Épisode de gel du 3 au 4 avril
Des dégâts significatifs mais pas catastrophiques
Épisode de gel du 3 au 4 avril
Cultures
Publié le 06/04/2022
Il y a un an, quasiment jour pour jour, notre article sur les dégâts de gel se concluait de manière tristement prémonitoire : « Faut-il s’attendre à l’avenir à voir régulièrement des périodes de douceur printanière s’achever dans la glace ? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude, mais ce n’est pas impossible. Dès lors, la protection des productions agricoles contre ce risque mérite d’être envisagée. » Il n’aura pas fallu attendre un an pour que le scenario catastrophe se reproduise : des belles journées printanières qui invitent la végétation à se réveiller. Et le retour d’une descente d’air froid, qui expose la végétation naissante à la morsure du gel. Comme l’année dernière, ce n’est pas tant le froid, qui a été problématique en ce début avril, mais le beau temps qui a précédé. Et encore, l’Alsace a été épargnée par rapport à d’autres régions : « Nous affichions un net retard de floraison par rapport au reste de la France, car si nous avions des journées chaudes, les nuits restaient froides. Mais il a suffi de quelques jours de chaleur plus marquée pour que la végétation explose », décrit Philippe Jacques, conseiller arboricole à la Chambre d’agriculture Alsace, qui met aussi ces levées de dormance précoces et problématiques en lien avec des hivers et des automnes globalement moins rigoureux.
La situation a commencé à se corser dans la nuit de vendredi à samedi, avec des chutes de neige un peu partout en Alsace. Mais ce sont les nuits de samedi à dimanche et encore plus de dimanche à lundi, qui ont été problématiques. Lundi 4 avril au matin, sur Twitter, Atmo-Risk, spécialiste en prévision et gestion des risques météorologiques en Alsace, rapportait des températures souvent comprises entre - 3 à - 5 °C, parfois moins, comme - 7 °C à Wimmenau et Obertsteinbach.
Serge Zaka, docteur en agrométéorologie chez ITK, écrivait : « Cette nuit a été dévastatrice. Les pertes potentielles (sans lutte) pour l’arboriculture sont faramineuses… Cette matinée est a priori la plus froide de la climatologie française d’avril, plus froide que le cauchemar du 8 avril 2021. »
Pêchers et abricotiers les plus touchés
De telles températures vont fatalement engendrer des dégâts en arboriculture, notamment en pêchers et abricotiers, qui atteignaient le stade petits fruits et, surtout, en l’absence de moyen de lutte poussé. En effet, « rares sont les producteurs qui ont réussi à réchauffer suffisamment l’atmosphère autour de leurs arbres », rapporte Philippe Jacques. En cerisiers et poiriers, qui étaient en pleine floraison, des dégâts sont aussi à craindre. Aussi parce que, après cet épisode de gel, d’importantes précipitations sont annoncées. « Nous faisons ce qu’il est possible en matière de nutrition foliaire et de protection fongicide pour soutenir les arbres, mais les quantités d’eau annoncées vont sans doute empêcher d’être efficace », regrette le conseiller arboricole. En mirabelle, bien que jusqu’à 60 à 80 % du potentiel floral puisse être perdu suite au gel, « nous ne sommes qu’à demi-inquiet pour ce fruit, qui affiche une bonne capacité de résistance aux précipitations. Donc, si les températures sont douces à la nouaison, la récolte pourra être bonne, avec de beaux calibres ». Pour les quetschiers, qui étaient en tout début de floraison, le gel n’aura d’incidence que si le temps qui suit est vraiment mauvais, avec un risque de coulure.
Pour les pommiers, dont la floraison n’avait pas commencé « on voit vraiment de tout, et partout, sans qu’on sache trop expliquer ces différences de réactions, bizarres et hétérogènes, qui font qu’il peut y avoir de 0 à 100 % de dégâts sur des branches situés dans les mêmes vergers », indique Philippe Jacques. La variété boskoop était très proche de la floraison, mais elle semble relativement épargnée par le gel, bien qu’elle y soit sensible. Les variétés golden ou gala, moins précoces, présentent parfois des bourgeons complètement gelés. « Donc pour l’instant on ne sait pas du tout où on va. La pleine floraison devrait être atteinte durant le week-end de Pâques. À ce moment-là, les fleurs gelées vont tomber et ce qui va s’ouvrir correspondra à ce qui a été épargné. » En attendant, les producteurs de pommes restent optimistes car, lorsqu’il y a des fleurs gelées et d’autres pas dans un même bouquet floral, la mort des unes signe le renforcement de la nutrition des autres. Une chose est sûre : « Dans ces conditions, l’éclaircissage va être difficile à gérer », présage Philippe Jacques.
Une lutte qui a un coût
Pauline Steinmetz, arboricultrice à Kriegsheim, raconte ces deux nuits de lutte contre le gel : « La nuit de samedi à dimanche a été calme. Nous avons enregistré des températures de - 1 °C. Nous sommes donc quand même sortis, pour préparer notre matériel de lutte contre le gel, mais nous ne nous en sommes pas servis. Nous n’avons pas d’outils spécifiques de lutte contre le gel. Nous procédons un peu à l’ancienne, en allumant des feux dans des fûts. La nuit suivante, à 23 h, nous avons allumé les feux pour protéger les pêchers et les abricotiers, qui étaient les plus avancés, sur une vingtaine d’ares. Puis, jusqu’à 6 h du matin, les feux ont été alimentés toutes les heures. A priori, à quatre personnes, nous avons réussi à maintenir la température dans le verger autour de - 1 °C, contre - 5 °C alentour », espère la jeune femme.
Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, a réagi dès lundi matin, assurant que le gouvernement français sera « aux côtés » des agriculteurs touchés.
Même réaction pour Jean Rottner, président de la Région Grand Est.
« Les services de l’État sont alertés », indique Philippe Jacques. Il est donc probable que cet épisode donne lieu à des indemnisations dans le cadre du système malheureusement rodé des calamités agricoles. « La protection contre le gel a un coût. Protéger une nuit, ça va, mais au-delà, le bénéfice de la protection est mangé par son coût », rappelle le conseiller arboricole.












