Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Cybersécurité

Sectoriser pour se préserver

Pratique

Publié le 09/06/2023


Quels types de problèmes pourraient rencontrer les agriculteurs alsaciens, dans leur vie professionnelle numérique ?

Gwenaël Heim : « Comme tout un chacun, les agriculteurs sont de plus en plus dépendants des systèmes d’information. Le souci le plus répandu est la perte de données, et la paralysie qu’elle entraîne. Ce problème est le plus souvent accidentel, par exemple suite à une défaillance du matériel. La perte peut être complète ou partielle, selon le type de panne et la possibilité de reconstituer les dossiers. Autre risque, lié à de la malveillance, celui-ci : la fraude au service informatique ou au faux support technique. Au gré de la navigation sur Internet, une page apparaît sur l’écran de l’ordinateur, signalant que ce dernier a un problème et qu’il faut appeler un technicien, ou acheter un logiciel pour le régler. Le numéro est surtaxé. Le logiciel est payant… et inutile, puisqu’il n’y a aucun problème sur l’ordinateur. Cela peut arriver d’être piégé, parce qu’on agit trop rapidement, sans réfléchir, en mode « panique ». Toutes les menaces classiques peuvent aussi cibler les exploitants agricoles : l’ingénierie sociale, le phishing ou les arnaques (comme expliqué à l’instant), et bien sûr les « ransomware » (rançongiciel). Dans le cas de ce dernier, deux impacts : le blocage de l’informatique et l’aspiration des données, avec chantage à leur divulgation. Mais le risque auquel, à mon sens, les agriculteurs alsaciens pourraient être le plus exposés, est le vol d’outils numériques, notamment de GPS (lire l’encadré) ou d’ordinateur. L’intérêt ? La valeur à la revente. Un exemple d’attaque de type ingénierie sociale : un escroc se fait passer pour un de vos prestataires et vous fait changer le RIB associé au compte de sorte que les virements soient réalisés sur un compte en possession de l’escroc et non du prestataire légitime. Pour cela, il suffit d’avoir quelques informations bien ciblées, en général facilement accessibles, et d’être suffisamment persuasif. »

Comment s’en prémunir ?

« Contre la perte des données, rien de tel que… sauvegarder ! On ne le répétera jamais assez. Les sauvegardes doivent être effectuées sur un support que l’on déconnecte du réseau, après avoir réalisé l’opération. Cela évitera qu’elles soient compromises, en cas de dysfonctionnement ou d’attaque de l’ordinateur. On peut utiliser, soit un disque dur externe, soit le cloud (nuage = sauvegarde chez un hébergeur tiers), soit une solution adaptée proposée par des éditeurs de logiciels. En cas d’utilisation d’un disque dur externe, il convient de stocker cette sauvegarde, en dehors du bureau où se trouve l’ordinateur, pour se prémunir du vol ou d’un incendie. La deuxième prévention est la mise à jour régulière de l’ordinateur et de ses applications, ainsi que de l’antivirus : idem sur le smartphone qui est lui aussi un ordinateur. Autre bonne pratique : un mot de passe différent pour chaque site, plutôt long et compliqué. Si un site est compromis, au moins le mot de passe ne sera lié qu’à celui-ci et il n’y aura pas de risque de piratage sur les autres sites. Des outils « coffre-fort de mot de passe » permettent de gérer tous ces différents mots de passe. L’activation de l’authentification multifacteur (comme celle des banques en ligne) est encore un autre moyen de protection de ses données numériques, en particulier pour les boîtes e-mails et tous les services sur Internet. Aussi, il est important de bien différencier les usages professionnels et personnels : moins de personnes accèdent à l’ordinateur professionnel, mieux c’est. Par conséquent, l’ordinateur professionnel ne doit pas être l’ordinateur de la famille. Il faut être vigilant sur les applications téléchargées sur Internet et éviter les sites de faible réputation. Bien sûr, il est hors de question d’installer des outils piratés. Enfin, il faut être vigilant pour identifier les e-mails de phishing : les e-mails bizarres, avec une mise en forme ou une syntaxe aléatoires, ou encore faisant allusion à une commande, un colis, une facture… Le guide d’hygiène de l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information (Anssi) propose 42 mesures à suivre pour se protéger, notamment en direction des très petites, petites et moyennes entreprises, si elles souhaitent aller plus loin. »

Si l’on est tout de même victime de cyberattaque, que faire ?

« En cas d’attaque, il faut porter plainte auprès de la gendarmerie ou de la police. Le site cybermalveillance.gouv.fr donne toutes les informations utiles, ainsi que des fiches d’aide techniques et une liste de professionnels de confiance que vous pouvez contacter. »

Tour des cultures

Sous le soleil, exactement

Technique

Publié le 03/06/2023


Tout le maïs semence a été semé aujourd’hui en Alsace. « Le début de la campagne a été frais et humide. On a donc commencé à semer plus tard que l’an passé : vers le 27 avril au sud de Colmar, pour les premiers. Après, on a jonglé en fonction des pluies. 40 % du maïs semence alsacien était semé avant le 10 mai 2023, cette campagne. Mais on a terminé environ quinze jours plus tard que l’an passé, puisqu’en 2022, les semis étaient finis le 15 mai », résume Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences au Comptoir agricole, fin mai. Puisqu’il faut semer le maïs mâle quand le maïs femelle est au stade deux feuilles, le semis est toujours un peu stressant. Et cette année, il a fallu anticiper les pluies ! Mais, « dans l’ensemble, les agriculteurs ont bien géré », sait Alain Weissenberger. Le responsable n’a constaté aucun dégât de corbeaux cette campagne, mais quelques-uns de sangliers. Tous restent vigilants et saluent la gestion des sangliers, qui permet de limiter la casse. Les orages ont épargné les semis, côté ciel. « On est parti sur des situations plutôt favorables », se satisfait Alain Weissenberger.

« Les blés sont en bon état »

Les blés et orges ont été exposés à un risque de maladies (septoriose du blé et helminthosporiose de l’orge) non négligeable, à cause du printemps humide, mais les traitements foliaires réalisés fin avril - début mai au stade dernière feuille étalée, ont permis de le contrôler. Semées après le maïs en octobre, dans de bonnes conditions, ces céréales à paille ont bien valorisé l’azote, ont été bien alimentées, ce printemps. « Les blés sont en bon état », relève François Lannuzel, conseiller en grandes cultures, à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA). Un risque de fusariose sur les épis de blé était présent jusqu’à fin mai, mais depuis, les précipitations sont moindres, sauf orages, et le vent asséchant du nord écarte ce danger. Les blés les plus tardifs ont d’ailleurs été très peu impactés par les maladies, quelles qu’elles soient. Des attaques de rouille jaune et brune ont été observées ici et là, de manière très ponctuelle, notamment dans le nord, mais elles ont été jugulées. Mi-mai, des pucerons sur feuilles ont été vus mais peu sont passés sur épis, et finalement, peu de parcelles ont été traitées. Au moment des semis aussi, les transmetteurs de la jaunisse nanisante de l’orge étaient présents, puisque l’automne dernier était chaud, mais les traitements ont fait leur œuvre. Aujourd’hui, on constate une belle densité d’épi, qui augure des rendements intéressants. De début mai et jusqu’au 10 juin, l’irrigation est de rigueur dans les secteurs à faible réserve utile d’eau, notamment dans la plaine de la Hardt : entre deux et quatre tours d’eau sont effectués.

Colzas costauds

Le colza, comme les blés et orges, a été semé relativement tôt : seconde quinzaine d’août et jusqu’à début septembre, dans le nord de l’Alsace. Les pluies de fin août ont permis une levée rapide des colzas, qui se sont bien implantés. « Bons pivots, bel enracinement, accumulation d’azote en automne et à l’hiver, belle production de biomasse : les colzas ont bien passé l’hiver, malgré deux épisodes à - 10 °C en décembre et en janvier, et ils arrivent vigoureux au printemps », expose François Lannuzel. L’information a son importance, puisque cette vigueur leur a permis de bien résister au charançon du bourgeon terminal, à l’automne - hiver, puis aux larves d’altises de l’automne au printemps, et enfin, au charançon de la tige en fin d’hiver et début de printemps. « Les ravageurs étaient bien présents mais les colzas étaient et sont costauds », résume le conseiller de la CAA. Des traitements insecticides ont tout de même été réalisés, mi-février et en mars contre le charançon de la tige. Malgré le froid de ce début de printemps, les colzas ont bien fleuri et longtemps. Aujourd’hui, les siliques sont formées. Le colza va finir son cycle assez rapidement. Les méligèthes cette année, ne sont pas un problème. Ces bioagresseurs se voient facilement, et on est sous les seuils de nuisibilité. Par contre, des traitements à floraison du colza ont été nécessaires pour contrer le risque sclérotinia, là où le colza revient souvent dans les rotations.

Levées de maïs et soja réussies

Les maïs ont été semés entre mi-avril (dans les secteurs les plus précoces comme la plaine de la Hardt) et fin avril, entre les pluies, sauf à l’extrême sud et au nord de l’Alsace, où les semis ont été décalés à mi-mai, comme dans le Sundgau. S’ils ont mis du temps à lever, en règle générale les levées ont été bonnes. Rares attaques de taupin. Aujourd’hui, le maïs est au stade 6 à 7 feuilles, sauf là où il a été planté tardivement, et il pousse bien. Avec les précipitations, les désherbages racinaires (juste après les semis) ont bien fonctionné. Les parcelles sont propres. Aujourd’hui, quelques rattrapages ont lieu en foliaire. Cette année, le désherbage mécanique a été rendu difficile à cause de la pluie. Mais « aujourd’hui, on peut biner dans de bonnes conditions, avec une efficacité intéressante », observe François Lannuzel. Dans la plaine, la récolte se fera certainement à date classique ; aux extrémités de la région, le cycle est décalé et on récoltera sûrement plus humide, prévoit le conseiller.

Le soja a été semé, en décalé, début mai. Mais les sols étant chauds, il est parti vite. Aujourd’hui, au stade 2 à 4 feuilles, ou tout juste levé, il est à surveiller. Les désherbages racinaires sont assez efficaces ; les rattrapages ont lieu, actuellement.

Les « filles » de l’Est se portent bien

Même constat chez les betteraviers que pour les producteurs de maïs semence. Laurent Rudloff, responsable betteravier de l’usine d’Erstein, souligne : « Les semis se sont étalés du 21 mars à début mai 2023 dans les secteurs les plus arrosés. La levée a été correcte. Le désherbage a été maîtrisé grâce à la bonne efficacité des désherbants racinaires. Pour pallier la suppression des traitements de semences (néonicotinoïdes), une protection contre les pucerons a été passée la seconde quinzaine d’avril ou début mai 2023, selon l’avancement de la culture. » Les années se suivent et ne se ressemblent pas. 2022 était très sec, relève le responsable betteravier de la sucrerie, mettant en avant l’adaptation permanente des agriculteurs à leur milieu et à la réglementation.

« Tout est sous contrôle », en chou à choucroute

« La totalité des surfaces a été plantée et ça se porte bien. C’est un temps à choux, dit d’emblée Robin Sesmat, de Planète Légumes, spécialiste de la culture. On a eu de l’eau jusqu’au 24 mai. Les conditions sont bonnes. » Comme tout n’est jamais tout rose, le conseiller relève des retards de plantation et de désherbage fin avril et début mai, à cause du froid et de la pluie. Mais, « globalement, ça s’est atténué et tout est correct actuellement », ajoute Robin Sesmat. Quelques attaques d’altises ont été observées mais les parcelles protégées tiennent le choc, car les conditions sont propices à l’efficacité des produits. Et, s’il y a des vols de lépidoptères, il n’y a aucune chenille et aucun dégât. Il n’y a pas eu de mildiou précoce. Même si certains ont protégé au cuivre en préventif, aucune maladie n’est à signaler. « Tout est sous contrôle. Avec le soleil, maintenant, ça se développe davantage », se réjouit le conseiller de Planète Légumes.

Floriculture

Des fleurs parmi les fruits et légumes

Cultures

Publié le 02/06/2023


« Je suis née dans les fleurs », constate Marie Mathis-Ballesta, fille de Brigitte Mathis, détentrice alsacienne d’un Jardin de France, labellisé. Pour un beau bouquet, il faut associer cinq types de fleurs et végétaux : « des fleurs stars (dahlia, tournesol, chrysanthème), des disques (type marguerites : soucis, nigelle, bleuet), des fleurs en ombelle (fenouil, panais, carotte ; pour réutiliser les produits de la ferme), des épis (muflier, campanule) et du feuillage (buplèvre, molucelle mais aussi feuilles d’asperge et de fraisiers, mélisse et menthe) », énumère Marie, qui a éclusé les tutoriels Youtube.

La trentenaire a réalisé son rêve, celui d’être floricultrice… Entre autres, grâce à Vincent Schotter, son ancien maître de stage (lors de la reconversion de Marie via un BPREA maraîchage, au CFPPA d’Obernai en 2020-2021) et son actuel employeur. Le chef d’exploitation de l’EARL Le panier du Jardin d’Agnès, à Ittlenheim dans le Kochersberg, laisse carte blanche à Marie Mathis-Ballesta, sur 0,5 ha. 10 ares sous serre et le reste en plein air, donnent l’opportunité à sa salariée de tester plus de cent espèces de fleurs, de vingt familles botaniques différentes. « Cela permet une rotation en plus et, donc, de couper le cycle des maladies, notamment des solanacées. Par exemple, les tomates ne reviennent qu’une fois tous les trois ans, sur la même parcelle. Aussi, les fleurs amènent plus de biodiversité, dont des auxiliaires des cultures, des pollinisateurs et… des lérots, une espèce classée quasi menacée ! » pointe Marie, une des sept UTH à l’année du Jardin d’Agnès.

Gagnant-gagnant

Récoltées, les fleurs fraîches sont vendues au marché (lire l’encadré), en même temps que les fruits et légumes du maraîcher bio : gagnant-gagnant. Les bouquets sont composés d’avance, pour plus d’efficacité. À l’occasion de la fête des mères, des kits à bouquets - des godets de huit espèces de fleurs destinées à être coupées, pour jardiniers en herbe qui souhaitent les faire pousser à domicile - seront aussi proposés. Marie approvisionne en plus, quatre fleuristes, avec sa production. Le surplus de fleurs est séché et la jeune femme réalise des couronnes, boucles d’oreilles et fioles avec les corolles déshydratées. Mais le but est d’écouler un maximum de fleurs en frais. L’atelier de diversification paie le salaire (minimum) de Marie et les investissements, qui s’élèvent à près de 5 000 euros par an (bulbes, semences, terreau).

De janvier à février, Marie commande les semences ; en août, elle achète les bulbes. De janvier à mars, elle sème. Puis, elle plante d’avril à juin, sauf les bulbes plantés en automne (qui fleurissent dès février). « On récolte de février à fin octobre. Et je fais sécher les surplus partout, au fur et à mesure », conclut la floricultrice, qui glane aussi pour ses créations en sec, des fleurs sur sa commune de Flexbourg, avec l’accord de la municipalité. La reconvertie sait quoi cueillir, puisqu’elle est… paléobotaniste de formation ! Docteure, diplômée de l’université de Lyon 1, cette passionnée de fleurs a séjourné quatre ans aux États-Unis, où elle était en parallèle de ses activités, bénévole dans des jardins botaniques. Vers la fin de l’été, l’autodidacte réalise la majeure partie de ses créations en fleurs séchées. Elles sont principalement vendues de novembre à janvier, notamment au marché de Noël Off, de Strasbourg. Pour une première, l’an passé, elles ont remporté un franc succès : Marie rebelote donc, avec son ami vigneron Yann Durrmann qui l’héberge sur son stand, en décembre 2023.

« Gérer seule toute la production et la vente de fleurs est un travail de titan. Mais ça vaut le coup dans notre cas. Nos étals aux marchés sont beaux, attirent encore plus les regards. Et je suis heureuse d’aider à faire vivre une entreprise de maraîchage, que les fleurs soutiennent l’agriculture vivrière. J’espère bientôt entrer dans une routine qui permettra de dégager du bénéfice », conclut Marie, sécateur à la main, dans la serre baignant à plus de 25 degrés, fin mai.

 

 

Foire européenne de Strasbourg

2023 confirme le renouveau de la manifestation

Vie professionnelle

Publié le 01/06/2023


Trois grandes nouveautés, cette année, à l’Espace agricole de la Foire européenne de Strasbourg : le stand Graines d’Alsace, avec les nouvelles productions végétales, type pois chiches et lentilles ; les circuits courts, promus sur un week-end par Bienvenue à la Ferme, et le partenariat renforcé avec le lycée agricole d’Obernai. Chaque heure, un ou plusieurs élèves, futurs agriculteurs, présenteront une race sur le ring, et/ou parleront fumier et compost (ce qui fera écho aux citadins chargés de trier leurs petits déchets ménagers verts depuis cette année), et/ou aborderont différents thèmes sur l’élevage, dont en partenariat avec Alsace Lait, celui du lait de pâturage. Les grands classiques seront de mise aussi. Comme à l’accoutumée, l’ensemble des filières seront présentes à l’Espace agricole (sur 2 500 m2) ; des planchettes de dégustation de produits locaux seront servies de 11 h à 14 h tous les jours, sauf les week-ends, durant lesquels les filières ovine et bovine seront à l’honneur, avec leurs repas à thème.

Consommer local

« Nos paysages, grâce à nos professionnels paysagistes, mettent en valeur nos stands. Et au-delà de l’alimentation, l’énergie, sa production par nos agriculteurs, sera expliquée », a pointé Denis Ramspacher, premier vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), lors de la conférence de presse du 30 mai. Il a rappelé que l’Alsace est le territoire français, où les consommateurs sont les plus enclins à acheter local. Ici, la confiance règne : un bon point pour les agriculteurs et la Foire européenne. Les médaillés du Concours général agricole de Paris seront donc mis en valeur aussi, durant cette édition 2023 ; de quoi renforcer le lien. Proche de la scène musicale locale, l’espace agricole, au sud du Parc des expositions, sera ouvert chaque jour comme la Foire, de 10 h à 20 h du 1er au 10 septembre 2023.

 

 

Arboriculture

Plus de mirabelles, hétérogénéité ailleurs

Cultures

Publié le 25/05/2023


Un vrai printemps d’il y a quarante ans ! Des alternances de chaud/froid, pluie/sec ; des températures basses mais sans gelée, suivies de pics à 26 °C, marquent ce retour « aux standards » en Alsace, après six campagnes caractérisées par le gel au printemps et enfin, un « vrai » hiver 2022-2023. Conséquence : les charges dans les vergers, sont hétérogènes, de parcelles en parcelles et même de branches en branches ! Volumes et qualités sont disparates, surtout en prunes (prunes bleues et quetsches d’Alsace), témoigne le conseiller Philippe Jacques.

Cerises et poires en berne

Les conditions humides à la floraison des cerisiers et des poiriers, ont eu une incidence sur la pollinisation car très peu d’abeilles étaient de sortie : les charges sont très, voire trop légères pour ces deux productions, enchaîne-t-il. Par contre, la mirabelle s’en est mieux sortie cette année qu’en 2022, et par rapport aux autres fruits, une belle récolte est attendue en 2023, même si les températures assez basses des dernières semaines ont une influence sur les calibres. Les fruits des mirabelliers seront petits… sauf s’il pleut beaucoup cet été.

Correct en pommes

En pomme, on est en pleine période de régulation de la charge des arbres actuellement. Il faut s’adapter aux conditions de chaque parcelle, prévient Philippe Jacques, car la floraison s’est longuement étalée du 15 avril au 20 mai, voire encore plus tard, selon les variétés. « La campagne en pommes est toujours plus homogène, comparée aux autres cultures, grâce à la régulation. Cette année, les techniciens ont du travail car on annule carrément la régulation dans les vergers peu chargés, et on l’accentue ailleurs. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu autant de disparités », s’exclame-t-il. La récolte sera moyenne à bonne. « Il y a peu de tavelure. C’est propre. Et le carpocapse est déboussolé… comme nous ! Il y a peu de pontes car on a rarement atteint les 15 °C (nécessaires pour l’espèce) à la tombée de la nuit. Je pense donc qu’on devrait être proche des objectifs en production de pommes, en 2023 », conclut le conseiller de la CAA.

RAS en petits fruits

En petits fruits, Lilian Boullard, conseiller en culture légumière, fraises et petits fruits, chez Planète Légumes, est confiant pour le moment : la campagne débute avec une semaine de retard mais aucune maladie n’est à déplorer. Dès qu’il commencera à faire chaud par contre, il faudra surveiller les framboisiers : un acarien s’est pointé l’an passé.

Grand hamster

Une décennie de protection fructueuse

Vie professionnelle

Publié le 20/05/2023


Afsal a fêté ses dix ans le mercredi 10 mai 2023, à Blaesheim, zone pionnière dans la préservation du grand hamster d’Alsace, là où cette aventure a commencé. En une décennie, trois fois plus d’agriculteurs se sont engagés à protéger l’espèce menacée, dont le nombre de terriers a lui aussi triplé, selon les derniers comptages de 2022, réalisés par l’Office français de la biodiversité (OFB). Aujourd’hui, ils sont 216 agriculteurs adhérents à Afsal à mailler des territoires de 100 à 500 ha de cultures favorables au rongeur. 4 300 ha sont ainsi engagés en mesures agricoles aujourd’hui, contre 1 438 ha en 2013, au tout début du volontariat. De Hurtigheim à Ernolsheim-sur-Bruche, en passant par Oberschaeffolsheim, au nord ; de Dorlisheim et Obernai à Geispolsheim, au centre ; et dans le Ried, à cheval sur les deux départements alsaciens, le taux moyen de cultures favorables au grand hamster, au sein des périmètres en mesures collectives, est passé de 27 à 43 % environ, en une décennie. Céréales à paille d’hiver (blé, orge, avoine, triticale, épeautre, seigle), luzerne et mélanges de légumineuses fourragères, protéagineux d’hiver (féverole, lupin, pois) et méteils d’hiver (mélanges céréales/légumineuses) constituent l’alimentation et le refuge du grand hamster. En complément d’un assolement propice au rongeur, les agriculteurs volontaires laissent de petites surfaces non récoltées tout l’été (le grand hamster hiberne) à proximité des terriers, et/ou implantent des Cipan. De 319 en 2013, le nombre de terriers est passé à 960 en 2022. 82 % de ces habitats ont été observés par l’OFB dans des périmètres gérés collectivement par les adhérents d’Afsal, alors qu’en 2013, seuls 23 % des terriers étaient répertoriés dans ces zones.

 

 

« Dynamique positive »

Laurent Fischer, le président d’Afsal, est persuadé que cette « dynamique positive » continuera à convaincre. Le dispositif de gestion collective des parcelles de volontaires, en faveur d’une espèce protégée, est non seulement efficace mais aussi « unique en France, voire en Europe », ont insisté tout au long de la fête, les agriculteurs coordonnant Afsal et les services de l’État, main dans la main. Et c’est à Blaesheim que tout a commencé… Si en 1995, beaucoup de hamsters communs y étaient encore dénombrés, il n’en restait presque plus en 2008, selon l’OFB. La commune a donc accueilli le premier relâché de hamsters d’élevage, avec le soutien du maire actuel Jacques Baur, un ancien agriculteur. « En 2012, ça n’a pas été simple de décider les exploitants », se souvient l’édile local, qui avait promis que les cultures à forte valeur ajoutée, telles que les choux, betteraves, pommes de terre et légumes, soient préservées dans le même temps. Jusqu’en 2012, des contrats individuels étaient proposés aux agriculteurs par l’Office de la chasse et de la faune sauvage, avec un soutien de la Chambre d’agriculture, pour favoriser le grand hamster. À partir de 2013, des mesures collectives, telles les mesures agro-environnementales Hamster (2015 – 2022 et 2023 – 2028) et les mesures compensatoires extensives, ont été mises en œuvre. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA), en collaboration avec les services de l’État (OFB, DDT, Dreal), la Région Grand Est et Afsal, a animé leur déploiement. L’État a souhaité en déléguer la gestion à une structure tierce, et les agriculteurs ont accepté de se regrouper au sein d’Afsal, qui a été créée le 10 avril 2013 par douze agriculteurs réunis à la mairie de Blaesheim. 19 représentants, désignés par les agriculteurs de chaque territoire engagé, siègent aujourd’hui à son conseil d’administration (CA). Lors de la mise en place de mesures collectives sur un territoire, l’ensemble des agriculteurs adhèrent et signent un contrat avec Afsal, et si l’ensemble des engagements individuels permet de respecter le cahier des charges, c’est le président d’Afsal qui engage le territoire, au nom de l’association, vis-à-vis de l’État ou des financeurs privés.

Un million d’euros par an

« Soyez sympas avec les agriculteurs, ils vous le rendent mille fois », s’est exclamé Laurent Fischer, fort d’un bilan qui dépasse les espérances. Entre 2013 et 2022, plus de 5,2 millions d’euros ont été versés par la DDT du Bas-Rhin, à ces derniers, afin de prendre en charge les surcoûts de production liés aux assolements spécifiques (pour un montant total de 4,4 millions d’euros) et d’indemniser les cultures de céréales laissées sur pied (pour un montant de plus de 810 000 euros). À compter de 2023, le montant des aides a été revalorisé, avec le nouveau cahier des charges de la « mesure Hamster », qui exige 35 % de cultures favorables d’hiver, 3 % de cultures favorables de printemps et 5 % de cultures favorables de type prairies temporaires, contre 26 % de cultures favorables auparavant. Aussi, il est prévu la pratique obligatoire de la fauche alternée sur les parcelles de luzerne de plus de 0,5 ha. Et, pour les bandes de non-récolte, le maintien sur pied des céréales d’hiver à proximité immédiate des terriers est obligatoire et elles ne peuvent être détruites avant le 15 octobre. Ainsi, près d’un million d'euros par an sera consacré, par le ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, à la protection du grand hamster.

« Joyeux anniversaire et longue vie à Afsal ! », a souhaité, en conclusion Nicolas Ventre, directeur de la DDT du Bas-Rhin, heureux de cette collaboration exemplaire, qui permet de « concilier une agriculture moderne, innovante, performante, avec la protection de la biodiversité ».

Premier bilan de l’irrigation, en 2023

Des réserves suffisantes

Technique

Publié le 04/05/2023


Patrice Denis et Jonathan Dahmani, conseillers irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), sont à pied d’œuvre. La saison des Flash irrigation a commencé. Mais… tranquillement. Rien à voir avec la campagne d’irrigation de 2022, durant laquelle les agriculteurs ont irrigué le blé, du 28 avril au 9 juin, et le maïs, du 9 juin au 15 août. « Les périodes étaient courtes et denses, surtout pour le maïs, rappelle Patrice Denis. Heureusement ! Car ceux qui avaient des enrouleurs étaient épuisés… d’autant plus, s’ils avaient des pannes à gérer. » La hausse des prix de l’énergie a encore noirci le tableau. Seule consolation : l’évolution du matériel… « 2022 était une année dure, quand même », répète Patrice Denis, compatissant.

Doucement en blé

Au 24 avril 2023, la situation est tout autre : les conseillers préconisent d’irriguer uniquement dans les sols très superficiels, comme ceux de la Hardt, avec un apport de 30 mm. Les conditions météorologiques n’étant pas « poussantes », les blés étaient au stade deux nœuds, dans la majorité des cas ; stade certes repère pour l’irrigation, mais la mise en place de celle-ci a été contrecarrée, dans la grande majorité des cas, par la réserve utile des parcelles. « Le climat n’était pas évaporant », en prime, ajoute Patrice Denis. Au 2 mai, cette semaine, dans les cultures observées par les conseillers, les blés ont atteint le stade « dernière feuille pointante ». Pluviométrie (entre 5 et 20 mm de pluie, en cumul, sur la plaine d’Alsace, de fin avril à début mai) ou irrigation récente dans les sols superficiels ont suffi à assurer un confort hydrique. Jusqu’au 8 mai, seuls les sols superficiels sont donc concernés par l’irrigation. Et inutile de se presser, si un tour a déjà été opéré. Moins de 3 mm par jour, tel est le besoin en eau actuel du blé. Dans le cas d’un tour d’eau de 30 mm et de 10 mm de pluie, le retour n’est pas nécessaire avant treize jours, par exemple, indiquent les conseillers, dans leur Flash irrigation.

Idem en colza

Cette année, le colza, au système racinaire développé lui permettant de prélever plus facilement son besoin en eau, s’installe, en Alsace, dans les sols superficiels. En pleine floraison, depuis fin avril, il tient le coup, sans irrigation. Les températures fraîches permettent de patienter. D’autant plus que les précipitations, fin avril et début mai, compensent, en partie, les besoins en eau.

Dégâts de gibier sur prairie

2022 : une année historiquement calme

Vie professionnelle

Publié le 19/04/2023


Dans le Bas-Rhin, en 2022, sur 654 ha de cultures détruites par le gibier, 84 ha étaient des prairies. En 2021, 535 ha de prairies sur 982 ha de cultures, au total, ont été saccagés. En 2020, 215 ha de prairies sur 1 208 ha de cultures. Plus de cinq fois moins d’hectares de prés ont subi des dégâts de gibier, dans le Bas-Rhin, en 2022, par rapport à 2021 : exceptionnel ! Les principales communes touchées, en 2022, étaient Ingwiller avec 9,5 ha de prairies détruites, Wingen avec 6,5 ha, Wissembourg avec 5 ha, Lichtenberg avec 4 ha et le secteur de Reipertswiller avec 3,5 ha, partage Pascal Perrotey, directeur du Fonds départemental d’indemnisation des dégâts de sangliers du Bas-Rhin (FIDS 67). Les cinq bans totalisent plus de 20 % des dégâts de sangliers, dans le département nord de l’Alsace, l’an dernier.

« Si 18 000 sangliers ont été tirés, dont le quart de nuit (une première), il faut aussi noter que, par chance, il y avait peu de larves de hannetons, dans les prés, en 2022 », constate Pascal Perrotey, expliquant, ainsi, la baisse significative des dégâts de sangliers sur les prairies, l’an passé. Le directeur du FIDS 67 prévient : il n’y a pas de science infuse. L’avenir est donc difficile à prévoir. « 2023 sera sûrement identique à 2022 », estime, tout de même, Pascal Perrotey. « On commence à entendre, ici ou là, que les dégâts reprennent mais dans des proportions limitées. Reste quelques zones récurrentes compliquées », abonde Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin. « Il suffit que deux ou trois locataires de chasse laissent filer… Nous sommes tous égaux, face aux sangliers », lâche Pascal Perrotey.

Le directeur du FIDS 67 donne une astuce pour contenir les sangliers. « Dans quatre zones, qui sont le secteur Lembach, Grendelbruch, Obernai - Muhlbach et Gresswiller, Albé - Breitenbach, celui d’Harskirchen - Sarre-Union, celui du Val de Villé et celui de la Vallée de la Bruche, les chasseurs agrainent avec des pois protéagineux, que les sangliers assimilent comme des protéines animales. C’est comme s’ils mangeaient des larves donc ils ne se cassent plus le groin à creuser le sol, et les prairies sont préservées », détaille Pascal Perrotey. Des études de l’Office français de la biodiversité (OFB) montrent que l’agrainage n’aide pas la fécondité, ni donc la prolifération des sangliers, car les quantités d’agrainage restent toujours moindres par rapport aux profusions qu’offre la nature, les bonnes années, d’après le directeur de la FIDS 67. « Dans le Haut-Rhin, au col du Bonhomme, un essai a déjà été réalisé, à savoir que l’agrainage avait été arrêté et cela avait été une catastrophe », sait Pascal Perrotey. S’appuyant sur les chiffres de 2022, il remarque que les dégâts en montagne sont insignifiants, cette année.

Au sud

Dans le Haut-Rhin, en 2022, sur 957 ha de cultures détruites par le gibier, 206 ha étaient des prairies. « Des chiffres qui restent néanmoins à affiner, précise Marie-Joëlle Bellicam, conseillère Montagne à la Chambre d'agriculture Alsace. Des déclarations d’agriculteurs de montagne n’ont pas encore été effectuées. » En 2021, 1 018 ha de prairies sur 1 640 ha de cultures, au total, ont été saccagés. En 2020, 484 ha de prairies sur 1 614 ha de cultures. Plus de cinq fois moins d’hectares de prés ont subi des dégâts de gibier, dans le Haut-Rhin, en 2022, par rapport à 2021, tout comme dans le Bas-Rhin : une « baisse spectaculaire », admet Alexandre Bosserelle, le directeur du FIDS 68. Les principales communes touchées, en 2022, étaient Sainte-Croix-aux-Mines avec 20 ha de prairies détruites, Le Bonhomme avec 15 ha, Soppe-le-Bas avec 13,8 ha, Orbey avec 9,7 ha et Fellering avec 7,5 ha, partage le directeur du FIDS 68. Ces cinq bans avec ceux d’Oderen, de Kruth, de Soppe-le-Haut, de Pfetterhouse, de Breitenbach (dans le Haut-Rhin), de Kirchberg et d’Heimersdorf totalisent près de 50 % des dégâts de sangliers, dans le département sud de l’Alsace, soit 102,5 ha, l’an passé.

« Il semblerait qu’il y a eu, en 2022, moins de sangliers que les années précédentes et la sécheresse, dès le printemps, a probablement joué. Mais les causes principales de la baisse des dégâts de sangliers sur prairies sont difficilement identifiables, d’autant plus que les dégâts en plaine n’ont, eux, que peu diminué. Météo, taux de reproduction, mortalité hivernale des jeunes, prélèvements par la chasse, etc., l’augmentation ou la diminution des dégâts est multifactorielle », énumère Alexandre Bosserelle. D’après lui, dans le Haut-Rhin, les dégâts démarrent calmement, en 2023. « Pour le moment, il n’y a pas d’alerte majeure mais tout peut aller très vite », poursuit-il. Claude Schoeffel, éleveur à Fellering, confirme : « Les dégâts ont recommencé il y a trois semaines, en l’espace de deux nuits seulement. J’ai sollicité immédiatement les lieutenants de louveterie qui sont intervenus rapidement. Pour nous, l’embellie constatée en 2022 ne se confirmera probablement pas cette année. »

EARL du Haut-Village (Bas-Rhin)

Feu vert pour le bois déchet

Technique

Publié le 31/03/2023


À Woellenheim, rue de l’Église, dômes, hangars et cheminées poussent non loin de l’édifice religieux. Une nouvelle religion se développe à la Ferme du Haut-Village, reprise du père par les frères Christ, récemment rejoints par Christian Richert, un ami de la famille, et Émilie Bondoerffer, la compagne de Florian Christ : le 0 déchet, allié à l’autonomie et aux 100 % énergie renouvelable. Pionnier de la méthanisation dans la région du Kochersberg, l’EARL du Haut-Village compte un troupeau de 150 vaches laitières pour Alsace lait, ainsi que plus d’une cinquantaine de jersiaises pour une production de fromages (depuis fin 2022). À cela s’ajoutent 130 ha de SAU et environ 200 ha de prairies fauchés ou pâturés. Si les productions de la ferme ne sont pas labellisées bio, principalement parce que le fourrage et le grain achetés à d’autres agriculteurs voisins pour nourrir le troupeau ne le sont pas, Florian Christ se présente en écologiste, soucieux d’avoir recours à une source naturelle d’énergie pour confectionner du fromage fermier, de même pour l’hygiénisation des biodéchets, intrants de méthanisation.

Tout est lié

« J’ai des principes mais l’économie suit », assure-t-il, alors que les terres alentour sont couvertes en mars par la féverole, précédant le maïs. L’agriculture de conservation des sols a trouvé sa place, dans le modèle de la ferme en perpétuelle réflexion. « Courant 2020, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de valorisation intelligente des palettes de bois sur lesquelles arrivaient les déchets alimentaires, pour l’unité de méthanisation, car les chaufferies industrielles n’en voulaient pas, à l’époque. Au centre de compostage, où je les amenais, le tas de bois déchet, dédié à l’énergie, était peu consommé. Une ressource était donc disponible. C’est comme ça que m’est venue l’idée de la chaufferie bois déchet », raconte Florian Christ, qui prend la relève de son père, quant à présider aux destinées de l’entreprise familiale.

Taille intermédiaire

Lorsqu’il a fallu dimensionner le projet, subventionné à hauteur de 50 %, Florian s’est affranchi du bureau d’études, voyant trop haut. Au total, la chaufferie a coûté 750 000 euros, contre 950 000 annoncés, mais 25 % de plus que prévu par Florian Christ, surtout à cause de la guerre en Ukraine et de l’envolée des prix des matières premières. Après des visites d’autres chaufferies bois déchet en Allemagne, en France et en Suisse, l’éleveur du Kochersberg a décidé de dessiner le schéma de flux d’eau, lui-même. Si tout ce qui est tuyauterie a été sous-traité, Florian était maître d’œuvre et d’ouvrage du chantier, qui s’est déroulé de 2021 au printemps 2022. La chaudière est une petite chaudière industrielle suisse Schmid de 500 kW, avec un poussoir sur-mesure. « C’étaient les seuls à proposer cela », pointe Florian Christ. La mise en route a eu lieu, en septembre 2022, en même temps que la fromagerie fermière. Pour l’instant, l’outil de production d’énergie ne fonctionne pas au maximum de sa capacité. Avec l’hygiénisation des biodéchets, sous peu, il montera en puissance. « Nous trouverons toujours du bois déchet pour notre chaufferie en approvisionnement local (à moins de 10 km), mais les industriels tapent aujourd’hui dans la ressource, crise oblige… Sur le long terme, les professionnels des chaudières sont inquiets : le bois ne suffira pas à toutes les alimenter », conclut Florian, qui a donc du mal à conseiller à ses pairs de se lancer dans une aventure similaire.

 


 

Resistom

La clado’ ne viendra plus en clandé’

Cultures

Publié le 18/03/2023


Les premiers résultats tomberont, au plus tard, début 2024. Resistom est un projet financé par FranceAgriMer, sur trois années (2021-2023). PLANETE Légumes y travaille avec deux autres stations d’expérimentation, l’APREL en Provence, qui est le porteur de ce projet, et Terre d’essais, en Bretagne. Elles ont sélectionné des variétés gustativement et agronomiquement intéressantes, pour une production de pleine terre. Et elles surveillent leur comportement par rapport à la cladosporiose, ce champignon aérien qui a pu être géré par des variétés résistances mais pour lequel on suppose, aujourd’hui, qu’il y a de nouvelles espèces car, parfois, des variétés résistantes tombent quand même malade et cela peut devenir ingérable.

En Alsace et en Provence, les stations suivent le microclimat sous abri, sur différents sites, pour voir à quel moment le champignon arrive : quelle est l’hygrométrie, quelle est la température, quelle est l’humectation sur feuille, à l’arrivée du champignon ? Les données recueillies permettront d’établir un seuil d’alerte. « Comme les traitements actuels avec des produits de biocontrôle ne sont pas curatifs, il faut réagir avant qu’on ne voie l’attaque », explique Johanna Bodendörfer, conseillère et chargée d’expérimentation en techniques alternatives et biologiques, à PLANETE Légumes. En Bretagne, la station teste des produits utilisables en agriculture biologique (AB), comme un champignon antagoniste.

Il existe peu de produits efficaces contre la cladosporiose, encore moins en bio. Heureusement, les souches de ce champignon capables de contourner les résistances variétales sont localisées. « C’est comme un rhume », pointe Johanna Bodendörfer de PLANETE Légumes. Mais, si les produits de biocontrôle, sont appliqués au bon moment, avant l’apparition du champignon, ils fonctionnent. Voilà pourquoi les stations s’échinent à déterminer le seuil d’alerte. Elles savent bien que, pour une raison de coût, en pleine période de production (à partir du mois de mai), les maraîchers ne peuvent mobiliser une personne, plusieurs fois, pour traiter.

Anticiper

Pour éviter la cladosporiose, aujourd’hui, le meilleur conseil reste de se tourner vers des variétés résistantes, même si « lorsqu’une maladie contourne une résistance, on sait que ça va continuer », pointe Johanna Bodendörfer. Ensuite, il faut aérer les serres, même lorsqu’il fait froid, lorsqu’elles ne sont pas chauffées, car l’humidité sur le feuillage est problématique. « Les maraîchers sont réticents à ouvrir les serres, quand il fait froid, parce qu’ils ont peur que les pieds de tomates ne poussent pas. Or s’il n’y a pas de soleil, autant aérer, puisque sans soleil, même au chaud, ils ne pousseront pas », rappelle la conseillère de PLANETE Légumes.

Les vidéos