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Bérengère de Butler

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GIEE de Westhalten

Partage d’une expérience collective

Vigne

Publié le 03/11/2017

« Aucun d’entre nous n’est plus intelligent que l’ensemble d’entre nous. » Cette citation de Kenneth Blanchard, spécialiste du management, résume assez bien le principe de la méthode Repère (Réseau d’échange et de projets sur le pilotage de la recherche et l’expertise), fruit du Grenelle de l’environnement, et qui vise à proposer une nouvelle forme de pilotage de la recherche, en y intégrant mieux les raisonnements et les contraintes des différents acteurs d’un projet.

Construire une nouvelle vérité

C’est cette nouvelle forme de travail collaborative qui a été mise en œuvre à Westhalten. Dans les années 1970, ce village, situé au fond d’une cuvette tapissée de vignes, a été envahi par plusieurs coulées d’eau boueuse qui ont profondément marqué les esprits des habitants. Pour les éviter, les vignerons ont enherbé les interrangs, et entretenu les cavaillons à l’aide de solutions chimiques. « Ça fonctionnait bien comme ça, mais on a voulu trouver une solution alternative au désherbage chimique », expose Jean-François Lallemand, président du syndicat viticole de Westhalten. Mais comment faire pour se passer de désherbant ? Cette question de base énoncée, Jean Masson, coordinateur du projet à l’Inra, a rassemblé « toutes les personnes susceptibles d’avoir un avis sur la question ». Autant dire qu’il y avait du monde, et que chacun avait une réponse différente…

« Nous avons alors énoncé un principe de reconnaissance, pour que chacun puisse expliquer son raisonnement, et que chacun trouve les moyens d’écouter les autres. Car l’objectif c’est de dépasser les images et les modes de raisonnement de ces acteurs très différents pour les croiser, et arriver à penser ensemble et différemment. Du coup, comme on construit une nouvelle vérité sur la somme des expertises de chacun, tout le monde entre dans l’incertitude. » Une étape enrichissante sur le plan humain : « Les viticulteurs ont fait venir leurs parents, qui ont raconté pourquoi ils avaient mis en place telle ou telle méthode. Ces échanges ont permis de révéler les contraintes héritées, de légitimer la démarche de la jeune génération, tout en reconnaissant le travail des anciens », relate Jean Masson.

Du cavaillon « propre » au cavaillon couvert

L’étape suivante a consisté à révéler les contraintes, ce qui fait que la situation a du mal à évoluer. « Des contraintes, il y en a par wagons, mais on peut les faire tomber. » Pour ce faire, elles ont été transcrites en une liste de questions auxquelles les acteurs ont tenté d’apporter des réponses. Vient ensuite une phase délicate, celle de l’engagement : concrètement, chaque viticulteur s’engage à ne plus utiliser de désherbant chimique sur combien d’hectares ? En tout, plus de 40 ha. Ce qui représente de 5 à 40 % du domaine engagé par viticulteur. Mais avec une nouvelle question : si le cavaillon n’est plus désherbé, qu’est ce qui va y pousser ? Et en voulant le garder « propre », « peut-être qu’on fait faux » ?

C’est à ce stade qu’émerge l’idée d’aller chercher sur la lande sèche qui surplombe le vignoble une espèce endémique qui pourrait coloniser le cavaillon et contenir les adventices sans concurrencer la vigne. Une idée qui, de prime abord, ne séduit pas les associations de protection de l’environnement, pour qui la lande, classée Natura 2000, constitue un sanctuaire de biodiversité. Mais, finalement, à force de discussions, tous les acteurs arrivent à trouver un accord. Car, bien menée, l’idée est bonne d’un point de vue écologique : elle va à la fois permettre d’utiliser moins de produits chimiques, et de créer une continuité écologique entre le vignoble et le milieu naturel. La plante est identifiée parmi celles de la lande pour son port bas et rampant, qui ne gêne pas le travail et assure une bonne couverture du sol, et pour ses besoins en eau modérés, qui doivent donc limiter la concurrence avec la vigne. Il s’agit de la piloselle.

Le droit à l’erreur

« À ce stade, ce qui est difficile, c’est d’agir en situation d’incertitude. On ne sait pas où on va. Mais on sait comment le faire, car on en a discuté. Et on sait aussi qu’on a le droit à l’erreur », relate Jean Masson. La piloselle est donc implantée. Avec plus ou moins de succès. Chez certains elle meurt. Chez d’autres elle s’installe. Du coup certains viticulteurs abandonnent, d’autres poursuivent. « Nous plantons trois mottes entre deux pieds de vigne. À raison de 25-30 cts/motte, c’est le juste compromis entre le coût d’implantation et l’efficacité de couverture du sol que nous avons trouvé », indique Jean-François Lallemand. L’implantation se fait à la main et à genoux - « comme de la salade » - et est suivie d’un arrosage.

À partir de la deuxième année, un entretien du peuplement par fauchage devient nécessaire. Le constructeur de matériel viticole Siegwald a donc mis au point une faucheuse qui enjambe un rang de vigne, pour une meilleure visibilité, et qui est équipée de têtes de fauche inclinables pour bien épouser le sol. « Nous pratiquons une à deux fauches annuelles. Une suffit si elle est bien placée », témoigne Jean-François Lallemand.

Après trois années d’expérience, les viticulteurs ont tiré quelques leçons : ne pas implanter la piloselle sous une vigne trop jeune, et surtout soigner l’implantation. « On a parfois enregistré des baisses de rendement et de vigueur la deuxième et/ou la troisième année. Mais c’était dans parcelles où la piloselle ne s’était pas bien implantée, ce qui avait laissé de la place au ray-grass et au trèfle qui se sont développés et qui ont concurrencé la vigne. » Aucune différence à la vinification n’a pour l’heure été mise en évidence.

Désherbage mécanique

En parallèle, la Cuma qui s’adosse au GIEE de Westhalten fait l’acquisition de deux outils permettant de travailler le sol, l’un avec des disques, l’autre avec des lames, permettant de travailler mécaniquement le cavaillon. Les cadres ont été choisis pour leur capacité d’adaptation aux différentes configurations de parcelles. Certains viticulteurs n’utilise qu’un des outils, d’autres jonglent avec les deux : « Les deux outils ne font pas le même travail, donc ne procurent pas le même résultat », témoigne Jean-François Lallemand. Les disques scalpent les adventices, et l’outil peut être passé relativement vite, jusqu’à 5 km/h. Tandis que les lames travaillant entre les ceps, il faut leur laisser un temps d’effacement, au risque d’abîmer des ceps. « Souvent, pour le dernier passage, on utilise l’outil à lames, car cela permet de niveler le sol et donc de faciliter les transports de seaux durant les vendanges. »

Un enherbement local pour l’interrang

Une idée en faisant germer d’autres, les membres du GIEE de Westhalten, encouragés par l’expérience de la piloselle, ont eu envie de revoir l’enherbement des interrangs, potentiellement trop concurrentiel de la vigne. Un écueil qui pourrait être évité en utilisant des plantes sauvages qui poussent sur la lande sèche, donc qui seraient moins gourmandes en eau. « Nous avons organisé un atelier avec des botanistes qui ont dressé une liste des espèces, avec les caractéristiques de chaque plante. Une trentaine d’espèces ont été sélectionnées pour leur port étalé et leur cycle décalé avec celui de la vigne », décrit Mélanie Mermet, animatrice du GIEE.

En 2016, les agents du Conservatoire des sites alsaciens (CSA) sont allés récolter les graines sur la lande. Nungesser Semences les a multipliées, d’abord en serre, puis en champ. « Actuellement, nous sommes en train de constituer le mélange, c’est-à-dire de définir quel sera le pourcentage de graminées, de légumineuses… Il sera planté à l’automne prochain. Notre objectif, c’est de concevoir un mélange suffisamment riche pour arriver à une autosélection des espèces en fonction des caractéristiques de chaque parcelle pour que le couvert s’auto-entretienne et devienne pérenne. »

Un cercle vertueux

La méthode de travail sur laquelle repos le (s) projet (s) du GIEE de Westhalten a vocation à être transmise et reproduite. Aussi « durant tout ce travail, des phrases énoncées par les participants ont été répertoriées et articulées lors de la rédaction de deux articles scientifiques, publiés dans d’éminentes revues. Les acteurs du projet apparaissent donc parmi les coauteurs des articles. C’est très rare », souligne Jean Masson.

De la mise en commun des échecs et de l’entraide qui ont découlé du projet sont nés des liens d’amitié fort entre les viticulteurs de Westhalten. Déjà, ils sont repartis pour un nouveau cycle de travail. Avec comme question de base : Comment lutter contre le botrytis et le mildiou sans produits phytosanitaires de synthèse… Vaste programme !

Retrouvez l'expérience du GIEE de Westhalten en vidéo :

 
 

 

Campagne de blé 2017

Une pression très faible des maladies

Cultures

Publié le 19/10/2017

Face à la faible pression en maladies cryptogamiques sur blé cette année, « les différents prescripteurs avaient des points de vue différents sur les stratégies à adopter », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. La Chambre d'agriculture d’Alsace était, dans la majorité des situations, partisane des impasses. Laurent Fritzinger justifie : « Il n’y avait que quelques foyers de rouille jaune, car le rayonnement important a limité le développement de l’agent pathogène. La rouille brune, la septoriose et la fusariose étaient très rares. Ce faible niveau de pression s’est traduit par une nuisibilité très faible, de 4 à 5 q/ha, contre 30 q/ha en 2016. »

Les symptômes les plus marqués de l’année ont donc été ceux dus à l’oïdium, des taches physiologiques, et des dégâts de gel très localisés. Pour Laurent Fritzinger, avec un risque climatique faible, et en l’absence de symptômes, les impasses sur les traitements, que ce soit contre les maladies foliaires ou des épis, se justifiaient dans la grande majorité des cas. « Dans nos essais nous avons procédé à des traitements qui se sont traduits par une contre-performance économique de 50 à 130 €/ha de dépense en produits phytosanitaires qui n’ont pas permis de significativement améliorer le rendement. Sauf sur la variété SY moisson, très sensible à la septoriose, qui valorise un peu un traitement contre les maladies foliaires. » Même constat pour les traitements visant la fusariose. Conclusion de Laurent Fritzinger : « Ces résultats valident à nouveau notre grille de décision ».

Variétés : un choix très personnel

La Chambre d'agriculture a mis en place des essais variétaux sur trois sites. Les préconisations émises (résumées dans le schéma ci-contre) regroupent les variétés qui ont donné de bons rendements sur chaque site, et chaque année (l’année 2016 a été exclue de l’analyse des données en raison de sa particularité). De la compilation des données récoltées, il ressort que les variétés orloge, pibrac et absalon combinent un rendement et une teneur en protéines supérieurs à la moyenne. En effet, la tendance générale est à une dilution de la teneur en protéines avec l’augmentation du rendement. Parmi les nouvelles variétés mises sur le marché figure orloge, qui cumule une tolérance un peu trop limite à la verse, à la septoriose et à la fusariose. Filon et chevignon semblent plus tolérantes à la septoriose, et affichent un bon comportement vis-à-vis de la rouille jaune. « Il y a des nouveautés intéressantes en septoriose, mais aucune avec un bon profil confirmé face à la fusariose, sauf peut-être chevignon, mais cela reste à confirmer lors des prochaines campagnes », conclut Mickaël Haffner.

Quoi qu’il en soit, aucune variété n’étant parfaite, les conseillers préconisent de les choisir en fonction des caractéristiques et des objectifs principaux de chaque exploitation : date de semis, productivité régulière, tolérance à la septoriose, profil DON, teneur en protéines, tolérance à la verse ou au chlortoluron. Quant à la densité de semis, ils préconisent de l’augmenter en cas de semis tardif, afin d’assurer le nombre de plants par mètre carré en sortie d’hiver. Et d’augmenter la densité de semis de 50 grains par mètre carré en mauvaises conditions.

Campagne de blé 2017

Le rendement par le nombre de grains

Cultures

Publié le 06/10/2017

En préambule, rembobinons le film en arrière. Les préparations de sol et les semis ont été effectués dans de bonnes conditions. Il y a donc eu peu de pertes à la levée. Puis, l’hiver est arrivé, et avec lui le froid. Conséquences : « Une pression des pucerons limitée, des blés peu développés à l’entrée de l’hiver, un fond de cuve de septoriose quasiment inexistant », détaille Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. Les mois de décembre et de janvier se sont caractérisés par la rareté des précipitations, qui n’ont pas permis de recharger la réserve hydrique des sols. La sortie d’hiver s’est caractérisée par une période de tallage courte, qui s’est traduite par un nombre réduit de talles, ce qui explique que peu d’épis sont arrivés à montaison.

Les premiers apports d’azote réalisés au mois de février ont été bien valorisés car suivis de précipitations. Ce qui n’a généralement pas été le cas des deuxièmes apports, rarement suivis de précipitations, le mois d’avril ayant été peu arrosé. Le retour des pluies fin avril - début mai a permis de valoriser les deuxième et troisième apports simultanément. Fin avril, un épisode de gel tardif a frappé l’Alsace, avec des dégâts qui sont restés très localisés sur blé et orge, suivi par un mois de mai arrosé, avec des températures moyennes relativement élevées pour la saison.

La période qui sépare l’épiaison de la floraison a été assez brève. Et la floraison s’est déroulée en l’absence de précipitations, laissant augurer d’une faible pression en fusariose. Les conditions de fécondation étant idéales, la fertilité a été très bonne, se traduisant par un nombre de grains élevé par épis, ce qui a compensé le faible nombre de talles. Le mois de juin, avec des températures relativement élevées, a fait courir un risque d’échaudage. La récolte s’est déroulée dans de bonnes conditions. Et se solde par un rendement moyen pour l’Alsace de 78 q/ha, de bons PS (à 78 - 82 pour les premiers battages, puis 4 à 6 points de moins suite au retour des précipitations), et une bonne teneur en protéines.

Beaucoup - voire trop - de grains

Le graphique ci-dessus permet d’étudier la mise en place des différentes composantes du rendement en 2017 par rapport à la moyenne sur la période 2011-2015. Le faible nombre d’épis par mètre carré trouve son origine dans l’installation rapide et intense des températures hivernales, qui a conduit à des blés peu développés en entrée d’hiver. Suivi d’un intervalle court entre la reprise de végétation et la montaison. Ainsi la période de tallage a été réduite et ce potentiel n’a pu complètement s’exprimer. Les nombres de grains par mètre carré et par épi sont en hausse parce qu’à la période stratégique de la méiose, c’est-à-dire lors de la formation des grains de pollen, les conditions ont été optimales. Celles-ci l’ont également été durant la période qui sépare l’épiaison de la floraison.

Par contre le poids de mille grains apparaît en baisse. « C’est la conséquence de plusieurs pics de températures supérieures à 25 °C qui ont impacté le remplissage des grains. Cependant, le rendement final n’aurait peut-être pas été meilleur sans ces conditions échaudantes, avance Mickaël Haffner. En effet, il y avait tellement de grains à remplir que les plantes n’auraient peut-être pas pu combler les besoins en remplissage de chaque grain. »

Campagne betteravière 2017

Un bon démarrage pour la sucrerie d’Erstein

Cultures

Publié le 05/10/2017

La campagne betteravière a démarré le 12 septembre et se terminera début janvier 2018. Une campagne plus longue que les précédentes donc pour les planteurs qui approvisionnent l’usine d’Erstein, situés sur une vaste zone couvrant l’Alsace, la Moselle et les territoires frontaliers allemands. Une zone qui a d’ailleurs enregistré cette année une augmentation des surfaces dédiées à la betterave de 10 % en moyenne.

À la fin de cette semaine (semaine 40), 20 % des surfaces auront été arrachées. Le rendement s’établit à ce jour à environ 78 tonnes à 16 ° à l’hectare, pour une richesse moyenne de 17,50 °, après une semaine remarquable à près de 18 °.

Les betteraves qui ont jusqu’ici approvisionné la sucrerie sont propres, grâce aux très bonnes conditions d’arrachage fin septembre et au chargement par avaleurs. Les pluies annoncées sont cependant les bienvenues car les sols commencent à devenir très secs.

C’est donc un bon démarrage de campagne pour la sucrerie d’Erstein.

Betteraves sucrières

Tous contre la cercosporiose !

Cultures

Publié le 05/10/2017

La cercosporiose. C’est la bête noire des betteraviers alsaciens. Car la maladie est désormais très présente sur l’ensemble du territoire, et particulièrement dans les secteurs irrigués. En outre, les fortes attaques de 2016 et 2017 ont mis à jour des souches de champignon résistantes aux fongicides. L’homologation du cuivre pour lutter contre la maladie aide beaucoup les betteraviers. Mais il faut aller plus loin, notamment en matière de génétique. « De nouvelles variétés arrivent sur le marché, avec des différences de comportement importantes. Il nous a donc paru important de faire le point sur la maladie », indiquait Michel Butscha, adjoint au responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein, en préambule de cette rencontre technique.

Des outils de suivi de la maladie existent, comme CercoTOP, mais « doivent encore être optimisés pour accroître leur précision dans la détermination de l’apparition de la maladie, ce qui permettra d’améliorer le positionnement des traitements parfois trop tardifs ». En effet, pour lutter efficacement contre la cercosporiose, il s’agit de commencer à traiter avant même l’apparition des symptômes : « Si on voit des taches, il est trop tard, on ne fera plus que courir derrière la maladie », commente Michel Butscha. Autre problème : la cercosporiose n’est pas le seul ennemi de la betterave. « On ne peut pas relâcher la pression sur les autres parasites. Il s’agit donc de privilégier des variétés qui cumulent plusieurs tolérances », estime Michel Butscha. Et donc aussi accepter la baisse du potentiel de rendement de ces variétés multitolérantes. « C’est un virage à prendre pour être plus serein à l’avenir. Car sachant que la multiplication des traitements n’est pas une solution envisageable, ce n’est que par la génétique que la lutte progressera », estime Michel Butscha. Qui déroule une série de scénarios, avec des variétés plus ou moins tolérantes, des stratégies de traitements plus ou moins coûteuses et plus ou moins efficaces. Et dont il ressort que la marge est plus intéressante dans les stratégies utilisant des variétés tolérantes à la cercosporiose. Car leur moindre productivité est compensée par des traitements moins coûteux et/ou par une perte de rendement imputable à la cercosporiose moins importante qu’avec une variété sensible.

Résistance multigénique

Camille Barre, sélectionneuse au sein de la société SESVanderHave, a détaillé le mode d’action de l’agent pathogène, qui entre dans les plantes en passant par les stomates, puis se développe entre les cellules. Avec la lumière et la chaleur, le champignon va produire de la cercosporine, une phytotoxine qui va tuer les cellules des feuilles. Le champignon se développe d’abord dans les feuilles les plus anciennes, puis sporule et s’attaque aux feuilles nouvellement émises par la betterave. Mais pour produire de nouvelles feuilles, la betterave puise dans ses réserves, d’où les pertes de rendement enregistrées.

Pour élaborer de nouvelles variétés, combinant tolérance à la cercosporiose et rendement, la société SESVanderHave met à profit les avancées permises par les nouvelles technologies. Les notations sont effectuées à partir d’images acquises par des caméras embarquées dans des drones. La présence de gènes de résistance dans le matériel végétal est vérifiée par des analyses moléculaires, ce qui permet d’accélérer le cycle de sélection. « Notre objectif est d’aboutir à une résistance multigénique, avec plusieurs gènes qui font barrière à l’agent pathogène. Il s’agit d’une résistance plus stable, plus difficile à contourner, mais aussi plus lente à transférer », indique Camille Barre. C’est pourquoi regrouper des gènes de résistance dans du matériel végétal constitue l’un des axes de travail du projet Aker, qui vise à améliorer la compétitivité de la betterave.

Une résistance aux strobilurines exponentielle

Si la lutte génétique progresse, la lutte chimique reste un complément indispensable. Il est donc nécessaire de gérer les problèmes de résistance aux fongicides afin de maintenir la productivité de la culture. « Des isolats de l’agent pathogène résistants à différentes familles chimiques existent naturellement, indique Frédéric Cannaert, chef de marché betterave chez Syngenta. C’est la pression de sélection exercée par certaines pratiques agricoles qui peut faire basculer l’équilibre entre les différents isolats, conduisant au développement de résistances et à une baisse d’efficacité des fongicides. » Un phénomène qui peut être accéléré par une mauvaise utilisation des fongicides. Il s’agit donc de veiller à les utiliser « au bon moment, à la bonne dose, à la bonne cadence, et avec une bonne qualité de pulvérisation ». (NDLR : lors de cette réunion, les coopérateurs ont d’ailleurs pu observer, grâce à un dispositif de démonstration, comment optimiser la qualité de pulvérisation et limiter les effets de la dérive.)

Malgré ces mesures de précaution, la résistance de l’agent de la cercosporiose aux strobilurines est exponentielle : « De 9 % d’isolats résistants en 2013, nous sommes passés à 88 % d’isolats résistants en 2017 », indique Frédéric Cannaert, sachant que les prélèvements sont effectués là où des cas sont soupçonnés. Afin d’élargir l’éventail des solutions de lutte chimique, Syngenta a déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché pour un produit phytosanitaire associant deux formes de cuivre à d’autres matières actives présentant différents sites d’action dans la cellule. Un produit qui pourrait être commercialisé en 2019, voire avant.

Un paquet génétique lourd à porter

Ce produit, qui vient d’obtenir une dérogation temporaire pour cet usage, a d’ailleurs été testé cette année dans un essai portant sur la stratégie de lutte fongicide réalisé à Schoenau. Si l’essai a confirmé l’efficacité du produit, il n’en reste pas moins que son application correspond à une forte dose de cuivre, dont le devenir dans le sol pose question. Des alternatives au cuivre ont donc été testées, avec parfois des résultats encourageants, constituant autant de pistes à creuser.

Conduits par William Huet, responsable du département agronomie et services aux adhérents du groupe Cristal Union, les planteurs ont ensuite pu visiter la plateforme qui présente plus de 88 variétés : « Cette parcelle a dû être traitée, sinon on n’aurait rien vu tellement la pression en cercosporiose était importante, a-t-il indiqué. Il faut surtout regarder ce qui a été perdu au niveau des feuilles, parce qu’une betterave peut être verte parce qu’elle a émis de nouvelles feuilles. Mais cela se traduira par une perte de richesse. » Au fil des variétés, il commente : « En plus d’être tolérante à la cercosporiose, la variété idéale devrait aussi l’être au rhizoctone, à la rhizomanie, aux nématodes… Ça fait un paquet génétique lourd à porter. »

Maïs ensilage shredlage

Premiers ensilages en Alsace

Technique

Publié le 22/09/2017

Un certain nombre d’entreprises de travaux agricoles ont investi cette année dans la technologie shredlage. Parmis elles figure l’ETA Friess, située à Rohr : « Le shredlage est une technique qui vient des États-Unis, et qui consiste à utiliser un éclateur spécial », explique Rémy Friess, gérant de l’ETA. Les rouleaux shredlage ont un profil en dents de scie et sont rainurés en croix. Les rouleaux avant et arrière tournent en sens contraire avec un différentiel de vitesse de rotation de 50 %. En passant à travers les rouleaux, la partie intérieure tendre des tiges est broyée dans le sens de la longueur, les rafles et les feuilles sont broyées, défibrées, et les grains de maïs éclatés. Mais pour que les tiges soient broyées dans le sens de la longueur, il faut partir de brins plus longs, donc d’un hachage plus grossier, ce qui suggère aussi d’équiper l’ensileuse d’un autre type de rotor, qui requiert plus de puissance. Le coût des chantiers s’en trouve augmenté, et leur débit diminué, « mais dans notre cas c’est compensé par l’augmentation de la puissance de l’ensileuse », indique Rémy Friess. L’entrepreneur a investi dans une ensileuse Claas Jaguar 960 équipée de la technologie shredlage parce qu’il a senti la demande se développer : « Les éleveurs sont à la recherche de solutions pour dégager de la marge. Or la technique du shredlage doit permettre d’accroître les performances alimentaires du maïs ensilage », indique Rémy Friess.

Plus grossier, mais plus accessible

Avec cette technique, le fourrage est fortement déchiqueté, la surface de contact du maïs est donc augmentée, et il est alors plus accessible aux micro-organismes du rumen, donc plus digestible. En outre, avec davantage de particules grossières, il fournit dans le même temps des fibres. Ce qui pourrait permettre d’améliorer le fonctionnement du rumen, tout en diminuant les apports de foin sec et/ou de paille.

C’est après avoir lu plusieurs articles élogieux sur la technique du shredlage dans la presse spécialisée que les associés du Gaec de la Marjolaine, à Littenheim, ont décidé de la tester. Devant le silo qui se remplit avec les 21 ha de maïs ensilé en shredlage, contre 50 ha ensilés classiquement, Pierre Rheinhart, commente : « Il s’agit d’un maïs semé en dérobé après une céréale. Il est encore un peu vert pour être récolté, nous sommes à 29 - 30 % de matière sèche, mais nos autres parcelles ont été récoltées à l’optimum, soit 32 - 35 % de matière sèche, et on ne voulait pas multiplier les chantiers. Pour l’instant la qualité de la coupe a l’air bonne. On verra à l’ouverture du silo. »

Combiner énergie et fibrosité

Les éleveurs gèrent un troupeau de 150 vaches laitières de race prim holstein qu’ils nourrissent avec une ration composée de deux tiers d’ensilage de maïs, un tiers d’herbe, 1,5 à 2 kg de céréales, du tourteau de colza et de soja, des drêches de brasserie, du regain, et 200 à 300 g de paille. Pierre Rheinhart développe les raisons qui ont poussé les associés à tester la technique : « Notre principal objectif, c’est d’améliorer la santé des animaux. Notre production moyenne est d’environ 10 000 l de lait par vache, donc je ne pense pas qu’on en tirera beaucoup plus avec le shredlage. Par contre, à ce niveau de productivité, on risque vite l’acidose. On est toujours un peu sur le fil en début de lactation. Donc on cherche à diminuer le phénomène d’acidose, en faisant davantage ruminer les vaches. » Pour lui, l’avantage du maïs shredlage c’est de combiner énergie, puisque la cellulose est mieux attaquée dans la panse, et rumination, grâce aux fibres. « J’ai toujours trouvé ça un peu absurde de chercher d’une part à amener de l’énergie avec un type de fourrage, puis à la diluer avec un autre. Parce que si on a un maïs avec trop d’UF, on est souvent juste en fibrosité. Avec le maïs shredlage, on devrait combiner les effets positifs du maïs et de la paille. » Avec, peut-être, des économies de paille à la clé.

Limiter les refus et l’acidose

Les éleveurs espèrent aussi valoriser un maximum de fourrage : « Pour atténuer le risque d’acidose, on cherche à ne pas couper trop court. Mais en même temps les brins trop longs sont refusés par les vaches. Avec le shredlage, on a aussi des brins longs, mais comme ils sont lacérés, on espère avoir moins de refus, tout en limitant l’acidose. Si on y parvient et qu’on arrive à diminuer les frais vétérinaires, ce sera un plus ».

Pour cette première tentative, la longueur de coupe a donc été réglée à 24 mm. Et, comme la nouvelle Claas Jaguar de l’ETA Friess est équipée d’un analyseur d’humidité, ce sera bien 24 mm quelles que soient les variations de la teneur en matière sèche au sein de la parcelle. En effet, situé sur la goulotte, l’analyseur mesure en temps réel l’humidité du maïs, ce qui permet d’ajuster la longueur de coupe.

« Le silo contenant le maïs shredlage sera attaqué en janvier-février, puis nous reviendrons à un silo contenant du maïs ensilage classique, où nous avons mis du conservateur, en prévision de l’été. Notre salle de traite est équipée d’un compteur, donc nous verrons bien si nous constatons un changement à ce moment-là », conclu Pierre Rheinhart. Et, si la technique du shredlage tient ses promesses, les éleveurs n’hésiteront pas à convertir toute leur surface en ensilage à cette méthode.

Retrouvez le chantier d’ensilage shredlage au Gaec de la Marjolaine en images :

 

Fête de la gastronomie

Des Étoiles plein les pots

Pratique

Publié le 22/09/2017

12 potiers en activité à Soufflenheim. Trois à Betschdorf. La profession semble en voie d’extinction… Mais les potiers d’Alsace résistent encore et toujours à la contrefaçon low cost. Avec plus ou moins de succès. Il y a eu des licenciements, la création d’une association des potiers d’Alsace, d’un poinçon apposé sous chacune des poteries façonnées dans les ateliers alsaciens afin d’en garantir l’authenticité… Mais la situation économique de ces petites entreprises artisanales peine à s’améliorer.

Sensibles à ces difficultés, les chefs étoilés fédérés au sein des Étoiles d’Alsace, ont voulu apporter leur soutien aux potiers, dont l’art « fait partie intégrante de notre patrimoine », souligne Michel Husser, président par intérim des Étoiles d’Alsace*. Ainsi, du 22 septembre au 1er octobre, les chefs serviront à leurs convives des mets élaborés ou dressés dans des poteries alsaciennes. Objectif affiché : « Donner de nouvelles perspectives d’utilisation domestique de ces poteries aux consommateurs ». Car ce sera l’occasion pour les potiers de démontrer leur capacité à innover, en proposant d’autres formes, d’autres décors, pour des contenants résolument design. Et pour les chefs de valoriser l’étendue des possibilités offertes par ces poteries si intimement liées à la gastronomie locale : baeckeoffe, kougelhof, ne sauraient qui mijoter, qui dorer dans d’autres récipients. Mais sont loin d’être les seuls plats à se bonifier au contact de la terre cuite. Pierre Siegfried-Burger, président des potiers d’Alsace, ne peut que se féliciter de cette initiative, qui correspond parfaitement au thème de l’édition 2017 de la fête de la gastronomie, « Au cœur du produit ». En effet, les chefs vont « privilégier des produits du terroir, estampillés, et les servir dans des plats du terroir ».

Soutien des collectivités locales

Même satisfaction du côté des élus locaux. Lors de la présentation officielle de l’opération, Vincent Debes, conseiller départemental et vice-président de l’ADT, a indiqué que le fait qu’il soit copié atteste de la valeur du travail des potiers alsaciens. Il a également déclaré qu’il irait à la rencontre de tous les potiers, « pour identifier leurs besoins » et comment le Conseil départemental peut les accompagner, « notamment en matière de communication, de marketing ». Denis Hommel, également conseiller départemental, a rappelé que les ateliers de poterie artisanale d’Alsace figurent parmi les rares à résister dans la moitié nord de la France. Et que l’enjeu relève donc du « sauvetage d’un pan de patrimoine ». Camille Scheydecker, maire de Soufflenheim, a souligné que « toutes les initiatives sont souhaitables » pour « redresser la barre » et sortir de cette « période de crise ».

Évelyne Isinger, conseillère régionale, a rappelé que le secteur de l’artisanat occupe une place importante de l’économie locale de la Région Grand Est, et plus particulièrement en Alsace-Moselle. « C’est pourquoi la Région a entamé une démarche en faveur de l’artisanat, matérialisée par un Contrat territorial d’objectif visant à établir un diagnostic de la situation du territoire, faire la promotion des artisans et mettre en place des actions concrètes pour lever des freins tels que la concurrence déloyale, les difficultés à investir, à transmettre les entreprises… » Ce contrat devrait être signé en février. En attendant, Évelyne Isinger a salué cette initiative commune, « remarquable et originale » et souhaité que potiers et restaurateurs avancent ensemble « de manière pérenne ».

Retrouvez l’interview de Pierre Siegfried et Michel Husser :

 

Enrichissement des sols en matière organique

C’est possible, mais à des degrés divers

Technique

Publié le 12/07/2017

De par leur capacité à fixer du carbone, les sols apparaissent comme une solution pour contrer les effets sur le climat des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique. La communauté scientifique se penche donc de plus belle sur les sols, et va de découvertes en découvertes. Car, et les rencontres professionnelles Rittmo l’ont une fois de plus démontré, le fonctionnement du sol est si complexe, qu’il est difficile d’en avoir une vision à la fois fidèle, simple et globale. Certaines théories, jusqu’ici largement répandues, sont mises en touche par les dernières avancées de la recherche. De nouvelles théories émergent, et d’autres demeurent. Il est ainsi couramment admis par la communauté scientifique qu’il suffirait d’augmenter chaque année de 4 ‰ la quantité de carbone stockée dans les sols pour compenser l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Cette théorie sous-tend l’initiative 4 pour 1 000, « qui propose de mettre en œuvre un stockage durable et pérenne du carbone dans les sols au profit de la lutte contre le changement climatique, mais aussi de leur fertilité », a déclaré Michel Mustin, président de Rittmo, en introduction des 27e rencontres professionnelles du centre de recherche. Car l’un ne pourra pas se faire sans l’autre, au risque de voir les agriculteurs se détourner de ce projet. Il faudra même aller plus loin, estime Michel Mustin, et mettre en œuvre des mécanismes de certification et de soutien financier, sur la base de référentiels, qui requerront donc des méthodes de mesure fiables. Et puis il s’agira aussi de démontrer que le stockage du carbone « a bien les effets attendus » !

La priorité : maintenir le stock existant

Claire Chenu, enseignante-chercheuse à AgroParisTech, a présenté les processus et les facteurs d’enrichissement des sols en carbones. « La matière organique constitue la ressource trophique pour l’activité biologique du sol, qui la consomme par biodégradation et minéralisation », a-t-elle rappelé. Le carbone constitue environ la moitié de sa composition. Les molécules de matière organique résident pour des temps très variables dans le sol, de quelques jours à quelques siècles, en fonction de leur nature, de l’abondance des décomposeurs, des facteurs pédoclimatiques et des pratiques agricoles. Et c’est tant mieux, parce qu’il faut à la fois des molécules qui se dégradent vite, pour entretenir la fonctionnalité du sol, et d’autres qui se dégradent plus lentement, surtout si on veut stocker davantage de carbone dans les sols. Ce qui peut se faire en actionnant deux leviers : augmenter les entrées, ou diminuer les sorties. Mais il apparaît plus efficace de chercher à augmenter les entrées de carbone que d’essayer de réduire la minéralisation. Et, si les mécanismes de stockage du carbone sont encore imparfaitement connus, trois choses sont sûres : « Le stockage est lent, plafonné, et réversible. » Alors que le déstockage de carbone peut être rapide et important. « La priorité est donc de maintenir le stock existant », en conclut Claire Chenu.

Le non-labour déplace le stock sans l’augmenter

Il est donc intéressant de savoir comment ce stock se forme, donc comment évolue la matière organique dans le sol : « Les dernières études démontrent qu’elle est progressivement découpée en éléments plus simples par les micro-organismes. Il n’y a pas de reformation de molécules complexes au sein du sol. Et aucune molécule de matière organique ne reste plus de 50 ans dans le sol, hormis les charbons. Les matières organiques persistantes seraient rendues inaccessibles à l’action des micro-organismes, par exemple par une protection physique, qui serait détruite par le travail du sol », a décrit Claire Chenu. Elle a ensuite présenté les résultats d’une méta-analyse du carbone stocké en non-labour et en labour : « Les quantités de carbone supplémentaire stockées apparaissent nettement inférieures à ce qui avait été anticipé, et très variables, ce qui suggère que le non-labour déplace la matière organique en surface, ce qui est très bien, mais ne permet pas de stocker davantage de carbone. »

Des sols inégaux face à la capacité de stockage

La matière organique peut aussi être piégée, notamment sur les argiles. « La nature et l’abondance de la phase minérale du sol seraient donc un facteur majeur de stabilisation du carbone dans les sols. Et la quantité de carbone associée aux argiles et aux limons fins serait plafonnée, ce qui suggère une limitation de la quantité de carbone séquestrée imposée par la texture du sol. On parle de limite de saturation », a détaillé Claire Chenu. Au regard de ces éléments, il apparaît donc pertinent d’identifier où porter les efforts pour stocker du carbone, c’est-à-dire les sols où règne un déficit de saturation.

Et puis, dans les sols, le carbone organique se trouve en interaction biotique avec la vie du sol, qui en assimile une partie pour en faire de la biomasse, et en expire une autre partie sous forme de CO2. On sait par exemple que le rendement d’assimilation, soit la part de carbone allant à la biomasse sur la totalité du carbone utilisé par les micro-organismes, est supérieur chez les champignons que chez les bactéries. Et on peut donc supposer qu’il est possible de contrôler l’assimilation du carbone organique en faisant varier la composition de la communauté microbienne des sols. Le priming effect, c’est-à-dire le fait que l’apport de matière organique fraîche provoque une surminéralisation de la matière organique déjà stockée dans le sol, va dans le même sens : « L’apport de matières organiques stimule les bactéries, puis les champignons, qui libèrent des enzymes leur permettant de décomposer des composés organiques pauvres en énergie et riches en azote. Les plantes peuvent initier cette boucle en exsudant certaines molécules, ce qui aboutit à la libération d’éléments minéraux, nourrissant la plante en retour. Cet effet serait dépendant à la fois de l’état de la communauté microbienne du sol, et du C/N de la biomasse apportée. La persistance de la matière organique à plus ou moins long terme relève donc bien d’une caractéristique propre à chaque écosystème. »

La couverture permanente des sols augmente les entrées

Pour stocker efficacement du carbone, il apparaît plus pertinent de travailler sur les racines que sur les parties aériennes. Sous cet éclairage, les prairies, les cultures intermédiaires apparaissent comme des leviers particulièrement intéressants. « Il semble également plus pertinent de stocker du carbone en profondeur, car la matière organique persiste plus longtemps dans les horizons profonds, d’où l’intérêt de l’agroforesterie ». La comparaison de différents systèmes de culture révèle que l’agriculture de conservation, qui combine non-labour et couverture permanente des sols, permettrait de stocker plus de carbone que l’agriculture conventionnelle, bas intrants ou encore biologique. Pour Claire Chenu, ce résultat s’explique surtout par l’augmentation des entrées, liée à la couverture permanente des sols.

« Enrichir les sols en matière organique, c’est possible. Cela met en jeu de nombreux processus et facteurs qui doivent encore être affinés. Mais nous disposons déjà de suffisamment d’éléments pour entreprendre », a conclu Claire Chenu.

Compostage

Transmuter les effluents

Technique

Publié le 10/07/2017

Vulnérable, l’aire d’alimentation de captage de Bouxwiller l’est à plusieurs titres. La géologie de son sous-sol, caractérisé par des failles au niveau du Batsberg, conduit à une circulation de l’eau chaotique. Et, à l’inverse d’autres captages, il est impossible d’y envisager des interconnexions, qui peuvent permettre de rétablir la qualité d’une eau dégradée par dilution. Il n’y a donc pas de plan B. Aussi les collectivités publiques sont-elles particulièrement vigilantes à la préservation de la ressource en eau, et encouragent les initiatives allant dans ce sens. C’est ainsi que des agriculteurs du secteur se sont regroupés et participent régulièrement à des réunions d’information, des réunions techniques… La dernière en date avait lieu à Riedheim, jeudi 29 juin, et portait sur le compostage.

Des teneurs en nitrate en baisse

En introduction, Jérôme Thien, agent développement durable de la ville de Bouxwiller, a donné quelques nouvelles de la qualité de l’eau. Et elles sont plutôt bonnes : « Depuis la mise en place du captage, les teneurs en nitrate diminuent. La teneur moyenne a même diminué de cinq points entre 2015 et 2016. Mais les premières analyses de 2017 repartent à la hausse », décrit-il. En cause : les fameuses failles du Batsberg, qui conduisent à une évolution erratique des concentrations en éléments. « Mais la tendance de fond est à la baisse », affirme Jérôme Thien, courbe à l’appui. Il souligne d’ailleurs les efforts qui ont permis d’atteindre ce résultat, notamment sur la disposition des tas de fumier. Le constat est le même pour les résidus de produits phytosanitaires : « On trouve encore des dérivés d’atrazine, mais pas d’autres molécules ». Contrairement à d’autres captages, où du s-métolachlore est détecté.

Plus de souplesse avec les composts

David Kraemer, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a procédé à quelques rappels sur la directive Nitrate, adoptée en 1991 avec deux objectifs : réduire la pollution de l’eau par les nitrates, et prévenir l’extension de cette pollution. La directive européenne a été transposée en droit français avec des dispositions en matière de suivi de la qualité de l’eau, de délimitation de zones vulnérables, et l’établissement d’un code de bonnes pratiques. C’est ainsi que, le captage de Bouxwiller ayant été classé en zone vulnérable, les agriculteurs y sont soumis à diverses obligations : équilibre de la fertilisation azotée, établissement d’un plan de fumure et enregistrement des pratiques, respect d’un calendrier et de conditions d’épandage, d’une certaine capacité de stockage… Les fertilisants sont classés en quatre types, avec des calendriers d’épandage différents pour chacun. De ces calendriers il ressort que « la mise en place d’engrais verts apporte de la souplesse aux épandages ». Et qu'« élaborer du compost constitue un levier pour gérer les liserons, parce que cela permet de laisser le temps aux liserons de se développer, pour mieux les atteindre, avant d’implanter une Cipan pour pouvoir épandre les effluents ». Les composts sont aussi plus adaptés aux agriculteurs qui pratiquent le semis direct par rapport à des fumiers qu’ils ne peuvent pas enfouir puisqu’ils s’interdisent tout travail du sol. Enfin, les conditions d’épandage sont plus souples pour les fumiers solides, les composts que pour les autres types d’effluents.

Un produit vivant à savoir soigner

David Kraemer a ensuite détaillé le processus de compostage, qui consiste en « la transformation contrôlée d’un produit en un autre par l’action des micro-organismes, ce qui nécessite de l’oxygène, de l’eau, un rapport C/N équilibré et une montée en température ». C’est ce besoin en oxygène qui explique qu’une des techniques de compostage les plus utilisées consiste à disposer les effluents en andain, et à régulièrement les retourner pour les aérer. L’humidité du tas est un autre paramètre à maîtriser car il s’agit de conserver un bon équilibre. Si le tas est trop humide il risque de donner du « beurre noir ». Pour rectifier le tir, il est possible d’ajouter de la paille. S’il est trop sec, il devient pailleux et il convient alors d’ajouter de l’eau ou du lisier lors d’une aération. Le compostage conduit à une diminution du volume de matière, donc à une concentration des éléments dans le produit, à une réduction des odeurs, et permet d’obtenir un produit plus stable, plus facile à épandre, et hygiénisé grâce à la montée en température. Le compostage fait intervenir successivement des bactéries, puis des champignons. Il est possible de les laisser agir plus ou moins longtemps, en fonction de l’usage destiné au compost. Un compost frais va booster la vie du sol. Tandis qu’un compost mâture renforcera sa teneur en matière organique. Il s’agit donc de distinguer différents produits. Le fumier assaini n’est laissé en tas qu’une quinzaine de jours. Il est encore en phase thermophile, et riche en biomasse microbienne. Les composts jeunes ont entre un et trois mois, ils ont été retournés deux à trois fois. La température est encore élevée au cœur du tas. Le rapport C/N est compris entre 10 et 15. L’humification des chaînes carbonées s’amorce. Les composts très retournés ont environs 4 mois et ont été retournés environ cinq fois. Ils correspondent à un produit très stable et homogène. Les composts mûrs ont entre 4 et 6 mois. Proches de l’humus, ils sont plus considérés comme un amendement que comme un fertilisant car l’effet fertilisant s’exprime à long terme. « Au-delà de quatre mois, il devient nécessaire de bâcher les tas pour ne pas perdre en potentiel fertilisant », indique David Kraemer. Ces différents types de composts ne s’épandent ni aux mêmes doses, ni aux mêmes périodes. C’est pourquoi David Kraemer conseille de conduire plusieurs tas en parallèle, afin d’avoir aussi bien des produits fertilisants qu’amendants, et de pouvoir les valoriser différemment selon les cultures.

Cette demi-journée technique s'est achevée par une démonstration à retrouver en vidéo ci-dessous :

 

Tour de plaine

L’eau, facteur limitant du rendement cette année

Cultures

Publié le 10/07/2017

Les semis de maïs ont été effectués dans de bonnes conditions, le gel hivernal ayant permis d’obtenir de bons lits de semences. Les maïs ont levé rapidement et de manière homogène, puis ont bien poussé, à la faveur des températures élevées. Actuellement, ils atteignent le stade début floraison, avec une dizaine de jours d’avance. Globalement, les parcelles sont belles, mais les récentes précipitations n’ont pas suffi à recharger la réserve hydrique des sols dans de nombreux secteurs et, « le sec va bientôt se faire sentir », estime Pierre Geist, conseiller agricole à l’Adar du Kochersberg. Dans ce secteur, il y a eu 15 mm de pluie, puis 4-5 mm, « c'est peu par rapport aux besoins ». Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, confirme : « Avec le manque de pluviométrie et les fortes chaleurs, on commence à voir des maïs qui enroulent leurs feuilles pour limiter l’évaporation. Mais cela ne veut pas forcément dire que la plante souffre. C’est le cas seulement si la réserve en eau s’épuise. » Pour éviter d’en arriver là, les irrigants ont commencé à enchaîner les tours d’eau très tôt, dès le stade 10 feuilles du maïs, soit vers le 4 juin, et sur les chapeaux de roue. « Il y a 15 jours, il y a eu des ETP très fortes, et certains ont eu du mal à suivre la cadence », rapporte Didier Lasserre. Après une semaine de répit, avec des ETP plus faibles, l’irrigation repartait de plus belle lundi 3 juillet, après un week-end de trop rares précipitations significatives, et en prévision d’une semaine sèche et chaude. D’autant que la période de sensibilité du maïs au stress hydrique - deux semaines avant la floraison et trois semaines après - est atteinte.

L’état sanitaire de la culture est plutôt bon : « On observe des pucerons, mais aussi des auxiliaires, qui sont encore discrets mais qui vont proliférer », rapporte Pierre Geist, qui a détecté des pucerons sur plus de la moitié de 100 pieds inspectés. « Pour l’instant c’est sans incidence. Les pucerons sont gênants surtout à la floraison parce qu’ils peuvent gêner l’émission du pollen et donc entraîner des problèmes de fécondation. » Le piégeage de la chrysomèle va commencer ce lundi, et la pyrale pond depuis une dizaine de jours. Mais la campagne de prospection menée à l’automne dans le Kochersberg a révélé un faible niveau d’infestation, et il n’y a donc pas de raison d’assister à des attaques carabinées dans ce secteur, du moins dans ce secteur. En outre, si le temps chaud et sec persiste, les larves pourraient ne pas survivre.

Des maïs en avance

Si les conditions climatiques devaient se maintenir sur cette tendance chaude et déficitaire en pluviométrie, les chantiers d’ensilage pourraient être anticipés. C’est ce que prévoit en tout cas Arvalis-Institut du végétal, qui évoque la possibilité que les récoltes de maïs fourrage puissent avoir deux à trois semaines d’avance par rapport à la normale. Certes, à ce jour rien n’est joué. Cependant, « il faut anticiper pour assurer la récolte au bon stade, gage de qualité de l’ensilage. Des travaux récents ont montré que récolter tardivement pouvait permettre de gagner 0,5 à 1 t de matière sèche (MS) supplémentaire par hectare, mais que ce gain s’accompagnait d’une baisse de la valorisation de l’amidon dans le rumen et d’une baisse de la digestibilité des tiges et des feuilles. Au final, récolter tard ne remplit pas plus le tank à lait… Et c’est sans compter sur les risques de moins bonne conservation du fourrage liés au taux de MS élevé d’une récolte tardive. Il s’agit donc de cibler 32 % de MS à la récolte », rappelle une note de l’institut technique, qui conseille de faire une première estimation de la période optimale de récolte à partir de la date de floraison, qui correspond au stade où 50 % des plantes d’une parcelle portent des soies. « À partir de ce stade, il faut environ 600 à 640 degrés-jour pour atteindre le stade optimal de récolte plante entière, soit 45 à 60 jours selon les régions et le climat », explique Bertrand Carpentier, ingénieur maïs fourrage chez Arvalis-Institut du végétal, qui préconise aussi de prévoir un autre contrôle un mois après la floraison, afin d’observer le remplissage du grain et estimer l’avancement de la culture, pour préciser la date de récolte.

Un constat que partage Laurent Fritzinger, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord : « Actuellement, la floraison démarre. Or les ensilages commencent en général deux mois après. Donc si les conditions se maintiennent, l’avance à la floraison devrait se répercuter sur les chantiers d’ensilage, voire se creuser si les températures deviennent caniculaires. » Côté potentiel, rien n’est joué : « Les peuplements sont bons, les gabarits aussi, sans être phénoménaux, car il y a eu de la lumière donc les entre-nœuds sont courts. Mais les maïs sont réguliers. Cependant, 60 % du tonnage est composé par l’épi. » Il ne faudrait donc pas qu’il fasse trop chaud autour de la floraison, afin de ne pas pénaliser la formation de l’épi, composante majeure du rendement.

Blé : la chaleur précipite la moisson et pénalise le rendement

Avant que le mercure ne s’emballe, les estimations de la Chambre d'agriculture d’Alsace aboutissaient à un début des moissons le 20 juillet. Mais la hausse des températures, avec plusieurs jours où le mercure a dépassé 30 °C, a précipité la maturation du blé. Si bien que, dans le secteur de Sélestat, des blés ont été moissonnés tout début juillet, voire fin juin. « Si les conditions le permettent, certains vont essayer de moissonner cette semaine », indiquait Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord, le 3 juillet. Ce que confirme Pierre Geist : « Si on a des températures élevées, les moissons vont débuter au courant de la semaine. »

La théorie veut que ces températures élevées aient pénalisé le rendement, de l’ordre de 0,78 gramme de perte de poids de mille grains (PMG) par jour de température supérieure à 25 °C. « Théoriquement, on pourrait donc avoir perdu 10 g de PMG », avance Pierre Geist. En pratique, l’impact des températures élevées dépendra du type de sol - les blés implantés dans des sols légers ayant davantage souffert - du stade du blé, de la pluviométrie locale… « Le problème c’est qu’on est déjà un peu limite en termes d’épis, avec 500 à 600 épis par mètre carré, donc pour assurer le rendement il faut un PMG assez élevé ». Néanmoins, en début de semaine, l’aspect des grains n’était pas inquiétant : « Ils n’étaient pas fripés, mais encore bien humides », rapporte Pierre Geist. « Les premiers blés collectés, les plus précoces, auront peut-être échappé à l’impact des températures élevées, mais les plus tardifs vont en pâtir », pronostique quant à lui Didier Lasserre, qui mise sur une « petite collecte, pas catastrophique, mais plutôt dans une petite moyenne ».

Une chose est sûre, cette année a été beaucoup plus calme d’un point de vue sanitaire. Et la qualité de la récolte 2017 ne pourra donc être que meilleure que celle de 2016. Et les premiers échos de collecte des orges sont plutôt bons, ce qui est d’habitude plutôt bon signe pour les blés. Mais Pierre Geist tempère l’adage : « Les orges avaient plus de chance d’être dans des potentiels élevés parce que l’épisode de chaleur n’a pas eu d’incidence sur leur PMG, elles n’ont souffert ni du sec ni d’aucune maladie. »

Colza : peu de ravageurs

Les colzas ont démarré leur cycle dans le sec : « Les conditions de semis étaient très sèches. Certains colzas n’ont même pas levé », rappelle Mickaël Haffner. Et d’autres ont été semés avec trois semaines de retard, mais ont bénéficié du retour des précipitations, ce qui leur a permis de lever directement, et de rattraper les premiers colzas semés. Hétérogènes à l’automne, suite à des pertes à la levée, les colzas ont aussi subi des pertes hivernales, liées au gel. Mais dès la reprise de la végétation au printemps, les pieds qui restaient, même chétifs, sont bien repartis, « si bien que le potentiel de rendement est dans la normale », indique Mickaël Haffner. Pierre Geist quant à lui décrit des colzas « assez petits, avec pas mal de siliques mais qui ne sont pas toutes remplies ». Comme les céréales, le colza a été épargné par les maladies et les ravageurs. La floraison a été très rapide, ce qui a laissé peu de latitude aux méligèthes pour causer des dégâts. Tout au plus un peu de pucerons à l’automne, du sclérotinia et quelques dégâts de charançons… Mais « il était possible de faire l’impasse sur un insecticide au printemps », rapporte Mickaël Haffner.

Herbe : le déficit de pluviométrie entame le rendement

La culture qui a le plus souffert des conditions anticycloniques, pour l’instant, c’est l’herbe. Laurent Fritzinger décrit : « Les rendements sont en baisse par rapport à la moyenne, surtout pour les foins, qui ont été récoltés pour la plupart il y a environ trois semaines, dans de très bonnes conditions. Mais les rendements s’annoncent en baisse de 20-25 voire 50 %. » En cause, le manque d’eau : « Il a fait sec pendant six semaines, de mi-mars à début mai. » Un manque d’eau qui a pénalisé la pousse de l’herbe, et aussi l’efficience des engrais azotés. Si bien que les rendements sont aussi en baisse dans les parcelles destinées à l’ensilage d’herbe, qui sont souvent davantage fertilisées : « Ceux qui ont pu faire une première coupe début mai n’ont pas eu de rendement faramineux. Puis il y a eu de l’eau, qui a permis parfois de belles repousses, mais pas partout », rapporte Laurent Fritzinger qui constate que « la différence entre les parcelles destinées à l’ensilage et celles destinées au foin, souvent des prairies permanentes moins fertilisées, s’est nettement exprimée cette année ». Un phénomène qui s’est accentué sur les versants de collines exposés au sec.

Par contre, la qualité du fourrage est préservée. Quelles que soient les coupes, l’herbe a pu être récoltée aux bons stades, et dans de bonnes conditions, chaudes et ensoleillées. Les foins notamment, ont été faits avec trois à quatre semaines d’avance. Les tout premiers ont été rentrés fin mai. Comme il reste souvent du vieux foin peu ingérable de l’année dernière dans les granges, Laurent Fritzinger constate : « Pour faciliter l’ingestion de ce vieux foin, il est possible de le mélanger avec du bon foin jeune, voire de la paille, qui s’annonce de bonne qualité. C’est suffisant pour remplir la panse et ramener de la valeur alimentaire. » Avec le retour des précipitations fin juin - début juillet, les prairies reverdissent : « Mais, pour certaines, c’était l’extrême limite, elles ont souffert du manque d’eau. Et tous les secteurs n’ont pas eu la même quantité d’eau. 40 mm dans le pays de Hanau, contre 15 mm en Alsace du nord, ce n’est pas la même chose ! 15 mm, cela ne correspond qu’à 3-4 jours d’ETP à 30 °C. » Donc si les températures devaient repartir à la hausse, la pousse de l’herbe pourrait à nouveau être stoppée dans son élan. À mi-parcours de la campagne de récolte d’herbe, Laurent Fritzinger estime cependant qu’il est trop tôt pour dire s’il y aura des ruptures de stock fourrager.

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