Pour une transmission réussie
L’anticipation et la communication sont essentielles
Pour une transmission réussie
Pratique
Publié le 04/12/2021
Kevin Goetz s’est installé en 2012, sur la ferme laitière de la Coccinelle, à Witternheim. Il est aux manettes de l’exploitation depuis le départ à la retraite de son beau-père, Denis Adam, il y a un an. Ensemble, ils sont passés en bio en 2015, « pour transmettre une terre préservée et un outil viable », résume Denis. Ils ont réussi ce pari, notamment grâce à la coopérative Biolait et sans augmenter le nombre de vaches. La SAU est aussi la même aujourd’hui qu’il y a dix ans, mais 14 UTH travaillent pour l’EARL et Cocci’Saveurs, l’atelier de transformation jouxtant la ferme. L’élevage de poulets Label, puis bio, avec Siebert, et la production de porcs pour la vente directe dynamisent aussi l’activité. Les associés, Kevin, son beau-père, sa belle-mère Chantal et son épouse Régine (qui sont tous trois non-exploitants) privilégient le circuit court, via des points de vente à l’extérieur de la ferme : marchés, magasins bios, etc.
Transparence
Du conventionnel à la bio, du circuit long au court, de la production à la transformation : la ferme de la Coccinelle a beaucoup évolué, depuis l’arrivée de Kevin et leurs échanges, avec Denis. Ils confient tous les deux avoir de la chance. « On se respecte et on a un dialogue constructif. La communication, c’est la base », assure Denis. « Je n’ai rien à ajouter », dit Kevin, en riant. Ces deux-là se connaissent depuis 2005. Régine, la fille Adam, et Kevin se sont mariés en 2017. La transmission s’est faite en deux étapes : 2012 et 2019, soit avant même que les liens du mariage unissent les jeunes. « C’est lui le chef d’exploitation », dit Denis, en désignant Kevin. La transparence aussi a été primordiale. « Il n’y a pas eu de non-dits quant aux questions d’argent », insiste Kevin. « L’argent, c’est important, enchaîne Denis. Mais d’autres valeurs sont plus importantes pour moi. » Ainsi, pour permettre une transmission plus aisée, Kevin rémunère Denis chaque mois, pour que le retraité récupère l’argent du compte associé. Il n’a pas eu à sortir 300 000 € d’un coup. En cas de décès, il continuera à payer des mensualités aux ayants droit. Denis est aussi encore salarié sur l’exploitation, à son souhait. « On travaille ensemble pour pérenniser la ferme », souligne-t-il.
Des outils adéquats
Le long cours de cette transmission réfléchie près de dix ans avant est aussi une des clés de sa réussite. Les intervenants de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), avec le Point Info Transmission (PIT), la Safer, la MSA, l’Ardear (Association pour le développement de l’agriculture paysanne), Bio en Grand Est, Les Espaces tests Bio en Grand Est et Terre de liens Alsace ont tous insisté sur l’importance d’anticiper la transmission de l’exploitation. On commence à y penser dix ans avant, on s’intéresse à ses droits (avec la MSA) et on rencontre de potentiels repreneurs sept ans avant, on met en œuvre le projet en évaluant sa ferme entre cinq et deux ans avant, et on passe le relais, tranquillement, la dernière année, qui scelle les changements juridiques, administratifs et comptables. Si la Safer propose une expertise de patrimoine (au mieux, un an et demi avant la retraite), Bio en Grand Est, l’Ardear, Terre de liens Grand Est sont agréées pour réaliser des diagnostics à la transmission, avec l’aide de la Draaf, qui permet d’avoir une vue d’ensemble sur les biens, les activités et les engagements du futur cédant. Le PIT est revenu sur les stages de parrainage. Les Espaces tests Bio en Grand Est mettent, eux, en œuvre un accompagnement, jusqu’à trois ans, pour tester le projet de reprise : cédant et repreneur travaillent ensemble durant ce test. Pour les moins avancés, l’Ardear invite des lycéens à imaginer des projets de reprise d’une ferme, visite et bilan comptable, à l’appui. Terre de liens, outre ses appels à projets, organise des visites collectives. L’objectif, en tout début de parcours à la transmission, est de connaître sa ferme et de la faire connaître. Le répertoire départ installation (RDI), tenu par la CAA, est encore insuffisamment utilisé.












