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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Démonstrations

Chaud derrière avec le défaneur thermique, le scalpeur avec rotor, les herses étrilles de précision

Technique

Publié le 19/05/2021

La Cuma Terre et Prés souhaite investir dans une herse étrille de précision très polyvalente, puisqu’elle compte 24 membres, aux productions variées. La semaine avant la plantation des choux et céleris, les deux herses étrille, Treffler et Agrifarm, qui ont déjà été essayés fin avril et début mai, sur pommes de terre, en présence de nombreux agriculteurs, dans des champs proches de la ferme Saint-Blaise, à Valff, seront éprouvées. « La Treffler est plus légère et plus spécialisée », observe déjà Maurice Meyer, président de la Cuma Terre et Prés. L’avantage de la herse étrille Agrifarm est qu’ « elle ne bouge pas, une fois posée » et semble plus universelle. La Cuma se donne un mois pour choisir entre l’une et l’autre. Les deux concessionnaires, la SARL Stecomat pour Treffler et la SAS Agrosoil pour Agrifarm, lui prêtent le matériel. Les deux herses ont un point commun, qui intéresse particulièrement Maurice Meyer : la dureté des dents est réglée depuis le tracteur, en cabine. « Les dents bougent moins latéralement, relève le président de la Cuma. Les buttes de pommes de terre, par exemple, vont être moins défaites, après le passage de la herse de précision. » Sus aux adventices ! Et vive les tubercules qui commencent déjà à sortir. La Treffler peut s’utiliser en 3, 6 et 9 mètres. La herse Agrifarm peut travailler deux, cinq ou huit rangs de pommes de terre, par passage.

 

 

 

??? En direct de la démonstration de matériel de la Cuma Terre et Prés à la Ferme Saint Blaise à Valff (67) En images :...

Publiée par Frcuma Grand Est sur Mardi 27 avril 2021

 

 

Du tout cuit

Le défaneur thermique de Felden Industrie s’attaque aussi aux végétaux… Ce n’est plus du désherbage mécanique qu’il est ici question mais de la destruction des fanes de pommes de terre par le feu ! « C’est plus efficace qu’un broyage », assure Maurice Meyer. Mardi 27 avril, l’engin acquis il y a peu par la Cuma Terre et Prés, a été le premier matériel présenté. Le but était de rappeler quelques consignes de sécurité, puisque « le gaz d’une citerne de 300 kg, avec huit brûleurs en fonction, permet de traiter pendant deux heures une surface d’environ 2 ha », en roulant à 3 km/h, et avec une pression de 3 barres. C’est bien du gaz liquide, du propane liquide, plus exactement, que les adhérents de la Cuma manipulent. « Le gaz liquide, s’il vous touche, il vous brûle, prévient Jean-Marie Felden, ancien gérant de la société Felden Industrie. Pour le manipuler, il faut mettre des gants, des lunettes, une visière. Si vous avez une combinaison que le gaz ne peut pas transpercer, c’est mieux ».

L’homme sait d’autant plus de quoi il parle que Felden Industrie crée et produit, depuis la fin des années 1990, des outils de défoliation thermique du houblon. Elle a élargi sa gamme à la viticulture, à l’arboriculture et au maraîchage. « Avant d’ouvrir la citerne de gaz, tous les robinets doivent être fermés. On les déverrouille ensuite, toujours avec deux clés », pointe-t-il. Jean-Marie arrose généreusement les raccordements avec une bombe anti-fuites. « S’il y a une fuite, il faut fermer les vannes et surtout ne pas démarrer le tracteur, insiste-t-il. Le gaz vous englobe. » D’ailleurs, il faut stocker le gaz à l’extérieur : dans un bâtiment, si fuite il y a, il se dépose au sol. La Cuma ne fournit pas les citernes. Chaque adhérent doit commander la sienne. Elle est placée à l’avant du tracteur, mais pourrait être attelée entre le tracteur et la rampe… Il est interdit de circuler sur les routes avec une bonbonne de gaz à l’avant d’un véhicule, relève Jean-Marie Felden. Chez Primagaz, il y a trois mois d’attente avant la livraison d’une bouteille car ils n’en ont plus en stock, sait Maurice Meyer. Il y a donc le temps de réfléchir à une solution de transport entre la ferme et le champ.

Le 27 avril, le défaneur thermique de Felden Industrie a été utilisé dans un champ d’oignon. L’air s’est troublé et instantanément réchauffé sous le feu de la rampe. Les dards des flammes atteignent 140 °C. Les adventices ont « cuit ou bouilli », dixit les participants à la démonstration. « Comme la matière est très fine, la chaleur rentre instantanément dans la feuille », note Jean-Marie Felden. Les mauvaises herbes s’enflamment brièvement et se couchent. Toute l’eau remonte à la surface des végétaux ramollis. Le plant cultivé, lui, est plus épais et encore protégé par la terre : il est indemne. Les brûleurs, qui crachent le feu, sont orientables à 360 degrés. Deux réglages en hauteur sont possibles, sur la machine dédiée au maraîchage. Une pluie fine n’altérera pas l’efficacité du défanage thermique mais le vent doit souffler à moins de 20 km/h pour un résultat satisfaisant. Au moins six adhérents de la Cuma expérimentent l’équipement, actuellement, qui coûte entre 9 000 et 10 000 euros. Denis Jung, conseiller pommes de terre à Planète Légumes, est ravi.

Tout envoyer en l’air

Avant la herse étrille Treffler, une « vraie mise en route » du scalpeur avec rotor KvickFinn (marque finlandaise) a été réalisée. Le matériel, acheté à Agrosoil, est dans la Cuma depuis février 2021, et les agriculteurs doivent encore se l’approprier. Pas simple de trouver les bons réglages pour se débarrasser efficacement et durablement du chardon, du rumex, du chiendent. « Le rotor reprend tout ce qui a été scalpé, explique Jean-Frédéric Martin, agriculteur en non-labour et couvert permanent, qui commercialise le scalpeur. La matière est envoyée en l’air et l’élément le plus lourd, la terre, retombe en premier au sol, gravité oblige. La matière organique reste au-dessus. Elle sèche. » Lorsque la terre se tasse au passage de l’engin, il faut « descendre » un peu l’outil, insiste Jean-Frédéric. Un adhérent de la Cuma, sceptique au départ, se dit optimiste, aujourd’hui. Il avait testé la machine, il y a deux ans. « Je pensais que le rotor qui tourne, c’était juste pour faire de la poussière. Mais je n’ai pas eu de rumex pendant deux années », se souvient-il. « Ce n’est pas une fraise », souligne Jean-Frédéric Martin. Le rotor effleure la surface. Il ne pénètre surtout pas la terre profondément. « Au printemps, comme le sol est dur, le tracteur commencerait vite à chauffer. Et ce n’est pas l’objectif », détaille-t-il. Les dents du scalpeur doivent travailler plus bas que le rotor derrière. S’il y a des stries dans le sol, c’est l’inverse : facile à détecter !

 

 

Manifestation du 30 avril

Pour une Pac de la croissance !

Vie professionnelle

Publié le 05/05/2021

« Produire n’est pas un gros mot ! Produire pour tous les marchés », rappelait Hervé Lapie, président de la FRSEA Grand Est, la veille de la mobilisation. Vendredi 30 avril, un concert de klaxons a réveillé le Parlement européen, à Strasbourg, déserté des eurodéputés au profit de Bruxelles, depuis la pandémie de Covid-19. Sous un ciel blanc de nuages et dans le froid, plus de 1 500 tracteurs ont encerclé les institutions européennes de midi à 16 h. Les agriculteurs et les viticulteurs d’Alsace (un millier d’engins du Bas-Rhin, 350 du Haut-Rhin), de Lorraine, environ 200 tracteurs, surtout de la Meurthe-et-Moselle, de la Moselle et des Vosges (et quelques véhicules meusiens), et même plusieurs Marnais ont répondu à l’appel de la FRSEA et des JA Grand Est, provoquant plus de dix kilomètres de bouchons, sur l’autoroute A4 notamment, dans le sens Paris-Strasbourg, au matin, sous une pluie battante. À l’instar de Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, ils refusent que les aides Pac, qui ne sont « pas de l’argent de poche » mais représentent une partie du revenu des exploitants, dixit le betteravier alsacien, soient encore plus conditionnées.

Sur les pancartes, les slogans suivants s’affichaient : « Ras-le-bol des contraintes imposées par les technocrates. Le bon sens paysan appartient aux agriculteurs », « L’agriculture la plus durable, mise à terre par la Pac 2023 », « Je vous nourris et je veux vivre de mon métier. Demain, nous voulons encore exister », « Mangez français », « Fauchés comme les blés », « Pac 2023, droit dans le mur : les concessionnaires soutiennent les agriculteurs », « Sans fourrage (maïs), plus d’animaux ». Le jour où le trilogue (la négociation) entre la Commission, le Parlement et le Conseil de l’Europe débutait sur les questions environnementales, les exploitants ont demandé à ce que tous les efforts déjà consentis et même souhaités par le monde agricole, pour la préservation de l’environnement (protection de la qualité de l’eau, limitation des coulées de boue, entre autres) soient reconnus et que leur expertise, et les spécificités locales, soient prises en compte.

 

? A VOS PANCARTES ? Le message est-il passé avec cette journée d'action ? #MANIF #PAC #PAC2023 #1000TRACTEURS #GRANDEST #sauvetonpaysan #ambitionpacjuste

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021

 

Rencontres avec le monde politique pour la souveraineté alimentaire

La ferme Grand Est FRSEA/JA dénonce l’obligation de rotation à la parcelle, qui va à l’encontre des connaissances agronomiques, d’après les premiers concernés, et entraînerait une perte d’autonomie alimentaire dans les élevages comptant principalement sur le maïs local pour nourrir le troupeau. Elle veut que les aides pour les éco-régimes – mesures vertes du 1er pilier de la Pac, qui représenteront jusqu’à 30 % de ce pilier demain, soient accessibles aussi à ceux qui ne sont ni en bio ni en HVE. Elle est contre la fusion des enveloppes des aides couplées destinées aux vaches laitières et allaitantes, qui nuirait encore un peu plus aux éleveurs de bovins viande. Le modèle dominant n’est pas prêt à faire la bascule. Ce qui privilégierait les plus petites fermes, aux pratiques les plus alternatives, est condamné. Les manifestants du 30 avril veulent une « Pac économique », protégeant les paysans et la souveraineté alimentaire, sur tous les territoires, ont-ils fait savoir par leurs applaudissements, lors des discours à la tribune, qui ont débuté vers 14 h. Les discussions européennes doivent aboutir fin mai. Avant le 1er janvier 2022, la France se prononcera, auprès de la Commission, sur son Plan stratégique national (PSN), ses adaptations de la Pac.

Le monde agricole du Grand Est, totalement uni sur cette question, répète aussi que les prairies permanentes seront maintenues grâce à l’élevage. La revalorisation de l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN), le maintien de la surdotation des premiers hectares et la poursuite voire la revalorisation des mesures agroenvironnementales et climatiques (Maec) font aussi partie des revendications de tous. Alors que les tracteurs se dirigeaient vers la capitale européenne, le 30 avril au matin, Hervé Lapie, Franck Sander, Germain Bach, vice-président des JA Grand Est, Fabrice Couturier, président de la FDSEA de la Moselle, et Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin, demandaient son soutien à la préfète de la Région Grand Est. La FRSEA Grand Est a d’ailleurs rencontré le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie, mardi 4 mai. Dans la soirée de vendredi dernier, c’est Jean Rottner, président du Grand Est, qui avait reçu la délégation, se montrant favorable à une contractualisation en restauration hors domicile (RHD), pour soutenir les agriculteurs.

 

Germain BACH, Président des Jeunes Agriculteurs de Moselle s'est exprimé devant le parlement pour demander une #pac2023 favorable aux jeunes et à l'installation en agriculture ! ?

Publiée par Jeunes Agriculteurs Moselle sur Vendredi 30 avril 2021

 

L’agriculture déjà solution au réchauffement climatique

Les élus alsaciens qui comptent ont bravé le mauvais temps pour se tenir aux côtés des douze représentants locaux et nationaux de l’agriculture, qui se succédaient au micro, à l’abri d’un camion prêté par le Comptoir agricole. En début d’après-midi, vendredi dernier, alors que les discours étaient retransmis en direct sur Youtube, pour que les manifestants puissent rester à bord de leurs tracteurs, Covid-19 oblige, l’eurodéputée Les Républicains Anne Sander a aussi donné de la voix, laissant entrevoir un espoir pour des plans de filière. Aux premières loges, Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), et Patrick Bastian, à la Commission agriculture et forêt du Grand Est, ont salué les prises de paroles.

Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, a scandé : « Seuls 6,5 % des agriculteurs ont moins de 35 ans. Notre constat est sans appel. Il y a un manque de cohérence entre les politiques agricoles, commerciales et le développement à l’international. […] La pérennité des exploitations agricoles dans le territoire doit s’appuyer sur des filières organisées et structurées. […] L’agriculture que nous défendons, de ferme, pas de firme, […] est parfaitement dans son temps. […] La France a le modèle agricole le plus durable, au monde ». Philippe Clément, président de la FDSEA des Vosges, a enchaîné : « Le grand défaut de cette Pac 2023, c’est que nous ne produirons plus sur le territoire, nous irons chercher ailleurs, dans des pays qui ne respectent pas nos standards de production ».

Éric Thirouin, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), céréalier en Eure-et-Loir, avait aussi fait le déplacement. « C’est un soutien très fort, du national, que je veux vous apporter. […] Toute la France est en mouvement. […] Tous les agriculteurs se soulèvent pour dire stop à ce qui est en train d’arriver. Est-ce que l’Europe, est-ce que la France, veut une dynamique de croissance ou une dynamique de décroissance ? C’est bien le sujet qui est posé, là. Est-ce qu’on prône la jachère, est-ce qu’on prône la non-production, ou est-ce qu’on prône la biodiversité ? Nous, agriculteurs, on sait que la biodiversité, on peut la cultiver, on peut l’entretenir. Moi, je prône une agriculture économique », a-t-il martelé. Éric Thirouin a conclu en soulignant l’importance de l’agriculture face au changement climatique : « Un hectare de blé capte sept fois plus de gaz à effet de serre qu’il n’en émet. L’agriculture est là, en solution. On a besoin d’une agriculture croissante ».

 

 

Le digestat de méthanisation

Plus concentré en azote que le lisier frais

Technique

Publié le 05/05/2021

En 2017, Jean-Frédéric Fritsch, éleveur de 400 truies à Friesenheim, un pionnier de la méthanisation en Alsace, est autorisé à injecter 1 100 kW d’électricité dans le réseau. Sa production équivaut à la consommation annuelle d’une ville de 8 000 habitants. L’eau chaude générée chauffe l’unité et la porcherie. « La ferme ne consomme plus d’énergie fossile, sauf le fioul des tracteurs », pointe Jean-Frédéric. Ses deux digesteurs et son post-digesteur absorbent tout le lisier frais de la ferme, soit 60 % de l’alimentation de l’unité de méthanisation. Les 40 % restants proviennent aussi de l’agriculture : ensilage de plantes entières, de cultures dérobées, déchets de silo et d’amidonnerie, paille et ensilage de maïs, marc de raisins. Avec les méthaniseurs historiques du coin, ils se sont structurés pour s’approvisionner dans un rayon de 25 km autour de leurs exploitations du Ried alsacien. Grâce à ces intrants 100 % agricoles, Jean-Frédéric échappe à l’hygiénisation des boues. « C’est une usine à gaz un peu compliquée à gérer », relève-t-il. Jean-Frédéric, qui emploie cinq salariés à temps plein, compte transmettre l’exploitation à son fils Mathis, déjà très investi malgré son jeune âge (14 ans).

Rien à ajouter

L’agriculteur peut épandre son digestat sur toutes ses cultures bio, aujourd’hui ; les autres ne sont pas accessibles aux engins. Le digestat est certifié utilisable en bio (UAB), pour l’instant. La réglementation l’obligera, en 2022, à avoir une ligne de fermentation dédiée à la bio. Jean-Frédéric Fritsch investit donc pour augmenter les capacités de stockage de l’unité qui s’élèvent, actuellement, à 8 000 m3. Le temps de séjour dans les cuves, pour valoriser au mieux l’intrant, est de 90 à 100 jours. Jean-Frédéric espère le rallonger encore. Il épand le digestat de méthanisation tous les ans, après la récolte, sous couverts en période hivernale, et au printemps. Il est passé d’une rampe de 12 m de large à une rampe de 18 m, en 2013, lorsqu’il a pu pour la première fois tester le digestat. « Le produit est plus concentré en azote et en minéraux que le lisier frais, donc il faut une plus grande largeur, observe-t-il, simplement. Il est plus riche en matière sèche et en éléments fertilisants ». Jean-Frédéric épand 30 m3/ha de digestat de méthanisation. Il épandait 40 m3/ha de lisier de porcs classique. Tous les ans, le Comptoir agricole procède à une campagne d’analyses sur quatre parcelles de Jean-Frédéric. « Il y a plus d’humus. Le digestat de méthanisation est une fumure complète qui remplace l’engrais minéral de synthèse. On trouve six à sept unités d’azote au m3 de digestat et, entre deux et quatre, en phosphore et en potasse », livre l’agriculteur.

Qualité et quantité au rendez-vous

« Mon blé est à 14 % de protéine, alors que la moyenne est à 11,5 %. Le grain est plus riche. Si on l’utilise dans l’alimentation animale, on peut baisser la part de soja dans la ration », développe Jean-Frédéric. Il affiche aussi de bons rendements pour de l’agriculture biologique : l’an passé, en blé d’hiver, il a fait 70 q/ha, par exemple. Toutes ses cultures bio sont irriguées, faut-il ajouter. 2021 devrait être encore une bonne année, selon lui. Maïs, blé d’hiver, orge se partagent l’assolement : chacun un tiers. La seule difficulté de l’agriculteur, ce sont ses terres lourdes, qui ont du mal à « se reprendre », dit-il, si elles sont compactées : matériel le plus léger possible, large, pour éviter les passages de roues, et pneumatiques basse pression sont de mise. Un sol sec et bien ressuyé est une condition sine qua non à l’épandage. « C’est important d’enfouir vite le digestat, précise encore Jean-Frédéric Fritsch. On essaie de le faire dans la journée pour que les éléments nutritifs ne se volatilisent pas. » Puisqu'il traite le double de digestat par rapport au lisier, aujourd’hui, il estime que cela lui coûte plus cher : « il y a deux fois plus de matière à sortir ». L’éleveur ne vend pas le digestat. Le but est d’en épandre au maximum chez soi donc. Aux preneurs voisins, il demande une participation au m3 épandu pour le matériel d’épandage mis à disposition et les contraintes liées au process pour les preneurs bio.

 

À revoir :

 

 

EARL Mehn à Pfulgriesheim

Plaisir partagé

Cultures

Publié le 02/05/2021

Dans le Kochersberg, l’EARL Mehn est connue pour ses asperges et ses cultiv’acteurs. Michèle et ses parents, Évelyne et Jean-Pierre, ont particulièrement développé la culture spéciale depuis 2014 et l’arrêt du tabac. Tous trois brûlent aussi les planches. Les septuagénaires ont commencé à jouer en 1983, au théâtre alsacien, à Pfulgriesheim. Michèle a suivi dès l’enfance, elle joue encore aussi au Théâtre alsacien de Strasbourg (TAS) mais a quitté le cabaret satyrique de la Choucrouterie en 2008, après cinq saisons, à la naissance du premier de ses deux garçons.

Sur 53 ha, les Mehn (Michèle est exploitante depuis 2010, Évelyne, salariée, et Jean-Pierre, associé non-exploitant) produisent du maïs sur 16 ha, du blé sur une dizaine d’hectares, de la betterave sucrière sur 7 ha, des asperges sur 5,5 ha (seule culture irriguée, au rendement de 4 t/ha), des pommes de terre sur 80 ares (20 t/an environ) et entretiennent un verger de 10 ares (2 000 bouteilles de jus de pommes).

Mais Michèle, titulaire d’un bac technologique productions végétales obtenu au lycée agricole d’Obernai, cultive encore bien plus que cela. « J’ai semé des radis, parce que nos clients en veulent et ils veulent qu’ils soient de chez nous. On a développé le magasin à la ferme et la vente en direct dans une cabane pour leur faire plaisir et nous faire plaisir. C’est un bonheur de leur proposer ce que nous, nous aimons, et ce qu’ils aiment aussi. En été, je vends des tomates de serre (1,6 t/an), parce que celles qu’on trouve en supermarchés sont rarement aussi bonnes. Je propose aussi des courgettes quand on en a trop pour notre consommation personnelle. Je ne gagne pas grand-chose avec ces fruits et légumes mais je ne vois pas ces productions comme un travail. Les clients sont exigeants et apprécient qu’on prenne soin d’eux », livre Michèle Mehn. En hiver, la mâche côtoie le jus de pommes et les pommes de terre (qui sont disponibles toute l’année) : toujours le souci de bien manger et de partager les bonnes choses. « Quand on est là, on sort le panneau. Les gens savent qu’ils peuvent s’arrêter », précise Michèle.

Succès fou

La vente directe s’est amplifiée avec la multiplication par trois du nombre d’hectares dédiés aux asperges, au fur et à mesure des sept dernières années. La culture à valeur ajoutée de la ferme était en partie vendue, avant 2018, à la coopérative d’Hoerdt. Aujourd’hui, presque tout part sur les étals des Mehn. Seul le quart de la production est vendu à un grossiste, la Sapam. La cabane de Michèle est installée entre Niederhausbergen et Mittelhausbergen actuellement, puisque plus aucun agriculteur de ces villages ne produit d’asperges. À l’été, elle regagnera le cœur de Pful’.

 

 

 

En place ! Asperges blanches et vertes , ? et rhubarbe. De 14h30 à 18h En face du cimetière de Mittelhausbergen

Publiée par Ferme Mehn Asperges d'Alsace sur Lundi 26 avril 2021

 

 

Cette année, les températures fraîches n’aident pas les tiges blanches à pointer. Il est encore trop tôt pour voir exposées les neuf sortes d’asperges que Michèle adore présenter. Il y a les très grosses, les grosses, les fines, les très fines, les moyennes, les vertes, les fleuries… Elles peuvent être épluchées. « Ça demande beaucoup plus de travail mais c’est beau à voir et les gens peuvent choisir, panacher », ajoute Michèle, soucieuse de les chouchouter. À partir de 17 h, la cour de la ferme Mehn ne désemplit pas. On vient de loin pour leurs asperges qui sont vendues, pour le moment, à perte ! « Vu le nombre de kilomètres qu’on marche pour ramasser un kilo, cette mi-avril, on devrait le vendre 15 euros. Mais je me mets à la place des clients et on n’ira pas au-delà de 10 €/kg pour les grosses », déclare Michèle.

Elle n’amortira jamais la calibreuse achetée en Allemagne, au début des années 2010 : une machine dont s’équipent généralement les exploitations qui ont 30 ha d’asperges. « Je voulais ça, tonne-t-elle en montrant l’engin hyper perfectionné. En pleine saison, on peut vendre jusqu’à 400 kg d’asperges par jour. Je passais mes journées à calibrer à l’œil et à la main ! Maintenant, je suis libérée de cette tâche. Je n’ai pas calculé : c’est ce qu’il me fallait. » « C’est un confort. La personne qui s’offre une belle voiture ne l’amortit pas non plus », compare son père.

L’an passé, il a été agréablement surpris par la clientèle et la main-d’œuvre. Les produits frais et locaux ont eu un succès fou avec le Covid-19, et les jeunes au chômage partiel étaient motivés à travailler dans les champs. En 2021, les Polonais sont revenus et il est un peu tôt pour comparer les deux saisons. Mais tout ce que Michèle met en vente part. Hormis les fraises (d’Agathe à Vendenheim) et la rhubarbe (de Denis Schaeffer à Duntzenheim), Michèle Mehn ne vend que ses produits maraîchers. « Je ne pratique pas l’achat-revente. C’est un autre métier. Je ne suis pas un magasin », juge-t-elle.

Par contre, elle propose du jambon (de Riedinger Balzer) et du vin blanc (de la Cave du Roi Dagobert) pour accompagner leurs asperges, ainsi que la mayonnaise élaborée par Alélor pour célébrer les 30 ans de l’association des producteurs d’asperge d’Alsace. « C’est notre période préférée, à tous, assure Michèle. C’est la plus dure, la plus éprouvante. On peut travailler sept jours sur sept, pendant deux mois. Mais avoir un bon produit et en être fier, c’est une satisfaction. »

 

 

 

A la ferme en ce moment *: * et aussi ?**, radis**jus de ? , ?, confitures ** encore en quantité limitée.... à cause du froid.

Publiée par Ferme Mehn Asperges d'Alsace sur Vendredi 16 avril 2021

 

 

Suivre ses envies

L’EARL Mehn ne compte que 53 ha mais Michèle travaille aussi les terres de deux doubles actifs : André Jacob, directeur de la Chambre d’agriculture Alsace et maire de Pfulgriesheim, et Gérard Duringer. Ce sont 120 ha au total que Michèle laboure chaque année. « On a regroupé toutes nos parcelles. On est organisé comme si c’était une seule exploitation. Je ne préviens plus forcément, quand j’entreprends un chantier », observe Michèle Mehn. Échanges de bons procédés et prestations de service : chacun y trouve son compte. André sème la betterave et plante le maïs pour tous. Michèle, le blé.

Opérée du dos l’an passé, elle a été privée de tracteur douze mois consécutifs. « J’ai eu un choc quand j’ai repris le volant ! Positif. Comme j’étais bien ! J’adore la scène mais rouler en tracteur me rend plus heureuse encore », s’exclame l’exploitante. Une passion transmise par ses parents et grands-parents qui ne touche pas (encore ?) Samuel ni Antoine, 13 et 10 ans. « Pourquoi vous faites quelque chose d’aussi difficile, m’avait demandé le plus grand de mes fils, lorsqu’il avait 2 ou 3 ans. Ça ne les intéresse pas et ils voient les machines plus comme un danger qu’autre chose », constate Michèle Mehn. Elle encourage leur liberté. « Ils feront ce qu’ils ont envie. Je prends toujours tout comme ça vient. Je vis au jour le jour. Je m’adapte aux évolutions. Ce n’est pas très sage mais ça m’a toujours réussi. J’aime me laisser surprendre », dévoile Michèle, confiante.

Agriculteurs et sapeurs-pompiers volontaires

Le feu de la passion

Vie professionnelle

Publié le 12/04/2021

« Mon père, Jean, m’a transmis la passion. Il a passé 45 ans au sein de la section des SPV d’Ebersheim. Petit, je l’aidais à se préparer quand, la nuit, il partait en intervention », se souvient Gautier Kempf, les yeux pétillants. Le jeune homme confie avoir toujours été le premier à courir pour aider quelqu’un à se relever. Rendre service, être présent pour une personne dans le besoin sont ses moteurs. « Le gros changement, à la maison, a eu lieu quand on a été deux à partir en opération », enchaîne l’étudiant de BTS au lycée agricole d’Obernai, qui aide à l’élevage d’Ebersheim dès qu’il le peut. Son papa, sexagénaire, a raccroché le casque de pompier récemment mais il n’a pas encore lâché la fourche. Gautier, qui aura 20 ans dans quelques semaines, a signé son contrat d’engagement fin 2017. Jeune sapeur-pompier (JSP) depuis ses 12 ans, il est devenu SPV à 16 ans… comme son paternel.

Chez les Kretz, à Osthouse, l’engagement au sein des SPV est aussi une histoire de famille. Pierre-Paul, 26 ans, a suivi les traces de son père Dominique, la cinquantaine fringante ; tout comme sa sœur, Sophie. Et les conjoints des enfants Kretz sont aussi engagés. « On mange pompier, on dort pompier. Ils sont tous pompiers ici, sauf moi », plaisante Agnès, l’épouse de Dominique, qui travaille dans une maison de retraite. L’aide à la personne, ils l’ont chevillée au corps. Dominique fête sa 35e année de SPV en 2021. Pierre-Paul est SPV depuis ses 18 ans. Il n’était pas JSP. Bien qu’il assistât aux manœuvres à 10 ans et y jouait parfois les victimes, il n’a pas adhéré à l’association, peu développée à l’époque à Erstein. Mais quand sa bande de copains, avec qui il cueillait le tabac pour son papa chaque été, a commencé à se disperser, Pierre-Paul et trois de ses amis se sont engagés. Avoir l’esprit d’équipe - l’esprit de corps, dit-on, à raison - est primordial pour une bonne coordination.

Nourrir et secourir

Seul sur l’exploitation, à 23 ans, Dominique était heureux de rompre la solitude, de retrouver une ambiance de franche camaraderie, tout en étant utile à ses concitoyens. « Les pompiers, c’est comme une assurance ou l’irrigation. Faut les avoir mais ne pas en avoir besoin », lâche-t-il. S’il est toujours engagé, à 58 ans, c’est aussi pour l’adrénaline. « Chaque feu est autre, différent. On ne sait jamais ce qu’on va trouver », insiste-t-il. Aujourd’hui, le secours à la personne prévaut. Pierre-Paul, son fils, qui sait conduire le véhicule ambulance, est plus sollicité. Dominique Kretz et lui travaillent ensemble sur la ferme qui produit des céréales et des légumes. D’un signe, ils se comprennent, comme les Kempf. Le plus âgé sait quand il doit prendre le relais sur l’exploitation. « On s’engage par passion. On a la fibre ou pas », résume Dominique pour deux.

« Les SPV, c’est passionnant et prenant… comme le métier d’agriculteur ! », s’exclame Clément Mathis, éleveur laitier installé en individuel à Seebach, depuis trois ans. Il a repris la ferme de ses beaux-parents. Avant, il travaillait au contrôle laitier. Il a démarré son engagement de sapeur-pompier à la section de Stotzheim, à 17 ans. Il s’y était engagé avec un copain, « pour aider et secourir la population locale » et « participer à diverses opérations ». Lui aussi voulait intégrer une équipe « soudée ». Son grand-père était agriculteur et pompier mais il n’a pas le souvenir de l’avoir vu partir en intervention. Il se souvient de son oncle, SPV, mais ne pense pas qu’il l’ait motivé. Clément a demandé sa mutation aux SPV en 2018, pour continuer son engagement dans le nord de l’Alsace, et s’intégrer plus facilement à la vie du village. Il est le seul agriculteur du corps, à Seebach. À Osthouse, ils sont deux. À Ebersheim, aussi. Comme les Kempf et les Kretz, il est heureux de nouer des liens avec des personnes extérieures au monde agricole et de donner une bonne image de son métier.

Disponibles

Les agriculteurs sont précieux aux pompiers. Il y a encore quarante ans, ils constituaient l’essentiel des sections. Aujourd’hui, s’ils sont plus rares, c’est qu’ils sont, d’une part, moins nombreux dans la profession et, d’autre part, que l’engagement est « sérieux », souligne Gautier Kempf. Les trois semaines de formation préalable à la première sortie en opération et une formation annuelle de quarante heures minimum pour rester au niveau en dissuadent plus d’un. Sans compter les interventions. « Plus d’une fois, j’allais à un carnaval quand le sélectif a sonné. Le carnaval attend ! », conclut le jeune qui a un sens accru des responsabilités. Dominique Kretz le conçoit ainsi : « Le temps accordé aux SPV est du temps pris sur la famille. » Les jours de garde ou d’astreinte, il faut être sur le qui-vive, fête ou pas ! Aujourd’hui, une application de gestion sur smartphone permet de signaler ses désistements et de se faire remplacer, mais les Kretz ne l’utilisent qu’en cas d’urgence au boulot, disent-ils. « Si la récolte dure plus longtemps que 19 h, un vendredi soir, tu n’es pas obligé de t’arrêter », illustre Pierre-Paul. D’autant plus que le soir, plus de SPV peuvent suppléer.

Le principal avantage d’engager des agriculteurs au sein des SPV est leur disponibilité dans la ville ou le village, la semaine, en journée. « En quatre minutes, je peux être à la caserne, après le déclenchement du sélectif, assure Gautier Kempf. Quand on sait que les chances de survie diminuent sept minutes après un arrêt cardiaque… » Il est bien sûr d’astreinte uniquement lorsqu’il est à la ferme. L’étudiant liste rapidement les atouts les plus évidents des agriculteurs SPV. « On connaît le village, les points d’eau, les petits chemins, les lieux-dits et les personnes. C’est un réconfort pour elles, ça les apaise. On ne fait pas toute la différence mais c’est déjà ça », estime-t-il humblement. Même son de cloche chez les Kretz et Clément Mathis. Le jeune éleveur de Seebach ajoute : « On a le contact plus facile avec les animaux. On sait comment les approcher s’ils sont apeurés lors de captures. Jamais de face et il faut être prêt à ce qu’ils réagissent brusquement. » Si le feu gronde, par contre, Dominique Kretz le répète : « Les animaux paniquent. Tu leur ouvres et tu les laisses partir. Puisqu’ils représentent un danger, c’est bien de les contenir ensuite, mais seulement si c’est possible ! Ils peuvent casser des barrières. »

« On a la connaissance de ce qui se trouve sur une exploitation : les stocks de fioul, le local à produits phytos (les engrais à forte teneur en nitrate d’ammonium sont explosifs, par exemple, N.D.L.R.) », pointe Pierre-Paul. Gautier et lui témoignent volontiers en formation. Les deux passions sont « complémentaires, mentionne Gautier. Et on ne compte pas nos heures. » Les agriculteurs SPV sont donc aussi pourvoyeurs d’idées de situations accidentogènes et de lieux de manœuvres originaux. La ferme des Kretz, à Osthouse, a déjà été le théâtre d’opérations. Pierre-Paul y a appris à manier la tronçonneuse et à y garer les tracteurs : « J’ai la notion des gabarits », constate-t-il. Encore un plus, par rapport à d’autres. Il sait aussi « ne pas se griller ». « On sait maîtriser l’effort, argue-t-il. Ce métier d’agriculteur, physique, nous entretient et nous permet de switcher. Après une intervention difficile, si on travaille, on a l’esprit occupé. Et, le soir, on est tellement KO que ça passe peut-être plus vite. »

Attentifs

En tant qu’agriculteurs, que gagnent Gautier, Clément, Pierre-Paul et Dominique à avoir intégré les corps de SPV ? « C’est une grande famille, confie Dominique Kretz. Les autres pompiers sont toujours là pour vous, même en dehors du service. » Cette cohésion ravit les jeunes aussi, qui ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges sur le suivi du STIS 67, en cas de coup dur. Ils ont déjà tous été confrontés à la mort. « On peut parler à un psy », rassure Clément. « À la fin d’une intervention, on discute, on débriefe. On voit des choses lourdes. C’est important d’en parler, de s’en libérer. Nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes. Nous sommes suivis », affirme Gautier. Et physiquement aussi ! « Si je suis apte pour les pompiers, c’est que je suis en bonne santé, dixit le médecin de la MSA », se réjouit Dominique.

Tout comme son père, Pierre-Paul Kretz est pragmatique. Ce que les SPV leur ont appris et qu’ils réutilisent volontiers sur la ferme, c’est à charger les batteries d’un véhicule en journée, parce qu’il y a un risque d’explosion et que la surveillance et l’intervention sont alors plus faciles. Ils ont aussi fait attention à bien placer les extincteurs et, bien sûr, ils savent s’en servir. Clément abonde. Il est d’autant plus sensible à cela que ses hangars sont pleins de paille et de foin. Dominique voit un autre bénéfice à être SPV et de garde, le week-end : « On sait qu’on doit couper avant le vendredi soir, à 20 h. On stoppe le boulot. Et ça nous change les idées ! On est en contact avec des personnes d’autres horizons. » Les gestes barrières contre le Covid-19, ils ont aussi été les premiers à y avoir été formés. « On se remet en question dans notre vie de tous les jours, grâce aux SPV », résume Pierre-Paul. « L’anticipation, synthétise Gautier Kempf. Anticiper le bon comme le mauvais car on n’est jamais à l’abri d’une tuile, j’ai aussi acquis cette faculté grâce aux pompiers. Je n’aurai jamais de doute : j’ai bien fait de m’engager. »

 

 

Sève de bouleau

Une production qui monte

Cultures

Publié le 24/03/2021

Une petite cure de sève fraîche de bouleau permettrait de nettoyer l’organisme. Forts de leurs connaissances, Myriam Raoux et Christian Mallo ont commencé, il y a dix ans, en Alsace, à récolter le précieux suc. « 100 % locale, 100 % naturelle, 100 % fraîche », affiche le site internet de leur entreprise Sève’up. La sève est labellisée bio, précise Myriam. Elle est pure. Les trois litres sont vendus entre 25 et 35 euros, environ, selon qu’ils sont destinés à des magasins ou à des particuliers… et sur réservation uniquement ! « Nous n’avons pas de stock. La sève fraîche a une DLC de six semaines. Elle se conserve au frais, entre 2 et 4 °C », explique Myriam. Le printemps est donc une grosse période pour Sève’up, qui travaille en flux tendu. C’est Christian qui est à la manœuvre, en forêt. Myriam, à la logistique commerciale, raconte leur histoire et la récolte, pas à pas.

« Quand j’étais petite, nous allions en vacances, en Ariège. Le paysan voisin récoltait de la sève de bouleau, au printemps, pour sa consommation personnelle. Nous avions goûté », se souvient, depuis son bureau à Wilshausen, Myriam. Christian, lui, a découvert cette production saisonnière en Ukraine, lors d’un voyage. Depuis 2012, ils récoltent et vendent de la sève fraîche de bouleau en Alsace. Aujourd’hui, une centaine de magasins spécialisés et bio de la région commercialisent leurs poches, aux alentours de 39 euros : une réelle success story.

C’est du boulot !

Avant tout, il faut demander aux autorités la permission d’exploiter les bouleaux en forêt. « On verse une redevance », relève Myriam. En 2019, la sève de 1 500 arbres était prélevée. Depuis 2020, 3 000 arbres sont « troués ». Myriam et Christian souhaitent garder l’emplacement de « leurs » sites secrets. « Ils sont au cœur des forêts d’Alsace », lâche juste Myriam. Au début de l’aventure, Sève’up avait organisé une visite. S’en était suivi le vol de leur matériel de récupération, beaucoup de seaux : « une grosse déception » et une perte pour les acolytes qui avaient à cœur de partager leur savoir-faire.

La récolte de la sève de bouleau est journalière. Elle démarre en février ou en mars, selon la météo. Mi-mars est la période normale, d’après Myriam. Cette année, la récolte a débuté le 10 mars. Elle dure entre quatre à six semaines, tant que la sève n’a pas atteint le sommet de l’arbre, qu’il ne bourgeonne pas. Après, la sève s’épaissit et arrête de couler. « C’est la nature qui décide, souligne Myriam Raoux. On ne force pas l’arbre. On ne le brusque pas. Il va donner ce qu’il n’utilise pas pour sa propre consommation, son développement. » Les récoltants percent un petit trou, d’un centimètre de diamètre, environ, dans l’écorce du bouleau. Y est inséré un tube alimentaire, qui permet à la sève de se déverser dans un seau hermétique. Tout est réalisé en circuit fermé : aussi pour le filtrage et le conditionnement. « On vide les seaux tous les jours. Parfois, on récolte un verre, un fond de seau ; d’autres matins, jusqu’à deux litres ! », confie Myriam.

Volume et surveillance

Le procédé est très simple, admet-elle. « Plein de personnes récoltent dans leur jardin, ajoute Myriam. Mais il faut tenir compte de la qualité des sols aussi, si on veut une sève vertueuse. » Celle de Sève’up est analysée en laboratoires, puisque c’est un produit alimentaire ; non pasteurisé, de plus. « On ne récolte qu’un an sur deux », insiste la quinquagénaire. Le repos de l’arbre est primordial pour Christian et elle. En 2020, stoppée par la crise sanitaire, la récolte n’a donné que 6 000 litres. En 2019, alors que moitié moins d’arbres étaient prélevés, 16 000 litres de sève avaient coulé.

Quand la source se tarit, « on enlève le tube et on ferme le trou. On le bouche avec une petite branche de l’arbre pour qu’il n’y ait pas de rejet. On réalise le pansement avec un mélange de sève, de terre et d’argile verte, pour qu’il n’y ait aucun interstice par lequel des parasites pourraient passer », développe Myriam. L’opercule va sécher puis se désintégrer. Christian reste vigilant pendant plusieurs semaines après. Ils ne sont pas reconnus agriculteurs. Et pour cause, si deux tiers de leurs revenus proviennent de Sève’up, un tiers résulte des formations en géobiologie (ou sourcellerie) qu’ils dispensent. Christian est aussi magnétiseur.

Sève’up finance d’ailleurs l’association géobiologie environnement habitat santé (AGEHS), fondée par Christian, qui vient en aide aux personnes électro-hypersensibles, puisque cette nouvelle pathologie, reconnue par l’OMS, n’est pas prise en charge en France par la Sécurité sociale. Un peu plus d’un dixième du chiffre d’affaires de l’entreprise (15 000 euros sur 120 000) a été reversé à l’association en 2019.

« Le risque zéro n'existe pas »

« La sève de bouleau s’acidule lorsqu’elle entre dans sa phase de fermentation, ce qui n’empêche pas sa consommation. Elle est drainante car diurétique, reminéralisante, et c’est un salicylé, c’est-à-dire qu’elle aurait les mêmes propriétés que l’aspirine, anti-inflammatoires et antalgiques. Elle pourrait donc être préconisée contre les rhumatismes. Mais on la déconseille aux personnes allergiques à l’aspirine et, bien sûr, au bouleau, même si ce sont les graminées de l’arbre qui provoquent les allergies. Le risque zéro n’existe pas. Il faut être vigilant. Et, dans tous les cas, consulter son médecin, si on a le moindre doute », conseille Myriam Raoux.

Une cure dure en général trois semaines. Six litres sont alors nécessaires. Certains adeptes appliquent aussi la sève de bouleau sur leur peau - L’Oréal en utiliserait pour composer une crème de jour - ou leurs cheveux - elle favoriserait la pousse. « Mieux vaut la boire quand même, préconise Myriam. C’est un produit à la mode, qui a tendance à se développer. Il est important de bien vérifier l’origine de la sève de bouleau. » Rares sont les producteurs qui la proposent en frais, d’autant plus si elle vient des pays de l’est de l’Europe.

 

 

 

Comme à chaque printemps la société sève’up commercialise la sève de bouleau fraiche bio d’Alsace . La saison s’étale...

Publiée par Christian Mallo sur Lundi 22 février 2021

 

 

 

 

Fermes ouvertes

Des étudiants élaborent un kit de com’ pour les agriculteurs

Pratique

Publié le 14/03/2021

Comment présenter sa ferme, ses productions, à un enfant de 6 à 11 ans ? Andrea Dambacher, Gautier et Valentin Kempf, élèves de BTS Acse, à Obernai, créent des fiches récapitulatives à l’attention de tous les agriculteurs qui participent et participeront à l’opération Fermes ouvertes. Parce qu’encore trop de potentiels volontaires se censurent, faute de connaissances pédagogiques, ils leur proposent même des idées d’activités à réaliser avec les classes en visite sur les exploitations.

« La vache boit 3 l d’eau pour produire 2 l de lait » ; « le maïs est récolté en septembre pour l’ensilage à donner aux vaches », « il sert aussi à fabriquer du papier » ; « au printemps, on nourrit les blés » ; « les bovins dont la viande est consommée peuvent manger jusqu’à 60 kg par jour » : autant de savoirs basiques, de phrases simples, qui parlent aux écoliers. Pour eux, les trois jeunes de 20 ans préparent des affiches illustrées.

L’idée de ces supports de communication pour l’opération nationale Fermes ouvertes revient à la FDSEA et aux JA du Bas-Rhin. Ils ont sollicité les étudiants, parce qu’ils sont souvent plus proches des enfants et de leurs préoccupations que les adultes qui sont déjà sortis du cursus scolaire, et parce que les syndicats veulent renforcer le lien entre les futurs jeunes agriculteurs et les actifs, les impliquer.

 

 

 

⚠️ Ferme ouverte - Nouvelle version ⚠️ Lancement des Fermes ouvertes aux scolaires au mois de MAI 2021 ❗️ Pour cause...

Publiée par FDSEA du Bas-Rhin sur Vendredi 5 mars 2021

 

 

Attirer des céréaliers

Les parents d’Andrea et de Gautier, respectivement à Pfalzweyer et Ebersheim, ont déjà accueilli des classes dans leurs élevages. Tiré de ces expériences, l’atelier interactif et ludique de création de beurre, à partir de crème dans un flacon qu’on agite, a été retenu par les étudiants pour être proposé aux enfants. La famille de Valentin, aussi à Ebersheim, n’a pas encore ouvert ses portes aux groupes scolaires. Comme beaucoup de céréaliers, elle avait peur de ne rien avoir à montrer. Pourtant, rappelle Johanna Trau, installée aussi à Ebersheim : « les enfants aiment les machines, les tracteurs ». L’éleveuse, aux JA du canton de Sélestat, aide les étudiants à orienter leur projet. Elle est sortie diplômée d’un BTS Acse, en 2014, du lycée d’Obernai.

« Sur 70 exploitants qui accueillent aux Fermes ouvertes, seuls trois sont céréaliers. Nous souhaitons renouveler les secteurs et les productions, chercher aussi des maraîchers. Autour des plantes, il y a une foule de savoirs et d’activités à proposer : comment se cultivent-elles ? à quoi elles ressemblent ? etc. », développe Johanna. Les agriculteurs peuvent placer des graines ou autres, dans des boîtes, et demander aux écoliers de les reconnaître, à l’aveugle, après leur avoir montré. « On a repris tout ce qui se cultive et s’élève en Alsace », assure Gautier.

En 2021, les Fermes ouvertes… en classe !

« Les enfants sont toujours ravis des deux heures et demie qu’ils ont passées chez nous, témoigne Tania, sa maman. On reçoit des dessins et des lettres, en retour. Les parents accompagnateurs aussi repartent avec le sourire : ça change les mentalités. C’est un beau moment de partage. » L’opération Fermes ouvertes est gratuite, non rémunérée. « C’est un premier pas dans les fermes », cadre Johanna. Sur la centaine de classes qui s’inscrit auprès de la FDSEA du Bas-Rhin, chaque année, plus du tiers vient de la ville.

Cette année, comme l’an passé, l’accueil sur sites est annulé, à cause du protocole sanitaire en vigueur, extrêmement contraignant, et du plan Vigipirate. Mais l’opération n’est pas supprimée ! Mi-mai 2021, les agriculteurs sont invités à investir les salles de classe. Vidéo sur l’agriculture alsacienne à l’appui, ils pourront parler de leur métier, de leur exploitation… avec leurs mots mais aussi des objets, des photos. Une trentaine d’échanges devraient avoir lieu, ce printemps. « Nos fiches sont intemporelles », précise Gautier, pour se motiver, malgré des Fermes ouvertes 2021 de moindre envergure. Les professeurs des écoles reçoivent depuis longtemps, eux, un livret pédagogique pour accompagner la découverte. Fabien Bauer d’Eckwersheim, à la FDSEA 67, est aussi engagé dans ce projet de communication positive qui vise aujourd’hui à faciliter la tâche aux exploitants.

Arboriculture fruitière

Le retour en grâce de l’irrigation ?

Technique

Publié le 06/03/2021

Les sols alsaciens retiennent bien l’eau, puisqu’ils sont, en règle générale, limoneux ou argileux. Mais les déficits hydriques de juillet, qui ont cours depuis quatre ans, sont tels qu’ils pénalisent quand même les arbres fruitiers, comme ils pénalisent le maïs ou d’autres grandes cultures. Alors que 80 % des vergers alsaciens ne sont pas irrigués aujourd’hui, d’après Philippe Jacques, conseiller spécialisé en arboriculture fruitière à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), le recours à l’irrigation est de plus en plus envisagé. Au Verexal à Obernai, Philippe Jacques et Hervé Bentz, responsable de la station, pensent la remettre en route. Ils y avaient recours, il y a une vingtaine d’années, jusqu’à ce que la pompe rende l’âme. La pluviométrie étant alors plus favorable et les producteurs n’irriguant pas dans leur majorité, ils se sont passés d’eau, pour être au plus près de la réalité alsacienne. Mais aujourd’hui, l’objectif est de réactiver le puits, confie Hervé Bentz, pour irriguer dès cette saison ou dès la prochaine. « On ne sait pas si on doit tailler plus sévère, moins sévère. L’an passé, on a taillé plus fort les quetschiers et moins les mirabelliers. À Innenheim, où la capacité hydrique des sols est plus grande, nous avons eu de beaux lots en quetsches », apprécie Philippe Jacques. À Obernai, le résultat a été bien moins satisfaisant (lire encadré).

Premier anthonome du pommier

En ce début mars, « on est dans la période mi-figue, mi-raisin ». Philippe Jacques file la métaphore fruitière. « On réalise un peu de taille, un peu de protection phytosanitaire, un peu de plantation et du travail administratif », détaille le conseiller. C’est l’observation qui prime, en cette fin d’hiver. Les abricotiers et les pêchers devraient être en fleurs dans les prochaines semaines. À Obernai, les quetschiers ne fleurissent pas ; il n’y aura donc pas de fruits cette année. Il faut surveiller l’arrivée des maladies et des ravageurs. Stéphanie Frey, conseillère agricole à Fredon Grand Est, a repéré le premier anthonome du pommier, lundi 1er mars, alors que les pommiers ne sont qu’au stade « pointe verte » ou stade B. « C’est le début du risque, prévient Stéphanie Frey, surtout dans les parcelles où sa présence est détectée historiquement. Il est un peu tôt pour voir ce ravageur secondaire, qui pond dans les bourgeons floraux et les mange ensuite de l’intérieur, empêchant la floraison. Cela peut être un éclaircissage naturel mais c’est un pari dangereux dans les parcelles peu chargées. »

Taille des pruniers avant floraison

Les psylles commencent à pondre. Au Verexal, pour éviter ces piqueurs et des pucerons, les poiriers sont recouverts d’argile. La femelle psylle est désorientée par cette couche minérale ; elle pondra moins. « Dès qu’ils le peuvent, les arboriculteurs en conventionnel utilisent des produits homologués en bio. Les vergers sont tout blancs, c’est impressionnant », remarque la conseillère. Puisqu’il gèle, les matins, les stades végétatifs n’évoluent pas très vite, ajoute-t-elle. Les arbres ne sont pas en avance cette année, contrairement à l’an passé. La taille des arbres donnant des fruits à pépins est terminée. Philippe Jacques taille les pruniers. « Il convient de garder le masque de végétation au centre des arbres pour que les branches principales aillent vers l’extérieur. Il s’agit d’ouvrir le plus possible », conseille-t-il, entre deux coups de sécateur. Pour qu’une branche « tombe », pousse vers le bas, qu’elle soit souple, on n’y touche pas. « Si tu veux qu’elle durcisse, tu l’épointes », enchaîne le conseiller.

Les abricotiers, les pêchers et les cerisiers se taillent, eux, pendant la floraison, quand la sève est déjà dans la branche car les bactéries, à ce moment-là, ne peuvent pas pénétrer les plaies de taille. La sève les éjecte. Les pruniers, que ce soient les mirabelliers ou les quetschiers, sont assez forts pour supporter la taille avant floraison : ces arbres peuvent se défendre, rappelle Philippe Jacques. Quelle est la particularité des prunes en Alsace ? La filière est organisée autour des vergers familiaux, relève le conseiller de la Chambre, au détour de la conversation. Sur 670 ha de pruniers, 150 seulement sont des vergers professionnels. 80 % des producteurs de prunes sont donc des amateurs. Tous confondus, ils sont 11 000 (8 000 dans le Haut-Rhin et 3 000 dans le Bas-Rhin) à être dans les prunes.

 

Ce n'est pas la neige qui revient au Verexal, ni le givre ! Nos poiriers ont revêtu un habit blanc composé d'argile dans...

Publiée par Verexal Obernai sur Lundi 22 février 2021

 

Lutte antigel

« Il va falloir préparer la lutte antigel, s’interrompt Philippe Jacques, réviser les moteurs, sortir les bougies, des machines à gaz. La lutte contre les maladies fongiques débute aussi. » Il confirme les dires de Stéphanie Frey : les mêmes produits sont utilisés dans les vergers écoresponsables et bio. Le cuivre et le soufre sont interdits durant la période florale, jusqu’à la chute des pétales. Les pommiers sont au début du stade de sensibilité à la tavelure. Il y a 500 ha de pommiers, en Alsace, dont 22 % environ sont conduits en bio. Pour que les feuilles de rosette soient sensibles à la tavelure, il faut entre huit et dix heures d’humectation. Jusqu’à 12 °C, le cuivre et le soufre sont efficaces pour éviter le champignon. Philippe Jacques cherche aussi les pucerons cendrés dans les pommiers : les fondatrices des colonies, particulièrement. « Ils piquent les jeunes fruits qui ne prennent plus de calibre ensuite », avertit le conseiller. Si les conditions climatiques le permettent, les traitements interviendront aux alentours du 10 mars. Sur les pruniers, Philippe surveille le puceron vert… qui sort, lui, en même que les épines noires : invariablement.

Marie-Noëlle et Jean-Jacques

Éternels adolescents

Élevage

Publié le 11/02/2021

« On s’est rencontré à 17 ans, au lycée agricole d’Obernai, en 1ère bac techno sciences et techniques, spécialité productions animales », commence à raconter Jean-Jacques Muller. « C’est lui qui m’a draguée », balance Marie-Noëlle, dans un éclat de rire. Et ça a mis quelques mois à aboutir, cette drague, confient-ils. À l’époque, c’est sûr, les internats sont bien gardés. Pas de visite nocturne ! Alors, comment Jean-Jacques a séduit Marie-Noëlle Wendling, de son nom de jeune fille ? « Il prédisait l’avenir. Il se voyait aujourd’hui ! » « Moi, je cherchais une femme pour le futur. Mon objectif était de trouver une personne qui me suive, après les études, parce qu’il était prévu que je reprenne l’exploitation de l’oncle célibataire. Je savais qu’une fois à Hirschland mes chances de rencontrer une jeune fille seraient minces. Et je cherchais une compagne capable de me seconder, sans que ce soit mon associée… puisqu’il y avait encore mon oncle », explique Jean-Jacques. Marie-Noëlle ne s’en offusque pas, au contraire. « Les filles d’éleveurs, on était très recherchées dans ces classes ! Si ça n’avait pas été moi, ç’aurait été une autre. Moi, je voulais travailler dans le para-agricole, pas être agricultrice. Et c’est ce qu’il s’est passé : j’ai travaillé quinze ans au contrôle laitier de 2007 à 2015, en Alsace et en Moselle. Et je donnais des coups de main sur la ferme », enchaîne Marie-Noëlle, originaire de Dauendorf.

Comme du p’tit lait

La production laitière, c’est leur point commun, leur rêve professionnel. Ils passent quatre ans ensemble, dans la même classe, jusqu’à la fin du BTS Acse (analyse, conduite et stratégie de l’entreprise) ; quatre ans durant lesquels ils côtoient les mêmes amis, chaque jour aussi. « Au lycée agricole d’Obernai, on entre dans une grande famille », dit Jean-Jacques. « Quand il foutait le bordel, je me faisais engueuler parce que je n’arrivais pas à le raisonner », s’amuse Marie-Noëlle. « Elle était sage, au premier rang », enchérit son mari. Tout se sait. Les élèves sont même parfois invités aux mariages des enseignants. Aujourd’hui, les Muller voient toujours leurs amis communs. « Et on était tous solidaires, se souvient Jean-Jacques, avec délectation. Si on décidait qu’on irait en cours à 9 h 30, même si le prof était là à 9 h, que pouvait-il faire ? On savait délirer mais, quand on se mettait au boulot, on y allait. Ils vont se marrer les potes du lycée, quand ils liront ça ! »

Une vision autoréalisatrice

Marie-Noëlle est devenue amoureuse du projet de Jean-Jacques, de reprise de l’exploitation de l’oncle, avec la moitié des surfaces en herbe, tout en développant le sien. Après le BTS, elle s’est formée en alternance, jusqu’à devenir conseillère élevage. Elle n’a jamais exercé sur leur secteur mais « tous les soirs, elle rentrait, et m’informait de ce qui réussissait ailleurs. C’était très enrichissant », déroule Jean-Jacques. « Mon but, c’était tout de même de me rapprocher d’ici », confie Marie-Noëlle. Le couple s’est marié en 2006. Il fêtera ses quinze ans de mariage, cette année, mais aussi leurs 40 ans, et les 20 ans de la fin du lycée. Leur premier enfant, Emma, est né en 2008 ; Victor en 2011, et Mathilde en 2015. Les Muller ont construit à côté de l’exploitation. « Puisque j’habitais à côté, je donnais des coups de main le soir. Exactement ce qu’il avait prédit. » Mais les journées de Marie-Noëlle sont longues, puisqu’elles commencent à 4 h et finissent après la traite.

Savoir et savoir-faire font la paire

En 2012, à la faveur du développement de la production laitière, avec Unicoolait, Marie-Noëlle intègre la ferme sur laquelle est installé son époux depuis 2003. Elle y travaille à mi-temps. En 2015, l’oncle de Jean-Jacques part à la retraite. Marie-Noëlle devient l’associé de Jean-Jacques en 2016. « Ça devenait une évidence, au fil des années, de rester sur l’exploitation, d’autant plus qu’il y avait les enfants. Au final, le rêve est devenu réalité », s’exclame-t-elle. Avec son expérience, c’est elle qui s’occupe intégralement de la gestion du troupeau. « Pendant quinze ans, elle a enseigné aux éleveurs comment obtenir la meilleure bonification. En 2020, on l’a eue. On a réalisé moins de 200 cellules, moins de 50 000 germes et moins de 800 spores butyriques, sur douze mois consécutifs. On a reçu une prime de 6 € aux 1 000 l de lait », développe Jean-Jacques. Cette bonne performance est aussi due à son travail aux champs. « C’est un travail commun. Je dois rentrer des fourrages sans terre. Elle fait attention aux mamelles des bêtes », énumère l’agriculteur. « Je surveille aussi l’installation de traite. Je veille à ce qu’il n’y ait pas de fromage », ajoute Marie-Noëlle. Le couple a mis en application tout le savoir de Marie-Noëlle.

La qualité au rendez-vous

« On arrive aussi à notre rythme de croisière, enchaîne Jean-Jacques. Sans acheter de bêtes à l’extérieur, on a développé notre élevage. On était borné à augmenter la production. Maintenant, on peut mieux se concentrer sur la qualité. » En 2003, la ferme produisait 340 000 l de lait, avec cinquante prim’holsteins, pures. En 2015, 780 000 l de lait, avec 100 laitières. Et en 2020, 1 150 000 l avec 130 VL ! Et toujours la même surface : 131 ha, dont la moitié en herbe. Les vaches ne sortent pas. « On a intensifié au maximum », note Jean-Jacques. Sur l’exploitation, chacun a son travail mais les décisions sont communes. « C’est vite réglé, si c’est bénéfique pour la ferme. Et, quand il y a besoin, pour le boulot, on s’entraide », précise Marie-Noëlle, qui est quand même à la comptabilité ce que Jean-Jacques est à l’entretien des machines : la seule intervenante. Mais tout cela aurait moins de sens s’il n’y avait pas les enfants, estime Jean-Jacques.

De futurs associés ?

Les Muller sont gâtés. Mathilde, Victor et Emma sont surinvestis. À table, le samedi midi, toutes les discussions tournent autour de l’exploitation. « Ils parlent avec nous comme s’ils étaient nos associés », se réjouit Marie-Noëlle. Emma connaît les numéros et les noms de chacune des vaches, ainsi que la filiation. Elle suit la reproduction, lit les notes du vétérinaire si elle est en classe le jour où il passe. Victor, lui, a des suggestions pour l’amélioration générale de la ferme. Il donne le lait aux veaux les week-ends. « Ça fait chaud au cœur. Ils se donnent à fond », constate Jean-Jacques. « Ils sont passionnés et se responsabilisent », observe Marie-Noëlle. Ils savent que l’argent a une valeur, assure la maman. « On va construire une nouvelle nurserie, glissent les parents, plus accessibles pour eux. » Ils tiennent aussi leurs promesses en matière de loisirs ou de cadeaux. « Les enfants nous rendent service. On le leur rend bien. Je pense qu’on a réussi notre couple quand on voit comment ils évoluent dans le domaine. Ça leur donne des bases, une rigueur, la notion du travail, même s’ils ne s’installent pas », remarque Jean-Jacques. À couple réussi, famille unie !

Vies de célibataires

Draguer en temps de Covid-19

Pratique

Publié le 11/02/2021

Être heureux seul…

« Je suis célibataire par choix », commence Alexis, la vingtaine. Depuis un an qu’il n’est plus en couple officiellement, il a eu le temps de se retrouver, de lire, de philosopher. « Le secret pour être heureux, c’est de pouvoir rester seul. J’ai appris cela au premier confinement. Si nous ne sommes pas heureux seuls, qui voulons-nous attirer ? », questionne-t-il. Lui est très heureux, assure-t-il. Il a poussé son raisonnement encore plus loin : « Est-ce obligatoire d’être en couple officiellement, de se montrer ? Être célibataire ou en couple, cela change quoi ? Pour qui, pourquoi nous obligeons-nous à vivre en couple ? » Le jeune homme surprend. « Je ne me vois pas vivre en couple, à deux. Je ne veux pas de mariage, pas d’enfant… pour l’instant ! C’est un rôle qu’on joue, qu’on nous attribue dans la société, et les relations exclusives renvoient à la notion de possession. C’est plus intéressant, plus respectueux d’être avec quelqu’un juste pour le plaisir d’être avec cette personne… et pas pour être présenté à la famille, aux amis, ni pour travailler sur la ferme. L’idéal pour moi est qu’on ait chacun nos vies et qu’elles nous plaisent. Je suis indépendant. Je souhaite que mes amies le soient aussi », avance le beau célibataire, cette déclaration d’amour à la liberté et à l’égalité des sexes ajoutant encore à son charme.

Plus prosaïquement, Antony, qui a le même âge, lâche : « Moi, je suis bien sur ma ferme. Je ne fais pas grand-chose pour chercher une compagne. J’attends que les salles, bars, restaurants rouvrent. Je préfère draguer en vrai. C’est mieux. On voit la façon dont la personne est : son langage physique, corporel, ce qu’elle émane. » Antony est un danseur. Son truc, ce sont les fêtes populaires, les bals, les soirées dansantes, avec orchestres, notamment à Dabo, en Moselle. L’été, y viennent jusqu’à 300 personnes ! « Je ne suis pas pressé, cadre Antony. Je passe de bons moments, seul, avec ma famille. Je travaille. Je suis content de ma vie. » Il n’a donc testé aucun site ni aucune application de rencontre en ligne, jusqu’à présent.

… ou même à deux…

Sébastien, quadra dynamique, est aussi célibataire, depuis un an. Il a choisi Facebook et ses groupes privés qui affichent la couleur (Les célibataires d’Alsace 67, Rencontres entre célibataires 30/55 ans du Grand Est, par exemple), espérant trouver l’âme sœur. Il enchaîne les rencontres mais fait souvent chou blanc. « 99 % des inscrits ne savent pas écrire et/ou ont des problèmes psychologiques. Je discute avec moins d’1 % des femmes sur la vingtaine de groupes que je fréquente virtuellement. J’opère un gros tri mais je n’y passe pas ma vie ! Je cherche une relation sérieuse. Les femmes que je rencontre aussi. Nous avons 40 ans. Si nous n’avons pas assez de choses en commun ou si elle ne veut pas déménager, parce que je suis attaché à la ferme, on arrête de se voir. On n’a pas de temps à perdre. Les groupes Facebook, ce n’est pas Badoo ! [Un site de rencontre en ligne, connu pour mettre en contact des personnes cherchant à avoir des relations sexuelles, N.D.L.R.] Même pour le plaisir, on ne se revoit pas », confie Sébastien. Lui souffre de la solitude. Il est conscient que les femmes qu’il rencontre n’ont pas forcément envie d’être en couple avec un homme qui travaille autant : « Des histoires s’arrêtent à cause de ça. Il faut qu’elle supporte ma vie. Je passe plutôt 70 h sur l’exploitation que 35. Mais je vais abandonner certaines cultures pour me libérer du temps », consent-il.

Sébastien est déjà tombé sur « une renarde » : « Une exploitante qui cherchait un ouvrier agricole, en fait ! Moi, je suis trop pinailleur et difficile pour travailler avec quelqu’un d’autre que mon père ! Je veux juste être avec une femme avec qui je suis bien. » Sébastien requiert surtout l’anonymat car, à l’instar des autres célibataires interviewés, il brave le couvre-feu. Attestation en poche ou pas, ils n’ont pas d’autres choix, pour retrouver leurs belles, que de sortir le soir ! Mais il y a une autre raison pour laquelle Sébastien souhaite préserver son intimité : « Je ne veux pas que les agences matrimoniales me sautent dessus ! » Il ne conseille pas aux agris célibataires d’aller sur les groupes Facebook… « Sinon j’aurais des concurrents ! » Il plaisante et ajoute : « Bien plus jeune, je sortais seul pour vaincre ma timidité. Ça m’a soigné. J’ai pris confiance en moi ». Avis aux agris réservés !

… ou plus ?

Arnaud Jamm, 20 ans, est le seul à témoigner à visage découvert. Ouvrier agricole polyvalent chez Ernest Hoeffel, à Walbourg, le beau gosse de Ringendorf est célibataire depuis neuf mois. Lui aussi compte sur les réseaux sociaux pour draguer : les siens ! C’est dans le réel qu’il a lié ses amitiés et a multiplié les contacts heureux. Il a donc un vivier, un carnet d’adresses, qu’il peut à tout moment dégainer, parce qu’« en ce moment, les seules rencontres que je fais, ce sont les veaux qui sortent de leur mère ». Handballeur au SRIB (Sport réuni Ingwiller Bouxwiller), qui évolue en première division départementale, il jouera le quart de finale de la Coupe de France, début avril, à Lyon. Il est aussi apiculteur amateur, avec son père. À eux deux, ils gèrent 140 ruches. Arnaud rêve de s’installer dans trois ou quatre années. En attendant, il cumule les heures sup’ chez Ernest. Le célibataire est bien occupé 60 heures par semaine, travail et « loisirs » confondus. « Je vis au jour le jour. Je ne cherche pas vraiment de petite amie, pour le moment. J’ai déjà à peine le temps de voir les camarades. En plus, ce n’est pas la meilleure période, maintenant. Et à mon âge, il faut s’amuser, profiter ! », pose-t-il. Arnaud cherche d’autant moins qu’il a déjà plus ou moins trouvé… « J’ai beaucoup d’amis, de connaissances, depuis le collège. C’est par leur biais que je rencontre des jeunes femmes. Ça se fait au feeling. Je ne multiplie pas les aventures. Quand on est accompagné des bonnes personnes, pourquoi s’embêter à en chercher de nouvelles ? », se livre-t-il. Un beau compliment pour ses amies. « Les coups d’un soir, c’est rare depuis le Covid-19. Je retrouve la même amie depuis quatre mois. Mais je ne suis pas amoureux ! Il y a une autre fille que j’apprécie énormément. On s’écrit tous les jours mais on fait un pas en avant, deux en arrière », confie Arnaud. Incompatibilité d’agenda oblige, les écrivains ne se sont pas vus depuis longtemps.

Alexis aussi s’épanouit avec deux femmes, aujourd’hui. Sans obligation, sans contrainte, sans finalité, sans engagement autre que celui d’être honnête, transparent. En cela, il se différencie d’Arnaud, qui espère une relation amoureuse exclusive. « Je suis passé par les sites de rencontre Tinder et OKCupid. Je n’avais jamais fait ça avant, raconte Alexis. Je reste plus friand des rencontres dans les bars, les soirées, les discothèques, chez des amis mais c’est compliqué, actuellement. Je me suis inscrit à la fin de l’été. Ma dernière relation s’était mal finie, en mars dernier. J’avais pris sur moi au premier confinement, passé l’été avec les potes. Puis, j’ai sauté le pas. Ça marche bien, les sites et les app’. Je pourrais « matcher » chaque semaine, voire plus. Mais je ne suis pas un serial lover. Je viens d’ailleurs de supprimer mes comptes. J’ai rencontré deux femmes avec qui je m’entends bien et ça me suffit. Dans 90 % des cas, d’ailleurs, ça ne « matche » pas tant que ça, au final. Il faut trouver des personnes avec qui on s’entend. Ce n’est pas évident. Et les coups d’un soir, j’estime que c’est trop de temps investi pour rien. Je ne cherche pas qu’à coucher. »

Ce romantique avait déjà testé l’union libre avec une ex-compagne, à la fin de leur relation. Il en tire cet enseignement : « On n’est jamais attiré par une seule personne, tout au long de sa vie. » Alexis ne s’interdit rien. Et ses partenaires, comment le vivent-elles ? « Si une femme s’attache et moi non, et qu’elle en souffre, nous nous séparons. Celles avec qui je partage de bons moments, aujourd’hui, sont sur la même longueur d’onde que moi. L’une est mariée et a des enfants. L’autre est asexuelle [c’est-à-dire qu’elle n’est attirée sexuellement par personne, N.D.L.R.]. Ce n’est pas la débauche. On a d’autres occupations dans nos vies encore. Pour moi, ces relations multiples, c’est une manière de se simplifier la vie », explique Alexis. Il regrette d’avoir perdu autant de temps à se prendre la tête (le cœur) avant. « On s’offre des cadeaux si on veut, quand on veut. Il n’y a aucun impératif. Si j’oublie l’anniversaire de l’une d’elle, aucun problème. On ne s’impose rien », insiste Alexis. Le couple idéal, selon lui ? Sartre et de Beauvoir. Est-ce qu’il dit à ses amies qu’il est agriculteur ? « Faut pas le dire si tu veux draguer ! Entre les idées reçues et les sujets qui fâchent, t’es pas aidé. Et ce n’est pas plus mal de ne pas le dire : au moins, on montre qu’on sait parler d’autres choses que de tracteurs », sourit Alexis. Dès les premières fêtes, il ira draguer seul, en face-à-face.

Construire pour l’avenir

Olivier, 25 ans, se consacre à la construction d’une nouvelle salle de traite. « Les sites de rencontre, ça prend du temps. Dans deux mois, on aura fini les travaux. On soufflera », prédit-il. En Gaec avec son oncle, célibataire endurci et content de sa situation, Olivier avoue qu’il ne cherche pas vraiment, aussi parce qu’il ne sort plus. « Avant, on était de toutes les fêtes. » Il avait des aventures même s’il cherche « une relation sérieuse ». L’éleveur souhaiterait fonder une famille mais pas dans l’immédiat. « Faut d’abord profiter de la vie à deux », pense-t-il. Il soulève les freins dus à la pandémie et à sa profession. « On voit beaucoup moins de monde quand même, depuis mars dernier. On fait moins de rencontres. Et quand j’en fais une, la jeune femme ne veut pas forcément bouger. Qu’elle doive venir sur la ferme et supporter les contraintes du métier, ça n’aide pas », sait-il. La Saint Valentin, il la fêtera donc avec ses maçons et ses bêtes. Pour les autres célibataires, ce sera, a priori, « pizza avec les parents », « retrouvailles avec la sœur et la nièce », puisque ce sera dimanche. Mais s’ils sortent, ils le répètent tous, ce sera couvert !

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