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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Foire européenne de Strasbourg

La Foire européenne commence aujourd'hui !

Vie professionnelle

Publié le 01/09/2022


Les bergers alsaciens et leurs moutons baptiseront le tout nouvel espace agricole de la Foire européenne de Strasbourg, situé entre le hall 5 et le hall Rhin, à l’entrée de la manifestation. Ce vendredi 2 septembre, à 18 h : méchoui, grillades et leur désormais fameux burger de mouton seront au cœur des festivités. Samedi et dimanche, les réjouissances continueront avec aussi des démonstrations de tontes et des ateliers autour de la laine, grâce à MOS-Laine et au syndicat des éleveurs ovins d’Alsace. À côté, les tracteurs anciens raviront les amateurs de vintage. Pour s’ambiancer en musique, rendez-vous vers le stand de Bienvenue à la ferme : tout ce week-end d’ouverture, orchestre alsacien, groupe folklorique mais aussi rock et tubes… Curiosité : ce vendredi de 18 h 30 à 19 h 30, un blind test agricole permettra de se mesurer et repartir avec des cadeaux. Rebelote, le vendredi d’après, avec un concert pop rock, à 20 h, pour continuer à danser.

Insouciance et rentrée économique

Mercredi 7 septembre, ce sera la journée des enfants. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA), qui chapeaute l’espace agricole, y organise son traditionnel concours de dessin : « Dessine-moi un poulailler », cette année. Remise des prix à 16 h. Comme chaque jour de la Foire, la ferme pédagogique (animée entre autres par les lycéens d’Obernai et les syndicats d’élevage bas-rhinois, dont les aviculteurs), les balades à poney, les tours en calèche (avec l’association Cheval Grand Est, le haras de Pfaffenhoffen et le centre équestre des Deux rives), les dégustations de produits locaux, les démonstrations de pop-corn au miel caramélisé (avec les apiculteurs amateurs et professionnels de Rosheim), la vente de jouets agricoles réjouiront les petits et les grands enfants. Une exposition de lapins géants des Flandres ravira exceptionnellement les visiteurs du mercredi. Le jeudi 8 septembre, la CAA prévient d’un autre temps fort. L’insouciance de la jeunesse fera place à l’annonce des mesures d’aides en faveur des entrepreneurs. La rentrée économique des chambres consulaires aura lieu à 17 h 30, en salle événementielle du nouveau Parc des expositions de Strasbourg. Suivra un cocktail dînatoire, organisé par la Ferme Clarisse, sur l’espace agricole, accompagné d’un tour de chant.

 

 

La montagne au Wacken

Le second week-end de la Foire européenne sera consacré aux vosgiennes. Pour l’arrivée des bovins, vendredi soir 9 septembre, une conférence de presse mettra la race à l’honneur… sous le regard des lamas et des alpagas, présents ce jour-là, uniquement ! Samedi et dimanche, démonstration de transformation et dégustation de fromage de la montagne s’enchaîneront. La Ferme des fougères proposera son burger fermier, les 10 et 11 au soir. Ces deux jours de septembre, sur l’espace agricole, retentiront des cors des Vosges et des Alpes, dès 10 h. Samedi soir, ce sera rock’n’roll. Tout le week-end, l’association d’histoire de Hunspach et environs plongera le public dans le folklore alsacien, à travers des histoires, des présentations de costumes traditionnels et la conservation des aliments, comme les générations précédentes pouvaient le faire. Solaal, l’association de solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires sensibilisera à la pratique du don agricole, notamment via un quiz sur le gaspillage alimentaire et le don.

Et si on travaillait dans l’agriculture ?

Les dix jours de la Foire, l’espace agricole débordera d’animations : autour des cinq sens de l’élevage et autour du lait, avec Interbev Grand Est, notamment, et autour des produits locaux. Savourez l’Alsace Produit du Terroir, Bienvenue à la Ferme, les producteurs médaillés du Concours général agricole 2022, le Civa et les glaces de la ferme Huchot assureront des dégustations et les ventes. Du lundi au vendredi de 11 h à 14 h, il sera possible de se restaurer avec la planchette de la Table des terroirs, servie par les élèves du lycée d’Erstein. Et du lundi au jeudi, à partir de 17 h, les tartes flambées de la Ferme Adam calmeront les appétits. Météor, la sucrerie d’Erstein et Limo’s pourvoiront aux barbes à papa et aux rafraîchissements. Les Gîtes de France Alsace et Cigoland montreront encore à quel point, en Alsace, on sait recevoir. Et pour le fleurissement, l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep), via les établissements Wolff et Riehl, sera à pied d’œuvre. Du 6 au 10 septembre, la FDSEA du Bas-Rhin fera la promotion des formations et des métiers de l’agriculture, avec deux quiz (enfant et adulte) : et si on travaillait dans l’agriculture ? Un panier garni et des goodies seront en jeu.

 

 

 

Strasbourg

Le vert est dans l’Eurométropole

Pratique

Publié le 01/09/2022


« Les terres agricoles qui se libèrent, que la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) récupèrent à la fin d’un bail, sont actuellement redirigées vers un usage citoyen », affirme sans détour, Jeanne Barseghian, la maire de Strasbourg. La dynamique quadragénaire met en avant la tradition de cultures vivrières, les jardins familiaux et ouvriers, et aussi la « cité maraîchère » qu’était le quartier de la Robertsau jusque dans les années 1970, pour légitimer sa politique agricole. Celle-ci favorise le maraîchage et les circuits courts, et surtout l’autoproduction « nourricière » par les particuliers et les associations, dans l’espoir que cela crée plus de justice, de santé, d’insertion et de lien social.

 

 

Jeanne Barseghian cite ainsi la conception de quatre fermes urbaines, aux Écrivains (à Schiltigheim), à la Cité de l’Ill, au Neuhof et à l’Elsau ; des quartiers prioritaires de l’EMS. La collectivité a récemment remporté l’appel à projet de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), Quartiers fertiles, avec son idée de maraîchage entre les tours, sur plusieurs dizaines d’ares. À chaque fois 650 000 €, soit presque la moitié du budget total. « Sur ces terrains, il y aura une mixité d’activités, destinées à améliorer le cadre de vie, créer de l’emploi. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA) est associée, depuis le premier jour, en tant que conseil et parce qu’elle est en demande de main-d’œuvre qualifiée. Les Cités fertiles pourront permettre la formation d’ouvriers. »

Investir les interstices

L’édile enchaîne. « On ne fait pas de promesse quant à la sanctuarisation de friches agricoles, quant à la surface, d’autant plus qu’il faut travailler à la dépollution de certains sols avant de les cultiver, ou explorer d’autres techniques ; Strasbourg étant aussi une terre industrielle. Mais une dimension agricole et alimentaire est intégrée dans un maximum de projets d’aménagements urbains. La part d’espaces dédiés à l’alimentation va ainsi augmenter. Et lorsque le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) sera révisé, on ira plus loin », assure la maire écologiste. Elle insiste en attendant, sur les interstices à investir en ville, pour se diversifier. Le Bunker comestible, qu’elle cite en exemple, est mis à disposition de la fédération des aveugles Grand Est pour produire des champignons, commercialisés en circuit court. La pression foncière est énorme, dans toute l’EMS. Antoine Neumann, conseiller municipal délégué à la Ville de Strasbourg, en charge de l’agriculture urbaine, de l’alimentation et de la santé des consommateurs, admet qu’il est aujourd’hui incapable de répondre aux demandes de nouvelles surfaces des quelques exploitants strasbourgeois qui le sollicitent pour pérenniser l’existant. Il grappille trois hectares de ci, un hectare de là, pour une SAU forcément morcelée.

Cependant, la municipalité a conscience de ce besoin de terres. « C’est, entre autres, l’objet d’une convention avec la CAA, Bio en Grand Est et Terre de liens. Strasbourg et l’EMS financent 32 actions co-construites à hauteur de 290 400 €, en 2021 et 2022. La CAA est la principale bénéficiaire, puisque partie prenante de toutes les opérations. On travaille sur quatre axes principaux : sécuriser, conforter les entreprises et/ou transmettre ; soutenir les pratiques respectueuses de l’environnement ; développer les circuits courts (il existe d’ailleurs une carte interactive en ligne, des points d’approvisionnement dans l’EMS, NDLR) et retisser le lien entre la ville et la campagne, reconnecter les deux mondes », développe Antoine Neumann. Deux postes ont été créés, Ville et EMS confondues, spécialement pour la préservation de la ressource eau (l’EMS se chargera d’ailleurs des paiements pour services environnementaux, dont le budget propre n’a pas encore été délibéré) et l’économie agricole. Le renouvellement des générations est un enjeu de taille car deux tiers des personnes qui travaillent dans le monde agricole, dans l’EMS, ont plus de 50 ans, savent les élus.

Plus de budget pour les questions agricoles

« L’agriculture et l’alimentation sont au cœur des différentes politiques publiques : l’économie et l’emploi, la consommation responsable, l’éducation, la santé, les paysages, les déchets. Ce sont deux sujets parmi les plus transversaux. Nous avons donc créé un comité partenarial de l’alimentation avec les structures institutionnelles. Y participent les représentants du monde agricole », ajoute Jeanne Barseghian, qui milite pour une alimentation locale, saine et accessible, mais qui n’est pas dupe des réalités. Même si toutes les terres agricoles de l’EMS étaient vouées à l’agriculture nourricière, il serait seulement possible de combler 8 % des besoins de ses habitants, dont 7 % en légumes, selon un diagnostic réalisé pour la collectivité. Aujourd’hui, 3 % des aliments consommés dans l’EMS sont locaux. S’approvisionner dans toute l’Alsace et la région Grand Est, voire l’Allemagne, est un autre défi à relever. « Les commandes pour les cantines scolaires et la petite enfance vont au-delà des préconisations Egalim, note Antoine Neumann. On achète 30 % de produits bio, dont deux tiers sont des produits bio d’ici. Au total, ce sont 30 % de produits locaux qui se retrouvent dans les assiettes. »

 

 

Mais à part quelques exceptions, hors de question de faire du « localisme » en marché public. C’est illégal. Les Verts œuvrent, avec France urbaine (un regroupement des grandes villes françaises), à l’exception alimentaire ; que l’État et l’Europe donnent plus d’autonomie aux communes sur cet approvisionnement-là. « On pousse au maximum de ce qui est en notre pouvoir », lâche Antoine Neumann. La Ville de Strasbourg et l’EMS ont signé le Pacte de politique alimentaire urbaine de Milan, sous l’égide de l’ONU, pour inscrire les collectivités dans une dynamique internationale. Fin 2022, il est prévu qu’elles publient le projet alimentaire partenarial, pour le territoire, visant à lutter contre les gaspillages, accélérer la transition agroécologique et rendre le bio accessible à tous. Strasbourg sera la première ville, au second semestre 2022, à délivrer des ordonnances vertes : une distribution gratuite de paniers de légumes bio aux femmes enceintes, « pour éviter les perturbateurs endocriniens », dixit la maire.

Si le budget dédié aux questions agricoles est minime, à Strasbourg, de l’aveu d’Antoine Neumann, « il faut voir l’évolution ». « On est sur des chiffres sans commune mesure par rapport à la précédente municipalité et sur une transformation du territoire », certifie le conseiller. Idem au niveau de l’EMS. Le Tour des fermes (la huitième édition avait lieu fin juin) mobilise toujours plus, d’après la collectivité. La nouveauté cette année, c’est qu’il s’inscrivait dans une semaine de Rendez-vous de l’alimentation… durable, forcément. Intitulée « Qu’est-ce qu’on mange ? », elle a été l’occasion d’offrir des entrées au Grand Show des Fruits et Légumes d’Alsace, qui se déroulera du 22 au 25 septembre 2022, à Illkirch – Baggersee. Les consommateurs, prescripteurs, sont de plus en plus invités à rencontrer les agriculteurs.

L’EARL Solanacea, à Breitenheim-Mussig

La porte ouverte va faire un tabac

Vie professionnelle

Publié le 26/08/2022

Les visiteurs seront frappés par la délicieuse odeur de tabac chaud, lorsqu’ils pénétreront dans le hangar des Losser, à Breitenheim-Mussig. La variété Virginie, que cultivent exclusivement Étienne et son père Rémy, est séchée, en vrac, dans des fours, d’où exhalent les parfums de la plante, de la famille des solanacées. « Nous sommes, ici, sur l’exploitation familiale, transmise par mon grand-père paternel, Eugène. De mes aïeux maternels, nous avons encore des terres à Richtolsheim. Quand mon père s’est installé, il cultivait du céleri. Dans les années 1980, il a choisi d’arrêter cette spécialisation pour le tabac. Il a modernisé et augmenté la surface dédiée au tabac, au fur et à mesure, pour arriver à un système 100 % mécanisé, avec des fours pour chauffer les feuilles en vrac, en 2005, et 40 ha de SAU. Aujourd’hui, on cultive encore entre 36 et 37 ha de tabac », raconte Étienne Losser, 35 ans. Au début des années 2000, avec 25 ha en récolte manuelle, Rémy Losser était le plus gros producteur de France, ajoute Étienne.

Culture spéciale

L’ingénieur de formation s’est installé en avril 2019, associé à 50/50, avec son père. Il a travaillé pour Arvalis, sur le stockage des grains, de 2011 à 2015, et a été salarié sur l’exploitation, ensuite. Avec Rémy, ils ont choisi le nom de l’EARL en fonction de leur culture spéciale : Solanacea, plus évocatrice que Wolfsgrube, par exemple, le nom du lieu-dit. Ensemble, père et fils cultivent 75 ha de SAU : 36,5 ha de tabac Virginie, 25,5 ha de maïs, 9 ha de blé, 3 ha de soja et 1,2 ha de prairies, en conventionnel. Tout est irrigué. Le tabac représente 75 % de leur chiffre d’affaires, environ. Ils sont adhérents à la Coopérative Tabac Feuilles de France (lire l’encadré). Pour le reste, ils livrent le soja au Comptoir agricole, et, le maïs et le blé, au Comptoir agricole, à Armbruster, au Moulin Stoll… L’herbe sur pied est principalement vendue au Gaec Losser, des cousins, éleveurs de vaches laitières. En réflexion constante, Étienne souhaite se diversifier mais des contraintes techniques ou économiques freinent, pour l’instant, son élan. Si Étienne et Rémy n’ont pas de salariés permanents, ils travaillent avec des saisonniers, qui équivalent à cinq ETP, en moyenne, sur l’année.

« Alexis Losser, mon voisin, est trésorier adjoint et responsable installation des Jeunes Agriculteurs (JA). Avec les JA des cantons de Marckolsheim et Sélestat, ils cherchaient un endroit pour les portes ouvertes, lors de la finale départementale de labour du Bas-Rhin. Puisque je suis JA aussi et qu’on a une culture spéciale à faire découvrir, je me suis porté volontaire », explique Étienne Losser. Dimanche, il exposera son matériel, répondra aux questions sur l’itinéraire de la plante, à l’aide de posters et de films… à l’ombre du hangar à tabac.

Groupe Colin

Une filière alsacienne pour l’ail déshydraté

Cultures

Publié le 10/08/2022

« En octobre et en novembre 2022, les volontaires planteront chacun un demi-hectare d’ail, dans le Kochersberg et le long du Rhin. Ils récolteront en juin 2023 environ 7 ha au total », résume Éric Colin, actuel dirigeant et fils du fondateur du groupe Colin. L’Ifla a recruté une dizaine d’agriculteurs désireux de tester cette culture, avec le spécialiste en épices, aromates, ingrédients et bases culinaires, pour la restauration et l’industrie, mais aussi depuis peu pour les particuliers. « Deux types de cultivateurs se lancent avec nous : ceux qui sont déjà producteurs et augmentent ainsi leurs surfaces, et des céréaliers qui souhaitent se diversifier avec une culture spéciale », indique-t-il.

L’industriel investit 350 000 euros (hors bâtiments) pour créer cette filière alsacienne d’ail destiné à être déshydraté ; preuve qu’Éric Colin y croit et s’inscrit sur le long terme, insiste-t-il. Déjà cultivateur de moutarde douce d’Alsace sur la ferme familiale, puisqu’il est lui-même fils et gendre d’agriculteur, Éric Colin va bien sûr aussi expérimenter la culture d’ail en plein champ. « C’est plus compliqué qu’une céréale. Il faut sortir faire des tours de champs régulièrement. En fonction des sols, de l’irrigation ou pas, la technicienne de Planète Légumes, Anaïs Claudel, programmera le passage de la planteuse et de la récolteuse-arracheuse, achetées par le groupe. Je tiens à la remercier, ainsi que Pierre Lammert, le président de Planète Légumes, Fabien Digel, son directeur, et Yannick Wir, le responsable d’équipe, et Laura Freudenreich, la chargée d’études technico-économiques. Sans eux, je n’y serai jamais allé », admet Éric Colin, reconnaissant.

 

 

Origine France et Alsace

Même si l’ail déshydraté alsacien cartonne, le chef d’entreprise rappelle que les quantités cultivées ne seront jamais énormes : « C’est un condiment, donc 1 % de l’assiette », justifie-t-il. Quasiment toute la production d’ail est mécanisée, sauf l’opération de tri sur tapis, comme pour les oignons et les pommes de terre. Arrivé sur le site de Mittelhausen, l’ail sera pré-séché pour qu’il se conserve au frigo pendant neuf mois, si besoin, à 0 °C. « Il perd 20 à 30 % d’humidité lors de cette première étape », précise Éric Colin qui s’est inspiré de ce qu’il a vu dans d’autres pays mais a tout réinventé « à sa sauce ». « Cette transformation de l’ail en France, ça n’existe pas encore », ajoute-t-il. C’est à Gunsbach, dans le Haut-Rhin, que les gousses seront déshydratées et mises sous vide ensuite, « tout au long de l’année ». À côté des deux sites industriels alsaciens, deux sites commerciaux se partagent la commercialisation, à Heidelbreg, en Allemagne, et à Rennes. Le groupe Colin emploie 320 salariés et vise un chiffre d’affaires de 90 millions d’euros, en 2022.

Aujourd’hui, le groupe a recours à plusieurs centaines de tonnes d’ail du sud-ouest de la France. La demande française étant en constante augmentation pour l’ail séché sous-vide, Éric Colin se tourne vers les agriculteurs alsaciens pour répondre aux besoins et, surtout, développer l’origine France et Alsace, puisque « le consommateur veut de plus en plus connaître le pays ou la région d’origine des produits qu’il savoure », dit-il. Le groupe importe encore des bulbes de pays étrangers, aussi.

 

 

Instants viniques

Divines idylles

Vigne

Publié le 03/08/2022

Les cuivres du groupe de musique traditionnelle alsacienne Alsa Band résonnent. À 18 h 30, on se prépare à entendre « chanter les anges », le temps d’un Instant divin, avec l’association des sommeliers d’Alsace. Quatre Alsaciens, « vieux briscards » du vin, membres de la Confrérie Saint-Étienne, bousculés par la Reine des vins d’Alsace et ses dauphines - qui ne manquent ni de répondant, ni de culture, ni d’originalité -, ont présenté leur sélection de vins à l’occasion d’une dégustation collective, commentée et rythmée par les airs populaires. Pour maintenir le public en haleine, attentif aux propos des sommeliers, trois bouteilles de vin d’Alsace ont été mises en jeu ; offertes à qui se souviendra de la date de l’obtention de l’appellation grand cru par le Kaefferkopf, par exemple.

Les ambassadrices des vins d’Alsace ont débuté la séance par une présentation des cinq sens à éveiller, lors d’une dégustation de vin. Le toucher est convoqué en premier, lorsqu’on choisit sa bouteille (sa forme, son étiquette, ses reliefs, sa fraîcheur), puis la vue lorsque le breuvage coule dans le verre (on regarde sa fluidité, sa couleur), ensuite l’odorat, le premier nez et le suivant, quand se révèlent les notes de fruits confits ou la minéralité, juste après le goût, avec l’attaque, le milieu de bouche et la finale révélant la longueur en bouche, le temps du goût, aussi appelé caudalie, et enfin l’ouïe, de l’extraction du bouchon au « chant des anges », en passant par le ruissellement et, bien sûr, le tintement des verres qui s’entrechoquent.

Grossi laüe

Emmanuel Nasti prend le relais. Le caviste est heureux de présenter le riesling 2020 En Pleine Nature, AOP Alsace, bio, du domaine Marcel Freyburger à Ammerschwihr (68), d’autant plus que c’est sur son ban que la dernière appellation grand cru a été obtenue… celle du Kaefferkopf, en 2007. Le terroir, vers Trois-Épis, granitique, apporte au vin sa minéralité. En bouche, des arômes d’agrumes, dont de citron, amènent de la fraîcheur. « C’est digeste et gourmand », souligne Emmanuel Nasti. Comme c’est un vin nature, il n’est presque pas soufré. Aussi, il n’est pas sucré. Dans le public, un couple de septuagénaires le trouve même un peu pétillant sur la langue.

Serge Dubs enchaîne. Grand maître de la Confrérie Saint-Étienne, le meilleur sommelier du monde, qui officiait à l’Auberge de l’Ill à Illhaeusern, commente avec plaisir, un riesling grossi laüe (grands terroirs en alsacien) 2012, de la famille Hugel à Riquewihr (68) : un grand vin d’Alsace, en édition limitée. Si ce vin n’est pas reconnu grand cru Schoenenbourg, il pourrait le revendiquer. « Il est d’une jeunesse exceptionnelle », s’exclame Serge Dubs. Brillant, net, grand, d’une belle minéralité, il flirte avec le gingembre, les fleurs. D’un terroir gypseux, sa bouche est ample, vive. « C’est un vin qui fait saliver. Il a du goût », conclut le grand maître. S’il le conseille avec un homard rôti au four, Sabine Schutz, la reine des vins d’Alsace l’associerait bien avec une tourte vigneronne, pour apporter de la vivacité au plat, quant à sa dauphine Mathilde Marzolf, elle reprendrait bien un verre avec un gravlax de saumon, son coup de cœur culinaire ; Margot Ehrhart, elle, l’associerait à un saumon à la plancha.

Grand spectacle

Frédéric Schaetzel, le successeur de Serge Dubs à l’Auberge de l’Ill, propose, lui, un pinot gris Letzenberg 2019, AOC Alsace, de Jean-Baptiste Adam à Ammerschwihr (68). « Un vin riche, généreux, au nez intense, de fruits jaunes et d’épices. Il s’accorde avec un filet de bar, dans une sauce au vin jaune, c’est-à-dire aux notes de fruits secs, et morilles. » La reine et ses dauphines acquiescent mais elles le préféreraient avec une viande et des girolles ou d’autres champignons. « Pour le côté sous-bois, je l’accommoderais avec des fleischnackes, des haricots, des spaetzles et de la crème », risque l’une d’elles, immédiatement approuvée par l’association et les spectateurs.

Jean-Marie Dirwimmer, ancien sommelier du Rendez-vous de chasse, a gardé « le meilleur pour la fin », blague-t-il… à peine ! Il déguste un gewurztraminer 2020, AOC Alsace, du vigneron-récoltant Ginglinger-Fix, de Voegtlinshoffen (68), une des communes viticoles les plus élevées d’Alsace. « Ce vin, élaboré par Éliane et ses fils, est un jardin », souligne-t-il. Rose, litchi, coing, mangue : les arômes typiques « or jaune » de ce gewurz’à la note fruitée d’abricot se marieront à merveille avec un foie gras en terrine ou poêlé, accompagné de figues et de pêches, avec un homard thermidor, des gambas aux épices, un canard laqué ou de la pluma ibérique, partage le sommelier. « Vin de caractère, qui soutient », il magnifiera aussi un bleu de Bresse, une fourme d’Ambert ou une tarte aux mirabelles, bu avec « la personne la plus chère, pour vous », conclut Jean-Marie Dirwimmer.

Mathilde Marzolf, de Voegtlinshoffen, en rêve avec un munster ou un camembert, Margot Ehrhart, avec une pâtisserie suédoise, et Sabine Schutz, avec une salade de fruits frais et un sorbet de mangue. Serge Dubs acquiesce à cette dernière proposition. « Le millésime de nos reines est époustouflant, salue un animateur, au micro. Elles laissent parler leurs cœurs, ont du goût et de la culture. »

 

 

Cook show

On reste sur le fruit

Vigne

Publié le 03/08/2022

Pour le top départ des cooks shows de la Foire aux vins, trois sommeliers se sont retrouvés sur le devant de la scène. Charlotte Leray, sommelière de La Nouvelle Auberge, à Wihr-au-Val, qui a choisi les vins à accorder avec le met d’Éric Girardin, chef de La Maison des têtes, à Colmar, mais aussi le cuisinier lui-même qui a débuté à ce poste, et Nicolas Rieffel, le dynamique animateur du show, sommelier Chez Julien, à Strasbourg, au début de sa carrière. Les spécialistes ont donc rivalisé de conseils pour associer les goûts et les couleurs.

Éric Giradin a concocté, en une heure et pour une cinquantaine de convives, des verrines de pastèque rôtie, flambée, accompagnée de tomates marinées au whisky alsacien de la distillerie Meyer (entre autres), de fromage de chèvre frais de la ferme des Embetschés (à Lapoutroie), d’huile de basilic, d’huile fumée et d’eau de pastèque, saupoudrée de fleurs et de feuilles anisées et de poudre d’olives noires séchées. Ce plat estival végétarien est aussi beau que bon ! C’est ainsi que Charlotte Leray s’est laissée inspirer pour choisir les flacons.

Accord chromatique

« Je fonctionne à l’accord chromatique. Tout va ensemble. La couleur du sol d’où provient le vin et la couleur dominante du plat sont une indication pour choisir le flacon », confie-t-elle. Elle a ainsi sélectionné deux vins haut-rhinois : un gewurztraminer grand cru Pfersigberg Comtes d’Eguisheim 2015 de chez Léon Beyer et un pinot gris grand cru Kanzlerberg 2016 de chez Gustave Lorentz, à Bergheim. Le premier provient d’un sol marno-calcaire ocre, entre les rouges et les jaunes, et le second, d’un sol argilo-calcaire, composé de marnes grises et noires à gypse du Keuper… gypse oscillant entre le blanc, le rose, le rouge et le violet. Les variations de couleurs chaudes du plat font ainsi écho aux origines du vin. Et ça matche !

« Je suis heureuse de ne pas avoir connu tous les ingrédients de la recette à l’avance, admet la jeune sommelière. Je me serais cassé la tête, sinon ! Avec ce plat complexe, le vin ne doit pas prendre le dessus. » La dégustation débute par l’accord pastèque-gewurz’. « 2015 était une année chaude, de grand millésime. On a laissé longtemps ces vins en cave car ils étaient opulents. Ils s’ouvrent, maintenant. Si ce gewurztraminer est fin, peu exubérant, c’est bien car le plat est caractériel, surtout à cause des plantes et des huiles aromatisées », commence Charlotte Leray. Au nez, elle sent des fruits jaunes, mûrs. « C’est enrobant, dit-elle. Il y a de la rose jaune, alors que d’habitude, le gewurztraminer part sur la rose rouge, et de la pêche blanche. C’est souple au nez. Il y a des poivres blancs, aussi. » Au palais, le breuvage s’annonce sec et acide en fin de bouche. « Ça va bien s’équilibrer avec le plat, se réjouit la sommelière. C’est digeste. » Au préalable, elle avait prévenu : ce vin « ne tranche pas » avec le met mais « il entrechoque » les saveurs ; elle ne cherche ni la symétrie, ni la complaisance.

Fraîcheur

Elle enchaîne rapidement sur le pinot gris. Mais rien ne presse. « Les blancs peuvent supporter plus chaud que ce qu’on leur applique. Si le vin n’a rien à cacher, il supporte bien la chaleur », souligne Charlotte Leray. Le Kanzlerberg est le plus petit grand cru d’Alsace, avait-elle précisé, en amont. Elle l’a choisi pour « sa typicité » et « sa complaisance ». « La première bouche est généreuse, puis viennent les épices, une complexité d’arômes. Ce n’est pas linéaire, puisqu’on finit sur une touche de douceur. Ce pinot gris est plus sucré que ce gewurztraminer », partage Charlotte Leray. Qu’en pense Éric Girardin ? « C’est étincelant, frais, ça met en appétit, j’ai envie d’y aller », lâche-t-il, d’une traite. Nicolas Rieffel conclut : « Le peu de sucre résiduel apporte un joli voile qui va soutenir l’acidité des tomates. »

Les deux vins n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Charlotte Leray avait opté pour le pinot gris à cause du goût anisé des feuilles et de l’huile fumée « mais comme le fumé est peu marqué, le gewurztraminer se porte bien ». Pour le « plaisir », parce que le gewurztraminer est le plus « percutant », il emporte, à l’unanimité, l’adhésion des trois professionnels : Charlotte Leray, Éric Giradin et Nicolas Rieffel. Le public, invité à se servir de cette salade d’été, a pu découvrir au bar Alsace Rocks ! juste en face, les deux cépages comparés, pour un accord met-vin parfait.

 

 

Bar Alsace Rocks !

De près et de loin

Vigne

Publié le 28/07/2022

Olivia et Oscar, 32 et 33 ans, infirmière et développeur informatique, à Göteborg en Suède

« C’est notre premier jour en France, s’exclame Olivia, ravie. Nous sommes venus ici tout spécialement pour la Foire aux vins. Nous avons cherché sur Google où est-ce qu’il y avait des festivals autour du vin et c’est le seul qu’on ait trouvé, pour l’instant. Nous sommes des amateurs de vins mais non des professionnels. Le vin est devenu un hobby pour nous, durant les confinements, à cause du Covid-19. » « Nous avons troqué notre table de cuisine pour une cave à vins, ajoute Oscar, rieur. Nous avons investi beaucoup d’argent déjà, pour découvrir les vins. Présentement, nous buvons un pinot gris. Nous aimons le vin sec. Notre préféré reste le gewurztraminer, avec ses notes de litchi et de fleurs. Et ce sont surtout les vins naturels, qui nous attirent. » Pour ces Suédois, les pinots gris et gewurztraminers nature sont donc des blancs secs.

 

Lou et Gaëtan, 20 et 21 ans, étudiants à Clermont-Ferrand

« Nous sommes venus voir Damso et PLK, ce lundi soir, en concert. Mais nous aimons aussi le vin, surtout le blanc moelleux. Nous sommes donc arrivés plus tôt pour découvrir la foire et déguster quelques verres. C’est une très bonne idée ces concerts dans ce cadre : sans cela, nous ne serions pas là. Nous ne sommes pas plus connaisseurs que cela. Nous n’aurions donc jamais parcouru tous ces kilomètres, juste pour goûter du vin, mais là la combinaison est parfaite. Nous sommes heureux de boire un verre avant le concert. Et surpris par le large choix que propose le bar ! Nous ne savions pas du tout que l’Alsace est une aussi grande région vinicole. Nous sommes impressionnés », raconte Lou, épatée aussi par le vignoble alentour et la taille de la Foire aux vins. « On a choisi le bar Alsace Rocks parce qu’il est cool, dans tous les sens du terme, plaisante Gaëtan. La salle est fraîche. Il y a le cabaret en face, de la musique. Et nous avons été très bien conseillés. Nous avons demandé un blanc sucré et fruité. Le barman nous a proposé cette bouteille : un gewurztraminer de 2020, du domaine Ginglinger-Fix, à Voegtlinshoffen. Il est excellent ! C’est exactement ce qu’on recherchait. »

 

Franck, 56 ans, agent général d’assurances, à Colmar

« Je viens à la Foire aux vins depuis que je suis gamin. J’ai été bercé par la FAV ! Ce soir, nous avons amené notre fils au concert de Damso, et nous en profitons pour faire un arrêt aux stands. C’est la première visite de l’année et le bar Alsace Rocks est le premier où l’on déguste. Vu les températures de ces derniers jours, j’ai choisi pour mes convives et moi de commencer par quelque chose de léger mais de gourmand : un crémant rosé de la maison Bott, à Ribeauvillé. C’est rafraîchissant. Le second verre, que l’on boit actuellement, est un classique : un crémant blanc, un chardonnay brut AOC, nommé Égérie, de Dopff et Irion à Riquewihr. C’est leur cuvée vedette. Pour se faire le palais, le crémant, c’est ce qui passe le mieux. Celui-ci a des notes d’agrumes. Après ces bulles, ces vins frais, je goûterai un vin tranquille, un pinot blanc, plus sec, avec le repas », programme ce quinqua, entre deux souvenirs de jeunesse, partagés avec son épouse et ses amis.

Moutarde douce d’Alsace

Des rendements exceptionnels, là où il y avait de l’eau

Cultures

Publié le 27/07/2022

« Cette année est marquée par de bonnes conditions de semis et une levée régulière, commente Fabien Metz, de l’EARL du Relais, à La Wantzenau, qui cultive 14 ha de moutarde. La campagne a été trop sèche pour qu’on soit inquiété par les insectes, notamment les méligèthes. Mais selon les types de sol et la pluviométrie, ou l’irrigation, en termes de rendement, on passe du simple au double car, juste après la floraison, en mai, une période chaude a stressé la moutarde. » La moutarde aime la chaleur et le soleil mais il lui faut un minimum d’eau, jusqu’à la fin de la floraison, pour se développer. Fabien Metz pense ainsi avoir récolté 20 q/ha, sur ses terres irriguées, quand il estime avoir ramassé seulement 10 q/ha, là où il n’y avait pas d’eau. Le rendement moyen se situe entre 12 et 15 q/ha. Cette campagne 2022 a été particulièrement chaude et sèche. Les graines qui sont d’habitude récoltées à 9 % d’humidité ont d’ailleurs été récoltées à 6 % d’humidité, un bon point, et avec presque trois semaines d’avance, mi-juillet, ajoute l’agriculteur.

« Ça devrait être une bonne année »

Le conseiller Pierre Geist, qui suit la culture de moutarde, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), détaille : « La moutarde blanche, qui permet la fabrication de la moutarde douce, est semée fin mars, entre la betterave et le maïs, si les conditions le permettent. Cette année, il a plu de temps en temps, juste ce qu’il faut pour que le désherbage soit efficace, et les températures ont permis une croissance rapide. Les parcelles étaient donc propres. La renouée a été maîtrisée, début mai. Il y avait par ailleurs, très peu d’altises, peu de pression des ravageurs. Les méligèthes ont été traitées là où le stade d’intervention a été atteint, mais un seul traitement a suffi. » Au 10 mai, avec huit jours d’avance, les premières moutardes sont arrivées au stade bouton floral caché. Mi-mai, elles ont fleuri. Fin mai, sur 20 à 30 % des parcelles, les tenthrèdes de la rave qui n’avaient pas été détectées plus tôt, ont été traitées. « Ça devrait être une bonne année, constate Pierre Geist, ni trop sèche, ni trop humide. Les premières récoltes ont eu lieu le 16 juillet. On attend les retours du Comptoir agricole, qui collecte. » La coopérative stocke, trie, nettoie et vend les graines de moutarde à Alélor. Le conseiller de la CAA souligne qu’il n’y a pas eu de verse en 2022, les tiges étant de 10 à 20 cm plus courtes que d’habitude ; il n’y a donc pas eu de pertes de grains.

Une marge brute équivalente à celle du maïs

En Alsace, la filière moutarde a été créée en 2008 par Alélor. Elle regroupe, aujourd’hui, une vingtaine d’agriculteurs, qui cultivent, cette campagne, deux fois 40 ha, au total. Puisque les conditions climatiques étaient favorables, fin juin, un second semis de moutarde a été opéré, après l’orge ou le blé, pour récolte en octobre. Cette culture secondaire, en dérobé, qui n’engage que peu de frais, pourra être un complément pour l’exploitation. De 60 à 70 % des besoins d’Alélor sont couverts, grâce à la graine locale, ce qui lui a permis de faire fonctionner l’usine sans arrêt, contrairement à d’autres en 2022. En effet, le Canada et l’Ukraine, les deux plus gros producteurs mondiaux, n’ont pas pu répondre à la demande cette année ; respectivement à cause d’un dôme de chaleur ayant détruit la moitié de la production et de la guerre. Alain Trautmann, le directeur d’Alélor, avait anticipé ce scénario. « On a voulu cette filière locale, 100 % Alsace, pour moins subir les pressions extérieures, moins dépendre des producteurs monopolistiques et éviter les variations de prix. Nous avons aujourd’hui une culture stable, qui ne demande pas de logistique profonde ; une culture française, alsacienne, qui est rémunératrice », énumère Alain Trautmann. Pierre Geist précise : « S’il y a un bon rendement, en moutarde, la marge brute est équivalente aux autres productions : blé, maïs. » « Ça fluctue un peu », admet Fabien Metz. La moutarde n’est donc pas encore l’or jaune, malgré les pénuries mondiales de graines.

Casser le cycle de la fusariose du blé

Mais elle a des atouts indéniables, techniques et agronomiques. « Depuis treize ans, l’itinéraire technique est rôdé », conclut Pierre Geist. « La moutarde revient tous les cinq ans dans ma rotation, enchaîne Fabien Metz, entre le soja et le blé, et deux ans de maïs. En 2009, je cherchais une troisième culture pour allonger ma rotation. J’en suis satisfait. Le blé est mieux protégé de la fusariose. J’ai réduit de moitié les fongicides sur la céréale. Aussi, je travaille moins le sol avant le blé. » L’appui de la CAA et l’organisation locale de la filière le motivent aussi. Six cultivateurs de moutarde d’Alsace sont en bio. Elle ne bénéficie pas d’IGP. Alélor produit 1 000 à 1 200 t de ce condiment, à l’année, soit 1 % du marché français. En 2022, 60 t sont allées à l’entreprise agroalimentaire Daunat.

 

 

Loïc Voinson, champion de bûcheronnage sportif

Il envoie du bois !

Pratique

Publié le 21/07/2022

« Ça se joue à quelques secondes », cadre d’emblée Loïc Voinson. En bûcheronnage sportif, les temps sont ultracourts. Rien qu’au dernier championnat du monde, en mai 2022, quatre records sont tombés, dont le sien, au passe-partout (ou single buck), l’épreuve à la grande scie dentée de 2 m de long et de plus de 10 kg. Loïc détenait depuis avril, le meilleur chrono mondial au passe-partout, dans sa catégorie, les moins de 25 ans qu’on appelle les Rookies : 11,09 secondes pour la coupe d’une rondelle de bois de 40 cm de diamètre. Un Suisse l’a détrôné à 10,36. Peu importe, Loïc Voinson a relevé le défi qu’il s’était lancé à lui-même : il est le cinquième meilleur bûcheron sportif au monde. Le champion français s’est ainsi classé à un point du Néo-Zélandais, dont la patrie est à l’origine, avec l’Australie, des « sports de bois ». Aussi, le record « n’était pas prévu, vu le niveau ». « J’étais très moyen au passe-partout. C’est ce qu’il y a de plus difficile, de plus physique. J’ai mis trois ans à faire une rondelle sans coincer. Mais à force d’entraînement, c’est devenu une de mes épreuves favorites, comme celle de la hache à la verticale ; standing block chop, en anglais », confie Loïc Voinson.

 

 

Fulgurance

Ce pongiste (vice-champion d’Alsace junior en 2015) a commencé le bûcheronnage sportif à 16 ans, encouragé par un collègue, alors qu’il était apprenti bûcheron à Sainte-Marie-aux-Mines. Chez les Voinson, on est bûcheron de génération en génération, mais Loïc est le premier à s’intéresser aux timbersports. « Plus jeune, je regardais toujours le concours amateur de bûcheronnage, à Sainte-Marie. Je me disais : un jour, je ferai ça. Mais je ne pensais pas arriver aux timbersports si vite, ni être aussi bon », confie-t-il. Lors d’un stage en CAP, il travaille avec Julien Meyer, un bûcheron formé par le père de Loïc. Julien pratique le bûcheronnage sportif. Il est senior. Il propose à Loïc d’essayer. « Ça m’a plu », dit simplement le jeune Voinson. Loïc et Julien s’entraînent. « Depuis, on est tout le temps ensemble. On a d’abord été invité dans des concours non-officiels en Savoie, dans le Sud, en Bourgogne. Puis, j’ai participé à deux week-ends préparatoires aux compétitions officielles organisées par Stihl (la référence en tronçonneuses, NDLR). » En 2015, il réalise déjà les meilleurs temps à la hache à la verticale et à l’horizontale, au championnat de France Rookie. Sa carrière sportive est lancée.

Mais impossible d’en vivre, même aujourd’hui. S’il gagne des prix d’un montant de 500 à 4 000 € lorsqu’il monte les marches du podium, Loïc Voinson ne peut pas compter uniquement sur cette passion du bois. Son gagne-pain reste son métier de bûcheron, qu’il exerce depuis ses 18 ans, au syndicat des communes forestières de Sélestat et environs (Sivu), sur 6 000 ha de sylve. Il y est d’ailleurs formateur pour les élèves en apprentissage du lycée de Sainte-Marie-aux-Mines. Nul doute que l’aura de Loïc est un plus. « Les timbersports se développent depuis les années 2000. Aujourd’hui, la chaîne de télévision L’Équipe (re) diffuse les compétitions », pointe le jeune homme. Ils seraient moins de 200 à pratiquer comme lui, en France, mais de plus en plus d’adolescents (hommes et femmes) s’intéressent, la médiatisation aidant. Stihl assure la promotion de ses champions : une quinzaine de journalistes ont défilé devant Loïc, depuis ses derniers sacres. Et ce n’est sûrement pas un hasard si l’entreprise allemande a choisi Schirrhein dans le Bas-Rhin, pour ses derniers championnats de France le 2 juillet 2022. Les bonnes volontés locales finissent de populariser le sport. Par exemple, l’association sainte-creuzienne Lumberjack (bûcheron en anglais), créée en 2015 par Julien Meyer et Loïc, organise à domicile les 20 et 21 août, le championnat de France de bûcheronnage sportif de la fédération nationale du sport en milieu rural (FNSMR), fédération à laquelle elle adhère avec quinze autres clubs. Encore une occasion de mettre le sport à l’honneur.

 

 

Ça va couper !

Six épreuves peuvent s’enchaîner dans les championnats Stihl Timbersports : le springboard (hache à la verticale sur tremplin ; après avoir réalisé deux entailles dans un tronc, les concurrents y glissent deux planches, montent dessus et coupent une bille de bois de 27 cm de diamètre), le standing block chop (hache à la verticale ; simulation de l’abattage d’un arbre), le underhand chop (hache à l’horizontale ; découpe d’un arbre abattu), le stock saw (le découpage de deux disques de bois à la tronçonneuse de série), le single buck (le découpage d’un disque de 40 ou 46 cm de diamètre à la scie passe-partout) et le hot saw (le découpage de trois disques à la tronçonneuse de compétition, dont la puissance peut atteindre 80 ch). Les autres concours s’en inspirent. C’est généralement du peuplier qui est découpé en compétition. « Pour m’entraîner je prends ce que je trouve, souvent du pin », observe Loïc Voinson. Mais ce bois est plus abrasif. Loïc possède une dizaine de haches, dont près de la moitié pour l’entraînement, deux passe-partouts et au moins autant de tronçonneuses. Celle dont il a hâte de se resservir est équipée d’un moteur d’ULM (entre 15 à 20 kg, à lui tout seul). « Les tronçonneuses de compétition sont presque deux fois plus rapides que celles de série (mais aussi deux à trois fois plus lourdes, jusqu’à 30 kg, NDLR). Elles permettent de réaliser l’épreuve en cinq à six secondes », précise Loïc. La sienne est particulièrement rare. Il promet : le dimanche matin, il la laisse au garage. Par contre, il est susceptible de « taper un morceau » à la fraîche… enfin, dix ou quinze plutôt ! « Mon coach pense que je serai dans la force de l’âge à 30 ans. J’aurai plus de muscles et plus d’expérience qu’aujourd’hui. C’est un sport très technique. La puissance ne fait pas tout. Il faut visualiser », explique-t-il, tout en traçant des lignes sur le billon qu’il va ensuite cogner de sa hache. « J’ai mis beaucoup d’angle. Le bois est sec ici, il sera plus dur que de l’autre côté », ajoute-t-il, concentré. Sous son futal, des chaussettes « cotte de mailles », pour éviter de se trancher, en cas de loupé. À part des tronçonneuses qui prennent feu, il n’a jamais vu d’accident, durant les compétitions de timbersports. Il a tout de même entièrement conscience du danger. Mais, du haut de son mètre 82 pour 98 kg, il semble qu’il en faille beaucoup pour l’impressionner.

 

 

Rhinau

Favoriser les agriculteurs locaux

Pratique

Publié le 10/07/2022

En 2020, huit agriculteurs étaient répertoriés dans la Ville de Rhinau. Aujourd’hui, ils ne sont plus que cinq : Jonathan Ehrhart, Gérard Muller, Philippe Oberlé, Erwin et Jean-Paul Roettelé. Ils œuvrent principalement en grandes cultures : maïs, blé, betterave, colza. Seule l’EARL de la Schmalau s’adonne, en plus, au maraîchage. Elle produit de la mâche, des pissenlits, des asperges et des pommes de terre, qu’elle vend en direct. « Dès qu’il y a un départ à la retraite, les exploitations locales en place s’agrandissent, pointe Marianne Horny-Gonier, la maire de Rhinau. Ces dernières années, il n’y a pas eu d’installation. Soit les agriculteurs cédants étaient célibataires, soit leurs enfants n’étaient pas intéressés et aucun hors cadre familial ne s’est présenté. La commune est le premier propriétaire foncier de terres agricoles. Nous relouons les terres que cultivaient les agriculteurs partis à la retraite uniquement aux cultivateurs rhinois. Nous privilégions les locaux, à qui nous essayons de partager équitablement ces hectares supplémentaires. » La première magistrate de la commune est consciente que Rhinau est modelée par ces paysans. « Les agriculteurs font partie de l’histoire de la commune. Les activités agricoles ont beaucoup de sens ici. Au-delà de l’alimentation humaine et animale, l’agriculture entretient les paysages. Et certains exploitants rhinois sont sapeurs-pompiers volontaires ; l’un d’eux était même chef de corps, il y a peu », ajoute-t-elle, pour mettre aussi en avant leur implication dans la vie sociale.

Des deux côtés du Rhin

Très peu de réclamations de riverains parviennent d’ailleurs aux oreilles de l’élue, quant à d’éventuelles gênes causées par les activités agricoles. Les exploitants, eux, se plaignent parfois d’incivilités : essentiellement des quads qui roulent sur leurs parcelles. Mais Marianne Horny-Gonier souligne qu’elle est rarement interpellée. Aucun agriculteur rhinois ne participe au conseil municipal mais chacun sait qu’il peut s’entretenir avec l’édile ou avec le premier adjoint au maire, Vincent Jaegli, un « autochtone », en charge des « champs, forêts, chemins, environnement, chasse, pêche ». Ce dernier rappelle une spécificité rhinoise : près d’un millier d’hectares de prés, champs, forêts et cours d’eau appartiennent à la Ville de l’autre côté du Rhin. Dans la réserve naturelle du Taubergiessen, en Allemagne, les agriculteurs de Rhinau soignent 40 ha de cultures et 100 ha de prés. Pour y accéder, ils empruntent le bac automoteur transfrontalier, gratuit, qui relie la commune française à Kappel-Graffenhausen. Ils sont prioritaires sur tout autre véhicule. L’enclave rhinoise en territoire allemand est une survivance du XVe siècle, quand l’Alsace appartenait au Saint Empire romain germanique et que le cours du Rhin était variable. Depuis ce temps-là, les paysans de Rhinau cultivent le Taubergiessen.

Sensibles forêts

La Ville gère les forêts. Toutes celles sur son ban lui appartiennent. « Il n’y a pas de forestier, dans la commune. Aucun privé », note Vincent Jaegli. Malheureusement, la sylviculture est en berne. « On subit », poursuit l’adjoint. La forêt dépérit, à cause de la chalarose du frêne (qui impacte 80 ha de forêt environ) et des sécheresses de plus en plus rapprochées. Pour réussir à vendre le bois visé par la maladie autrement qu’en bois de chauffage, la commune accélère la cadence des coupes. « Sinon les grumes tombent seules, lorsque les arbres ont 30 ou 40 ans. Elles s’effondrent », témoigne Vincent Jaegli. Le changement climatique amplifie le processus. Les chênes, eux aussi, sont sensibles aux coups de chauds, surtout au niveau de leurs hautes frondaisons. Et la nappe phréatique a beau affleurer ici, si une parcelle est un peu surélevée, les racines des arbres souffrent aussi. « La filière bois a des soucis à se faire », pense le premier adjoint de Rhinau. Sur la commune, quand on coupe, on replante. Mais un hectare de plantation coûte 5 000 euros… Les recettes de la forêt sont nulles. La Ville est à peine à l’équilibre dans ce domaine-là. Merisier, noyer, chêne, aulne, érable, pommier et poirier sauvages : les essences choisies pour combler les coupes et les trouées datant de la tempête Lothar il y a vingt ans, sont censées être climato-compatibles. Les sangliers, eux, le sont pour sûr ! Trop même. On constate deux portées par an actuellement. Heureusement, les cinq lots de chasse de Rhinau sont loués, et agriculteurs et chasseurs s’entendent, d’après Vincent Jaegli. Mais les dégâts sont tout de même là. Les chevreuils, eux, s’attaquent plus aux arbres. Aucun cerf ni daim ne sont signalés.

Trame verte et bleue

Le soin apporté à l’environnement, à Rhinau, est d’autant plus grand que la ville est « cernée » de réserves naturelles, celle nationale de l’île de Rhinau, le site alsacien le plus représentatif de ce que l’on appelle la forêt alluviale rhénane, et celle du Taubergiessen. La municipalité s’engage pour la trame verte et bleue ; à mailler les habitats naturels, pour assurer les continuités écologiques terrestres et aquatiques. Elle a répondu à un appel à projet lancé par la Région Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, il y a deux ans. Après un état des lieux de la faune et de la flore, notamment des espèces menacées ou en extinction, et des études pour savoir comment recréer les refuges de celles-ci, place aux premières expérimentations. Un terrain communal a ainsi été réensemencé pour devenir une prairie fleurie, à l’occasion de la fin d’un fermage. Le nouveau cultivateur locataire fait le foin sur ces 2 ha. La plantation de haies, sur une autre parcelle, et la vente d’arbres fruitiers à des particuliers à un prix bonifié, sont d’autres actions qui ont déjà été menées. Sur un terrain difficilement exploitable, Rhinau souhaite restaurer une roselière, créer une mare. « Les agriculteurs sont pleinement conscients de l’importance de la biodiversité pour leur activité », sait Marianne Horny-Gonier. L’exploitant Erwin Roettelé les représente au comité de pilotage du projet initié en 2020.

Combler les « dents creuses »

« L’environnement est plutôt préservé. C’est une chance qui explique l’engouement pour notre commune », remarque la maire. Rhinau est attractive. Entre un cadre bucolique et des potentialités d’emploi, dont transfrontalières, mais aussi la proximité de grands axes de communication, la ville est prisée. Les biens en vente partent vite. Marianne Horny-Gonier souhaite avant tout, que se construisent des logements dans les « dents creuses » de sa commune. « À l’avenir, il y aura zéro artificialisation nette. C’est une nouveauté de la loi Climat et résilience. La commune fait déjà en sorte que les terres agricoles le restent », assure-t-elle. Plus aucun élevage n’a cours à Rhinau, sauf à la ferme éducative de l’AGF, où les écoliers peuvent aller à la rencontre des poules, des lapins, des brebis, des cochons, des vaches, chevaux et ânes. Les cultures emblématiques de la plaine d’Alsace centrale s’épanouissent autour de la petite ville, entre bois et rivières. Les silos à grain du négoce Lienhart, le long du Rhin, rappellent encore, à qui croirait s’être perdu dans la nature sauvage, que l’agriculture, ici, a toute sa place et qu’elle est indissociable de ce milieu exubérant.

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