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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Service de remplacement du Bas-Rhin

Une demande croissante

Vie professionnelle

Publié le 29/03/2022

Suite aux élections du nouveau bureau des JA 67, l’assemblée générale du SR 67 a démarré vendredi 18 mars, par la présentation du nouveau président JA et SR 67 : Yannis Baltzer. Il succède à Julien Koegler, maire à Gerstheim, qui abandonne ses responsabilités syndicales. Yannis pourra toujours compter sur Christophe Haas, très investi au SR 67 et qui effectue son dernier mandat JA cette année 2022, et sur Guillaume Fuchs, utilisateur du SR fraîchement élu. Anthony Carbiener était aussi là pour son dernier round JA. Autre nouvelle : Marilyn Chardonnet, responsable du SR 67, coordinatrice, quittera son poste le mois prochain, en avril. Les JA recrutent sa remplaçante.

Les « sortants » peuvent se targuer d’un bilan excellent. En 2021, près de 8 000 jours de services ont été rendus par le SR 67, tous motifs confondus : accident, hospitalisation, maternité, paternité, congés, complément de main-d’œuvre, formation syndicale. Le nombre de jours travaillés par les agents du SR 67 a bondi de 23 % entre 2020 et 2021, mais seulement de 10 % par rapport à une année normale (hors Covid). 2021 enregistre ainsi la plus forte demande de ces dix dernières années : en cause vraisemblablement, les « bébés Covid » (40 % de maternité et paternité en plus en 2021) et les hospitalisations reportées à cause du Covid. Ces remplacements représentent environ 64 000 heures en 2021. Le SR compte 274 agents de remplacement, dont quatre sont en CDI, soit presque quarante ETP. Deux agents supplémentaires devraient être recrutés en CDI dans les mois à venir, pour prendre la place de deux agents en CDI partis depuis peu ; ainsi qu’un CDD (six mois), sachant qu’un CDD de six mois est déjà en poste. Les salariées administratives représentent, elles, 1,5 ETP. Audrey Schmitt, arrivée en 2021, travaille à mi-temps pour le SR 67 et à mi-temps pour les JA 67. Un peu plus de 300 agriculteurs adhèrent au SR 67 : un chiffre stable. Mais ils sont 407 à utiliser le service, dont 44 femmes.

Communiquer

Via le SR Grand Est, le SR a bénéficié d’une belle campagne de communication en 2021 : dix articles dans la presse agricole, des vidéos, une page Facebook dynamisée par ces contenus et les offres d’emploi du Bas-Rhin. Si le SR 67 est intervenu aux stages 21 h pour les futurs installés, malheureusement, la finale de labour n’a pas eu lieu dans le Bas-Rhin en 2021. Encore trop d’agriculteurs ne savent pas ce qu’est le SR, déplore Julien Koegler.

L’ex-président, aujourd’hui, relève surtout une baisse des demandes au SR pour cause de « répit ». « Sur les trois derniers trimestres, il n’y a eu aucune sollicitation du SR 67 pour ce motif », précise-t-il. Charge aux assistantes sociales de la MSA d’Alsace mais aussi à tous les confrères agriculteurs, note Julien Koegler, de guider les exploitants en difficulté morale et/ou financière, pour qu’ils s’octroient grâce au SR 67, un moment de répit, de vacances, loin de la ferme. Tous les bénéficiaires étaient revenus enchantés sur leurs exploitations, à en croire les représentantes de la MSA présentes. L’enveloppe nationale dévolue aux « répits » n’est jamais consommée, rappelle un élu de la MSA. Celle dédiée aux formations syndicales se réduit comme peau de chagrin, déplore Julien Koegler, qui en appelle à la Chambre d’agriculture Alsace pour que ce budget cesse d’être raboté.

 

 

Rationaliser

Si le pic des 8 000 jours de remplacement a été atteint, Julien Koegler met en garde : il doit y avoir adéquation entre l’offre et la demande. « La demande pourrait avoisiner les 10 000 jours mais nous n’avons pas les salariés en face pour y répondre », prévient-il. Christophe Haas poursuit : « Il y a un équilibre économique à trouver : si le salarié rentre à son domicile entre deux traites et qu’il n’a pas d’autre mission, ce n’est pas rentable. On essaie toujours de lui trouver une mission à côté. » La question des frais kilométriques est abordée. Les dépenses sont étonnamment stables entre 2020 et 2021, grâce à cet effort de rationalisation. Mais avec l’augmentation récente du prix de l’essence, une prime ou une augmentation pérenne devrait être consentie aux agents, sachant qu’un agent roule en moyenne, 800 km par mois.

Le compte de résultat 2021 atteint les 1 277 000 euros mais le déficit équivaut à 29 500 euros, alors qu’en 2020, un bénéfice de 31 500 euros était notifié. 2022 devrait voir les comptes se rééquilibrer, d’après Julien Koegler, même si la hausse du prix de l’essence pèsera toujours.

En fin de séance, Groupama a enjoint le SR 67 à faire la promotion de son assurance, puisqu’au-delà de 20 jours, le remplacement pour cause d’accident n’est plus pris en charge par la Caisse d’assurance accidents agricoles d’Alsace (CAAA). Le SR 67 et Groupama Grand Est ont ensuite signé une convention mise à jour. Pour rappel, l’agriculteur déclare le sinistre au SR, qui remonte à l’assurance. Ce travail du SR est rémunéré, autant que son rôle de prescripteur. Si, depuis les années 1980, l’échange de bons procédés qui simplifie la tâche aux exploitants avait cours, aujourd’hui, la convention le formalise.

 

 

Fruits et légumes d’Alsace

Un show unique en France

Pratique

Publié le 21/03/2022

Fin mars, les premières plates-bandes seront semées d’asperges et de rhubarbe, non loin du centre commercial d’Illkirch-Graffenstaden, sortie Baggersee. « Le défi, ce sera d’avoir des asperges à l’automne », s’exclame Fabien Digel, le directeur de l’Ifla. Sur 40 000 m2 de terrains agricoles appartenant à l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), l’Ifla prépare doucement ce qui sera du 22 au 25 septembre, « le plus grand show fruits et légumes de France », avec uniquement des productions alsaciennes. Au centre de l’exposition, une pyramide de 7 m de hauteur. De ce cœur, tel un soleil, partiront des rayons, composés de 46 potagers de 14/17 m, au bout desquels des structures monumentales de 5 m de haut s’élèveront. « Un crocodile, un lion, un poisson et un dragon ont été acquis à la fête du citron, à Menton », précise Pierre Lammert, le président de l’Ifla. Un verger de 300 m2 et deux serres de 200 m2, chacune, compléteront le tableau… qui s’illuminera pour les nocturnes, vendredi et samedi soir.

« L’objectif du show est de sensibiliser les consommateurs alsaciens aux fruits et légumes locaux, afin qu’ils achètent local », cadre Fabien Digel, le 8 mars au Marché-gare de Strasbourg, lors de la première conférence de presse annonçant l’événement automnal. Tout comme l’EMS, le marché d’intérêt national (Min) soutient la manifestation, en mettant à disposition ses infrastructures. Doris Ternoy, présidente du Min de l’EMS, rappelle que la majorité des fruits et légumes de Strasbourg transitent au Marché-gare, d’où cette proximité avec l’Ifla. Autres partenaires : la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), la Région Grand Est, la ville d’Illkirch-Graffenstaden, la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), pour ne citer qu’eux. Le budget prévisionnel est de 500 000 €, dont 100 000 € seront dévolus uniquement aux chapiteaux. « On change de dimension par rapport à Saveurs et soleil d’automne, qui avait coûté 300 000 €, dans les années 2010, à Sélestat », souligne Pierre Lammert.

 

 

Dynamisme de la filière locale

Quand en France, les surfaces dédiées aux fruits et légumes baissent, en Alsace, elles augmentent grâce au dynamisme de la filière locale, ajoute le président de l’Ifla. 90 % des productions et 80 % des producteurs de fruits et légumes en Alsace, passent par l’interprofession ; dite « longue », puisqu’elle englobe la commercialisation. Unique en France. Les fruits et légumes en Alsace, ce sont environ 5 000 ha sur 700 exploitations et 4 000 emplois… soit presque un emploi par hectare ! Le chiffre d’affaires global de la filière alsacienne est de 100 millions d’€ par an. Avec son logo Fruits et légumes d’Alsace (décliné pour la bio) qui accroche, une ambassadrice ex-Miss France et des success stories telles la pomme Natti et les pommes de terre bio Popeli’Pop, l’Ifla peut s’enorgueillir d’être active de la fourche à la fourchette. L’événement à venir confirme son engagement auprès des producteurs et de tous les acteurs de la filière.

Près de 300 variétés, dont une centaine de courges et tomates, seront semées, plantées et présentées au show de l’Ifla 2022 : 40 tonnes de fruits et légumes seront mis en scène à Illkirch-Graffenstaden cet automne, et uniquement made in Alsace. Des courges et coloquintes seront notamment produites sur 4 ha en dehors du site, pour servir à la décoration. Cette démonstration de force gargantuesque donnera l’eau à la bouche : trois restaurants, des buvettes et un bar à smoothies régaleront les curieux, qui pourront aussi aller faire leur marché. Outre des ateliers pédagogiques pour tous (dont les écoliers de l’EMS), des spectacles, conférences et démonstrations culinaires rythmeront les quatre jours. Santé et écologie seront, autant que la gastronomie, au centre de l’attention. Le président d’honneur de la manifestation sera le docteur Christian Recchia, spécialisé en science des aliments et dans la prévention des maladies cardio-vasculaires. « La moitié de l’assiette devrait être composée de légumes, rappelle Fabien Digel. Les chefs et lycéens montreront comment les cuisiner, les mettre en valeur. »

Cohérence

Croquer local et sain, c’est dans l’air du temps. Pour coller à l’injonction « manger, bouger » et réduire encore l’empreinte carbone, « le plus grand show fruits et légumes de France » prend place, stratégiquement, au sud de Strasbourg. L’accès en transports en commun et/ou à vélo est facilité. Les organisateurs essaient d’être cohérents dans leur démarche, en tous points. À la fin de l’événement, les fruits et légumes qui auront émerveillé le public, a priori surtout familial, seront offerts à la Banque alimentaire et aux Restos du cœur. Il est possible, d’ores et déjà, d’acheter son billet : l’entrée est à 5 € en prévente (6 € sur place) pour les plus de treize ans, gratuite avant cet âge. Les demandeurs d’emploi, étudiants et personnes à mobilité restreinte bénéficient d’un tarif réduit à 3 €. Sur le site internet de la manifestation, un moteur de recherche permet de trouver le producteur local, le plus proche de chez soi, par fruit et légume. Les stands, les jours J, seront réservés aux exposants de produits et services « Made in Alsace ». Tout est mis en œuvre pour communiquer sur la valeur ajoutée des produits locaux. Chaque grande étape de la préparation de l’exposition sera relayée sur les réseaux sociaux. « Festif, populaire et conscient », ce show promet d’être « une belle réussite », conclut Doris Ternoy.

Paysage

« Les salariés sont la source du succès »

Vie professionnelle

Publié le 10/03/2022

Le chiffre d’affaires de la pépinière et entreprise du paysage René Wolff et fils, à Hoerdt, évolue à la hausse de 2 à 3 % en moyenne par an, depuis sa création dans les années 1960. Mais les trois dernières années, il a bondi de + 5 à + 15 % annuellement. « C’est dû aux clients particuliers. Nous rénovons beaucoup de jardins, depuis trois ans. Le Covid a accentué cette demande. Les gens étaient chez eux. Le jardin est devenu une pièce de la maison, un lieu de détente, planté de verdure. Surtout en Alsace, où on a la fibre verte, comme les Allemands et les Suisses. Les particuliers veulent aménager leurs extérieurs », explique Jacky Wolff, le président de l’entreprise, qui mise avant tout sur « le vert », pour des jardins qui changent au fil des saisons. Cette dynamique est générale. « On observe une forte hausse de la demande de la part des particuliers, dans tout le Grand Est et en France, depuis le premier confinement et déjà avant », atteste Adeline Visine, déléguée générale Grand Est pour l’Unep. Le chiffre d’affaires des entreprises du paysage dans le Grand Est (de 420 millions d’euros en 2020) a augmenté de 8 % entre 2018 et 2020. En France, il a crû de 6 % sur la même période, pour atteindre 6,25 milliards, fin 2020.

La particularité du Grand Est est que jusqu’à 64 % du chiffre d’affaires résulte de la création de jardins et d’espaces verts, contre 55 % au national. René Wolff et fils a d’ailleurs son propre bureau d’études, propose ses dessins. « On a plus de marchés publics dans le Grand Est qu’ailleurs pour des créations de nouveaux espaces, que les collectivités entretiennent elles-mêmes par la suite », spécifie Adeline Visine. Ceci explique aussi que les 1 580 entreprises du paysage du Grand Est (soit seulement 5 % des 30 050 entreprises françaises) sont de plus grande taille, généralement, qu’ailleurs en France. Elles comptent en moyenne 3,7 actifs, contre 2,7 en France. Jacky Wolff emploie, lui, une trentaine de personnes. Et il recrute encore ! La société cherche deux personnes qualifiées, pour l’aménagement paysager, depuis deux ans.

Priorité au recrutement

« On manque de main-d’œuvre partout », constate Jacky Wolff. La tendance est en effet générale. En France, six entreprises du paysage sur dix ont du mal à recruter. Dans le Grand Est, qui comptait 7 150 actifs fin 2020, si 1 100 emplois ont été créés en deux ans, plus de 1 000 CDI restent encore à pourvoir, tant le secteur est dynamique. Sur ce millier de postes disponibles dans la région, environ 500 sont à doter en Alsace, puisque près de la moitié des entreprises du paysage du Grand Est sont basées en Alsace. Densité démographique et pouvoir d’achat supérieur aux autres départements sont en cause. Le Bas-Rhin et le Haut-Rhin totalisent 622 entreprises du paysage. « On refuse des chantiers depuis deux ans parce qu’on ne trouve pas de jardiniers, et parfois des chantiers importants, confie Jacky Wolff. C’est le cas de la plupart des entreprises alsaciennes. »

« Les problèmes de qualification, le manque de motivation des candidats et surtout l’absence de candidatures sont les trois principaux freins », observe l’Unep. « Beaucoup de chefs d’entreprise sont débordés aussi. Ils ne publient pas d’offres d’emploi et les candidats potentiels ne savent donc pas qui recrute, où aller », détaille Adeline Visine. Jacky Wolff acquiesce : « Il faut réussir à motiver les apprentis, puis à fidéliser les jeunes. » Le dirigeant soigne donc sa politique salariale et les conditions de travail. « Les salariés sont la source du succès. On doit leur faire confiance. Ils mettent en œuvre et adaptent les idées », sait Jacky Wolff. 80 % des employés le sont en CDI et 10 % sont des apprentis. Il y a très peu de CDD dans les professions du paysage. C’est également le cas chez René Wolff et fils, qui compte trois apprentis.

« Nous, on aime les MacGyver. Ils trouvent des solutions sur le terrain, avec le matériel qu’ils ont », résume Jacky Wolff, qui est aussi président du CFA d’Obernai depuis onze ans. Qui dit recrutement dit formation. Actuellement, 270 apprentis en aménagement paysager sont formés au lycée agricole d’Obernai, du CAP au bac pro. À la rentrée prochaine, un BTS Aménagement paysager va s’ouvrir, avec trois pôles de spécialité : génie végétal (environnement), pour les particuliers, pour les collectivités. « Ces diplômés-là seront assistants de la direction. Ils seront formés à la gestion et au dessin », précise Jacky Wolff. À Rouffach, du CAP au BTS, 260 apprentis sont dans les classes et dans les entreprises. Quant au lycée du Pflixbourg, à Wintzenheim, il accueille une centaine d’élèves en formation initiale. Au total, plus de 600 jeunes seront diplômés en Alsace prochainement. L’apprentissage, comme ailleurs en France, est la voie royale. Dans le Grand Est, en 2020 par exemple, 1 600 personnes étaient en formation, dont 1 100 apprentis, 350 en formation initiale et 150 en formation continue. Les entreprises du paysage recrutent à tous niveaux mais avoir le permis B est souvent une condition sine qua non. Les dirigeants sont ouverts aux personnes en reconversion professionnelle. Et pour cause, l’Unep recense quinze métiers du paysage différents, dont élagueur et installateur de piscine. Les maçons sont les bienvenus. « On en forme du monde ! Entre + 10 à + 20 %, chaque année », assure Adeline Visine. Une enquête exclusive, avec le Conseil régional, montre que 63 % des jeunes diplômés sont en CDI dans les deux ans qui suivent la fin de leurs études.

Hausse des prix des matières premières

Si les besoins en main-d’œuvre plombent la progression des entreprises du paysage, l’augmentation des prix des matières premières est un nouveau problème. « Les graines coûtent de 10 à 25 % plus cher », lâche Jacky Wolff. La raréfaction des végétaux serait à l’origine de ce bond. « Nous sommes très mécanisés. L’augmentation du gasoil nous touche aussi. Nous consommons entre 37 000 et 40 000 litres de gasoil par an. La hausse des prix nous impacte forcément », enchaîne-t-il.

Depuis trois ans, René Wolff et fils investit dans des véhicules électriques, moins polluants, pour continuer à travailler dans l’Eurométropole de Strasbourg : entre 200 000 et 300 000 euros chaque année. Malheureusement, la pause de bornes pour (re) charger les batteries traîne… Les transformateurs à proximité de l’entreprise ne seraient pas assez puissants actuellement pour ce faire. « Aujourd’hui, soit on chauffe les bâtiments, soit on charge », synthétise Jacky Wolff, sans rire. Il a participé à la commission technique pour la mise en place de la zone à faibles émissions (ZFE). « Nous voulons tous polluer moins mais il faut y aller à petits pas, ne pas mettre la charrue avant les bœufs », conseille-t-il, satisfait que certains de ses outils, tels les camions-bennes, camions-grues et toupies-béton, bénéficient d’une dérogation de trois ans. Quant aux produits phytosanitaires, son entreprise n’utilise que le biocontrôle. « Des produits qui coûtent dix à vingt fois plus que l’intrant type Round up, souligne Jacky Wolff. Malgré cela, en bons gestionnaires, nous sommes en progression. »

 

 

Journée internationale des droits des femmes

Les élèves du lycée agricole d’Obernai s’investissent toute l’année

Pratique

Publié le 08/03/2022

Une jeune femme marche dans la rue. Elle rentre de soirée, seule. Deux hommes la suivent. Elle le remarque et commence à accélérer le pas. Elle prend visiblement peur. Les deux hommes la rattrapent. L’un d’eux saisit son bras. C’est à ce moment-là que la scène se fige. Les trois étudiants de BTS APV, acteurs, arrêtent de jouer. « La scène que vous venez de voir se finit par une agression sexuelle, dit Romain, le narrateur. Il est 2 heures du matin. Vous rentrez de soirée entre amis et vous êtes témoins. » « Que faites-vous ? », interroge Mélodie. Elle motive les 24 élèves de seconde générale, face à eux, à participer. Dans le cadre de leur projet d’initiative et de communication (Pic), fin janvier, Anna, Romain, Eugène, Léo et elle souhaitent sensibiliser ces lycéens aux violences faites aux femmes, par le biais du théâtre-forum.

Le premier lycéen à se manifester gonfle les muscles : il veut frapper les agresseurs. Des camarades de classe le stoppent. Sa réaction est inappropriée. Ils se lèvent pour improviser la suite de la scène. Ils se confrontent aux hommes, les filment, prennent des photos. Les agresseurs prennent la fuite. Les lycéens les suivent et appellent la police, pendant que d’autres prennent soin de la victime. Répondre à la violence par la dissuasion : telle est la solution. Pour aider les étudiants de BTS à l’initiative des scénarios, et les élèves de 2de qui proposent leurs sorties de crise, Masika Bouquet, éducatrice spécialisée de l’association SOS Femmes solidarité 67, intervient. Elle valide leurs idées (ou pas), partage avec eux des astuces pour se protéger aussi : avoir un sifflet sur soi, qui permet d’alerter les riverains, ou appeler le 3919 (lire encadré), pour être au téléphone avec quelqu’un, quand on marche seule dans la rue, le soir.

Consentement et désir

Les cinq étudiants de BTS questionnent ensuite les lycéens, pour faire avancer leur réflexion… mais ces derniers sont déjà bien avertis. Est-ce que c’est normal d’avoir peur de marcher seule, tard le soir, dans la rue ? Non. Ils sont unanimes. Peu importe l’attitude et la tenue d’une femme, elle doit pouvoir être et se sentir en sécurité. La question du cyberharcèlement est aussi abordée, via la fuite de photos intimes d’une jeune fille sur les réseaux sociaux. Les spectateurs actifs la soutiennent, évidemment. La victime, surtout si elle est mineure, est invitée à s’en remettre à un adulte de confiance pouvant l’accompagner au commissariat ou à la gendarmerie, le cas échéant. Mélodie résume les conseils de Masika Bouquet et ceux trouvés sur internet, quant au partage de photographies à caractère sexuel, via les nouvelles technologies de communication. « On peut tout à fait envoyer des photos intimes si on en a envie, si ce n’est pas une contrainte, mais à quelqu’un qu’on connaît, en qui on a confiance, qu’on a déjà vu. Il faut réfléchir avant de le faire », rappelle-t-elle. La question du consentement et du désir est, en filigrane, posée. Celle ou celui qui envoie la photo sexy ou plus doit y consentir pleinement, tout autant que celle ou celui qui la reçoit.

Quant aux violences conjugales pouvant mener aux féminicides, le drame se joue, comme souvent dans la réalité, à huis clos. Appeler des voisins et sonner à la porte, téléphoner au 17, après avoir situé d’où viennent les cris, prévenir une association sont autant de réactions plébiscitées. « En aucun cas, vous ne rentrez dans l’appartement : c’est interdit par la loi », insistent les étudiants et l’éducatrice, à la fin de l’improvisation. Certains lycéens avaient forcé la porte. Romain, dans le rôle de l’agresseur, les avait alors pris au col. « Sa violence peut se retourner contre vous. Il peut en plus, être armé », pointe Masika Bouquet.

La dernière séquence mise en scène par les étudiants figure un dépôt de plainte… Les forces de l’ordre, masculines, font preuve d’un machisme acharné. La victime répète que rien ne justifie son viol : ni sa tenue, ni la relation entretenue, encore moins son état. À tout moment, elle peut dire stop. Las, les représentants de la loi n’estiment pas forcément que sa plainte est fondée. Cette fois, la scène est exposée. Les lycéens ne sont pas invités à intervenir. « Allez dans un autre poste, si c’est comme ça. C’est notre droit de porter plainte. On est censé être écouté. Plus il y a de plaintes, plus ça évolue », souligne Mélodie, 21 ans. Il est possible d’être accompagné pour déposer plainte, notamment par un salarié d’association, qui est habilité à rester aux côtés de la victime durant toute la procédure. « Et on peut contredire une figure d’autorité », glisse Laurent Bazire, enseignant d’éducation socioculturelle, qui a guidé les étudiants de BTS pour ce Pic. Les lycéens ne se sentent pas forcément à leur aise pour aller jusque-là. Heureusement, de plus en plus de policiers sont formés à recevoir les victimes de viols et violences, a répété l’éducatrice. Pour appuyer tous leurs propos, les étudiants ont profité de vidéos mises à disposition par l’association. Ils ont aussi distribué des violentomètres aux lycéens.

Libérer la parole

Le choix de sensibiliser aux violences subies par les femmes et à leurs droits, via le théâtre-forum, était ambitieux mais cette technique a semblé la plus pertinente aux étudiants de BTS. « Pour impliquer les lycéens, les captiver », justifie Mélodie. « Et rompre avec un discours très vertical. C’est une action de libération de la parole des jeunes », assure Laurent Bazire. « La preuve : ce projet a fait avancer les choses », rebondit Mélodie. « Ça a permis à une élève, victime, de s’exprimer ; de parler à un adulte », atteste Louis Sigrist, élève de 2de qui a participé au théâtre-forum. « À la fin de l’intervention, elle a eu un déclic, abonde Morgane Lambert, leur camarade. On lui disait que ce n’était pas normal la façon dont elle était traitée, mais de l’entendre dans ce cadre, ça l’a fait réagir. On ne savait pas forcément comment lui parler, non plus. Maintenant, on utilise des mots plus précis, moins forts, moins choquants pour elle. On reste objectifs. Surtout, on ne juge pas. Et on continue à poser des questions. On s’inquiète. » « Elle ne s’est pas encore éloignée de la personne toxique mais elle parle », précise Louis, 15 ans.

Il aura fallu plus de trois heures de mises en situation et de discussions à l’adolescente victime d’abus, pour se décider. « On a évoqué les droits des femmes, avant et après le théâtre-forum, avec Madame Rayou, notre professeure », indique encore Louis. Au collège, Morgane et lui ont déjà été sensibilisés à ces questions mais ils sont effarés par les chiffres (146 féminicides en 2019, par exemple) que leur ont exposés leurs aînés, et ils sont reconnaissants pour ce qu’ils ont appris ou revu. « On connaît le cyberharcèlement mais on a détaillé ce que c’est et on a pu expérimenter ce que ça peut faire quand on ne l’a pas vécu », témoigne Morgane. Le dispositif théâtral, inclusif, sans « quatrième mur », sans frontière entre la scène et le public, a permis aux lycéens de facilement prendre part au jeu et de « se lâcher », de tester tous les champs des possibles, avant de retenir les bons réflexes à adopter, s’ils sont témoins ou victimes.

« Les agressions sexuelles, c’est tous les jours et on n’en a même pas forcément conscience », constate Mélodie. Des amies d’Anna, 19 ans, ont déjà été victimes. Romain, Eugène, Léo et les deux jeunes femmes se sont engagés dans ce Pic, parce qu’ils veulent informer, que ce ne soit pas tabou. Un dernier conseil pour la route ? « Dans les bars, il faut commander un cocktail Mademoiselle, pour être mise en sécurité. Et, à la pharmacie, demander un masque 19, si l’on est victime de violences conjugales : on prend votre adresse et on l’envoie aux forces de l’ordre. »

Concours général brunes des Alpes au SIA 2022

« Participer, c’est déjà gagner ! »

Élevage

Publié le 01/03/2022

Ils ont les yeux qui pétillent. La fête et l’entraide entre éleveurs, la rencontre avec les politiques, l’effervescence du salon, la performance d’Odessa et surtout, leur connivence : les associés de l’EARL de la Marguerite, à Stotzheim, Sébastien Baur et Jean-Charles Wurry, savourent d’avance leur aventure parisienne, début mars. « Participer, c’est déjà gagner ! », s’exclame Sébastien, heureux de ce saut dans l’inconnu, qu’il peut aisément fantasmer grâce à tous les reportages qui abreuvent les Français, chaque année. « Je ne cherche ni à ce qu’Odessa devienne la grande championne de Paris, ni un gain financier. Des embryons ont déjà été collectés ici. Le but du concours n’est pas de faire notre renommée mais de vivre un moment complice avec la génisse », affirme Sébastien Baur.

Caprice de star

Fin janvier, Jean-Charles et lui ont reçu la confirmation qu’Odessa, 3 ans, est retenue pour le concours général agricole (CGA) brunes des Alpes, vaches en première lactation, qui aura lieu le vendredi 4 mars 2022 au Salon international de l’agriculture (SIA). Sa suppléante s’appelle Pétula. Depuis, Sébastien qui est responsable du troupeau laitier, entraîne les animaux à marcher à la longe. « Surtout Odessa », admet-il. La belle n'était sortie à peine six fois mi-février (musique à fond dans les oreilles, pour l’habituer) qu’elle fait déjà sa star.

Ce lundi, elle n’est pas d’humeur. Sébastien la cherche dans le troupeau et l’amène dans le box assez rapidement, grâce à Jean-Charles qui joue le rabatteur. Il lui passe le licol. Facile. « Une fois qu’elles ont compris, ça va », glisse Sébastien. Mais dehors, Odessa piétine. La génisse vient de manger. Les granulés ne suffisent pas à la faire marcher.  « Tourne-lui la queue », lance Sébastien à Jean-Charles, pour la faire avancer. L’astuce fonctionne. La vache cherche le contact avec ses éleveurs. Elle est amicale mais capricieuse ce 14 février, alors que deux jours avant, elle allait sans peine. Le fort vent froid du lundi matin n’aide peut-être pas au tour de piste ; qui dure une demi-heure maximum à chaque fois, pour que la balade reste agréable.

 

 

« Feeling »

« Il faut trouver le juste milieu entre douceur et fermeté, explique Sébastien. C’est elle la plus forte mais, heureusement, elle ne le sait pas. Pour éviter qu’elle me tracte, je la mets en inconfort : je lui tourne la tête. Je lui dis : allez, on danse la valse ! On fait un tour sur nous-mêmes. Puis je la remets en confort. À un moment, il faut y aller. C’est moi qui la promène et non l’inverse. C’est toujours nous qui avons le dernier mot, jamais elle. Et tout ça, sans jamais la brusquer ! Un animal n’oublie pas. Si on fait une erreur, cela peut se corriger mais il va falloir remettre la bête en confiance. » Odessa pèse entre 600 et 650 kg.

« J’ai créé de la complicité, un lien avec elle. C’est du feeling. Les animaux sentent nos émotions avant même qu’on ne les exprime. Pour qu’elle avance, a priori, je lui tape juste sur les fesses. Au SIA, son seul repère ce sera nous. Elle sera dans un environnement qu’elle ne connaît pas. Elle va forcément nous suivre », prédit le passionné de brunes. Si les granulés attirent peu l’attention d’Odessa, le carré d’herbe devant la ferme semble l’intéresser. Elle est gourmande. « C’est de famille », plaisante Sébastien Baur. Les clients du magasin de vente directe de Jean-Charles, qui cultive des plants, fruits et légumes, profitent de l’animation.

Une vitrine pour la race

Odessa et Pétula n’ont pas de traitement de faveur, à part ça. Elles vivent avec le troupeau, comme les autres vaches. Une seule partira : a priori, Odessa. Elle sera tondue avant le départ et passera entre les mains de l’ostéopathe, avant de monter dans le van de Sébastien et Jean-Charles, mardi 1er mars. Le soir, au SIA, ce sera douche, traite et contrôle sanitaire obligatoire à partir de 20 h, après la fermeture du salon aux visiteurs. Le 9 février, Odessa a déjà eu droit à des prises de sang. Elle fait partie des seize brunes sélectionnées à travers toute la France, pour le CGA 2022. En Alsace, c’est l’EARL de la Marguerite qui compte le plus de brunes : une cinquantaine, dont vingt laitières et la suite. Odessa participe au CGA sous l’impulsion du syndicat de la race, BGS, et de son technicien Thomas Gerouville.

« Elle est arrivée en mars dernier dans l’exploitation, pleine, raconte Sébastien. Elle a été acheminée par camion, de Côte-d’Or, là où il y a le plus de brunes en France. » Mais Thomas ne l’a découverte que fin octobre 2021. « On a une mère à taureau brune que Thomas voulait voir. Il est venu cet automne. C’est là qu’il a repéré Odessa et Pétula, issues de pères français. Odessa lui a tapé dans l’œil. On a inscrit les deux génisses au concours, en décembre. » Elles correspondent au standard de la race. « Odessa a une note générale de 84 points, attribuée par Pierre Gigant, le technicien pointeur d’Elitest et BGS », ajoute Sébastien. Pour le syndicat, le concours à Paris est une vitrine. Les éleveurs rentreront du SIA le 6 mars. Sébastien et Jean-Charles remercient d’ores et déjà la dizaine de sponsors qui leur permettra de voir « l’envers du décor » du Salon de l’agriculture 2022, à Paris.

 

 

Soigner les arbres par les plantes

Une école de l’observation et de la tolérance

Cultures

Publié le 28/02/2022

Sur 20 ha de SAU, à Balbronn, Corinne Diemunsch cultive environ 12 ha de céréales, 5 ha de vignes (pour la cave du Roi Dagobert, dont des raisins de table), 3 ha de verger et 20 à 30 ares de plantes aromatiques. Ces dernières lui servent à soigner ou plus exactement à « stimuler les défenses naturelles » de ses cultures, bio depuis 2011. Elle vend le surplus, sec, à une poignée d’agriculteurs et d’amateurs. 90 % des traitements qu’elle applique à ses productions sont à base de plantes. Les 10 % restants sont constitués de cuivre et de soufre. Habituée des rendez-vous du Mois de la bio, en 2021, Corinne Diemunsch a orienté sa présentation sur le soin apporté aux arbres fruitiers. Chez elle, on trouve essentiellement des mirabelliers, des pommiers (pommes à jus), des poiriers et des quetsches, dans des sols argilo-calcaires. Il y a aussi des  noyers, des figuiers, des néfliers, des lauriers, un olivier, des baies de Goji et même… des poivriers. Cet hiver, s’établissent noisetiers, amandiers et châtaigniers.

Passionnée de plantes aromatiques, depuis l’enfance, Corinne Diemunsch s’est installée sur la ferme familiale, en 2001. Elle insiste : si elle a passé le cap du soin par les plantes, pour les plantes, dans les années 2010, cela demande : « beaucoup d’observation au départ, du temps, de l’organisation et, plus on essaie de comprendre et d’avancer, plus c’est complexe. » « Il faut être organisé… Au minimum, la veille du traitement. La clé, c’est l’observation, sur le terrain. Car il faut guider la plante, qui compartimente ; élimine souvent d’elle-même ses parties fragiles, malades. Et il ne faut pas attendre un résultat parfait », résume l’arboricultrice. Elle compte aussi sur ses variétés résistantes, rustiques, et la préservation de la biodiversité, pour protéger ses cultures. Des nichoirs et des hôtels à insectes parsèment son verger. Entre deux rangées d’arbres fruitiers productifs, seront semés des légumineuses et crucifères, qui fixeront l’azote dans le sol, pour limiter les apports d’engrais et décompacter les sols. Ses formateurs ou inspirateurs sont le permaculteur Stéfan Sobkowiak, l’arboriculteur Eric Petiot, l’agronome Claude Bourguignon et le biodynamiste Pierre Masson. Corinne recommande les ouvrages des éditions Artémis, Terran et Terre vivante.

Sauvages et cultivées

Grâce à ses connaissances, l’agricultrice s’est lancée dans la culture (sur paillage de chanvre ou toile de jute), le séchage et la préparation d’absinthe, d’achillée millefeuille, de lavande, de mélisse, d’origan, de rue officinale, de santoline petit-cyprès, de saponaire et de sauge, principalement. Elle cueille, avec l’autorisation des communes ou des particuliers, les plantes sauvages : consoudes, tanaisies, orties (qu’elle fauche surtout chez elle), prêles et reines des prés (de plus en plus difficiles à trouver et à remplacer, et, auxquelles elle substitue des feuilles et bois de saule, en attendant de trouver la bonne stratégie). « Je veux connaître l’emplacement des plantes, en partie parce que je bénéficie du label Ecocert sur l’ensemble de ma production », précise Corinne Diemunsch. La cueillette se fait au ciseau. Elle laisse toujours, au champ, quelques fleurs, pour le réensemencement naturel des plantes cultivées et surtout des plantes sauvages, mais aussi pour assurer la survie des insectes.

Pour lutter contre les maladies, rien de tel que l’achillée millefeuille, l’origan, l’ortie, la prêle ou le saule, la reine des prés, la tanaisie. A priori, le bouleau serait efficace contre la tavelure mais Corinne ne l’a pas encore expérimenté. Le jus de consoude, macéré à froid, est idéal pour cicatriser les plaies de taille. Les plantes à effet répulsif, « insectifuges », sont l’ail (que Corinne utilise peu, tant une macération d’ail à base d’huile peut brûler la peau et la plante, surtout par journée ensoleillée), l’absinthe, la camomille romaine, la fougère aigle, le raifort, la rue et la tanaisie. « J’utilise ces plantes en alternance, selon l’objectif que je souhaite atteindre », dit Corinne, sans trop s’étendre. Il ne s’agit pas de tuer les insectes mais de les disperser et de les éloigner. L’application des préparations répulsives à la tombée du jour est donc souhaitable, « pour que les animaux cherchent refuge ailleurs », souligne l’agricultrice.

Extraits, décoctions et tisanes

Corinne Diemunsch utilise diverses préparations, qu’elle garde parfois d’une année sur l’autre, comme celles à l’ortie, puisqu’elle en a besoin, dès le début du printemps, quand la plante est encore trop jeune pour être riche en oligo-éléments et autres nutriments. Corinne crée des extraits de plantes (macérations à froid, entre trois et huit jours), des décoctions (macérations à froid, 24 heures, puis portées à ébullition) et des infusions (les plantes sont plongées dans de l’eau chaude de 60 à 80°C, en maintenant la température entre vingt et trente minutes). Il est important de couvrir les récipients pour que les parties volatiles des principes actifs retombent dans l’eau. « Même l'extrait d’orties est couvert, jusqu’à la fin de la préparation », conseille Corinne Diemunsch.

Pour les préparations, elle se sert surtout des plantes séchées (dans sa grange), très rarement du frais. « Les plantes fraîches, par temps humide, sont contre-indiquées », partage-t-elle. Les plantes séchées se gardent deux à trois ans, maximum. Corinne les stocke dans de grandes caisses en bois, aérées. Les végétaux, une fois séchés, sont broyés grossièrement, afin de faciliter le stockage l’utilisation et l’efficacité, avant utilisation. Pour préparer 1 kg de plantes fraîches, il faudra 10 l d’eau, puis diluer plus ou moins, avant pulvérisation.

Le PH d’une plante étant de 6, les tisanes et toutes autres préparations sont mieux assimilées si le PH est identique. Après les transformations et avant le stockage des liquides, il faut bien sûr, bien filtrer. Corinne a recours à des pulvérisateurs classiques pour administrer ses préparations. Petit à petit, elle se diversifie. Un laboratoire et une pharmacie la sollicitent pour s’approvisionner en plantes aromatiques. Régulièrement, elle accueille les élèves du lycée de Rouffach ou un petit groupe de seniors, pour partager ses connaissances.

Biofertilisant

Une bactérie endophyte apporte de l’azote par les feuilles des plantes

Cultures

Publié le 25/02/2022

Le Raid, pour Recherche, agronomie, innovation et développement, est le service technique d’Armbruster. Il teste, depuis trois ans, le BlueN, qui s’appellera bientôt UtrishaN : une solution à base d’une bactérie se fixant sur les cuticules des feuilles des plantes pour attraper l’azote atmosphérique et le restituer à la plante. Ce soluté permet au maïs et aux céréales à paille de fonctionner comme une légumineuse. L’intérêt est de réduire la fertilisation du sol tout en obtenant le même rendement et la même qualité de production. « On est allé jusqu’à moins 90 unités d’azote, dans nos tests. Mais, actuellement, pour plus de sûreté, puisque chaque sol et climat sont différents, les agriculteurs qui choisissent la solution BlueN enlèvent de 30 à 70 unités d’azote apportées au sol », révèle Aymé Dumas, le responsable du service technique d’Armbruster. En maïs et en céréales à paille, le procédé est validé. En soja, les tests n’ont pas encore abouti car le soja capte déjà naturellement l’azote de l’air. Le Raid cherche à savoir si le BlueN ou UtrishaN boosterait le soja, avant qu’Armbruster ne le commercialise pour cette plante.

Économique et écologique

« La solution permet de réduire les apports d’azote et donc les coûts… puisqu’il y a moins d’achat d’engrais, de logistique, de main-d’œuvre, pour le même rendement et la même qualité », résume Aymé Dumas. Le BlueN ou UtrishaN est aussi écologique, puisque l’azote est fixé dans la plante. « Sur des zones de captages prioritaires, c’est une aberration de s’en passer », pense le responsable du Raid. En 2021, 1 500 ha de cultures alsaciennes avaient été arrosés avec le soluté à base de Methylobacterium symbioticum. Les premiers clients semblent satisfaits, puisqu’en 2022, du BlueN a déjà été vendu pour 1 800 ha. Xavier Gebhard, de l’EARL des Krautlander, à Artzenheim, témoigne : « en 2020, j’avais testé le BlueN, avec Armbruster, en réduisant la dose d’azote de 70 unités. Le rendement était équivalent à ce que je faisais sans la solution, avec la dose d’azote habituelle. On avait essayé sur du maïs grain. » En 2022, il a décidé d’acheter le BlueN pour ses 44 ha de maïs grain. « Quand on voit le prix de l’urée », s’exclame-t-il. Le BlueN coûte actuellement 33 €/ha, soit 17 € de moins que l’an passé.

En pleine croissance

Les meilleures conditions pour appliquer le produit sont à un stade poussant, avec une bonne hydrométrie et une température de l’air comprise entre 10 et 23 °C. Pour le maïs, le stade idéal est plus ou moins six feuilles. Pour le blé, il vaut mieux attendre que le climat soit tempéré. S’il pleut trois heures après l’application du produit, il sera efficace. Par contre, toutes les solutions à base de cuivre ou de chlore sont à proscrire, ainsi que tous les antifongiques : ils nuisent à la stabilité de la bactérie, voire la détruisent. Un kilo de solution est nécessaire pour pulvériser trois hectares de culture.

Taaka beer spa, à Strasbourg

Une bulle de bien-être unique en France

Pratique

Publié le 22/02/2022

Au Takaa beer spa, 6 rue Marbach, à Strasbourg, tout n’est que luxe, calme, volupté et convivialité ! Plongés dans un bain bouillonnant à 37 °C, infusé aux principaux ingrédients qui composent la bière – le houblon, la levure et le malt -, les hôtes se tirent des bières artisanales locales, à la pression, et trinquent, à leur santé ! Ils sont là pour un soin de la peau, conféré par le mélange odorant dans lequel ils se prélassent (surtout grâce à la levure de bière et au malt), mais aussi pour déconnecter, grâce aux vertus apaisantes du houblon, dans leur bain et dans leur verre. Pour ceux qui ne boivent pas d’alcool, une limonade au houblon de la microbrasserie Guth est servie. Après une demi-heure ou une heure de bain, selon la formule choisie, les couples, familles ou amis sortent de l’eau avec la peau douce ! Micropeeling et hydratation garantis.

Le spa à la bière

Le concept, venu tout droit de la République tchèque, a été importé, en Alsace, par Naomie Crawshaw et Paul Fruh, deux Strasbourgeois, fraîchement sortis de l’École de management de Strasbourg (EMS). Le couple avait été séduit, durant un voyage à Prague, par les spas à la bière tchèques, qui allient les passions de chacun : le spa pour Noémie, la bière pour Paul.

Dans la capitale alsacienne, les jeunes entrepreneurs proposent un parcours en trois étapes d’une heure à une heure trente : sauna, spa, salle de relaxation. Les quatre baignoires balnéo duo en bois du spa viennent de Tchéquie. Jusqu’à huit personnes peuvent donc profiter, face à face, des bains relaxants, en même temps… et en toute intimité ! Chaque séance est réservée, pour le confort de tous. Qu’on souhaite se délasser au calme ou rigoler, l’espace est dédié ; on peut se lâcher, seul, à deux, en groupe. Bien sûr, l’eau est renouvelée, après chaque client.

L’expérience est personnalisable, à souhait, sur simple demande préalable. Privatisation du lieu pour quelques heures, pétales de roses, plateaux de charcuterie, musiques (les droits sont payés à la Sacem), séances photos : presque tout est possible, sauf consommer de la bière en illimité. Les tireuses « libre-service » sont bridées… mais il y en a tout de même pour un bon litre par personne. Le spa, qui a la licence 4, est interdit aux moins de 16 ans.

Des produits locaux

Taaka beer spa est une entreprise locale qui mise sur le Made in Alsace. Taaka est la traduction de cigogne, en maori. Naomie et Paul désirent mettre en valeur leur région, sa culture, son terroir, à travers leur spa à la bière. Les matières premières sont donc alsaciennes et allemandes. Le houblon vient du Comptoir agricole, à Brumath. Ils ont choisi une variété éminemment fruitée. La levure de bière est achetée au groupe Lesaffre, à Strasbourg. Le malt, à une coopérative allemande, à Lahr : Malzfabrik Eckenstein. Les jeunes entrepreneurs réduisent les pellets de houblon et les céréales germées en poudre eux-mêmes, selon un protocole établi avec un laboratoire. Les ingrédients du spa sont conservés dans des bocaux hermétiques en verre.

La bière elle, est amenée à changer au fur et à mesure des saisons. Pour commencer, le couple, aidé d’amis qui ont dégusté à l’aveugle, a choisi une pils des Brasseurs du Ried, à Muttersholtz : « légère, parce qu’il fait chaud ici », certifie Paul. Environ 30 °C. Aucun contrat d’exclusivité ne le lie à l’une ou l’autre brasserie. Paul est gourmand, il n’a pas fini de tester.

 

 

Un parcours de plus d’un an

Les cofondateurs ont travaillé une année et demie, avant de voir leur projet enfin se concrétiser. À cause des retards de chantier, liés à la crise sanitaire, le premier spa à la bière français a ouvert près de trois mois après la date escomptée. « On a eu l’idée à Prague, en 2016. Et on n’a jamais arrêté d’y penser, confie Naomie. En 2021, on s’est dit que c’était le bon moment pour se lancer. On est jeunes, on est hébergé gracieusement à titre privé, on n’a pas d’enfants. Paul venait de finir son master. Moi, j’avais eu une première expérience chez Mars à Haguenau, qui ne débouchait sur aucun CDI. On était confinés ensemble. On avait le temps d’échanger et on avait besoin de nouveauté. » Naomie est titulaire d’un bachelor d’affaires internationales, option gestion de la chaîne logistique. Paul, son « filleul » à l’EMS, a le même diplôme, avec la spécialité négociation et management commercial.

Première étape du projet : benchmarker, c’est-à-dire, étudier ce que fait la concurrence, notamment les créateurs d’expériences insolites, à Strasbourg. Le Taaka beer spa est bien le premier spa à la bière de France. C’est un bon point. Les actuels gérants s’intéressent alors au potentiel du spa : qui seront les futurs clients, que cherchent-ils ? L’étude de marché faite, Naomie et Paul font la tournée des microbrasseries alsaciennes. Ils en découvrent une quinzaine. Ils intègrent ensuite l’incubateur à projets de l’EMS, La Ruche à projets, y montent notamment leur business plan, en participant à des ateliers. « Ça permet de récolter de précieux avis extérieurs », assure Naomie. En parallèle, ils démarchent les autres fournisseurs, trouvent leur lieu. Les travaux s’étaleront d’août 2021 à janvier 2022, avec une attention particulière sur la ventilation de la cave, l’assainissement et le chauffage de l’eau.

À 1 000 %

À la sortie de l’incubateur, les jeunes gens ont en main un business plan de 70 pages, à montrer aux différentes structures de financement. Naomie se remémore les propos de sceptiques : « ce sont des jeunes qui sortent d’école de commerce, ils veulent se faire mousser… » Pour démonter les jugements hâtifs, les idées reçues, rien de mieux qu’un dossier bien épais, qui prouve qu’ils sont « à fond », assure-t-elle. En une semaine, ils signent avec la Banque Populaire. « C’est l’humain qui prime », ajoute Naomie. Le conseiller croit en eux et au spa. À la clé, 200 000 euros de prêt bancaire. Ils bénéficient, par ailleurs, d’un prêt d’honneur d’Initiative Strasbourg, de 15 000 euros. La BPI garantit ces emprunts.

Au total, 300 000 euros sont nécessaires pour installer le spa. Les associés à 50/50 mettent 75 000 euros d’apport. La Région Grand Est subventionne le projet à hauteur de 5 000 euros, pour faciliter l’entreprenariat des jeunes. La campagne de financement participatif, contre bons cadeaux, pour acheter les tireuses à bière « bridées », dépasse toutes leurs espérances, puisqu’ils atteignent leur objectif à 1 000 % ! Cette manne permet de boucler le budget et d’avoir un peu de trésorerie, pour débuter.

La question en suspens

Nul doute que le Taaka beer spa, aujourd’hui, est déjà un succès. Après cinq jours d’ouverture, Naomie et Paul, qui n’ont encore aucun salarié, avaient déjà accueilli près de 200 personnes. « Je n’ai jamais autant fait le ménage de ma vie », souffle Paul, courbaturé. Les jeunes pensent à embaucher et rêvent de franchiser. Ils cherchent aussi une solution pour recycler l’eau des bains… riche en protéines, vitamines, antioxydants, elle serait réutilisable si, techniquement, elle pouvait être acheminée ailleurs. Dans le spa, impossible de la stocker. Aujourd’hui, elle s’écoule. Ce sont des milliers de litres d’eau usée perdus, chaque jour. « Ça nous tient à cœur de trouver comment la réutiliser », insiste Naomie. Heureusement, l’énergie de l’eau chaude d’un bain permet de chauffer celle du bain suivant.

 

 

Brumath

La ville à la campagne

Pratique

Publié le 17/02/2022

Le Festival de l’Élevage, la Foire aux oignons, le Comptoir agricole et sa collecte de houblon, Elitest, Copvial, Bureland, la Cuma Alsa Pomme : Brumath est la ville de la préproduction et de la postproduction agricoles du Nord de Strasbourg. Elle est aussi une vitrine de l’agriculture du pays de Haguenau. « Il y a une sensibilité agricole à Brumath à préserver », assure Étienne Wolf, le premier édile.

Très sollicitée pour développer l’habitat, cette commune respecte SCoT et PLU, et donc les terres agricoles, principalement cultivées par des agriculteurs d’ailleurs, puisqu’il n’y a plus que trois familles d’exploitants à Brumath : les Glasser, les Strohl et les Wenck. « Tous les terrains sont pris », note Étienne Wolf. Sur le ban communal de Brumath, beaucoup d’asperges sont cultivées : vers Hoerdt, la terre est sablonneuse. Le houblon, bien sûr, est aussi emblématique de l’agriculture locale. C’est d’ailleurs à Brumath, au Comptoir agricole, que le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie s’était rendu, fin 2021, pour son dernier déplacement de l’année, afin d’annoncer des aides à la filière houblon française, quasiment totalement alsacienne. Le maire de Brumath était convié à cette visite, pendant laquelle la dernière acquisition de la coopérative, une unité de pelletisation de houblon bio, avait été présentée. Brumath était ainsi devenue « Capitale du houblon » française.

Au conseil municipal de la Ville de Brumath, aucun agriculteur. Les anciens sont partis, les plus jeunes sont sur la liste d’opposition. Les « enfants » Glasser travaillent néanmoins pour la municipalité : l’une au service population et l’autre, au service technique. Service technique assez performant pour se passer de l’aide d’agriculteurs et de leurs machines. « Mais nous retrouvons les agriculteurs dans l’association foncière de la Ville de Brumath », pointe Étienne Wolf. Le maire garantit que, généralement, tous arrivent à s’entendre. « Actuellement, on travaille sur une piste cyclable, entre le stade et le centre-ville. Avec la Safer, on a acquis les têtes de parcelles, sur 4 m de profondeur environ. Si les paysans sont exploitants, ils ne sont souvent pas propriétaires. On essaie d’arranger tout le monde », raconte l’élu.

Étienne Wolf dit avoir souvent Franck Sander, le président de la FDSEA du Bas-Rhin, au téléphone, « car le monde agricole essaie de conserver un maximum de terres agricoles. » La loi impose, quoi qu’il en soit, des limitations, quant au « bétonnage », comme l’appellent certains. « Nous avons une bonne entente, sinon il n’y aurait plus de Festival de l’Élevage à Brumath ! Il faut répondre aux attentes des uns et des autres, au maximum ; que chacun s’y retrouve, être conciliants », insiste le maire de Brumath. Lors de la création, il y a quelques années, de la plate-forme départementale d’activités (PAD) de la région de Brumath, sur les bans communaux de Mommenheim et Bernolsheim, 120 ha avaient été requis ; des terres agricoles pour lesquelles les propriétaires avaient été rémunérés, bien sûr.

La forêt et les zones humides au service des agriculteurs

La première adjointe de la mairie de Brumath, Sylvie Hanns, est vice-présidente de la communauté d'agglomération de Haguenau (CAH), chargée des scolaires. Si elle essaie d’amener des produits bio et locaux dans les cantines des 149 collèges d’Alsace, Étienne Wolf souligne une évidence : « La production bio locale n’est pas suffisante pour toutes ces assiettes. »

Quant aux projets d’irrigation, les élus de Brumath les soutiennent… tant qu’une démarche de protection de l’environnement est en œuvre, conjointement. La Cuma des cinq chemins, à Bilwisheim, et la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), emmenée par le conseiller Patrice Denis, avancent donc « doucement » sur le dossier, d’après ce dernier. En parallèle d’un premier forage de reconnaissance dans la forêt de Brumath, en face de l’Auberge de la forêt, un bureau d’études mesure l’impact environnemental et l’impact sur la nappe d’une potentielle irrigation. Potentielle car le premier sondage n’a pas été concluant. « On est en bordure de nappe, le débit n’est pas top », confie Patrice Denis. Aucun pompage dans le plan d’eau de Brumath n’est à l’ordre du jour. « Ce n’est même pas un plan B. Nous cherchons un projet durable, dans tous les sens du terme. Il faut qu’il y ait du débit, que ce ne soit pas trop loin des parcelles à irriguer et que ce soit sans impact pour la forêt », résume-t-il.

La forêt communale, entre Brumath et le Kochersberg, traversée par l’autoroute et le canal, s’étend sur une centaine d’hectares. « Elle est relativement importante, juge Étienne Wolf. Nous l’exploitons, la reconstruisons, la replantons. » Un représentant de l’Office national des forêts (ONF) est d’ailleurs présent à Brumath. La Ville a repris un arboretum à des privés.

Brumath est la première ville à avoir mis en place un partenariat avec les agriculteurs pour la production de miscanthus, pour le chauffage de six bâtiments de la ville, rappelle Étienne Wolf : mairie, crèche, police municipale, médiathèque, la salle d’exposition la Fibule, le bâtiment de la communauté d’agglomération de Haguenau. Depuis dix ans, les agriculteurs du secteur sont incités à produire ce miscanthus qui demande peu d’intrants et peut être cultivé en zone inondable (et il y en a, à Brumath). Cette culture est aussi un refuge pour la faune sauvage locale.

Le défi de l’habitat

« Pour cette mandature, je n’ai pas de projet particulier à destination du monde agricole. Je n’ai pas été sollicité non plus », retient Étienne Wolf. Toutes les sorties d’exploitation ont déjà été réalisées ici. Le maire s’attache à développer le logement, sur sa commune. Et, au regret des agriculteurs, les « dents creuses » du centre-ville ne suffisent pas à loger tous les habitants qui se massent aux portes de l’EMS. Ils peuvent quand même être rassurés : les obligations de non-artificialisation des sols sont restrictives. Tout comme celles liées à la préservation de la flore sauvage. Lorsqu’une espèce rare est trouvée sur le lieu d’une future construction, est mise en place une aire de protection qui touche aussi les terres agricoles, relève le maire. Il fustige la rigidité des directives parisiennes et aimerait plus de libertés de décision pour les élus locaux. « Si une plante rare est trouvée sur notre ban communal, par exemple, même s’il y en a énormément sur le banc voisin, nous devons la préserver », déplore-t-il, arguant un manque de bon sens.

L’édile est aussi obligé de créer encore 600 logements aidés (ou sociaux) à Brumath, puisque la ville compte plus de 5 000 habitants. Ce seront 12 % de l’habitat brumathois. Sinon… la ville écopera d’une amende. Aujourd’hui, sur les 20 % de logements aidés que devrait compter Brumath, seuls 8 % sont en place. Le maire confie ne plus savoir où chercher l’espace. Un autre défi l’attend. « À Brumath, la population augmente mais on ferme des classes dans les écoles élémentaires », lâche Étienne Wolf. Et pour cause, rares sont les jeunes couples avec enfants, ayant les moyens d’acheter à Brumath. L’édile souhaite conclure sur la problématique de la maison alsacienne. « Chaque maire est conscient du patrimoine, sur sa commune, mais les coûts d’une réhabilitation peuvent être si énormes, lorsque la maison n’a pas été entretenue, que la Ville, la CEA n’ont pas les fonds pour sauvegarder tout le patrimoine. Il faut faire des choix », conclut Étienne Wolf, qui affirme souhaiter que Brumath « garde son âme ».

EARL Metz Christophe à Stotzheim

« Qu’est-ce qu’on ne ferait pas, par amour ! »

Pratique

Publié le 14/02/2022

« J’étais timide », confie d’emblée Christophe Metz, 54 ans, céréaliculteur et viticulteur, à Stotzheim. On a du mal à y croire, tant il est loquace aujourd’hui. Christophe est intarissable sur son exploitation, sa rencontre avec Sylvie, leur histoire, leur amour, le fruit de celui-ci : ses bonheurs. Il débite. Mais il parle peu de lui, en effet… C’est sa pétillante compagne qui le raconte le mieux. 22 ans après leur première danse, elle est toujours sous le charme de ce grand gaillard enjoué, au cœur tendre. Complémentaires, espiègles, ils s’accommodent, l’un de l’autre, des compétences de chacun, pour former un couple détonnant, efficace, à la maison comme au champ. Ils y entraînent leurs jumeaux et leur entourage dans un tourbillon de gaieté, de bonne humeur.

« En octobre 2000, je rencontre ma future épouse, dans une boîte de nuit, le Manhattan, à Haguenau », se souvient Christophe. « Il s’est mis à genoux pour m’inviter à danser », le coupe Sylvie, dans un éclat de rire. « Quand il a pris ma main, j’ai à peine osé le regarder », poursuit-elle, avec délectation. La jeune femme de 36 ans, à l’époque, est immédiatement troublée. Christophe aussi : « C’était électrique. » Le coup de foudre, ça existe. « J’avais pris des cours de danse de salon », reprend Christophe. « Et moi, j’adorais danser », complète Sylvie. Au son d’un orchestre local, « elles dansaient entre femmes », déplore l’agriculteur, 32 ans alors. Sylvie est sa préférée : sa beauté, son attitude, sa manière de bouger… et son niveau ! « Il faut quand même pouvoir s’amuser sur le parquet », lâche Christophe. Leurs premiers pas sur la piste et les premières paroles échangées confirment leurs intuitions. Ils sont issus du même milieu social en plus. Malgré la tension, les danseurs restent chastes… longtemps ! Ils se retrouvent, pendant un an, tous les vendredis soir, pour valser, rocker, tanguer, tchatcher mais respectent « leur espace vital » (cf. Dirty dancing).

Ça déménage

Sylvie est mariée et mère de deux enfants (Anne, six ans, et Emmanuel, un ado de quatorze ans), au début de sa relation avec Christophe. Il le sait, attend, patiemment, que la procédure de divorce soit enclenchée… et prépare le terrain. Christophe Metz n’est pas éleveur dans l’âme. En juillet 2001, il vend ses vaches laitières et, s’attelle à développer les cultures du tabac et de la vigne. « L’essentiel, pour moi, était de préserver les enfants », insiste Sylvie. En octobre 2001, les tourtereaux sautent enfin le pas. Après que Christophe a fait la connaissance d’Anne et Emmanuel, le jeune couple se met en ménage… à Seltz, à plus de 80 km de la ferme Metz ! Sylvie est propriétaire d’un magasin d’arts de la table et de cadeaux là-bas. Liquider la société mais aussi gérer la séparation, l’organisation familiale, lui demandent un peu de temps.

Jusqu’en 2004, Christophe fera les allers-retours entre Seltz et Stotzheim, tous les jours, ou presque… puisque le dimanche, il rejoint le corps de sapeurs pompiers volontaires de son village pour s’entraîner. « Qu’est-ce qu’on ne ferait pas par amour ! » s’exclame Sylvie… qui avait prévenu son cavalier d’un obstacle plus grand à leur idylle que ces « quelques » kilomètres. Christophe souhaite des enfants de leur union. Or des problèmes gynécologiques empêcheraient Sylvie de tomber enceinte. Qu’à cela ne tienne : si aucun bébé n’arrive, ils adopteront ! Christophe est aussi pragmatique que Sylvie honnête. Un autre chantier les attend. Installé sur la ferme familiale depuis 1991, Christophe avait acheté un terrain adjacent au séchoir à tabac, en prévision de la construction d’une maison. En 2004, Anne, Sylvie et lui emménagent, au centre-ville de Stotzheim, dans un appartement, à l’étage de la maison des parents Metz. Ils se rapprochent du terrain. Anne fait sa rentrée scolaire au CM2, à Stotzheim. « Juste avant le collège, qu’elle ait le temps de lier des amitiés », pointe Sylvie. Deux ans après, Christophe et Sylvie se marient, et commencent l’autoconstruction de leur future demeure.

Tout concilier

Pendant qu’ils bâtissent leur nid d’amour, le désir d’enfant devient plus fort. Mais Sylvie ne peut concevoir sans aide médicale. Malheureusement, en France, Christophe et elle ne sont pas prioritaires. De 2006 à 2007, ils se rendent alors plusieurs fois en Belgique. Sans succès. C’est une procréation médicalement assistée (PMA) à Barcelone qui réussira… en juillet 2007, en pleine récolte du tabac, alors que les conditions n’étaient pas optimales. Christophe a loupé le premier avion pour s’y rendre. Heureusement, il a eu le second. Malgré le coup de stress, Sylvie tombe enceinte. Leur dossier d’adoption, en parallèle, est accepté et mis en attente, le temps d’être sûr que la grossesse sera menée à terme. Sylvie passe quand même six mois sur neuf alitée. En 2008, naissent des jumeaux, Amélie et Romain. Et, en 2009, toute la famille inaugure sa nouvelle maison, pour le premier anniversaire des bébés. À sa grande joie, Anne ira au lycée hôtelier, à l’internat, ce dont elle a toujours rêvé.

« On en a surmonté des épreuves déjà », glisse Christophe, à l’attention de sa compagne. Elle acquiesce. « On apprécie d’autant mieux la vie qu’on a galéré », ajoute-t-il. Depuis 2007, Sylvie travaille avec lui, à mi-temps, essentiellement dans les vignes, et se charge de la comptabilité. À la naissance des jumeaux, les « jeunes » parents ont 40 et 44 ans. « On voulait profiter de nos enfants et les élever », précise Christophe. C’est surtout Sylvie qui s’y colle. Elle s’occupe de l’intérieur ; Christophe de l’extérieur. « Chacun son truc », assume Sylvie. Trois années de grêle sur le tabac permettent à la famille de se reposer, l’été. En 2014, cette culture est arrêtée. « Sur deux ans, j’ai calculé qu’il y avait zéro marge », souligne Sylvie. « On a récupéré des vignes pour compenser », intervient Christophe. Depuis, la famille part en vacances, chaque été. Amélie et Romain sont ravis. Natation, danse, foot, piano : les adolescents s’éclatent toute l’année. « Et ils nous le rendent bien », assure Christophe. « Ils sont parmi les premiers de la classe », abonde Sylvie. Quand est-ce que les parents s’aménagent un moment rien qu’à eux ? « Rarement », admet Sylvie. Mais en août 2022, ils comptent bien se retrouver cinq jours en amoureux. Ce ne sera pas le cas à la Saint-Valentin. Sylvie et les jumeaux ont prévu un apéro dînatoire alléchant : il y en aura pour tous les goûts. « On sera tous ensemble », se réjouit Sylvie.

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