Ferme avicole Gallmann, à Niederroedern
Tout autour de la poule
Ferme avicole Gallmann, à Niederroedern
Élevage
Publié le 16/08/2021
« L’idée des poules pondeuses prêtes à pondre ? C’est une demande des clients… qui n’arrêtait pas de croître », dit d’emblée Éric Gallmann, 51 ans. Le pétulant éleveur de volailles de chair et de poules pondeuses de Niederroedern transforme à la ferme une partie de la production et vend « tout ce qui tourne autour de la volaille » en direct dans son magasin La Chair de poule, ou grâce à un distributeur adjacent. Il a encore ajouté une corde à son arc en 2021 : il propose des poules pondeuses Lohmann « prêtes à pondre ». Depuis le premier confinement et la pénurie d’œufs dans les magasins, les particuliers s’engouent pour les volatiles. Éric a du répondant.
Avec la ferme Hege
Pour ses œufs bio et plein air, il cherche depuis 2019 ses lots à la ferme Hege, à Schafbusch, spécialisée dans la poule pondeuse. « Quand j’ai acheté le dernier lot chez eux pour renouveler, j’ai demandé si c’était possible d’avoir des poules pondeuses toute l’année, pour satisfaire la demande », commence Éric. Sanitairement, recevoir des gens pour la vente d’une seule poule pondeuse n’intéresse pas les éleveurs de Schafbusch. « Il a été conclu avec M. Hege que je prenne toujours le petit surplus qu’il y a dans les bâtiments, au moment où on enlève les poules. Je suis ainsi devenu le revendeur du coin, un peu exclusif. C’est pour ça que j’ai mis ces affiches », dévoile Éric Gallmann. À cause du pourcentage de mortalité, à la mise en place d’un lot de pondeuses, un petit pourcentage d’animaux supplémentaire est toujours ajouté. S’il y a peu de mortalité, il reste un surplus. Ce sont ces volatiles que reprend Éric.
Ingénieux
Le marché conclu, il a fallu faire vite. « J’ai acheté un conteneur maritime que j’ai aménagé, avec des amis. C’est ce qu’il y avait de plus rapide à faire. On a creusé la tranchée, amené l’eau, l’électricité. Chez moi, rien n’est improvisé. Il faut que ce soit propre. C’est ma fierté. Si on fait quelque chose de bien, ça fonctionne », assure Éric. Il apporte le même soin à tout, jusqu’à la décoration de son magasin, agrémenté d’une ancienne brouette à fumier et d’un râteau en bois, aux dents duquel sont suspendus des saucissons. Son conteneur a même un volet roulant pour habituer les poules à sortir.
« Toutes les deux semaines environ, quand il y a surplus dans les bâtiments à la ferme Hege, je le récupère : ça peut être 20, 30, ou 150 poules pondeuses. Je les mets là, dans le conteneur, le temps de prendre les commandes des clients. Et je regroupe la vente sur quatre heures, une après-midi. Je téléphone aux gens la veille, pour les prévenir. Je mets les poules dans les cagettes en plastique vertes. Je ramène ça rue de la Haute-Vienne, pour qu’il n’y ait pas plein de monde sur le site. Et voilà, on vend les poules pondeuses prêtes à pondre », explique Éric Gallmann. L’éleveur a toutes les attestations, tous les certificats sanitaires des poules pondeuses. « Mais les particuliers ne les demandent pas », constate-t-il. Quand un client veut une cinquantaine de pondeuses, Éric fournit toutes les recherches salmonelles faites sur le lot, sinon personne n’en veut.
Le rêve devient réalité
Le conteneur est aussi un espace tampon. Il servira au transfert du nouveau et de l’ancien lot. « Fin d’année, j’arrête de vendre les poules pondeuses. Je mets en place le nouveau lot de poules pondeuses bio que je laisse sortir, si les journées sont belles. Je mets la clôture : en une demi-heure, le filet est installé », précise Éric. Quand il n’y a plus de poules dans le conteneur, l’éleveur le désinfecte. Les volailles lui siéent. Il aurait bien gardé le troupeau de laitières de ses parents lorsqu’il était jeune, pourtant. Faute de trouver un associé, il a tout revendu. Éric Gallmann sait saisir les opportunités. C’est ainsi qu’il s’est lancé dans les poussins et coquelets avant les années 2000, alors qu’il était double-actif. Des poulaillers à louer, un contrat avec Rihn et le voilà aviculteur. Depuis, il n’a cessé de rebondir et de se diversifier. « Je suis resté plus de 22 ans, à l’usine. Et mon rêve a toujours été de revenir totalement sur l’exploitation, à 50 ans, et d’en vivre. Et on peut dire que le rêve s’est réalisé », confie Éric, heureux. Il n’a pas chômé.
L’œuf est arrivé en premier
« Je voulais vendre tout autour de la poule. On s’est concerté, mon épouse et moi (elle est infirmière libérale). L’œuf, c’est un produit d’appel, on le sait. C’est partout pareil. On s’était dit qu’il fallait trouver un producteur local. Dix ou quinze jours après, il y avait ce scandale aux Pays-Bas (contamination des œufs, au fipronil, NDLR). On n’est pas à l’abri : soit on produit nous-mêmes et on sait ce qu’on a, soit on fait confiance et de temps en temps, on peut être déçus », philosophe Éric.
Fin 2018, l’agriculteur se rend au salon de l’élevage Euro Tier, à Hanovre. Il y voit les roulottes déplaçables pour poules pondeuses : les Hünhermobil. Éric décide de produire des œufs bios et plein air. Il achète le petit bâtiment roulant. La production est lancée début 2019. « On vend la totalité des œufs nous-mêmes. Ils sont à 45 cents/pièce au Super U. On est moins cher », observe Éric. De temps en temps, une poule manque à l’appel. Des renards se servent. « Ça fait partie du jeu », perçoit M. Gallmann. Chaque après-midi, il cherche les œufs, au poulailler. Les volatiles vont et viennent toute la journée. En été, tout fonctionne aux panneaux solaires, dans la roulotte : la ventilation, l’ouverture des portes, etc. Toutes les trois à quatre semaines, Éric déplace le parc des poules pondeuses. En 2020, puisque c’était sec, il attendait qu’il n’y ait plus d’herbe pour y procéder.
Producteur et commerçant
« Au premier confinement, je remplissais mon distributeur d’œufs à 15 h. À 17 h, il était vide. Les clients m’appelaient : tu remplis quand ? C’était exceptionnel », se remémore Éric. Le magasin de vente directe La Chair de poule a été inauguré six mois avant le début de la crise du Covid-19. Les clients sont surtout du village et alentours. Ils étaient déjà fidélisés avant les restrictions de circulation, assure Éric. « Personne ne vend de volailles ici à part moi. Je pourrais toujours faire plus mais, quand une trentaine de personnes faisaient la queue quarante minutes devant le magasin en mars 2020, ce n’était pas évident », admet l’éleveur.
Sa devise : il faut se donner là où ça rapporte. Il a ainsi confié les traitements et semis de ses céréales à une ETA, mais il travaille encore la terre, pour le plaisir de rouler en tracteur. « Je n’ai plus le temps pour plus », lâche-t-il aussi. S’il laisse transformer la plupart des produits qu’il vend à La Chair de poule par Bruno Siebert, pour qui il élève des poulets à pattes jaunes, les gyros, les émincés et les plateaux plancha sont « maison ». Pour être dans les normes, il a construit un laboratoire, à l’arrière de l’habitation. Entre 35 et 65 consommateurs poussent la porte de La Chair de poule, chaque jour.
Outre la fraîcheur, la qualité des produits et l’intérieur soigné, Éric mise sur la communication. Pour promouvoir l’affaire, en 2019, il avait invité à une journée portes ouvertes, avec restauration sur place : un succès. Un an après, il fêtait en grande pompe l’anniversaire de la boutique, ballons en forme de poule attirant le chaland. « Certains sont venus pour prendre une photo, ils sont repartis avec une saucisse de viande de volaille et ils sont devenus clients », conclut Éric Gallmann. Site internet, page Facebook : grâce à son informaticien, le commerçant regarde sur quoi les visiteurs s’attardent, afin d’affiner sa stratégie.












