Cristal Union
Tout va mieux mais…
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Vie professionnelle
Publié le 02/06/2022
Dans le bassin de production d’Erstein, la campagne betteravière 2021 s’est soldée par une production de 89,4 t/ha de betterave à 16°S (expression du rendement qui prend en compte la richesse en sucre des betteraves), ce qui place l’Alsace parmi les régions les plus productives de France. Une bonne performance que Gérard Lorber, président de la section d’Erstein de Cristal Union, relie à des conditions météorologiques favorables à la culture, la bonne maîtrise de la cercosporiose, et la faible pression en pucerons vecteurs de la jaunisse de la betterave, alors que 55 % des betteraves n’étaient pas protégées par des néonicotinoïdes (NNI). Le principal accident de parcours a été l’épisode de gel au printemps, qui a entraîné 200 ha de resemis.
La rémunération des betteraves s’est élevée à 29 €/t, toutes primes confondues. Une embellie qui n’a pas suffi à séduire autant de nouveaux betteraviers qu’escompté. En effet, la campagne de prospection pour trouver 2 000 ha de betteraves supplémentaires s’est soldée par une déception. 700 agriculteurs ont été contactés, 121 ont été rencontrés, mais seuls 27 ont rejoint les rangs de la coopérative : huit dans le Bas-Rhin, six dans le Haut-Rhin, douze en Moselle, et un Allemagne, avec 260 ha en tout. « Ce travail devra se poursuivre pour faire adhérer les indécis, car il y a encore du potentiel », commente Gérard Lorber, pour qui les prix actuellement élevés des céréales peuvent expliquer la frilosité des agriculteurs alsaciens à se (re) lancer dans la culture de la betterave.
« Nous sommes confiants »
Bruno Labilloy, directeur agricole de Cristal Union, a pris son bâton de pèlerin pour défendre la betterave. En effet, si certains combats - fin des quotas, cercosporiose - sont désormais gagnés, d’autres restent à mener, comme la lutte contre la jaunisse sans NNI. Mais la recherche avance : « Des combinaisons de solutions sont testées dans des fermes pilotes. La principale réponse viendra sans doute de la génétique. Nous sommes confiants ». Autre atout majeur de la betterave, ses coproduits, dont la valorisation constitue « un élément de résilience de la filière ». En effet, les minéraux prélevés au sol par la betterave sont recyclés dans les écumes, les pulpes, la vinasse, et retournent au sol via l’élevage, la méthanisation.
La filière betteravière est très structurée. Ainsi, les chantiers de récoltes sont organisés via une application dédiée. « Actuellement nous testons le transport par camions de 48 t afin de réduire le nombre de voyages », indique Bruno Labilloy qui termine son plaidoyer par l’adaptation de betterave au changement climatique. « Il va y avoir un impact sur les dates de semis, qui seront plus précoces, ce qui va se traduire par une durée de végétation plus longue, donc plus de temps pour faire du sucre. Il y aura aussi plus de jours chauds et secs en été, mais grâce à l’irrigation et au progrès génétique, la betterave a de l’avenir. »
Des propos appuyés par Gérard Lorber, qui évoque aussi la mise au point de variétés rendues tolérantes à des herbicides, qui pourraient faciliter le désherbage. Et l’importance d’avoir des assolements diversifiés en Alsace pour la Pac, mais aussi pour lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Olivier de Bohan, président de Cristal Union, enfonce le clou : « Les semenciers sont en train d’élaborer des solutions pour lutter contre la jaunisse, réduire les besoins en intrants et en eau, afin de stabiliser les rendements. Ces nouvelles variétés qui arrivent sont source d’espoir ».
La rémunération progresse
À 29,37 €/t en 2021, la rémunération de la betterave progresse de 4 €/t par rapport à 2020. Et elle aurait pu être encore plus élevée si des planteurs de Cristal Union n’avaient pas dû détruire des parcelles traitées avec un herbicide défectueux. « Ça a été un préjudice industriel important puisque nous avons perdu l’équivalent de la production d’Erstein, soit autant de sucre dont le fruit de la vente ne figure pas dans nos comptes à un moment où le marché est ascendant », indique Olivier de Bohan. Des discussions sont en cours avec la société Adama pour réparer le préjudice subi. Le fruit de ces négociations devrait être obtenu pour la campagne en cours. « Donc si aujourd’hui nous annonçons un prix de la betterave à 28 €/t pour 2022, c’est que nous sommes prudents. Ce sera plus, forcément », annonce-t-il.
Certes le prix de la betterave augmente. Mais « quand je vois celui des céréales, ça ne me fait pas rêver », pointe Julien Koegler, membre du conseil de section d’Esrtein, qui s’interroge : « Est-ce qu’on ne se trompe pas d’objectif en s’attaquant aux surfaces ? Est-ce qu’il ne serait pas plus efficace de proposer un prix qui fasse que les surfaces augmentent ? » Un argument entendu, mais nuancé, par Olivier de Bohan : « Des betteraves à 60 €/t, on en rêve tous. Mais il faut de la surface pour écraser les charges fixes et variables. » Bruno Labilloy reconnaît de son côté que l’amélioration du prix de la betterave doit se poursuivre, car les coûts de production, notamment des engrais, augmentent en parallèle.
Défis actuels et à venir
« Cristal Union génère 23 000 emplois et 1,60 milliard d’euros de PIB en France », souligne Xavier Astolfi, directeur général de la coopérative, avant de détailler les défis que la coopérative va devoir relever : « La crise géopolitique que nous traversons révèle la fragilité de l’Europe quant à son approvisionnement énergétique. C’est un sujet qui nous préoccupe au quotidien. Avec deux priorités : sécuriser nos approvisionnements en énergie, et nous faire reconnaître comme secteur prioritaire pour l’approvisionnement en énergie. » La guerre en Ukraine fragilise aussi la souveraineté alimentaire européenne. « Les crises entraînent parfois des prises de conscience salutaires. Désormais, plus personne ne remet en question la nécessité d’assurer la souveraineté alimentaire et énergétique de l’Europe. Les agriculteurs et les industriels apparaissent donc comme des solutions », déclare Olivier de Bohan.
C’est pourquoi Cristal Union s’oppose à la décroissance : « Nous sommes capables de transformer la betterave en préservant l’environnement », affirme Xavier Astolfi, qui rappelle la transition énergétique des usines, les investissements pour leur décarbonation, pour généraliser la méthanisation des effluents… Quant à Olivier de Bohan, il fustige les ambitions « hors sols » de la stratégie Farm to Fork. Pour lui, elle reviendrait à « annihiler la puissance agricole de l’Europe pour un résultat environnemental illusoire. » S’il estime que l’autorisation de mise en culture des jachères va dans le bon sens, il souhaite que cette mesure soit inscrite dans le temps. « Nous avons une obligation morale de produire. Il n’est pas possible d’accepter que par dogmatisme, certains peuples risquent la famine, a-t-il lancé, rappelant que la souveraineté alimentaire se joue d’abord dans les champs. » Le contexte actuel génère de nouveaux défis pour la coopérative. Xavier Astolfi pointe « la hausse des besoins en bioéthanol, et la baisse de consommation des produits carnés, ce qui signifie moins de débouchés pour les coproduits de l’industrie sucrière ». « Nous avons la capacité de relever ces défis », a assuré Olivier de Bohan.
Hommages
Cette assemblée générale a été l’occasion de rendre hommage à deux acteurs de la cause betteravière. Antoine Herth, d’une part, qui a décidé de ne pas briguer de nouveau mandat de député. Il a rappelé avoir accompagné la sucrerie d’Erstein lors de la fin des quotas sucriers et lors de son « mariage » avec Cristal Union. « J’ai travaillé avec les pères de ceux qui sont aujourd’hui aux manettes, signe que l’heure de passer le relais est venue. Mais je vais continuer à cultiver des betteraves », a-t-il indiqué. D’autre part, Georges Burger, administrateur à la sucrerie depuis 26 ans, démissionne. Il est remplacé par Thomas Friess, en cours d’installation à Rohr.












