Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Livraison de produits locaux à domicile

Marmelade and the city

Pratique

Publié le 03/02/2021

Marmelade est un e-commerce en circuit court, une épicerie en ligne 100 % locale, qui propose aux citadins de se faire livrer leurs courses de produits locaux à domicile. Les agriculteurs référencés sur la plateforme vendent du frais brut ou transformé, des conserves et des bouteilles. La Ferme Vogelgesang à Dorlisheim, Le Jardin de Marthe à Strasbourg, la Ferme de la Plume d’or à Dachstein ou encore le domaine Beck-Hartweg à Dambach-la-Ville, pour ne citer qu’eux, ont franchi le pas. « Chaque matin, un salarié fait le tour des producteurs locaux, pour récupérer les commandes, dans toute l’Alsace. Quand les quantités sont trop importantes et qu’elles n’entrent plus dans l’une de nos deux camionnettes, les agriculteurs nous livrent à l’entrepôt, situé au port du Rhin à Strasbourg. Les clients sont livrés dans la journée, entre 14 h et 22 h », cadre Quentin Seyeux, le jeune créateur de Marmelade.

Un drive et deux points relais, en plus

127 abonnés commandent, en moyenne, deux à trois paniers chaque mois, de 30 euros environ, ce qui représente entre 250 et 300 livraisons. Mais Marmelade enregistre un millier de distributions par mois : « 700 commandes proviennent donc de non abonnés, qui dépensent environ 42,50 euros par panier », calcule Quentin Seyeux. La livraison est gratuite depuis le premier confinement. Auparavant, elle coûtait 2,50 euros et était offerte à partir de 60 euros d’achats aux non-abonnés et de 25 euros d’achats aux abonnés. Les souscripteurs gardent l’avantage d’une remise sur leur première commande (de 10 euros, en 2021) et de l’enregistrement de leurs préférences, en termes de produits et de modalités de livraison. Marmelade a aussi lancé, « à la faveur » du confinement, un drive à ses locaux et deux points relais, à Strasbourg et Schiltigheim.

 

 

 

Que la force soit avec vous ! ? Les livraisons Marmelade continuent bien sûr pendant tout le confinement ?‍♂️?? Comme...

Publiée par Marmelade sur Samedi 31 octobre 2020

 

 

Un million d’euros de chiffre d’affaires visé

« On s’adapte », tel est le leitmotiv de Quentin Seyeux, 28 ans, qui croit que la mort des commerces de proximité n’est pas pour demain, grâce à Internet. Si Amazon prend des parts de marché, pourquoi pas eux ? Cet ancien étudiant d’école de commerce (Neoma Reims - Rouen - Paris) qui a fait ses armes à Paris, Barcelone et Hong-Kong, avant de développer Marmelade sur la base de son dernier projet d’études, est persuadé de la réussite de l’e-commerce. Les chiffres lui donnent raison : de 46 000 euros, en 2019, le chiffre d’affaires de Marmelade a bondi à 320 000 euros, en 2020. Il a été multiplié par sept en un an, ce qui a permis, entre autres, cinq embauches (ils sont sept aujourd’hui) et l’achat d’un second vélo cargo, moyen de déplacement privilégié pour les livraisons strasbourgeoises. « L’idéal serait d’atteindre un million d’euros de chiffres d’affaires et d’embaucher plus de livreurs », pointe Quentin, qui travaille d’arrache-pied, de 8 h à 22 h, pour que le rêve devienne réalité. Marmelade a invité ses clients à signaler où ils souhaiteraient que la livraison et/ou les points relais soient développés.

 

 

 

Une annonce qui mérite bien un vin chaud ! ?? Pour fêter le lancement du marché de Noël, on passe la vitesse supérieure...

Publiée par Marmelade sur Dimanche 29 novembre 2020

 

 

1 600 références à la vente

« Nous cherchons toujours de nouveaux producteurs, de beurre et de lait, notamment, car il est difficile d’en acheter en direct. On aimerait distribuer plus de viande, plus de vrac aussi (des pâtes, par exemple), des graines. Et on aimerait vendre plus d’artisanat, qu’on pourrait envoyer par la Poste s’il s’y prête », énumère Quentin. 1 600 références sont répertoriées sur le site de vente en ligne marmelade.alsace. « Les habitudes des consommateurs changent au fil des saisons », a remarqué Quentin Seyeux. Si les conserves et les tisanes ont la cote l’hiver, au printemps, ce sont les asperges ; à tel point que Jean-Michel Obrecht, à Handschuheim, n’arrivait plus à assurer l’approvisionnement seul, la saison passée. « Les chouchous des clients, ce sont les fruits et légumes, avance Quentin. Toute l’année. Cela représente la moitié de ce que l’on vend. » Il en commande jusqu’à 3,5 tonnes par semaine, à sept fermes différentes. Les fromages, jus de fruits, bières et tous les produits éphémères plaisent beaucoup aussi. En termes de valeur, les asperges (à 10 euros la botte) sont ce qui a apporté le plus de valeur à Marmelade, en 2020.

Produits locaux et/ou bio

Le client paie autant à Marmelade qu’il paierait au producteur. « Pour lui, ça revient au même de passer par nous. C’est le même prix. On achète de gros volumes. Les producteurs nous font des remises (30 à 40 %, en général) sur les prix qu’ils fixent librement. Rien n’est imposé. Et c’est là-dessus que nous margeons », explique Quentin Seyeux. Les commerçants pratiquent des remises de 20 %, les artisans, de 24 à 30 %, à Marmelade. Le client type de Marmelade est une cliente, cadre ou très prise par son travail, qui a une conscience environnementale, voire s’engage publiquement. Elle peut être mère de famille et a entre 30 et 50 ans. Surtout, elle n’a pas le temps d’aller à la Biocoop ou au marché. Si les produits livrés par Marmelade sont, dans leur immense majorité, locaux, ils sont aussi souvent bios. L’e-commerce se fournit, par exemple, en agrumes (qu’on ne trouve pas en Alsace), à Reichstett, auprès de ProNatura, grossiste en fruits et légumes bios. « Quand on ne trouve pas de produits locaux, on achète bio », précise Quentin Seyeux. Produits cosmétiques et d’entretien alsaciens complètent l’offre, qui se veut quasi exhaustive pour concurrencer les grandes surfaces. Le vrai plus étant que, « les produits sont meilleurs qu’en supermarché », vante Quentin.

« Toucher la ville »

Créée il y a presque trois ans, Marmelade semble répondre à une demande des consommateurs. Et du côté des producteurs, qu’en est-il ? Jean-Michel Obrecht, avide de nouvelles expériences et de nouveaux débouchés, a contacté Quentin, en février dernier. Depuis, plusieurs fois par semaine, Tom qui assure la tournée des producteurs, vient chercher des paniers garnis à thème confectionnés par l’agriculteur : panier asiatique, « détox », arc-en-ciel, en plus du détail. Jean-Michel fonctionnait déjà avec plusieurs Ruches qui dit oui, avec satisfaction. Il perdrait trop de temps à livrer ses productions à Strasbourg, par contre. « Je passe par Marmelade pour toucher la ville. Cela permet aux Strasbourgeois d’accéder à mes produits », résume Jean-Michel, conquis par le fait que Marmelade se déplace jusque chez lui. La démarche écologique du service l’a aussi séduit : les livraisons en vélo cargo. « On a une bonne collaboration, ajoute-t-il. On se met en avant mutuellement. » Le producteur pense que ce qu’il vend via Marmelade représente 10 % de tout ce qu’il commercialise en drive.

 

 

 

Publiée par FERME Obrecht Handschuheim sur Lundi 2 novembre 2020

 

 

Vidéos et marché de producteurs

Tom, qui gère les partenaires de Marmelade, réalise actuellement de courtes vidéos de présentation. Elles sont diffusées sur les réseaux sociaux et le seront, à terme, sur le site internet de Marmelade. « C’est la meilleure façon de vendre un produit fait avec passion : raconter qui est derrière, d’où il vient, souligner sa différence, raconter une histoire. Cette communication n’existe pas en supermarché », constate Quentin. Et plus il y a de contenus (texte, photos, vidéo), mieux le site d’e-commerce est référencé sur les moteurs de recherche, assure le jeune homme. En septembre 2020, Quentin avait organisé un marché de producteurs (ils étaient 25), place Saint-Thomas, à Strasbourg, pour que clients et vendeurs se rencontrent, autour d’une petite restauration. Si la météo a un peu gâché la fête, il souhaiterait recommencer quand le contexte sanitaire le permettra.

 

 

 

? Retour en images sur le Marché des Producteurs Marmelade ! ? Un grand merci à tous ceux qui ont affronté le froid...

Publiée par Marmelade sur Mardi 6 octobre 2020

 

 

Être utile

« Mon rêve, c’était de faire des affaires, monter ma boîte, confie Quentin, sans gêne. L’intérêt pour les producteurs, la volonté de les aider, c’est venu avec le projet, avec le temps. Plus je les connais, plus je suis passionné ». Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on. Le proverbe semble se vérifier. Mais pourquoi choisir de vendre des produits locaux, alors ? « J’avais envie de faire quelque chose d’utile, qui associe mon attachement au bien manger, mes valeurs, à ce que j’ai appris : l’e-commerce. J’ai grandi dans un petit village, en Franche-Comté. J’allais à la ferme, chercher mon lait. J’ai toujours mangé de bons produits avant d’acheter en supermarché. Étudiant, le décalage m’a frappé : en grandes surfaces, les aliments étaient plus chers et n’avaient pas le même goût. Je payais pour du packaging », s’insurge ce fin gourmet, qui prenait des cours de cuisine, en Espagne.

Une nouveauté

Restait à élaborer la recette de Marmelade. Quentin s’est engouffré dans une brèche. « Entre les GMS qui facturent cher les livraisons et les commerces de proximité, ou les producteurs, qui ne livrent pas et/ou proposent une gamme restreinte de produits, il manquait un service. Il y avait un espace », rapporte-t-il de son étude de marché. À Strasbourg, aucun service de livraison de produits locaux à domicile n’existait. « Il y avait des Ruches qui dit oui et des AMAP mais c’est contraignant », remarque Quentin. La perspective de se rapprocher de sa famille et de celle de sa compagne, l’ennui qui le gagnait à Paris l’ont définitivement décidé à choisir l’Alsace. Il y a deux ans, Geoffrey Brossard, ami d’enfance de Quentin et développeur web, s’est associé à Marmelade. Il a pris 10 % des parts. Il s’occupe du site internet de Marmelade, dont une nouvelle version, plus adaptée à la logistique du service, est en cours de codage. Le reste de l’équipe est composé d’Emma et Tiffany, les préparatrices de commandes ; de Cynthia et Henry, les livreurs, et de Tom.

 

 

Paroles de jeune

Y’a pas d’âge pour s’installer

Vie professionnelle

Publié le 24/01/2021

« C’est ce que je voulais faire, alors pourquoi attendre ? », s’exclame Victor Brumpter. Ses premières siestes, il les a savourées sur le tracteur de son père, bébé. À 4 ans et demi, il reçoit un quad. Deux ans plus tard, il attelle des outils traînés à son tracteur à pédales : pour égaliser le gravier. Il a son propre carré de verger, qu’il nettoie. Il apporte l’herbe aux lapins de l’arrière-grand-père. Avec les pommes, les Brumpter pressent un délicieux jus et vont même jusqu’à créer une belle étiquette « Au verger de Victor ». « Il avait l’impression d’avoir une terre et une production à lui », remarque son père. Victor adapte ensuite des machines à son quad pour ramasser les pieds noirs, dans les vignes, et les cailloux, dans les champs. « C’était pour jouer mais je l’ai laissé faire, ça lui a permis d’apprendre, constate Jean-Philippe. Et c’était du boulot ! Le travail était fait, intégralement. Il est si méticuleux, perfectionniste, et impliqué ! Chaque soir, quand je le couchais, enfant, il me demandait ce qu’on allait faire le lendemain. Il se réveillait à 6 h 30, avec moi, pour chercher le pain. Et, quand je sortais, après le petit-déjeuner, le matériel était prêt. » Victor est reconnaissant de la liberté qu’il a eue. Il rosit sous son masque, ravi et un peu gêné de tant de compliments. « On a toujours été très complices, on a toujours travaillé ensemble et on va continuer. C’est une belle aventure humaine. On en est conscient », reconnaît Jean-Philippe, qui a seulement 44 ans. Jean-Philippe a perdu son père très jeune et a été autorisé à reprendre la ferme familiale à 17 ans. Victor a 19 ans. Il s’est installé juste après son bac, à sa majorité. Pour de meilleures raisons, bien heureusement, puisque son installation a eu lieu à la faveur d’une reprise de 4 ha de vignes.

« On a un meilleur rendement ensemble »

« On s’entend très bien, acquiesce Victor. Depuis que je suis petit, Papa m’explique tout, avec passion, le bon comme le mauvais. On savait depuis longtemps qu’on voulait travailler ensemble. Dès que j’avais fini les cours, j’étais dehors. Mais ce que j’ai appris, en un an, sur l’exploitation, à y être sept jours sur sept, c’est énorme. Aucun jour ne se ressemble. Mon métier, c’est un plaisir. Je ne sais même pas quoi faire d’autre, je n’ai même pas envie d’autre chose ! Quand on aime, on ne compte pas ! » Le radieux jeune homme avait les moyens de continuer ses études et d’enchaîner sur un BTS. De toute évidence, il ne regrette pas son choix. Il a saisi une opportunité. Sans forcer ! Il confie, d’ailleurs, une préférence pour la vigne, une culture « technique ». « Dans les vignes, on est chacun dans sa ligne et on se motive. On a un meilleur rendement ensemble. C’est le moment où on parle de tout, où on récapitule, où on fait des projets », raconte Victor. Le jeune homme a une idée originale. « Une nouvelle machine à vendanger va arriver. L’ancienne, je vais la démonter entièrement et en faire un porte-outil pour travailler le sol, sur un rang complet. Aller à l’atelier, c’est ma passion. J’aime fabriquer des machines », s’enthousiasme Victor. « Il soude mieux que moi », lâche son père, fier. Mais, c’est le plus âgé des deux qui a la meilleure oreille : Jean-Philippe reconnaît le bruit du moteur de tous les tracteurs du village. Il sait même qui conduit !

« Il faut être transparent »

Sur la conduite des vignes, le père lâche aussi la bride au fils. « Il est super ouvert », apprécie Victor. Alors, il ne se prive pas pour tester différents engrais verts : un à sa sauce sur 2 ha (mélange de seigle, de moutarde, de trèfle incarnat et de phacélie), un autre du Comptoir agricole (VitiVina). Le but est de prévenir le court noué qui touche 40 ares de leurs vignes. Les Brumpter ont aussi mis à disposition de leur coopérative une parcelle de 60 ares pour essayer sept modalités d’engrais verts. Ils ont semé 15 ares de fleurs (50 % de fleurs sauvages et 50 % de graminées) sur un grand cru, à Marlenheim, grâce à la coop. « C’est magnifique, avec les murs en pierre, la vieille cave. Si elles se développent, un amateur y posera une ruche. Le fleurissement améliore notre image aussi », relève Victor. Jean-Philippe a la réputation d’être avant-gardiste. Apparemment, c’est héréditaire. Le comptable des Brumpter l’a tout de suite saisi. Denis Fritsch a poussé pour que l’installation ait lieu, et en Gaec. Le Crédit agricole a suivi. Victor est engagé syndicalement, auprès des Jeunes agriculteurs et des jeunes de la Cave du Roi Dagobert. De sa maman, il a hérité l’éloquence, d’après Jean-Philippe. Victor aime le contact avec les clients. Durant le confinement, il a livré les asperges à domicile. « Il faut être transparent, répondre à leurs questions sur notre empreinte écologique », estime-t-il.

Parcours d’insertion

Pour Léotrint H et Nicolas Bauer, c’est gagnant-gagnant

Pratique

Publié le 05/01/2021

« Léotrint est là depuis le 31 août 2020, depuis le début de la collecte de maïs. Il a trié, jusqu’à fin octobre, et a attaqué le calibrage, quelques jours après, sur une mission de cariste entrée, comme on dit, puisqu’il est à l’entrée de la chaîne », explique Nicolas Bauer, le responsable de l’usine de semences de maïs du Comptoir agricole, à Marlenheim. Léotrint H est salarié de Germa Emploi Alsace. Il est mis à disposition par l’association (lire l'article : « Révélatrice de talents »). Chaque année, depuis le lancement de la filière de semences de maïs, en 2014, le Comptoir agricole fait appel à Germa Emploi pour le tri. « C’est un travail difficile, répétitif. Les poignets sont très sollicités, à force de craquer les spathes et les pédoncules du maïs. Il faut rester huit heures debout, dans une atmosphère humide, détaille Nicolas Bauer. Germa Emploi Alsace comprend notre besoin en personnel saisonnier spécialisé. Elle est compétente pour les profils agricoles. »

« Je le recommanderai »

Mais Nicolas Bauer ne charge pas la mule. Dès 2016, il travaille aussi avec Experteam intérim, à Saverne, car il a besoin de soixante personnes au tri. « C’est trop à gérer, pour Germa. Je coupe la poire en deux », confie-t-il. À l’époque, la barrière de la langue posait parfois problème. Aujourd’hui, personne ne se plaint. Cette année, Nicolas a gardé dix intérimaires sur les soixante, après la récolte, pour nettoyer l’installation pendant une semaine. « Léotrint en a fait partie », précise-t-il. Il a encore donné satisfaction, ce qui l’a amené à la mission de cariste. « On repère les plus compétents. Ils travaillent avec nous jusqu’à Noël », ajoute le responsable de l’usine. Ce sont ses chefs d’équipe qui choisissent, à chaque campagne, les deux saisonniers les plus performants de leur groupe, à l’étape du tri. Pourquoi Léotrint a-t-il été sélectionné ? « Il est travailleur, rigoureux et autonome, lâche Nicolas Bauer, d’un trait. Je le recommanderai. Et s’il est disponible pour la prochaine campagne, qu’il revienne. »

« Le chef nous laisse travailler »

Le responsable remarque : « Les équipes fonctionnent bien, l’ambiance est bonne, puisque les chefs choisissent. » Il n’est pas le seul à le dire ! Léotrint H est enchanté. Non seulement, il travaille, mais en plus, il aime son travail et s’épanouit avec ses collègues. « Nicolas et mon équipe sont gentils et corrects. J’ai tout découvert de ce travail en arrivant ici. Les collègues me montrent comment faire. Le chef nous laisse travailler. Il n’est pas tout le temps derrière nous. Je suis autonome », assure-t-il. Arrivé en France en 2015, il a passé son permis Caces en 2019, avec Pôle emploi, et a trouvé l’offre de Germa Emploi Alsace sur Indeed, à l’été 2020. Léotrint n’avait pas beaucoup d’expériences professionnelles, en France. Mécanicien de formation, il avait livré des canapés, trié des colis à la Poste, travaillé chez Dr. Oetker, dans une imprimerie à déplacer des rouleaux de papier. « J’aime être cariste, maintenant. Je reste cariste », souligne-t-il.

« Parler, c’est plus difficile »

Le jeune homme est ambitieux. S’il a les permis Caces 1, 3 et 5, il espère passer les 2, 4 et 6. Il a aussi son permis B. Il est très demandé par les agences d’intérim, depuis qu’il a obtenu les précieux sésames. Il comprend bien la langue, les consignes, mais il ne s’exprime pas encore avec fluidité, en français. « Parler, c’est plus difficile », concède-t-il. Mais il s'améliore. « J’écoute les collègues, je parle avec eux ». Germa Emploi Alsace le ravit aussi. « Ils sont très précis, très corrects », estime Léotrint. Son père a entamé un parcours d’insertion avec l’association.

Germa Emploi Alsace

« Révélatrice de talents »

Pratique

Publié le 04/01/2021

Spécialisée dans les travaux simples liés à la production agricole, viticole, aux espaces verts, à l’industrie, notamment agroalimentaire, au secteur bois, mais aussi dans le BTP et les services, Germa Emploi Alsace a été créée en 1994, par la MSA et les organisations professionnelles agricoles (OPA). Elle est constituée de deux agences, une à Strasbourg et une à Colmar, qui emploient onze permanents. C’est une structure d’insertion par l’activité économique (SIAE).

« On recrute nos salariés au plus proche de nos clients employeurs. Et on place, bien sûr, le bon salarié au bon poste. C’est une mise en adéquation. On opère une grosse sélection », souligne Sylvie Maâ, responsable de l’association, consciente que le terme « insertion » peut en rebuter plus d’eux. Cécile Monteiro, cadre de proximité à Germa Emploi, ajoute : « On connaît très bien tout le monde. On accompagne les salariés et les clients. On est présent aussi sur le terrain avant, pendant et après la mise à disposition. Plus qu’un fournisseur de main-d’œuvre, on est un partenaire. » « Notre objectif est double : offrir un service de qualité aux entreprises, comme le ferait une agence d’intérim, sur des missions temporaires, et que l’emploi soit un tremplin pour nos salariés », explique Sylvie Maâ.

FLE agricole et transformation de choucroute

Germa Emploi Alsace ne lésine donc pas sur les formations et les ateliers, pour ses salariés, en majorité des hommes. Quand ils postulent à une offre publiée par l’association, ils ont déjà atteint le premier niveau de qualification ou un niveau intermédiaire : de brevet des collèges à bac + 2. Ils sont français ou étrangers, jeunes, demandeurs d’emploi de plus d’un an, en reconversion professionnelle ou réfugiés. Ils ont juste besoin « d’un coup de pouce », s’accordent Cécile et Sylvie. « Les personnes qui viennent à nous ont envie et besoin de travailler », cadre la responsable de l’association.

Germa sensibilise au savoir-être, aux codes de l’entreprise. Mais elle entre aussi dans le dur, en assurant le renforcement des compétences techniques (par exemple, sur la végétalisation de la vigne, le maraîchage, en partenariat avec le lycée agricole d’Obernai, notamment), et des compétences « transversales » ; par exemple, la maîtrise de la langue française, grâce à des cours de français langue étrangère à visée professionnelle agricole (FLE agricole), avec la contribution de la Chambre d'agriculture Alsace. En 2019, certains apprenants du FLE agricole ont enchaîné sur un contrat d’insertion professionnelle intérimaire (cipi) d’agent de transformation de choucroute. En 2020, les actions de Germa ont été bousculées par le Covid-19 mais elle ne lâche rien. Pour la première fois, elle propose à ses salariés Atouts permis, avec l’association Mobilex, pour les accompagner dans l’obtention du permis de conduire. Le salarié participe financièrement.

« On a intérêt à être bons »

« Germa Emploi est une révélatrice de talents », résume Cécile Monteiro. « On repère, on décèle les compétences, la motivation, la marge de progression possible. Nos salariés n’entrent pas forcément dans les cases mais ils savent faire. Ils ont du bon sens, sont à l’aise à l’extérieur, dehors, et ils sont déterminés », énumère Sylvie Maâ. En 2019, 55 équivalents temps plein, soit 300 salariés, sont passés par Germa Emploi Alsace. Ils ont effectué 8 771 heures de travail auprès de plus de 200 clients. 50 % de l’activité de Germa Emploi est saisonnière car liée à l’agriculture. « On a diversifié les secteurs dans lesquels on intervient pour la viabilité économique de l’association, pour lisser les activités sur l’année », précise la responsable de Germa.

En 2019, le chiffre d’affaires de Germa Emploi Alsace s’élève à 1,8 million d’euros. L’association bénéficie de subventions de l’État mais elle n’est financée qu’à hauteur de 10 à 15 %. « Tout le reste, c’est l’aspect commercial. On a intérêt à être bons. On autofinance nos postes », confie Sylvie Maâ. L’État fixe à Germa des objectifs. « Près de 70 % des salariés de Germa sortent de l’association par le haut. Ils décrochent soit des CDD de plus de six mois, soit des CDI, soit entrent en formation. Un contrat signé donne du sens à nos actions », détaille la responsable.

Des coups de foudre à la clé

La satisfaction des clients employeurs est au rendez-vous. « Les Jardins du Ried, à Hoerdt, vont embaucher un de nos salariés. Germa a financé son permis Caces. Il ne manquait que ça. À 45 ans, il sera préparateur de commandes et agent de production », cite Cécile Monteiro, à titre d’exemple. Autre victoire de 2020 : un jeune Irakien a décroché un CDD de plusieurs mois chez un viticulteur, après une première mission et une formation de tractoriste.

Germa Emploi Alsace est, par ailleurs, un des huit membres fondateurs de Terra job, un groupement d’employeurs alsacien pour l’insertion et la qualification des salariés agricoles.

 

Germa recherche d'ailleurs pour son agence de Colmar, un(e) collaborateur (trice) pour renforcer la démarche de prospection auprès des entreprises du secteur viticole, vinicole et agricole :

Germa Emploi, Association Intermédiaire et Entreprise de Travail Temporaire d'Insertion, plusieurs structures qui...

Publiée par Germa Alsace sur Mardi 22 décembre 2020

 

 

Les anciens : René et Marie Lux de Schnersheim

De la polyculture à la spécialisation

Vie professionnelle

Publié le 31/12/2020

« On est un bon tandem. Il n’y en a pas un qui tire à droite et l’autre qui tire à gauche », confie d’emblée René Lux, à propos du couple qu’il forme depuis 1964 avec Marie, 79 ans. Cette bonne entente semble être le secret de la prospérité de leur ferme. Ils ont fait des émules, alors que René avoue qu’il n’aurait pas été agriculteur s’il n’avait pas été l’aîné. Marie et René sont fiers de compter parmi leurs petits-enfants, pas moins de trois agriculteurs : Frédéric Lux, 27 ans, de la SCEA du Lys, éleveur de poules pondeuses en plein air à Schnersheim ; Florian et Gauthier Christ, respectivement gérant de la SAS Méthachrist et éleveur de vaches laitières, à Woellenheim. Ces derniers sont âgés de 27 et 24 ans.

Les albums photos ouverts devant lui, René se souvient de sa jeunesse. « Chez nous, les vaches arrivaient en dernière lactation. Elles étaient poussées à fond et engraissées. Un marchand de bestiaux les amenait de Lorraine. Il y en avait une vingtaine. » René a arrêté l’école à 14 ans, comme Marie. À 16 ans, il a repris le travail du vacher de la ferme, avec sa maman. « Il n’était pas très stable », argue-t-il. En 1960, René est appelé pour deux ans. Il part en Algérie. Sa maman tombe malade. Trois ouvriers travaillent avec son père : « Des zigotos », lâche-t-il. Quand il revient de son service militaire, il décide d’arrêter les vaches. Il ne veut plus faire de lait. Petite anecdote : c’est Maria, la maman de Denis Ramspacher, qui apportait chaque mois les sous de la collecte de lait.

« On a repris l’exploitation en 1965, avec Marie », enchaîne René, sans transition. Les premières années, des betteraves, du blé, de l’orge, du maïs, du houblon s’épanouissent dans les champs sur 27 ha. Il y a quinze truies, une centaine de porcs et 45 bovins à l’engraissement, pour valoriser la betterave sucrière. Les bovins sont en pension. « On était rémunéré à la place, par des marchands de bestiaux », précise René. Ils restaient à la ferme tout l’hiver et repartaient quand le fourrage était terminé. « Tout était dans le corps de ferme », ajoute l’octogénaire. Les bâtisses à colombage datent des années 1800. Elles ont vu passer au moins dix générations de paysans, pense René Lux.

L’autonomie alimentaire

« On ne pouvait pas être céréaliers, on n’avait pas assez de surfaces. On a grandi à coup de 3 ha », intervient Marie. En fin de carrière, en 1999, c’est une exploitation de 35 ha que les époux Lux transmettent à Sylvia, leur belle-fille, l’épouse de Jacques, qui associe Frédéric, leur fils, en 2016. « On a diminué l’élevage de porcs et arrêté l’engraissement, quand on a commencé le tabac, en 1980 », explique René. Il a aussi terminé sa carrière avec des légumes : céleri, ail. En 2019, plus question de cultiver du tabac, par contre. Frédéric espère devenir autonome en alimentation pour ses pondeuses, pour lesquelles il a créé une EARL. Il livre à Bureland. René, son grand-père, a aussi toujours fabriqué de l’aliment lui-même. À part pour les minéraux et les tourteaux de soja, ils étaient autonomes en alimentation, détaille René.

« L’agriculture dans le Kochersberg doit être hyper spécialisée, parce qu’elle ne peut pas rivaliser sur les marchés mondiaux. Il n’y a ni les surfaces ni l’irrigation. On est obligé de viser une clientèle locale », commente Jacques Lux, 54 ans, technicien sur les lignes de fabrication chez Mars, qui suit de près le travail de son fils Frédéric. Le jeune homme a d’ailleurs réduit les surfaces de betteraves sucrières. Elles sont passées de 24 ha (sur 75 ha de SAU), au plus haut de la production, en 2000, à 11 ha, aujourd’hui.

Jusqu’en 1955, René raconte que les betteraves étaient prises et nettoyées une à une, à la main. Les premières livraisons au tramway à Wiwersheim datent de cette époque. « Les betteraves étaient négociées à la remorque. Elles étaient déchargées, ensuite, dans les wagons du tramway qui allait jusqu’à Erstein. » Dans les années 1960, Marie et René voient arriver une machine qui coupe les feuilles des betteraves, tractée par un cheval, puis les épandeurs à fumier et les premières arracheuses mécaniques. L’achat des betteraves se fera alors en bout de champ. « On négociait la tare terre au plus bas », s’amuse René. Ils louent, à l’instar des Goos, les mérites de l’inspecteur de culture feu Pierre Mehl.

Du tout manuel à la Ropa

« Il n’y avait pas le choix d’utiliser des herbicides et des pesticides car on semait moins », explique Marie Lux. Avant 1964, les betteraves étaient bio ! Mais, avec l’arrivée des semoirs monograine et l’espacement des graines, il fallait qu’elles réussissent toutes. « Si une foire, il y a un trou de 30 cm dans le rang », plaide René. La mécanisation et la chimie ont remplacé les « betteraviers », ces saisonniers qui démariaient les betteraves, semées serrées, dans les années 1950. « Ça a simplifié la vie, juge René Lux. Une Cuma s’est formée dans le village. Tout le monde participait. Il y avait des betteraves dans chaque ferme, de 20 ares à 7 ha, jusqu’à ce que certains lui préfèrent le maïs. Nous, on a tout connu du travail de la betterave : du tout manuel à la Ropa, l’avaleuse, qui met au bout du champ. J’ai travaillé avec un soc traîné sans relevage au début. Je tirais avec une ficelle. Les démarcheurs qui vendaient les graines et l’alimentation étaient à vélo ! » Marie conduisait l’effeuilleuse, dans les années 1970, tient encore à souligner René, jusqu’à ce que les chantiers soient confiés à une entreprise de travaux agricoles.

Les hommes sont passionnés. Ils narrent leur métier sans discontinuer. Marie insiste pour que l’on goûte à tous ses bredeles. Ils sont excellents. « C’est l’essentiel », glisse-t-elle. Pour confectionner de délicieux mets, il faut de bons ingrédients. « L’agriculture d’aujourd’hui s’inspire de ce qui se faisait dans le temps. Mon père a aussi vu qu’avec la surproduction, on allait droit dans le mur. On prend un virage. Le consommateur est sensible au bien-être animal. À Erstein, la sucrerie démarre une filière bio. Les anciennes techniques vont être remises au goût du jour », estime Jacques Lux.

Les anciens : Évelyne et Alfred Goos de Hurtigheim

« La ferme s’est agrandie progressivement »

Vie professionnelle

Publié le 30/12/2020

Dans la stub traditionnelle toute de bois parée, datant de 1800 et quelques, Évelyne, Alfred et Jean-Michel, leur fils, sortent les albums photos. Rares sont celles en noir et blanc mais ils ont trouvé quelques pépites. Alfred, qui vient de se prêter au jeu des photos avec son cheval, dans la cour de la ferme, où trône une vieille auge en grès fleurie, est heureux. « La succession est assurée », lance-t-il. Jean-Michel Goos travaille aujourd’hui en EARL (EARL de la Musau), associé à son gendre Thomas Litt, et épaulé de sa conjointe, salariée.

Issu d’une famille d’agriculteurs de Blaesheim, Alfred a épousé Évelyne, en 1961. Ils ont repris, la même année, la ferme des parents d’Évelyne à Hurtigheim, où ils vivent toujours aujourd’hui avec Jean-Michel et sa famille. Tous deux ont travaillé dès leurs 14 ans. Le père d’Évelyne est mort quand elle en avait 13. « Depuis le début du XIXe siècle, il y a toujours eu une exploitation dans cette cour. Les Wick (son nom de jeune fille, NDLR) sont ici depuis 1616 ! », s’exclame Évelyne, fière de cet héritage. Le grand-père d’Alfred, lui, était forgeron mais « chaque artisan était aussi agriculteur », pointe l’ancien exploitant. C’est un frère d’Alfred qui a pris la suite à Blaesheim. Évelyne et Alfred se sont installés à Hurtigheim.

« On a commencé par 9 ha », se souvient Alfred Goos. « Ma maman et moi, on travaillait avec un ouvrier. On ne pouvait pas faire plus. Tout était fait à la main », précise Évelyne. Quand Alfred devient chef d’exploitation, exit l’ouvrier. Il y a cinq vaches, deux chevaux et six truies. Dans les champs, ils cultivent du blé, de la luzerne, du houblon, bien rémunérateur à l’époque - « tout le monde en avait », glisse Évelyne - et des betteraves fourragères pour les animaux. En 1962, poussés par la sucrerie d’Erstein, ils récoltent 40 ares de betteraves. Seules 9 tonnes sont livrées. « La récolte était trop bonne, cette année-là », explique-t-il. Le reste des betteraves a très certainement été distribué aux bêtes.

Un gros tracteur pour l’époque

Jean-Michel naît en 1962, sa sœur Marylène, en 1964. « On pouvait vivre, souligne Évelyne. On ne dépensait pas plus que ce que l’on avait. » Alfred ajoute : « Il y avait peu de production mais les prix étaient là. » Pourtant, les années 1960 voient les débuts de la mécanisation. Alfred achète son premier tracteur en 1961, un Massey Ferguson de 60 chevaux. Une marque à laquelle les Goos sont restés fidèles. « On avait un gros tracteur, pour l’époque », dit Évelyne, en rigolant. « On a fait un prêt, confie Alfred. Puis, on a vendu un cheval sur les deux, pour acheter une herse et un cultivateur (un vibroculteur, NDLR). Quand on vendait des porcelets et des vaches, on achetait des machines », développe Évelyne.

Au fur et à mesure, les époux acquièrent plus de terres. En 1964, ils cultivent 16 ha, augmentent la production de betteraves. En 1968, ils prennent soin de 2 ha de betteraves et sont passés de 30 à 87 ares de houblon. Jean-Michel aidait à la ferme. Ses souvenirs sont vifs. Au début des années 1970, une soixantaine de bovins emplissent la nouvelle étable : vingt vaches et la suite. Les Goos livrent à Alsace Lait encore aujourd’hui. Jean-Michel a appris beaucoup de son papa. « Je savais déjà petit que je voulais faire ce métier », dit l’homme de 58 ans, qui s’est installé, après des études à Obernai, en 1984 en partie, puis a repris l’intégralité de l’exploitation en 1996.

« À la fin de la construction du nouveau bâtiment, le prix du ciment avait doublé », remarque Évelyne. La crise pétrolière a marqué les esprits. Autant que le service militaire d’Alfred, dix ans auparavant. L’agriculteur a toujours vécu avec son temps. Il a suivi les évolutions de l’agriculture. Mais les 28 mois d’armée, en grande partie en Afrique, dans les années 1960, l’avaient déphasé. « C’était dur de suivre quand je suis rentré. Ça évoluait vite à l’époque. Pendant plus d’un an, en Algérie, on n’avait été au courant de rien », souligne-t-il. Il rend hommage aux « bons techniciens » de la sucrerie, notamment feu Pierre Mehl. « On lui doit beaucoup », insiste Alfred Goos. À partir de 1963, les Goos misent sur la betterave, avec l’appui du technicien. Pendant 30 ans, ensuite, ils enchaînent les essais variétaux, de désherbage. « Il a fait évoluer la culture de la betterave », tranche Alfred.

Quand les animaux rapportaient plus

En 1968, sonne l’heure des premiers traitements sur la betterave. « Avant, on semait en ligne, puis il fallait démarier pour qu’il ne reste qu’une betterave tous les 20 cm, tout ça à la binette. En 1968, le premier semoir de précision monograine Tank est arrivé. Les premiers traitements dataient déjà de 1964. On a eu plus de rendement. Et, surtout, il fallait moins de main-d’œuvre. Ça évoluait vite », se rappelle Alfred. En 1980, le rythme des améliorations ralentit. Dès 1990, les prix baissent. Du moins, ils ont stagné jusqu’à aujourd’hui, alors que les frais augmentent, constate le retraité. « Pour gagner autant, il faut faire plus », conclut-il. « Ils ont connu l’intensification de l’agriculture, observe Jean-Michel. On leur demandait de produire toujours plus. Il fallait avancer dans ce sens-là ou arrêter. Ils n’avaient pas de grandes surfaces non plus. » Jusqu’au milieu des années 1990, les animaux et leurs produits rapportaient d’ailleurs plus que la terre.

En 1996, juste avant leur retraite, le couple Goos compte 45 ha de cultures et une soixantaine de bovins. « Les porcs, il n’y en avait plus depuis la fin des années 1970 », relève Jean-Michel. « Dès que les exploitations industrielles sont apparues, ça n’a plus fonctionné pour les petits », développe Évelyne. Alfred et elle terminent leur carrière avec 10 ha de maïs, 8 à 10 ha de blé, 7 ha de betteraves, un peu d’orge et une dizaine d’hectares de prés. « Notre devise, encore aujourd’hui, est d’acheter le moins d’aliments possible », pointe Jean-Michel Goos.

« Ce n’est pas 8 heures par jour de travail, ce métier. En été, c’est jusqu’à 12 heures ! », répond Alfred, quand on lui demande si son affaire était rentable. « C’est le travail qui fait tout », cadre-t-il. Le vieil homme a donc attendu la fin de sa vie active, puis sa retraite, pour s’adonner à son dada : les chevaux. Évelyne n’en a cure. Est-ce qu’à la maison, ce ne serait pas elle qui tient les rênes ? « Ma compagne m’a toujours secondé. Sinon, ça n’aurait pas marché. On travaillait toujours ensemble. Elle était dehors du matin au soir. Elle conduisait la remorque pendant les moissons, et heureusement », s’épanche Alfred. Évelyne acquiesce. Quand ils étaient jeunes, ils étaient à la ferme et c’est sa maman qui cuisinait. Évelyne a l’air d’en avoir tout à fait pris son parti.

Guillaume Moschler, jeune agriculteur chasseur

« Chacun doit y mettre du sien »

Vie professionnelle

Publié le 23/12/2020

Contre les corbeaux, il a pris l’arme ! Guillaume Moschler, 28 ans, a passé son permis de chasser, il y a cinq ans, à Geudertheim, où se trouve le siège de la Fédération des Chasseurs du Bas-Rhin (FDC 67). Aujourd’hui, il est partenaire de chasse sur un lot qui englobe sa parcelle, à Innenheim. « J’ai un lot de chasse, depuis trois ans. Je suis plus libre ainsi », déclare-t-il. Ils sont neuf partenaires, au total, dont cinq à « sortir tous les dimanches aux corbeaux, au printemps ». « Pour avoir un résultat, il faut sortir, dit-il. En début de semaine, on repère où passent les corbeaux et le week-end, on se cache dans les haies, après avoir déposé des corbeaux fictifs en plastique pour les appeler. Quand ils viennent, on les tire, à 30 m maximum, avec un fusil de précision et du calibre 12. Il faut être en place au lever du jour. Et il faut changer d’endroit souvent. Les corbeaux sont malins. » Fin novembre, il a pu organiser une battue, dans la moutarde qu’il avait plantée, pour tuer quatre sangliers. « On les a vus et tirés le jour même. On peut réguler les sangliers dans la moutarde », s’exclame-t-il. Guillaume milite pour que les agriculteurs laissent l’engrais vert (sorgho, moutarde ou phacélie), jusqu’en janvier, sur leurs parcelles, afin que les sangliers s’y glissent avec plaisir et que les chasseurs puissent les tuer.

Intérêts communs

Pour « détruire » les volatiles sur une autre de ses parcelles, Guillaume Moschler demande l’autorisation au patron de la chasse qui comprend son champ. S’il pourrait légalement se passer de l’approbation du détenteur de droit de chasse, puisqu’il effectue une destruction, il préfère mettre les formes : « ça favorise la bonne entente », juge-t-il. « Le patron de chasse est toujours d’accord que je tire sur ma parcelle. Les chasseurs et les agriculteurs ont un intérêt commun à ce qu’il y ait moins de corbeaux. Chez nous, le lièvre et le faisan se redéveloppent, depuis qu’on tire les corbeaux. On en a tué 90 cette année et 140, l’an passé. Sur deux lots de chasse, c’est beaucoup ! Pour les agriculteurs, c’est bénéfique pour le maïs, les choux, les salades. Les oiseaux enlèvent les pousses des légumes juste pour voir s’il y a un ver en dessous. C’est d’autant plus emmerdant que l’année d’après, ils reviennent ! En 2020, c’est la première fois qu’il y a des dégâts dans le maïs, chez moi, témoigne Guillaume, qui est syndiqué JA. Si, sur chaque lot de chasse, une centaine de corbeaux étaient tués chaque année, ça irait. Chacun doit y mettre du sien, chasseurs et agriculteurs. C’est bien que les agriculteurs régulent. »

 

 

 

En #automne il y a les #courges mais aussi toutes sortes de #choux aux nombreuses vertues ?? Nous vous accueillons ce...

Publiée par EARL Ferme Moschler sur Samedi 24 octobre 2020

 

 

Un devoir et une passion

Si Guillaume a passé son permis de chasser pour cela, l’année de son installation sur la ferme familiale, il y a pris goût. Sur quatre battues en trois semaines, en 2020, il a tiré cinq chevreuils et cinq sangliers, à Valff, Krautergersheim et Meistratzheim. Sur ses deux lots de chasse, à Innenheim, il a tué 80 corbeaux, cette année, et un sanglier, depuis un mirador, seul, cet été. « J’aime la forêt. Quand j’étais petit, je me baladais tout le temps. J’aime la nature, le monde sauvage, confie-t-il. Et j’aime tirer. C’est intéressant de tuer le sanglier parce que ça permet de diminuer les dégâts dans le maïs. Quand je participe à une battue, ailleurs, c’est de l’entraide ; j’amène ma pierre à l’édifice. » Pour ce qui est du chevreuil, sa régulation évite la consanguinité.

Plus qu’un devoir moral, la chasse est devenue une passion. « De novembre à janvier, j’y suis tous les dimanches, au sanglier, jusqu’en milieu d’après-midi. Et, au printemps, je tire les corbeaux tous les dimanches matin de 5 h 30 à 9 h », détaille le jeune agriculteur, qui apprécie la convivialité des repas de chasse et attend avec impatience la levée des mesures sanitaires pour pouvoir à nouveau festoyer. « On rencontre beaucoup de personnes de corps de métiers différents. Ça me change les idées et on développe une solidarité. Là où je vais, il n’y a pas de femmes mais elles sont de plus en plus nombreuses, notamment dans les battues à l’arc. Pour l’instant, on voit encore plus de femmes qui traquent, des rabatteuses », constate Guillaume. Ses copains agriculteurs l’appellent maintenant pour lui demander les coordonnées des chasseurs sur leurs communes. Il fait le lien.

Un investissement… en temps

« Je n’ai jamais calculé combien ça me coûte. C’est un petit investissement. Plus on est de partenaires, moins la location de la chasse est chère. L’arme, on l’achète une seule fois, a priori. Une carabine et une lunette, c’est 2 000 euros ; un fusil, 700 euros. J’en ai pour 200 euros de balles et de cartouches par an, environ ; 24 euros d’assurance. La validation du permis de chasser dans le Bas-Rhin et le timbre sanglier m’ont coûté 180 euros, cette année », estime Guillaume Moschler, qui n’a pas d’autres loisirs. « Entre le boulot et la chasse, il me reste peu de temps pour autre chose », reconnaît-il.

Loup

Un voyage dans les Abruzzes

Élevage

Publié le 19/12/2020

Thierry Sieffer, le maire de Ranrupt, est parti dans les Abruzzes, dans le centre-est de l’Italie, où les hommes n’ont jamais cessé de cohabiter avec le loup, pour trouver des solutions transposables à la vallée de la Bruche, en termes de protection du cheptel. Du 28 septembre au 2 octobre 2020, Jean-Sébastien Laumond, chargé de mission paysage-environnement de la communauté de communes de la Vallée de la Bruche, Frédéric Preisemann, technicien forestier de l’Office national des forêts (ONF), membre du Réseau Loup-Lynx (piloté par l’Office français de la biodiversité, l'OFB), et Olivier Vogel, journaliste à France Bleu Alsace, sont allés avec lui à la rencontre d’éleveurs, d’un élu et d’une biologiste, dans le parc naturel national italien.

L’initiative est à saluer. D’autant plus que Thierry Sieffer, ancien bûcheron, impulse une dynamique depuis mars 2020 autour de la question du retour du loup dans les Vosges bas-rhinoises. Mais la méthode en a choqué plus d’un dans le monde de l’élevage. En effet, lors d’une réunion qui a eu lieu avant le premier confinement, entre élus, éleveurs et techniciens, la potentialité d’un voyage d’études avait été soulevée. La crise sanitaire a mis en attente les retrouvailles des professionnels ; elle a retardé le projet. Sans concertation, dans l’urgence déclenchée par le spectre d’un second confinement, Thierry Sieffer décide d’organiser le voyage. Il appelle, début septembre, tous les éleveurs du coin pour les inviter à participer : en vain. L’un a prévu de faner, l’autre d’aller à l’abattoir. Ils n’ont pas voulu se libérer, ni être remplacés sur leurs fermes au pied levé. D’autant plus que la pertinence de la destination est contestée : pourquoi aller dans les Abruzzes alors que le contexte, la production et les règles d’indemnisation ne sont pas les mêmes qu’en France ?

« C’est un peu du tourisme »

Simon Maier, secrétaire général au syndicat ovin (SO) du Bas-Rhin, associé co-gérant au Gaec de l’Eichmatt, à Bassemberg, a décliné l’invitation au voyage de Thierry Sieffer. Pourtant, il a subi deux attaques, deux nuits de suite au Champ-du-Feu en juillet 2019, et il est avide d’informations nouvelles sur le loup. Il est déjà très bien renseigné. « C’est un peu du tourisme, ce qu’ils sont allés faire, pense-t-il. Il n’y a pas besoin d’aller en Italie, avec un traducteur qui ne restitue pas tout, chez un célibataire du fin fond de la vallée. Certaines communes ont même basé leur économie touristique sur le loup. [Il fait référence à Civitella Alfedena, un village de 260 habitants, à 1 123 mètres d’altitude ; et à son musée du loup et à son parc dans lequel on peut observer plusieurs grands prédateurs en semi-liberté, NDLR.] On n’aurait rien apporté au voyage, nous, les éleveurs. Et je doute que ce voyage nous apporte grand-chose. Ça part d’une bonne intention mais la comparaison est difficile entre les Abruzzes et la vallée de la Bruche. Et il y a assez d’expériences en France, de nombreuses communautés sur Facebook ! En cinq ans, je suis parti seulement trois jours, avec ma compagne, en voyage. Si je pars sans elle, elle m’en voudra ! » Simon termine sur cette pointe d’humour mais il est sérieux. « Je leur avais déjà dit, avant le confinement, qu’on n’était pas chaud, nous, les éleveurs », glisse-t-il.

Qu’à cela ne tienne, l’élu de Ranrupt ayant sollicité le soutien de l’Europe, via le programme Leader (Liaison entre action de développement de l’économie rurale), financé par le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), et redoutant, à raison, un reconfinement, maintient son départ dans les Abruzzes. Hormis la philosophie italienne, qui est de s’accommoder au mieux de la présence du grand prédateur - aussi peut-être parce que l’indemnisation de 190 euros pour un mouton reconnu tué par un loup vaut plus que la bête à viande (60 euros), d’après la scientifique qui travaille sur place -, rien de détonant n’est à retenir du voyage. Les trois éleveurs italiens professionnels des Abruzzes, en lait et/ou viande, ont subi chacun de trois à dix attaques en 2020, sur des troupeaux allant de 150 brebis à 300 moutons, ou de 100 chèvres, qui paissent jusqu’à 1 600 m d’altitude. Pour s’en défendre, ils insistent sur la nécessaire présence de chiens (de six à dix), leur éducation adéquate, sur l’importance d’un berger (dont le loup a systématiquement peur : « Il sait très bien que l’animal le plus méchant, c’est l’homme », répète la traductrice), sur l’utilisation de clôtures électrifiées.

Ce que l’histoire ne dit pas, c’est si le loup entend de temps à autre siffler une balle, alors qu'il est strictement protégé des deux côtés des Alpes. Les Italiens ont la réputation d'être moins regardants sur le respect des lois, aussi sévères soient-elles. 400 prédations sont dénombrées en moyenne dans les Abruzzes chaque année. Mais le plus gros problème relève un éleveur italien, c’est le tourisme de masse : certains hôtels attiraient l’ours et des cerfs pour contenter les visiteurs. Le plantigrade a déjà abîmé ses clôtures. De son côté, Roberta Latini, la biologiste du parc naturel, ose dire que certains éleveurs participaient à ce « nourrissage » en posant des carcasses pour les loups.

« Adapter les solutions pour chaque troupeau »

Si le triptyque « chiens-brebis-berger » est le meilleur pour les Alpes, d’après Jean-Marc Landry, biologiste et éthologue, qui travaille dans le Valais en Suisse, depuis 1997 suite au retour du loup ; il ne l’est pas forcément partout. Début octobre, juste après le retour des Alsaciens de leur expédition dans les Abruzzes, le scientifique a été interviewé par la journaliste Aurélie Kieffer pour France Culture. Le voyage des Bruchois a eu le mérite d’engendrer un battage médiatique au retentissement national, puisque Jean-Marc Landry réagit au reportage d’Olivier Vogel diffusé sur l’antenne. Quand les éleveurs divisent un troupeau en quinze lots, il est inenvisageable d’avoir quinze chiens, dit l’éthologue. « L’éleveur passerait la journée à les nourrir ! », s’exclame-t-il. Et, si les chiens de troupeau fournissent un travail fantastique, le chercheur constate qu’il n’y a pas encore assez de sélection et que les éleveurs français et suisses ont perdu les savoir-faire en matière d’éducation de ces chiens, contrairement aux Italiens. La collaboration qui se dessine entre la vallée de la Bruche et les Abruzzes s’orienteraient-elles sur des échanges autour des chiens de protection ? « Tous doivent s’adapter aux chiens. Les éleveurs ne doivent pas porter toute la responsabilité », souligne encore Jean-Marc Landry. Le scientifique fait référence aux peines de prison qui peuvent être encourues lorsqu’un chien mord un randonneur, se basant sur un cas français.

« L’idée, c’est d’adapter les solutions pour chaque troupeau. […] Parfois, le tir est un outil de protection ; parfois, c’est la solution. On doit donner à l’éleveur des outils pour défendre ses bêtes », plaide-t-il. Mais attention à ne pas tuer n’importe quel loup : une meute désorganisée, déstructurée par la mort d’un des deux parents par exemple, peut entraîner plus d’attaques sur les troupeaux de la part des jeunes. « L’idéal, ce serait de pouvoir tirer le loup qui est en train de faire l’attaque », précise Jean-Marc Landry. La réglementation aujourd’hui ne le permet pas. 50 % des loups vivent dans le système pastoral et ils passent aussi à côté des troupeaux sans les attaquer. Dès lors, comment savoir a posteriori si on tire sur le bon individu ?

« Les chiens de protection, on verra plus tard »

« Nous aimerions faire des tirs non létaux : tirer sur le loup, lui faire du mal, parce qu’il faut que le loup ait un traumatisme et qu’il fasse le lien avec les brebis, pour qu’il apprenne à ne plus revenir sur les troupeaux. On est en train de développer plusieurs outils, parce que les éleveurs ont besoin d’outils qui fonctionnent », martèle le biologiste.

« En Alsace, on parque la nuit, parce qu’on a des voisins. On est obligé. Mais poser des filets d’1,40 mètres, c’est très lourd. Un an est passé sans attaque : on ne va pas s’embêter avec ça. Nos filets ont 90 cm de hauteur, aujourd’hui. Le retour du loup nous inquiète certes, mais pour le moment on ne va pas changer nos pratiques, parce qu’on n’a rien sous les yeux. Et les autorités non plus ! », avance Simon Maier, joint par téléphone, début décembre, après avoir rencontré Thierry Sieffer et son équipe. Le secrétaire général du SO du Bas-Rhin reconnaît que s’équiper avant même que le loup n’arrive, même à ses frais, pourrait le tenir à distance mais « ce n’est pas facile et c’est lourd, économiquement », dénonce-t-il. Il voit d’ailleurs plus loin : « Dans les années à venir, les protections fonctionneront mais dans vingt ans ? » Il cite l’exemple de la Drôme où certains éleveurs avec 25 chiens se font encore manger des brebis, parce que le loup s’est trop développé, estime-t-il.

« C’est un métier de plus d’avoir des chiens, ajoute-t-il. On a un berger : mon père. On transforme : on est boucher-charcutier. On a aussi envie d’être parents, d’avoir une vie de famille ! » Il affirme qu’il va souscrire au prochain Plan loup tout de même pour installer des clôtures fixes d’1,20 m autour de sa ferme. « Les chiens de protection, on verra plus tard. Ce sera dur à gérer parce que c’est nouveau et qu’on est sur un secteur touristique », confie-t-il. Son papa travaille avec des chiens de conduite, des bâtards actuellement. Le Gaec compte 850 brebis et 210 ha de prairie naturelle, principalement dans les vallées de Villé et de la Bruche. L’exploitation est sur un territoire classé en cercle 2 (les cercles vont de 0 à 3, le cercle 0 étant un foyer de prédation) : c’est-à-dire qu’« au moins un constat de dommages pour lequel la responsabilité du loup n’a pas été écartée au cours des deux dernières années, sans récurrence interannuelle » a été établi. Elle est donc éligible aux subventions. Mais le berceau de la production ovine en Alsace est dans le nord du Bas-Rhin qui a été déclassé en cercle 3. « Là-haut, ils n’ont plus de subventions pour les clôtures », pointe Simon Maier. Ils en ont pour des chiens de protection s’ils font pâturer plus de 90 jours cumulés.

« Tant qu’il n’y a pas de pression, il n’y a pas d’aide »

Jean-Sébastien Laumond, ingénieur-agronome de formation, qui travaille de près avec les éleveurs, le sait : c’est le serpent qui se mord la queue. On demande aux éleveurs de se protéger du loup avant même qu’il n’attaque le troupeau, pour le dissuader, mais les subventions aux chiens, clôtures et bergers ne sont débloquées qu’une fois les attaques avérées et sur plusieurs années. « Tant qu’il n’y a pas de pression, il n’y a pas d’aide. Ici, heureusement, il y a de bons échanges avec la DDT. Dès les premières attaques de loup en 2019, les éleveurs ont été remboursés : même ceux qui avaient des daims, alors que ces animaux ne sont pas mentionnés dans les textes », remarque-t-il.

Selon Frédéric Preisemann, il y aurait deux ou trois loups dans tout le massif vosgien. La DDT du Bas-Rhin détecte seulement un individu dans le Bas-Rhin, en l’état des éléments techniques que livre le terrain.

Thierry Sieffer qui se veut précurseur sur le sujet, tient à la présence du loup pour aider la forêt à se régénérer, grâce à ce prédateur naturel des sangliers, chevreuils et cerfs. En contact avec l’association nationale Férus de protection et de conservation de l’ours, du loup et du lynx en France, le premier magistrat de Ranrupt souhaiterait que des bénévoles formés aident les éleveurs dans la surveillance de leurs troupeaux. L’idée sera soumise aux premiers concernés, les éleveurs.

Financements alternatifs

Comprendre les rouages

Pratique

Publié le 10/12/2020

Marie Balthazard, coordinatrice de TDL Alsace, a excellé dans l’art de la synthèse. En trois heures, accompagnée de Bénédicte Antoine d’Alsace Active, « au service d’entrepreneurs engagés », et d’Olivier Guillembet de la Nef, coopérative financière pour des projets d’utilité sociale, écologique et/ou culturelle, elle a relevé le défi d’expliquer ce que sont les financements alternatifs et le contexte dans lequel ils interviennent, en pointant aussi leurs imperfections.

Après une brève présentation de l’association TDL, Marie Balthazard est entrée dans le vif du sujet. Depuis trois ans, TDL Alsace anime des ateliers et des tables rondes pour les porteurs de projets qui veulent s’installer en agriculture. L’association bénéficie de fait d’une expertise en financements alternatifs car « parfois, les projets agricoles sortent du champ d’action de TDL ».

Les financements alternatifs sont des aides financières hors circuits bancaires traditionnels, explique Marie. Ils peuvent intervenir à différents moments de la vie d’une entreprise et servent surtout aux besoins de financements de projets atypiques. Les financements participatifs, qui ont pris de l’essor en 2008, au moment de la crise financière mondiale, sont en quelque sorte, les circuits courts financiers. L’individu est au centre du système et, pour le séduire, les plateformes de crowdfunding misent sur les projets novateurs.

Don, prêt et investissement

Quatre types d’investissement ont cours dans le monde du financement parallèle : le don avec contrepartie (sous forme de cadeau), utilisé pour des recherches de financements inférieurs à 20 000 euros, le plus souvent pour « émerger » ; l’investissement participatif, le crowdequity, dont l’aboutissement permet des prises d’actions et des bons de participation pour financer des besoins à partir de 100 000 euros ; et le prêt, le crowdlending, pour se développer, démarrer un nouvel atelier, investir dans du matériel, pour des valeurs intermédiaires de quelques dizaines de milliers d’euros. « Je schématise », prévient Marie Balthazard.

Il existe des plateformes de financements participatifs géographiques, thématiques, généralistes, parmi lesquelles les plus connues sont Ulule, KissKissBankBank, Miimosa pour l’agriculture. En 2019, 33 % des fonds nécessaires à des entreprises ont été collectés via les plateformes de crowdfunding. « C’est donc un levier économique conséquent », tranche Marie. En 2020, il n’y a d’ailleurs plus de souscripteur ou de financeur-type. « Les moins de 30 ans sont de très bons souscripteurs », pointe-t-elle, d’ailleurs.

Le statut des plateformes est davantage encadré depuis 2014. Elles sont contrôlées par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et enregistrées à l’Organisme pour le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance (ORIAS). Elles disposent d’un agrément en qualité d’établissement de paiement, pour le don ; pour le prêt, d’un agrément IFP pour les « intermédiaires en financement participatif » ; pour l’investissement en fonds propres, du statut de conseiller en investissement participatif. Le visa de l’AMF est requis pour certains seuils de collecte de fonds.

Une influence sur la comptabilité

Dans le même secteur de la transition agricole et climatique officient Miimosa et Blue Bees. Si leurs parcours sont parallèles, remarque Marie Balthazard, leur développement diverge. Blue Bees est centré sur l’agriculture biologique et locale, « du champ à l’assiette », tandis que Miimosa, via Miimosa transition, vise notamment la « food-tech », avec des collectes de 50 000 à 1 million d’euros., sur lesquelles les taux d’intérêt grimpent à 3,5 %.

« Il faut creuser pour savoir ce que font les plateformes, qui est derrière, quelles banques, si les placements sont intéressés ou non et, aussi, quel est le montant de la commission, insiste Marie. Certaines plateformes prennent 8 % alors même que les dons proviennent de la famille du porteur de projet. Et, parfois, c’est tout ou rien : si on obtient le montant espéré, les plateformes reversent l’argent, sinon elles remboursent les contributeurs. » Avec Blue Bees, même si l’objectif n’est pas atteint, le porteur de projet reçoit les fonds levés, dans le cadre du don.

Pour ce qui est des prêts, des plateformes ont une réelle rentabilité d’entreprise, elles prennent de 2 à 6 % d’intérêt. Qui palpe, au final ? « C’est important de le savoir », souligne Claude Sourice, ex-directeur de l’AGC Cegar (expertise comptable gestion agricole et rurale) à Rouffach. Il insiste aussi sur une réalité trop souvent omise : « Le don est un produit. Le contre-don est une perte. Il y a une incidence sur le régime fiscal. Un financement participatif a une influence sur la comptabilité ! »

Bien communiquer

Marie présente des projets soutenus par des campagnes de dons avec contrepartie. La Ferme de la Colline à Pfaffenhoffen (67), une ferme TDL en biodynamie, a choisi la plateforme Zeste pour récolter un peu moins de 7 000 euros, afin de lancer son atelier de poules pondeuses. Son plus ? L’humour : « Pour 5 euros et plus. Hopla, merci mon poussin ! Vous venez de parrainer une poule. Vous aurez ainsi droit à des photos […]. Pour 10 euros et plus. Hopla, ça roule, ma poule ! […] Vous venez de parrainer un arbre ! » Pourtant, 80 % seulement du montant avait été collecté. Il faut marteler le projet, ajoute-t-elle : « Des paysans boulangers publiaient régulièrement des photos de leur four, en cours de construction, pour relancer la comm’. Sur chaque photo, quelques briques en plus. »

Justine et Marie, maraîchères du Carré du Ver luisant à Erstein (67), ont cherché 13 000 euros, sur Blue Bees… avec succès ! « Les contre-dons provenaient de leurs amis et clients. Elles ont négocié des cadeaux, comme pour une tombola : de la choucroute, des cuillères en bois, des dîners dans un restaurant gastronomique. Quand la contrepartie n’est pas issue de la ferme, il n’y a ni perte, ni travail supplémentaire », félicite la coordinatrice de TDL Alsace, qui regrette que les plateformes aient « rendu le don payant ». Seules les semences aromatiques provenaient de l’exploitation des jeunes femmes qui voulaient deux serres mobiles.

Des plateformes et des hommes

Il est aussi possible de se passer des plateformes de financements participatifs, a conclu Marie Balthazard. Les autres solutions sont notamment la cagnotte solidaire (initiée par les Amap pour préfinancer des maraîchers à taux 0), le parrainage (ciblé sur un support de production et rétribué, selon le contrat), le modèle GartenCoop (préfinancement de l’activité et contre-don sans valeur marchande, selon les rendements), les clubs d’investisseurs (type Les Cigales, avec prise de participation au capital sur cinq ans) et la prise de part dans une société collective d’investissement (pour un engagement jusqu’à trente ans).

Olivier Guillembet, « banquier itinérant » à la Nef, qui compte 50 000 épargnants dont les produits d’épargne sont versés à des associations partenaires à hauteur de 25, 50 et jusqu’à 70 %, a pris le relais de cette après-midi de formation. « Nous finançons à 95 % des entreprises », a-t-il cadré d’emblée, tout en insistant sur la transparence des fonds employés. La force de la Nef est d’être réactive, a-t-il encore remarqué, admettant une édition des offres de prêts peut être plus longue qu’ailleurs. « Nous collections plus d’argent qu’on en prêtait », a-t-il encore confié. La banque « sociale et solidaire », dont le total bilan s’élève à 500 millions d’euros, réaffecte aujourd’hui ses ressources à 55 % dans le financement.

« Le financement de projets agricoles qui valorisent l’humain est dans notre ADN. Le risque est plus important en agriculture qu’ailleurs mais France Active apporte une garantie », a révélé Olivier. Le taux de l’emprunt est plus élevé à la Nef que dans les autres banques : + 2 % sur 37 ans. Alsace Active est la branche alsacienne du réseau associatif France Active qui garantit (en excluant les cautions personnelles, comme la Nef), finance et investit pour l’emploi et les précaires, en plus de les accompagner gratuitement. Si Alsace Active est peu présente dans le monde agricole, elle finance des trésoreries de démarrage pour de la vente en circuits courts, notamment. « L’alimentation durable est un axe privilégié », précise Bénédicte Antoine, responsable de financements. Le taux d’intérêt d’un prêt participatif Alsace Active est aussi à 2 %. Pour en savoir plus, la Région Grand Est propose un module gratuit sur l’économie sociale et solidaire : Be EST Entreprendre, à retrouver sur son site Internet.

CGA agroforesterie 2021

Ernest Hoeffel de Walbourg représentera le Grand Est

Technique

Publié le 13/11/2020

Lors de cette deuxième édition du CGA des pratiques agroécologiques – catégorie agroforesterie, le Bas-Rhin a été choisi pour porter les couleurs du Grand Est à Paris et, plus précisément, Ernest Hoeffel, qui se consacre depuis trois ans, à mettre l’arbre au cœur de son exploitation et de ses pratiques agricoles. À Walbourg, en lisière de forêt de Haguenau, il profite de son implantation. S’il entretient les anciennes essences présentes sur ses 180 ha de SAU depuis des siècles pour certaines, il les bouture aussi pour reboiser ses haies et en plante de nouvelles… ou laisse faire les oiseaux ! La clé de sa victoire : l’arbre est indissociable de la vie de l’exploitation. Les bovins, 288 charolais inscrits au Herd Book, mangent les feuilles et branchettes des arbres coupés, au printemps et à l’été, puis s’étalent l’hiver dans la paille mélangée aux plaquettes de bois, obtenues à partir de ces mêmes arbres. La litière devient un compost qui peut ensuite être épandu sur les prairies et cultures, destinées à alimenter le troupeau. La boucle est bouclée. Point de bois d’œuvre à vendre ! Les arbres sont totalement intégrés au système d’exploitation et reviennent à la terre, qui stockera mieux le carbone. Le compost de litière paille/bois favorisera la mycorhization (l’association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes). Il en résulte une meilleure redistribution de l’eau aux cultures et un apport d’humus de qualité, explique Corinne Bloch, la compagne d’Ernest, formatrice en agroécologie.

« On espère faire des émules »

Ernest et Corinne racontent le cercle vertueux dans lequel s’épanouit l’élevage de charolais. « Planter un arbre, ce n’est pas pour soi, c’est pour la planète, l’humanité, le bien-être animal. On espère faire des émules », s’enthousiasme Corinne Bloch. Le couple est « super surpris » d’être lauréat Grand Est du CGA agroforesterie 2021, d’autant plus qu’il a été appelé à participer in extremis parce qu’il manquait un quatrième concurrent, et il en est heureux. « On ne demande pas mieux », se réjouit Ernest. « Il retourne à son travail plus courageusement qu’avant, confie Corinne. C’est une fête, une aventure, un partage. On nous appelle chaque jour, depuis que la nouvelle est tombée (le 4 novembre, dans les DNA, N.D.L.R.), pour nous féliciter. » Nombreux sont les bénévoles à avoir participé à la gestion des haies.

En janvier 2021, le jury national devrait visiter l’exploitation et rendre son verdict. Ernest Hoeffel sera-t-il plus chanceux que les Vosgiennes qui ont représenté le Grand Est l’an dernier ? Le Gaec des Orchidées à Suriauville, qui élève des blondes d’Aquitaine, est passé à deux doigts du podium en 2020.

Travailler pour la biodiversité et gagner de l’argent

Le jury « local » (lire encadré) de la première phase du concours est unanime. « Ernest Hoeffel est premier car son système est cohérent, de bout en bout ; de la conduite d’élevage à la valorisation économique du bois, qui a lieu sur l’exploitation même. Le projet est imprégné du territoire et intégré dans celui-ci. L’exploitant sait tirer parti d’une contrainte locale », apprécie Véronique Stangret, ingénieure agronome enseignante au lycée agricole d’Obernai, en charge des « missions carbone ». Ernest Hoeffel « jardine », comme dit Corinne, une dizaine de kilomètres de haies et de linéaires d’arbres. Chaque année, il fait broyer 500 m2 de bois. Pour ce faire, près de 120 heures de travail sont nécessaires, au total. Il dépense, avec les charges sociales, environ 3 000 euros de main-d’œuvre et 1 700 euros de broyage, effectué par l’entreprise Trautmann de Pfaffenbronn. Il économise ainsi l’achat de 600 bottes de paille, et donc entre 6 000 et 7 000 euros, par an, selon ses calculs. « Je gagne de l’argent, je travaille pour la biodiversité, j’ai de quoi refaire mes clôtures et je ne paille que tous les trois jours, moins qu’avant, pour des bovins qui vivent mieux », résume-t-il. L’exploitation est passée en bio en avril. C’est la seule à avoir concouru dans la catégorie « Gestion », réservée aux exploitations dont les parcelles d’agroforesteries concernées ont plus de dix ans.

Protéger les sols et les plantes

Les trois autres fermes participantes étaient inscrites dans la catégorie « Implantation » avec des parcelles en concours âgées d’au minimum quatre ans. Lundi 2 novembre, les jurés ont sillonné l’ouest et le nord du Bas-Rhin, pour toutes les évaluer. L’EARL Schweitzer, représentée par Clément Schweitzer, est deuxième du classement régional du CGA agroforesterie 2021. Le jury lui décerne le prix de « l’exploitation pionnière », ainsi qu’il l’a baptisé : rien d’officiel mais de quoi expliquer sa deuxième place. Clément est, en effet, le seul des environs, à Schleithal, à planter des arbres. Éleveur de porcs bio (naissance de 5 000 porcelets par an ; il en engraisse 1 200), sur 96 ha en non-labour, il plante chaque année des arbres sur sa ferme, depuis six ans. Il en compte environ dix à l’hectare, aujourd’hui : 800 m de linéaire. Pour le plaisir des yeux, des oreilles et du goût (il y a des fruitiers), et la biodiversité - les auxiliaires - utile à ses cultures de maïs, de colza, de blé, d’orge, de triticale, de pois, de féverole, qui nourrissent les animaux de la ferme, il plante. La haie retient aussi la terre sur ces sols qui « lessivent ». « Ça coule moins », certifie Clément Schweitzer. L’entretien lui prend une semaine par an. « Je ne verrai pas le bois d’œuvre mais ce n’est pas grave », ajoute-t-il.

D’intérêt général

L’EARL Terre et vie de Julien Scharsch - à la tête de Bio en Grand Est, par ailleurs - est troisième régionale. Les jurés lui attribuent le prix, non officiel, de « l’exploitation dans son territoire » pour l’inclusion de la commune de Saessolsheim et de ses habitants dans son projet. « C’est presque d’intérêt général, collectif, s’exclame François Scharsch, le père de Julien. Lors des chantiers de plantation, nous sommes une vingtaine, de tous horizons. On déjeune tous ensemble. L’été, dans la haie, il y a des prunes, des groseilles. Nous contribuons au bien-vivre dans nos campagnes. Même les agriculteurs les plus réticents se posent la question de planter des arbres, maintenant. » 2,5 km de haies, 3 000 plants, ont été alignés ces quatre dernières années, sur les 45 ha de l’exploitation en grandes cultures et maraîchage. François loue les mêmes bienfaits des haies et des arbres que ses concurrents et aussi l’effet coupe-vent. Il estime le temps de travail à dix jours par an sur ces bois, dont l’EARL n’attend pas de « retour sur investissement » financier.

Si Roland Wendling de Knœrsheim, cuniculteur à la retraite, est un des premiers à avoir pratiqué l’agroforesterie en Alsace, il n’a engagé qu’1,10 ha bordé d’arbres dans le concours : « un échantillon », a estimé le jury, pas assez significatif. C’est qu’il faut rivaliser avec des actifs en pleine expansion, de toute la France.

 

 

Les vidéos