Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Chanvr’eel

Après l’huile de chanvre, celle de tournesol, de colza et de cameline

Cultures

Publié le 09/07/2022

« Nous pressons déjà des graines de tournesol de l’année passée. Mais en colza, nous attendons la récolte 2022 qui démarrera sous peu, et les tests de qualité, pour produire les premières huiles de colza en septembre », cadre d’emblée Guillaume Kalms, le créateur de Chanvr’eel, la première entreprise alsacienne spécialisée dans la transformation alimentaire et cosmétique de graines de chanvre bio locales. Guillaume et son frère David ont lancé en mars 2022, la marque Carat’eel pour leur production d’huile de tournesol bio et locale ; un projet germé avant la guerre en Ukraine et les pénuries, mais qui a bénéficié de cette triste conjoncture. « Tout est parti avant le 15 juin (1 t d’huile, pressée à partir de 3 t de graines) », constate David Kalms, qui a dû attendre une réparation de la presse pour reprendre la fabrication, fin juin. S’ils sont les premiers à proposer de l’huile de tournesol bio et alsacienne (de qualité crue, en plus, car les graines sont pressées à 42°C maximum ; le rendement est inférieur mais la qualité est supérieure, les nutriments étant préservés), ils sont conscients que leur frais succès découle de la situation mondiale, autant que de la demande pressante de leurs clients de tester d’autres huiles. Pour éviter les ruptures de stock d’huile de tournesol, ils ont fini par limiter à 18 bouteilles les livraisons à la centaine de magasins spécialisés qui revendent leurs produits. « Le but est qu’il y en ait pour tout le monde. On presse dix jours par mois. Trois jours sont nécessaires à l’embouteillage », détaille Guillaume, qui souhaite embaucher dès que possible, en production, tant la partie commerciale est chronophage. Aussi, il souhaite rentabiliser la presse. En partie automatisée, elle peut tourner en continu. « Nous voulons mettre à profit notre savoir-faire et notre réseau de distribution », résume le créateur de Chanvr’eel.

Un prix juste

Quant à l’approvisionnement en graines, il augmentera. Pour la prochaine campagne, les frères Kalms souhaitent contractualiser de 30 à 40 ha de tournesol (doubler la surface, puisqu’elle était de 18 ha, en 2021). « Pour le colza, c’est difficile de se projeter, puisqu’on n’a même pas encore commencé », enchaîne Guillaume. Aujourd’hui, David et lui travaillent avec une douzaine d’agriculteurs à 30 km à la ronde de Benfeld, pour le chanvre. Quatre d’entre eux ont fourni le tournesol et vont apporter le colza. Mais les deux frères cherchent encore et toujours de nouveaux partenaires agricoles. D’autant plus que pour la cameline locale, ils n’ont pas encore de contact direct avec des producteurs : « Il nous en faudra peu ; 2 à 5 t de graines », précisent-ils. Le Comptoir agricole devrait ainsi assurer la première livraison. « Nous souhaitons un prix juste pour tous, aussi pour les agriculteurs, et déconnecté du marché mondial. Nous sommes contre la spéculation », ajoute Guillaume.

Des cultures à bas niveau d’impact

Chanvr’eel permet aux producteurs en bio de diversifier leur assolement et donc, le paysage agricole, et de préserver la ressource eau, car chanvre, tournesol, colza et cameline bio sont des cultures à bas niveau d’intrants, donc d’impact. Ludovic Boise, coordinateur mission de protection des eaux souterraines au Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA), rappelle que le SDEA s’est associé à Chanvr’eel pour déposer un dossier d’appel à manifestation d’intérêt (AMI) auprès de l’Agence de l’eau et de la Région Grand Est, pour la promotion, l’émergence et la structuration de la filière oléique locale, « une filière vertueuse ». « À l’heure actuelle, l’aide ne touche pas directement les agriculteurs, mais grâce à nos études et aux investissements de Chanvr’eel, on peut leur assurer qu’il y a un marché pour telle ou telle culture », explique Ludovic Boise. Au total, le projet est chiffré à 120 000 €. « Selon les lignes, les actions peuvent être aidées à hauteur de 40 à 80 % », dévoile le coordinateur. Des essais d’autres plantes oléiques sont en cours. « Ce peut être des micro-niches mais très rémunératrices », lâche Ludovic Boise. Affaire à suivre…

 

 

Diversification

Le colza et le tournesol, des alternatives intéressantes

Cultures

Publié le 08/07/2022

Le tournesol est une bonne alternative au blé, comme le colza, pour diverses raisons. Économiquement, depuis cet hiver, il se vend 700 €/t et rivalise donc, ainsi, avec le colza. Réglementairement, par rapport à la nouvelle Pac 2023-2027, des points d’éco-régimes sont à chercher avec cette culture. Techniquement, il est possible de réduire les apports d’intrants et de désherber sans produits phytosanitaires contenant du S-métolachlore. Aussi, bien implanté, un tournesol résiste au stress hydrique. Pour une récolte la seconde quinzaine de septembre, le semis de tournesol aura lieu du 1er au 20 avril. « Plus on sème tôt, plus on profite de la fraîcheur du sol, pour une levée plus rapide, qui permet d’échapper à certains ravageurs », conseille Bruno Schmitt, du service agronomie et environnement de la CAA. Les variétés précoces ES Idillic, ES Epic, RGT Rivollia sont préconisées. « Semez à une densité plus élevée, c’est-à-dire 80 000 à 85 000 graines/ha, à 3 cm de profondeur », dit encore Bruno Schmitt, pour limiter les dégâts de corvidés et pour homogénéiser la récolte, qui sera plus avancée. Le tournesol est une plante peu « gourmande » en azote et qui, en plus, valorise très bien l’azote provenant du sol. La dose d’azote peut donc se limiter à maximum 40-50 u/ha en sol profond, partage le technicien. Une sur-fertilisation retarde d’ailleurs la maturité. Pour désherber cette culture, une base minimum en prélevée suffit : Mercantor Gold 1 l/ha + Challenge 600 2 l/ha ou Dakota P (interdit d’ici deux années, a priori) 2 l/ha + Inigo 1,5 l/ha, ou uniquement Challenge 600 2-2,5 l/ha, combiné à une gestion des graminées par des anti-graminées foliaires. Le principal ravageur à surveiller est le puceron vert du prunier, « sinon il y a peu de problèmes à signaler », relève Bruno Schmitt. La lutte contre les maladies fongiques passe par la résistance variétale au sclérotinia du capitule. Le conseiller de la CAA conclut sur le tournesol par un calcul (au minimum) de la marge brute : 1 912 €/ha, sans autre intervention que le désherbage, considérant que les travaux auraient été réalisés par une ETA et que le rendement avoisinerait les 35 q/ha.

Des marges proches

Le colza est une autre opportunité pour protéger le sol du soleil, de la chaleur, et saisir les opportunités de pluviométrie, à partir de la mi-août. Une levée rapide et une bonne dynamique de croissance sont ainsi favorisés. En système sans labour, un semis est possible dès le 15 août. La densité est de 25 à 30 grains/m2, en semoir monograine à 50 cm d’écartement, et de 30 à 40 grains/m2, en semoir classique. Mieux vaut semer à 2 ou 3 cm de profondeur, en conditions sèches, pour chercher de la fraîcheur. Face à la sécheresse, une solution de désherbage existe : en post-levée, plutôt qu’en prélevée, le Mozzar s’applique sur des adventices aux stades jeunes. En situation de pression vulpins/ray-grass importante, l’anti-graminées foliaire peut être remplacé par Kerb Flo, à la dose 1,2 l/ha. Le charançon du bourgeon terminal est à surveiller en automne. Le risque d’altises est faible, si la dynamique de croissance est élevée. Sinon, attention. « Le colza est en terre onze mois sur douze. Cette culture est donc sensible aux bioagresseurs du sol, telles les larves d’altises », pointe Bruno Schmitt. Au printemps, le traitement des méligèthes peut être évité si le début de floraison est rapide. Le risque charançon de la tige est présent, en raison des sommes de températures plus élevées à la reprise de végétation. Un seul passage de fongicide est à prévoir dans les secteurs avec des cultures hôtes du sclérotinia, en prévention. « Tous les quatre à six ans, il est techniquement bénéfique d’inclure du colza dans sa rotation », poursuit le technicien. La marge brute, calculée par Bruno Schmitt, en colza d’hiver, est de 1 757 €/ha pour un rendement de 38 q/ha, du désherbage, trois insecticides, un passage de fongicide et des travaux réalisés par une ETA. « Le prix des engrais y est pour quelque chose », constate le conseiller, comparant les marges du tournesol et du colza.

Prébilan de campagne

Le nombre de grains qu’il faut !

Cultures

Publié le 07/07/2022

« Le semis du blé, ici, a eu lieu le 26 septembre 2021, après le maïs, dans une terre motteuse, d’où la densité élevée choisie : 350 grains/m2. La météo du mois d’octobre a été favorable. Les levées ont été rapides et homogènes. Au relevé, 310 plants/m2 ont été comptés », commence Jean-Louis Galais. Les mois de janvier et mars 2022 ont été plus secs que d’habitude (qu’en moyenne, sur les dix dernières années). « Même si, en Alsace, c’est moins marqué qu’ailleurs en France, dit le technicien, l’hiver était sec et doux. » Ces conditions météorologiques ont protégé les plantes des excès d’eau et de gel. Peu de pertes de plantes sont à déplorer, à la sortie de l’hiver 2022.

Les premiers apports d’azote ont été difficiles à valoriser, entre février et début avril, car la pluviométrie cumulée était très moyenne. Mais le deuxième apport (fin mars) l’a mieux été que le premier (février). L’apport principal - le troisième - de la montaison à l’épiaison, a lui été bien valorisé : début mai. Il est arrivé juste avant un épisode pluvieux. À la mi-mai, la floraison a été rapide, à la faveur d’un épisode de températures plus élevées que la normale. « Certaines fleurs ont avorté mais, puisqu’il y avait un excédent en nombre de grains, aujourd’hui il y a ce qu’il faut », relève le conseiller de la CAA.

Irriguer après la mi-juin

Du 23 mai au 16 juin, le coup de chaud a accéléré le remplissage, mais le manque de pluie (seulement 30 à 60 mm) a provoqué la sénescence précoce de certains plants. Les feuilles ont jauni. « Si on atteint la somme de 500 °C, après épiaison, les parcelles grillent et le rendement peut être de moins 30 %, rappelle Jean-Louis Galais, là où il y a de l’irrigation, comme dans le Ried alsacien, ça passe. Mais là où il n’y en a pas, cette chaleur a un gros impact sur le PMG (poids de mille grains). »

Patrice Denis a enchaîné sur l’irrigation du blé. « Aux alentours de Boofzheim, en centre-Alsace, personne n’a irrigué avant mi-juin le long du Rhin », avance-t-il. Il ne compte pas, dans les tours d’eau, les quatre passages de 15 à 20 mm pour solubiliser l’apport d’azote. Le conseiller rappelle que l’irrigation n’est pas rentable avant le stade deux nœuds. Sur des sols superficiels, entre l’épiaison et le stade grain laiteux, entre mi-mai et mi-juin, l’irrigation peut éviter l’échaudage. Mais « c’est compliqué », admet Patrice Denis. Les sondes capacitives que la CAA a installées dans tous les types de sol alsaciens alertent les techniciens : si la zone rouge est passée, après la mi-juin, il faut lancer l’irrigation pour resaturer le sol en eau. Les flashs irrigation donnent l’information. « Cette année, il a plus plu dans le Bas-Rhin que dans le Haut-Rhin », observe Patrice Denis. Les sols devraient donc être plus assoiffés dans le sud de la collectivité européenne.

Fruits et légumes d’Alsace

Le show se prépare

Pratique

Publié le 29/06/2022

Asperges, rhubarbe, raifort, lentilles, pois chiches, céleris, pommes de terre et choux sont en terre : ça pousse dans les potagers du plus grand show de fruits et légumes proposé en France. Au total, 58 espèces de fruits et légumes, plus d’innombrables variétés, devraient être à maturité du 22 au 25 septembre 2022. Ce jardin éclatant de couleurs ravira les visiteurs, autant que la pyramide et que les structures (lion, poisson, dragon…) qui seront décorées de fruits par les élèves de bac professionnel et de BTS des lycées agricoles d’Obernai, Rouffach et Wintzenheim, quelques heures avant la manifestation. Planète Légumes pilote l’ensemble des plantations de fruits et légumes, et Geoffrey Andna, de l’Ilôt de la Meinau, maraîcher, met en œuvre. La semaine passée, lui et ses salariés plaçaient les patates douces, pissenlits et choux de Milan. « Montrer tout ce qui pousse, en Alsace, aujourd’hui, pour souligner la richesse de l’offre, c’est l’objectif premier du show. La scénographie, la fête participent à cette visée informative, pédagogique sur les produits », résume Dominique Krafft, de Musiconair, chargé de la communication sur l’événement, par l’Ifla.

Chou-fleur et salade en dernier

« Dans une semaine, on va planter du chou kale (frisé). Et après, on aura les grosses séries : chou-fleur, salade. Les dernières plantations, ce sont les cycles les plus courts. Il faut compter six à huit semaines pour les radis, la mâche, le fenouil, pour qu’ils soient à maturité au bon moment. Les cycles longs sont déjà en place. On a commencé semaine 18, mi-avril, et depuis, tous les quinze jours, environ, on a une plantation à faire. On irrigue car ce sont des sols relativement séchants. On a une motopompe, un enrouleur et, dès qu’il faut, on arrose. Comme nous sommes les maraîchers les plus proches, ça tombait sous le sens qu’on s’en occupe. J’ai milité longtemps pour que le salon revienne près de Strasbourg. Naturellement, je me suis engagé à réaliser les travaux, à assurer la logistique », enchaîne Geoffrey Andna. Le verger de 300 m2 et 400 arbres (en pots) provenant du pépiniériste Ledermann-Mutschler, à Krautergersheim, sera soigné par le Verexal (Obernai). Les visiteurs pourront se promener sous les filets paragrêles. Deux serres de 200 m2 sont aussi prévues.

Les restaurateurs manquent à l’appel

Un chapiteau européen « Saveurs et soleil d’automne » mettra l’accent sur le chou à choucroute, les quetsches, les pommes et les asperges, emblématiques de l’Alsace, à l’entrée du site. Une cinquantaine de chapiteaux d’exposants, tout autant d’ateliers pour les enfants s’étaleront entre les végétaux. Des médaillés olympiques seront, entre autres, de la partie pour vanter les bienfaits des productions locales. Il y aura des concerts les soirs, outre les illuminations, et bien sûr, le marché des producteurs. Le programme est alléchant. Pierre Lammert, le président de l’Ifla, lance un appel aux restaurateurs. Si des associations d’Illkirch proposeront des petits plats, le show manque encore de professionnels de la restauration.

Promouvoir le développement de la truffe

Les filières agricoles et agroalimentaires, elles, se sont approprié la manifestation, relève Fabien Digel, directeur de l’Ifla. L’association des trufficulteurs du Grand Est profitera du grand show pour signer, de manière très officielle, le contrat de filière « truffes d’automne du Grand Est » 2020-2023, qui a pour but de promouvoir le développement de la truffe dans la région, à travers des actions de formation, de communication, de recherche et développement, et de soutien à la création de truffières. La fédération des boulangers du Bas-Rhin va créer deux pains fruits et légumes : un à la betterave et aux quetsches, et un de petit épeautre, choucroute d’Alsace et oignons. Ces pains seront proposés dans les boulangeries membres de la fédération, durant le show. Le jeudi 22 septembre, lors de la journée des professionnels, l’association nationale des stations d’expérimentation en fruits et légumes, l’Irfel, tiendra son assemblée générale, sur le site de l’événement.

Paiements pour services environnementaux

Quel dispositif sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg ?

Technique

Publié le 25/06/2022

Le système de PSE reconnaît les services rendus par l’agriculteur à l’ensemble de la société de par ses pratiques favorables à l’environnement : protection des ressources en eau, lutte contre l’érosion, préservation de la biodiversité. Le dispositif encourage le maintien ou le développement de ces pratiques, en s’appuyant sur une rémunération. Sur le territoire de l’EMS, la collectivité, porteuse de projet, rémunère l’agriculteur (six mois après la réception du dossier complet), qui gère ses structures paysagères et ses systèmes de production, conditionnant les PSE. L’enveloppe destinée aux PSE est alimentée pour 80 % par l’Agence de l’eau, encadrant le dispositif, sur ordre du Ministère de la transition écologique, et pour 20 % par l’EMS. L'aide est accordée sur cinq ans, pour la période 2023-2027.

Les enjeux ciblés par les PSE sont les enjeux eau, biodiversité et érosion. 4 313 ha de SAU ont été répertoriés, sur le territoire de l’EMS, sur lesquels il est urgent de protéger les ressources en eau. 7 513 ha de SAU (hors mesures grand hamster) ont été inventoriés pour l’enjeu biodiversité, sur lesquels il est possible de favoriser les infrastructures agroécologiques (IAE). Et 1 469 ha de SAU ont été listés pour l’enjeu érosion, sur lesquels prévenir les risques de coulées d’eaux boueuses.

Les critères d’éligibilité des exploitations

Pour être éligible aux PSE, il faut déjà être « au bon endroit », c’est-à-dire, avoir soit 30 % de sa SAU dans le territoire cible, soit 10 % de sa SAU dans une zone à enjeu eau. 283 exploitations, représentant 16 910 ha de SAU totale, sont concernées. 89 % de la SAU du territoire cible est couverte. Les surfaces des parcelles éligibles sont de 4 090 ha, pour l’enjeu eau, 1 328 ha, pour l’enjeu érosion, et 5 059 ha, pour l’enjeu biodiversité. Le listing des numéros de pacages éligibles est disponible, auprès des techniciens de l’EMS et de la CAA (voir coordonnées ci-dessous). Pour bénéficier d’un PSE, il faut aussi être éligible à deux indicateurs du domaine de gestion des systèmes de production agricole. Les trois indicateurs de ce domaine proposés sont les suivants : diversification des cultures, pourcentage de la SAU (hors prairies permanentes) non traitée (herbicides et insecticides) sur l’année, et pourcentage de la SAU de cultures procurant un couvert entre le 15 avril et le 30 juin. Il existe encore un quatrième indicateur, « bonus », du domaine gestion des structures paysagères, celui du pourcentage de surfaces en bandes fleuries.

Pour calculer le niveau de diversification des cultures, les techniciens de l’EMS et de la CAA utilisent le barème de la nouvelle Pac. La rémunération est accordée à partir de six points (un point de plus, au moins que le total nécessaire pour les aides conditionnalité et éco-régimes Pac). Pour calculer la diminution de l’utilisation d’herbicides et d’insecticides (qui doit être de 6 %, au minimum), sont prises en compte des surfaces non traitées, entre la récolte de la culture principale de l’année précédente et la récolte de la culture principale annuelle. Les produits en agriculture biologique (AB) sont autorisés, ainsi que l’utilisation de fongicides. Pour mesurer la protection des sols contre l’érosion, sont prises en compte des cultures considérées comme procurant un couvert végétal entre le 15 avril et le 30 juin. Elles doivent représenter au moins 40 % de la SAU. Pour ce qui est des bandes fleuries, sont prises en compte les surfaces au-delà des surfaces réglementaires ou nécessaires dans le cadre des éco-régimes Pac, et les bandes entre 5 et 20 m, mais les bandes tampon sont exclues.

Plafonds et contrôles

Le plafond financier est de 60 000 euros sur cinq ans, pour une exploitation, mais de 40 000 euros par associé, en cas de Gaec. Le plafond surfacique des PSE est fixé à 120 ha ; 100 ha par associé, en cas de Gaec. Le montant plancher est de 1 000 euros par an mais si un agriculteur passe sous ce seuil, une année, il ne sera pas exclu définitivement du dispositif. Il pourra bénéficier à nouveau de PSE, l’année suivante. « Si un agriculteur traite une fois en trois ans, par exemple, il n’aura pas de malus », précise Bruno Schmitt.

Tout candidat éligible aux PSE sera accompagné sur son exploitation pour un diagnostic initial ; des simulations sont possibles sur la plateforme dédiée. Si 100 % des exploitations seront contrôlées sur cinq ans, chacune ne le sera qu’une seule fois, à l’aide de documents administratifs, et sur le terrain, si besoin. « Il faut être opportuniste, conclut Bruno Schmitt. Si, sans trop de contraintes, vous êtes éligibles aux PSE, lancez-vous ! » L’assolement se réfléchissant dès début août, il est encore temps de se renseigner.

Alsace-Moselle

Le nouveau-né Conseil représentatif pour le droit local « recrute »

Vie professionnelle

Publié le 22/06/2022

Que perdrait-on si on perdait le droit local en Alsace-Moselle ? Pour répondre à cette question, pour protéger ce droit national d’application territoriale et pour qu’il évolue, la Collectivité européenne d’Alsace et l’eurodépartement de la Moselle, avec l’Institut du droit local alsacien-mosellan, ont installé, mercredi 15 juin 2022, le Conseil représentatif pour le droit local. La signature de l’accord a eu lieu à la mairie de Saverne, sous le regard de l’édile Jean-Claude Buffa. Gilbert Schuh, le vice-président de l’eurodépartement de la Moselle, Frédéric Bierry, le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), et Éric Sander, le secrétaire général de l’Institut du droit local Alsace Moselle, ont apposé leur griffe. André Reichardt, sénateur du Bas-Rhin, « gaulliste » et fervent défenseur du droit local, a été élu président de l’instance nouvellement créée. Celle-ci réunira aussi souvent que nécessaire tous les parlementaires d’Alsace et de Moselle, les présidents de la CEA et du département mosellan, les représentants des communes, délégués par les associations des maires, et de tous les secteurs concernés par le droit local : les cultes statutaires, l’agriculture, l’artisanat, l’industrie, via les élus de leurs Chambres ; les syndicats professionnels, les régimes locaux d’assurance maladie, les fédérations des chasseurs, les organisations judiciaires et de procédure civile (avocats, notaires…), les publicités foncières, les associations.

Parler d’une seule voix

« L’objectif est de parler d’une seule voix, de présenter un front uni à Paris », résume André Reichardt. Face aux tentatives de remise en cause des acquis légaux alsaciens-mosellans - par exemple celle, récente, sur les deux jours fériés locaux (le Vendredi saint et la Saint-Étienne) qui a visé la fonction publique territoriale, à l’occasion du débat sur l’harmonisation du temps de travail -, le président du Conseil représentatif pour le droit local souhaite « s’accorder sur ce que veulent les Alsaciens et les Mosellans ».

En effet, ces derniers ne seront plus représentés par leurs parlementaires, au sein de la Commission du droit local, dont une réunion est attendue depuis 2018, précise André Reichardt. La Commission nationale comprendra bien les acteurs des secteurs sociaux, économiques et culturels, les collectivités territoriales et les juridictions administratives et judiciaires d’Alsace et de Moselle, mais ce seront des représentants des administrations de l’État et non plus les élus du peuple, qui compléteront le comité. Que les énarques et hauts fonctionnaires soient déconnectés du terrain, des aspirations des populations locales, est une crainte unanimement partagée par les créateurs et membres du Conseil représentatif pour le droit local. Sa vocation est bien d’exprimer, au plan politique et social, les attentes des habitants des territoires quant aux orientations souhaitées pour l’avenir du droit local.

Des dossiers brûlants

André Reichardt veut aller vite. Dès que les représentants des acteurs du droit local (d’un nombre non restrictif) seront enregistrés, une réunion plénière aura lieu : « avant les vacances, début juillet 2022 », cadre-t-il. La question des jours fériés supplémentaires sera évoquée, d’autant plus que l’attaque à cette spécificité locale, dans le public, pourrait être ensuite, lancée sur le privé. « Il y a le feu au sujet de la refonte du code de l’artisanat, ajoute le président, et de celle de la chambre interrégionale disciplinaire des notaires. » Voire sur le maintien de l’organisation juridique spécifique à l’Alsace et à la Moselle. « L’informatisation du registre des associations, qui devrait être terminée au 1er janvier 2023, est aussi une urgence. Il faut y aller », conclut André Reichardt. « Lorsqu’on connaîtra l’avis du Conseil représentatif, ce sera plus difficile de passer outre et de hâter le débat », juge la sénatrice mosellane Catherine Belrhiti, venue soutenir l’initiative.

Mais avant de défendre leurs concitoyens, de transmettre leurs avis, les parlementaires le reconnaissent : encore faut-il que les Alsaciens et Mosellans soient informés de leurs droits, du droit local. Le court micro-trottoir réalisé, dans les rues de Saverne, par la CEA, diffusé en préambule de la création du Conseil représentatif pour le droit local, est révélateur. Outre les deux jours fériés supplémentaires, le régime local d’assurance maladie (qui assure un complément de remboursement, en plus de ce que le régime de base de la Sécurité sociale prend en charge) et le « Concordat » (qui reconnaît et organise les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite, et permet à l’État de salarier les ministres de ces cultes), le commun des mortels n’a aucune idée de toutes les singularités du droit local. Frédéric Bierry a donc annoncé une campagne de communication.

Des particularismes qui intéressent Harvard

Les représentants des cultes statutaires ont salué, à l’instar de ceux des barreaux, la création du Conseil car « le droit local à tendance à se rapprocher du droit national » ces dernières années, et, si à certains égards, cela peut être une volonté des Alsaciens et des Mosellans, à d’autres égards, non. « Nos particularismes intéressent jusqu’à Harvard, souligne Harold Abraham Weill, grand rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin, qui avait reçu une étudiante, la veille, pour un entretien. Je suis heureux d’encourager cette initiative. Le Conseil représentatif pour le droit local va lui donner un nouveau souffle. » « Ce n’est pas un combat pour un pré carré que l’on va mener, mais l’Alsace et la Moselle veulent être considérées dans leurs particularités. Une transformation du droit local est possible pour satisfaire les besoins des populations, conclut André Reichardt. Qu’attendent les agriculteurs et viticulteurs, par exemple ? Nous sommes impatients de les entendre par le biais de leurs représentants, volontaires, des Chambres d’agriculture. »

Mondial des vins blancs 2022

Standing ovation* aux organisateurs

Vigne

Publié le 18/06/2022

« Je suis si heureuse d’être ici aujourd’hui, au Palais de la musique et des congrès, pour le Mondial des vins blancs. Après deux ans d’absence, à cause du Covid, je retrouve enfin les amis, la grande famille, que Christine Collins a créée », s’exclame Yegas Naidoo, juré sud-africaine du concours, qui a jugé pour la première fois les blancs à Strasbourg en 2013, et était confinée dans son pays les deux années passées. « On retrouve enfin, le jury du monde entier qui nous est cher cette année ! L’an dernier, un noyau de juges européens était venu. Aujourd’hui, des États-Unis, du Canada, d’Afrique du Sud, on peut à nouveau, voyager. Ils sont tous là », abonde Christine Collins, la directrice du Mondial, aux anges. Les 63 jurés de 20 nationalités différentes lui ont réservé une standing ovation*, à l’issue du concours, qui s’est déroulé les 11 et 12 juin. Sous un tonnerre d’applaudissements, émue aux larmes, elle les a remerciés. Ce sont de précieux atouts pour la renommée internationale du Mondial et de sacrées pointures, qui font de ces retrouvailles annuelles une rencontre de passionnés avisés, tout ce qu’il y a de plus convivial et érudit. Yegas Naidoo, par exemple, juge régulièrement pour l’International wine challenge (IWC) au Royaume-Uni, et divers autres concours de vin en France, en Allemagne, en Hongrie, en Suisse, au Canada et en Inde. Elle sélectionne les vins pour la compagnie aérienne sud-africaine, South African Airways.

Montée en gamme

« Ce Mondial des vins blancs ne cesse de monter en gamme, ajoute Yegas Naidoo. C’est un gewurztraminer qui m’a le plus surprise cette 24e édition. Il était si goûteux, bien fait ; sa structure était extraordinaire, ainsi que son équilibre, malgré le fait qu’il était si sucré. » 650 échantillons de vin, d’une vingtaine de pays différents, ont été dégustés, notés, samedi et dimanche derniers. Un riesling très sec a été applaudi aussi d’ailleurs, le deuxième jour. Les médailles d’or ont au minimum une note de 93/100. Lundi 20 juin à 18 h, les noms de tous les grands gagnants seront dévoilés. Mais on sait déjà qu’il y a un pinot gris double médaille d’or. « Sa grande complexité aromatique me permet de dire qu’il est issu de botrytis. Marmelade, orange amère, camphre : c’était le plus frais de tous les pinots gris, alors qu’il monte à 200 g en sucre. Son équilibre est fabuleux. Et il est… français ! Nous ne le savons pas quand nous le dégustons. On nous donne l’information ensuite. C’est sûrement un Alsace », raconte avec délectation, Thibaut Perratone, le plus jeune juré de cette édition. Chef sommelier au Château des Comtes de Challes en Savoie, depuis trois ans, le jeune homme de 29 ans participe pour la deuxième fois au concours. Il est toujours séduit par l’ambiance et l’unanimité autour d’un vin, malgré les approches différentes. « L’œnologue va juger le liquide en fonction de ses propriétés physico-chimiques : de l’acidité volatile, entre autres, par exemple ; le sommelier va s’attacher à la sensation, à ce que dégage le vin ; quant au vigneron, il pensera au millésime, à la grêle, au gel. Pourtant, les notes sont très proches à la fin autour de la table, et ce, aussi, quelle que soit la nationalité des jurés », détaille Thibaut Perratone.

Relais de communication

Les agents diplomatiques des États-Unis, du Japon, des Pays-Bas, du Kazakhstan, de l’Équateur et de la Hongrie, ont honoré de leur présence la manifestation, le dimanche 12 juin. Parce que les vins de leur pays concourraient ou/et parce que leurs compatriotes jugeaient, ils ont tenu à rencontrer les experts sur place, mais aussi, ils savent l’importance d’une médaille d’un tel concours pour la notoriété de ces vins, leurs visibilités sur les linéaires, leurs exportations. Les diplomates sont d’importants relais de communication du concours, dans leurs pays respectifs. Takeshi Akamatsu, consul général du Japon, et son épouse Toshiko, sommelière, ont assisté à une master class de Thierry Fritsch du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) en 2021, sur les terroirs. Cette année, ils reviennent pour retrouver des « amis », encourager les vignerons japonais. « J’espère que quelques-uns des vins japonais en lice seront primés cette fois. L’an passé, il n’y en a pas eu. C’est difficile de trouver du vin blanc japonais en France : la compétition est rude. Moi-même, pour mettre en avant nos deux pays, à ma table, je sers du blanc d’Alsace et du rouge japonais. J’aimerais qu’à l’avenir plus de vins alsaciens soient vendus au Japon, et que plus de vins japonais soient importés en France. On espère que ce Mondial permettra aussi cela. »

Baisse du nombre d’échantillons

Thierry Fritsch, œnologue du Civa, a sélectionné 36 grands crus d’Alsace, 24 rieslings, six pinots gris et six gewurztraminers, de 36 producteurs différents, pour les faire déguster aux diplomates et à tous les juges. « J’ai amené la Route des vins d’Alsace au Mondial des vins blancs. S’ils ne peuvent pas aller sur le terrain, ils ont l’occasion d’avoir un condensé de cette route à table, ici », résume-t-il. Le Civa participe depuis plusieurs années au Mondial. « C’est important parce que l’Alsace qui est une référence en blancs, se confronte aux autres pays du monde et inversement, à ce concours. Il y a un engouement », ajoute-t-il. Ainsi, des vins de Chypre, du Chili, du Mexique, de Hongrie, entre autres, sont venus s’affronter à Strasbourg. « L’Ukraine et la Moldavie gagnent à être connus pour leurs vins », assure Frédérique Pierré, de Fécomsi, chargée de la communication du Mondial des vins blancs, organisé par Strasbourg Events. En 2021, un vigneron ukrainien a été médaillé : c’était sa première participation. Il concourt gratuitement cette année avec douze échantillons, au regard des difficultés qu’il éprouve, conséquemment au conflit avec la Russie. Présenter un vin coûte 100 euros : le tarif est dégressif, rappelle Frédérique Pierré.

Le nombre d’échantillons au concours a légèrement baissé, en 2022, mais cette tendance est internationale. Elle a été observée dans toutes les 18 compétitions de Vinofed, la fédération mondiale des grands concours internationaux de vins et spiritueux. En cause : le millésime 2021, une petite production due aux intempéries. Pour la troisième année consécutive d’ailleurs, un prix Vinofed sera décerné au meilleur vin sec (entre 0 et 4 g de sucre résiduel) sur l’ensemble des vins mis en compétition. Ceci est également le cas dans chacun des concours membres de la fédération. « Une médaille compte : c’est une vente aidée. Une récente étude prouve que la majorité des Français y voient un gage de qualité », conclut Thierry Fritsch. Pour la première fois, le concours s’est ouvert cette année aux vins orange.

 

*une ovation, debout

Essai Dige’O, à Obernai

Comment optimiser l’azote du digestat de méthanisation ?

Technique

Publié le 17/06/2022

Le groupe venu assister à la journée technique Partage Tour, le 31 mai, était composé d’une vingtaine de techniciens, de dix étudiants en BTS et d’un agriculteur. Comment optimiser les pratiques d’épandage des digestats, grâce à une meilleure connaissance de leurs qualités fertilisantes, en comparaison à du fumier et de l’engrais minéral, est la question principale à laquelle les ingénieures du lycée agricole du Bas-Rhin, Margaret Johnson et Véronique Stangret, et Jean-Louis Galais, conseiller grandes cultures à la Chambre d’Agriculture Alsace (CAA), ont essayé de répondre, avec l’aide de Margaux Nedelec, technicienne d’expérimentation au lycée d’Obernai. Après la visite du méthaniseur, avec le chef de l’exploitation du lycée, Freddy Merkling, la trentaine de curieux est allée voir les parcelles de l’essai de plein champ Dige’O. Un focus sur le pilotage et la valorisation de l’azote (N), les digestats et l’azote, et les digestats et le sol, a été fait.

Les produits résiduaires organiques (PRO) à l’essai

Les essais ont lieu sur quinze parcelles de 25 ares chacune : trois blocs de cinq, pour répondre aux cinq modalités testées. Sont épandus, chacun seul sur sa parcelle, trois types de digestat, du fumier de taurillons de l’exploitation du lycée et de l’engrais minéral (ammonitrate). Le premier digestat brut provient du méthaniseur d’Obernai (alimenté par 23 % de végétaux, 40 % d’effluents d’élevage et 37 % de déchets issus de l’industrie agroalimentaire). Le même digestat mélangé à un produit fixateur d’azote (à base d’argile et de micro-organismes) est également testé. Un autre type de digestat, issu d’un autre méthaniseur du territoire (alimenté par 38 % de végétaux, 43 % d’effluents d’élevage et 19 % de déchets issus de l’industrie agroalimentaire), correspond à la troisième modalité digestat. L’effet du produit fixateur de l’azote ne semble pas être concluant pour le moment.

Les règles d’apport de ces PRO

Les règles d’épandage des PRO maximisent l’efficience de l’azote fourni par le sol (200 kg d’N/ha) et par le fertilisant (80 % de l’azote des PRO est disponible dans l’année), ce qui fait que les doses épandues sont très faibles, sur l’essai. Ces règles d’apport des PRO ont été retenues suite à des réflexions avec des partenaires techniques et financiers, au début de l’essai. Sur le type de sol lœssique très fertile du site d’Obernai, ces faibles apports suffisent pour atteindre les objectifs de rendement (21 t MS/ha pour le maïs ensilage et 80 q/ha pour le blé tendre d’hiver). Deux ans avant le début des premiers essais, les terres n’avaient pas été amendées en vue de partir de faibles résidus d’azote dans celles-ci.

Pilotage des apports azotés

Le pilotage des apports azotés, pour Dige’O est le suivant : épandage sur végétation au pendillard, un seul apport au printemps, fourniture du sol et coefficient équivalent azote maximisés, et pas de complément minéral sur les modalités organiques. Pour calculer les besoins en azote, Jean-Louis Galais a présenté différentes méthodes, travaillées par la CAA, dont la plus à la pointe : l’utilisation d’images satellites. « On estime grâce à elles, la biomasse et la teneur en chlorophylle des plantes, et donc, l’azote absorbé », dit-il.

Des expériences à reproduire

Les pertes azotées vers l’eau, quelle que soit la modalité, sont faibles (voir graphique, ci-contre). Ces résultats sont fortement liés aux règles d’épandages, sur l’essai. L’azote de l’ammonitrate est moins lixivié que celui des digestats mais la différence se joue à quelques grammes d’azote par hectare. Margaret Johnson prévient : « Si ces résultats préliminaires sont prometteurs, s’ils pèsent en faveur des digestats, en suivant les règles d’épandage, aujourd’hui, sur l’essai, ils proviennent d’une récolte de données sur du court terme » ; trois ans, de 2019 à 2021. Pour être conclusifs, les résultats d’une telle étude doivent être tirés d’analyses de données sur plus de cinq ans, précise-t-elle.

Les cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) ont un effet positif sur la rétention d’azote, à la surface du sol. Sur cet essai, les Cipan suivent le blé. Après la culture de Cipan, les reliquats azotés sont moins importants qu’après une culture de printemps, a-t-il été observé. Cela peut signifier moins de fuites d’azote vers l’eau souterraine.

Alerte canicule

Sans surprise, c’est le fumier, sur les cinq modalités, qui amène le plus de matière humique et permet aux mottes d’être les plus stables. Ceci est dû, d’une part, à sa composition forte en matières sèches (plus de 30 %, comparé à 10 %, en moyenne, dans les digestats bruts) et, d’autre part, à la quantité de carbone importante apportée par ce PRO. L’écosystème du sol nourri en fumier est plus complexe et plus riche. Les vers de terre sont présents sur toutes les modalités mais sont plus nombreux sur les parcelles recevant du fumier, puis sur celles recevant du digestat, et, enfin, sur celles recevant de l’engrais minéral.

Mauvaise surprise, par contre, sur le bilan carbone dans les sols, pour les digestats. Avec la rotation pratiquée sur l’essai, le bilan humique des parcelles recevant du digestat est négatif, de l’ordre de - 1 t/ha/an d’humus. Seule la modalité fumier présente un bilan humique positif de 4 t/ha/an, dans les conditions météorologiques moyennes des trente dernières années. En prenant en compte le réchauffement climatique récent, même la modalité fumier ne présente pas de bilan positif car le sol consomme davantage de carbone, lors des hivers doux. « C’est comme si on n’avait rien fait », alerte Véronique Stangret, en charge de Dige’O, avec Margaret Johnson, qui prendra sa suite.

La Résidence itinérante 2022

Sur la Route des vins d’Alsace : spectacles !

Pratique

Publié le 15/06/2022

« Passeront-ils, passeront pas ? Passeront-ils, cette fois ? Passeront-ils, passeront pas ? Passeront-ils pour la dernière fois ? »* Ce qui est sûr, c’est qu’ils cheminent sur la Route des vins d’Alsace et qu’ils s’arrêtent, jouent, s’attablent, au gré des rencontres, jusqu’au 29 juillet. Partis d’Ottrott, lundi 13 juin, pour la huitième édition de la Résidence itinérante, les troubadours du XXIe siècle, leurs instruments et nécessaire vital, sur leurs charrettes à bras, ont marché en direction de Barr. Où sont-ils à l’heure où vous lisez ces lignes ? Toujours plus vers le Sud. Pour être fixés, appelez l’infoline : 06 61 53 48 03.

Vivre libre

Didier Christen, du collectif Bal’us’trad, est à l’origine de cette initiative qu’il résume ainsi : « Nous sommes une troupe d’artistes et amis, évoluant au fil des arrivées et départs. Nous cheminons sur un itinéraire se construisant, jour après jour. » Au gré des rencontres, les saltimbanques improvisent chants, musiques, jonglage, tout comme leur parcours. « C’est spontané. On invite chacun à partager son art, ses savoirs, et à se répandre dans les villages, sur les places, sous les fenêtres, mais aussi dans les cours, les granges et les caves, selon les invitations. On peut créer, du jour au lendemain, un cabaret, un bal, un concert », rappelle le musicien, cornemuse dans les bras. Aucun contrat, aucune obligation de résultat. Pendant près de deux mois, les artistes vivent libres. Et de charité ! « La quête à l’ancienne. » Courgettes, pâtes, quilles, billets, monnaies sonnantes et trébuchantes (qu’ils réinjectent directement dans l’économie locale) : tout est accepté. Mais gardez vos enfants ! Ils n’ont pas l’agrément.

 

 

Avec ceux qui font la Route

C’est d’ailleurs au Foyer de charité d’Ottrott, Le Windeck, que l’aventure a commencé, cette année. Ce jardin remarquable, lieu de retraites spirituelles, hébergeant des séquoias géants, a accueilli la troupe (qui dort sous tente), le temps qu’elle se mette en branle, le week-end dernier. « Leurs animations originales valorisent le village et réjouissent », déclare Philippe Poulain, adjoint au maire, se régalant des mélodies. « Comme il n’y a pas d’attentes, de part et d’autre, il n’y a que de bonnes surprises », s’exclame Isabelle du Bois, circassienne belge. Elle se souvient, avec Cyrille - « un frelon asiatique qui fait du kung-fu » et de la guitare - des moments magiques, hors du temps, passés les années précédentes, aux côtés de vignerons, notamment : le concert improvisé chez les Frick de Pfaffenheim, jusque dans leur cave ; l’apéro impromptu chez Patrick Meyer, à Nothalten, et le bœuf avec Armand Landmann au piano à queue ; les échanges avec les Beck-Hartweg de Dambach ; la dégustation festive chez les Durrmann, à Andlau, et bien d’autres coups de foudre (s) ! « Quand on chante notre Ode aux vignerons, certains sont émus aux larmes », confie Didier Christen. Et ils rient aussi à gorge déployée. La Résidence itinérante, c’est une opération à cœur ouvert.

 

* D'après les paroles d'une chanson de la Résidence itinérante.

Terrajob

De la bonne graine !

Pratique

Publié le 08/06/2022

Romain Fassel, d’Erstein, 20 ans

« Je n’ai aucune formation initiale mais mes parents sont tous deux exploitants agricoles, à Erstein et à Bolsenheim. Je les aide donc depuis l’enfance et espère, à terme, m’installer. J’avais commencé un apprentissage en couverture et en zinguerie mais j’ai arrêté, car cela ne me plaisait plus. C’est mon père qui a été informé par Alsace Lait, comme tous les éleveurs adhérents à la coopérative, du dispositif mis en place par Terrajob. C’est une formation grâce à laquelle je peux continuer à travailler à la ferme. J’obtiendrai un Certificat de qualification professionnelle (CQP), qui me permettra d’embrayer sur un Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA), pour viser l’installation. J’ai été embauché par Terrajob, le 11 avril 2022, et je suis mis à disposition chez mes parents. Ici à Obernai, j’apprends surtout la théorie. Chez mon père, je remplis le mélangeur mais je ne sais pas forcément calculer la ration. Via les cours dispensés au CFPPA d’Obernai pour Terrajob, je m’y mets. »

 

Jonathan Histel, d’Erstein, 28 ans

« J’ai arrêté les cours en classe de cinquième. Puis, j’ai intégré une classe Tremplin au lycée Le Corbusier, à Illkirch-Graffenstaden : on avait deux jours de cours et trois jours de stage. Ça m’a complètement perdu ! (Rires). Je ne savais plus ce que je voulais faire. J’ai enchaîné les travaux d’intérim, ensuite : agent d’entretien, livreur, déménageur, etc. Et j’étais cuisinier en CDI. Je n’avais jamais mis les pieds sur une exploitation agricole avant Terrajob. Mais j’ai une formation d’éleveur d’animaux de compagnie que j’ai validée à Rouffach. Faute de moyens, je n’ai pas encore pu me consacrer à cette véritable passion. J’aime les chats et les chiens, être en contact avec les animaux. C’est pour cela que j’ai postulé à Terrajob, après avoir vu l’offre en ligne. J’ai signé le contrat le 21 avril 2022. Je travaille aujourd’hui à Lipsheim, à la ferme du Mittelegert, chez Arthur Muller. Il a un robot de traite. Je nettoie surtout. Ce n’est pas trop mon truc. Il n’y a pas assez d’interactions avec les animaux à mon goût, dans l’élevage laitier tel que je le pratique actuellement. Après l’obtention du CQP, je me projetterais plutôt dans l’assistanat vétérinaire ou l’insémination. J’ai déjà conduit des engins agricoles ici et ça me plaît, mais je n’étais pas encore dans les champs. »

 

Elsa Kuster, de Steige, 23 ans

« Ouvrière agricole à la ferme Haag, à Saint-Pierre, qui propose ses produits en vente directe notamment, j’ai signé avec Terrajob, le 19 avril. Je ne suis pas issue du monde agricole mais j’ai toujours aimé le contact avec les animaux. J’adore aussi m’occuper de mon jardin et dès que je peux, je complète mon herbier, mets au point des recettes anciennes à base de plantes sauvages. J’aime également entretenir les espaces naturels, débroussailler. Suivant mes passions, je me suis orientée vers un bac professionnel gestion des milieux naturels et de la faune sauvage (GMNF), au lycée agricole de Wintzenheim. Ce diplôme en poche, je suis entrée à l’université de Strasbourg, en filière Staps : je suis footballeuse et le sport est une autre de mes passions. Après un an, j’ai finalement décidé de m’inscrire à une formation sur trois ans, en tant que soigneur animalier. J’ai eu la chance de vivre des expériences extraordinaires, en côtoyant de très près de nombreuses espèces : tigres, ours, girafes, etc. J’ai aussi participé à la sauvegarde du grand hamster d’Alsace. Pour travailler en lien avec les animaux, j’étais deux mois à la ferme Goetz, à Mussig, où j’ai vraiment pu voir que ce métier d’ouvrier agricole me plaisait. Terrajob m’a, par la suite, contactée pour me proposer de faire un CQP en élevage bovin lait : j’ai tout de suite accepté ! Avoir une formation est essentiel pour moi. Cela contribue à la réalisation de mon futur projet professionnel. Je souhaite à terme m’installer, diriger ma propre exploitation laitière, un verger et un parc animalier. Je me plais beaucoup à la ferme Haag, où la traite se fait en salle. »

 

Seifdin Siaba, de Colmar, 27 ans

« Je désirais être enseignant. Je suis titulaire d’un master Métiers de l’enseignement et d’une licence d’histoire. J’ai été surveillant, notamment au lycée agricole du Pflixbourg, et professeur stagiaire au lycée Fustel de Coulanges. C’est là que j’ai compris pourquoi, avant de rencontrer de super professeurs à qui je voulais ressembler, je n’aimais pas l’école. Le monde agricole m’a toujours attiré et, encore plus, depuis mes études d’histoire. Nous vivons dans un monde issu des révolutions industrielles qui nous ont éloignés du rythme des saisons, d’une vie heureuse à la campagne. Aussi, j’espère décrocher un CDI à la fin de cette formation, après des années d’emplois précaires, et pourquoi pas, à terme, m’installer ; en horticulture – ma première passion - et en maraîchage, plutôt. C’est sur le site de Pôle emploi que j’ai trouvé l’annonce de Terrajob. Après le CQP, je resterai attaché à l’exploitation, j’y ferai mes classes, puis j’espère reprendre des études, au lycée agricole d’Obernai et/ou me former à d’autres productions que le lait. Arrivé à Terrajob le 25 avril 2022, je travaille en alternance avec Yannick Fischer, à Gottesheim. Je suis préposé à la traite, actuellement. On s’entend bien lui et moi. Il est pédagogue, comme tous les formateurs ici. »

 

Najibullah Shinwari, de Mulhouse, 26 ans

« J’ai signé mon contrat avec Terrajob le 17 mai 2022. Je travaille avec Sonia Bauer, au Gaec du Schlavary à Hirschland, trois jours par semaine. Elle m’héberge durant ce temps. Pour l’instant, je trais les vaches. Je n’étais pas encore dans les champs. Mais je sais déjà conduire un tracteur. Je viens d’Afghanistan. Avec mes parents, je cultivais et m’occupais des vaches et des chèvres, là-bas. Je ne suis jamais allé à l’école. Cela fait quatre ans que je suis en France maintenant, et deux ans que tous mes papiers sont en règle. J’ai déjà travaillé ici, dans les espaces verts et j’ai vendangé. Avec Terrajob, nous nous renseignons pour que je passe mon permis de conduire, grâce à l’association Mobilex. Tant que je n’ai pas le permis, c’est difficile de me projeter. Je ne parle pas encore le français avec fluidité mais je comprends le vocabulaire de base. J’apprends quand même vite, avec Terrajob, en regardant. Une association d’aide aux réfugiés m’a coaché pour envoyer mon CV et ma lettre de motivation à des agences d’intérim et à Terrajob… qui a répondu plus vite que tous les autres ! »

 

Et ensuite ?

À l’issue de leur formation en alternance de 300 heures, fin 2022, ces cinq jeunes seront titulaires d’un CQP en élevage laitier. Forts de quatre blocs de compétences validés (sécurité au travail, gestes et postures ; soins aux animaux ; rations alimentaires ; traite en salle ou au robot) et de leur mise à disposition dans les fermes, ils continueront à travailler avec leurs tuteurs, dans un premier temps.

Ils étaient sept jeunes au départ, à s’engager avec Terrajob, mais un a démissionné et une autre serait aussi contrainte d’abandonner pour raisons médicales.

Quant aux exploitants adhérents au GEIQ, ils sont au nombre de quinze, aujourd’hui. Leur rang peut grossir, à l’envi. Toutes les filières sont attendues. Si Terrajob a ciblé en priorité des élevages laitiers pour démarrer les formations, c’est parce que le secteur est en tension ; la demande du côté de ces éleveurs est forte. Les tuteurs, qui paient les heures de travail des alternants et pour qui Terrajob gère les démarches administratives, sont aussi formés. La prochaine séance de formation pour les agriculteurs qui emploient des salariés Terrajob aura lieu le 21 juin.

Les vidéos