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Aline Fontaine

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Démonstration d’automne Serma

Avancées technologiques chez Fendt et outils ergonomiques chez Lemken

Technique

Publié le 25/10/2020

Cette année aurait pu être différente, malgré tout Serma a tenu à maintenir sa traditionnelle « journée aux champs », dimanche 18 octobre. « À cause du Covid-19, les concours de labour n’ont pas eu lieu, le festival de l’élevage de Brumath et la foire du vin de Colmar ont aussi été annulés. Cela faisait longtemps que le monde agricole ne s’était pas retrouvé, et il en avait besoin », témoigne Freddy Jung, directeur commercial de Serma.

 

Publiée par Serma agroéquipement sur Vendredi 16 octobre 2020

 

Un beau soleil automnal a bercé ces retrouvailles, et a comme facilité le respect des mesures sanitaires : masques, gel et cahier pour recenser les coordonnées des visiteurs. « Les autorités nous ont demandé de prendre ces précautions, même si l’événement est en extérieur. Ce n’était pas une raison pour annuler. La vie continue et il faut continuer à travailler », avance Freddy Jung.

Au bord des parcelles ou près de la buvette tenue par les Jeunes Agriculteurs du canton de Brumath, les participants étaient du même avis, et semblaient ravis de découvrir les nouveautés de l’année. À commencer par FendtONE, la cabine dernier cri de la marque Fendt, avec un espace de pilotage entièrement repensé, et un accoudoir principal où sont regroupées toutes les commandes du tracteur (avancement, relevage, hydraulique, etc.). « C’est l’exclusivité de cette cabine car avant les commandes n’étaient pas rassemblées au même endroit », précise le directeur commercial.

 

 

FendtONE, une tablette multifonctionnelle

Autre particularité de la FendtONE : sa tablette unique, multifonction, qui comprend tous les menus du tracteur. Par un simple glissement de doigt, on peut donc démarrer le gyrophare ou vérifier la consommation de carburant, comme sur un téléphone où on jongle entre les applications. Cette tablette présente un autre avantage puisqu’elle permet aussi de contrôler les outils accrochés au tracteur. « Jusqu’à présent, il fallait un boîtier à part dans la cabine, désormais tout peut être centralisé sur la même interface, ça évite d’avoir plusieurs écrans dans la cabine », trouve Freddy Jung.

Cette cabine inclut une deuxième tablette avec les mêmes caractéristiques, qui se rabat automatiquement dans le toit, un gain d’espace. « Comme ça, sur la première tablette du tracteur, on peut commander l’outil et sur la deuxième, régler le guidage RTK », ajoute le directeur commercial. Cette avancée technologique a beaucoup d’atouts. « La présence des deux tablettes double la capacité de mémoire, note Sébastien Singhoff, commercial. On peut stocker tout ce qui est parcellaire, et programmer un outil au préalable depuis la maison. »

Le commercial se veut rassurant : « Ces équipements sont très intuitifs et réactifs. Les gens qui les ont utilisés ont très bien compris comment ça marchait. Et pour les agriculteurs réticents au tactile, pas de panique, toutes les commandes restent accessibles à partir de la mollette de la console. »

L’ergonomie à son paroxysme

Le groupe Lemken a aussi profité de cette journée pour mettre aux champs ses nouveaux outils. La Juwel 10 a été la première à entrer en scène. C’est la grande sœur des charrues 7 et 8 de la marque, qui s’adapte sur des tracteurs de 450 ch. À première vue, c’est une charrue classique de labour mais elle est équipée d’un système de tête suspendue, afin de pouvoir passer en mode transport sans avoir à enlever le troisième point. « Cette performance technique facilite la transition entre les modes transport et champ », estime Nicolas Soehnlen, inspecteur commercial de Lemken. Contrairement aux charrues habituellement utilisées en Alsace qui comprennent quatre ou cinq corps, celle-ci en compte sept. « Cela permet de couvrir 3,85 m de largeur au labour, et de gagner en rendement-hectare et en vitesse de travail », annonce Nicolas Soehnlen.

 

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Publiée par LEMKEN sur Mardi 20 octobre 2020

 

Les visiteurs ont aussi pu découvrir le semoir Solitaire 9 +, la dernière génération des semoirs solitaires pneumatiques de chez Lemken. Grâce à une ouverture de capot plus importante, la capacité de trémie atteint désormais 1 450 litres au lieu de 1 200 litres. Une option permet d’aller jusqu’à 1 850 litres. « C’est surtout plus pratique quand on charge avec des gros sacs de semence », précise Nicolas Soehnlen. Autre amélioration : l’accès au bac d’étalonnage facilité par un bouton situé sur le semoir, à l’extérieur. Plus besoin de s’allonger sous la machine pour lancer la procédure. Et dernier petit détail de taille : un capteur par radar de quelques centimètres remplace la grande roue située auparavant à l’arrière du semoir, afin d’enregistrer la vitesse d’avancement. « Ainsi, l’agriculteur peut reculer jusqu’au bord des champs, sans perdre 1m50 comme avant », explique l’inspecteur commercial.

 

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Publiée par LEMKEN sur Jeudi 15 octobre 2020

 

Enfin, le semoir Saphir 10 a fait son apparition. Sa particularité repose sur son arbre d’entraînement actionné par un moteur électrique. « Cela permet une modulation de dose de semis, un étalonnage très facile et un démarrage anticipé de la distribution », ajoute-t-il.

Aux côtés de ces nouveautés, Lemken a exposé sa gamme de déchaumeurs, avec un modèle à dents, le Karat 9 et deux modèles à disques, le Rubin 12 qui offre une profondeur de travail jusqu’à 20 cm, et son petit frère, le Rubin 10. En plus de la cabine FendtONE, le groupe Fendt a, quant à lui, mis en avant le Fendt 200, un tracteur destiné à l’arboriculture, adapté à cette zone spécialisée dans le houblon, ainsi que les Fendt 500 et 700, les plus vendus dans le secteur, et le Fendt 1000, le plus gros de la gamme, plus approprié pour les grandes exploitations ou les entrepreneurs de travaux agricoles.

 

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Publiée par LEMKEN sur Mercredi 14 octobre 2020

 

Cette journée de démonstration aura aussi eu pour but détourné de montrer aux agriculteurs tous les champs des possibles, en cette période un peu compliquée. « Non pas tant à cause du Covid-19, car même si les agriculteurs n’ont pas investi pour le plaisir comme ils le font parfois, ils ont quand même renouvelé le matériel nécessaire. Plutôt à cause des débats autour de l’arrêt du glyphosate. Les agriculteurs se cherchent un peu quant à l’orientation matérielle à prendre. Certains se lancent mais beaucoup attendent de savoir quel sera leur avenir », observe Nicolas Soehnlen.

Nouvelle pomme Natti

Un an après, un pari qui porte ses fruits

Cultures

Publié le 22/10/2020

Au fond du parking de la Cuma Alsa Pomme, à Brumath, un drôle de podium prend forme. Au milieu, deux palettes exhibent un nouveau slogan devenu presque officiel : « Natti, la pomme d’Alsace de caractère ». De part et d’autre, des barquettes dévoilent de beaux fruits rouges, fraîchement cueillis. Patrick Vogel s’élance en premier sur cette estrade improvisée. « Quand j’ai accepté de coordonner l’aventure de la pomme Natti, en 2016, je me suis demandé ce qui me prenait. Solidifier un groupe de producteurs et travailler en cohésion, quel défi ! Aujourd’hui, je n’ai aucun regret, l’union fait la force », déclare le président de la coopérative, rempli d’émotions.

Le 13 octobre 2020, au moment de souffler la première bougie de cette variété, en compagnie d’élus et de personnalités du coin, l’arboriculteur a de quoi être fier. Avec 13 autres producteurs, il a déjà rempli une mission exceptionnelle : doubler la quantité de pommes récoltées sur la totalité des 25 ha répartis entre le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, en passant de 230 t pour la saison 2019-2020 à 450 t pour cette deuxième année.

 

 

 

 

Ce résultat vient récompenser de nombreux efforts, d’abord financiers. Un hectare de plantation coûte 40 000 € aux producteurs, contre 30 000 € pour les autres variétés. « C’est plus cher car nous avons signé un accord d’exclusivité avec le groupement de pépiniéristes italiens qui la diffusent », explique André Muckensturm, qui consacre 1,3 ha à la Natti sur son verger de 10 ha, à Rottelsheim. Comme les autres initiateurs du projet, il doit aussi respecter un cahier des charges plus exigeant. À commencer par l’utilisation de produits de biocontrôle pour traiter cette pomme particulièrement résistante à la tavelure. « Cela correspond à la volonté des consommateurs de manger de plus en plus sainement mais ça ne se met pas en place du jour au lendemain », précise Matthieu Gangloff, aussi installé à Rottelsheim. Pour l’instant, aucun verger n’a présenté de tavelure, une petite victoire.

20 % de bénéfices en plus

Les arboriculteurs engagés ont également dû protéger leur culture de filets anti-grêle, pour ne pas risquer d’endommager leur production. « Tout ça nous demande plus de travail, mais ça devrait représenter 20 % de chiffre d’affaires en plus », note Matthieu Gangloff. Cet atout encourage les producteurs à continuer.

« Pour l’instant, nous n’avons pas encore de retour sur investissement, comme le verger devrait mettre quatre ans à atteindre sa pleine production. Mais maintenant que la plantation est terminée, le plus gros est fait, il n’y a plus qu’à profiter », se réjouit André Muckensturm. Cette année, ce jeune de 28 ans a récolté 15 t de Natti. D’ici deux ans, il pense atteindre les 50 t. Si la demande s’accroît, il est prêt à étendre la surface impartie.

Le lancement de la Natti a aussi permis de renforcer la Cuma Alsa Pomme, puisque des arboriculteurs les ont rejoints. « C’est la couleur de la pomme, sa résistance et l’idée de réduire les traitements qui m’ont séduit », confie Charles Tuchscherer qui n’avait jamais cultivé de pommes à son compte auparavant. À sa grande surprise, il a obtenu des rendements exceptionnels pour cette deuxième année : 40 t par hectare. « Certainement parce que mon verger est situé à 500 m du Rhin, à Roppenheim, et grâce à l’irrigation, j’ai pu protéger les feuilles d’une pellicule de glace. » Ce secret, il compte surtout le confier à son fils, décidé à poursuivre sur la lancée de son père. « Sans la certitude que la Natti pouvait lui réserver un bel avenir, je ne l’aurais pas fait », avoue-t-il.

Pour entretenir cet élan d’optimisme, la Cuma est en train de se doter de nouveaux équipements. La calibreuse acquise cette année a permis d’optimiser la sélection des pommes. « Nous avons réglé la machine pour qu’elle ne garde que les pommes Natti qui ont plus de 45 % de couleur. Les autres sont destinées au jus de pommes. Sans cet outil, nous avions 17 % de perte, avec 4 %, donc c’est un gain de vente évident », observe Patrick Voegel, qui regrette toutefois cette attente des distributeurs qui tend à l’uniformisation des fruits.

 

 

 

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Publiée par Fruits et légumes d'Alsace sur Mercredi 14 octobre 2020

 

 

Arriver à 1 000 tonnes

Au courant de cette année, la Cuma va investir dans une nouvelle chambre froide, afin de stocker une récolte grandissante puisque d'ici 2022, 1 000 t de Natti sont attendues à l’entrepôt. « La chambre froide ULO (Ultra low oxygen) pourra modifier l’air tout en gardant la pomme dans son état originel. Notre idée est de pouvoir présenter cette pomme de plus en plus longtemps dans les rayons, jusqu’en juin, d'ici 2022 », attend Rudy Hecky, arboriculteur à Steinseltz et président du Groupement d’intérêt économique (GIE) Pom’Est, qui a été créé pour gérer la plantation et la promotion de cette variété.

En parallèle, les producteurs vont utiliser une partie de leur premier chiffre d’affaires de 300 000 € pour dynamiser la communication qui occupe les rayons des GMS en Alsace et quelques circuits de restauration hors domicile (RHD). « Nous avons ajouté le logo des Vergers écoresponsables sur nos barquettes, puisque c’est le cas », souligne Rudy Hecky. La Cuma propose aussi cette année de nouveaux conditionnements en sachets avec des pommes de plus petits calibres et des BIB familiaux de 5 litres pour le jus dont la production est de 15 000 litres au total.

Une bonne pomme, un peu plus chère

« Elle est vendue 25 % plus cher que d’autres pour tous les frais qu’elle implique, mais pour une bonne pomme, le consommateur est prêt à payer plus », argue l’arboriculteur. En tout cas, cette nouvelle venue donne beaucoup d’espoirs à ses propriétaires. « Quand on parle du Limousin, on pense à la Golden. On voudrait qu’à l’avenir, quand on parle d’Alsace, on pense tout de suite à la Natti », rêve André Muckensturm. Ses premiers consommateurs sont persuadés qu’un pareil destin attend cette « jolie », traduction de l’alsacien natti. « Elle est sucrée, acidulée, croquante et juteuse. Pour moi, c’est une pomme parfaite, maintient Delphine Wespiser, ambassadrice Fruits et légumes d’Alsace, venue souffler cette première bougie. Elle peut devenir un produit phare au même titre que le vin et la choucroute. »

Natti a au moins tapée dans l’œil d’Hubert Maetz, chef du restaurant Le Rosenmeer, à Rosheim. C’est lui qui a préparé le goûter d’anniversaire, ce 13 octobre. Et pour l’occasion, il l’a parée de mille feux : confite dans un sirop sans sucre préparé avec la peau, ou accompagnée d’une crème brûlée au romarin. Des idées délicieuses qu’il va s’empresser d’ajouter à sa carte.

 

 

 

 

? Retrouvez-nous sur France 3 Alsace dans le JT à 19h et demain midi Pour la 2ème récolte de la fameuse NATTI, la pomme...

Publiée par Le Rosenmeer-Hubert Maetz sur Mardi 13 octobre 2020

 

 

Marques et territoires

Une nouvelle vitrine numérique pour les produits du Grand Est

Pratique

Publié le 13/10/2020

En ces temps un peu spéciaux, pas de ruban à couper ni de champagne à partager pour bon nombre d’inaugurations. À la place, il faut fêter virtuellement. Cette nouvelle pratique a aussi du bon. « C’est la première fois que nous réunissons autant de distributeurs concurrents. Je me demandais ce que ça donnerait. Les échanges ont été riches », se réjouit Jean-Thomas Robichon, directeur de développement à l’Aria (Association régionale des industries alimentaires) Grand Est, au moment de saluer ses auditeurs.

Le 1er octobre, une soixantaine d’entrepreneurs, distributeurs, restaurateurs et grossistes ont répondu à son appel pour le lancement du site : « Savourez Grand Est ». Ce projet a été initié par les différentes marques de la région : « Savourez la Champagne-Ardenne ! », « La Lorraine Notre signature », « Savourez l’Alsace » et « Savourez l’Alsace produit du terroir ». Ensemble, elles regroupent des entreprises dont les produits sont fabriqués et/ou transformés sur le territoire.

« Savourez Grand Est » n’est pas une nouvelle marque. Il prend la forme d’un catalogue numérique recensant à ce jour 200 entreprises et 3 000 produits. À partir de la page d’accueil, il est possible de les repérer sur une carte ou de les retrouver selon leur catégorie, leur appartenance territoriale, ou encore leur labellisation.

Des ponts entre distributeurs et producteurs

Ce guidage facile d’accès permet aussi d’en apprendre sur les entreprises répertoriées : chiffre d’affaires, effectif, capacité de production, et surtout, leurs coordonnées. Car le but de ce site est avant tout de « créer des ponts entre la grande distribution et les entreprises de la région », comme le précise Laurine Bernard, chargée de mission pour « La Lorraine, Notre signature ».

Une démarche d’autant plus importante que, contrairement à la restauration collective régie par la loi Egalim, « la grande distribution et les restaurants ne sont pas tenus de compter un certain pourcentage de produits locaux parmi ce qu’ils vendent », ajoute-t-elle.

Depuis 2018, les différentes marques ont donc uni leurs forces pour aboutir à ce site et leurs efforts sont aujourd’hui salués. « On l’observe de plus en plus, la majorité des consommateurs veulent acheter local, donc c’est important que les grandes surfaces puissent nous identifier, et surtout jouer le jeu de nous mettre en avant dans leurs magasins, car les produits labellisés sécurisent les consommateurs », lance Valérie Siegler, directrice générale de Carola-Wattwiller.

Entre intention et réalité des comportements

Même enthousiasme chez les distributeurs. « Des plateformes de ce type-là, il en existe, mais avec des informations aussi poussées, c’est la première », reconnaît Mickaël Geslin-Gavand, chef de produit chez Système U.

Sans compter que le site annonce aussi les événements et opérations agroalimentaires du Grand Est, « un vrai plus », d’après Yves Paltot. « J’imagine que toutes les informations du site faciliteront le travail d’enseignes qui voudront s’installer », estime le responsable commerce alimentaire du magasin Auchan de Strasbourg-Hautepierre.

Lui travaille avec 90 producteurs et artisans alsaciens, soit 15 % de ses fournisseurs. « À mon sens, on peut faire plus, c’est toujours mieux que d’importer des citrons d’Israël. Mais entre l’intention des consommateurs d’acheter local et leur capacité à mettre la main à leur portefeuille, il y a un fossé, et il faut en être conscient », constate-t-il.

Vers une interactivité régionale ?

Malgré tout, il est déterminé à valoriser le local, tant que les producteurs continueront à miser sur la qualité, source de fidélisation avec les consommateurs. « À l’issue de la réunion pour le lancement du site, j’ai tout de suite commandé un échantillon de produits à la biscuiterie Marinette, qui fabrique des biscuits personnalisés, en Lorraine. « Savourez Grand Est » nous permettra aussi de proposer des produits d’autres départements, car tous nos clients ne sont pas originaires d’Alsace », ajoute Yves Paltot.

Et la réciprocité vaut aussi pour certains producteurs alsaciens qui espèrent profiter du site pour exporter leurs biens « au-delà des frontières ». « Le site va nous donner de la visibilité, c’est génial », trouve Jérémy Flippes, le dirigeant de Moi, Moche et Bon, une marque de jus de fruits estampillés « anti-gaspi », membre de « Savourez l’Alsace ». L’entreprise strasbourgeoise, créée en mai 2017, commercialise ses produits dans une centaine d’établissements variés : supermarchés, hôtels et restaurants. Le lancement du site tombe à pic car l’entreprise veut développer sa stratégie commerciale. « L’année dernière, nous avons vendu 150 000 bouteilles mais il faudrait écouler quatre fois plus pour que l’entreprise fonctionne bien », détaille le dirigeant.

D’autres accueillent le nouveau site avec une légère appréhension. « Et s’il nous mettait en concurrence plutôt ? », se demande Jean-Pierre Saulet, l’animateur de l’association des éleveurs Agneaux Terroir d’Alsace, adhérente de « Savourez l’Alsace Produits du terroir ». « Les entreprises qui rayonnent dans tout le Grand Est vont sûrement être favorables à ce genre d’actions. Nous, nous misons tout sur l’Alsace, pour la production et la vente. Cela a un coût mais cela répond à un gage de qualité, et c’est grâce à ça que nous avons pu bâtir des relations sincères et durables avec nos clients, chaque éleveur étant en lien permanent avec son boucher, rapporte le représentant d’un groupe qui compte 21 éleveurs et travaille avec 25 grandes surfaces du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Devons-nous craindre l’arrivée d’agneaux « Grand Est » sur notre marché, qui ne rempliront pas les mêmes critères mais seront moins chers ? »

Yves Paltot, du groupe Auchan Strasbourg, se veut rassurant. « En termes de déontologie, personne ne changera de partenaire en cours de match, sauf si le producteur nous dit qu’il ne peut plus suivre. »

Les initiateurs du site, eux, confirment leur intention positive, et veulent en faire une vraie vitrine des produits régionaux, ailleurs en France, voire à l’étranger. « Déjà le site est visible de partout, argumente Jean-Louis Robichon, de l’Aria Grand Est. Nous prévoyons aussi d’imprimer des catalogues avec tous les produits afin de le présenter lors de salons. » En attendant, son équipe s’engage à alimenter régulièrement le catalogue en ligne avec de nouvelles entreprises, afin de dépasser l’engouement du début et conserver la curiosité des acheteurs.

ZNT – Le projet de la FDSEA du Bas-Rhin

Des fleurs pour rapprocher les cœurs

Vie professionnelle

Publié le 07/10/2020

Plusieurs fois par an, l’Amicale des maires du canton de Soultz-sous-Forêts organise des sorties de terrain. Mais, à cause des restrictions sanitaires actuelles, difficile de s’attrouper dans les entreprises. Alors, samedi 3 octobre, le rendez-vous est donné, en plein air, à la ferme de Georges et Mathieu Werly, à Birlenbach. Voilà six ans que le groupe d’élus n’a pas visité d’agriculteurs, les hôtes du jour s’en donnent donc à cœur joie, avec deux objectifs : partager leur savoir-faire et discuter d’une solution concrète pour aménager les fameuses zones de non-traitement.
Le fils, Mathieu, casquette vissée sur la tête, introduit d’abord son étable où une cinquantaine de vaches laitières cohabitent et produisent près de 700 000 litres par an, une performance qui tient au robot acquis en 2015 et qui impressionne les 23 élus. Un peu plus haut, c’est Georges, le père, qui présente ses « athlètes de haut niveau » : les futures génisses. Dans ce deuxième bâtiment, certaines apprennent à manger seules de la pulpe de betterave et des fourrages tirés de leurs 110 hectares, à marcher sur du caillebotis, d’autres séjournent pendant leur congé maternité, avant de vêler.

 

 

 

 

Des bandes mellifères de cinq mètres

Désormais assis au pied des ballots de paille, les visiteurs reprennent leur fonction, car il faut parler des « zones de non-traitement » imposées par l’État depuis le 1er janvier auprès des habitations, et qui suscitent de nombreux débats. Pour cela, la FDSEA du Bas-Rhin, en collaboration avec les Jeunes Agriculteurs, est venue avec une proposition : sur cinq mètres de large, et non trois comme prévu initialement, les agriculteurs s’engageraient à mettre en place et gérer des bandes mellifères. En retour, les maires verseraient 100 € par bande de 5 m de largeur et 100 m de longueur, pour compenser les pertes de rendement et rémunérer l’entretien des espaces.
« Ce n’est pas anodin, en passant de 3 à 5 m, nous voulons surtout tendre la main aux riverains, leur montrer que les agriculteurs sont prêts à faire un effort », développe Yohann Lecoustey, le directeur de la FDSEA 67 devant son auditoire. « Ensuite, nous faisons le choix de couverts mellifères pour trois raisons. D’abord, pour favoriser la biodiversité, comme le souhaite la population, ensuite pour s’inscrire dans la tradition des villages fleuris d’Alsace, enfin pour éviter les dépôts sauvages ou la circulation comme cela peut arriver sur les bandes enherbées », argue-t-il.
« Mais, si on attire les abeilles, l’interrompt un maire, les gens pourraient être piqués. Qui en sera responsable ? » Ce à quoi le syndicaliste a une réponse toute trouvée. « La société de consommation nous demande de faire plus pour protéger la nature, donc je rigolerai dans ma moustache si quelqu’un nous reproche la présence d’insectes pollinisateurs. »
Il lui faut aussi expliquer la question du coût. « Pour calculer la compensation envers les agriculteurs, nous nous sommes appuyés sur les barèmes de la Chambre d’agriculture, et sur le chiffre d’affaires moyen d’un exploitant auquel on a retiré les charges opérationnelles non réalisées, et ajouté le coût d’implantation », complète le syndicaliste. Quelques moues accueillent son argumentaire. « Mais cette perte doit être compensée par qui ? N’est-ce pas le rôle de l’État ? », demande un élu. « L’État compense rarement », lâche Yohann Lecoustey, cynique et désabusé à la fois.

Un investissement justifié

C’est pourquoi, avec sa proposition, la FDSEA mise sur la mobilisation locale pour s’attaquer rapidement au problème et surtout y apporter une réponse durable. « Dans votre secteur, nous n’avons pas trouvé de communes concernées par des distances folles, tente de rassurer Yohann Lecoustey. Nous pourrons vous aider à identifier les parcelles cadastrales concernées. »
La FDSEA a déjà soumis cette idée de convention entre maires et agriculteurs lors de la consultation publique pour la charte départementale sur les ZNT, en étude actuellement à la préfecture. Même si le texte est rejeté, rien n’empêchera les collectivités et les agriculteurs de signer un contrat de droit privé.
Cet automne, Elisabeth Weinling-Hamel, la nouvelle maire de Lobsann, a prévu d’organiser une réunion avec les agriculteurs qui ont des terres en bordure du village, car les relations se tendent avec les 640 habitants du village. Elle leur soumettra cette convention. « C’est la boîte à outils qui va me sauver la vie, s’enthousiasme l’élue. Et la meilleure solution sur le fond, car elle permet de régler les problèmes des risques sur la santé des gens, et de renforcer l’image des agriculteurs. C’est d’ailleurs très appréciable que cette idée vienne d’eux. »
La question du coût ne l’inquiète pas trop. Sur sa commune, seule une centaine de mètres entre dans les zones de non-traitement. « C’est un investissement certes pour notre petit budget de fonctionnement, mais une dépense qui se justifie. Je ne veux pas que dans 50 ans, on reproche aux communes de n’avoir rien fait », ajoute-t-elle.
Mais, la proposition de la FDSEA est-elle applicable à des communes plus grandes ? Certains maires en doutent. « Moi, j’ai 200 mètres linéaires à couvrir, donc ce ne sera pas trop embêtant, mais pour les agglomérations, ce sera plus compliqué financièrement », évalue Dominique Schneider, maire de Merkwiller-Pechelbronn.

En attendant l’aide de l’État

Des municipalités du secteur ont d’ailleurs déjà adopté une autre solution, plus accessible. Fraîchement élue au printemps, la nouvelle municipalité de Soultz-sous-Forêts-Hohwiller a conclu avec les agriculteurs de transformer les ZNT, qui couvrent un peu plus d’un kilomètre, en bandes enherbées. « Nous nous sommes inspirés des chiffres prévus pour le dédommagement des surfaces à abandonner contre les coulées de boue, et cela nous revient à quatre fois moins cher que les bandes mellifères », compte le maire, Christophe Schimpf.
Mais il ne s’interdit pas d’opter pour un embellissement floral, si l’État apporte la dotation nécessaire. « Normalement, l’État doit verser 0,10 € par m2 pour compenser le manque à gagner, c’est prévu, mais ça traîne. Après, il faudra aussi que les agriculteurs s’y retrouvent », pondère l’élu.
Car, les bandes mellifères ne rapporteront rien aux premiers concernés. « Je ne pourrai pas me le permettre », dit franchement Jean Walter, un jeune exploitant de 30 ans. Il possède 40 hectares, dont 20 ares en bordure du village de Lobsann, qui lui rapporte quelque 80 quintaux de blé et 100 quintaux de maïs à l’hectare par an. Il accueille aussi des chevaux en pension. « Je suis déjà obligé d’acheter du fourrage à l’extérieur à cause de la sécheresse, donc je transformerai ces zones en herbage pour ne pas trop perdre, surtout que par endroits, je devrai sûrement sacrifier toute la parcelle, regrette celui qui est déjà passé à l’agriculture raisonnée sur ses parcelles situées entre des maisons. Ce n’est pas tant le fait d’être indemnisé qui m’intéresse, mais de pouvoir continuer à produire. »
Ce projet devra donc s’adapter aux besoins de chacun et la FDSEA en est consciente. « Tout cela ne peut être que volontaire et s’il le faut, nous développerons une option herbage », concède Yohann Lecoustey.
Avant Birlenbach, la FDSEA a déjà présenté son projet devant les maires de la Communauté de communes du Kochersberg. Une première convention devrait être signée dans les prochains jours à Truchtersheim. « Notre objectif, c’est que tous les maires du département adoptent la même posture. Notre département pourrait être pionnier car, à ce jour, nous sommes les seuls à proposer ça », rêve Yohann Lecoustey. À voir si ce modèle est duplicable ailleurs en France car rares sont les villages où les habitations sont aussi regroupées qu’en Alsace. Mais rien n’est impossible pour gagner en sérénité.

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