Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Savourez l’Alsace et Savourez l’Alsace Produit du terroir

Affirmer son soutien aux entreprises et à la production locales

Pratique

Publié le 12/10/2022


« Nous cherchons des producteurs d’oléagineux et de beurre alsacien, surtout pour des industriels de l’agroalimentaire alsacien qui souhaitent dépasser les 80 % de matières premières alsaciennes, dans la confection de leurs produits transformés ; pour aller au-delà de ce qu’impose la marque SAPT, pour laquelle leurs aliments sont déjà certifiés. Le choix est politique. Ces transformateurs défendent totalement le made in Alsace et l’origine 100 % Alsace des produits », partage avec enthousiasme Jean-Luc Parthonneau, chargé de mission développement des filières à l’Association de promotion et de développement des marques alimentaires alsaciennes (APDMAA). Cette dernière soutient les marques Savourez l’Alsace, c’est-à-dire le made in Alsace, et Savourez l’Alsace Produit du terroir, c’est-à-dire les produits élaborés avec 80 % d’ingrédients alsaciens.

L’APDMAA renforce la notoriété des deux marques créées au début des années 2010, organise des opérations commerciales et positionne les produits, autant qu’elle met en relation tous les acteurs des filières, développées via des contractualisations. L’association dispose d’un budget de 500 000 €/an sur trois ans, délivré par la Collectivité européenne d’Alsace. Les adhésions (79 entreprises pour la maque SA, 44 pour SAPT) constituent l’autre source de revenu de l’association, avec les prestations qu’elle vend. Régis Huss est directeur de l’APDMAA. Les coprésidents de l’association sont ceux de l’Aria, Sébastien Muller, et d’Alsace Qualité, Jean-Michel Schaeffer.

 

 

Communiquer sur les salons et dans les médias

En 2022, pour faire rayonner les deux marques, l’APDMAA était présente au Salon de l’agriculture à Paris, et lors des principales manifestations strasbourgeoises et alsaciennes : Egast (salon culinaire), Made in Alsace, le plus grand show des fruits et légumes, les finales de labour, la Foire aux vins de Colmar… Les foies gras Gänzeliesel, des producteurs de fruits et légumes de France, et des apiculteurs, entre autres, sont accrédités pour la marque SAPT. Elle est un signe de qualité d’autant plus important pour ceux qui vendent en grandes et moyennes surfaces (GMS). Des partenariats avec les magasins permettent d’ailleurs de mettre à l’honneur les produits marqués SA et SAPT, de leur donner de la visibilité dans les rayons. Des spots publicitaires dans les grands médias radios, télé et web contribuent encore à leur diffusion. France Bleu et Top Music sont d’ailleurs partenaires.

« OK pour la mondialisation mais ici, on peut presque tout produire. J’ai choisi d’apposer la marque SAPT sur les viandes hachées que je commercialise en direct ou via l’épicerie du village (Koetzingue, dans le Sundgau, NDLR), pour montrer aux consommateurs qu’on produit de bonnes choses en local. La viande, les animaux, leurs nourritures : tout est produit à la ferme, chez nous. La marque SAPT le certifie depuis un an. Les consommateurs, grâce à la communication effectuée sur ce sigle, ont toutes les informations dont ils ont besoin. Dans le secteur de Sierentz, nous ne sommes pas nombreux à être accrédités. Pourtant, les clients sont en demande de l’origine Alsace. C’est une fierté », développe Flavien Bruckert, trentenaire, éleveur de limousines et de vosgiennes, dans le Haut-Rhin. Il sera présent avec des animaux, à la foire Simon et Jude, fin octobre ; l’occasion d’en apprendre plus sur sa stratégie commerciale.

 

 

L’Alsace au Sommet de l’élevage

Julie EX 90, réserve grande championne jersiaise

Élevage

Publié le 12/10/2022


Les éleveurs de l’Est étaient invités à concourir au Sommet de l’élevage, à hauteur de cinq places sur les vingt réservées aux éleveurs de jersiaises. Quatre animaux ont participé en première lactation et une vache en sixième lactation.

Dans la section des animaux en première lactation, l’Est a fini premier, deuxième, troisième et cinquième, avec en prime, le titre de réserve jeune et réserve mamelle jeune pour Romy, appartenant à l’élevage domaine Krust, à Berrwiller dans le Haut-Rhin. Il s’agissait de son premier concours.

Julie a, elle, participé dans la section de vache en cinquième lactation et plus, puisqu’elle est actuellement en sixième lactation et est la grande championne en titre du concours Agrimax (2021). Julie EX 90 (VJ Ramses) termine première de section et meilleure mamelle de section également lors de ce Sommet de l’élevage 2022. Au championnat, elle finit réserve championne adulte, meilleure mamelle adulte et réserve grande championne : de quoi combler de joie Jérémy Guth, du Gaec de Rosen à Dettwiller, son éleveur.

 

 

Labour de compét’

Les quatre champions alsaciens du moment

Pratique

Publié le 11/10/2022


Des cailloux gros comme des rochers, « des menhirs », un temps irlandais avec des trombes d’eau suivant un soleil radieux : Thomas Debes est arrivé « miraculeusement » deuxième, au classement général, du dernier championnat mondial de labour, qui s’est déroulé en République d’Irlande, fin septembre 2022. « Les Irlandais sont des roublards, disait Chirac. Ils n’ont pas failli à leur réputation ! Ils ont pris comme prétexte de n’avoir que cinq mois pour préparer le Mondial (il était prévu en Russie, NDLR), pour nous emmener dans des terres avec des pierres de 50 cm de haut et 20 cm de large. Or leurs charrues sont adaptées aux cailloux. Les nôtres, non. Et des terres caillouteuses, comme celles-ci, à une compétition de cette envergure, c’est impensable, c’est même honteux. On n’aurait pas pu le prévoir », résume Thomas Debes, fâché, puisque les charrues sont réglées « comme des horloges suisses » et que ce terrain les a endommagées, mais heureux de sa prestation « contre toute attente ». En effet, le premier jour, au labour sur chaumes, il était classé huitième : le coup du menhir ! Sa performance sur l’herbe, le lendemain, l’a propulsé à la deuxième place, juste derrière… un Irlandais, bien sûr ! « Pendant les entraînements, sur des parcelles bien moins compliquées qu’à la compétition, il me regardait. Avec une autre terre, à la première épreuve, si je n’avais pas dû casser un caillou coincé dans la charrue, à coups de clé, ni la rafistoler en bout de champ, j’aurais eu une chance de le surclasser », estime Thomas.

 

 

Éternel deuxième

Le trentenaire de Jetterswiller a plaisanté avec Eamonn Tracey, ex-éternel deuxième place ; aujourd’hui, enfin, champion du monde de labour. Parce que Thomas Debes, lui aussi, est abonné à la médaille d’argent : il est deux fois vice-champion du monde de labour, 2018 (Allemagne) et 2022. Suivra-t-il les traces d’Eamonn Tracey, arrivera-t-il premier ? Qui vivra verra. « Ce loisir est extrêmement chronophage. Si on veut être le meilleur, il faut travailler. En sept mois d’hiver, j’ai passé 80 heures à m’entraîner sur prairie, surtout, et chaumes. Il faut s’entraîner toute l’année, d’autant plus que la sécheresse, l’été, complique le labour, en Alsace. Je compte aussi presque 200 heures d’atelier pour préparer le matériel, depuis 2018. J’aime d’ailleurs autant la mécanique que le labour, puisque le labour est une application de la mécanique. L’investissement est financier aussi : 10 000 € pour la charrue. Kuhn (la marque de sa charrue ; une exception dans la compétition) me donne les pièces d’origine mais je la transforme avec un ami. Nous avons monté des plaques de téflon, par exemple, pour un meilleur rendu visuel : des sillons lisses, une terre brillante. Par rapport aux déports et dévers combinés, les charrues master L et M de Kuhn copient, aujourd’hui, nos créations. Elles ont été conçues à partir de nos modifications pour la compét’ », dévoile Thomas Debes.

Tête de vainqueur

L’éleveur laitier remercie sa famille, dont son épouse Élodie, pour son soutien indéfectible, France Labour, son coach Éric Burger (de Rummersheim, sacré deux fois champion de France de labour) et ses sponsors : Kuhn (qui prend en charge le transport du tracteur et de la charrue, aussi) dont le regretté Jean-Paul Moineau, récemment décédé, mais aussi Alsace Lait, la Région Grand Est… Ils étaient cinq, cette année, au championnat du monde de labour : lui et le concurrent ardennais Thierry Bosserelle, leur coach commun Éric, Freddy Bohr, champion du monde en 2001 (à plat) et membre de l’association mondiale de labour, et Philippe Raguet, juge au Mondial. Ils ont passé entre une dizaine et une quinzaine de jours, sur place ; le temps de s’entraîner ; hors compétition, notamment, sur des parcelles louées à leurs frais. S’il y a presque trente concurrents, au Mondial, arriver deuxième, sur le podium, c’est surtout pour la gloire. L’organisation paie l’hôtel et la nourriture (pas les boissons, même au gagnant) et… il n’y a pas de prix. Il faut être vivement motivé ! « Je laboure en compétition depuis 2000. J’avais 17 ans, à l’époque, et je suis arrivé avant-dernier au concours départemental, se souvient Thomas, le sourire aux lèvres. Comme quoi, il ne faut jamais lâcher ! J’y étais allé pour l’ambiance JA (Jeunes agriculteurs, NDLR). Et l’année d’après, je me suis retrouvé troisième au championnat de France. Je ne m’y attendais pas. Je labourais à plat, avec la charrue de Freddy Bohr. J’ai été champion de France, en 2004, puis en 2012, mais, cette fois, en planche. J’ai arrêté le plat, en 2007. » Il compare sa passion à une drogue : « l’amour du travail bien fait », comme le scande France Labour. Et il salue le bienfait de ce sport : l’apprentissage de la gestion du stress, primordial pour les jeunes.

La relève est assurée

Thomas Debes n’est pas avare de conseils. Il est souvent en contact avec la relève, que représentent fièrement Xavier Blatz, ouvrier agricole, et Loïc Fischer, salarié au Comptoir agricole, à Wiwersheim. Les deux JA du Bas-Rhin sont arrivés troisièmes (sur une quinzaine de participants, dans chaque catégorie) au championnat de France de labour, début septembre 2022 : Xavier pour la seconde fois consécutive, à plat, mais Loïc, en planche, était, lui, deuxième, en 2021. « Le terrain était dur, cette année, à Outarville, dans le Loiret : plus dur qu’ici, même ! Ma parcelle, c’était un fond de cuvette, d’où ma troisième place, au National 2022 », confie Loïc Fischer, que Thomas Debes voyait déjà premier. Les deux hommes ont eu un début de carrière similaire, puisque Loïc aussi était avant-dernier, à sa première départementale, en 2014. Ils ont aussi déjà eu l’occasion de concourir, ensemble, lors de cantonales. « Lui et Bertrand Rott (lire ci-dessous) sont très, très forts. On se challenge, on apprend avec eux. Ils sont au top et ils le démontrent encore une fois, cette année », lâche Loïc Fischer, admiratif. Le laboureur de 27 ans cherche à améliorer sa charrue, actuellement. Tout comme Xavier Blatz, qui a laissé sa Kverneland (la même marque que Loïc et que la plupart des compétiteurs), près de l’établi, à son retour de la Nationale. « Une charrue, c’est personnel. Ça ne se copie pas, dit le jeune homme d’Heidolsheim, qui procède à des ajustements. Je vais persévérer, remettre mon titre en jeu, l’an prochain. » « Par chance », Loïc et lui, étaient qualifiés ensemble, en 2022, comme en 2021, ajoute-t-il. Ils se sont donc organisés pour transporter leurs engins. Et vite ! Les JA n’ont eu qu’une semaine de battement entre la finale régionale et la nationale. Jamais deux sans trois ? Loïc est aussi motivé pour 2023.

 

 

Un œil sur le monde

Le double champion de France Bertrand Rott, lui, a un objectif à plus long terme : 2024, et le Mondial, en Estonie, les 16 et 17 août. Le quadragénaire, éleveur de vaches allaitantes à Hatten, vient de se qualifier, à Outarville, en planche. Après cinq championnats du monde, il a arrêté le labour à plat, en 2007, juste après sa consécration nationale, dans cette catégorie. En planche, il avait remporté le titre, en 2000. Et c’est donc avec sa charrue Kverneland catégorie en planche, qu’il s’est classé septième sur plus de 25 candidats, en 2019, aux États-Unis. « J’avais annoncé que j’arrêtais les championnats de labour mais j’ai repris. C’est un hobby. Je maîtrise. Alors, pourquoi ne pas retenter ma chance ? C’est motivant, quand on bat les meilleurs », lance Bertrand, qui se mesurerait bien à Thomas Debes encore, en sélection. Bertrand Rott, qui est aussi jury, jusqu’au National, depuis ses titres, est tombé dans le labour… quand il était petit ! Contrairement aux jeunes qui ont suivi leurs amis, en finales, pour s’amuser, Bertrand a des antécédents familiaux. « Le père, qui a 78 ans aujourd’hui, a semé la graine. Il nous a donné envie à tous de labourer. C’était notre entraîneur », résume le champion. Ses deux frères et sa sœur sont arrivés, avant lui, en finale départementale ou en régionale. Lui est le plus doué. Bertrand Rott aime le labour, « le travail soigné » et la compét’. « En 2000, je suis aussi arrivé troisième aux championnats de France de karaté. Je suis têtu. Je me donne du mal pour y arriver », glisse-t-il. Quel plaisir aussi de retrouver les autres finalistes d’Angleterre, d’Irlande du Nord, de la Suisse, etc. Bertrand garde contact avec tout ce beau monde. Et essaie d’aller au Mondial, même quand il ne concourt pas.

 

 

Témoignage

« Rassembler et analyser des données, via un logiciel, c’est encore un autre métier »

Technique

Publié le 28/09/2022


« Pour tout ce qui concerne le guidage et les coupures de tronçon, la cartographie de parcelles est accessible au plus grand nombre ; du moins, on peut s’y retrouver, assez facilement, estime Rémy Heim, de l’ETA Heim Fils, à Hilsenheim. Mais, concernant la modulation intraparcellaire, qui permet d’apporter ce qu’il faut au sol, à la culture, où il faut et, même, quand il le faut, cela demande plus de compétences à un agriculteur : c’est un autre métier. » Rémy Heim sait de quoi il parle. Depuis plus de 25 ans, il cherche à optimiser son potentiel de production, en prenant en compte les différences de son terroir, et ce, grâce aux nouvelles technologies. Plusieurs prix l’honorent. « Je crée mes propres cartes, moi-même. C’est une compétence, une corde de plus à l’arc d’agriculteur. Rassembler et analyser des données, via un logiciel, c’est encore un autre métier », assure le passionné.

Rémy Heim trouve un intérêt économique et écologique à utiliser les nouvelles technologies, dans ses pratiques agricoles. « Entre un semoir à maïs avec coupure automatique et un semoir intelligent, sur 18 ha, j’économise une dose et demie de semences », partage Rémy Heim. Après deux ans d’usage de l’adaptation au semoir Precision Planting, il observe aussi une régularité de semis des maïs et une baisse de 20 % de consommation de fioul au semis, a-t-il confié récemment à David Lefebvre, qui l’avait interviewé, en 2020. La cartographie du tassement des sols, sous l’effet du trafic à la parcelle, par la mesure de la résistance à la pression de pénétration des éléments semeurs, permet cette économie. Rémy et Maxime Heim utilisent, ainsi, l’agriculture de précision pour pallier les risques d’irrégularité de rendement, d’hétérogénéités intraparcellaires, liés aux semis directs.

L’importance du renseignement

Et ils en font bénéficier leurs clients. Mais ces derniers sont rarement très curieux des nouvelles technologies, glisse Rémy Heim. Il cite même le cas d’un client qui ne veut pas croire que ses rendements sont impactés par une mauvaise gestion de l’irrigation, alors que la carte de rendement que Rémy a sortie, basée sur des informations factuelles, le montre. S’il regrette que l’engouement pour les nouvelles technologies ne soit pas au rendez-vous, il le comprend. « Le numérique très pointu est très cher et la rentabilité peut être discutable, prévient-il. Sur d’anciennes machines, c’est exorbitant, voire impossible, d’installer les derniers outils intelligents. Sur les nouvelles, il faut penser à demander les options pour ce faire. Ensuite, il faut récolter toutes les informations sur ses parcelles, cultures, rendements, sur son irrigation et sa fertilisation, avant de les entrer dans les logiciels… L’ultra-majorité des agriculteurs n’a pas tous les renseignements précis pour avoir recours à la modulation intraparcellaire. Et, sans la réalité du terrain, la modélisation ne sert à rien. » Aussi, impossible de prédire l’avenir à partir d’une carte de rendement, puisque les aléas, notamment climatiques, de l’année suivante sont inconnus. Savoir, c’est pouvoir, certes, mais il restera toujours une part d’imprévus… ce qui peut être décourageant.

L’entrepreneur de travaux agricoles utilise, par exemple, Farmer Basic, un logiciel américain, mais FieldView lui semble plus abordable. Ce travail de compilation des données (et de création de cartes, dans son cas) est chronophage. Rémy Heim s’y attelle donc l’hiver. En fonction des données météorologiques, durant la campagne, il saura, ensuite, par exemple, à quel moment apporter telle dose d’azote ou passer un fongicide sur du blé. « On a encore beaucoup à apprendre et à inventer, et de bénéfices à tirer de l’agriculture connectée. Moi, j’ai tout appris sur le tas car ça m’a toujours attiré. Mais je souhaite que les jeunes soient formés, dès le lycée », conclut-il.

Niess – Groupe Ackermann

Forte affluence aux portes ouvertes, à Hoffen

Pratique

Publié le 28/09/2022


« Depuis 2020, ce sont les premières portes ouvertes de Niess, sur le site historique de Hoffen, dans le Bas-Rhin. Nous avions participé aux Trois jours du vignoble, à Dambach-la-Ville, et nous avions hâte d’accueillir nos clients et leurs familles ici », résume Justine Rioult, responsable marketing et communication du groupe Ackermann, qui a acquis Niess, fin janvier 2020, juste avant la crise sanitaire liée au Covid-19.

1 500 personnes ont répondu à l’appel : le samedi 24 septembre, surtout des agriculteurs déjà clients, pour des démonstrations techniques, et le dimanche 25, la sortie était familiale. Une grande partie des fournisseurs étaient présents pour l’occasion, d’APV à Rolland, en passant par Amazone et Kverneland, pour ne citer qu’eux. Le tout dernier tracteur New Holland T7 HD était présenté : « forte puissance, cabine silencieuse, confortable », énumère Olivier Meintzer, responsable commercial pour Niess agriculture.

Mais les nouveautés les plus marquantes de 2022 sont les suivantes : le matériel de fenaison Kuhn et SIP, et les pulvérisateurs Chabas. « C’est un gros changement pour nous d’avoir rentré la marque Kuhn. On a commencé en décembre 2021, avec les outils de travail du sol, et depuis septembre 2022, nous avons tout ce qu’il faut pour la fenaison. La deuxième nouvelle marque qu’on distribue est SIP ; du matériel de fenaison haut de gamme, robuste, pour du travail intensif, qui vient de Slovénie. Nous avons l’exclusivité dans le Bas-Rhin. Faucheuse, groupe de fauche, faneur, andaineur : nous proposons tout le nécessaire pour l’herbe », énumère Olivier Meintzer.

 

 

Développer l’offre en matériel arbo’et houblon

SIP est encore peu connue ici, mais la marque, privilégiée par les ETA et les Cuma, se développe rapidement en France depuis cinq ans. La troisième grande nouveauté chez Niess, est la marque Chabas. « Chabas est un nouveau constructeur français, spécialisé en arboriculture et en houblon. Nous vendons ses pulvérisateurs, avec l’ambition de progresser sur ces marchés-là », précise le responsable commercial pour Niess agriculture. Le semoir à maïs Horsch Maestro, en démonstration au printemps dernier, ainsi que l’épandeur à engrais porté ZA-TS d’Amazone étaient aussi exposés. « Le ZA-TS à entraînement des aubes d’épandage hydraulique permet plus de précision sur les coupures de tronçon », relève Olivier Meintzer.

Des offres spéciales avaient cours durant ces deux jours, notamment pour fêter le réaménagement du magasin de Hoffen au concept Promodis P2. « Tous nos magasins sont aménagés sur le même modèle maintenant : celui de notre centrale d’achat. C’est cohérent », remarque Justine Rioult, ajoutant que Philippe Ackermann est président de Promodis, depuis cette année. De nombreuses animations ont rythmé le dimanche : apéro-concert de musique traditionnelle alsacienne avec la cave de Cleebourg, restauration assurée par les Jeunes Agriculteurs du canton de Soultz-sous-Forêts, jeux pour les enfants, vol captif en montgolfière et tombola… avec un vol en montgolfière libre à la clé ! De quoi ravir les passionnés de toutes les machines ; les volantes, aussi.

 

 

Création, sélection et évaluation variétales

Les stations d’expérimentations lèvent le voile

Technique

Publié le 28/09/2022


Après son assemblée générale, jeudi 22 septembre, sur le site du Grand show des fruits et légumes d’Alsace, à Illkirch-Baggersee, l’Irfel a enfoncé le clou sur l’importance de ce réseau de quinze stations d’expérimentations, quant à la création, la sélection et l’évaluation variétales, et à l’accompagnement des agriculteurs. Sa conférence s’intitulait « La recherche variétale en fruits et légumes : levier indispensable pour répondre aux attentes des producteurs et de la société ». Dans l’assistance, parmi les professionnels, l’Union française des semenciers (UFS) et l’interprofession des semences et plants (Semae) étaient présents, ainsi que la presse spécialisée. Une trentaine d’auditeurs ont profité des denses exposés sur la recherche appliquée. Il a été question de création variétale en fraises, de sélection variétale en noix, d’évaluation variétale en quetsches, en tomates et légumineuses, et en choux.

Amener sa fraise

Sébastien Cavaignac, de la station Invenio, en Nouvelle-Aquitaine, a tout d’abord rappelé les spécificités de la fraise, un faux fruit (il y a plusieurs fruits sur une seule fraise), qui se reproduit par reproduction allogame (mode de reproduction sexuée, où les deux gamètes mâle et femelle, proviennent de deux parents différents) ou végétative (mode de reproduction assexué : en bouture, par exemple). Sa sélection débute à partir d’une plante unique issue d’un croisement. Le génome de la fraise est complexe. Quand chez l’être humain, deux gènes déterminent le groupe sanguin des individus, chez la fraise, huit gènes décident de tel ou tel caractère. Aussi, entre le génome et l’environnement, l’interaction est forte ; les dates de floraison par exemple, changent selon le terroir. La multiplication végétative est donc choisie pour le processus de création et de sélection, qui avec le développement de la variété, dure douze ans. Beaucoup d’acteurs sont impliqués, des obtenteurs aux consommateurs, en passant par les multiplicateurs, les cultivateurs et les metteurs en marché. Tout l’enjeu est de confier aujourd’hui le pilotage d’une création variétale aux producteurs, afin qu’ils définissent leurs attentes et deviennent co-obtenteurs. Sébastien Cavaignac clot son intervention sur l’importance du goût pour les consommateurs ; goût dont on ne sait pas encore quels gènes sont responsables, puisque 350 molécules composent les arômes de la charlotte par exemple, cette fraise en forme de cœur.

Une sélection pas à la noix

Marie-Neige Hébrard, de la station de Creysse en Dordogne, a elle, parlé de la sélection de matériel végétal en vergers de noyers. Les enjeux pour les producteurs sont les suivants : augmenter la productivité́, conserver la qualité́ des noix, limiter le risque de gel (pour les variétés tardives) et étaler le chantier de la récolte. Quant aux enjeux sociétaux de la sélection variétale des noix, ils sont doubles : limiter le recours aux produits phytosanitaires et avoir une noix dont la coquille est adaptée au cassage mécanique, pour récupérer les cerneaux. La noix en France, c’est 20 000 ha, soit 40 000 t de fruits produits principalement dans le Sud-Est et le Sud-Ouest.

La sélection variétale s’effectue d’abord sur des critères simples, puis sur des caractérisations précises. De mars à mai, sont observés le débourrement, la floraison, la nouaison, puis de mai à septembre, la sensibilité à la bactériose, aux anthracnoses, à la mouche du brou, entre autres, ainsi que la fructification : latérale (comme aux Amériques) ou terminale (comme pour les espèces européennes). À la récolte, en septembre et en octobre, la maturité et le rendement sont scrutés. Puis, en novembre et décembre, le calibre, la couleur et la saveur des cerneaux sont analysés. De novembre à janvier, l’aspect, la soudure des valves, l’épaisseur de la coquille et sa forme sont relevés. Et enfin, de novembre à février, il est question du port et de la vigueur des arbres.

Mais la sélection variétale est longue… Pour la variété Fernor créée en 1978, quinze années de sélection ont été nécessaires. Elle n’a été inscrite qu’en 1995. Il a ensuite fallu attendre dix ans, jusqu’à sa commercialisation… pour qu’elle prenne son essor en 2012 ! Marie-Neige Hébrard (tout comme Sébastien, quelques minutes avant elle, au sujet de la création) pointe la nécessité de réduire le temps de sélection variétale. En effet, il faut encore environ quinze ans pour que les producteurs s’approprient une variété suite à sa sélection, et il est extrêmement difficile de prévoir quels seront les bioagresseurs par exemple, trente ans après une création. Un nouveau programme de création devrait d’ailleurs voir le jour, puisque les dernières variétés de noix inscrites, créées en 2004, seront commercialisées en 2034.

Quelle quetsche !

Hervé Bentz, responsable du Verexal à Obernai, le plus âgé des intervenants, a résumé quarante ans de sélection et d’évaluation variétale en quetsche d’Alsace, de 1981 à 2021… avec l’humour qu’on lui connaît. « Si un Alsacien n’a pas au moins une tarte aux quetsches dans l’année, il est de mauvaise humeur… et c’est mauvais pour la santé », démarre-t-il. La quetsche est donc un enjeu de santé publique ici. Blague à part, nombreux sont les enjeux pour les producteurs : maintien et développement des surfaces d’une culture rustique, avec des variétés tolérantes aux bioagresseurs tels que la maladie virale sharka, résistance aux stress hydriques, amélioration de la rentabilité… Ce fruit est emblématique de la région : parmi les enjeux sociétaux, celui de la préservation de la culture alsacienne est cité d’emblée, ainsi que celui de la réduction des traitements phytosanitaires.

En parallèle à la création du Verexal, un appel aux producteurs familiaux est lancé, début des années 1980, pour signaler des types de quetsches d’Alsace jugés d’un intérêt particulier. L’objectif est de faire mieux que le standard type 2910. Au bout de six années, seuls vingt types approchent ou dépassent la référence (le type 2910). En 1992, les dix quetsches les plus performantes sont plantées, à Obernai. Un nouveau cultivar, originaire du Sundgau à la frontière suisse, le type 3066 se démarque au fil des ans. En 2005, les cinq meilleures variétés sont mises en comparaison au Verexal. And the winner is ? 3066, le Haut-Rhinois, s’exclame Hervé Bentz, sans trop faire durer le suspense. Meilleur en rendement, en calibre, le type 3066 est en plus parfait sur le plan gustatif. Pour l’instant, les variétés étrangères sont dépourvues d’intérêt en ce qui concerne le marché alsacien ; les allemandes sont grosses et moins goûteuses, notamment. Les essais de variétés tardives et précoces ne sont pas concluants, non plus.

Le Verexal a presque testé tous les porte-greffes possibles et le calibre du fruit sera à l’image de la vigueur de celui choisit, conclut Hervé Bentz. Et comment voit-il l’avenir ? « La quetsche d’Alsace déteste avoir soif… comme tout bon Alsacien », plaisante-t-il. L’irrigation est donc envisagée, au Verexal. Si le virus de la sharka est un obstacle aux plantations et aux replantations, le Verexal se bat pour cette petite production, historique, très importante pour les locaux de l’étape. Ils déplorent au passage, que les financements nationaux deviennent difficiles d’accès du fait de l’exigence d’une bibliographie scientifique internationale, qui n’existe pas pour cette culture régionale.

 

 

De succulentes tomates… chiche ?

Lilian Boullard, l’autre Alsacien de la conférence, conseiller à Planète Légumes, s’est chargé de l’évaluation variétale sur tomates et légumineuses. L’adaptation au changement climatique, la souveraineté alimentaire et l’innovation ont guidé celle-ci. La diversité et l’amélioration gustative sont au cœur des enjeux aussi. Pour s’affranchir des problèmes de sol, le greffage sur tomates apparaît comme une nouvelle solution. La Tronus 2T est particulièrement bien réceptive au greffage, puisque son rendement s’améliore au fil des mois d’été avec cette technique. Quant aux tomates noires, la variété Ebeno concentre toutes les qualités gustatives.

En pois chiche et lentille, les enjeux sont plus nombreux : rotation vertueuse, intérêts agronomiques, nouveau débouché stockable, du côté des producteurs ; mais aussi réduction de l’apport d’engrais, économie en autres intrants et en eau, adaptation au changement climatique et préservation des sols, des enjeux partagés avec la société, dans son ensemble ; avec les consommateurs qui s’intéressent de plus en plus aux protéines végétales. De nouvelles variétés de pois chiches sont ainsi en test depuis deux ans, et ce, dans toute la France. Pour fixer l’azote de l’air (et utiliser ainsi moins d’engrais), le pois chiche réalise une symbiose avec une bactérie : reste à trouver laquelle ! L’évaluation variétale sur lentilles quant à elle, a permis de retenir la variété Anicia, en vertes. Des tests d’association pour limiter la verse (jusqu’à̀ la récolte et au tri) sont aussi réalisés, avec l’orge ou l’avoine et la cameline ; à différentes doses et selon différentes modalités de semis.

Feuille de chou

Damien Penguilly, de la station de Caté en Bretagne, a présenté l’évaluation variétale en choux comme une source d’innovation. Plus de 100 variétés de choux sont toujours disponibles, dont une trentaine de nouvelles, chaque année. Le matériel génétique détermine l’itinéraire technique, la performance agronomique, la qualité́ au champ… mais il peut être la source de litiges entre tous les acteurs jusqu’au point de vente, a-t-il précisé. Les objectifs de l’évaluation sont donc de proposer, en conventionnel et en agriculture biologique (AB), une gamme de variétés adaptées au marché́ (qualité́, conservation…), adaptées aux conditions climatiques, tolérantes aux maladies et s’affranchissant de l’utilisation de fongicides pour diminuer l’indice de fréquence de traitement (IFT) fongicide de 100 %, en chou-fleur… et ainsi constituer des références robustes et fiables, pour des démarches sans pesticide, zéro résidu de pesticides, AB ; des données transférables à l’ensemble de la filière, en lien avec les dispositifs Dephy Expe, Fermes et Groupes 30 000.

Dix variétés de choux-fleurs, trente variétés de choux pommés et une variété de brocolis ont ainsi été testées durant un an sur deux sites, et durant deux ans sur quinze à 18 sites. La variété pour réduire la pénibilité au ramassage est aussi dans le collimateur, puisque la récolte équivaut à 50 % du coût de production. Une plus longue et meilleure conservation post-récolte est encore étudiée. Dans la revue Aujourd’hui et demain, éditée par le Caté, un tableau permet de comparer les variétés retenues, afin de faire son choix. Les résultats des évaluations variétales sont encore valorisés, à travers un maximum de publications spécialisées.

 

 

Cultures spéciales

Le houblon a eu chaud

Cultures

Publié le 27/09/2022


Jean-Louis Jost cultive du houblon sur 14 ha, à Hohatzenheim, sur la commune de Wingersheim-les-Quatre-Bans, à équidistance de Saverne, Haguenau et Strasbourg, et en plein cœur de la zone houblonnière alsacienne, au centre de Brumath, Hochfelden et Truchtersheim. L’aromate de la bière, c’est 50 à 60 % de son chiffre d’affaires. Débutée le 29 août, pour les variétés précoces, sa récolte a été stoppée trois jours, pour une reprise le 5 septembre. Elle doit être déjà finie aujourd’hui, tandis que certains de ses confrères ramasseront encore les dernières lignes la semaine prochaine. Si les dates de récolte sont habituelles, puisque le houblon stagne lorsque les conditions ne sont pas adéquates, il a eu chaud. Conjuguées au manque d’eau, les fortes chaleurs estivales impactent le rendement, selon ses premières observations. « Environ 30 % de moins qu’en 2021, selon les variétés et les parcelles… voire même moitié moins ; entre 1 et 1,7 t », pense-t-il.

Bernadette Laugel, technicienne au Comptoir agricole, confirme que le houblon a eu soif (seuls trois ou quatre exploitants l’irriguent, sur une quarantaine de producteurs en Alsace) et a souffert des hautes températures, cette campagne. « Mais il a bien résisté car c’est une plante permanente, s’empresse-t-elle d’ajouter. L’avantage avec cette météo, c’est qu’il n’y a pas eu de maladie, mais les acariens (les araignées rouges, NDLR) ont été très présents. Heureusement, dans la plupart des cas, des traitements ont pu être réalisés à temps. » Jean-Louis Jost confirme : les araignées rouges lui ont posé problème, ainsi qu’un nouveau ravageur, observé pour la toute première fois cette année dans la culture… « La chenille du bombyx étoilé ou antique, un papillon », lâche précisément Bernadette Laugel. L’intrus a été jugulé heureusement le plus souvent, et ce, grâce au biocontrôle. À voir s’il réapparaît l’an prochain. La technicienne relève aussi la présence des pucerons, cette année : maîtrisée. C’est donc, avant tout, la météo qui impacte les rendements. Antoine Wuchner, le directeur commercial pour la filière houblon du Comptoir agricole, attend pour avancer des chiffres que tout ait été livré à la coopérative, mais il admet qu’en variétés précoces, un rendement inférieur de 30 % à celui de 2021 est redouté.

« Une filière dynamique »

Jean-Louis Jost livre chaque semaine, depuis mi-septembre, le Comptoir agricole à Brumath. « Nous avons la capacité de stocker un peu. On livrera donc encore après la récolte », dit-il. Lui cherche le houblon dans les champs. Ses trois salariés travaillent à la cueilleuse. Avec l’un d’eux, il élève les fleurs odorantes au séchoir. « Je les étale et je vérifie que ce soit bien homogène, une demi-heure plus tard », explique Jean-Marie Frantz, tout en s’affairant à ratisser les cônes. Au bas de la tour de séchage, le houblon est stocké. Il y reprend un peu d’humidité, avant d’être mis en sacs de 60 kg environ, et livré. « L’optimal, c’est entre 10,5 et 11 % d’humidité », spécifie Jean-Louis Jost. Sinon, les cônes risquent de s’effeuiller.

Sur quatre agriculteurs à Hohatzenheim, ils sont deux à cultiver du houblon. « Avec les prix des fils et de l’électricité qui ont plus que doublé, ainsi que les salaires qui augmentent, je me retrouve à 2 000 voire 2 500 euros de charges en plus à l’hectare, qu’avant le Covid-19, confie Jean-Louis Jost. Cette campagne n’est pas évidente. Une partie de ma récolte est contractualisée et tant mieux, mais les contrats datent d’il y a trois, quatre, ou cinq ans. » Autrement dit : on ne gagne pas à tous les coups mais c’est le jeu. « Nous ne sommes pas là pour nous enrichir mais pour vivre honnêtement », rappelle celui qui produit aussi du maïs, du blé et du foin, et gère un atelier de veaux de boucherie, par intégration.

Jean-Louis Jost, 51 ans, a un message pour la jeunesse. « Dans le houblon, il y a des places à prendre. On peut commencer par de petites surfaces. C’est une filière dynamique, dans laquelle les anciens peuvent faire bénéficier de leur expérience », milite Jean-Louis, sachant que le houblon est une culture qu’on met en place pour au moins quinze ans, au regard de l’investissement. Le plus souvent, on en cultive même toute sa carrière, sait l’agriculteur : « Ici, on cultive du houblon, depuis cinq générations. ». Son fils, qui poursuit ses études au lycée agricole d’Obernai, est intéressé pour prendre la relève mais Jean-Louis lui conseille de voir ailleurs, avant de revenir sur la ferme. « J’étais moi-même, cinq ans serveur à Kirrwiller, avant de travailler ici. Et c’était une expérience enrichissante », assure-t-il. Les langues se délient à mesure que le temps passe… Fierowe ! Et qu’est-ce qu’on boit pour fêter la fin de la journée ? Une bière, bien sûr !

Influenza aviaire

En Alsace, Noël est sauf !

Élevage

Publié le 26/09/2022


« 2022 est une année tristement inédite. C’est celle de la pire crise sanitaire qu’on ait connue, dans la filière avicole, en France et en Europe. Deux épisodes d’épidémie d’influenza aviaire se sont succédé, à l’aller de la migration, de décembre 2021 à février 2022, dans le Sud-Ouest français, et au retour, dans les pays de la Loire, de fin février à mai 2022. Et c’est la quatrième année en six ans que ces bassins de productions, les seconds de France en volaille de chair et les premiers en accouvage pour les pays de la Loire, sont touchés par la grippe aviaire. Les éleveurs là-bas, n’en peuvent plus. En 2021 déjà, ils ont été frappés. 20 millions de volailles ont été abattues en 2022 dans tout le pays, pour juguler le virus ; 45 millions en Europe et autant au Canada », cadre d’emblée Jean-Michel Schaeffer, éleveur de volailles à Geispolsheim et président d’Anvol, l’association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair.

En Alsace, aucun cas d’influenza aviaire n’a été détecté, cette année, mais les éleveurs gaveurs et producteurs de foie gras alsaciens n’ont pas reçu le nombre de canetons attendus. Environ un tiers du foie gras alsacien ne sera pas produit, en 2022. Les Alsaciens se sentent bien sûr, moins à plaindre que leurs confrères de l’Ouest, mais ils ne toucheront aucune aide. « Le poulet a moins souffert. Les petites espèces, telles la pintade ou le canard à rôtir (de Barbarie), ont été très impactées. Et dans l’accouvage de canards gras ou mulards, les dégâts, c’est du jamais vu. Plusieurs milliers d’éleveurs sont concernés au total. Ils seront indemnisés pour pertes sanitaires ou pour pertes économiques (durant le vide sanitaire) à 100 %. D’autres bénéficieront du plan Adour dans le Sud-Ouest, un projet de dédensification, accompagné financièrement. Au total, un milliard d’euros d’aides sera versé à toute la filière, dans les zones touchées par l’épizootie. C’est un montant conséquent accordé par l’État. L’Alsace est en zone indemne. L’interprofession a milité pour un accompagnement mais juridiquement, au niveau européen, il est impossible d’aider une zone indemne. La France a dû obtempérer », explique Jean-Michel Schaeffer, aussi maire de Geispolsheim.

La filière alsacienne en péril

Fin juillet, l’interprofession est intervenue auprès des couvoirs des pays de la Loire notamment, qui produisent 75 % des canetons mulards français, pour que les éleveurs gaveurs producteurs de foie gras non indemnisés puissent bénéficier d’une partie du volume de canetons nécessaires. Si de petites livraisons avaient eu cours précédemment, plus de 10 000 canetons sont arrivés en Alsace cet été. 5 000 sont encore arrivés mi-septembre. Trop tard, les derniers, pour être sur les étals avant les fêtes de fin d’année. Trop peu pour que les producteurs alsaciens « rattrapent » les 30 % de foie gras manquants de 2022.

Mais « chaque pierre portée à l’édifice est la bienvenue », philosophe Gilbert Schmitt, de la Ferme Schmitt, à Bischoffsheim. Il est, de loin, le plus impacté par les conséquences de cette crise sanitaire en Alsace. « Début 2022, nous suivions la crise de loin. Notre fournisseur vendéen de canetons était rassuré. En mars 2022, son couvoir a été touché et on n’a plus reçu de poussin du tout, car il n’y en avait plus un seul. Nous aurions pu trouver 20 à 30 % du volume dont on a besoin ailleurs, mais ce n’était pas rentable de payer les salariés pour cela. On a donc arrêté totalement cet été. Les derniers canetons sont arrivés en avril 2022. Les derniers canards gras ont été abattus le 12 juillet. L’EARL Au pré de l’oie à Bischoffsheim, où mon frère Stéphane élevait des canards jusqu’au gavage, avant qu’ils n’arrivent chez moi, a subi une perte d’exploitation de 85 %. La SAS Ferme Schmitt perd 30 % de son chiffre d’affaires environ, et on y est passé de cinquante à trente salariés. La production de foie gras, d’avril à juillet, nous l’avons gardée pour les fêtes de fin d’année », dévoile Gilbert Schmitt, qui vend principalement sur les marchés, en direct, et un peu aux grandes et moyennes surfaces. La Ferme Schmitt, qui ne proposera par contre, plus de magret ni de cuisses de canard de l’élevage local à Noël, a modifié ses recettes depuis le printemps, pour y inclure plus de dinde et de poulet.

L’influenza aviaire a encore une autre incidence sur l’activité des Schmitt. Gilbert élevait encore à Erstein, jusqu’au 19 septembre dernier, des races rustiques, dont la poule noire d’Alsace. Or elles ne supportent pas d’être confinées. À cause de l’épidémie et des mesures de protection sanitaire, il va donc passer au poulet jaune, toujours en bio. « C’est une parenthèse », espère-t-il. Depuis treize ans qu’il relance la race locale, il reprendra l’élevage, au moins à titre personnel, assure-t-il. « Je laisse passer 2022, avant de me décider pour quoi que ce soit, poulets et canards. J’ai besoin de 500 canetons, par semaine. Nous sommes fragiles, nous ne pouvons pas bricoler. Et si Noël est sauvé, la filière alsacienne non ! Je remets aujourd’hui en cause sur ma ferme, un modèle qui date de 1977. Je suis de plus en plus commerçant », confie-t-il.

 

 

D’autres coups/coûts

« En un an, on a perdu 25 000 canetons, sait Nicolas Lechner, éleveur à Pfettisheim dans le Kochersberg, et président de l’association des producteurs de foie gras d'Alsace Gänzeliesel, qui compte une dizaine de membres actifs. Que va-t-il advenir ? Avant, la grippe aviaire s’éteignait, en été. Cette année, l’Ouest a été impacté, non-stop. Et un foyer a été déclaré récemment, en Meuse ». Cédric Nonnenmacher, du Gaveur du Kochersberg, à Woellenheim, est incapable de prévoir une livraison en 2023. Il vendra son foie gras à Noël, mais il en aura produit un tiers de moins que l’an passé. « Nous espérons des jours meilleurs », souffle Nicolas Lechner. À Soultz-les-Bains, la Maison Doriath a aussi réussi à encore s’approvisionner en canetons pour assurer les fêtes de fin d’année. Et, pour pouvoir assurer elle-même le transport des animaux, l’entreprise familiale a investi dans des camionnettes. Mais, à plus long terme, c’est l’expectative. Les projets d’évolution sont donc mis en stand-by.

Deux autres chocs ont bousculé ou vont bousculer la filière avicole : l’augmentation des matières premières, le coût de l’aliment pour les volailles donc, qui représente 65 % du coût de production, et celui de l’énergie. « Le prix de l’aliment n’a fait qu’augmenter, durant la période Covid. Février 2022, nous pensions avoir atteint un plateau, avec son doublement. Mais suite à la guerre en Ukraine, il a encore doublé ! », rappelle Jean-Michel Schaeffer. Avec Anvol, il a expliqué les indicateurs de production, a justifié la flambée des prix, si bien que les contrats ont pu être renégociés par les éleveurs. Avec l’augmentation du prix de l’énergie, aujourd’hui, c’est 7 à 10 % de plus que devrait s’acheter une volaille… « Si le prix de l’aliment se maintient, cela permettra d’absorber un peu le coût de l’énergie », estime le président. Mais impossible de prédire l’avenir. « Nous ne nous enrichissons pas, insiste-t-il, conscient que le consommateur paie sa volaille plus cher. Il faut que ça s’arrête. Nous ne dormons plus tranquilles. »

Fret

L’or jaune des Mayas sur le Rhin

Vie professionnelle

Publié le 16/09/2022


« Le maïs alsacien a son autoroute : le Rhin. D’autres origines se retrouvent aussi sur cet axe de communication millénaire, mais la qualité du maïs alsacien est supérieure. Si l’inconvénient de ce maïs est son prix plus élevé que la moyenne, l’avantage est qu’on est plus réactif. En trois jours, la cargaison de maïs alsacien est à Rotterdam, alors qu’un maïs d’Europe de l’Est ou du Brésil mettra plusieurs semaines à y arriver, par voie maritime ; celui des côtes atlantiques françaises, quatre jours », sait Francis Lehmann, responsable, depuis 2003, de l’agence CFNR Transport, à Kehl, qui affrète 80 % du maïs alsacien.

Le stockage des matières premières coûte cher ; les transformateurs s’approvisionnent donc souvent. Tous les jours, des bateaux partent sur les fleuves, océans et mers du monde entier, pour assurer la continuité de la production industrielle des amidonniers, fabricants d’aliments pour bétail et de biocarburants ; dont les usines de Rotterdam, implantées le long des axes fluviaux. « Sur le Rhin, 60 % des navires battent pavillon hollandais. Aujourd’hui, les Hollandais sont les maîtres du Rhin car ils ont une culture fluviale qui n’existe nulle part ailleurs », assure le polyglotte Francis Lehmann. Les industries se sont donc développées, aux Pays-Bas, au fil de l’eau. Pour l’anecdote, Francis Lehmann ajoute : « Les Pays-Bas se sont construits avec le sable et le gravier d’Alsace, essentiellement. Ils en importent sûrement dix millions de tonnes par an. C’est le produit en vrac le plus chargé sur le Rhin, hormis les conteneurs. »

Une journée pour charger ou décharger

Ce 12 août 2022, l’affréteur est à Marckolsheim*, sur le pont de l’automoteur vraquier La Camargue, à l’occasion du déchargement de 2 500 t de maïs, pour Tereos, Starch & Sweeteners Europe, qui transforme betteraves, céréales et cannes, en sucre, amidon, alcool et bioéthanol. Christian Bontems, le capitaine du bateau, livre Tereos depuis une quinzaine d’années. En 1995, il y déchargeait une ou deux cargaisons par mois. Aujourd’hui, il y est deux fois par semaine, et Tereos commande encore d’autres bateaux à CFNR Transport. L’agence de Kehl livre aussi deux autres amidonniers : Roquette Frères à Beinheim, dans le Bas-Rhin, et Tate & Lyle, près d’Amsterdam. 700 à 800 000 t de maïs alsacien transitent ainsi, chaque année, via la compagnie fluviale française. Rien que La Camargue transporte 240 000 t de maïs par an, sur la centaine de voyages qu’elle effectue. Le blé ne remplit ses cales que quatre à cinq fois dans l’année. Quatre gros organismes stockeurs l’approvisionnent : le groupe Armbruster, la CAC, le Comptoir agricole avec Gustave Muller, et InVivo.

Pour décharger 2 500 t de maïs à Tereos, à Marckolsheim, il faut compter quatorze heures. Un seul tuyau mobile assure l’opération. Une mini-chargeuse pousse le maïs vers l’aspiration. Le 11 août, La Camargue avait chargé le maïs à Rhinau, au silo portuaire de Lienhart, le négoce racheté par la CAC en 2021. Il a fallu une journée pour remplir le bateau, par gravité, et naviguer, jusqu’à bon port. La vitesse de croisière oscille entre 10 et 14 km/h, selon le débit de l’eau, le chargement et… le prix du gasoil. « On perd du temps aux écluses. Parfois, il y a quatre ou cinq heures d’attente, sans possibilité d’amarrage. Pour naviguer 50 km et passer trois écluses, je prévois six à huit heures », estime le capitaine de La Camargue. Entre Rhinau et Marckolsheim, il a navigué trois heures, le 11 août, pour effectuer 15 km : une écluse en réparation a allongé la durée du trajet.

Moins polluant que la route

Sur le Rhin canalisé, entre Bâle, en Suisse, et Iffezheim, en Allemagne, les basses eaux ne sont pas un sujet : un minimum de 3 m de fond est garanti toute l’année. C’est au nord de la commune du Bade-Wurtemberg, direction Rotterdam, que le niveau de l’eau peut descendre, jusqu’à avoisiner les 1,40 m, voire même 1 m de profondeur, en fonction de la pluviométrie. L’eau s’écoule de part et d’autre du fleuve, puisqu’elle n’est pas retenue. Il arrive alors que les cales des bateaux soient quatre à cinq fois moins remplies ; cinq navires sont nécessaires pour transporter le même tonnage. « Si la situation dure plusieurs mois, nous perdrons d’autant plus d’argent que nos clients se tourneront vers la route », sait Francis Lehmann. « Cette année, les silos tardent à se vider de la récolte de l’an passé, abondante, d’autant plus que les basses eaux du Rhin obligent à un chargement faible. Pourtant, la récolte 2022, précoce, doit trouver sa place. La période est compliquée. Les cours risquent d’être impactés », observait Antoine Wuchner, président de l’association de la bourse de commerce de Strasbourg, fin août. L’année 2022 ressemble à celle de 2003, selon le président ; une année de forte sécheresse, lors de laquelle la récolte avait été 25 % inférieure à la normale. « D’habitude, quand les eaux du Rhin sont basses, c’est qu’il n’a pas plu. Donc les volumes récoltés sont moindres et les chargements faibles », remarque Antoine Wuchner, pour dédramatiser. Mais, cette année, les récoltes de 2021 pèsent. Les basses eaux deviennent donc un problème.

De 6 à 7 000 vraquiers traversent les pays rhénans, évalue Francis Lehmann, pour charrier près de 160 millions de tonnes de marchandises. Une centaine travaille avec CFNR Transport. « Je peux charger le contenu de cent camions dans mon bateau », calcule Christian Bontems. La coque de son automoteur a une durée de vie d’un siècle, celle de son moteur, 30 ans. Lui et Francis Lehmann regrettent que la France ait décidé de favoriser la route, dans les années 1970 et 1980, au détriment des voies navigables. Le réseau existant n’est plus adapté à la taille des engins flottants, ni entretenu ; pour relier la Seine au Rhin, via la Marne, notamment. À la fin des années 1990, la bourse d’affrètement de Strasbourg a fermé ses portes, signe que les heures de gloire des ports alsaciens et français sont passées. Aujourd’hui, alors que la réduction de l’impact environnemental des échanges devient primordiale, l’héritage bien géré de Napoléon, des canaux adéquats, aurait été une bénédiction.

Irrigation

Un démarrage et une fin précoces

Technique

Publié le 14/09/2022


« Puisque les variétés sont plus tardives, aujourd’hui, on peut dire qu’on est plus précoce qu’en 2003, sur l’irrigation et la maturité », estime Patrice Denis, conseiller irrigation à la CAA, basé à Obernai. 2022 sera une année « marquante », selon lui, au même titre que 2003, caniculaire et très sèche. Les agriculteurs ont débuté l’irrigation du maïs le 10 juin, cette campagne, soit quelques jours plus tôt qu’à l’accoutumée, pour finir le 10 août, dix à vingt jours plus tôt qu’une année standard. Et les irrigants n’ont quasiment pas eu de pause. À part fin juin, où des orages avaient balayé presque toute l’Alsace (40 mm relevés à Gambsheim, par exemple), les maïsiculteurs équipés et autorisés ont arrosé non-stop. Fin juin, certains avaient donc juste fermé les robinets une semaine à dix jours.

« Les températures élevées à très chaudes ont fait beaucoup de mal au maïs non irrigué », constate Jonathan Dahmani, conseiller irrigation à la CAA, basé à Sainte-Croix-en-Plaine. Selon lui, il y a quatre catégories de maïsiculteurs : les irrigants bien équipés, les irrigants qui disposent de matériel d’appoint, les non-irrigants qui dépendent de la réserve en eau dans le sol (pour qui cet été a été catastrophique), et les irrigants qui ont subi des restrictions préfectorales car sur des rivières affectées par la sécheresse. « C’est très difficile pour la dernière catégorie car ils ont perdu le bénéfice de ce qu’ils avaient pu produire, grâce à l’irrigation », sait Jonathan Dahmani. Dans le Haut-Rhin, pour la première fois, des niveaux de crise ont été atteints ; dans le Bas-Rhin, en 2020, une partie de la Bruche était déjà en crise. Cette année, la Lauch et la Fecht, dans le Haut-Rhin, ont particulièrement subi la sécheresse. Dans le Bas-Rhin, la Bruche, toujours. « Les niveaux de restriction, cette année, n’avaient jamais été atteints auparavant. C’est une année très particulière », observe Patrice Denis.

Des rendements hétérogènes

« Les rendements passeront du simple au quintuple, selon les situations, de 20 à 160 q/ha », table Patrice Denis. Les stades sont arrivés rapidement : par exemple, la floraison, fin juin et début juillet, alors qu’elle a lieu vers le 14 juillet, d’habitude. « Et cette avance, on l’a gardée. Elle s’est même amplifiée », ajoute le conseiller irrigation. Fin juillet, l’humidité du grain flirtait avec les 70 %. « Puis, on a perdu un point par jour », note Jonathan Dahmani. Au 10 août, quand la plante avait atteint le stade nécessaire pour arriver à maturité sans eau, entre 45 et 50 % d’humidité étaient mesurés dans les grains.

Sur les 150 000 ha de maïs alsacien, seuls 60 000 ha sont irrigués, soit un gros tiers. « La majeure partie du maïs n’est pas irriguée, en Alsace », pointe Patrice Denis. Et seuls 17,3 % de la SAU totale sont irrigués en Alsace, rappelle-t-il encore. Mais, puisque ce sont majoritairement des champs de maïs (89 % de toutes les cultures irriguées en Alsace, selon les chiffres de 2020), l’image du maïs gourmand en eau est répandue. Or, si le maïs est arrosé, c’est qu’il ne pleut pas assez au moment où il a besoin d’eau pour se développer… Et c’est en été. Rien de sorcier. Sur les 7 000 exploitations alsaciennes, on compte 1 500 irrigants, soit 21 % des agriculteurs. Les deux tiers sont Haut-Rhinois. 82 millions de m3 sont prélevés pour l’irrigation, en Alsace, provenant à 90 % des eaux souterraines. Devant l’agriculture, l’industrie et les canaux, - voire l’énergie et l’eau potable, dans le Bas-Rhin -, sont bien plus consommateurs d’eau, selon les derniers chiffres publiés dans la presse locale alsacienne, provenant d’Eau France.

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