« Hors circuit »
Comment être visible dans les vallées ?
« Hors circuit »
Vigne
Publié le 27/07/2023
Hédonisme ! Le vin est un plaisir. Les domaines Schoenheitz à Wihr-au-Val, dans la vallée de Munster, et Vogt à Wolxheim, dans la Couronne d’or, le savent d’autant plus que leurs vignerons sont eux-mêmes de joyeux épicuriens. Ils partagent encore d’autres spécificités, comme celle d’élaborer des vins « déroutants », dixit Jérôme Mendelin, du domaine Schoenheitz… dans tous les sens du terme ! « Nous sortons des sentiers battus. Nous sommes sur des terroirs particuliers, en dehors de la Route des vins », explique-t-il. Le jeune homme de 37 ans, qui vient de reprendre le domaine Schoenheitz, mise sur ses rouges singuliers pour développer l’activité et salue au passage ceux de la Couronne d’or, dont les grappes mûrissent sur des sols calcaires. Il reste fidèle aux actions mises en place par l’équipe de sa prédécesseure, Dominique Schoenheitz, pour assurer sa visibilité. Tout au long de l’année, deux salariés, dont un sommelier ayant officié à Boston, accueillent les touristes au caveau, parce que c’est plus confortable… et que l’expérience est totale !
« Le modèle économique de Dominique est bon, son offre œnotouristique aussi. Elle est pertinente. Autant capitaliser dessus ! Nous sommes sur la Route des fromages, dans la vallée de Munster. On joue local. Nous mettons en avant les producteurs et artisans, mais aussi les restaurateurs locaux, pour des accords mets-vins originaux, une expérience du terroir authentique », cadre Jérôme Mendelin, qui précise qu’il produit de 80 000 à 90 000 bouteilles par an. En plus des classiques dégustations et des cinq accords mets/vins au caveau, l’été, le domaine ouvre ses vignes aux touristes (beaucoup de sportifs, vers Munster) pour des balades en autonomie ou guidées, de quoi les mettre en soif et en appétit, pour des apéros vins et fromages de la vallée. Il organise aussi un Apéro gourmand, en lien avec le syndicat des Vignerons indépendants d’Alsace (Synvira). Cette année, il a eu lieu le 30 juin, en partenariat avec le restaurant coréen Jalmogoyo de Mulhouse : un régal de goûts pimentés, au piquant cassé par la sucrosité et les épices d’un gewurztraminer, notamment. « Le goût, c’est notre cœur de métier », atteste Jérôme Mendelin.
Depuis plus de quatorze ans en effet, la formule fait recette pour le domaine Schoenheitz, qui profite aussi d’avoir très peu de concurrents dans la vallée. Le vigneron admet que les clients viennent facilement sur place. D’autant plus que les restaurateurs alentour ont les vins Schoenheitz à la carte. S’il profite de ses belles terrasses, au cœur d’un somptueux paysage touristique, il n’empêche que le domaine sort aussi de son périmètre. « Tout le monde fait travailler tout le monde dans la vallée », rappelle Jérôme Mendelin. Il est donc présent aux pots d’accueil hebdomadaires de l’office du tourisme de la Vallée de Munster, aux dégustations des partenaires comme chez un fermier de la vallée ou un gîteur. Ainsi qu’aux dégustations organisées par les diViNes d’Alsace, dont Aude Olive, chargée de la communication du domaine, est membre, qui se conjuguent souvent en musique ou en conférences. Les 2 et 3 septembre, à la Maison du fromage à Gunsbach, le Festi’Val Saint-Grégoire sera encore une occasion de savourer les vins du domaine Schoenheitz. « L’objectif est de célébrer les 70 ans de la Route des Vins et les 55 ans de la Route du fromage, en reliant ces deux routes par un événement festif qui regroupe les principaux acteurs de la vallée, dont aussi la Cave de Turckheim », détaille Aude Olive, sans révéler le programme. Plus d’informations à venir, sur le site du domaine et les réseaux sociaux qu’elle anime. Mais pas de salon ni non plus de Foire aux vins pour ce domaine, qui participe à quelques marchés de Noël ici et… en Provence.
Tisser des liens
Le domaine Laurent Vogt est aussi absent des salons. « À l’ancienne », c’est ainsi qu’on pourrait qualifier la communication et la commercialisation du domaine situé à Wolxheim, dans la Couronne d’or, près de Strasbourg. Elles sont classiques… et efficaces. Bouche-à-oreille, visites de caves et des vignes à la demande, dégustations toute l’année au caveau, participation à des manifestations festives et commerciales, avec l’association du vignoble La Couronne d’or ou le Synvira, dont le marché de Noël à Strasbourg ou le fameux Pique-nique chez le vigneron à la Pentecôte. Un site internet, une page Facebook et un compte Instagram permettent de retrouver les informations pratiques rapidement sur la toile et d’y avoir une visibilité, mais ce ne sont pas les moyens de communication les plus plébiscités par Sylvie et Thomas Vogt, le fils de Laurent, qui a repris l’exploitation en 1998. « Les clients sont nos commerciaux. Ce sont les meilleurs influenceurs ! C’est comme en restauration : l’un goûte, aime, le dit à un autre ou lui fait goûter, et c’est l’effet boule de neige », résume Sylvie Vogt. Les époux, qui seront bientôt rejoints par leur fille Laura, 19 ans, ne comptent pas sur les touristes pour vendre leurs quilles : quasiment que sur les locaux.
La majorité des bouteilles Vogt sont vendues au caveau. Des restaurants, des cavistes, La Nouvelle Douane et le Comptoir des vignerons alsaciens à Strasbourg, permettent d’écouler ailleurs, plus loin et d’être vu. « Nous n’avons pas une stratégie de communication établie. Il faut être présent à un maximum de petits rendez-vous, parce que les hasards de la vie sont souvent heureux. Dès que je peux, je participe à des événements. Le premier week-end de juin, nous étions au Banquet de Bacchus à Marlenheim, par exemple. Ce n’était pas prévu mais on a encore passé un super week-end ! », s’exclame Sylvie Vogt. Seuls incontournables : la Fête des vendanges, à Strasbourg, avec les 19 vignerons de La Couronne d’Or, le marché de Noël où elle ne fait déguster que ses vins, même si l’association est aux manettes, et le Pique-nique… qui cartonne ! C’est devenu une institution chez les Vogt. Barbecues géants, bancs sous tonnelles, sept verres à la dégustation offerts : 500 personnes ont festoyé dans cette cour de Wolxheim en 2023, sur deux jours. « C’est détendu, on s’amuse, on rit, on découvre de véritables pros des grillades. On voit nos clients sous un jour nouveau et on attire des jeunes. Un groupe âgé de 22 ou 23 ans a été une belle surprise cette année », confie la patronne, prompte à tisser des liens. Chaque client est important et il ne faut pas chercher un retour sur investissement immédiat, selon elle.
En bio sur leurs 18 ha depuis 2013, et en biodynamie sur les vins à partir du millésime 2020, les vignerons ont aussi un vin naturel de la marque commune de l’association La Couronne d’or : Argentoratum. Initiative unique en Alsace. Sylvie ne calcule pas ce que chaque manifestation ou chaque action rapporte. « On aime être ensemble, avec les membres de l’association. On a le plaisir de créer. C’est la somme de toutes ces participations, de notre présence à plein de petits événements qui fait notre communication, pas un seul gros coup de com’. Mais c’est sur recommandation que les bouteilles se vendent le plus. Sur le terrain, on entretient les relations avec les clients qu’on recroise, on en rencontre d’autres qui ne nous connaissaient pas encore, qui avaient juste goûté notre vin certes, mais rien ne vaut le bouche-à-oreille », insiste Sylvie, rejointe par son époux Thomas. Ils sont dix metteurs en marché sur 900 habitants à Wolxheim, et plus qu’à Marlenheim et Molsheim. Trois d’entre eux organisent le Pique-nique chez le Vigneron. « Il faut faire selon ses affinités avec chaque moyen de communication », conseille Sylvie Vogt. Ils n’envient rien aux vignerons a priori mieux placés.












