Préparations naturelles peu préoccupantes
Faites maison ou achetées : une alternative aux phytosanitaires de synthèse
Préparations naturelles peu préoccupantes
Technique
Publié le 17/03/2023
Les PNPP sont des préparations naturelles peu préoccupantes, obtenues par un procédé accessible à tout utilisateur final. Elles ne requièrent pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Elles sont composées exclusivement, soit de substance de base, soit de substances naturelles à usage biostimulant (SNUB), autorisées, selon une procédure fixée par voie réglementaire. Les substances de base pouvant être utilisées sur cassissiers et myrtilliers sont les suivantes : l’hydroxyde de calcium qui a une fonction fongicide ; les lécithines qui ciblent l’oïdium (podosphaera leucotricha) et ont donc aussi une action fongicide, et le chitosan qui stimule les défenses de la plante. Concernant les SNUB, trois voies d’inscription (d’autorisation) existent : soit elles font partie des 148 plantes médicinales, soit elles sont évaluées par l’Anses ; soit elles sont consommées en alimentation humaine et animale, et elles peuvent alors être utilisées sous couvert d’un accord de cahier des charges. Les SNUB sont d’origine végétale, animale ou minérale, à l’exclusion des micro-organismes, non OGM. Elles ne subissent aucun traitement autre que des moyens manuels, mécaniques ou gravitationnels : dissolution, extraction, distillation, chauffage pour séchage. Les différentes préparations de plantes les plus courantes sont l’infusion, la décoction, la macération, le purin, l’huile essentielle (HE). Il est possible d’utiliser deux types de solvants : l’eau ou l’alcool à 40°. Certaines HE sont autorisées avec une AMM et ne sont donc pas dans la catégorie SNUB. Les matières fertilisantes, tels les ferments et la poudre de diatomée, mais aussi le savon noir et les acides gras, sont d’autres substances naturelles utilisables en agriculture.
Une petite tisane ?
Les extraits végétaux, préparés à la ferme, sont utilisés seuls ou ajoutés à la bouillie de traitement. Ce sont généralement des tisanes/infusions, des décoctions, des extraits fermentés ou des extraits alcooliques. Les extraits de plantes qui sont des préparations du commerce sont des extraits de plantes formulés ou issus d’extraction par procédé « complexe » (préparation en entreprise/industrie), telles des HE ou des extraits végétaux, avec sélection de quelques molécules (purification et concentration) et des co-formulants ou adjuvants. Si les préparations à la ferme prennent en compte un écosystème large et présentent une toxicité nulle, en plus d’être biodégradables comme les autres, et de ne présenter aucune résistance, elles permettent aussi aux agriculteurs de se réapproprier un savoir-faire et d’être autonomes (en intrants, en décision). Mais leur efficacité est variable.
Les cinq modes opératoires pour réaliser ses propres PNPP sont les suivants : la mise en fermentation de végétaux frais dans de l’eau de façon contrôlée et spontanée pour obtenir de l’extrait végétal fermenté ou du purin végétal ; des plantes sur lesquelles de l’eau froide est versée et est mise à chauffer jusqu’à la température souhaitée (selon le type de plantes et de principes actifs), puis le feu est coupé pour obtenir une infusion ou tisane ; des plantes mises à tremper 24 heures, puis la préparation est chauffée et est maintenue à ébullition pendant 30 minutes environ, pour obtenir une décoction ; des plantes mises à tremper pendant quelques jours, dans de l’eau ou de l’alcool, pour obtenir une macération ; des plantes distillées à la vapeur d’eau ou pressées à froid (tels les agrumes) pour obtenir des huiles essentielles.
Plutôt une macération dans de l’alcool à 40°
« La composition chimique des extraits végétaux est éminemment variable, a rappelé Anne Duval-Chaboussou. Plusieurs facteurs influencent cette composition : les facteurs génétiques (par exemple, le thym ou thymus vulgaris présente plusieurs chimiotypes), physiologiques (les variations ont lieu en fonction du stade de développement), pédologiques et climatiques (selon les procédés d’extractions, le solvant et l’équipement). » Plus de composés sont extraits dans l’alcool que dans l’eau. Sept jours dans l’alcool permettent d’extraire le maximum de composés. La qualité des composés extraits dans l’alcool à 40° et dans l’eau est la même mais il y a beaucoup plus de composés extraits dans l’alcool que dans l’eau.
La prêle renforcerait les préparations fongicides. Sa décoction (préparation privilégiée) serait à utiliser en temps chaud et humide, car elle assécherait le milieu. L’ortie stimulerait la flore microbienne du sol et renforcerait les préparations fongicides. Elle s’utilise en extraits fermentés de plantes entières, le plus souvent. L’ail aurait un effet répulsif sur les insectes. Mais les plantes ont divers modes d’action. L’ail serait aussi fongicide par exemple, et l’ortie insecticide. Les intérêts d’utilisation des extraits de plantes sont la stimulation des défenses, la réduction des fongicides (des doses de cuivre et de soufre) contre les monilioses/oïdium notamment, la réduction des insecticides contre les ravageurs, tels la drosophile suzukii, les chenilles, et la fertilisation foliaire ou sol pour la croissance et contre les carences. Dans la lutte contre les insectes seraient efficaces : les extraits végétaux (décoction d’ail, huiles essentielles), l’argile, la chaux (l’hydroxyde de calcium), la poudre de diatomée et les huiles végétales et paraffiniques. Mais pour lutter contre la punaise diabolique, rien de tel que des filets, pointent les arboriculteurs présents, fin février lors de la présentation de la spécialiste du CTIFL. Quant aux cochenilles, ce sont leurs larves avant la floraison, qu’il faut atteindre, souligne un cultivateur, grâce à de fines gouttes pulvérisées avant 9 h mais pas trop tôt non plus, pour éviter la rosée. Face aux pucerons l’HE d’orange douce et le savon noir ensemble, seraient efficientes. Attention à l’HE d’ail sans adjuvant… qui a tendance à être phytotoxique. Pour perturber la ponte du carpocapse, saccharose et fructose semblent très indiqués car ils modifient les effets biochimiques de la plante. Mais si la pression est supérieure à 40 %, l’efficacité est faible.
Trop chères
Contre la tavelure du pommier, l’efficacité de différentes modalités avec des substances naturelles par rapport à une dose réduite de cuivre appliquée seule est relative, apprécie Anne Duval-Chaboussou, à partir des études menées. En règle générale, le coût d’un passage/ha d’une substance naturelle est entre 1,5 et dix fois plus élevé que la bouillie bordelaise… Les essais se poursuivraient donc avec des macérations à l’alcool, testées à des doses plus faibles et combinées à des doses de cuivre, selon le niveau de risques.
Anne Duval-Chaboussou conclut la séance en insistant sur la nécessaire combinaison des PNPP sur la saison et l’utilisation des outils de prévision des risques. Sur myrtille, comme sur les autres fruitiers, il est essentiel de réaliser des essais : la multitude de PNPP allonge la durée de ceux-ci, mais chaque année, agriculteurs et techniciens s’emploient à débroussailler ce champ de connaissances.












