le pépiniériste s’est aussi « amusé » à bouturer des equisetums, des mini-bambous en apparence, qui décorent les abords d’un bassin, ou encore, de la lavande. Le tout, avec succès. S’ensuivront bientôt les classiques pommiers ou cerisiers pour porter à 500 le nombre d’arbres produits sur place. » Nous aimerions produire plus de A à Z, mais nous manquons de temps et surtout nous trouvons difficilement du personnel qualifié intéressé par ce métier-là, pourtant si gratifiant », regrette Sébastien Fahrner. Avis aux amateurs, à la recherche d’une profession si essentielle en cette période où tous les jardins sont de précieuses échappatoires.

AG - Service de remplacement

Conserver son rythme bon an mal an

Vie professionnelle

Publié le 15/03/2021

« Dans les petites entreprises, c’est toujours plus difficile de gérer des changements rapidement. Je tiens à saluer nos équipes qui ont su relever ce défi et répondre aux besoins de nos adhérents, surtout que certains de nos agents ont continué à se déplacer sur les exploitations, dès le premier confinement, alors que nous manquions de gel et de masques. Ils ont assuré un travail de qualité », a souligné Julien Koegler, président du Service de remplacement du Bas-Rhin, en préambule de l’assemblée générale de l’association, le 8 mars.

À cause des restrictions sanitaires actuelles, la rencontre s’est tenue sans public, mais autour de la table, des représentants des différents organismes partenaires et membres du CA étaient présents : FDSEA, Groupama, MSA, Chambre d'agriculture Alsace. La CAAA et le Crédit Agricole s’étaient excusés mais avaient donné leur pouvoir pour les décisions du jour à prendre.

Au menu des discussions : le rapport d’activité 2020. Le service a assuré 6 483 jours de remplacement, tous motifs confondus, auprès de 354 des 400 adhérents que compte l’association. « Cela représente une baisse de 10 % d’activité par rapport à 2019, mais contrairement à d’autres régions qui ont perdu jusqu’à 50 % d’activité, nous restons un service dynamique », rassure Christophe Haas, vice-président et responsable de la structure.

Moins de congés, plus d’hospitalisations

Le service a surtout ressenti une diminution de sollicitations aux 3e et 4e trimestres de l’année, répercussion, certainement, de la crise du Covid. Moins d’adhérents ont cherché un remplaçant pour des congés. Au 4e trimestre 2020, notamment, 121,20 jours ont été assurés pour des congés, contre 246,26 en 2019. Même si les jours de remplacement au titre de congé de paternité restent aussi inférieurs, 130 en 2020, contre 242 en 2019, « ça commence à venir un petit peu », se réjouit timidement Julien Koegler. Le nombre de jours de remplacement pour accidents a, lui, fortement diminué.

En cette année inédite, peu d’adhérents ont eu recours à la nouvelle aide Covid 19. « Souvent, les agriculteurs ont préféré se débrouiller en famille pour ne pas risquer d’exposer d’autres personnes », note Marylin Chardonnet, responsable administrative de l’association. Cette aide qui comprend aussi le remplacement pour garde d’enfants a été utilisée 28 jours dans l’année.

Si plusieurs hospitalisations bénignes ont dû être décalées à cause du contexte sanitaire, sur l’année, plus de dossiers pour ce motif sont arrivés au service de remplacement. Ils ont représenté 274 jours de travail. « C’est notamment lié au fait que plus d’adhérents ont souscrit à des contrats Groupama hospitalisation. En cas d’arrêts de longue durée pour maladies ou accidents graves, cette formule permet d’obtenir une rallonge au-delà des jours pris en charge par la CAAA ou la MSA. Sachant qu’une journée de remplacement coûte 150 € et que la cotisation à l’année pour cette assurance vaut environ 170 €. En une journée, cette assurance est rentabilisée. Mais attention, notre adhérent doit avoir souscrit à un contrat nominatif pour en bénéficier », rappelle Christophe Haas.

Malgré la complexité de certaines demandes, « une heure le matin, une heure le soir », glisse Marylin Chardonnet, en 2020, l’équipe peut se targuer d’avoir honoré les 467 dossiers qui lui ont été adressés. Pour cela, elle a pu compter sur 235 agents de remplacement, dont 6 en CDI.

Une nouvelle convention

Depuis le début de 2021, un autre gros dossier occupe les responsables de l’association : la nouvelle convention collective des productions agricoles - Cuma. Auparavant, chaque département avait sa convention, désormais, elle sera nationale. « Le but est d’harmoniser la branche agricole, tout en gardant les spécificités de chaque région, comme les jours fériés en Alsace », précise Christophe Haas.

Ainsi, en collaboration avec l’antenne nationale et à partir de cette nouvelle convention, le Service de remplacement du Bas-Rhin a préparé un tableau pour échelonner les rémunérations des agents de remplacement en fonction de leurs compétences. Plusieurs critères entrent en compte : la technicité, l’autonomie, la responsabilité, le management et le relationnel. À titre d’exemple, « pour un complément de main-d’œuvre sans qualification, nous nous trouverons dans l’échelon 1 avec une rémunération minimale de 10,25 €/h. Si l’agent fait preuve d’une autonomie complète, il sera classé dans l’échelon 4, à 11,65 €/h minimum », détaille Marylin Chardonnet.

Cette convention doit entrer en application à partir du 1er avril. En marge de ce chantier, l’association bas-rhinoise, dont les tarifs préférentiels s’adressent aux chefs d’exploitation à titre principal, conjoints-collaborateurs ou aides familiales, s’est donné un autre objectif pour 2021 : atteindre de nouveau les 6 700 jours de remplacement, la moyenne de ces trois dernières années. « Bien sûr, nous ne souhaitons pas plus de maladies ou d’accidents, pondère Christophe Haas, mais que les agriculteurs n’hésitent pas à nous solliciter quand ils sont dans le besoin, et qu’ils comprennent que grâce à notre service, une continuité d’activité sur leur exploitation est assurée ». La cotisation à l’association est fixée à 50 € par exploitation.

 

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Publiée par Service de remplacement Bas-Rhin sur Lundi 15 février 2021

 

Loisirs et/ou agriculture

Accidents dans les champs, à qui la faute ?

Pratique

Publié le 19/02/2021

Dimanche 10 janvier, une jeune fille de 17 ans a perdu la vie lors d’une descente de luge, à la station du Schlumpf, à Dolleren. Cette nouvelle a retourné Roger Trommenschlager, installé à quelques centaines de mètres du lieu de l’accident. « Ce week-end-là, il y avait du monde partout, se souvient l’éleveur de vaches laitières. Même dans les prés, en face de la ferme. »

Et si le drame avait justement eu lieu sur ses terres ? Depuis, l’agriculteur y pense souvent. « Avec le recul, tout obstacle devient suspect, un piquet avec un fil électrique ou un barbelé, comme les pâturages en pente sont clôturés ; sans parler des grumes de bois quasiment recouverts de neige que les lugeurs pouvaient heurter. »

Premier accident du genre depuis l’ouverture de la station il y a 50 ans, « mais celui de trop », regrette Roger Trommenschlager. Auparavant quand un lugeur lui demandait l’autorisation d’entrer sur un de ses 80 ha, l’agriculteur disait oui, « surtout en ce moment où tout est fermé à cause de la situation sanitaire ». Désormais, il refusera l’accès à ses champs. En espérant que personne ne s’introduise à son insu.

Car voilà un des problèmes que pose cette question de responsabilité entre l’agriculteur et les promeneurs ou sportifs qui pénétreraient sur ses parcelles. En principe, « outre les forêts communales, personne n’a le droit d’entrer sur une propriété privée ; mais, contrairement à la violation de domicile, cette interdiction n’est pas sanctionnée par la loi », relève Emmanuel Karm, avocat au barreau de Strasbourg, spécialisé dans les questions agricoles.

Infraction sans sanction

De quoi semer le doute, d’autant que « même si une personne s’introduit sur une propriété privée, ça ne lui enlève pas le droit de se plaindre », ajoute l’avocat. Par exemple, si une clôture est recouverte de neige et qu’un lugeur, sans l’avoir vue, s’y blesse, pénalement, la responsabilité sera partagée entre la victime et le « gardien » du terrain, c’est-à-dire, l’exploitant, propriétaire ou locataire, qui n’aurait pas mis en évidence l’obstacle. « La notion de responsabilité reste matière à interprétation, pondère Emmanuel Karm. C’est pourquoi, même si le Code civil compte peu d’articles sur cette idée, les articles 1240 à 1244, nous passons une année à les étudier. »

Pour lui, chaque situation doit se lire à l’aune du « bon sens ». « Par exemple, si quelqu’un se balade en forêt et reçoit une branche sur la tête, il ne peut pas accuser l’exploitant, c’est un phénomène naturel. En revanche, si l’arbre était en mauvais état et que l’exploitant n’a pas protégé la zone, le promeneur peut se retourner contre lui », explique l’avocat. La même approche vaut pour les animaux. « Si un promeneur se dit, tiens le joli veau, franchit une clôture pour lui donner de l’herbe, se fait encorner, il est responsable de ses actes. L’agriculteur peut alors être exempté de responsabilité. Mais si une bête s’échappe d’un enclos parce que le grillage était abîmé, par exemple, et cause un dommage, le propriétaire sera en tort », ajoute l’avocat.

Ce cas de figure n’a pas encore posé souci dans la région, les prairies et pâturages alsaciens, contrairement aux alpages, étant bien identifiés par des clôtures. Toutefois, certains éleveurs craignent l’apparition d’accidents entre des promeneurs et leurs chiens de protection, « nécessaires avec l’arrivée du loup dans la région », souligne Isabelle Decombe, agricultrice à Bourg-Bruche. « Voilà peu, un passant s’est aventuré sur une de mes parcelles pour rejoindre un petit étang, comme l’ancien propriétaire du terrain l’y autorisait, mais un de mes patous lui a couru après. Par chance, il ne l’a pas mordu », raconte l’éleveuse de 130 brebis.

Accidents de VTT

Certains agriculteurs alsaciens ont eu moins de chance avec le passage de vététistes sur leurs parcelles, comme sur les monts de la Bresse-Hohneck, où un bikepark a été aménagé. « L’été dernier, un participant a décidé d’utiliser une des pâtures que j’exploite comme piste sauvage, raconte Florent Campello, qui loue plus d’une centaine d’hectares sur les chaumes. Il s’est pris un fil tendu. Il a dû être hélitreuillé à cause d’un choc cérébral. J’ai décliné toute responsabilité car ce champ ne faisait pas partie de la surface prévue par l’opérateur des remontées mécaniques LaBelleMontagne. »

Pour Jean-François Huckert, le dénouement de l’histoire a été un peu plus délicat. Cet éleveur de vaches salers, qui a repris l’exploitation familiale en 1994, loue à la commune de Grendelbruch une centaine d’hectares sur les hauteurs du village, en direction du Hohbuhl. « Sur une de ces parcelles, un sentier s’est tracé au fil du temps par les paysans. Il n’était pas cadastré, mais cela leur évitait de faire un détour de 5 km par la route communale pour rejoindre le bas du champ », explique Jean-François Huckert. Un sentier que tous les promeneurs, à pied ou à VTT, trouveraient magnifique, par la vue qu’il offre sur la plaine d’Alsace.

Ce sentier n’a pas laissé indifférent la Ligue de cyclotourisme d’Alsace, qui a obtenu des autorités locales, voilà quelques années, le droit d’y faire passer un morceau de la Traversée du massif vosgien. Les balises étaient posées sur un poteau d’électrique, en haut de la parcelle, à l’entrée du sentier. « La plupart du temps, le sentier était ouvert, puisque les bêtes n’y venaient que deux à trois semaines par an, rappelle l’agriculteur. Seulement, à ce moment-là, je mettais un fil de clôture pour que les vaches n’atteignent pas le pré de fauche aménagé dans un des parcs de la parcelle. »

À cette période-là, début mai 2016, une vététiste a voulu emprunter ce sentier redescendant vers le chemin de Lachmatt. Elle passe sous une première clôture délimitant alors le haut du champ de la route, puis entame sa descente. Prise par la vitesse, elle ne voit pas la deuxième clôture au niveau du pré de fauche et passe par-dessus. Bilan des courses : l’épaule gauche déboîtée, et un transport à l’hôpital de Strasbourg. « Je n’étais pas sur place, se souvient l’éleveur. Les pompiers m’ont appelé pour savoir s’ils pouvaient couper la clôture du champ pour passer avec leur véhicule. »

Tolérance et anticipation

Quelques jours plus tard, Jean-François Huckert reçoit un courrier de la mairie, comme quoi la victime cherchait à connaître « le propriétaire du terrain et des bêtes se situant sur le lieu de l’accident dans l’objectif d’identifier les responsabilités et les assurances concernées ». À Jean-François Huckert, le « gardien » des lieux, d’y répondre. « Sauf que, dans le bail signé avec la mairie, ce sentier n’était nullement mentionné comme accessible à des activités autres qu’agricoles, donc je ne pouvais pas être responsable. »

Cette mésaventure s’est résolue grâce à une certaine ironie du sort. « Les trois parties - la victime, la mairie et nous - avions le même assureur, donc une entente a été trouvée », conclut Jean-François Huckert. D’ailleurs, « toute infraction involontaire est assurable, à l’agriculteur de vérifier les polices d’assurance », précise Cédric Lutz-Sorg, avocat spécialisé dans le droit de la responsabilité et des assurances.

Si la victime avait porté plainte, le dénouement aurait pu différer. Bien sûr, « le bailleur est obligé, par la nature du contrat, et sans qu’il soit besoin d’aucune stipulation particulière d’en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail », comme le stipule l’article 1719-3 du Code civil. Toutefois, « à partir du moment où une tolérance existe de la part de l’agriculteur quant à l’utilisation du terrain qu’il exploite, il peut être rendu responsable d’un pareil accident, pense l’avocat Emmanuel Karm. Dans ce cas, s’il pose une clôture ou creuse un trou, ce qu’il est en droit de faire puisqu’il loue ou possède le terrain, il vaut mieux le signaliser clairement. »

« Même si mon objectif n’était pas d’interdire l’accès à ce sentier », précise Jean-François Huckert, en accord avec la mairie, la Ligue de cyclotourisme l’a retiré de l’itinéraire, et des fils de clôture doublés d’une bande de tissu en barrent désormais l’accès toute l’année.

L'agriculture de montagne : perdante face au tourisme ?

Ces incidents soulèvent un débat : comment équilibrer l’activité agricole et l’activité de loisirs, en zone de montagne, principalement ? Certains agriculteurs se sentent déjà perdants. « Nous sommes face à un conflit d’usage dans notre massif, le plus petit mais le plus peuplé d’Europe. Il n’existe pas de politique publique pour réguler la situation, et de plus en plus de place est donnée aux loisirs, alors que nous, les agriculteurs, nous payons pour être là. Or, plus le tourisme augmente, plus il y a de monde, et plus ça va a contrario de l’agriculture de montagne », estime Florent Campello, éleveur de vaches vosgiennes, basé à Mittlach.

Ce débat sur la cohabitation et la responsabilité de chacun ressurgira sûrement à l’approche des Jeux Olympiques de 2024, puisque la Bresse servira de centre de préparation olympique pour les épreuves de VTT cross-country.

Négociations des prix

Une action pour gagner en considération

Vie professionnelle

Publié le 17/02/2021

Mercredi 10 h, sur le parking du supermarché Cora, à Haguenau, une quarantaine de tracteurs surmontés de drapeaux FDSEA et JA bas-rhinois se fraie un passage au milieu des caddies et des voitures de clients. Jacky Amann, éleveur de vaches laitières, est venu d’Hatten pour ouvrir le cortège. Dans sa cabine, son petit garçon d’à peine deux ans l’accompagne. « Au moins, il est content, il voit plein de tracteurs », concède l’agriculteur, qui est lui très remonté aujourd’hui. « Comme d’habitude, nous sommes traités comme le dernier maillon de la chaîne, alors que c’est nous qui fournissons les produits », souligne-t-il, en se stationnant devant l’entrée du magasin.

Comme Jacky, une centaine d’agriculteurs des cantons nord ont répondu à l’appel de la FDSEA, des JA et du Syndicat ovin du Bas-Rhin. En toile de fond de leur colère, les négociations en cours entre transformateurs et distributeurs qui vont régir le prix des produits agricoles de marques nationales pour cette année. Et les nouvelles du front parisien ne sont pas bonnes.

« Apparemment, les enseignes veulent faire baisser le prix du lait et ne pas augmenter celui des volailles, annonce Philippe Boehmler, responsable de la section bovine à la FDSEA du Bas-Rhin. Pour justifier une baisse, les représentants de la GMS prétendent que le pouvoir d’achat des consommateurs a diminué, alors qu’en 2020, leur chiffre d’affaires a explosé par rapport à 2019 (+6% d’après la FNSEA, N.D.L.R.). Il y en a marre qu’ils se fassent de l’argent sur notre dos. »

 

? Ce mercredi matin 17 février, les agriculteurs du réseau FDSEA du Bas-Rhin et Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin...

Publiée par EAV PHR sur Mercredi 17 février 2021

 

Un pas en arrière

Ces agriculteurs ont le sentiment d’être le dindon d’une farce dont ils sont exclus, alors que la loi Egalim, votée en octobre 2018 et approuvée par tous les acteurs au moment des États généraux de l’alimentation oblige la prise en compte du coût de production de l’agriculteur dans les négociations.

« En 2019 et en 2020, nous avons eu un petit espoir que les relations commerciales s’améliorent, se souvient Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA 67. D’ailleurs, dès janvier 2020, plusieurs accords avaient été signés. À ce jour du 17 février, seulement quelques groupes (Lidl, Carrefour et Système U) se sont entendus avec Sodiaal et Lactalis pour le premier, ainsi que Yoplait, Savencia et Eurial pour les autres ».

Les deux accords ont abouti à un prix du lait supérieur ou égal à 370 €/1 000 l, un peu plus que le prix payé actuel de 344,79 €/1 000 l, mais toujours inférieur au coût de production de 403 €/1 000 l, d’après les chiffres de la FDSEA. « Nous sommes en train de faire un pas en arrière et de retourner à la guerre des prix », regrette le directeur. Cette année, en particulier, les agriculteurs peinent à peser dans la balance. « D’habitude, à cette période, le salon de l’agriculture était l’occasion de faire du lobbying, mais comme il est annulé… sans compter la concentration de plus en plus forte des distributeurs, face à une myriade d’intermédiaires », ajoute-t-il.

Toutes les filières touchées

C’est pourquoi, les représentants locaux de la profession clament haut et fort leurs revendications devant le supermarché Cora, « qui ne joue pas trop le jeu », confie le syndicaliste. À commencer par « une organisation du prix en sens inverse, à partir du prix de production », exige Yannis Baltzer, secrétaire général des JA 67, depuis la tribune improvisée sur une remorque de tracteur. Ce prix devrait tenir compte des coûts de production qui enflent ces derniers temps. « Pour les vaches, le coût de l’alimentation en céréales et protéines a augmenté de 3 %, ces six derniers mois. Il faudrait déjà prévoir 10 € en plus sur 1000 l pour compenser ce changement. Pour les volailles, c’est encore plus grave, comme le prix d’une tonne d’aliment a pris 45 €», détaille Thomas Gillig, responsable de la section lait, aux JA 67.

Ces considérations en tête, une délégation de cinq représentants syndicaux part rencontrer le directeur du magasin, avec la ferme intention de l’informer de la nécessité d’instaurer un recouvrement du prix minimum de production dans tous les secteurs. Car, aujourd’hui, par exemple, les coûts de revient s’élèvent à 1,52 €/kg pour le porc ou 4,76€/kg chez le jeune bovin, pour des prix payés de 1,20 €/kg et de 3,80 €/kg. De quoi nourrir sa réflexion avant de s’asseoir à la table des négociations, à laquelle les agriculteurs rêvent d’être conviés.

Pendant ce temps d’échange, les agriculteurs restés sur le parking en profitent pour sensibiliser les clients à leur cause. « Oh la vache », ne peut retenir Christine, la soixantaine et fille de « petits » paysans bretons, quand elle comprend qu’elle paie son litre de lait plus de quatre fois plus cher que le prix reversé à l’agriculteur. « Je ne peux pas payer plus cher, car mon salaire en 10 ans n’a pas connu de hausse, il a même diminué à cause du chômage technique, concède cette salariée de l’hôtellerie. Il serait donc temps que les intermédiaires se sucrent moins. »

Une mobilisation balbutiante

Après quelques minutes, la délégation rejoint le promontoire du jour, sans grands engagements, sauf celui de la part du directeur du magasin de « se faire le porte-parole de nos revendications auprès de la direction nationale de son groupe », annonce Yannis Baltzer, des JA, qui ne se fait pas non plus d’illusions sur l’écho de ce positionnement. « Il a expliqué que lui aussi avait des coûts, avec 300 employés, et nous comprenons cela. Mais nous lui avons rappelé que le contexte est le même pour nous. En tant que gérants d’entreprises, nous ne pouvons pas continuer à vendre à perte », poursuit le jeune agriculteur.

Ce manque de considération inquiète pour l’avenir de l’agriculture française, surtout à l’heure où « la moitié du lait est produite par un agriculteur qui partira à la retraite dans cinq ans », rappelle Yohann Lecoustey.

Pour que leurs préoccupations résonnent au plus près des négociateurs, les syndicats ont prévu d’autres journées de mobilisation dans le département : le 18 février au supermarché E.Leclerc d’Erstein et le 19 février au Auchan de Marlenheim. Si leurs interlocuteurs font toujours la sourde oreille, d’ici le 1er mars, date de fin des négociations, ils ont prévenu, ils ne se contenteront pas de pareilles « actions douces ».

Théo, futur arboriculteur

Amateur de tracteur et de liberté

Vie professionnelle

Publié le 08/01/2021

Théo enfile son gilet bleu sans manches, sa paire de chaussures de marche. C’est parti pour un samedi après-midi de travail. Il monte à l’avant de la fourgonnette, à côté de son papa. Le duo sort du village de Roppenheim. Direction une parcelle de 1,8 ha de quetschiers, située le long de l’autoroute A35. À destination, pas besoin de donner d’instructions, chacun sait ce qu’il doit faire. Avec sa tronçonneuse, Charles Tuchscherer coupe la cime d’un premier arbre. Théo, lui, regroupe les bois tombés sur le côté de la rangée. « Ce sera plus simple pour passer le broyeur pour ensuite replanter des pruniers », explique ce jeune de 14 ans, avec une assurance timide, propre à son âge.

Le matin, Théo était en train de labourer une parcelle de maïs, non loin de là, tout seul, comme un grand. « C’est normal, il y a tellement de choses à faire pour préparer l’hiver qu’il faut être efficace », poursuit ce garçon aux cheveux bruns qui, s’il le pouvait, raterait bien ses cours de 4e pour rester dehors à aider son papa et ne rien rater de la vie de l’exploitation.

« Nous avons essayé de l’inscrire à des activités sportives mais ça n’a pas marché », avoue le papa, arboriculteur et céréalier, un brin résigné mais pas si dérangé que cela par la situation car, au fil des années, son fils est devenu son bras droit. « Il sait tout faire. Et si je lui demande de se lever à 6 heures du matin pour venir irriguer avec moi, pas de souci, il est toujours prêt. »

Charles n’a pas forcé son enfant dans la passion pour le métier. Tout s’est fait naturellement, dans l’environnement familial. « Je me souviens encore de ce jour où mon fils est resté seul au volant d’un tracteur, à l’âge de 2 ans, raconte Sonia, remplie d’émotions alors qu’elle sort un petit album photo qui retrace les débuts de Théo et de sa sœur aînée, Emma. Quand on a voulu l’en descendre, il s’est mis à pleurer si fort. »

À 6 ans sur le Kubota

Théo a eu gain de cause. À 6 ans, sous la surveillance de ses parents, il a même appris à conduire son premier tracteur de verger, autour de la maison : un Kubota M8540. « C’est devenu mon préféré », confie le garçon. D’abord sans outil, puis avec une petite remorque, maintenant avec n’importe quelle machine, sauf le pulvérisateur « par précaution pour sa santé », préfère son papa. « Ce n’est pas si facile de conduire, comme les cabines ont plein de boutons. Il faut apprendre à accélérer le moteur, à allumer la coupe, mais ça va », admet Théo, qui roule dans les champs avec son papa, mais jamais sur la route.

Des tracteurs, Théo en a rempli la maison. En Légos, dans le salon, ou agencés avec des pièces en bois, dans la petite mezzanine qui dessert les chambres. Il ne joue plus avec mais chaque objet conserve sa place. « Cela fait partie de la décoration », commente sa maman, amusée. Même les grains de maïs que Théo utilisait pour sa petite moissonneuse sont restés bien en vue, dans un bac, à côté du garage en carton.

Maintenant, Théo collectionne plutôt les posters de tracteurs dont il tapisse les murs de sa chambre. À droite de son lit, il a déjà accroché le calendrier 2021 de la maison John Deere que lui a commandé sa maman, complice de sa passion. « Parfois, la nuit, je rêve de conduire une machine avec une charrue à 12 socs », partage Théo, conscient que cela ne lui arrivera sûrement pas. Sauf s’il part aux États-Unis, mais ce n’est pas son intention. Lui veut succéder à son papa, sur sa soixantaine d’hectares de céréales et de verger de pommes, poires et prunes.

L’espoir de la natti

Devant la motivation de son fils, Charles Tuchscherer, 55 ans, s’est lancé dans la culture de la nouvelle pomme alsacienne natti sur 3,5 ha. Il estime que cette activité durera au moins vingt ans, de quoi faciliter l’entrée de son garçon dans le métier. Théo, lui, a fait son premier plant en mars 2018, et récolté ses premiers fruits l’année suivante. « Il y en avait déjà beaucoup, alors j’ai l’espoir que ça continue », déclare l’enfant. Les chiffres lui donnent pour l’instant raison. En 2019, Charles Tuchscherer a obtenu 30 t/ha de natti ; en 2020, 52 t.

Reste à découvrir et comprendre les coulisses du métier. « Souvent, il vient me trouver après avoir regardé des vidéos sur Youtube, pour me dire qu’il faudrait acheter telle ou telle machine. Je lui réponds qu’il faut d’abord avoir les sous », témoigne Charles Tuchscherer qui essaie de distiller à son fils autant de conseils que possible pour « avoir une exploitation viable, réfléchir avant de se lancer mais pas trop longtemps ».

Même si elle a souvent « la frousse » quand elle voit son fils monter sur des machines, comme bien des mamans, Sonia encourage Théo dans son parcours. Elle a déjà contacté le lycée agricole d’Obernai pour qu’il y parfasse ses connaissances, directement après la fin de sa scolarité au collège de Seltz, ou après une année de 3e au lycée de Wintzenheim.

Une pareille formation lui permettra d’explorer davantage encore son désir de protéger la nature et les animaux. En attendant, ces jours où la nuit tombe plus vite qu’il ne le voudrait, Théo finit par s’entraîner à moissonner le blé sur le jeu vidéo Farming Simulator. En cinq minutes, il parvient à accumuler 8 061 € en revenu de récolte. « Si c’était comme ça en réalité, on n’aurait pas besoin de planter des pommes », lâche Charles, en interpellant son fils. Théo acquiesce par un rire franc.

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