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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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« Hors circuit »

Comment être visible dans les vallées ?

Vigne

Publié le 27/07/2023


Hédonisme ! Le vin est un plaisir. Les domaines Schoenheitz à Wihr-au-Val, dans la vallée de Munster, et Vogt à Wolxheim, dans la Couronne d’or, le savent d’autant plus que leurs vignerons sont eux-mêmes de joyeux épicuriens. Ils partagent encore d’autres spécificités, comme celle d’élaborer des vins « déroutants », dixit Jérôme Mendelin, du domaine Schoenheitz… dans tous les sens du terme ! « Nous sortons des sentiers battus. Nous sommes sur des terroirs particuliers, en dehors de la Route des vins », explique-t-il. Le jeune homme de 37 ans, qui vient de reprendre le domaine Schoenheitz, mise sur ses rouges singuliers pour développer l’activité et salue au passage ceux de la Couronne d’or, dont les grappes mûrissent sur des sols calcaires. Il reste fidèle aux actions mises en place par l’équipe de sa prédécesseure, Dominique Schoenheitz, pour assurer sa visibilité. Tout au long de l’année, deux salariés, dont un sommelier ayant officié à Boston, accueillent les touristes au caveau, parce que c’est plus confortable… et que l’expérience est totale !

« Le modèle économique de Dominique est bon, son offre œnotouristique aussi. Elle est pertinente. Autant capitaliser dessus ! Nous sommes sur la Route des fromages, dans la vallée de Munster. On joue local. Nous mettons en avant les producteurs et artisans, mais aussi les restaurateurs locaux, pour des accords mets-vins originaux, une expérience du terroir authentique », cadre Jérôme Mendelin, qui précise qu’il produit de 80 000 à 90 000 bouteilles par an. En plus des classiques dégustations et des cinq accords mets/vins au caveau, l’été, le domaine ouvre ses vignes aux touristes (beaucoup de sportifs, vers Munster) pour des balades en autonomie ou guidées, de quoi les mettre en soif et en appétit, pour des apéros vins et fromages de la vallée. Il organise aussi un Apéro gourmand, en lien avec le syndicat des Vignerons indépendants d’Alsace (Synvira). Cette année, il a eu lieu le 30 juin, en partenariat avec le restaurant coréen Jalmogoyo de Mulhouse : un régal de goûts pimentés, au piquant cassé par la sucrosité et les épices d’un gewurztraminer, notamment. « Le goût, c’est notre cœur de métier », atteste Jérôme Mendelin.

Depuis plus de quatorze ans en effet, la formule fait recette pour le domaine Schoenheitz, qui profite aussi d’avoir très peu de concurrents dans la vallée. Le vigneron admet que les clients viennent facilement sur place. D’autant plus que les restaurateurs alentour ont les vins Schoenheitz à la carte. S’il profite de ses belles terrasses, au cœur d’un somptueux paysage touristique, il n’empêche que le domaine sort aussi de son périmètre. « Tout le monde fait travailler tout le monde dans la vallée », rappelle Jérôme Mendelin. Il est donc présent aux pots d’accueil hebdomadaires de l’office du tourisme de la Vallée de Munster, aux dégustations des partenaires comme chez un fermier de la vallée ou un gîteur. Ainsi qu’aux dégustations organisées par les diViNes d’Alsace, dont Aude Olive, chargée de la communication du domaine, est membre, qui se conjuguent souvent en musique ou en conférences. Les 2 et 3 septembre, à la Maison du fromage à Gunsbach, le Festi’Val Saint-Grégoire sera encore une occasion de savourer les vins du domaine Schoenheitz. « L’objectif est de célébrer les 70 ans de la Route des Vins et les 55 ans de la Route du fromage, en reliant ces deux routes par un événement festif qui regroupe les principaux acteurs de la vallée, dont aussi la Cave de Turckheim », détaille Aude Olive, sans révéler le programme. Plus d’informations à venir, sur le site du domaine et les réseaux sociaux qu’elle anime. Mais pas de salon ni non plus de Foire aux vins pour ce domaine, qui participe à quelques marchés de Noël ici et… en Provence.

Tisser des liens

Le domaine Laurent Vogt est aussi absent des salons. « À l’ancienne », c’est ainsi qu’on pourrait qualifier la communication et la commercialisation du domaine situé à Wolxheim, dans la Couronne d’or, près de Strasbourg. Elles sont classiques… et efficaces. Bouche-à-oreille, visites de caves et des vignes à la demande, dégustations toute l’année au caveau, participation à des manifestations festives et commerciales, avec l’association du vignoble La Couronne d’or ou le Synvira, dont le marché de Noël à Strasbourg ou le fameux Pique-nique chez le vigneron à la Pentecôte. Un site internet, une page Facebook et un compte Instagram permettent de retrouver les informations pratiques rapidement sur la toile et d’y avoir une visibilité, mais ce ne sont pas les moyens de communication les plus plébiscités par Sylvie et Thomas Vogt, le fils de Laurent, qui a repris l’exploitation en 1998. « Les clients sont nos commerciaux. Ce sont les meilleurs influenceurs ! C’est comme en restauration : l’un goûte, aime, le dit à un autre ou lui fait goûter, et c’est l’effet boule de neige », résume Sylvie Vogt. Les époux, qui seront bientôt rejoints par leur fille Laura, 19 ans, ne comptent pas sur les touristes pour vendre leurs quilles : quasiment que sur les locaux.

La majorité des bouteilles Vogt sont vendues au caveau. Des restaurants, des cavistes, La Nouvelle Douane et le Comptoir des vignerons alsaciens à Strasbourg, permettent d’écouler ailleurs, plus loin et d’être vu. « Nous n’avons pas une stratégie de communication établie. Il faut être présent à un maximum de petits rendez-vous, parce que les hasards de la vie sont souvent heureux. Dès que je peux, je participe à des événements. Le premier week-end de juin, nous étions au Banquet de Bacchus à Marlenheim, par exemple. Ce n’était pas prévu mais on a encore passé un super week-end ! », s’exclame Sylvie Vogt. Seuls incontournables : la Fête des vendanges, à Strasbourg, avec les 19 vignerons de La Couronne d’Or, le marché de Noël où elle ne fait déguster que ses vins, même si l’association est aux manettes, et le Pique-nique… qui cartonne ! C’est devenu une institution chez les Vogt. Barbecues géants, bancs sous tonnelles, sept verres à la dégustation offerts : 500 personnes ont festoyé dans cette cour de Wolxheim en 2023, sur deux jours. « C’est détendu, on s’amuse, on rit, on découvre de véritables pros des grillades. On voit nos clients sous un jour nouveau et on attire des jeunes. Un groupe âgé de 22 ou 23 ans a été une belle surprise cette année », confie la patronne, prompte à tisser des liens. Chaque client est important et il ne faut pas chercher un retour sur investissement immédiat, selon elle.

En bio sur leurs 18 ha depuis 2013, et en biodynamie sur les vins à partir du millésime 2020, les vignerons ont aussi un vin naturel de la marque commune de l’association La Couronne d’or : Argentoratum. Initiative unique en Alsace. Sylvie ne calcule pas ce que chaque manifestation ou chaque action rapporte. « On aime être ensemble, avec les membres de l’association. On a le plaisir de créer. C’est la somme de toutes ces participations, de notre présence à plein de petits événements qui fait notre communication, pas un seul gros coup de com’. Mais c’est sur recommandation que les bouteilles se vendent le plus. Sur le terrain, on entretient les relations avec les clients qu’on recroise, on en rencontre d’autres qui ne nous connaissaient pas encore, qui avaient juste goûté notre vin certes, mais rien ne vaut le bouche-à-oreille », insiste Sylvie, rejointe par son époux Thomas. Ils sont dix metteurs en marché sur 900 habitants à Wolxheim, et plus qu’à Marlenheim et Molsheim. Trois d’entre eux organisent le Pique-nique chez le Vigneron. « Il faut faire selon ses affinités avec chaque moyen de communication », conseille Sylvie Vogt. Ils n’envient rien aux vignerons a priori mieux placés.

 

 

Arboriculture et petits fruits

Les fruits rouges, abricots et pêches ont profité du climat

Cultures

Publié le 19/07/2023


« On finit la récolte des cerises en Alsace. Les dernières devraient être ramassées ce 14 juillet à Westhoffen, la capitale de la cerise. Le bilan est bon. Qualitativement, c’est très bon. Le marché en plus est ouvert pour l’Alsace, suite aux aléas climatiques qu’ont subi les productions du Sud et aux dégâts de mouches sur les cultures du Val-de-Loire. Si en volume, on n’est pas à l’optimum (mais à 60 % de l’optimum), les cerises ont un beau calibre et puisqu’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de pertes : ni à la récolte, ni au stockage, ni à la vente. C’est une très bonne année en cerises. La valorisation est bonne. Les prix sont supérieurs à la normale de 2,80 à 3,20 €/kg d’habitude, on passe cette année à de 4,20 à 4,60 €/kg. Les producteurs sont satisfaits », résume Philippe Jacques, conseiller en arboriculture, à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA).

Du propre

Abricots et pêches aiment le soleil et le sec. Les conditions climatiques sont donc très bonnes cet été pour ces deux cultures. Mais si en pêches, les quantités de fruits vont au-delà de l’optimum, en abricots - dont la récolte est en cours depuis déjà trois semaines -, les rendements sont en dessous des espoirs. La récolte d’abricots sera belle tout de même, précise Philippe Jacques. « Les clients les attendent, après quatre ans sans abricots d’Alsace. Les prix sont là, ils sont bons », assure le conseiller. Que demandent les producteurs ? De la pluie maintenant, pardi ! Car en prunes, mirabelles, quetsches, pommes et poires, « cela pourrait devenir tendu », lâche Philippe Jacques. Chaque semaine qui passe sans pluie, « on peut perdre du calibre », rappelle le spécialiste. La prise de calibre généralement, stagne sans eau, d’autant plus avec des températures à 34 °C en journée et à 20 °C la nuit. « L’arbre ne respire plus dans ce cas », constate Philippe Jacques. « Jusqu’ici c’était parfait », a-t-il dit au début de la semaine. Pour l’instant, les fruits n’ont pas perdu de calibre. Ce sont 30 mm de pluie qu’il faut régulièrement, et non quelques gouttes, ajoute le conseiller. Les vergers irrigués se portent donc bien, mais il y en a peu en Alsace. Le conseiller espère donc que le ciel sera toujours clément dans les semaines à venir. Il observe encore dans les vergers : « On est chargé et propre. »

Jolis petits fruits

La récolte de myrtilles a commencé avec une semaine d’avance par rapport à la normale, mi-juin. Marie-Laure Schnell, productrice à Stotzheim, note un début timide, puis une accélération de la maturité avec les fortes chaleurs. Début juillet, c’était le cœur de la saison. Les variétés les plus tardives seront récoltées début août. Mais comme l’an passé aux mêmes dates, l’agricultrice attend la pluie. Sinon les fruits attraperont quelques « coups de soleil ». Aujourd’hui, « la qualité est là, les quantités sont stables, les prix se maintiennent », énumère Marie-Laure. Ils risquent de chuter dès que la myrtille allemande arrivera sur le marché, prévient-elle. La drosophile n’est pas présente. Et si la crainte des pucerons était réelle au printemps, aujourd’hui elle est écartée. Le printemps froid et pluvieux avait par ailleurs engendré un retard de floraison, bien vite rattrapé, pointe-t-elle. Mêmes constats en framboises du côté de Nathan Gsell à Ammerschwihr. La récolte démarrée début juin et qui s’achèvera début août, est « belle ». Les volumes sont beaux, les framboises plaisent aux clients (qui achètent en direct chez Nathan), elles arrivent à maturité dans les temps, partage-t-il. « Les auxiliaires ont joué leur rôle de régulateur des pucerons au printemps », détaille Nathan Gsell. Très peu de maladies en petits fruits cette année : c’est toujours bon de le répéter. Mais toujours un manque d’eau !

Verexal

Un bilan financier positif en 2022

Vie professionnelle

Publié le 09/07/2023


L’assemblée générale du Verexal a débuté, mercredi 29 juin, par le rapport moral du président Pierre Barth et quelques nouvelles fraîches des productions fruitières arboricoles. 2023 sera a priori, une bonne année en fruits. L’Alsace a été épargnée par le gel : il n’y a pas eu de dégâts significatifs. Les six dernières semaines sans pluie, ou les quelques gouttes, sont source d’une inquiétude naissante aujourd’hui tout de même, mais surtout de réflexions sur l’irrigation, qui n’avait alors cours que dans le Haut-Rhin. Malgré son coût élevé, l’irrigation sera sûrement envisagée de plus en plus pour sécuriser les rendements en fruits, comme dans d’autres productions. Le bilan positif de 2022 est en partie lié aux calamités agricoles, à cause des épisodes de gel en 2021 et 2022, admet le président. Mais l’engagement sans faille d’Hervé Bentz, chargé d’expérimentation et responsable de la station, et la fin de la construction du nouveau bâtiment du Verexal, grâce entre autres, aux financements de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) et de la Région Grand Est, sont aussi une source de bien-être financier. Le Verexal manque de main-d’œuvre, a aussi souligné Pierre Barth, devançant le dévoilement des préconisations de l’audit du Verexal, et ajoutant qu’il est souhaitable que le Verexal se recentre sur son rôle d’expérimentateur. La visibilité de la station est aussi à travailler selon lui, et surtout du magasin de vente directe : « un gros souffle » pour la trésorerie, puisque le Verexal grâce à cela, s’autofinance à plus de 60 %.

Pierre Barth a résumé la situation de l’arboriculture française en général : si pour les fruits à noyau, c’est toujours aléatoire, dans l’ensemble, le marché fruitier arboricole est porteur depuis trois à quatre années, surtout en pommes, d’où notamment les investissements sur la Natti, la pomme d’Alsace. Le changement climatique entraîne des épisodes de gel de plus en plus fréquents, notamment en Alsace, qui est éloignée des gros bassins de production français. « Il faut maintenir les essais ici », a donc conclu Pierre Barth. Avant de passer la parole à Hervé Bentz, il a insisté sur la nécessité d’expérimenter encore les produits de biocontrôle.

Des subventions stables

Hervé Bentz a pointé un déficit passé permettant encore au Verexal d’échapper à l’impôt sur les sociétés. Les comptes de résultat de 2022 affichent environ 638 000 euros de dépenses, et un peu plus de 652 000 euros de recettes. Le résultat se chiffre donc à 13 850 euros environ. La main-d’œuvre représente la dépense la plus élevée. La commission pour la carte bancaire est chère, mais le gain de temps et la praticité du paiement par CB valent le sacrifice. Les ventes de fruits et marchandises représentent deux tiers environ des rentrées d’argent du Verexal. Le tiers restant est composé de subventions, dont celle de la CAA s’élevant à 45 000 euros, un montant inchangé, et que Denis Ramspacher, le vice-président de la CAA, s’engage à défendre à l’avenir. Si l’aide de la Région Grand Est est quelque peu moindre en 2022 par rapport à 2021 (on est en dessous des 100 000 euros), Patrick Bastian, qui siège à nouveau à la collectivité, a promis de sensibiliser ses pairs. Les subventions de FranceAgriMer sont de plus en plus difficiles à obtenir, a pointé Hervé Bentz, puisque le ministère souhaite qu’une bibliographie internationale scientifique justifie les recherches de terrain des stations françaises. Or, sur la quetsche d’Alsace par exemple, aucune bibliographie n’existe. De facto, le financement FranceAgriMer est inenvisageable pour les expérimentations sur cette production. Le conseil d’administration a été renouvelé à l’unanimité ; tous ont été candidats à leur réélection.

Restructuration des expérimentations

Fabien Digel, représentant la CAA à l’AG et directeur de Planète Légumes (la station d’expérimentation en cultures légumières) a ensuite présenté les conclusions de l’audit du Verexal, réalisé par Pierre Gaillard, ex-directeur de la station d’expérimentation du Sud-Ouest. Les statuts de l’association seront à modifier puisqu’ils datent de la création de la station, en 1980. Aussi, si l’adhésion des arboriculteurs n’est pas directe et qu’elle passe par la CAA, une ligne mentionnant le coût de l’adhésion au Verexal sur la facture, serait bienvenue. En effet, le conseil de la CAA est lié au Verexal, « support de service technique ». L’accent devra être remis sur les expérimentations, avec la création de trois pôles : pommes-poires, fruits à noyau et cerises-abricots-pêches. Les groupes de travail afférant feront remonter les besoins du terrain pour choisir les stratégies d’expérimentations les plus pertinentes. Le Verexal recrute un (e) responsable technique et d’expérimentation, pour gérer et animer le groupe. Le renouvellement du verger est autre point d’amélioration à opérer, pour que la production remonte en puissance.

Le budget prévisionnel 2023 a été adopté : il diffère peu de celui de 2022. Hervé Bentz a enchaîné sur le nécessaire tri effectivement dans les expérimentations choisies, et le travail sur le verger en 2023. « Plus on s’éloigne de la nature, moins ça fonctionne », constate-t-il, peu amateur de la formation biaxe pour les arbres de fruits à noyau, qu’il souhaite densifier, limiter en hauteur. La mécanisation partielle de la taille sera renforcée par ailleurs. Quant aux protections climatiques et contre les ravageurs, le biocontrôle est validé en fongicide mais pas encore en insecticide. La recherche continue. Les protections contre le gel sont aujourd’hui obligatoires, au même titre que celles contre la grêle. L’irrigation au goutte-à-goutte va reprendre cette saison, après des décennies sans, grâce à un puits et des canalisations enterrées, a priori : 13 m3/heure. Tous les fruits à pépins seront irrigués. « C’est la solution la plus rapide et la moins onéreuse », a précisé Hervé Bentz. La régulation de la production, « phase la plus risquée » doit aussi permettre de faire face aux aléas climatiques, ainsi que le choix des variétés, sans oublier qu’en Alsace, des - 12 °C peuvent être subis au printemps. Une plateforme automotrice permettra bientôt de poser les filets paragrêles sur les arbres qui sont de plus en plus hauts. Quant au nouveau bâtiment, reste à terminer l’aire de lavage et remplissage des produits phytosanitaires, les box (dédiés à Planète Légumes, la CAA, le Verexal), les abords et les conduites d’eau ; soit quasiment 200 000 euros de dépenses, presque l’équivalent de celles déjà réalisées.

Concernant la communication, le Verexal et Planète Légumes seront à Foliflore, à Mulhouse, cet été ; une manifestation tournée vers le grand public. Les deux stations d’expérimentation organiseront surtout une rencontre pour tous les professionnels du secteur, le 6 février 2024, à Cigoland, à Kintzheim.

Les produits locaux à Métro

De la fourche, au caddie, à la fourchette !

Vie professionnelle

Publié le 05/07/2023


L’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, la distillerie Meyer’s, Alsace Lait, les volailles Bruno Siebert, la brasserie Licorne, Boehli, la fromagerie Haxaire, la choucrouterie Lepic, les eaux Wattwiller et Carola, les boissons Lisbeth, les cafés Reck, Pierre Schmidt, les produits de la Cigogne, Schneider pro et même des producteurs de safran local : lundi, les fournisseurs alsaciens de Métro Strasbourg, à Souffelweyersheim, étaient à l’honneur à l’entrée du magasin de professionnels des métiers de la bouche. Présentation de leurs entreprises et de leurs produits, dégustations : certains ont fait mouche auprès de chefs curieux non avertis, mais la majorité des fournisseurs alsaciens sont déjà bien connus.

« L’Alsace est au premier rang de la consommation locale, en France, a rappelé Sébastien Muller, le président de l’Association régionale des entreprises alimentaires du territoire Alsace (Aria Alsace). De l’apéritif au digestif, nos plus de cent membres régalent : la preuve en est, ici ! Les marques Savourez l’Alsace et Savourez l’Alsace - Produits du terroir, ce sont plus de 4 000 produits. Nous comptons sur Métro pour être bien identifiés dans le magasin. » Le 26 juin, impossible de passer à côté des marques alsaciennes, en tout cas. Métro endosse même une autre responsabilité. « Nous sommes le maillon qui permet de regrouper tous les acteurs de l’alimentaire pour qu’ils parlent au client final de l’origine France et locale, car les consommateurs sont sensibles à cela », a souligné Jean-Michel Braun, le directeur de Métro Strasbourg.

 

 

Un quart de l’offre alimentaire est local

Cette journée dédiée à l’origine France dans 29 « halles » de l’Hexagone, comme sont appelés aujourd’hui les magasins Métro, s’intitule le « Big bang origine France ». Elle permet de célébrer la Charte Origine France, une initiative du 28 janvier 2020, signée par douze fédérations majeures la filière restauration hors domicile (RHD), dont la FNSEA. « Le lait, les œufs, le lapin, les pommes de terre, les steaks hachés, les tartares, les produits de la mer sont 100 % français chez Métro pendant les périodes de production saisonnières, idem pour les fruits et légumes. Nous avons réussi à accroître la part d’origine France de 4 % dans la boucherie, depuis le lancement de cette charte », a partagé Jean-Michel Braun. Le directeur a appelé à rester mobilisé pour promouvoir l’excellence des produits français et répondre aux attentes des restaurateurs et concitoyens.

Sébastien Richard, du Gaec du Chênesire à Steige, administrateur d’Alsace Qualité, qui informe et sensibilise les Alsaciens à consommer des produits locaux au travers de la marque Savourez l’Alsace - Produit du terroir notamment, a d’autant plus apprécié cet appel qu’il s’inquiète du renouvellement des générations agricoles. Au micro le 26 juin, pour soutenir l’action de Métro, il a déclaré : « La souveraineté alimentaire est un sujet important pour nous. Les jeunes générations d’agriculteurs ont besoin d’un engagement pour se projeter ; d’une vision sur les volumes, les prix, de contractualisations, pour s’installer. » Les chiffres présentés par Métro prouvent encore sa politique volontariste en faveur de l’origine France : 70 % de ses produits sont français ; sur 45 000 références au total, 7 000 sont des produits du terroir, soit 25 % de l’offre alimentaire, et sur 4 000 fournisseurs, un quart sont des petits producteurs. En juin 2023, Métro France a créé une communauté de 1 000 clients « J’aime cuisiner français », pour augmenter la part des produits français dans leurs menus. À la rentrée 2023, Métro organisera des portes ouvertes chez ses fournisseurs agriculteurs, dont une en Alsace.

Orge ancienne bio

Materne Onimus suit son Étoile du berger

Cultures

Publié le 01/07/2023


« J’aimerais fabriquer ma bière, du champ à la chope, comme Lili et Christophe Moyses font leur pain, de l’épi à la miche. Mon cousin m’a mis le pied à l’étrier, quand je suis passé en bio, en 2019. Il m’a confié le bébé des orges, en plus de la production d’autres céréales anciennes – une douzaine - pour les farines à boulanger. Depuis, je produis de l’orge ancienne Étoile du berger qui est maltée chez Maltala, la malterie bio alsacienne de Bergheim », dévoile Materne Onimus, membre de l’association Blés d’avenir. Seul sur sa ferme de 95 ha, brasser de la bière est trop ambitieux, pour l’instant. Il a donc fait profiter plusieurs micro-brasseries alsaciennes de son orge ancienne maltée, dont G’sundgo, à Eschentzwiller. Les premiers tests, notamment pour la foire Ecobio de Colmar, ont été concluants. « Le but du jeu est de créer une bière simple, pour faire ressortir le goût des céréales… d’ici au mois de septembre, déjà ? », tease-t-il.

Un itinéraire simple

Historiquement, toutes les orges sont susceptibles d’être brassicoles. Il suffit qu’elles ne soient pas trop riches en protéines. Mais l’Étoile du berger a ceci de particulier que l’épi, vu du dessus, est en forme d’étoile. Serait-elle donc prédestinée à être brassée ? Le symbole de l’étoile protège les brasseurs. Et le paysan a l’air de démarrer sa production sous les meilleurs auspices. « L’itinéraire technique de cette orge ancienne est ultra simple. Après un déchaumage, je sème, la seconde quinzaine d’octobre, avec une densité de 140 à 160 kg/ha. J’effectue un roulage. À la sortie de l’hiver, après la mi-mars, je réalise un étrillage et, si nécessaire, un second, trois semaines plus tard. Et c’est tout. Il y a zéro intrant. Je stocke et trie à la ferme. 5 % des grains font moins de 2,5 mm et sont, donc, écartés », développe Materne Onimus. Le rendement s’élève à 20, voire 25 q/ha. Depuis trois ans, Materne assure que l’orge n’a subi aucune maladie, ni verse, ni échaudage. « L’Étoile du berger, qui peut atteindre 1,20 à 1,30 m, est résiliente, dans des sols pauvres », pointe-t-il, soucieux du rapport terroir et millésime, pour les céréales anciennes, comme on peut l’être dans le monde du vin. Si le marché de la bio a pris un coup, son envie de se développer est intacte. Les autres membres de Blés d’avenir ont, tout autant que lui, hâte.

 

 

Association Blés d’avenir

Le futur des céréales anciennes

Cultures

Publié le 30/06/2023


Et si on commençait par la fin ? À la porte ouverte consacrée aux professionnels, qui a réuni agriculteurs, boulangers, journalistes et techniciens de l’agence de l’eau Rhin-Meuse, le 19 juin, à la ferme Moyses de Feldkirch, on s’est régalé. Neuf pains à base de céréales anciennes pures étaient prêts à déguster. Il y en avait pour tous les goûts : au blé tendre, dur, au kamut, à l’épeautre, petit épeautre, au seigle… très peu salés, voire pas du tout, pour révéler les arômes des grains moulus. Les pains les plus goûteux, les stars du repas, à déguster avec une noisette de beurre sont, sans surprise, ceux au petit épeautre et au kamut d’Iran. Ceux au blé tendre seront choisis pour saucer les plats. Et il y en eut à saucer, puisque la visite de la ferme et la dégustation organoleptique du pain (comme pour le vin) ont fini par un buffet gourmand succulent : de quoi convaincre les plus sceptiques, des qualités des céréales anciennes. Gustativement, on est au top. La texture des pains et brioches est aussi formidable que les saveurs : bien alvéolée. Le magasin de la boulangerie à la ferme a été dévalisé. Tout le monde est reparti avec son pain, sous le bras : à 5 € pièce, en moyenne. Et oui ! L’avenir des céréales anciennes, c’est ça : la transformation et la vente directe. D’où la création de l’association Blés d’avenir, ce printemps 2023.

Pétris d’idées

Quatre fermes et deux boulangeries sont, aujourd’hui, membres de la structure associative nouvellement créée pour soutenir la filière, avec Bio en Grand Est, puisque les producteurs sont tous en agriculture biologique (AB). Outre le président Christophe Moyses, sont fondateurs de l’association, Lili Moyses, son épouse, boulangère ; Joris Polman, un de ses salariés ; Materne Onimus, son cousin, agriculteur à Bantzenheim ; Joël Pfauwadel, paysan à Berrwiller ; Jérémy Ditner, cultivateur à Bernwiller, et Mélanie Polman, auto-entrepreneuse, créatrice de La Fournil’Hier, une boulangerie et un fournil mobile destiné aux écoliers, puisque cette ancienne enseignante souhaite faire œuvre de pédagogie auprès des jeunes générations. Blés d’avenir lie donc quatre producteurs de 17 variétés de neuf céréales anciennes, en AB, mais aussi deux moulins à la ferme (meule en granit Astrié), actionnés par deux agriculteurs transformateurs et un salarié, et trois fournils, avec la ferme Moyses, Mélanie et un prestataire, pour la confection de pains et kougelhofs. On peut acheter les productions des membres de l’association dans 19 points de vente du Sud Alsace, dont quatre associations, un marché local et, en direct, au magasin de la ferme Moyses. Les ateliers de fabrication de pain à destination du grand public, Les Mains dans la pâte, animés par Mélanie, sont une des activités estampillées Blés d’avenir. Portes ouvertes, salons, marchés, fêtes de village, foires : les céréales anciennes sont règulièrement à l’honneur dans la vie locale. L’association formalise ces partenariats déjà en cours. Des pâtes, de la bière, des croissants et un livre de cuisine pour s’emparer des farines aux céréales anciennes sont en cours de développement. « Blés d’avenir permet de diffuser les savoirs, de continuer la recherche et de promouvoir ces cultures à bas niveau d’impact sur l’eau. Une reconnaissance en Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) est en cours », a résumé Émilie Poquet, animatrice pour le développement des filières céréales ancestrales, en Alsace, de Bio en Grand Est.

Travailler moins

« Mes récoltes sont qualitatives, quantitatives, et sans fumier, ni compost, avance Christophe Moyses, le président de Blés d’avenir. Les céréales anciennes sont adaptées à cela car elles datent de l’Antiquité, et même d’avant. Elles s’enracinent bien, supportent la sécheresse, concurrencent les adventices. Sur une aire d’alimentation de captage d’eau, elles protègent la ressource. Mes seules dépenses d’intrants, c’est la location de la terre et le gasoil. Mais je dépense trois fois moins de carburant, grâce aux céréales anciennes, puisqu’elles demandent moins de travail que celles issues de croisements récents. Elles m’apportent une qualité de vie, à moi, agriculteur, et plus de souplesse. Je peux produire dans des sols moins fertiles, peu ou pas irrigués. » Christophe Moyses cultive et conserve les céréales anciennes, depuis plus de quinze ans, sur sa ferme à Feldkirch, en bio et grâce aux techniques culturales simplifiées (TCS), limitant le travail du sol. Sur 50 ha, les céréales anciennes que Lili, son épouse, aidée d’un salarié, transforme en pains, s’épanouissent : elles sont à la base de 95 % des ressources de la ferme. Le sarrasin, le trèfle, la luzerne, le sorgho fourrager permettent des rotations. Entre quatre et six équivalents temps plein vivent de l’exploitation agricole.

Pour chercher plus

« Le conservatoire des céréales anciennes est en plein champ, pour diluer l’intérêt des oiseaux. Les essais sont en bande et espacés, ce qui aide encore à les épargner, puisque les passereaux granivores aiment être discrets, cachés », explique Christophe Moyses aux visiteurs. Des parcelles de « mélanges à bouquets » devancent les essais et permettent aux curieux de toucher, cueillir, partir avec un souvenir. Puisque le blé (qui est une plante à fleur) s’autoféconde, les bandes d’essai de blés interféconds, en ligne, sont séparées par une bande de blé non interfécond, pour que les variétés restent pures. « Il y a deux grandes étapes, dans la conservation. D’abord, on récupère des échantillons de voyages ou de banques de semences, puis, pendant cinq ans, on cultive juste un seul rang de la céréale ancienne, pour voir si elle pousse en Alsace, quelles que soient les conditions météorologiques. Concernant les graines des banques, on les défossilise car celles-ci ne sont replantées que tous les sept ans, donc on les sort de leur faiblesse végétative. Ensuite, on s’assure que la céréale est panifiable. En France, les consommateurs veulent des miches dodues. Pour 20 m2 plantés on récupère 7 à 8 kg de grains, aux premières récoltes, après plusieurs années. Il faut atteindre 10 à 12 kg de graines pour faire un pain. On finit par y arriver », explique Christophe. Un kilo de pain, c’est 25 000 graines, ajoute-t-il. Depuis 2012, l’agriculteur a testé 350 variétés de céréales anciennes sur sa ferme. En 2022, un peu moins d’une centaine a été conservée. « Ce travail – environ un quart de nos investissements, qui occupe un équivalent temps plein - est uniquement financé par nos clients qui achètent notre pain », précise Christophe. Un tiers de la clientèle est composé d’allergiques. Les pains de Lili sont au levain naturel, « glutés », en fermentation longue et donc, plus digestes.

Tour du monde

Par passion, Christophe a retrouvé des variétés anciennes, ancêtres des premiers blés cultivés, sauvages. « Aucun intérêt pour le pain ! », prévient-il. L’agriculteur enchaîne : les premiers blés cultivés sont un croisement entre un blé indien et un blé arabe. Une « cousine » de ceux-ci s’épanouit encore de nos jours, en Italie, sur les bords des routes. Un peu de culture générale est toujours bienvenue. Christophe Moyses se serait ennuyé avec une monoculture, il le sait. Aujourd’hui, fort de son conservatoire de céréales anciennes de printemps (car certains blés ne supportent pas l’hiver alsacien), situé à quelques centaines de mètres de celui d’hiver, il participe à des essais de variétés anciennes au Togo, dans un climat chaud et humide, le pire pour les céréales ! « Trois espèces s’en tirent à peu près », constate-t-il. Il devrait poursuivre les essais en Algérie, aussi. En Afrique, il échange. L’inventivité des paysans, qui cultivent surtout manuellement, l’inspire. Lui-même a commencé en manuel : rien de tel pour connaître les céréales. Comme les plantes anciennes ont arrêté d’être cultivées, avant la mécanisation, et qu’il a besoin de semer et récolter en pur, ses machines sont aujourd’hui modifiées, détournées, sur mesure. Il utilise un semoir maraîcher pour multiplier. L’Inrae a offert une batteuse d’essai : en tournant à vide, au bout d’une minute, elle est purgée. Un nettoyeur de semence assure la post-production. « On stocke les multiplications, pendant plus d’un an, grâce à une chambre froide de 160 m3, à moins de 12 °C et dans une atmosphère asséchée. Les silos pour les céréales à consommer sont refroidis, avant le stockage. Les grains étant battus à 35°C, il faut que la température redescende à 20°C », développe Christophe Moyses, avant de montrer une courte vidéo de semi de blé, en direct, sous un sorgho fourrager, pour favoriser l’autofertilité des sols. L’avenir s’écrit à chaque campagne.

 

 

Festival de l’élevage à Lorentzen

Un concours incontournable mais « sans prétention »

Élevage

Publié le 29/06/2023


Les représentants politiques, consulaires et syndicaux ne s’y sont pas trompés : le Festival de l’élevage, à Lorentzen, est le rendez-vous d’Alsace Bossue à ne pas manquer. Plus de 500 repas y ont été distribués le dimanche 25 juin, à midi. Les éleveurs du coin, dont des Mosellans, et leurs familles, voisins, amis y étaient nombreux ; aussi les salariés agricoles, mécaniciens et autres ingénieurs en formation, du côté de la jeunesse. « On est venu pour voir les amis et les bêtes », disent en chœur Dorian et Hugo, âgés d’une vingtaine d’années et employés d’éleveurs laitier et allaitant, en Alsace et en Moselle. Une dizaine de concurrents et trois fois plus d’animaux ont participé à ce concours inter-races alsacien (lire le palmarès, ci-contre), avec de magnifiques vaches et génisses, aux mamelles gorgées de lait et à la tonsure aléatoire. « C’est un concours sans prétention, a rappelé Thomas Strohm de Domfessel, président de l’association des éleveurs d’Alsace Bossue, qui organise le festival. La tonte n’est pas obligatoire. Et il est ouvert aux Mosellans : trois éleveurs de ce département concourent cette année. »

« Agriculture verte »

Anne Sander, députée européenne et conseillère régionale du Grand Est, Patrick Hetzel, député de la septième circonscription du Bas-Rhin, Marc Séné, le président de la communauté de communes de l’Alsace Bossue, Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) et Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, ont fait le déplacement à plus d’une heure de Strasbourg pour communier avec les éleveurs du nord Alsace, leur rappeler leur engagement en faveur de leur métier trop souvent décrié. Pour Anne Sander, l’élevage assure « la sécurité alimentaire et le captage du carbone ». « Vous cochez toutes les cases de l’agriculture verte », a-t-elle dit. « Pour un beau territoire, il faut de l’élevage », a souligné Denis Ramspacher, allant dans le même sens qu’elle. Franck Sander a invité les éleveurs à « cultiver cette belle dynamique », dont ils font preuve ici, et qui permet le renouvellement des générations. « Vos députés ici présents, sont conscients de ce que l’agriculture apporte à la société », a-t-il souligné, rassurant encore plus les auditeurs.

Méthanisation

Source de résilience pour les exploitations agricoles

Technique

Publié le 16/06/2023


Création d’emploi, intérêt économique et agronomique du digestat, diversification exponentielle (même si la rentabilité est variable selon le business plan et le coût de l’énergie) : les unités de méthanisation amènent bien plus de résilience dans les exploitations agricoles que le gain de la seule et unique production d’énergie. La résilience est « la capacité à résister et à s’adapter aux aléas et aux chocs, pour assurer la pérennité de l’exploitation agricole, grâce à des facteurs économiques, environnementaux, agronomiques et sociaux », a cadré Cécile Fredericq, déléguée générale de France Gaz Renouvelables (FGR), le mercredi 7 juin à Expobiogaz, au Parc des expositions de Strasbourg.

Philippe Collin, agriculteur méthaniseur en Haute-Marne, de la société Eurek’Alias, représentant de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), a témoigné de sa propre expérience, dans la foulée. « En polyculture-élevage, je produis du lait, des céréales et de la viande. Mais les cours sont aléatoires. J’ai commencé à réfléchir à mon projet de méthanisation en 2006. Elle a débuté en 2010. En 2014, après quatre ans d’utilisation du digestat (6 000 m3/an), on est passé en bio car on a arrêté les engrais de synthèse. Grâce aux effluents de l’élevage et aux déchets du territoire (7 000 à 8 000 t d’intrants par an) qui nourrissent l’unité de méthanisation et procurent du digestat, on est autonome en fertilisants depuis, sur 280 ha épandables », dit Philippe Collin. Il épand tôt, au printemps. À l’automne, tout dépend de la météo et si une culture intermédiaire à valorisation énergétique (Cive) est implantée. Guy Meinrad, responsable développement marché organique pour Agrivalor, à Ribeauvillé, qui propose des solutions de valorisation des déchets organiques pour les collectivités locales et les professionnels, a assuré, études internes à l’appui : « Le digestat participe à la fertilisation de la culture ». Leur digestat dispose d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), puisqu’il est établi à partir de déchets alimentaires.

Se diversifier, encore et toujours

« 90 % des répondants à notre enquête ont diversifié leurs sources de revenus et leur assolement, suite au démarrage d’un atelier de méthanisation sur leurs fermes », a évoqué par ailleurs, Cécile Fredericq. Même si la filière bio accuse le coup aujourd’hui en France, Philippe Collin a certifié être en meilleure santé financière grâce à la méthanisation. « C’est une charge de travail en plus et des revenus supplémentaires, mais c’est surtout une création d’emplois : entre un et deux, pour Eurek’Alias. Aujourd’hui, nous sommes cinq équivalents temps plein à travailler sur l’exploitation. Un projet en entraînant un autre, nous avons ouvert une station de bioGNV (gaz naturel véhicule). Elle a continué de fonctionner, même lorsqu’il y avait pénurie d’essence, il y a quelques mois. Comment s’approvisionner localement et durablement en carburant ? Nous avons répondu à la question. Notre flotte captive (quinze véhicules de particuliers, un bus scolaire et un des quatre camions de la laiterie Caprice des dieux) dépense trois fois moins que les dépendants aux énergies fossiles », a estimé l’agriculteur méthaniseur, heureux de son implication sociétale.

D’après l’étude Méthaniseurs et digestats en Grand Est : suivis techniques, agronomiques et économiques, des Chambres d’agriculture Grand Est, de 2019 à 2021, les 26 unités de méthanisation suivies ont montré, selon les résultats technico-économiques (et non les bilans comptables), des taux de rentabilité de 7 à plus de 9 %, en moyenne, respectivement en cogénération et en injection, pour des business plans tablant souvent sur 10 %. Puisque l’énergie seule n’est pas l’unique gain, la méthanisation semble rentable… Mais, attention, aujourd’hui, avec la hausse des coûts de l’énergie, prévient Solène Demange, des Vosges, certains taux seraient revus à 4 %. « En injection, c’est plus sensible qu’en cogénération, puisqu’on consomme plus d’électricité pour le fonctionnement de l’unité de méthanisation », conclut-elle. Si le contexte peut rebuter ceux qui ne se sont pas encore lancés à investir dans ce nouvel atelier, elle rappelle que la profession agricole bénéficie d’aides pour ses projets de méthanisation.

 

 

Groupama Grand Est

Résultat en baisse mais chiffre d’affaires en hausse

Pratique

Publié le 15/06/2023


« L’impact du dérèglement climatique sur le marché français caractérise 2022. Il n’y a pas eu de tempête mais une succession d’événements. La grêle sur bâtiments et automobiles a coûté très cher. Aussi la sécheresse qui, sur des sols argileux, a ébranlé les bâtiments », contextualise François Schmitt, président de Groupama Grand Est. Dans la région, 15 % des communes ont été reconnues victimes de la sécheresse, presque autant qu’au niveau national. « Le retour de l’inflation, suite à une demande post-Covid plus forte que l’offre, et suite au retour de la guerre en Europe, impacte aussi Groupama Grand Est. Par exemple, le prix des réparations automobiles a augmenté de deux à trois points », indique encore le président.

Au national, Groupama présente certes, des résultats solides avec dans ses caisses, le double de fonds nécessaires aux indemnisations, toutes catastrophes confondues, mais son bilan est en baisse de 7 milliards d’euros (Md€). Il s’élève à 94,70 Md€, tandis que le résultat atteint 454 M€. « Nous sommes rentables sur notre métier… mais peu », admet François Schmitt, lorsqu’il présente le ratio combiné non-vie : 99,4 %. S’il dit Groupama réassuré, il relève encore une fois que l’assurance est impactée par le contexte. Groupama Grand Est est « résiliente ». Avec plus de 392 000 sociétaires en 2022, dont 1 850 de plus qu’en 2021, Groupama Grand Est affiche un chiffre d’affaires de 667 M€, soit + 3,4 % par rapport à 2021. La sinistralité dans le Grand Est, est en forte hausse, comme dans l’ensemble de l’Hexagone, et le résultat net social atteint 4,20 M€ ; un chiffre en baisse de presque 10 M€, par rapport à 2021.

Les sinistres climatiques pèsent

Si l’année 2022 est plus « compliquée » que celles d’avant, plus de 525 M€ ont été dépensés par Groupama Grand Est, « au plus près du territoire », fait valoir le président… dont 106 M€ pour les sinistres climatiques. « Le rapport sinistres/cotisations est légèrement dégradé : 15,6 points à cause de la hausse de 60,9 % des sinistres climatiques et d’une forte hausse de la sinistralité excédentaire avec neuf gros sinistres en 2022, qui ont été indemnisés à hauteur de 62,90 M€, contre 14,20 M€ pour quatre sinistres en 2021 », développe Hubert Roth. Le rapport sinistres/cotisations est égal en 2022, à 83,3 %, contre 67,9 % en 2021. Le ratio combiné non-vie s’élève en Grand Est, à 101,6 %. Mais l’assurance est et reste solvable : à 280 % en 2022.

« Une année normale, Groupama Grand Est indemnise à hauteur de 50 M€ les sinistres climatiques. En 2022, 106 M€ ont été dépensés, soit le double. L’essentiel à cause de la grêle, en bâtiments puis pour les véhicules, puis pour les récoltes, mais côté cultures, ce sont surtout les méfaits de la sécheresse qui ont été dédommagés », détaille Hubert Roth, directeur développement et opérations de Groupama Grand Est. Face à de tels événements, Groupama Grand Est peut compter sur ses élus formés en continu par ses salariés experts en sinistres : 70 % des expertises en 2022 ont été réalisées par 250 élus (sur 260 formés en 2022). « Grâce à eux, et c’est une particularité régionale, Groupama Grand Est va plus vite », précise François Schmitt. Au national, 27 500 élus sont dénombrés : environ 10 % sont dans le Grand Est, soit 2 700 élus. « On a besoin d’eux. Ils sont proches du terrain. Le renouvellement des générations de nos élus est d’ailleurs un défi à relever », note Hubert Roth.

Satisfaction des clients et salariés

39 % des sociétaires s’affirment très satisfaits de la qualité de services offerte par Groupama Grand Est. Neuf clients sur dix sont satisfaits. Et l’indice net de recommandation s’élève à 40 points : un de plus que l’an passé. Ces bons retours d’enquête sont d’autant plus éloquents que les prix des cotisations ont augmenté pour suivre l’inflation, voire un peu plus. Groupama Grand Est a maintenu ses 174 agences sur le territoire, insiste François Schmitt. Fin décembre 2022, 1 667 collaborateurs étaient embauchés : 35 de plus qu’en 2021. « Je suis un DRH heureux. On crée de l’emploi », pointe Jean-Jacques Desprès, DRH et communication de Groupama Grand Est. 192 nouveaux collaborateurs ont été recrutés l’an passé, pour renouveler les départs à la retraite et les autres mobilités. 129 salariés ont changé de poste au sein du groupe. Groupama Grand Est est certifié par le label Top employer 2023 : « Pour assurer une qualité de services aux clients, les collaborateurs doivent être bien dans leurs baskets, motivés, engagés », relève Jean-Jacques Desprès. Ils ont droit à dix jours de télétravail par mois, par exemple : « plus d’autonomie et de flexibilité » sont visées.

Près de 50 000 sociétaires de Groupama Grand Est sont des agriculteurs. Ils représentent 27 % environ du chiffre d’affaires de Groupama Grand Est. « De la diversité naît la richesse et la complémentarité », dit le président, lui-même exploitant agricole. Fin juin 2023, il pense que le ministère de l’Agriculture annoncera les dernières mesures concernant la réforme de l’assurance climatique. Aujourd’hui, on sait que les souscripteurs de l’assurance multirisques climatiques sont dédommagés à 100 % pour les pertes au-dessus du plafond d’indemnisation des calamités agricoles (« aléas exceptionnels »). Les non-assurés, eux, seront indemnisés à 45 % des pertes au-delà du seuil en 2023 ; à 40 % en 2024, et à 35 % en 2025. Les assurés ont droit à une expertise individuelle. Le sort des non-assurés n’est pas encore tranché mais l’État ne voulant pas prendre en charge le manque à gagner pour les assurances, elles devraient a priori fournir une expertise forfaitaire locale globale. Si la réforme incite à s’assurer, et peut donc rebuter certains, elle est censée préserver le système assurantiel, rappellent les professionnels, qui parient sur une multiplication des événements climatiques extrêmes.

 

Bergbieten

Un dynamisme digne du vignoble

Pratique

Publié le 11/06/2023


Albert Goetz est maire de Bergbieten depuis les dernières élections municipales de 2020. Il a effectué avant quatre mandats d’adjoint. Originaire du village, c’est dire s’il connaît le terrain et combien est grand son attachement ! Mais ce sont les habitants, bénévoles, qu’il souhaite avant tout mettre à l’honneur, puisque sans eux le village serait moins beau, moins attractif.

Sur la Route des vins d’Alsace, le village héberge un seul vinificateur, le domaine Roland Schmitt. Les 18 autres vignerons (source : Civa, 2022) apportent leurs raisins à la coopérative du Roi Dagobert à Traenheim ou à Arthur Metz à Marlenheim. Ces derniers profitent donc du tourisme mais indirectement. Cinq gîtes accueillent des touristes tout au long de l’année, dans ce village qui compte 735 habitants.

Albert Goetz, ébéniste de métier et bon photographe amateur (sa photo illustre cet article) a le sens de l’esthétique. Des vignes ont été plantées, aux entrées du village, pour rappeler l’appartenance de Bergbieten à la Couronne d’or et le classement de l’Altenberg en Grand cru. Cinq anciens pressoirs et une charrette fleurie remplie de tonneaux complètent le tableau aux beaux jours. Le maire tient spécialement à remercier le viticulteur Simon Tharsis, qui a récemment taillé les vignes décoratives, et Marie-Hélène Schmitt qui les a arquées… jusqu’à ses 90 ans !

Grand cru et non grande crue

L’Altenberg, précise Albert Goetz, un des premiers Grands crus d’Alsace classé en 1978, s’étend sur les hauteurs de Bergbieten. Son riesling était connu de l’Empereur allemand au début du XXe siècle. Aujourd’hui encore, « sur ce terroir de gypse, les vignerons élaborent de grands riesling secs », peut-on lire sur le site des Vins d’Alsace. Un autre terroir se démarque : le Glintzberg. « Ce n’est pas un Grand cru mais l’orientation est bonne aussi », précise Albert Goetz.

Vignoble et terres agricoles sont tous occupés autour de Bergbieten, qu’ils appartiennent à la commune, à des privés ou à des viticulteurs. Des agriculteurs de Dahlenheim et Balbronn, mais aussi de Soultz-Sous-Forêts, cultivent sur son ban. « Il n’y a plus d’élevage, sur notre secteur, sait Albert Goetz. Juste une pension de chevaux, tenue par Philippe Schall, direction Dangolsheim. »

L’Association foncière de remembrement (AFR) de Bergbieten a œuvré, à la sortie de l’hiver 2022, à la déviation des eaux de pluie le long des chemins bordant les parcelles viticoles, jusque dans la Nierdermatt, l’une des deux petites rivières locales. Pour ce faire, des rigoles ont été creusées. L’objectif est d’éviter que l’eau ne dévale les coteaux vers le village. Le projet a été soutenu par le Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA). « Tout s’est très bien passé, juge Albert Goetz. Certains jasent un peu, mais dans l’ensemble les viticulteurs jouent le jeu. » Et suivent, avec enthousiasme, la présidente de l’AFR de Bergbieten, l’adjointe au maire Laurence Meylheuc.

Des fleurs et des abeilles

« Je suis entouré de femmes, relève Albert Goetz. De mes deux adjointes à l’agente communale, en passant par la secrétaire de mairie et la technicienne de surface. » Au conseil municipal, ils sont treize au total : on frôle la parité. « Notre grande spécialité à Bergbieten est d’avoir beaucoup de bénévoles », enchaîne Albert Goetz, ravi. Début mai, ils ont aidé à balayer le village, par exemple. « Cinq samedis par an, on les met à contribution. De vingt à cinquante personnes participent chaque année aux chantiers communaux. Et si nous avons deux fleurs pour notre fleurissement, c’est grâce à eux », poursuit le maire. La société paysagiste Alsavert prête son matériel, pour les réalisations communales d’ampleur, souligne Albert Goetz, qui essaie de penser à tous. En 2018, France bleu Alsace avait élu Bergbieten « plus beau village d’Alsace » (une distinction que l’antenne locale a arrêté de décerner). Depuis 2020, un rucher pédagogique, dans le verger du presbytère, face à la mairie, participe encore à l’attractivité de la commune. L’apiculteur amateur et retraité de l’enseignement, Jean-Claude Bernhard, forme les élèves de Bergbieten à cet élevage avec l’aide de l’association apicole de Strasbourg, Asapistra. « On a investi dans les tenues pour les enfants, confie Albert Goetz. Tout le miel revient à l’école, aux élèves, qui sont une centaine. On a juste offert un pot à chaque personne âgée du village. Avec la cire d’abeilles, les plus jeunes confectionnent des bougies, etc. » Pour parfaire le tableau, le village compte parmi ses habitants deux nids de cigogne depuis 2005.

Dans l’aire d’attraction

Bergbieten est devenu de plus en plus attractif… à l’inverse des prix du foncier et de l’immobilier. « Les prix sont indexés sur ceux de Molsheim. Avec le Grand contournement Ouest (GCO), les gens s’éloignent encore plus des pôles d’activité pour aller dans les villages », pointe Albert Goetz. Ici, les maisons mises en vente trouvent un acquéreur dans la semaine, ajoute le maire. Une quinzaine de maisons devrait être construite à Bergbieten les prochaines années, pour répondre à la demande sans cesse grandissante, sur des terrains qui aujourd’hui sont agricoles. « Mais on s’arrêtera là », promet Albert Goetz, soucieux de préserver le village et de ce que les infrastructures soient, et restent, en adéquation avec la population, avec le nombre d’habitants. Artificialiser le moins possible est aussi la tendance générale, supportée par une loi bientôt en vigueur, remarque le maire. Mais l’argent devient rare. L’édile admet avoir besoin de ces quelques nouvelles constructions pour renflouer les caisses. Pour autant, la commune n’est pas avare, puisqu’Albert Goetz affirme soutenir toutes les associations locales (gym, football, tennis, entre autres), étant donné qu’elles contribuent à la douceur de vivre de Bergbieten. Autres sources de plaisirs, éphémères, quelques rendez-vous populaires, mettant à l’honneur la viticulture du coin émailleront l’été. Le Marathon du vignoble, le dimanche 25 juin, traversera l’Altenberg de Bergbieten. L’étape locale, organisée par les sapeurs-pompiers du village, est festive, puisqu’elle comporte la « discothèque » de l’épreuve. Le dimanche 30 juillet, au sommet de l’Altenberg, les viticulteurs fêteront les 70 ans de la Route des vins d’Alsace : musique et bar à vins enchanteront la journée, pour cette dernière date consacrée à l’anniversaire.

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