Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Ovinpiades des jeunes bergers Alsace

Les deux gagnants, élèves à Obernai, partent à Paris

Élevage

Publié le 09/01/2020

Louis Wendling et Antoine Dudezac ont remporté les deux premiers prix, et l’honneur de représenter l’Alsace et leur lycée d’Obernai, à la finale nationale des Ovinpiades, au salon de l’agriculture, à Paris, le 22 février 2020. Mathieu Sommer, du lycée d’Obernai toujours, est arrivé troisième.

Les deux meilleurs jeunes bergers d’Alsace, Louis et Antoine, ne sont pas fils d’agriculteurs, contrairement à Mathieu, le troisième. Cela ne les a pas empêchés de se démarquer par leur technicité et leurs connaissances théoriques. Comme tous les participants à la finale Alsace des 15e Ovinpiades des jeunes bergers, ils se sont présentés, avant tout, pour découvrir une production, une filière, « apprendre », « connaître encore plus de technique », dixit Louis.

« C’est intéressant d’approcher les moutons, cet élevage, car ce sont des animaux à taille humaine, leur manipulation est plus simple », déclare Anaïs Grand, 17 ans, en terminale bac pro CGEA polyculture-élevage à Obernai, comme Louis et Mathieu. La participation aux Ovinpiades, pour les élèves de cette classe d’Obernai et ceux de la même terminale à Rouffach, ainsi que pour les 2e année de CAP élevage, métiers de l’agriculture, option ruminants, d’Obernai, dont Antoine, est obligatoire. Et cela plaît plus ou moins. Élise Felix est enchantée : elle est en stage chez un berger et compte bien, plus tard, après avoir voyagé, s’installer avec ses « attachants » moutons, confie-t-elle. Thibaut Limmacher, 19 ans, est LE volontaire de cette année. Arrivé cinquième l’an passé, il a voulu retenter sa chance. En 2e année de BTS technico-commercial, par apprentissage, à Obernai, il pense que les bons gestes, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Malheureusement pour lui, sa motivation n’a pas payé mais elle a été appréciée. D’autres jeunes sont là en touristes, constatent des éleveurs venus jugés les cinq épreuves des Ovinpiades Alsace. Les bergers ont aussi entraîné les élèves, au préalable. Une dizaine s’est mobilisée ; une participation saluée, notamment, par Jean-Pierre Saulet, conseiller spécialisé élevage ovin/caprin au sein de la Chambre d’agriculture d’Alsace.

Coupe des onglons et « brouette »

Pour cette dixième édition des Ovinpiades en Alsace, après une épreuve théorique sur la filière et les races, notamment, les compétiteurs ont enchaîné, le 18 décembre, à la bergerie Huchot, à Preuschdorf, cinq épreuves qui résument les gestes quotidiens des éleveurs. Étaient demandés aux élèves : la note d’état d’engraissement des agneaux, l’évaluation de l’état de santé des brebis, la note d’état corporel des brebis, le parage et « la brouette », qui consiste à déplacer un animal et à l’asseoir dans un carré.

« La production ovine suscite de plus en plus d’intérêts, années après années, remarque Jean-Pierre Saulet qui chapeaute les Ovinpiades Alsace. Aujourd’hui nous intervenons deux à trois fois dans les lycées, contre une seule fois il y a dix ans. Il y a de plus en plus de demandes de stages et d’apprentissage, et quelques projets d’installation. Les Ovinpiades participent à cet élan. Elles permettent la promotion de la filière de manière ludique. - En résumé, faites-vous plaisir et allez à Paris ! - Mais aussi la connaissance de cet élevage, pour une meilleure synergie entre voisins sur le territoire, sur les Cipan, les échanges paille-fumier ».

Le Crédit Mutuel, partenaire unique de la finale territoriale, a récompensé les participants. La compétition se déroulait pour la sixième fois consécutive à la ferme Huchot : une « exploitation-école », selon Jean-Luc Beil, responsable du marché de l’agriculture à la banque.

Médiation animale

Aider les plus fragiles avec ses poules, poneys, lapins, moutons…

Vie professionnelle

Publié le 20/12/2019

« Ramenez une balle bleue », commande Stéphanie De Sousa. Laurena, Marie, Alexandre, Félicien, Mathis et Sacha, s’activent. Les six adolescents de 15 à 20 ans fréquentent le service d’accueil des jeunes autistes (Saja) de l’IMPro du Ried (Institut médico-professionnel), à Huttenheim. Depuis deux ans et demi, ils viennent une fois par semaine, pour une séance d’une heure à La Ferme du pays d’eaux, à Ehnwihr (Muttersholtz). Là, Stéphanie De Sousa les accueille en tant que médiatrice animale pour l’association À portée de crins.

Les jeunes ne cherchent pas les balles bleues seuls… Mais avec des poneys et des ânes, qu’ils tiennent au licol. Chaque binôme marche vers l’un des seaux disposés aux quatre coins du paddock, dans lesquels sont mélangées des balles de couleurs vives. Les ados piochent chacun une balle bleue et l’amènent à Stéphanie, qui enchaîne les consignes… de plus en plus vite, pour stimuler la troupe, doper le jeu, quitte à ce que l’un ou l’autre soit momentanément largué. « Promenez-vous », annonce la médiatrice animale.

Exercices et pure détente

Justine et Mathieu, les éducateurs qui accompagnent le groupe, veillent, avec Stéphanie, à ce que les jeunes s’approprient tout l’espace. L’objectif pour ce groupe d’ados, parmi les plus indépendants des autistes que reçoit Stéphanie, est d’acquérir un maximum d’autonomie tout en prenant les autres en considération. Justine et Mathieu constatent les progrès réalisés par les jeunes : « Ils se sont ouverts. Ils sont de plus en plus à l’aise avec les animaux, plus enclins à collaborer, à communiquer, à se déplacer en faisant attention aux autres… et aux consignes ! » Stéphanie interrompt : « On suit Mathis sur le parcours ». Chef de file, Mathis avance fièrement sur le pont de bois, à une extrémité de la carrière, suivi de ses camarades… sauf un. On répète la directive pour lui. Puis les jeunes rentrent les animaux à l’étable. Ils troquent les poneys pour des moutons. Là, les jeunes doivent les nourrir. Félicien qui a les granulés se tient à l’écart pour éviter l’émeute.

La météo est bonne, en ce début de mois de décembre. Moment de pure détente, au soleil, dans cette carrière bordée de prairies. Non loin coule une rivière. Le couple d’oies de la ferme s’approche du paddock, confiantes. « Comme on dit, les oies sont de retour », s’amuse Marie. « Un jour, on a même pu les caresser », se souvient Mathieu. Mathis, d’ailleurs, a « un truc » avec elles. C’est aussi que tous les animaux de Stéphanie sont élevés pour trouver le contact humain « sympa », précise la médiatrice. Mettre en confiance et garantir la liberté de tous, telles sont les missions de Stéphanie. Dépasser ses phobies, un blocage, s’intégrer dans un groupe. La médiatrice animale évalue à chaque fin de séance les progrès ou du moins le maintien des acquis des jeunes autistes pour qui elle a construit un programme, en lien avec les thérapeutes.

Communication non verbale

Stéphanie fonctionne avec différents ateliers : préparation du nourrissage, brossage et pansage, parcours ludique, jeu de mémoires, moment tactile, observation des comportements des animaux, connaissance des lieux et conditions de vies des différentes espèces. La séance avec le groupe de l’IMPro du Ried se termine par du portage de petits animaux et de l’observation. Laurena, Marie, Alexandre, Félicien, Mathis et Sacha prennent chacun à leur tour l’un des lapins ou l’une des poules à qui ils ont apporté des carottes et des feuilles de chou à leur arrivée à la ferme.

Mathis pose sa main sous un lapin et sent battre son cœur. Alexandre porte son rongeur enroulé dans une couverture. Le contact pour lui n’est pas chose aisée. « Il faut faire preuve d’humilité et de patience, souligne Stéphanie. Ce qui n’est pas possible aujourd’hui le sera peut-être demain. » Laurena est la seule à caresser une poule. « J’ai un pouvoir avec les poules », lâche-t-elle. En effet, l’oiseau est tranquille. Laurena glousse : « les poules sont drôles. J’aime leurs plumes et le bec. Et le bruit qu’elles font ! » Sacha confie qu’il a une préférence pour les chiens et les poneys en liberté. Quand il faut faire claquer le fouet dans les airs pour qu’ils courent. Un vrai cowboy. Stéphanie se réjouit de sa loquacité.

« Certains autistes ne parlent pas du tout, rappelle-t-elle. Travailler avec eux a de suite été une évidence. Je sais décrypter le langage corporel et entrer en communication non verbale, une communication accessible, a priori, au plus grand nombre : humains et animaux », explique Stéphanie, hyper attentive à tous. Les jeunes du Saja de l’IMPro du Ried sont parmi les plus bavards qu’accueille Stéphanie. Il n’empêche que détecter les signes de nervosité ou de surstimulation permet de circonscrire disputes et stress. La bande d’ados quitte les lieux dans la bonne humeur.

Traitements phytosanitaires

Une session chambre axée sur le bien vivre ensemble

Vie professionnelle

Publié le 09/12/2019

Dans un contexte d’attentes sociétales fortes en termes de préservation de l’environnement, de la biodiversité et de la santé humaine, Nathalie Brobeck-Allard, cheffe du service environnement à la CAA, a présenté aux participants à la session de la CAA du 25 novembre, à Schiltigheim, un état des lieux de l’utilisation des produits phytosanitaires en Alsace et des efforts déjà réalisés par la profession pour réduire, notamment, les IFT (indices de fréquence de traitement).

En Alsace, 250 000 ha sont cultivés et potentiellement traités, selon les chiffres d’Agreste (statistiques du ministère de l’agriculture) de 2015. Quelques données de 2016 ont été rappelées sur la qualité des eaux souterraines : outre une pollution diffuse des eaux souterraines à l’atrazine (interdit aujourd’hui en France comme d’autres molécules des plus toxiques), des métabolites d’autres molécules, dont l’état actuel des connaissances de la science ne permet pas de définir exactement la nocivité, se retrouvent dans la nappe. 25,7 % des points de la nappe d’Alsace et 39,1 % des points des aquifères du Sundgau ont des détections supérieures à la norme (+ 0,1 μg/L).

L’Alsace, par rapport à la moyenne nationale, « est assez peu utilisatrice de produits phytosanitaires, a souligné Nathalie Brobeck-Allard, grâce au maïs », qui nécessite peu de traitements hormis le désherbage. La moyenne nationale des ventes se situe à 2,3 kg/ha/an alors qu’en Alsace, il s’en vend 1,9 kg/ha/an. En outre, entre 2010 et 2015, les quantités de substances actives vendues en région sont en baisse de 5 %, hors soufre et cuivre. Les ventes de soufre et de cuivre, elles, bondissent de 14 % par an… Dans les médias, il n’est donc pas rare de lire ou d’entendre que l’achat de produits phytosanitaires augmente d’années en années, a pointé la cheffe du service environnement.

Réduction des IFT

Le plan Ecophyto 2 (de 2015) a pour objectif de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires de 25 % d'ici 2020 et de 50 % d'ici 2025. Cinq groupes Dephy, œuvrent en Alsace, en grandes cultures, élevage, viticulture et maraîchage. Animés par la CAA, Planète Légumes et l’Organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace (Opaba), ils ont obtenu des réductions des IFT de 12 % en grandes cultures et en élevage, « une baisse faible car les usages étaient déjà faibles », a remarqué Nathalie Brobeck-Allard. En cultures légumières et de plein champ, 30 % de baisse a été enregistrée ; en viticulture, 17 %. C’est en arboriculture que la plus grosse marge de progression est encore possible : la réduction des IFT obtenue est seulement de 6 %.

Réduction des doses depuis plus de 15 ans, contractualisation en MAET/MAEC (plus de 8 000 ha en Alsace, première région de France), contrôles et formations sur les pulvé, plans d’action agricoles autour des captages d’eau potable et exclusions volontaires de matières actives, innovations techniques, promotions de techniques alternatives, comme le binage, la pulvérisation confinée en vigne, la labellisation HVE, les conversions en bio, les petites filières à bas niveau d’intrant, le réseau des fermes Dephy : tout ceci a contribué à faire baisser l’utilisation des produits phytosanitaires en Alsace.

Le partenariat Ermes (en cours depuis juin 2019) prévoit des réductions de 20 % des points de suivi présentant des concentrations en herbicides supérieures à la moyenne, de 40 à 50 % de l’usage des herbicides sur les 19 captages et d’atteindre les objectifs du plan Ecophyto partout, après avoir reconquis 20 % des captages dégradés par des herbicides actuellement homologués. Nathalie Brobeck-Allard regrette qu’il n’y ait pas, comme pour le plan Ecophyto, d’évaluation préalable des impacts environnementaux et économiques, et que les mesures de soutien économique ne soient pas à la hauteur des enjeux. Patrick Bastian, le président de la commission agricole du Grand Est, a pu rassurer et annoncer en fin de session que les MAE seraient renouvelées sur 5 ans, en 2020.

Le glyphosate, en Alsace, représente 8 % des ventes de produits phytosanitaires. Il est présent dans 8 % des analyses d’eau souterraine à un taux inférieur à la norme de 1 %. Son métabolite est détecté 8 fois sur 10, avec 5 % des mesures qui dépassent la norme. Des chiffres de la Draaf de 2014 révèlent qu’1 % seulement des surfaces de blé sont traitées au glyphosate en Alsace contre 31 % en Lorraine. Pour le maïs grain, 5 % des surfaces sont traitées en Alsace contre 22 % en Lorraine. Par contre, en vigne, en traitement localisé sur le rang, ce sont 79 % des surfaces qui sont traitées au glyphosate en Alsace, contre 62 % en Champagne (hors 52). La cheffe du service environnement a toutefois rappelé qu’en non-labour se passer totalement du glyphosate est « difficile ». 399 communes alsaciennes sont concernées par ce mode de production car elles sont classées à risque pour les coulées d’eau boueuses.

Une charte en viti

Pour des mesures concrètes ayant une incidence sur la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, Nathalie Brobeck-Allard espère « un débat suffisamment éclairé par des preuves scientifiques ». L’agriculture doit alimenter la population en produits locaux, sains et de qualité, à des prix raisonnables garantissant la préservation de la biodiversité et du climat, intégrant ainsi les attentes des consommateurs.

Ce sont les mêmes consommateurs qui demandent de plus vastes zones non traitées (ZNT). Avant même l’annonce, début décembre, de la distance d’épandage des pesticides par rapport aux habitations qui sera retenue, l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) et le conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), en tête, avec la CAA, les associations des maires du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la région Grand Est, Alsace Nature et la Chambre de consommation d’Alsace, pour ne citer qu’eux, ont lancé un projet de charte d’engagement pour bien vivre ensemble : Vignerons et villageois d’Alsace.

 

 

 

 

Christian Kohser et Gilles Ehrhart, viticulteurs membres de la commission phyto riverains de l’Ava, ont présenté le contexte de la charte (qui doit être validée par le comité de pilotage avant sa signature en décembre), ses objectifs et les engagements prévus. Alors que les habitations se développent à proximité des vignobles et que des incidents liés à des traitements ont été relevés, la charte a plusieurs objectifs : concerner l’ensemble des viticulteurs à la problématique ; recréer du lien entre viticulteurs, riverains et maires notamment ; amorcer la réduction de l’utilisation des pesticides ; communiquer pour redorer l’image de la viticulture alsacienne. « L’agriculture française est l’une des meilleures au monde. En Alsace, en viticulture, nous produisons à hauteur de 20 % en bio et nous sommes leader dans la biodynamie. Mais nous ne savons pas communiquer. La charte sera un outil qui permettra de mettre en avant ce que nous faisons de bien », a appuyé Christian Kohser.

Engagements réciproques

Mesure phare de la charte : utiliser uniquement des produits homologués en Agriculture Biologique (AB), de biocontrôle, ou respecter les ZNT qui seront définies dans l’arrêté définitif, aux abords des habitations. Favoriser la plantation de barrières végétalisées, ne pas traiter le rang en bordure s’il ne peut être traité de l’extérieur vers l’intérieur, prévenir son voisin au plus tard la veille du traitement, recourir à du matériel limitant la dérive des produits complètent le tableau des engagements des viticulteurs à proximité des maisons. En toutes situations, ils doivent, bien sûr, respecter la réglementation et favoriser les alternatives aux produits phytosanitaires, du moins réduire la quantité et la dérive de ceux-ci.

Les riverains, en retour, sont appelés à s’informer et à s’adapter à leur cadre de vie et aux activités économiques qui font l’Alsace, à échanger avec les viticulteurs, à respecter les vignes. Les maires sont les garants de cette bonne entente et du maintien de l’activité économique. La CAA soutient viticulteurs et maires, par des appuis techniques agricoles pour les uns, un accompagnement lors des procédures d’aménagement et d’urbanisme pour les autres. L’Ava forme, représente et contrôle les viticulteurs.

La salle a salué l’initiative. Chacun a apprécié que riverains et viticulteurs ne soient pas opposés à travers cette charte. « On a toujours su trouver nos places », a constaté Aurélie Quirin, de la Confédération paysanne, présidente de l’Opaba. Grincement de dent du côté de la Coordination rurale, tout de même, qui n’a pas été conviée à l’élaboration de la charte : « si on veut vivre ensemble, on devrait être invité », a asséné Paul Fritsch, son président. Il lui a été répondu que l’Ava représente 98 % des viticulteurs d’Alsace ; toutes les sensibilités, donc. Christian Klinger, président de l’association des maires du Haut-Rhin, maire d’Houssen, a rappelé qu’au 1er janvier les chartes de bon voisinage devraient être finalisées sinon le préfet entrerait en jeu. Une charte en grandes cultures est à l’étude, en Alsace. « Nous sommes à vos côtés pour vous aider », a certifié Christian Klinger. Mêmes discours de la part de Vincent Debes, président de l’association des maires du Bas-Rhin, maire d'Hoenheim, Patrick Bastian et Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, qui a clos la session par : « vous pouvez être fiers d’être agriculteurs ! »

Transmision

Les futurs retraités aux aguets

Pratique

Publié le 09/12/2019

Pas moins de sept intervenants se sont succédé au micro sur la tribune de la salle des séances à la maison de l’agriculture à Schiltigheim, le jeudi 21 novembre, pour rappeler aux cédants potentiels les questions qu’ils doivent se poser en vue de réussir leur transmission d’exploitation. Philippe Wolff, membre du bureau de la section des anciens exploitants de la FDSEA 67, Ludovic Heimburger de la MSA, Jean-Louis Vogtensperg, expert-comptable au CFG, Claire Ringeisen, juriste de la FDSEA 67, Sophie Goehry, conseillère en charge de l’installation non aidée notamment à la CAA, Thomas Gillig, vice-président des JA 67, et Aude Baumann, cheffe du service bas-rhinois de la Safer, ont balayé, en trois heures, tous les aspects à considérer lors d’une cession.

Ai-je droit à la retraite ? Quel type de contrat peut être mis en place si je continue à travailler une fois retraité ? Quelle est la valeur de mon exploitation, de mes parts sociales ou de mon outil de travail ? Comment transmettre le capital d’exploitation et quel est le devenir du foncier en propriété ? Que deviennent mes baux ruraux ? Quelles sont mes obligations envers mes salariés ? Que deviennent mes prêts, mes parts de coopérative, mes contrats d’assurance, etc. ? Quel est le devenir de mes droits à produire, de mes aides financières ? Enfin, quel est le parcours à l’installation du repreneur ?

« Chaque situation est unique », insiste Ludovic Heimburger. C’est pour cela que, d’un commun accord, les intervenants enjoignent les futurs cédants à commencer à s’intéresser sérieusement à la transmission de leur exploitation au moins quatre ans avant leur départ à la retraite. Anticiper est la clé de la réussite, selon eux. Le conseiller de la MSA recommande de demander son relevé de carrière trois ans avant la date à laquelle l’exploitant souhaite cesser son activité.

« Vous êtes les acteurs de la transmission ! »

Philippe Wolff a résumé, en début de réunion, les mutations qui touchent le secteur, notamment l’augmentation des valeurs patrimoniales. Il a attiré l’attention, entre autres, sur la nécessité de transmettre une entreprise performante aux repreneurs « pour ne pas les plomber », le contexte économique actuel étant déjà assez difficile. Si le retraité souhaite d’ailleurs continuer à travailler pour aider le jeune installé, aucun problème… du moment qu’il est assuré, a ajouté Ludovic Heimburger. Jean-Louis Vogtensperg a remarqué à ce propos : « Si l’on reste associé non exploitant, attention au compte courant d’associé, à la plus-value sur les parts s’il y a cession, car elle est non exonérée pour l’associé non exploitant. » Le comptable a distillé maints conseils durant son long exposé. Sur le foncier, aussi, rappelant que le notaire est un interlocuteur « primordial » avec lequel les comptables peuvent collaborer dans l’intérêt de l’exploitant.

 

 

 

 

Pour les fermiers, la transmission des baux ruraux se prépare au moins un an avant la transmission de l’exploitation, a martelé Claire Ringeisen, des démarches préalables auprès des propriétaires étant requises. Si le bail peut se céder dans le cadre familial, un nouveau bail sera obligatoirement signé avec le successeur hors cadre familial, si le propriétaire le veut bien puisqu’il n’est nullement tenu à accepter de louer ses terres au nouvel arrivant qui n’est ni conjoint, ni descendant. Le cédant doit reprendre chaque contrat (contrat de travail, d’assurance et de banque, MAE, etc.) et se renseigner sur les transferts possibles, deux ans à l’avance, selon la juriste de la FDSEA 67.

Sophie Goehry et Thomas Gillig ont souligné encore une fois que si, dans le Bas-Rhin, les exploitations trouvent souvent des repreneurs, c’est quatre ans avant l’installation que ces derniers doivent démarrer le processus. Pour les successeurs sans formation agricole, le cédant doit solliciter une autorisation préfectorale d’exploiter, qui n’est souvent délivrée que plusieurs mois après la demande, une publicité étant faite pour favoriser la transmission à des agriculteurs formés. Un Point information transmission (PIT) sera créé en 2020 à la CAA pour orienter au mieux les futurs retraités. Aude Baumann a répété que la Safer n’est pas un « empêcheur », qu’elle a un rôle d’évaluation, encourageant la salle à faire appel à la société.

Les diverses questions des intéressés, toujours tirées de leurs cas particuliers, ont prouvé la nécessité pour chaque cédant potentiel de contacter les spécialistes de la transmission. Julien Koegler, animateur de la réunion en sa qualité de président de la commission installation et transmission de la CAA, a invité les futurs retraités à être proactifs : « Vous êtes les acteurs de la transmission ! » Quelques-uns auraient apprécié plus d’informations sur l’installation hors cadre familial.

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