Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Point sur la campagne

La qualité plutôt que la quantité

Technique

Publié le 25/05/2022

« La grosse période de récolte d’ensilage, c’était les dix premiers jours de mai », résume Laurent Fritzinger, conseiller en cultures fourragères à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), basé dans le Bas-Rhin. Son homologue haut-rhinois, Jean-François Strehler, acquiesce. Cette année 2022, les situations sont quasiment similaires du nord au sud de l’Alsace, avec toujours un temps de retard, en altitude. La pousse de l’herbe, comme celle des méteils, a mis du temps à décoller, en avril, à cause des températures fraîches et du manque de précipitations. « Ça s’est mis à produire, fin avril, début mai, remarque Jean-François Strehler. Mais, dans le Sundgau, il y a quand même eu des ensilages très précoces, début avril. » Dans le Bas-Rhin, les premiers ensilages ont été réalisés mi-avril. Aujourd’hui, tous les ensilages d’herbe ont été opérés, en plaine. Si les rendements sont un peu plus faibles que l’an passé car les tiges plus courtes et la densité moins importante, la qualité est meilleure.

« Puisqu’il n’y a pas eu de pluie, les récoltes ont eu lieu deux à trois semaines plus tôt que l’année dernière, à un stade conforme à ce que l’on recherche. La qualité devrait donc être au rendez-vous », avance Laurent Fritzinger. Rien de plus logique : le soleil a brillé. Il permet la photosynthèse, qui entraîne la production de sucre. « Aux premiers ensilages de ray-grass, mi-avril, les ETA râlaient : l’herbe bouchait les ensileuses. Il y avait trop de sucre, ça collait », enchaîne le technicien. Un bon signe ! « Le bilan serait même plus que positif pour les premières coupes », s’exclame Laurent Fritzinger. Le conseiller pense que l’un ou l’autre agriculteur a osé les premiers foins, cette semaine, dans le Bas-Rhin. « On va vers la floraison, les graminées sont bien épiées. Les stades sont idéaux, maintenant, pour faire du foin », assure-t-il.

Tous les voyants sont au vert, cette année, côté fourrages ! Même si les rendements sont un peu plus bas qu’en 2021, la qualité, en 2022, rattrape le manque à gagner. « Ce qu’on gratte en valeur alimentaire, au départ, on n’a plus à le chercher en complétant la ration », remarque Laurent Fritzinger. Il ajoute : « la qualité est aussi liée à la récolte. » « Les conditions de récolte sont optimales, cette année », lâche, d’ailleurs, Jean-François Strehler. Avec de larges fenêtres, sans pluie, le fourrage est propre, sec. Il se conservera bien. « L’herbe n’est pas souillée par la terre », précise Laurent Fritzinger. Moins mais mieux : c’est ce qui caractérise la production, en 2022. Aucune tension sur la quantité, non plus, car il y a du stock, encore, dans les fermes, qui date de 2021. C’est la pluie qui déterminera la suite de la campagne : s’il y en a suffisamment, la deuxième coupe sera belle, les températures et le soleil étant au rendez-vous.

Pâturage et dégâts de cervidés

Dans la plaine d’Alsace, de plus en plus d’animaux sortent, sur le secteur de collecte Alsace lait, suite à l’incitation à produire du lait de pâturage. « À l’explosion de la pousse de l’herbe, mi-mai, les éleveurs ont constaté une augmentation des volumes et de la qualité du lait produits », rapporte Laurent Fritzinger. Les dégâts de gibier ne sont pas catastrophiques, sur l’herbe, en plaine. En montagne, ils sont moins importants que l’an passé mais ceux de cervidés « persistent, malheureusement », sait Marie-Joëlle Bellicam, conseillère en fourrages et prairies de montagne, à la CAA. Le « déprimage » censé être amorcé par les bovins est déjà fait par les cerfs, lorsque les vaches sortent ; en avril, cette année, la « date habituelle ». « Les premiers animaux sont sortis, dans les vallées de Munster et de la Weiss, début avril, et les derniers, à Thann, Saint-Amarin, vers le 25 du même mois. Les dernières génisses qui montent, en altitude, ont pris leur quartier d’été, aux alentours du 18 mai », détaille Marie-Joëlle Bellicam. Les premières coupes ont eu lieu, cette semaine, en montagne, avec trois semaines d’avance sur les dates habituelles, sauf dans les vallées de Munster et de la Weiss, où elles ont déjà commencé le 10 mai. Les fortes chaleurs freinent la croissance de l’herbe et la dessèchent. « On accélère la fauche de l’herbe pour ne pas qu’elle se transforme en paille, avant la récolte », constate la technicienne. Elle observe aussi que la qualité sera très bonne et la quantité moindre, par rapport à l’année précédente. En ensilage de méteil, idem, ajoute Jean-François Strehler, par ailleurs.

Concernant les dégâts de gibier, en montagne, Claude Schoeffel, éleveur du Gaec Schoeffel-Pierrel, à Fellering, premier adjoint de sa commune, en charge de la chasse, et élu à la CAA, suit de près le dossier. Sur son exploitation, en 2021, il a constaté 14 ha de dégâts causés par des sangliers et seulement 3 ha, en 2022. Mais la flore d’une de ses parcelles, détruite aux deux tiers, l’an passé, « ne s’est pas remise », souligne-t-il. Il explique la baisse des dégâts causés par les sangliers par l’évolution de l’agrainage, à la baisse aussi, et par l’intervention des lieutenants de louveterie et des chasseurs, à la hausse, conformément aux engagements préfectoraux, notamment, pris suite aux revendications des syndicats agricoles, unis. Quant aux cervidés, les comptages mettent en lumière un pic de population, l’année dernière, dans le parc naturel régional du Ballon des Vosges, atteste-t-il. S’il n’avait pas commencé à faucher, à l’heure de l’interview, il partage ses observations de 2021 : à la première coupe, il avait perdu 23 % d’herbe, en comparaison avec un enclos adjacent « repère », à la deuxième, 49 %, et il n’y en a pas eu de troisième car il ne restait plus « rien », à l’extérieur de l’enclos. « L’aspect plus sournois de la pression des cervidés est le risque sanitaire. Il n’y a aucune gestion sanitaire des cerfs. Aujourd’hui, des vaches avortent, d’autres n’ont pas de chaleur… Et si certaines maladies se transmettaient des cerfs aux bovins ? », questionne Claude Schoeffel.

Restaurant Le Pont tournant, à Strasbourg

Le nouveau chef mise sur les produits locaux

Pratique

Publié le 21/05/2022

Filet de truite des sources du Heimbach, asperges d’Alsace, pigeons de Théo Kieffer, éleveur à Nordhouse, riesling de la cave Fend, à Marlenheim : au menu de ce printemps, Julien Rodriguez, le jeune chef du Pont tournant, restaurant de l’hôtel cinq étoiles Régent Petite France à Strasbourg, ne lésine pas, en accord avec le sommelier, sur les produits locaux. Les agriculteurs et viticulteurs alsaciens sont à l’honneur ici… à condition qu’ils produisent en quantité suffisante et livrent l’établissement. Chaque convive doit retrouver la même qualité de produit, du même terroir, dans son assiette et dans son verre, bien sûr. Qu’on soit le président italien et sa suite et qu’on occupe la moitié des 72 chambres de l’hôtel, comme ce fut le cas mi-avril, ou un jeune couple qui casse sa tirelire, on est nourri ici à la même enseigne.

Raifort et agrumes

Pour savourer l’Alsace et l’ailleurs, Julien Rodriguez sait mettre à l’aise. Simplicité, efficacité, gourmandise, aussi. Le chef magnifie les produits et les harmonies traditionnelles, avec un zeste de modernité. Les hôtes étrangers entrent en matière, les locaux redécouvrent les goûts qui les façonnent, depuis l’enfance. Quelques pincées de raifort assaisonnent le fromage blanc aux fines herbes, la sauce hollandaise qui accompagne les asperges se pare de vinaigre au yuzu et à la mandarine… des morilles rappellent les sous-bois rhénans, en ce moment. C’est croquant, rafraîchissant, tendre, doux et piquant, comme la bise au printemps. Et s’il y a besoin de dépaysement, la chakchouka régalera les amateurs d’épices du Maghreb.

 

 

Sorti de sa coquille

Julien Rodriguez est originaire du Nord-Pas-de-Calais. Il est arrivé fin 2014 au Pont tournant, comme commis, après avoir fait ses classes à l’Auberge du Père Bise, au lac d’Annecy, notamment. Il devient second en 2019 à Strasbourg, et remplace depuis l’été 2021, son ancien chef. Le trentenaire a amené avec lui en cuisine la bienveillance et la chaleur chti, et toutes les inspirations qu’il a glanées durant ses périples. Mais il insiste : « J’ai découvert l’Alsace et j’en suis tombé fou amoureux. » Et parce qu’il faut toujours se surprendre dans un couple, et qu’on ne se connaît jamais assez, Julien est en quête constante de nouveautés. Le trentenaire serait tenté par des escargots locaux… Ses yeux pétillants s’allument d’un feu nouveau. Qui dit mieux ?

 

 

Jean-Philippe Muller, juge simmental au Festival de l'Élevage, à Brumath

Fan de la première heure et amoureux de la race

Élevage

Publié le 16/05/2022

« Je suis très flatté et honoré d’avoir été choisi par le syndicat de la race simmental française d’Alsace pour être juge au concours du Festival de l’élevage de Brumath », débute Jean-Philippe Muller. Le sexagénaire est émotif. Il risque d’écraser une petite larme, prévient-il, s’il prend le micro, le jour J, pour remercier de la confiance qu’on lui témoigne. « C’est l’aboutissement de soixante années de passion - d’amour, même -, de travail de l’ombre. C’est la reconnaissance de mes savoirs », enchaîne le passionné.

Jean-Philippe Muller est fils d’éleveurs d’Alsace Bossue. Il a grandi, entouré de simmentals. À tel point que, lorsque, bébé, ses parents l’emmènent à la Foire européenne de Strasbourg, il pleure sans discontinuer, jusqu’à ce qu’ils l’amènent, près des… vaches ! Bien sûr ! « Je suis un passionné de vaches. Je les aime toutes. Mais je préfère les simmentals. Mes parents les élevaient autant pour leur lait que pour leur viande. Ils les avaient choisies pour la mixité de la race et parce qu’elles valorisent l’herbe. Elles n’ont jamais mangé de maïs, chez eux », raconte Jean-Philippe. Menuisier, l’homme n’a pas repris l’élevage… par amour ! Toujours, son cœur le guide. Son épouse était contre. Mais il n’a eu de cesse d’aider ses parents et n’a jamais perdu le contact avec les éleveurs alsaciens de simmentals. Il est resté dans le bain. D’ailleurs, de 1995 à 2005, il avait son stand « privé », à la fête brumathoise, pour promouvoir la race.

Branché

Depuis deux ans, lui, qui est aussi aviculteur amateur (il a des poules, des canards, des pigeons, des lapins), anime le groupe privé Facebook « Fan de la race simmental ». Avec 2 600 membres, « c’est une porte ouverte sur le monde », constate-t-il. Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Mexique : de partout, des éleveurs suivent les nouvelles publiées sur la page et, plus rarement, commentent. Dans tout l’est de la France, la race simmental est aussi bien représentée, ainsi que dans l’Aveyron, le Puy-de-Dôme, le Cantal. « La simmental plaît de plus en plus, et hors de son berceau d’origine : la Suisse, d’où elle vient ; l’Allemagne, qui la domine sur la productivité, en génétique, aujourd’hui ; les USA, l’Angleterre, l’Autriche », énumère-t-il.

L’expertise de Jean-Philippe est connue et reconnue, à l’international. Il a participé à plusieurs concours français (dont celui organisé par l’organisme de sélection de la race) et allemands, en ligne, ces dernières années, durant lesquels il votait, à distance, pour ses animaux préférés. Les juges commentaient, ensuite, leurs propres notes, aux internautes. Mais le sexagénaire court les concours, en France, depuis déjà la fin des années 1980. « J’étais au premier concours Eurogénétique, à Épinal », se souvient-il.

Vive la mixité !

Les préférences de Jean-Philippe vont aux « animaux mixtes, les plus représentatifs de la race ». « Le 9 mai, j’ai partagé une photo, sur le groupe Facebook des fans de la race simmental, du type de bovins que j’aime voir. Je sais ce que je veux. Et je ne ferai pas de favoritisme, prévient-il, en riant. Je connais les éleveurs mais je resterai neutre, impartial. C’est l’animal qui compte, non la personne qui le mène, s’exclame-t-il. Et c’est la bête telle qu’elle est le jour J. Je n’irai pas, dans les élevages, avant le Festival. Je découvrirai les animaux le jour du concours. Je ne connais ni leur nombre, ni leur âge, ni leurs productions. Rien. » Jean-Philippe sera le seul juge, à Brumath. Il sera assisté d’un ringman, qu’il consultera, mais il aura le dernier mot. « Je serai seul maître et juge », plaisante-t-il.

Il y a fort à parier que le juge Muller préférera les bêtes sans corne… « Mes parents étaient sans doute les premiers éleveurs de France à avoir une vache sans corne, au début des années 1990, quand il n’y avait même pas encore d’importation de paillettes », confie-t-il. Jean-Philippe a poussé à l’innovation. En 2005, il écrit un article sur la génétique sans corne simmental, pour l’Allemagne. Il y a gardé de bons contacts, assure-t-il. Là-bas, la moitié des bêtes n’a plus de cornes, aujourd’hui, quand, en France, seuls 20 à 25 % des animaux présentent cette caractéristique.

Jean-Philippe Muller partage surtout son envie de revoir tous les éleveurs qu’il côtoyait, avant le Covid. « Ce sera un réel grand plaisir de revoir tout le monde, à Brumath », lâche-t-il. En attendant, il dévoile ces quelques vers, de sa composition : « Robe froment ou robe rouge, On m’appelle communément Pie-rouge ; Unies, tachetées ou bien fleuries, On nous trouve toutes jolies. » La suite, peut-être, à l’oral, sur le ring ou dans les allées du Festival… et en encadré, ici.

Solidarité internationale

La première fête de l’Afdi Alsace

Vie professionnelle

Publié le 10/05/2022

La journée festive et solidaire Paysans du monde n’avait pas eu lieu depuis 2019. À la faveur d’une accalmie de Covid et de la fusion des deux Afdi du Bas-Rhin et du Haut-Rhin en l’Afdi Alsace, l’association renoue avec ce temps de partage et d’informations ludique, ce dimanche 15 mai à la ferme Isner, à Rouffach. Parce qu’une majorité de bénévoles sont haut-rhinois (pour l’instant), la fête a encore lieu dans le sud, cette année. Mais le dynamisme de la toute jeune Afdi Alsace (la fusion date de septembre 2021) en interpellera plus d’un et tendra à équilibrer la donne pour sûr !

Au programme des festivités, dimanche de 10 h à 17 h, il y aura un parcours animé de 40 minutes, à la découverte des actions de l’association de solidarité internationale, au Cambodge, en République du Congo et au Mali ; des mini-conférences, avec la participation d’un agriculteur congolais expérimenté, Joseph Nkounkou, spécialisé en volailles, à la tête d’une ferme pilote dans le département du Pool ; un marché paysan (avec, bien sûr, des mangues du Mali, commercialisées via le GIE alsacien Mangue solidaire) ; de la restauration alsacienne et africaine ; et des contes africains pour petits et grands, avec Innocent Yapi, à 14 h et à 15 h. Les enfants seront les bienvenus : sur des stands dédiés, ils pourront jouer. Le 15 mai sera dense, à la ferme Isner, qu’on rejoint en suivant les panneaux « Asperges Ferme Isner », depuis la route des Cerisiers, à Rouffach. La fête promet d’être belle. Bénévoles et administrateurs sont impatients de communiquer sur les partenariats entre agriculteurs alsaciens, cambodgiens, congolais et maliens.

 

 

Le manguier qui cache la forêt

« Avec l’Afdi 68, au début des années 2000, on a commencé à communiquer sur les mangues et leur vente. On avait baptisé notre fête annuelle la Fête de la mangue. Le produit était encore peu connu en Alsace. Il fallait le mettre en lumière. Mais on a été victime de notre succès ! On ne nous connaissait plus que pour ça ! Alors que nos actions au Mali et ailleurs, ce sont bien plus que des passerelles économiques, c’est-à-dire des partenariats économiques responsables et des produits d’exportation. C’est pour ça qu’en 2019, on a appelé notre journée de sensibilisation festive Paysans du monde », explique Dominique Haegelen, le président d’Afdi Alsace, agriculteur à Wittelsheim.

Dans le sud du Mali, outre la consolidation de la filière mangue d’exportation, notamment par l’amélioration de la production, l’Afdi Alsace a apporté son expertise technique et son soutien financier à l’installation des jeunes et à la formation dans le maraîchage, l’élevage et la transformation laitière, pour la consommation locale. Au nord de ce pays, l’Afdi a dû abandonner ses actions sur la riziculture entre autres, suite à l’envahissement de la région par des djihadistes en 2012. « L’échelle de valeurs n’est pas la même, ici et là-bas. En Alsace, on se bat syndicalement au sujet des charges trop lourdes, etc. En Afrique, le quotidien c’est souvent trouver à manger, à boire, se vêtir. De manière générale, j’ai pris du recul », confie Laurent Fischer, vice-président d’Afdi Alsace et de la FDSEA du Bas-Rhin, aviculteur et céréalier à Lingolsheim. Le quinquagénaire s’est engagé à l’Afdi lorsqu’il était encore Jeune agriculteur. Aujourd’hui, il est responsable du groupe de travail sur le Congo-Brazzaville. Dans ce vaste pays, où certaines productions sont les mêmes qu’en Alsace (volailles, bovins, maïs, soja), le développement agricole passe par quatre fermes pilotes. La structuration des filières est aussi un enjeu de taille, alors que la majorité des travaux se fait encore à la force du poignet. « En maïs par exemple, sur ces dix dernières années, des agriculteurs se sont regroupés, un bâtiment a été construit, un batteur à moteur mis en place. Avant, ce sont les femmes qui égrenaient », illustre Laurent Fischer.

Être entendus

François Jenny, lui, est responsable du groupe de travail sur le Cambodge. Il est aussi trésorier de l’Afdi Alsace. C’est un ancien salarié de la CAC, la coopérative agricole haut-rhinoise, preuve (s’il en fallait) que l’association est ouverte à tous. « J’étais trois fois au Cambodge. C’est une belle aventure, depuis 2013. Avec peu de moyens, les agriculteurs y font de grandes choses. Mais 80 % des légumes consommés viennent encore du Vietnam voisin. Un des buts est de promouvoir les produits locaux sur les marchés », témoigne François Jenny. Au royaume du Cambodge, la fédération nationale des exploitants agricoles cherche à être mieux représentée dans les instances nationales. L’installation et la formation y sont aussi des chevaux de bataille. Le riz, les fruits et légumes, la volaille, dont le canard, le porc, les bovins sont les principales productions. Un jeune agriculteur cambodgien devrait venir en Alsace en juin, dans le cadre des échanges entre professionnels.

A priori, l’obtention du visa sera plus facile pour lui que pour ses homologues congolais. « Avec nos actions ici, nous espérons que tous comprennent que les agriculteurs du monde entier aiment leur terre, leurs terroirs, leurs cultures. Tous ceux qu’on accueille ici quelques jours, sont heureux de rentrer ensuite, motivés à faire mieux… surtout quand on les reçoit en hiver, plaisante Dominique Haegelen. Les migrants, quels qu’ils soient, ne quittent jamais leur pays par plaisir mais, parce qu’il y a un problème chez eux. La guerre en Ukraine nous le rappelle. »

 

 

Maraîchage de conservation, à l’EARL Terre Activ’

Comment produire des légumes, après prairie ?

Cultures

Publié le 07/05/2022

« Notre base de fonctionnement et de raisonnement, c’est la prairie. Ici, dans les Vosges du Nord, on est dans une zone où l’élevage prime, à 90 %, parce que la prairie est la plus adaptée, globalement, au terroir. À Niederbronn, c’est de la colline, on a très peu de parcelles plates. Là, l’orientation des parcelles est Sud-Est, Nord-Est. L’exposition est pas mal mais le fait que ce ne soit pas plat, c’est aussi un frein à la mécanisation, en plus de la nature argilo-limoneuse du sol. Le travail du sol réduit le potentiel de rétention d’eau de cette terre. Et, là où elle est sableuse, comme à Ingwiller et Wimmenau, elle ne retient que très peu l’eau. À cause du relief et du sol, on ne peut pas homogénéiser facilement la manière d’agir, sur ce territoire. C’est pour ça que les prairies sont majoritaires. Ce sont les plus faciles à exploiter et elles valorisent le mieux le terroir », pose Jean Becker.

Le trentenaire a choisi, lui, le maraîchage, parce qu’il y a de la demande, autour de Niederbronn, pour des fruits et légumes locaux, en vente directe, et qu’il accède difficilement au foncier. Installé depuis 2012, Jean Becker cultive ses parcelles sur trois communes : Ingwiller, le cœur de l’exploitation, Niederbronn et Wimmenau. Au total, il n’a pas plus de 4,5 ha. Et puis, l’homme aime les challenges. « Il y a toujours une solution pour produire des légumes », dit-il. Depuis son installation, il y en a eu d’autres, dans les Vosges du Nord, en maraîchage, mais peu. En dix ans, Jean est passé d’un maraîchage bio classique à un maraîchage bio sans travail du sol, en agriculture de conservation des sols (ACS) et techniques culturales simplifiées (TCS). Confronté à des rendements trop aléatoires et des dégâts de machines, là où les sols sont lourds, il a changé de pratiques, en 2015. « On a trois systèmes différents : le système extensif en plein champ, à Niederbronn ; le système sous abri, intensif, à Ingwiller, qu’on désintensifie, aujourd’hui ; et le système intermédiaire à Wimmenau, en plein champ, entre l’intensif et l’extensif. Les trois systèmes sont indépendants, les uns des autres, mais reposent sur les mêmes bases agronomiques, aujourd’hui », développe Jean Becker. Quelles sont ces bases ? « Les couvertures permamentes de sol, l’humidité tout le temps pour que le sol soit vivant, penser aux légumes, à la production, mais aussi aux plantes régénératrices, et à nourrir le sol », énumère le maraîcher.

Jean rode sa technique depuis sept ans, à Niederbronn et à Wimmenau, en plein champ, et depuis deux ans, à Ingwiller, sous tunnel. Mais son étalon, c’est Niederbronn. C’est là qu’il n’y a plus aucun travail du sol, quand, dans les sols sableux, un coup d’outils à dent (dents vibrantes, buteuses, bineuses), au printemps, puis de herse étrille, permet de réchauffer le sol et de faire des cultures sur buttes. « Comme on est sur des sols peu fertiles, en sable, on n’aura jamais une fertilité terrible mais on la maintient au mieux, et tout le temps, pour que ça bosse bien. On intervient, tout le temps, mais peu ; on fractionne en engrais (3/4/4 et 5/8/10) et on irrigue tous les jours ou deux jours, par aspersion, pour humidifier toute la surface et, ainsi, favoriser l’enracinement ; alors qu’à Niederbronn, ce sont des sols qu’on n’amende pas, lorsque la culture est implantée, et qui ont de la réserve hydrique (supérieure à 100 mm). À Niederbronn, si on travaille les sols, à la moindre précipitation, ça ravine, ça s’écoule. Mais il y a plein de cultures qu’on ne fera pas, là-bas, aussi parce qu’il n’y a pas d’irrigation », différencie le maraîcher. Si Jean est arrivé au bout de la démarche d’ACS et de TCS, à Nierderbronn, il n’y plante que des courges (douze variétés) et, des oignons et échalotes de conservation. Ce sont ses parcelles les plus éloignées : il a tout intérêt à y intervenir le moins possible, en dehors des contraintes agronomiques pures.

Un système abouti en plein champ

Concrètement, à Niederbronn, la rotation dure quatre à cinq ans : trois à quatre années de prairie pour une année de courges, parfois suivies d’une année d’alliacés (oignons et échalotes de conservation). Les toiles tissées (en plastique, perméables) sont posées sur la prairie, idéalement, dix semaines avant plantation. En 2022, « on est à la bourre, à cause des pluies », confie Jean. Pour que le processus de dessèchement, de fermentation, de décomposition, de la matière (de l’herbe et des racines) soit en phase avec la minéralisation, pour nourrir, à l’implantation, la culture, le mieux est d’occulter la prairie un peu plus de deux mois avant. « Les végétaux dessèchent sous la toile et ça forme un tapis de biomasse », témoigne Jean Becker. Les courges sont plantées en mai (un pied tous les 1,5 m2), dans les trous de la toile tissée. Jean ne désherbe plus du tout car ce qui reste d’herbe, à cet endroit ne concurrence pas les courges. Au contraire, cet apport d’humidité, les étés secs, aide les fruits à se développer, encore mieux. Idem, après plusieurs tests d’apport de 50 à 60 unités d’azote, sur les courges, Jean n’amende plus car il n’a observé aucune différence significative. Le rendement en courge est moyen : de 15 à 20 t/ha. Mais 90 % de la production sont valorisés, affirme Jean Becker. Et, entre la plantation et la récolte, il ne fait… rien ! « On attend », plaisante le maraîcher… qui décale, finalement, les périodes de travail. La pose des toiles a cours en période creuse, en hiver, quand il n’est pas surchargé. « Alors que si tu bines, ce n’est pas possible de décaler le binage », donne-t-il, pour exemple. Au printemps, son maraîchage de conservation des sols, via la technique d’occultation, lui permet d’être présent sur ses autres parcelles. « Et, lorsqu’on soulève la toile, après la récolte, la terre est restée très humide et très structurée, très grumeleuse », plaide-t-il, en faveur de sa technique. Si le sol a une mémoire, il peut être reconnaissant.

« Par contre, ces sols-là, dès qu’ils sont nus, le vent les assèche et ça croûte. Il se forme une croûte de battance. Le profil va alors s’assécher, au fur et à mesure. Donc il ne faut jamais les laisser découverts trop longtemps. Que ce soit par des bâches ou par de la végétation, il faut toujours que le sol soit couvert, pour que ça puisse rester humide », spécifie Jean Becker. Des tapis de turricules de vers de terre (plus concentrées en fertilisants) prouvent que le sol est bien vivant et habité. L’inconvénient est que l’humidité permanente amène des limaces sur ces parcelles de 8 à 10 m de large mais très longues, jusqu’à 180 m. La plus grande, à Niederbronn, mesure 80 ares. « On essaie d’imiter le fonctionnement de la prairie, puisqu’ici, elle produit, tout le temps », insiste Jean Becker. En été et début d’automne, la végétation qui est repartie, après une année de production de courges est broyée pour que la parcelle redevienne une prairie de fauche, les années d’après. « On travaille comme ça, avec les éleveurs. C’est un échange de service : fourrage-fumier. Avec leurs broyeurs, ils passent, jusque sous les arbres, ils ramassent et ils apportent des déjections animales. Je ne vends pas d’herbe sur pied, pour l’instant », enchaîne Jean. Il convient que la rotation est longue. Améliorer le sol et produire : Jean réfléchit vraiment aux deux tableaux. La vision annuelle, c’est la production, qui permet de tourner, économiquement, et l’objectif, à moyen, long terme, qui permet d’améliorer les conditions du sol. « Ça fait beaucoup de temps sans production, sans légume, mais ça fait une année très productive, sans intrant, et sans autre travail que poser les toiles, planter et récolter », constate-t-il.

Approfondissement sous tunnels

Outre l’intérêt de nourrir le sol et les plantes, et d’éviter le désherbage, la toile tissée permet d’obtenir des fruits propres à la récolte. « On n’a pas besoin de les laver avant la vente, ni pendant l’automne, ni l’hiver », remarque Jean Becker. Il rappelle, au passage, qu’un fruit ou un légume qui se conserve bien est un fruit récolté mûr. Il y a deux ans, il a exporté à Ingwiller, la technique, éprouvée à Niederbronn, dont sous tunnel. Mais il l’a adaptée. « Cet itinéraire-là fonctionne sur tous types de sol. À 70 % de sable, aussi. Les rotations sont plus courtes, à Ingwiller, sous abri, car nous n’en avons que 2 000 m2 mais, dès que l’on s’agrandira, en tomates, je compte passer à une rotation de quatre à cinq ans », prévoit Jean. Aujourd’hui, il produit des légumes une année sur deux, en plein champ, à Ingwiller. Le rendement, en tomates, est de 60 à 80 t/ha. L’année sans légume est aussi une année de couvert végétal, comme à Niederbronn, et qui est souvent pâturé par des animaux, sur place. Les analyses de sol réalisées, à Ingwiller, sont formelles : la terre est passée d’un peu plus d’1 % à un peu plus de 2 % de matière organique entre 2017 et 2021.

Sous abri, Jean Becker tend à se spécialiser en légumes primeurs. « Actuellement, on est en récolte pour les bottes de radis. On fait de l’ail nouveau, aussi. Et, dans les prochaines semaines, on récoltera des choux-raves et des fenouils. Les navets aussi vont arriver. Puis, en été, on produit beaucoup de tomates, aubergines, concombres », détaille Jean. Les légumes de cycle court, qu’il récolte, après occultation de prairie, à Ingwiller, sont magnifiques, selon lui : rutabagas, choux-raves, fenouils. « Ils poussent de manière très homogène et avec des rendements très bons. Les calibres sont moyens à gros, très corrects », assure-t-il. Jean récupère les déchets de légumes de cuisines collectives et les cendres d’une chaudière à plaquette. Ils sont épandus sur les parcelles restées en herbe. « On fait de l’amendement, de la fertilité, avant légumes, mais sur prairie », paraphrase-t-il.

« En ACS et TCS, il n’y a pas de recette. Ce sont des stratégies à adapter pour améliorer la rentabilité de l’exploitation, à long terme », conclut Jean Becker. Le même itinéraire est utilisé pour les courgettes, à Ingwiller, que pour les courges, à Niederbronn, par exemple. Jean Becker pense être arrivé au bout de la démarche. « Mais l’échange avec les collègues reste très important. De rotation en rotation, on affine. L’objectif, sous abri, est aussi de tester de nouvelles cultures, de se diversifier, puisque la surface le permettra, bientôt, avec, notamment, des cultures plus tropicales, qui émergent : manioc et igname, qui peuvent fonctionner sous nos latitudes. On a déjà testé la patate douce. Sans bouleverser le système, on va encore innover », planifie-t-il. L’élevage peut être une autre piste de développement. Un atelier volaille ou petits ruminants, comme des ovins, porté avec un (e) confrère, plutôt pour de la vente directe, serait le bienvenu, « agronomiquement » parlant, bien sûr.

 

Le parcours de Jean Becker

Des choix stratégiques qui servent sa vocation

Comme ses itinéraires culturaux, le parcours de Jean Becker a été pensé… et ce, dès le lycée !

Jean Becker, 38 ans, a « toujours » voulu s’installer. Enfant et adolescent, il a passé beaucoup de temps dans des fermes de polyculture élevage du secteur de Niederbronn et au Pays de Bitche. Ses grands-parents étaient éleveurs de bovins lait et viande. « Le virus m’a attaqué et ne m’a plus quitté », dit-il. Après un bac général scientifique, à Haguenau, et un DUT Génie biologique, option agronomie, à l’IUT de Colmar, Jean a poursuivi en licence professionnelle, en apprentissage, à l’université Jules Verne, à Amiens : Agriculture, agronomie et développement durable. Il a ainsi travaillé pour une union de coopératives céréalières, dans la Somme et dans toute la Picardie. « Je m’occupais de sols. On utilisait un logiciel qui permettait de faire du conseil à la fertilisation, à partir des analyses de sol, avec la prise en compte des objectifs de production et de beaucoup d’autres critères, parce qu’on était en zone fragile, réglementée par la Directive nitrates. C’était du conseil adapté à la parcelle. En parallèle, avec Thierry Tétu, responsable de la licence, agriculteur et chercheur, nous avons abordé les prémisses de l’agriculture de conservation », se souvient Jean Becker. Il acquiert un œil de technicien pour améliorer et développer les systèmes.

Sa licence en poche, le jeune homme remplace l’animateur d’Afdi 68, en 2005. Il se rend au Mali, où il participe au développement de la filière mangue ; entre autres expériences enrichissantes. Puis, il devient ouvrier agricole, trois ans durant, dans des fermes bas-rhinoises qui produisent des légumes et des fruits, pour se spécialiser. « Le maraîchage, c’était une passion, autour des jardins familiaux, des potagers, dans lesquels je travaillais beaucoup, plus jeune. J’avais envie d’acquérir de l’expérience auprès de professionnels », précise-t-il. Jean expérimente, ainsi, les limites des techniques très interventionnistes, en bio, confie-t-il, et découvre les TCS en céréales. De 2008 à 2012, il devient formateur, pour adultes, en maraîchage.

Si l’élevage l’intéresse aussi, s’installer en maraîchage est plus facile, « en partant de zéro ou presque », par rapport aux surfaces nécessaires. « Mais, quand je vous parle des pratiques prairiales pour produire des légumes, ça ne vient pas de nulle part », souligne-t-il. Jean Becker s’installe en 2012, à Wimmenau. Il est en location. Puis, il rachète des terres familiales, à Niederbronn, et, en 2013, loue des parcelles à Ingwiller. Son DUT vaut capacité agricole. En bio, dès l’installation, Jean commence les TCS et l’ACS en maraîchage, en 2015, après avoir constaté l’aléatoire de sa production, lorsqu’il travaillait les sols. Dans un groupe Dephy, cinq ans durant, sur la fertilité des sols en maraîchage, il intervient, toujours, en formation adulte, au CFPPA d’Obernai, fort de ses observations.

Vita-Compost, à Bischwiller et Dettwiller

« Tous les matériaux naturels pour le jardin et l’agriculture »

Pratique

Publié le 05/05/2022

L’activité principale de Vita-Compost est le retraitement des végétaux du Smitom de Haguenau-Saverne, le syndicat mixte de traitement des ordures ménagères du secteur sur lequel sont implantées les deux plateformes de compostage de l’entreprise : Bischwiller et Dettwiller. De 30 000 à 35 000 t de végétaux y sont broyés et « criblés », chaque année, avant d’être retournés, puis triés à nouveau, jusqu’à devenir, entre autres, des amendements ; parfois, une très fine terre, mélangée, à la demande, à du fumier ou de la corne. « Aucune boue d’épuration n’est acceptée. Notre compost convient donc aux agriculteurs et maraîchers en bio », précise Jean-Noël Graf, 35 ans, dirigeant de Vita-Compost, depuis un an, avec son épouse Jennifer. Le père de famille est aussi céréalier et entrepreneur à Niederroedern.

Amender et aménager

Entreprises et particuliers peuvent aussi décharger leurs déchets verts et gravats, sur les plateformes. Ils ne repartent généralement pas la remorque vide, puisque « tous les matériaux naturels pour le jardin et l’agriculture sont disponibles, en gros volume, immédiatement », chez Vita-Compost, à Bischwiller, Dettwiller et, sous forme de drive, à Niederroedern. Jean-Noël Graf met un point d’honneur à avoir du stock et à être réactif. Outre les mélanges spéciaux d’amendements personnalisés, Vita-Compost propose de charger ou de livrer à domicile, en un temps record. « Les clients ne restent jamais garés plus de dix minutes », assure le dynamique trentenaire. Auprès des agriculteurs, les mulchs frais, très accessibles, ont toujours la côte, mais aussi le compost réalisé à partir de végétaux présélectionnés (sans conifères) et le bois énergie. 5 000 à 10 000 t de plaquettes d’élagage sont vendues à des chaufferies de la région, chaque année, précise d’ailleurs Jean-Noël Graf. Les exploitants agricoles trouvent aussi tout ce qu’il faut pour aménager l’extérieur de la ferme, chez Vita-Compost : pierres naturelles, écorces, etc. Et les maraîchers se tournent vers des produits plus avancés, comme du compost à base végétale, avec ajout de différents types de fumiers, de farine de roche et de terre argileuse. Autre partenaire : le Comptoir agricole, pour qui Vita-Compost a élaboré un compost végétal criblé, avec une granulométrie à 0/20 mm. Analyses à la clé, le compost jeune de végétaux est indemne d’indésirables adventices et apporte jusqu’à 7/4/4 d’apport NPK par tonne.

 

 

Service clé en main

Le point fort de Jean-Noël Graf est sa proximité avec le monde agricole. Il compte une cinquantaine de clients agriculteurs réguliers, dont une dizaine de maraîchers. Jean-Noël a ainsi développé l’offre de services de Vita-Compost. Transport et épandage de compost figurent au menu des prestations, aujourd’hui. Une vingtaine de fidèles font appel à lui pour le « rendu racine ». Il loue aussi des bennes pour collecter les végétaux et les gravats. À la coopérative agricole de Hoerdt, par exemple, Vita-Compost ramasse les déchets de légumes. Aux jardins d’Altaïr, à Oberhoffen-sur-Moder, elle composte sur place les rebuts verts des légumes (mélange du mulch frais avec les légumes, ainsi que du fumier) et épand le fertilisant, ensuite. La boucle est bouclée ! « J’achète des grumes d’aulne aux agriculteurs pour faire des plaquettes, pour les particuliers, confie encore Jean-Noël Graf. Mais aussi du fumier. Je loue des parcelles aux voisins pour y stocker du compost. On crée de belles synergies. » Il embauche aussi des fils d’agriculteurs, heureux de la diversité des tâches à accomplir, ici, et du parc matériel impressionnant, provenant essentiellement de Hantsch, à Marlenheim. Ils sont douze, au total, à œuvrer sur les plateformes de Bischwiller et Dettwiller, au grand air, et aux alentours, à la faveur des prestations.

 

 

Autoconsommation photovoltaïque

Une histoire de temps

Pratique

Publié le 26/04/2022

Depuis le 6 octobre 2021 - date du nouvel arrêté fixant les conditions d’achat de l’électricité photovoltaïque produite par les installations sur bâtiment - la revente du surplus est au même tarif que la revente totale pour toute installation d’une puissance de 100 (environ 500 m2) à 500 kilowatts crête (kWc), soit à 9,8 centimes d’euros par kWh injecté sur le réseau. En dessous de 100 kWc, la revente du surplus est à un tarif inférieur que la revente totale. Une étude approfondie est donc utile pour trouver le meilleur dimensionnement en fonction des consommations du site. Le tarif de 9,8 c€/kWc est valable jusqu’à fin avril 2022, et il est ensuite soumis à des revalorisations trimestrielles (plutôt à la hausse). Les contrats sont signés pour vingt ans.

L’autoconsommation de l’énergie photovoltaïque, et de revente du surplus, est réellement rentable, s’il y a adéquation entre le moment de la production et celui de la consommation, sinon autant revendre en totalité. Pour l’instant, seuls quelques exploitants alsaciens se sont lancés, dont un volailler qui utilise l’électricité produite sur sa ferme, en journée, pour alimenter les ventilateurs de ses bâtiments. Claude Kieffer, de Niederschaeffolsheim, dans le Bas-Rhin, réfléchit à cette solution. En conversion bio, l’agriculteur espère développer le maraîchage, à l’avenir, et alimenter ses chambres froides, grâce à l’énergie solaire photovoltaïque produite sur sa ferme et autoconsommée. D’ores et déjà, il irrigue l’été, grâce à une station de pompage électrique. Fours de séchage, séchage en grange, pompes à lisier, à eau : ces équipements aussi permettent la consommation en temps réel.

Une subtilité, toutefois : si un agriculteur a souscrit à un « tarif bleu », une installation de plus de 100 kWc en autoconsommation peut poser des problèmes techniques de raccordement, remarque Céline Veit, conseillère énergie à la Chambre d’agriculture Alsace. L’autoconsommation de l’électricité produite par les panneaux solaires est censée doper le business plan.

Sélestat

L’autre ville du maraîchage

Pratique

Publié le 16/04/2022

Hormis son corso fleuri et sa bibliothèque humaniste, Sélestat est connue pour ses fruits et légumes. La Ville compte encore aujourd’hui une douzaine de maraîchers, dont Dominique Bauer (le neveu du maire), Frédéric Geny, Jean-Luc Geny, Denis Digel, André Sengler, les Kobloth, Patrice Schenck, Jean-Philippe Muhr, Gérard Baur, Georges Rebhuhn et son fils. Ils sont installés à l’est de la commune, majoritairement. « En tant que fils de maraîcher, c’est important pour moi de préserver les terres agricoles », dit d’emblée Marcel Bauer, le premier magistrat de la commune.

Toutes les sorties d’exploitation ont eu lieu dans les années 1970, à Sélestat. Quatre céréaliers et éleveurs, dont la jeune Virginie Ebner, présidente du syndicat ovin du Bas-Rhin, occupent encore les alentours de la ville, souvent inondables. Ce sont bien les maraîchers qui, ici, tiennent le haut du pavé. « L’âme de Sélestat, c’est le maraîchage, depuis l’après-guerre au moins », sait Marcel Bauer. La confrérie des « Zewwelatreppler », les « piétineurs » d’oignons, en alsacien, existe toujours (même si elle ne rassemble plus forcément les maraîchers) en mémoire du temps, pas si ancien, où les oignons de Sélestat jouissaient d’un label d’excellence. Trois années de travail étaient nécessaires pour que les bulbilles arrivent à maturité. Plus « professionnelle », la corporation des jardiniers et maraîchers est une des dernières encore en activité à Sélestat. Elle célèbre chaque année son patron, saint Roch. La tradition est vieille de plusieurs siècles. Au Moyen-Âge, déjà, la cité du Centre-Alsace rayonnait grâce à ses productions.

Défense du monde agricole

« On sent un processus d’urbanisation. La ville entre dans la campagne. Tout autour des maraîchers qui sont à la périphérie, ça construit, déplore presque Marcel Bauer. Mais Sélestat a classé des terres « zone agricole » à ses limites. » C’est inscrit dans le PLU. « Il ne faut pas céder à la tentation de revendre ses terrains pour la construction », ajoute l’édile, à l’attention notamment, des agriculteurs propriétaires qui partent à la retraite. Le maire peut agir mais toujours en accord avec la profession, confie-t-il. Ainsi, certaines rues de Sélestat ont été réaménagées pour laisser passer tracteurs et remorques. Lorsque des riverains d’exploitations râlent auprès de la municipalité, à cause du bruit et/ou de l’odeur, voire de l’irrigation, Marcel Bauer, pédagogue, explique les impératifs agricoles. Il ose même se fendre d’un : « vous savez où vous avez construit ! » « Je les remets gentiment à leur place, au risque de perdre des électeurs, assure-t-il. Je tranche toujours, ou presque, en faveur des agriculteurs. »

Si Marcel Bauer n’est pas lui-même maraîcher, c’est que la place manquait sur la ferme familiale. Il a dû trouver une autre voie mais il sait cultiver. « J’aidais », s’exclame-t-il. Avec le syndicat des maraîchers de Sélestat qui compte une dizaine de membres, et Planète Légumes, la Ville a été la première à organiser Saveurs et soleil d’automne, au début des années 2000. Elle a accueilli plusieurs éditions. Aujourd’hui, l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace a pris le relais du syndicat. « J’ai la fibre maraîchère en moi. J’ai toujours défendu le milieu agricole et je continuerai à le défendre », insiste Marcel Bauer.

Composer avec le milieu naturel

Qu’en est-il alors de l’entretien des cours d’eau ? « J’ai représenté le Conseil général à la Chambre d’agriculture Alsace de 2014 à 2020, cadre le maire de Sélestat. J’ai donc défendu la position de L’État et des collectivités. On a trouvé, vers 2008-2010, un arrangement concernant un espace tampon, pour que les cultures ne soient pas inondées, à l’est de la ville. Les agriculteurs étaient montés au créneau et à juste titre. Les services de l’État sont souvent trop rigides. » Aujourd’hui, c’est le syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA) qui gère les cours d’eaux, pour le compte de la commune et de la communauté de communes de Sélestat. « Mais il n’a pas non plus tous les pouvoirs, ni tous les éléments pour intervenir. » Pour excaver le lit du Giessen, par exemple. « C’est un dossier lourd, compliqué. Les services de l’État s’appuient sur la loi sur l’eau. Les problèmes sont réels. Si la neige fond et qu’il pleut, au printemps le Giessen est plein comme un évier et déborde. En mars et en avril, la plaine est inondée », enchaîne Marcel Bauer.

Quant aux dégâts de corbeaux, le maire de Sélestat observe que ça s’est « un peu » calmé. La destruction de nids, en ville, avec l’appui de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) semble porter ses fruits, contrairement à l’épervier effaroucheur, qui n’effrayait plus guère les corvidés. Mais, plus les parcelles sont proches des forêts, plus les dégâts sont importants, remarque Marcel Bauer. Concernant les sangliers et chevreuils, il n’y a pas eu de demande de chasse administrative depuis au moins deux ans. Les quatre lots de chasse autour de Sélestat sont loués : cette présence semble suffire à réguler. 300 chevreuils et daims circulent en moyenne dans l’Illwald, forêt communale. « Quand les agriculteurs ont un problème, ils savent où nous trouver. Un conseiller municipal, Denis Barthel, est dédié aux questions environnementales. Et nous savons aussi trouver les exploitants », conclut le maire de Sélestat. Ainsi, les moutons de Virginie Ebner luttent contre l’envahissante renouée du Japon, aux abords du Giessen, en zone Natura 2 000. Ils seront de retour aux parcs ce printemps.

 

 

La cagette locale, à Gambsheim

Une nouvelle vitrine et un nouveau débouché pour les agris

Pratique

Publié le 13/04/2022

Vingt-cinq agriculteurs, un fromager et un boucher du nord de Strasbourg font confiance à Fabrice Michel pour commercialiser une partie de leurs produits via La cagette locale, un site d’e-commerce créé en septembre 2021. La plateforme, née après une année de réflexion, offre un service de livraison, dans un rayon de 20 km autour de Weitbruch, de produits fermiers essentiellement frais et locaux. « C’est le marché comme si vous y étiez ! », glisse, avec enthousiasme, le jeune quadra.

Il s’occupe de tout : la prise des commandes sur le site, le tour des producteurs pour récupérer les fruits et légumes en vrac et l’ensemble de l’épicerie, et enfin la livraison chez les clients. À produits égaux, il n’est pas plus cher que les supermarchés. Le bonus pour les agriculteurs ? Il leur offre une vitrine, de la visibilité (sur son site, les exploitants et artisans sont présentés, on sait d’où vient chaque produit) et le confort… « Les producteurs restent focalisés sur leur cœur de métier et je m’occupe de la logistique », résume-t-il simplement.

Tranquilles

« Les agriculteurs qui travaillent avec nous, voient La cagette locale comme une aubaine, un canal de vente supplémentaire, et davantage de tranquillité qu’un marché classique. C’est plus facile et ils gagnent en notoriété. Certains ont les yeux qui brillent quand je leur propose nos services. On ne négocie jamais. Le producteur fixe ses prix. Soit il me donne la marge qui a été prévue dans mon business plan, pour que je m’en sorte, soit on ne conclut pas l’affaire. Il faut que tout le monde s’y retrouve », poursuit l’entrepreneur avec pragmatisme.

Il ne se paie pas encore, confie-t-il, mais est sûr de proposer aux agriculteurs de meilleurs prix que les GMS. Il cherche toujours de nouveaux produits mais, par souci de rationaliser sa tournée, qui dure déjà près de trois heures pour 100 km, quasiment chaque matin, il s’en tient à des aliments ou de l’artisanat qu’il ne propose pas encore. Aussi, les producteurs choisis doivent être capables de fournir une assez grande quantité.

 

 

Fraîcheur et livraison à domicile

Plus de 840 produits sont référencés, sur le site d’e-commerce La cagette locale. Celui-ci a été développé par des professionnels, alors même que Fabrice aurait pu « bricoler », puisqu’il était ingénieur d’affaires auparavant, chez Isagri notamment, qui vend des logiciels de gestion pour le monde agricole. « On n’a pas de pas-de-porte. Cette interface, c’est notre seule image. Il fallait que ce soit réussi », justifie-t-il.

Les paniers vont généralement de 7 à 220 euros, puisqu’il n’y a pas de minimum de commande. Mais La cagette locale applique des frais de livraison, en dessous de 60 euros d’achat. Fabrice a réalisé une étude de marché avant de créer ce concept unique au nord de Strasbourg. Lui-même, avec sa compagne et ses enfants ont quelques poules, chez eux, à Gambsheim, un petit potager, et se fournissent de longue date auprès des fermes environnantes pour leurs repas quotidiens. C’est comme ça que Fabrice a eu l’idée d’en faire profiter un grand nombre. Sa conjointe est, d’ailleurs, aujourd’hui, sa meilleure cliente ! Elle passe par le site, pour tous ses achats. La famille insiste sur la souplesse qu’offre La cagette locale aux clients, quant aux choix des produits, leur diversité et leur qualité… mais aussi la fraîcheur (90 % des ventes, environ), en plus du service de livraison, en après-midi ou en soirée, la semaine, le matin et en début d’après-midi, le samedi. « C’est tout ce qui plaît, aujourd’hui, selon les premiers retours des clients », conclut-il.

 

 

Syndicat ovin du Bas-Rhin

Coup de jeune chez les éleveurs de moutons

Vie professionnelle

Publié le 31/03/2022

Un vent de fraîcheur souffle sur le SO 67 : Virginie Ebner, jeune éleveuse des environs de Sélestat, succède à Hervé Wendling, de Kurtzenhouse, à la présidence du syndicat. Les novices Louis Frischinger, Pierre et Yvan Stoffel, et Florian Huchot, notamment, qui avaient déjà intégré le conseil d’administration (CA) l’an passé, lui prêteront main-forte, ainsi que Jeoffrey Frauel, tout nouvel « entrant ».

L’assemblée générale (AG) du vendredi 25 mars 2022 était donc la dernière présidée par Hervé Wendling, qui a assuré cette fonction deux ans durant, à la suite de Stéphane Huchot ; le temps que Virginie soit disponible. Pour ce bilan de 2021 et ces orientations de 2022, le SO 67 a brillé. Sont intervenus, après les rapports d’activité et de direction, dans l’ordre : le Parc naturel régional (PNR) des Vosges du Nord, la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) MOS-Laine et la fédération nationale ovine.

De la transformation locale de laine

La coopérative mosellane a particulièrement tenu l’auditoire en haleine, puisqu’elle cherche encore des adhérents ; parmi lesquels le SO 67, qui met en relation les éleveurs et MOS-Laine, en Alsace. Son objectif : valoriser au mieux la laine de mouton locale, en matériaux isolants, articles en feutre et produits dérivés, et ce, localement. Stéphane Ermann, le président de MOS-Laine, a présenté les différents débouchés, outils et actions, qui permettront bientôt à une soixantaine d’éleveurs, entrés au capital de la coop (qu’ils détiendront au moins à 51 %), de gagner jusqu’à 2,50 € HT/kg de laine, assure-t-il, contre 40 ct€ aujourd’hui. En 2023, a priori, les premiers achats-ventes de laine collectée aux adhérents alimenteront le marché de l’isolation des bâtiments et du vrac. En attendant, l’unité de transformation MOS-Laine s’installe à Bataville, au cœur du bassin ovin de la Moselle Sud, près de Sarrebourg, sur un ancien site industriel.

90 t de laine brute devraient être collectés (soit 25 % de la production lorraine) au lancement de l’activité, pour la production de 30 t de feutre et de 20 t de panneaux d’isolation. « Demain, ce seront 250 t de laine qui seront traités par MOS-Laine », espère Stéphane Ermann. Seront créés trois emplois non délocalisables, pour commencer. Le chiffre d’affaires est estimé à 1,4 million d’euros, pour la première année d’activité. À part les éleveurs, sont aussi actionnaires : trois syndicats ovins du Grand Est, la Chambre d’agriculture de la Moselle, l’association des éleveurs Est à laine mérinos, le PNR de Lorraine, les communautés de communes, où est implantée l’usine, et le bailleur social du lieu. La Région Grand Est, l’État et l’Europe financent le projet à hauteur de plus d’un million d’euros. L’investissement total se chiffre à 3,4 millions d’euros ; le capital social à 510 000 €, dont plus de la moitié donc, détenue par les éleveurs.

 

 

Moins de subventions en 2023

Si Stéphane Ermann a apporté de bonnes perspectives pour les syndiqués, il n’en a pas tout à fait été de même du PNR des Vosges du Nord. Les éleveurs retiennent surtout qu’au niveau des Maec « herbe », les aides baissent, en 2023. Pourtant, elles avaient été reconduites à l’identique de 2021, en 2022. La défense de l’herbe nécessite des moyens, a-t-il été déploré. Meilleure nouvelle : pour les projets agro-environnementaux (Paec) 2023-2027, pour le maintien des espèces sauvages et de leur habitat, plus d’un million d’euros seront mobilisés. Le PNR des Vosges du Nord, chef de file dans le Bas-Rhin, avec la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), compte déjà 2 000 ha contractualisés, dont 1 000 ha de six éleveurs ovins. Début juin 2022, les éleveurs seront sollicités pour des réunions publiques, à Lembach, Diemeringen et Ingwiller. Autre information heureuse : un groupe technique d’une dizaine d’éleveurs du PNR se concertera pour la mise en place d’un atelier de transformation de viande collectif, cette année 2022. Il sera multi-espèces et pourra traiter en AB. 30 éleveurs sont concernés. Aussi, des fermes pilotes, dont celle de Manon Schwarz qui est au conseil d’administration du SO 67, travaillent à optimiser la ressource fourragère, avec le PNR. Sébastien Morelle et Lucile Figuière sont les interlocuteurs privilégiés des agriculteurs au pôle « Nature et agriculture » du parc.

Les éleveurs ont retrouvé du mordant, lorsque Patrick Soury, vice-président de la Fédération nationale ovine (FNO) et président de la section ovine d’Interbev, a pris la parole en fin d’AG. Si les modalités d’attribution des aides restent inchangées, l’enveloppe de la Pac 2023-2027 baisse. Comment être sûr qu’en 2027 chaque éleveur touchera encore autant qu’aujourd’hui ? La députée européenne Anne Sander, invitée, est intervenue : « Ce sont les États membres qui ont décidé de baisser le budget. » Les députés se sont battus en vain. La contractualisation obligatoire pour l’amont, qui vise à sécuriser le revenu de l’éleveur, a aussi été abordée. « Même si les charges augmentent depuis quelques mois (l’indice Ipampa ovin viande ayant augmenté de 14,2 % en un an, selon le chiffre de janvier 2022, NDLR), on a un prix de l’agneau qu’on a jamais connu (plus de 8 €/kg carcasse, fin 2021, NDLR). C’est positif », souligne Patrick Soury. En Alsace, la contractualisation a déjà cours, avec plusieurs opérateurs, a rappelé Hervé Wendling. Par ailleurs, la FNO s’interroge : l’agrivoltaïsme ovin serait-il une opportunité ? Une charte « évolutive » est en préparation. Le SO 67 a rebondi sur la question de la prédation, à peine survolée, pour annoncer que cinq nouvelles communes bas-rhinoises, dont Dieffenbach-au-Val, Gommersdorf et Preuschdorf, entraient dans le cercle 2, où les éleveurs seront donc éligibles aux aides pour les chiens, et le matériel de protection des troupeaux.

Le retour de la fête des bergers

En 2021, rares sont les manifestations publiques qui ont été maintenues, a souligné Simon Maier, le secrétaire général du SO 67, dans son rapport d’activité. « Heureusement, à la Foire européenne, le 4 septembre dernier, nous avons mobilisé nos équipes sur une journée spéciale ovins, avec une nocturne. Un menu burger du berger et yaourt de brebis a été proposé toute la journée. Une animation de tonte de mouton a complété notre action. Les animations ont été très appréciées et nous ont permis de faire part au grand public de notre passion qui est l’élevage », a-t-il dit. Le même mois, le SO 67 fêtait le renouvellement de la charte ovine, qui permet de faciliter les installations dans la filière grâce à des partenariats avec : l’association Agneau terroir d’Alsace (Ata) qui s’engage à promouvoir le produit et à assister les nouveaux éleveurs installés dans leur système de commercialisation des agneaux et des brebis de réforme, la CAA pour l’accompagnement technique des élevages, la Safer pour le maintien des surfaces pour la production ovine, le Crédit Mutuel pour un accompagnement financier pour le syndicat, pour les jeunes installés, mais également pour les éleveurs qui souhaitent développer la génétique dans les élevages, la coopérative Cobevim pour la mise en place de cheptel, du matériel ainsi que l’aliment, et les lycées agricoles d’Obernai et de Rouffach qui s’engagent à promouvoir la filière ovine auprès des élèves. Auparavant, une journée conviviale avait eu lieu chez Manon Schwartz. Ont aussi été évoquées les Ovinpiades des jeunes bergers.

Hervé Wendling a démarré, lui, le rapport d’orientation par une pique à Patrick Soury. « Au niveau de l’aide ovine, où est passée la prime à la productivité ? Alors qu’aujourd’hui, la production française de viande ovine ne permet pas de couvrir les besoins de consommation alimentaire intérieure, qui dépendent, pour moitié des quantités consommées, des importations », a-t-il interrogé. Il espère que, sur l’aide de 400 millions d’euros pour l’élevage, du gouvernement, face à la hausse des charges alimentaires, la filière ovine ne sera pas mise sur le banc de touche. Ces messages passés au national, le président sortant de la section bas-rhinoise a remercié l’association Ata, qui aide à valoriser la viande localement. Il a appelé de ses vœux à des partenariats éleveurs-céréaliers aussi, afin de garantir l’autonomie fourragère des élevages alsaciens. Virginie Ebner a enchaîné. « La prédation est un sujet qui revient sur la table. Après une année sans attaque, en voici deux, en l’espace de deux mois. Le loup, comme le lynx, s’est installé sur notre territoire. Nous allons suivre ce dossier de près, afin que nos élevages ne soient pas la proie incessante de ces prédateurs, qui peuvent mettre à mal nos exploitations », a-t-elle précisé. La jeune nouvelle présidente a conclu sur une note éminemment positive : la fête des bergers. Elle aura lieu le 7 août.

 

 

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