Betteraves sucrières : l’embellie se confirme
Vie professionnelle
Publié le 13/01/2022
Malgré une année 2021 encore assez mouvementée, notamment en raison du gel et de la jaunisse, l’embellie pour la filière betteravière se confirme. Lors des réunions de fin de campagne, Gérard Lorber, président de la section d’Erstein de Cristal Union, annonce une rémunération de la betterave pour 2022 avec un prix indicatif qui progresse à 28 €/t de betterave. « Au regard de l’augmentation des cours du sucre et de l’éthanol et de l’orientation de ces marchés, en annonçant ce prix-là, nous sommes très précautionneux. L’objectif global se situe à 30 €/t, voire plus ». Déjà cette année, la sucrerie s’était engagée sur un prix de 26 €/t, qui atteint au final 29 €/t. « Cela montre que nous tenons nos engagements », souligne Gérard Lorber, qui annonce la fin de la prime de compétitivité pour 2022, tandis que celle du maintien des surfaces est conservée. « Notre priorité est de ne pas décourager les nouveaux producteurs. Il s’agit au contraire de les encourager à nous rejoindre », justifie-t-il.
Objectif 7 000 ha
En effet, pour la sucrerie d’Erstein, le principal enjeu reste l’augmentation des surfaces. L’outil industriel est dimensionné pour traiter l’équivalent de 7 000 ha de betteraves, or, l’an passé la surface d’approvisionnement de l’usine s’était réduite à 5 300 ha. Il manque donc encore au moins 1 000 ha pour que l’outil industriel soit rentable. « Un important travail de démarchage a été fait », indique Gérard Lorber, qui rappelle qu’il y a deux ans, Cristal Union a fermé deux sucreries. « Si l’usine d’Erstein n’a pas subi ce sort c’est grâce à notre marché local porteur et à la régularité de notre production. Cristal Union croit en l’avenir du bassin de production alsacien, mais nous devons atteindre 7 000 ha de betteraves pour assurer la rentabilité de l’entreprise ». Si le niveau de rémunération reste le principal argument qui permettra de convaincre les agriculteurs qui hésitent encore, la filière betteravière alsacienne bénéficie de nombreux atouts.
Elle est rodée et organisée de longue date. Elle ne requiert pas d’investissements dans du matériel spécifique. Les entreprises de travaux agricoles locales sont équipées. Elle permet de dégager une marge qui n’a rien à envier à celle du maïs (1 276 €/ha contre 1 268 €/ha pour un maïs non irrigué, d’après les calculs de la sucrerie). Elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle donne également accès aux coproduits comme la pulpe, dont les qualités sont très prisées des éleveurs. Au niveau agronomique, elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle requiert peu de fumure azotée. Elle est peu impactée par les corbeaux. Les planteurs sont accompagnés tout au long de l’itinéraire cultural par la sucrerie qui assure un suivi technique de proximité, sur le terrain. Enfin, la betterave offre de nombreux débouchés commerciaux et le groupe Cristal Union a mis en œuvre une stratégie industrielle performante qui lui permet d’adapter sa production d’alcool et de sucre en fonction des opportunités de marchés, ce qui permet de mieux rémunérer les betteraves.
Jaunisse : l’après néonicotinoïdes se prépare
Le principal sujet de préoccupation de la filière actuellement est à la fois agronomique et politique. Il s’agit de la jaunisse, qui cristallise le sujet polémique de l’interdiction des néonicotinoïdes (NNI). « La jaunisse a eu un impact fort en 2020, notamment dans le bassin parisien », rappelle Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de Betteraves (CGB). Les betteraviers ont obtenu une dérogation pour pouvoir continuer à utiliser des NNI durant trois ans, le temps de trouver des méthodes de lutte alternatives. Cette dérogation s’accompagne néanmoins de mesures devant atténuer l’effet du recours aux NNI sur les insectes pollinisateurs. Ainsi, après avoir cultivé des betteraves protégées avec des NNI, les agriculteurs ne peuvent cultiver qu’une céréale à paille ou du soja. Un maigre choix qui peut ne pas convenir à toutes les situations : « N’hésitez pas à nous contacter pour trouver des solutions », encourage Franck Sander. Le maïs pourra revenir dans les assolements en N + 2, et les cultures mellifères en N + 3.
Mais dans deux ans, de quelles solutions disposeront les planteurs pour lutter efficacement contre la maladie sans NNI ? 20 M€ ont été investis dans le Plan national de recherche et innovation (PNRI) par l’État et les différents acteurs de la filière pour élaborer des solutions alternatives. « Elles seront à la fois génétiques, fondées sur le biocontrôle, les répulsifs, et les cultures hôtes », préfigure Franck Sander. De manière générale, « l’avenir de la lutte contre les ravageurs au moyen de produits phytosanitaires va devenir plus compliqué », poursuit-il. Donc autant se préparer à faire autrement. Déjà en 2021, près de 60 % des betteraves semées n’étaient pas protégées avec des NNI. Certains secteurs ont été plus touchés que d’autres, notamment lorsque des traitements à large spectre ont été effectués sur d’autres cultures, entraînant une réduction de la faune auxiliaire.
Pac : Et un bon point pour la betterave
La réforme de la Pac va aussi impacter la filière betteravière. « Le pire a été évité, estime Franck Sander. Nous sommes partis d’une rotation obligatoire à la parcelle au respect de critères environnementaux pour accéder aux écorégimes. » Niveau de rotation, présence de prairies, de légumineuses, labellisation HVE, bio, enregistrement des pratiques, utilisation d’outils d’aide à la décision, sont autant de manières d’obtenir les points nécessaires pour accéder aux écorégimes. Et, bonne nouvelle pour la filière, la culture de la betterave fait partie des cultures qui font gagner des points. « Il faut l’avoir en tête pour préparer les assolements de 2023 », souligne Franck Sander.
Une campagne arrosée
Marion Humbrecht, responsable relations culture à la sucrerie d’Erstein, est revenue sur la campagne 2021, qui a été marquée par des précipitations abondantes et un manque d’ensoleillement. Tout avait pourtant bien commencé, avec « des labours d’automne réalisés dans de bonnes conditions, une bonne reprise au printemps, des semis débutés dès le 25 mars, toujours dans de bonnes conditions ». Les premières levées ont été observées le 2 avril, suivies de près par un épisode de gel, qui a nécessité de resemer quelque 200 ha. Puis, en raison de conditions printanières fraîches, les betteraves ont végété. « Elles ont accumulé deux semaines de retard végétatif qui n’ont pas été rattrapées jusqu’à la fin de la campagne. »
En Alsace près de 60 % des betteraves n’étaient pas protégées avec des NNI. L’émergence des pucerons a donc été surveillée de près, afin d’être « le plus réactif possible » dans le déclenchement des traitements. Les altises sont apparues en avril, mais avec une faible pression. « Ça a été un bon point, parce qu’il n’y a pas eu besoin de déclencher des traitements qui auraient pu impacter les populations d’auxiliaires », rapporte Marion Humbrecht. Les premiers pucerons verts ont été détectés le 5 mai, signant le début de la protection insecticide, « réalisée si possible en même temps que les herbicides ». Les populations d’auxiliaires se sont vite développées donc, globalement, les betteraves F8 (à 8 g de téfluthrine) en zone jaunisse ont reçu un à deux traitements insecticides contre les pucerons. « Le stade couverture des rangs a été enfin et difficilement atteint autour du 9 juin ». Après un été pluvieux, caractérisé aussi par un développement très tardif de la cercosporiose, mais qui a été maîtrisée grâce au plan d‘action mis en oeuvre, les arrachages ont débuté en octobre dans des conditions de récolte correctes, quoique parfois humides. « Le dernier camion a été chargé le 21 décembre », indique Marion Humbrecht.
Belle richesse et rendement correct
Au final, le rendement moyen atteint 89 t/ha de betterave à 16°S, indique Laurent Rudloff, responsable du service betteravier de la sucrerie d’Erstein. Un résultat qui aurait pu être encore meilleur, avec un peu plus de chaleur et de rayonnement. La richesse, avec une moyenne à 18°S, est très satisfaisante. « C’est la meilleure du groupe Cristal Union. » Cette moyenne masque néanmoins de fortes variations, notamment du nord au sud.
Côté réception, Laurent Rudloff note une certaine tension entre le rythme d’arrivée des betteraves à l’usine et ses besoins. « C’est un point que nous devrons anticiper davantage à l’avenir pour le confort de tous. » Le niveau de tare a été plus élevé cette année, à mettre en relation avec les conditions d’arrachage humides. À l’avenir « nous allons peut-être commencer à bâcher les tas plus tôt car, en plus de protéger les betteraves contre le gel et d’améliorer leur conservation, cela améliore l’efficacité du déterrage ».
En moyenne, l’usine a traité 5 990 t de betteraves par jour, ce qui s’est traduit par une production de sucre de 900 t/j en moyenne. « C’est une cadence très satisfaisante », commente Laurent Rudloff. Avec un rendement de 14 t sucre/ha, Erstein se classe parmi les meilleures élèves des usines du groupe Cristal Union. La transformation des betteraves a permis de produire 68 000 t de pulpe, qui plus est de « très bonne qualité grâce à la régularité de l’usine ». Un volume qui a permis de respecter les tonnages annoncés aux éleveurs. Le décalage des dates d’ensilage des maïs n’a pas été sans poser quelques problèmes logistiques à la sucrerie.
La fin de la campagne d’arrachage a permis de tester l’ouverture de l’A355. Pour la filière, c’est plutôt un flop, avec « 12 km en plus, des frais de péage supplémentaires », et pas vraiment de gain de temps pour des camions dont la vitesse est de toute manière limitée. « Nous sommes en train d’étudier les alternatives et aménagements possibles, mais il n’y aura pas forcément d’issue favorable », prévient Gérard Lorber.
Dans quelques jours, toutes les usines du groupe Cristal Union auront achevé leur campagne betteravière. « Le bilan de la campagne 2021 pour le groupe est estimé à 13,8 t de sucre/ha pour 13 Mt de betteraves travaillées en 105 jours de campagne », a conclu Gérard Lorber, avant de passer la parole aux techniciens de la sucrerie qui ont détaillé les perspectives agronomiques pour la campagne à venir. Perspectives que nous détaillerons dans une prochaine édition.












