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Bérengère de Butler

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Maïs ensilage

Préconisations variétales pour 2018

Cultures

Publié le 17/01/2018

La campagne de maïs ensilage 2017 a été globalement bonne, avec de bons rendements, tant au niveau de la partie végétative que des grains. « La fin de cycle a été assez rapide, entraînant parfois de la sénescence des plantes, et se traduisant par une période d’ensilage restreinte, dans de bonnes conditions », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA).

À l’ouverture des silos, les ensilages de maïs 2017 ont révélé de bonnes valeurs alimentaires, notamment de bonnes valeurs énergétiques (UF). Pour certaines variétés, les UF sont tirées par l’amidon. Il s’agit donc de les associer à de l’herbe pour éviter l’acidose. Pour d’autres variétés, les UF sont davantage le fruit de la partie végétative. Ces dernières peuvent alors passer en plat unique, ou être associées à des céréales. Une des caractéristiques de l’année a été l’infestation de certaines parcelles par du charbon commun, un phénomène qui apparaît fortement lié à la sensibilité variétale.

Pas de corrélation gabarit-rendement

La CAA a mis en place trois essais variétaux cette année, au nord, au sud et en Centre Alsace. L’essai de Bitschhoffen comprenait 27 variétés. Il a été semé le 11 avril et récolté le 1er septembre. Parmi les variétés demi-précoces (environ indices 280-330), justeen (grain type corné), LG 31.295 (grain type corné) et P9234 (variété dentée la plus tardive de ce groupe de précocité), sortent en tête en termes de rendement mesuré en tMS/ha. Par contre, justeen s’avère sensible au charbon sur tige. L’essai comprenait la variété san mario RH, qui sort dernière en rendement, mais qui a été sélectionnée pour sa richesse en huile, autre source d’énergie que l’amidon. Elle aurait donc pu s’avérer intéressante si ses épis n’avaient pas été envahis par du charbon.

Les différentes mesures réalisées par les techniciens de la CAA mettent en évidence l’absence de corrélation significative entre le gabarit et le rendement. Ce n’est donc pas parce qu’un maïs est haut et beau qu’il va faire du tonnage de matière sèche. À l’inverse, un maïs visuellement un peu chétif peut surprendre… La valeur énergétique dans cette série de précocité est en moyenne de 0,93 UFL/kg MS. L’analyse des données révèle que certaines variétés ont des valeurs énergétiques proches, mais des teneurs en amidon variables. Ce qui prouve bien que l’amidon n’est pas la seule source d’énergie du maïs fourrage. En réalisant la synthèse des données collectées à Bitschhoffen et Traubach-le-Bas, P9234, une variété plutôt typée grain, sort en tête en termes de rendement, suivie par justeen, kilomeris, ES floreal, muesli CS, LG 31.295.

Des variétés sensibles au charbon

Parmi les variétés demi-tardives (environ indices 370-430), LG 30.444 sort première en matière de rendement en tMS/ha, talonnée par P9911 et DKC4621. ES jasmine et LBS 4414 affichent également de bons rendements. La valeur énergétique moyenne de cette série est de 0,95 UFL/kg MS. Et c’est LG 30.444 qui sort en tête en UFL/ha. Il y a eu peu de charbon sur épi dans cette série. Par contre, la variété RGT luxxida en a développé sur tiges. En réalisant la synthèse des données collectées pour cette série à Bitschhoffen et Traubach-le-Bas, P9911 s’avère très régulière et toujours au-dessus de la moyenne. Les variétés DKC4590, ES jasmine, LBS 4414 et LG 30.444 donnent également satisfaction. Le potentiel de rendement de RGT emerixx atteint difficilement celui de son prédécesseur futurixx.

À noter que si DKC4590 affiche de bons rendements, elle ne figure pas parmi les variétés préconisées par la CAA pour le maïs ensilage. En effet, il s’agit d’une variété typée grain. « Elle peut dépanner, mais il ne faut pas en faire trop pour l’ensilage, car sa digestibilité est assez faible. » Enfin, parmi les variétés tardives, sur l’essai d’Uttenheim, P0725 arrive en tête. P9911 en est très proche avec un indice un peu plus précoce, ce qui lui confère un aspect plus sécurisant pour un rendement similaire. Vient ensuite LG 30.444. Dans cette série, la variété la plus touchée par le charbon est RGT ixabel, avec 60 % de tiges affectées, suivie par LG 30.681.

Objectif lait, ou viande !

Pour construire le tableau final des variétés préconisées pour 2018, les conseillers de la CAA ont sélectionné les variétés sur leur rendement, mais aussi sur leur valeur alimentaire, leur stay green… « Votre objectif, c’est de produire du lait, ou de la viande. Or, par exemple, parmi les dentées, certaines variétés ont tendance à mobiliser les réserves de la tige en fin de cycle pour remplir les grains, ce qui n’est pas forcément bon pour l’ensilage », indique Laurent Fritzinger. Libre à chacun de panacher les variétés, ce qui peut permettre de cumuler leurs bénéfices et d’atténuer leurs points faibles, mais Laurent Fritzinger conseille vivement de rester dans les mêmes gammes de précocité, au risque de se trouver confronté à des différences de stade importantes à l’heure de la récolte. Par contre, le type de variété, dentée ou cornée, aurait peu d’incidence. En effet, la digestibilité de l’amidon des grains dentés et cornés est similaire au stade où l’ensilage de la plante entière doit être effectué, c’est-à-dire à 32-35 % de MS plante entière. C’est après que la digestibilité de l’amidon évolue différemment dans les deux types de grains mais cela ne joue plus puisque les maïs sont déjà ensilés à ces stades-là.

Maïs grain

Économiser les solutions pour les préserver

Cultures

Publié le 11/01/2018

Ces réunions techniques suivaient de près la divulgation par l’Aprona des résultats de sa campagne de prospection sur la qualité des eaux souterraines d’Alsace. Campagne qui a révélé une présence assez généralisée des molécules phytopharmaceutiques et de leurs dérivés dans la nappe. « C’est un enjeu sociétal qu’il s’agit de relever en améliorant les pratiques agricoles. Car leur impact sur les milieux, et notamment l’eau, constitue un enjeu pour tous, y compris les agriculteurs », estime Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Si les cinq molécules les plus fréquemment quantifiées dans les eaux souterraines sont désormais retirées du marché, la sixième est le nicosulfuron (Pampa), un herbicide foliaire, utilisé à des grammages pourtant généralement peu élevés. Et, en septième position, arrive le S-métolachlore (Camix, Dual Gold), un herbicide racinaire, dont les dérivés sont aussi fréquemment détectés. Parmi les cinq métabolites les plus retrouvés figurent quatre métabolites du S-métolachlore. « Cette molécule, autorisée sur maïs, betterave, soja, est utilisée à assez grande échelle, mais est aussi assez lessivable. C’est un problème, parce qu’elle risque d’être interdite alors qu’elle est efficace. Or, si le panel de solutions est trop réduit, on va au-devant de résistances. C’est déjà le cas d’adventices qui ont développé des résistances aux sulfonylurées », analyse le conseiller agricole.

Économiser le S-métolachlore pour le préserver

La classification HRAC (Herbicide Resistance Action Committee) des substances actives herbicides, établie selon leurs modes d’action, les répartit en 23 groupes et sous-groupes, avec des risques d’apparition de résistances plus ou moins importants. La famille des chloroacétamide, à laquelle appartient le S-métolachlore, apparaît dans le groupe K3, avec un faible risque de résistance. « Donc si on enlève le groupe K3, il ne restera quasiment plus que des solutions anti-graminées à risque de résistance plus élevé », constate Laurent Fritzinger, qui conclut : « Il faut modifier nos pratiques pour conserver cette solution à notre gamme ».

Il a ensuite présenté une synthèse de 23 essais pluriannuels, menés soit sur une flore simple, soit sur une flore dicotylédone complexe, soit sur une flore graminée complexe. Les différentes modalités ont été notées selon leur efficacité et leur risque de transfert vers les eaux souterraines. Ces essais visaient notamment à comparer les performances de programmes avec et sans S-métolachlore.

D’autant que sa supériorité n’est pas toujours réelle

En traitements de prélevée, sur une flore simple, de bons résultats sont obtenus avec de l’Adengo sans S-métolachlore. « Il n’y a donc pas d’intérêt à l’utiliser. » Sur une flore dicotylédone complexe, les efficacités sont très aléatoires, que ce soit avec ou sans S-métolachlore, puisque dans tous les cas les traitements ne sont pas forcément adaptés à la flore. Sur flore graminée complexe, aucune modalité ne donne vraiment satisfaction, ce qui suggère de les gérer en post. « Toute flore confondue, le S-métolachlore apporte un petit gain d’efficacité. Mais il y a aussi des échecs, que cette molécule soit utilisée ou pas. Ce qui suggère qu’il est possible de trouver des programmes qui fournissent de bons résultats sans S-métolachlore », résume Laurent Fritzinger.

Dans les situations où la pression en graminées est importante, faire un anti-graminées de prélevée, avec Adengo + Isard, Dakota ou Adengo + Atic Aqua puis éventuellement un traitement de rattrapage. Dans les traitements de post-levée, le risque de transfert de matières actives vers les eaux souterraines diminue dès lors que les modalités ne comprennent pas de S-métolachlore. « Si cette molécule sécurise l’infestation dans les parcelles présentant une pression en graminées élevée, il est possible d’obtenir de bons résultats avec des alternatives comme Isard, Adengo, Atic Aqua, Dakota-P… », indique Laurent Fritzinger

Alternatives au S-métolachlore

En stratégie de pré + post, les meilleures alternatives au S-métolachlore sont Isard et Adengo. Deux produits qui peuvent toutefois être un peu plus sensibles à la sécheresse du sol que le S-métolachlore, qui présente la propriété de bien se réactiver, même après 10 jours sans précipitations. Si tout le désherbage est géré en post, Laurent Fritzinger préconise un T1 avec Elumis + Isard puis un T2 avec Elumis. Ou un T1 avec Mondine + Isard puis un T2 avec Mondine. « Il est plus simple de trouver des alternatives au S-métolachlore en maïs qu’en soja ou en betterave, où il n’existe qu’une seule alternative, l’Isard, qui n’est utilisable qu’un an sur deux… », conclut Laurent Fritzinger.

Maïs grain

Chrysomèle, pyrale : le point sur les ravageurs

Technique

Publié le 05/01/2018

Depuis que la chrysomèle des racines du maïs a été détectée en Alsace, l’évolution des populations de ce ravageur du maïs non endémique fait l’objet d’un réseau de surveillance. Année après année, la tendance se confirme : la chrysomèle prend ses quartiers en Alsace. « On en trouve dans trois quarts des pièges, mais on ne constate toujours pas de dégâts », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. La chrysomèle est aussi bien implantée de l’autre côté du Rhin, où l’évolution de la situation laisse peu d’espoir quant à une possible régression de l’insecte : « Dans le Bade-Wurtemberg, le nombre de chrysomèles par piège est passé de 50 à 170 en un an », rapporte Laurent Fritzinger. Résultat, les autorités compétentes ont remis en place des restrictions à la culture du maïs en Allemagne. La rotation reste et restera en effet la meilleure des méthodes de lutte - d’autant que les solutions chimiques sont sur la sellette. Car si les larves de chrysomèle ne trouvent pas de jeunes racines de maïs pour se nourrir, elles meurent. C’est pourquoi la Chambre d'agriculture d’Alsace préconise la rotation dans les secteurs où les captures sont les plus importantes. Au-delà de 100 chrysomèles capturées par piège, il serait bon d’agir à l’échelle de la petite région agricole. « L’éradication du ravageur n’étant plus possible, il faut chercher à limiter son expansion par tous les moyens », argumente Laurent Fritzinger.

Une année à pyrales

À dire d’agriculteurs, la pression en pyrales a été assez élevée durant la campagne écoulée. Un constat que les techniciens agricoles viennent tempérer en le mettant en perspective : « Il y a certes eu plus de pyrales que les deux dernières années, mais on sort de trois années avec une pression relativement faible par rapport à des années comme 2010 ou 2013, où la pression était encore plus élevée. » Pour suivre l’évolution du ravageur, la Chambre d'agriculture d’Alsace, Arvalis-Institut du végétal, ainsi que d’autres partenaires du réseau de surveillance biologique du territoire mettent chaque année en place un réseau de prospection, réalisé sur des parcelles vierges de toute protection. Résultat cette année : « Sur 20 % des sites, aucune larve n’a été détectée. Et sur 60 % des sites, le nombre de larves était compris entre 0 et 0,25 larve par pied. Sachant que le risque d’avoir une incidence sur le rendement n’est réel qu’à partir de 0,2 larve par pied. Le risque était donc faible dans 70 % des parcelles et moyen dans 20 % », rapporte Lucile Pligot d’Arvalis-Institut du végétal. La dynamique de vol de l’insecte est suivie en mettant en cage des cannes de maïs infectées. Résultats : le pic de nymphose a eu lieu le 13 juin, au même moment qu’apparaissaient les premiers papillons, dont le pic de vol a eu lieu le 27 juin, suivi par un pic de ponte, le 4 juillet.

Positionner les traitements avec une rigoureuse approximation

Désormais, la survie de l’insecte va dépendre de l’hiver : « La pyrale survit mieux à un hiver froid et sec qu’à un hiver froid et humide. » La lutte est d’abord prophylactique. Elle passe par un broyage des cannes le plus rapidement, le plus collectivement et le plus bas possible après la récolte. « Lors de la prospection, nous nous sommes rendu compte que les larves descendent rapidement dans les cannes. C’est pourquoi il faut intervenir rapidement, sinon les larves sont déjà trop basses et on n’arrive plus à les atteindre avec le broyage. »

Il existe un autre levier de lutte préventive : la date de semis. Plus elle est tardive, plus le maïs est petit au moment du pic de vol, et attire moins les pyrales qu’un voisin plus opulent. Vient ensuite le temps de la lutte curative. Or, pour limiter la propagation du ravageur, il est difficile de faire quoi que ce soit au stade de la nymphose, ou encore d’agir sur sa fécondation, ou sa fertilité. C’est donc au pic de vol qu’il faut traiter. Pour l’identifier, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Arvalis - institut du végétal, réalisent des suivis afin de détecter l’émergence des adultes et de relayer ce stade clé sur le terrain, notamment via le Bulletin de santé du végétal. La lutte curative peut être biologique, avec des trichogrammes, dont l’efficacité s’avère néanmoins limitée en cas de forte infestation et dépendante des conditions climatiques. Cette année, par exemple, « il a fait trop chaud pour que les trichogrammes soient vraiment efficaces ». La lutte peut aussi être chimique. Dans l’idéal, les traitements doivent correspondre au pic de vol, ce qui se fait mieux avec un enjambeur qu’avec un tracteur. Quoi qu’il en soit, le positionnement se fait toujours de manière approximative, puisqu’on ne sait qu’on a atteint le pic de vol que lorsque les comptages diminuent… Les essais menés par la Chambre d'agriculture d’Alsace révèlent un avantage au traitement au pic de vol par rapport au traitement au stade limite passage tracteur (LPT). La méthode de lutte préconisée est donc la suivante : en situation de risque faible, un broyage des cannes, et un traitement biologique ou chimique ; en situation de risque fort, un broyage des cannes, et un traitement chimique, soit au stade LPT avec du Coragen à 0,125 l/ha, soit au pic de vol, toujours avec du Coragen, mais à 0,100 l/ha. Enfin, Lucile Pligot rend les agriculteurs attentifs aux risques de confusion, notamment avec la fusariose de la tige qui peut engendrer des pieds mous, donc des maïs qui versent, et des têtes qui cassent.

25e anniversaire de la coopérative Alsaraifort

Petit mais costaud !

Cultures

Publié le 15/12/2017

Jeudi 7 décembre, suite à son assemblée générale, la coopérative Alsaraifort fêtait son 25e anniversaire. « Nous sommes ici réunis en famille », précise Joseph Lutz, ancien président et fondateur de la coopérative Alsaraifort, devant une assemblée constituée des producteurs, actuels et anciens, de l’unique transformateur, et des partenaires de la filière. En effet, les discours officiels, empreints de solennité et d’hommages appuyés, étaient aussi émaillés de blagues, de piques, et d’anecdotes !

Une blancheur incomparable

Joseph Lutz a retracé l'« histoire unique » du raifort. Autrefois, chaque ferme alsacienne en entretenait quelques pieds dans le jardin, pour un usage domestique. Dans les années 1950, la famille Urban a décidé de cultiver la racine à plus grande échelle. « C’était très novateur », souligne Joseph Lutz. D’autant que ces pionniers sont allés jusqu’à peler et râper les racines à la main. « Cette blancheur, c’est ce qui fait encore la particularité du raifort alsacien. Celui qui est produit en Allemagne ou en Autriche n’est pas pelé donc il a une teinte grisâtre. » Dans les années 1960-1970, la culture du raifort se développe surtout sur les bans de Mietesheim et Wissembourg.

« J’ai commencé par en planter une rangée dans le tabac en 1977 », raconte Joseph Lutz, aussitôt corrigé par son épouse : « Nous avons planté ! » À cette époque, la demande de l’usine Raifalsa, alors dirigée par Georges Urban et sa sœur Marguerite Schmidt, est croissante. Aussi Joseph Lutz fait-il la promotion de la culture auprès de ses collègues tabaculteurs. « Ce sont deux cultures qui se marient bien : il faut être habitué au travail manuel. » À partir de la fin des années 1980, Gérard Neuhard est mandaté par la Chambre d'agriculture pour s’occuper du groupe de 30 producteurs. Il l’anime, organise des essais, des visites à l’étranger, parfois à plus de 1 000 km… Bref, ne ménage pas ses efforts pour améliorer les techniques de production et structurer la filière. Des efforts couronnés par la création de la coopérative Alsaraifort en 1992.

Deux ans après, Raifalsa traverse quelques perturbations. Georges Urban et Marguerite Schmidt n’ont pas de successeur. La sucrerie d’Erstein se porte acquéreur de l’usine. Mais le divorce est vite prononcé. Raifalsa est alors rachetée par Rémy Lienhard, qui investit dans une unité de production de 1 500 m2. Mais, au bout de trois années d’exploitation, il se retire de l’affaire, et l’entreprise est revendue à Ernest Trautmann et son fils Denis. « Avec eux, on a pu discuter. Et c’est ce qui a permis de pérenniser la filière », affirme Joseph Lutz. En 2006, il cède le poste de la présidence d’Alsaraifort à Christophe Scharrenberger. Deux ans plus tard, la coopérative adhère à Planète Légumes.

Des pistes de modernisation

Aujourd’hui, la coopérative regroupe 17 exploitants sur 21 ha. Le principal acheteur reste Raifalsa, devenu Alélor, qui transforme environ 150 tonnes de racines par an. Le noyau dur des producteurs se situe toujours dans le secteur historique, au nord de Mietesheim, mais aussi autour de Brumath. « Depuis trois quatre ans, il y a aussi des producteurs le long du Rhin », témoigne Pierre Geist, l’actuel conseiller de la Chambre d'agriculture d’Alsace en charge de la filière raifort. Après avoir diminué jusqu’en 2010, où il n’y avait plus que 13 producteurs, l’effectif augmente à nouveau. L’évolution des surfaces est similaire, et la surface moyenne par producteur augmente. « Le rendement est très fluctuant, de 6 à 10 t/ha, car il est très tributaire des aléas climatiques », décrit Pierre Geist. Une piste envisageable pour lisser ces aléas serait d’équiper les parcelles de raifort de systèmes d’irrigation.

C’est un des axes de travail évoqués au cours de cette réunion anniversaire, mais pas le seul : développer le désherbage mécanique, mécaniser davantage la récolte, planter les racines dans des buttes hautes… Les idées ne manquent pas pour rendre la culture plus attractive auprès des jeunes producteurs. Car c’est là que le bât blesse : la culture du raifort est assez contraignante. Les racines se récoltent de la fin de l’automne au début du printemps, donc dans des conditions difficiles. « Il faut compter 600 à 800 heures de travail », estime Christophe Scharrenberger. « Or notre mission est aujourd’hui de renouveler les générations. Depuis 2010, 12 nouveaux producteurs se sont lancés dans le raifort mais certains ont déjà arrêté », constate Pierre Geist.

Des velléités de sortir de la confidentialité

Les freins au développement de la filière résident aussi dans la confidentialité de la culture en France - les 21 ha de raifort alsaciens sont les seuls de tout l’hexagone - qui n’intéresse donc ni les constructeurs de matériel agricole, ni les firmes phytosanitaires. Pour obtenir des autorisations d’usage, le raifort était d’abord considéré comme une Plante à parfum, aromatique, médicinale et condimentaire (PPAMC), puis comme une carotte… Alors qu’il appartient à la famille des crucifères. Quoi qu’il en soit, la culture mineure manque de solutions de traitement homologuées. Et certains ravageurs posent problème (rouille, rhizoctone, altises) « Heureusement, nous entretenons de très bonnes relations avec nos homologues allemands, autrichiens, hongrois », se félicite Pierre Geist.

Culture marginale, le raifort n’a bénéficié que de peu de soutiens financiers pour prospérer. Si cette microfilière perdure, c’est surtout grâce à l’engagement et au soutien de quelques hommes. Aujourd’hui la production de raifort reste stable, mais n’augmente pas vraiment. Joseph Lutz rêve de davantage d’actions de sensibilisation auprès des consommateurs pour promouvoir ce condiment si particulier, voire d’un dépôt de dossier de demande d’indication géographique protégée (IGP)…

Qualité de l’eau souterraine en Alsace

« Il faut continuer à faire progresser les techniques »

Cultures

Publié le 08/12/2017

Tout le monde aurait aimé pouvoir analyser et commenter des chiffres différents. Mais les résultats de l’étude de l’Aprona sont ce qu’ils sont (lire en encadré). Et il s’agit désormais « d’examiner les politiques publiques existantes, et d’en construire de nouvelles », a déclaré Frédéric Pfliegersdoerffer, président de l’Aprona, lors de son allocution d’ouverture de la demi-journée de restitution des résultats. Pour Christian Guirlinger, président de la commission Environnement de la Région Grand Est, ces résultats ont le mérite d’arriver à temps : « Ils vont permettre d’anticiper les politiques à mener et d’identifier des pistes de travail pour adapter les actions engagées afin de réduire la pollution par les produits phytosanitaires ».

Une table ronde réunissant Guy Dietrich, de l’Agence de l’eau Rhin Meuse, Cécile Billaud, de l’Agence régionale de Santé Grand Est, Fabien Metz, de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Jean-Philippe Torterotot, directeur régional adjoint de la Dreal Grand Est, et Christian Guirlinger a fait suite à la présentation des résultats. L’étude met notamment en évidence la rémanence importante de certaines substances actives. « Il faut avancer sur la compréhension de ces phénomènes », a estimé Jean-Philippe Torterotot. Il a aussi considéré qu'« on ne peut pas comparer ces résultats à ceux qu’on aurait eus si on n’avait rien fait. L’échec aurait été de ne rien faire et de ne pas s’intéresser à la situation. » Une analyse que partage Christian Guirlinger, pour qui ces résultats « vont permettre d’agir pour corriger le tir ».

« Accepter le temps long de la nature et des phénomènes chimiques »

Fabien Metz a rappelé que les agriculteurs utilisent les produits phytosanitaires dans le respect d’un cadre réglementaire, avec des AMM, des doses maximales… « Malgré cela, constater que des molécules migrent vers la nappe nous interpelle. Pour quelles raisons certains produits phytosanitaires migrent plus ou moins en fonction des secteurs ? Le savoir nous permettra de mieux adapter nos pratiques. » Il a rappelé que les agriculteurs utilisent des produits phytosanitaires pour préserver les cultures des ravageurs et pour respecter des normes de qualité sanitaires. S’ils n’en utilisent pas, ils risquent une perte de rendement, ou de qualité, donc de revenu. Et s’ils utilisent des alternatives aux produits phytosanitaires, cela engendre un surcoût qu'ils ont du mal à répercuter sur le prix de vente, car il est dicté par un marché mondial, où la concurrence est rude, et par une logique de prix bas.

Pour Guy Dietrich, ces résultats ne sont pas une surprise puisqu’ils convergent avec les données des Agences de l’eau. Il s’est félicité de la stabilisation enregistrée pour les nitrates, bien qu’il considère que leur teneur soit toujours inquiétante. Quant aux résultats sur les produits phytosanitaires, « il faut accepter le temps long de la nature et des phénomènes chimiques ». Reste que « le nombre élevé de molécules retrouvées, et leur possible effet cocktail, sont préoccupants».

« La présence de résidus de produits phytosanitaires dans l’eau est un sujet à préoccupation sanitaire fort, qui figure parmi les quatre priorités de la politique nationale de santé, avec la pollution de l’air et les perturbateurs endocriniens », a indiqué Cécile Billaud. Il existe certes des procédés de traitement de l’eau pour la rendre potable, mais pour protéger la santé des populations, il faut en installer plus, et « mieux protéger la ressource en eau potable en amont ».

Des actions à poursuivre

Les participants sont revenus sur les actions qui ont d’ores et déjà été engagées, et que nous avons évoquées dans notre précédente édition. Guy Dietrich a rappelé que  l’Agence de l’eau Rhin Meuse finance des postes de conseillers, participe au financement des conversions à l’agriculture biologique et de différents plans (AgriMieux, FertiMieux, Ecophyto…). « Il est nécessaire de mobiliser de nouveaux financements », a-t-il lancé. Jean-Philippe Torterotot a souligné que, de 1991 à aujourd’hui, le nombre de substances phytosanitaires autorisées est passé de 1 200 à 300, ce qui démontre la restriction qui est faite à leur usage. Fabien Metz a indiqué que la profession agricole a engagé diverses actions. Parmi elles, il a plus longuement évoqué le réseau Dephy, dont il fait partie, et qui vise à « faire se rencontrer les agriculteurs afin de faire évoluer les pratiques». Puis à vulgariser et diffuser ces nouvelles connaissances. « Dans mon groupe, l’IFT moyen a baissé de 28 %, sans conséquence sur le revenu. Cette marge de progrès peut être démultipliée. Mais pour atteindre une baisse de 50 % des IFT, il faudra d’autres accompagnements », a-t-il estimé. Techniques, mais aussi financiers, car les solutions de biocontrôle ont un coût qu’il faut pouvoir répercuter sur le prix de vente. C’est le cas en agriculture biologique, mais c’est plus difficile en agriculture conventionnelle : « Ce n’est pas moi qui fixe mon prix de vente. Si on veut pouvoir le faire, il faut trouver d’autres façons de vendre. »

D’autres à engager

Que faire à l’avenir pour que, dans six ans, la qualité des eaux souterraines se soit améliorée ? Pour Jean-Philippe Torterotot, il s’agit de « ne baisser la garde sur aucune piste car il n’y aura pas de solution unique. » Certes il faut continuer à faire progresser les techniques. Mais la substitution de molécules par d’autres ne réduit pas la contamination globale, a-t-il souligné. Il s’agit donc de chercher des produits moins problématiques. Et l’Inra y travaille. Jean-Philippe Torterotot a aussi estimé que les solutions passeront par une évolution des modèles de production. Mais pas seulement. « C’est l’ensemble du système agricole, de l’alimentation et des filières de consommation qu’il faut revisiter. Et c’est le travail qui est engagé dans le cadre des États généraux de l’alimentation. »

Pour Guy Dietrich, il s’agit d’identifier les secteurs les plus dégradés, et d’y «mettre le paquet», notamment en identifiant des assolements qui concilient qualité de l’eau et revenu des agriculteurs. L’Agence de l’eau travaille donc à l’implantation de cultures « water friendly » dans ces secteurs sensibles. Sur le reste du territoire, il faut « continuer les efforts, élargir la voie ouverte par les fermes Dephy pour passer du niveau expérimental à une application massive de ces pratiques dans toutes les exploitations agricoles alsaciennes. » Reste la question de la compensation des surcoûts engendrés. « Il faudra trouver des moyens financiers », a constaté Guy Dietrich.

Pour Fabien Metz, une partie de la solution réside dans le développement de filières locales, au sein desquelles les producteurs peuvent peser dans les négociations tarifaires. Mais il constate aussi : « L’alimentation ne représente plus en moyenne que 13 % du budget d’un ménage. On peut manger partout, de tout, et n’importe quoi en n’importe quelle saison. La nourriture a perdu sa valeur. » Christian Guirlinger approuve : « Il ne faut pas se voiler la face, les responsables, c’est chacun d’entre nous, lorsque nous consommons des produits importés de pays où les pratiques sont toutes autres. »

État de la nappe phréatique en Alsace

Des résultats en demi-teinte

Cultures

Publié le 30/11/2017

Le projet Ermes (Évolution de la ressource et monitoring des eaux souterraines) vise à dresser un état des lieux de la qualité des eaux de la nappe phréatique d’Alsace et des aquifères du Sundgau. Il est réalisé par l’Aprona, en partenariat avec la Région Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin Meuse. Au total, près de 400 paramètres ont été analysés : nitrates, chlorures, produits phytosanitaires, métaux, métalloïdes, dioxines, furanes, PCB, substances pharmaceutiques, adjuvants alimentaires… Dans un premier temps, l’Aprona a réalisé l’analyse des résultats obtenus sur les nitrates et les produit phytosanitaires, qui concernent essentiellement le secteur agricole. Pour les autres polluants, les résultats seront présentés dans un deuxième temps.

Par rapport à la précédente étude de 2009, la méthodologie a quelque peu évolué. 137 substances, correspondant à des produits phytosanitaires ou à leurs métabolites ont été recherchées, contre 43 en 2009. Les prélèvements ont été effectués de mi-août à mi-octobre 2016 dans la couche superficielle de la nappe, soit de 0 à 50 m de profondeur. Le réseau de mesure comprenait 825 ouvrages, 674 sur la nappe d’Alsace et 151 dans les aquifères du Sundgau. Il s’agit de captages d’eau potable, de puits agricoles, de puits d’incendie, de sources… Au total, près de 224 000 mesures ont été analysées. À noter aussi que, depuis 2009, le réseau de mesure a été densifié en bordure ouest de la nappe afin d’obtenir une plus grande finesse d’informations sur cette zone. Mais ce réseau densifié n’a été utilisé que pour affiner les cartes et ajuster les connaissances de cette zone complexe. Pour étudier l’évolution des teneurs, l’Aprona a basé ses calculs sur le réseau non densifié, soit le même qu’en 2009, afin de ne pas créer de distorsions dans les résultats.

Nitrates : du mieux et du moins bon

En ce qui concerne les nitrates, la situation se stabilise globalement depuis 2009. La teneur moyenne en nitrates passe de 25 mg/l à 24,6 mg/l. En 2016, 10,8 % des points dépassent la limite de qualité de 50 mg/l (contre 10,7 % en 2009) et 16,3 % le seuil d’alerte de 40 mg/l (contre 17,8 % en 2009). La cartographie des teneurs en nitrates confirme que certaines zones, déjà identifiées en 2003 puis 2009, sont plus concernées que d’autres par cet enjeu. Il s’agit principalement de la bordure ouest de la nappe phréatique d’Alsace. Cette cartographie révèle que si dans certaines zones la qualité de l’eau s’améliore - notamment dans les secteurs les plus dégradés - dans d’autres elle stagne, voire se dégrade. Dans les aquifères du Sundgau, la teneur moyenne en nitrates est passée de 23,5 à 23,4 mg/l. Et le nombre de points dépassant le seuil d’alerte de 40 mg/l est en recul de 22,4 % à 19,2 %. Là aussi, l’évolution de la situation est géographiquement contrastée.

Globalement, l’étude de l’évolution des teneurs en nitrates dans le temps révèle que depuis 2003, la situation s’améliore doucement. Certes la progression est lente, mais elle se poursuit sur la même lancée. Il s’agit donc d’un résultat très positif, qui démontre que les actions mises en œuvre par la profession agricole en zones vulnérables portent leurs fruits. Ces mesures de lutte contre la fuite de nitrates ont été mises en place avant celles visant à réduire l’impact des produits phytosanitaires. Il est donc assez logique de constater de meilleurs résultats pour les nitrates que pour les produits phytosanitaires.

Produits phytosanitaires : plus de résidus

De 43 substances recherchées en 2009, le panel est passé à 137 en 2016 (113 substances actives et 24 métabolites). En nappe phréatique, il n’y a que 7,2 % des points où la concentration en substances phytopharmaceutiques est inférieure au seuil de détection. La majorité (64,3 %) présente une concentration inférieure à 0,1 µg/l pour une substance ou comprise entre 0,4 et 0,5 µg/l pour la somme. Mais 28,5 % des points de mesure affichent des concentrations en produits phytosanitaires supérieures à 0,1 µg/l, dont 2,8 % de points qui dépassent le seuil de 2 µg/l pour au moins un produit phytosanitaire. 77 des 113 produits phytosanitaires recherchés ont été détectés au moins une fois, et 21 substances dépassent la teneur de 0,1 µg/l. La plupart sont des herbicides ou leurs métabolites. Ce qui paraît logique étant donné que leur application se fait le plus souvent sur le sol, avant la levée des adventices, ou sur de jeunes plantules. Parmi elles, les cinq substances les plus détectées sont l’atrazine, trois de ses dérivés, et la simazine. Les trois substances suivantes sont le nicosulfuron, le S-métolachlore et la bentazone, des substances herbicides autorisées sur maïs et/ou betterave. Avec 15,3 % de points au-dessus de la limite de qualité de 0,1 μg/l, la déisopropyl-déséthyl-atrazine (DEDIA), métabolite de métabolite de l’atrazine, apparaît comme la substance la plus préoccupante : à elle seule elle représente 38 % des points supérieurs à 0,1 μg/l.

Dans les aquifères du Sundgau, il y a à la fois davantage de points où la concentration en substances phytopharmaceutiques est inférieure au seuil de détection (29,1 %), et davantage de points où la teneur en produits phytosanitaires est supérieure à 0,1 µg/l pour une substance ou à 0,5 µg/l pour la somme (39,1 %). 37 des 113 produits phytosanitaires recherchés ont été détectés au moins une fois, et 10 dépassent la teneur de 0,1 µg/l. La fréquence de quantification des substances est similaire à celle de la nappe puisque l’atrazine et ses dérivés tiennent le haut du pavé. Une particularité : la bentazone, une substance active herbicide autorisée sur maïs arrive en 4e position. Au total, 10 molécules présentent des teneurs supérieures à 0,1 µg/l. Il s’agit surtout de l’atrazine et de ses dérivés.

Dans son étude, l’Aprona fait la distinction entre des métabolites dont la toxicité est établie, et qui sont donc intégrés dans le contrôle sanitaire, et 24 autres métabolites, non inclus dans la liste de surveillance de l’état chimique parce que leur toxicité n’a pas été établie. Des avis sont en cours d’élaboration par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour huit d’entre elles. Et dans d’autres pays (Suisse, Allemagne, Pays-Bas), la teneur en ces molécules n’a pas été reconnue comme un paramètre pertinent pour estimer la qualité de l’eau. Elles ne sont donc pas recherchées dans les analyses d’eau. L’étude de l’Aprona montre que ces molécules sont détectées quasiment partout, et à des concentrations relativement hautes sur une part significative des points de mesure. Dans la nappe phréatique, 61,2 % des points dépassent 0,1 µg/l, dont 6 % étant au-dessus de 2 µg/l. Et 22 des 24 métabolites recherchés sont quantifiés au moins une fois. Cette fois, ce sont les métabolites du S-métolachlore qui sont les plus détectés : au moins un des quatre métabolites du S-métolachlore est quantifié sur 90 % des points de mesure. Dans les aquifères du Sundgau, 53 % des points de mesure dépassent 0,1 µg/l. Et un point est au-dessus la teneur de 2 µg/l. Sur les 21 métabolites analysés, 16 le sont au moins une fois. Là aussi, les substances les plus fréquemment retrouvées sont des métabolites du S-métolachlore.

Des seuils plus souvent dépassés

Voici pour l’état des lieux de 2016. Mais, depuis 2009, la qualité de l’eau de la nappe s’est-elle améliorée ou dégradée ? Pour répondre à cette question, l’Aprona a restreint le champ de son étude aux 43 molécules qui ont été analysées en 2009 et 2016. Le nombre de points exempts de produits phytosanitaires passe de 13,5 à 8,4 %, ce qui s’explique aussi par l’amélioration des performances analytiques des laboratoires. Une augmentation de 2 % du nombre de points dépassant le seuil de 0,1 µg/l est constaté (passant de 11,3 à 13,3 %). Cette augmentation des fréquences de dépassement se vérifie surtout pour le S-métolachlore, le nicosulfuron et la bentazone. En outre, 21 molécules présentent des seuils de dépassement, contre 16 en 2009. Et 38 molécules différentes sont quantifiées en 2016 contre 34 en 2009. Enfin, neuf molécules dépassent pour la première fois le seuil de 0,1 µg/l. Mais ces molécules sont désormais pour la plupart interdites, et restent peu quantifiées (moins de 1 % des mesures).

Dans les aquifères du Sundgau, l’étude de l’évolution des teneurs en produits phytosanitaires de 2010 à 2016 est plus positive car la qualité de l’eau s’améliore globalement pour les 43 molécules considérées. En effet, le nombre de points dépassant 0,1 µg/l diminue de 3,5 %. En outre, 17 molécules sont quantifiées en 2016, contre 19 en 2010. Les deux molécules qui dépassent le plus souvent le seuil de 0,1 µg/l en 2010 comme en 2016 sont l’atrazine et un de ses dérivés, avec, à chaque fois une tendance à la baisse, annonciatrice d’une disparition, certes lente, de cette molécule et de ses dérivés de l’environnement. La troisième molécule qui dépasse le plus souvent le seuil de 0,1 µg/l est l’AMPA, un dérivé du glyphosate. Il est suivi par le glyphosate lui-même (1,3 % des points de mesure).

Des vestiges du passé

L’étude de l’Aprona confirme donc la contamination des eaux souterraines par des substances actives et leurs dérivés. Mais il est intéressant de constater que, parmi les 25 molécules les plus retrouvées, 19 sont retirées du marché depuis 2003 et ne sont donc d’ores et déjà plus utilisées. Il s’agit donc de conséquences de pratiques issues du passé, contre lesquelles l’évolution des pratiques actuelles ne peut pas grand-chose. En outre, toujours parmi ces 25 molécules les plus retrouvées, figurent un certain nombre de métabolites, qui peuvent être toxiques, mais pas forcément. Donc, si on ne considère que les matières actives encore autorisées, le tableau est bien moins sombre. Les substances qui sont le plus détectées sont le nicosulfuron, le S-métolachlore, et la bentazone. Arrive ensuite le bromacil, une molécule désormais retirée du marché et dont la présence dans les eaux souterraines est principalement due à une pollution d’origine industrielle, suite à une fuite dans une usine de fabrication.

La profession agricole mobilisée sur le sujet

La profession agricole a mis en place un certain nombre de mesures afin de réduire son recours aux produits phytosanitaires. Des mesures qui portent leurs fruits puisque la consommation de substances actives (hors soufre et cuivre) est en baisse régulière en Alsace depuis 2010. Une baisse masquée par la hausse de la consommation de soufre et de cuivre, homologués pour lutter contre les ravageurs des cultures en agriculture biologique, et de plus en plus utilisés par les agriculteurs conventionnels aussi, notamment parce que cela leur permet d’utiliser moins de produits de synthèse.

Il y a d’abord des mesures réglementaires, comme le Certiphyto, obligatoire pour manipuler des produits phytosanitaires depuis 2015. Sur les 12 000 exploitations alsaciennes, 9 000 ont été formées. Le gap est constitué des exploitations qui sous-traitent ces travaux. À cela s’ajoutent les contrôles des pulvérisateurs, obligatoires tous les cinq ans, et qui visent à vérifier la conformité du matériel utilisé.

Dans le cadre du Plan végétal pour l’environnement (PVE), un dispositif national dont les objectifs sont la réduction de l’impact des produits phytosanitaires et la consommation d’énergie par l’activité agricole, les agriculteurs ont pu bénéficier d’aides à l’investissement dans du matériel plus performant, ou encore des aires de lavage des pulvérisateurs. Un dispositif qui a été bien utilisé puisqu’entre 2009 et 2015 près de 2 000 investissements ont été subventionnés. En tête de ce dispositif arrivent les outils de désherbage mécanique, suivis par les systèmes de guidage par GPS, et les aires de lavage et de remplissage des pulvérisateurs. Ce qui a permis de réduire à la fois les pollutions diffuses, grâce à une meilleure gestion des tourières, des coupures de tronçon… et les pollutions ponctuelles en évitant les débordements de cuve, le rinçage vers les réseaux.

Cela fait aussi plus de 20 ans que la profession agricole a mis en place des opérations Agri-Mieux et Ferti-Mieux, dans le cadre desquelles des pratiques agricoles alternatives sont testées et diffusées en zone vulnérable. Dans les zones de captages prioritaires, s’ajoutent à cela des conseils individuels et la contractualisation de Mesures agroenvironnementales (MAE) sur près de 13 000 ha.

Les conseils émanant de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), notamment via ses bulletins techniques, intègrent désormais systématiquement des mesures de techniques alternatives. Et des formations sont régulièrement proposées aux agriculteurs pour aller vers des techniques de traitement plus efficientes et économes. En outre, des essais sont conduits afin de trouver des alternatives aux produits phytosanitaires. Ainsi, des matières actives moins sujettes au risque de transfert vers les eaux souterraines que le S-métolachlore ont été testées, avec des efficacités correctes, notamment sur les graminées, dont le niveau d’infestation doit être maîtrisé au risque de voir le stock semencier du sol augmenter.

Depuis 2010, dans le cadre du plan Écophyto, des groupes d’agriculteurs se sont créés afin de réduire leur dépendance aux produits phytosanitaires de synthèse. Il s’agit du réseau de ferme Dephy (lire aussi en pages 5 et 14), bien développé en Alsace avec 24 maraîchers, 25 viticulteurs et 26 agriculteurs. Dans les fermes Dephy du Nord Est, entre 2010 et 2015, l’Indice de fréquence de traitement (IFT) a été réduit de 12 % en grandes cultures et polyculture élevage, 30 % en cultures légumières 17 % en viticulture et 6 % en arboriculture.

En 2016, une convention territoriale d’engagement entre les prescripteurs a été signée à l’échelle alsacienne pour des actions correctives et préventives sur les ressources en eau. 32 signataires représentant l’ensemble des filières agricoles sont concernés. Cette convention permet notamment des échanges entre les conseillers agricoles et les technico-commerciaux des négoces sur les résultats des analyses d’eau des captages et les programmes de désherbage afin d’aboutir à des conseils communs propres à faire évoluer les pratiques des agriculteurs.

Les conversions à l’Agriculture biologique (AB) sont encouragées. La profession cherche aussi à construire de nouvelles filières à bas intrants, notamment de production de biomasse, mais aussi des circuits courts valorisant les produits de l’élevage, propres à maintenir les surfaces en herbe. Enfin, la CAA étudie la possibilité d’intégrer de « nouvelles » cultures peu exigeantes en intrants dans les assolements.

Des résultats à compléter

En ce qui concerne les nitrates, les efforts portent leurs fruits et doivent donc être maintenus, voire intensifiés, notamment dans les zones sensibles. L’amélioration du spectre de produits phytosanitaires détectés dans l’eau passera sans doute par un changement de système, qui devra être adapté au public et au territoire. La réponse sera donc forcément plurielle. Il faudra être vigilant quant aux résultats qui seront obtenus pour les autres polluants et prendre les mesures qui s’imposent dans tous les domaines. En effet, la priorité qui a été donnée à la publication des résultats sur les nitrates et les produits phytosanitaires ne doit pas jeter l’opprobre sur une catégorie socioprofessionnelle, et faire oublier que, au-delà de l’activité agricole, la pollution mesurée résulte de bien d’autres facteurs qui interfèrent avec notre environnement quotidien. Enfin, si la nappe phréatique alimente en eau potable 80 % de la population alsacienne, les résultats énoncés plus haut ne reflètent pas la qualité de l’eau potable distribuée aux robinets, qui fait l’objet de traitements destinés à garantir une qualité conforme aux critères de potabilité.

Lait de chèvre bio

De belles opportunités à saisir

Élevage

Publié le 29/11/2017

« Chaque litre de lait de chèvre fermenté que nous produisons est un litre de lait de chèvre vendu », affirme Christian Haessig, de la laiterie du Climont à Saales. À quelques kilomètres de là, sur l’autre rive du Rhin, la laiterie Monte Ziego, travaille 1 Ml de lait de chèvre. « Mon objectif, c’est de passer à 10 Ml d’ici cinq ans », avance Martin Buhl. Idéalement avec du lait collecté localement. Et ce volume, qui peut sembler colossal, il ne craint pas de ne pouvoir l’obtenir. « Simplement, si ce n’est pas localement, j’irai le chercher ailleurs ». C’est aussi ce que fait, à contrecœur, la société Biodéal qui élabore des produits au lait de chèvre et de brebis en Haute-Saône, mais avec du lait qui provient majoritairement d’Aveyron. Une situation qui ne satisfait pas Adnan Jaoui, fondateur de la société.

Les trois entrepreneurs, tous embarqués dans la même quête de lait de chèvre bio, avaient donc pris leur bâton de pèlerin pour prêcher tout l’intérêt de produire localement un produit destiné à être transformé par des industriels à taille - plus ou moins - humaine. Qui plus est, ils sont tous prêts à rétribuer équitablement les producteurs afin d’assurer leur approvisionnement régulier en un produit de qualité. Ils se sont retrouvés face à une assemblée constituée de… trois producteurs et le double de représentants d’organismes professionnels agricoles. Pour eux, alors que la filière laitière s’empêtre dans une crise du beurre révélatrice de ses dysfonctionnements, c’est une déception. Car même si convertir un atelier bovin en atelier caprin - ne serait-ce qu’en partie - ne se fait pas d’un coup de baguette magique, bénéficier d’un juste prix constitue l’opportunité d’envisager l’avenir plus sereinement.

De l’Aveyron à la Haute-Saône

À tour de rôle, ils ont présenté leur entreprise. Adnan Jaoui, ingénieur AgroParisTech, a créé une première laiterie en 2000, puis il a repris la fromagerie Roussey, à Selles, en Haute-Saône, en 2011, et a redémarré la fruitière de Lavigney en 2013. Un développement qui permet à l’entité Biodéal d’élaborer une gamme de 25 produits frais au lait de chèvre et de brebis collecté en Aveyron. En 2015, il initie une filière de lait de chèvre et de brebis bio en Franche-Comté avec le soutien de l’État et des collectivités locales. « Nous poursuivons la construction de cette filière équitable de lait bio de chèvre et de brebis. » Aujourd’hui, Biodéal travaille avec cinq producteurs locaux, plus une installation en cours et quelques porteurs de projet dans les cartons. Ces cinq producteurs échangent avec Biodéal sur la qualité du lait, les moyens de production, le prix… Mais cette phase embryonnaire engendre un certain nombre de difficultés : « Comme nous n’avons pas assez de producteurs, les volumes ne sont pas suffisants, notamment en début et en fin de lactation. » Et, toujours par manque de volume, ce sont les éleveurs qui prennent en charge la collecte. « Ils sont équipés et dédommagés pour cela », précise Adnan Jaoui. Enfin, le suivi technique nécessaire à l’amélioration de la qualité du lait fait défaut. Les livraisons actuelles ne couvrent en tout cas pas le volume transformé par Biodéal, qui s’approvisionne donc toujours en lait de chèvre dans d’autres bassins de production. Jusqu’où ira Biodéal pour localiser son approvisionnement ? Tout dépend du volume à collecter, répond Adnan Jaoui. Mais la rentabilité de la collecte a été évaluée à 90 km autour des deux laiteries.

Un produit santé qui plaît

Avant d’être transformateur, Christian Haessig, dirigeant de la laiterie du Climont, a mené de front les activités d’agriculteur et de transformateur, et en a vu « les atouts et les inconvénients. » Avec son épouse, ils ont choisi de se consacrer à la laiterie, qui transforme environ 600 000 l de lait, dont un tiers est valorisé en bio, même si quasiment toute la collecte est bio. Un choix assumé par Christian Haessig, qui préfère voir ses produits bien en vue au rayon traditionnel. La gamme de produits élaborés à la laiterie du Climont comprend le K-philus, un produit « santé » élaboré avec du lait fermenté, que ce soit de vache, de brebis, ou de chèvre. « C’est un marché qui se développe », constate Christian Haessig, qui est donc à l’affût de relations locales pour asseoir l’approvisionnement en lait de chèvre. D’autant que des travaux sont en cours à la laiterie : ils vont se traduire par un doublement de la surface de l’usine. Un investissement qui reflète la confiance de l’entrepreneur quant à la possibilité de « construire une filière locale, équitable, fondée sur un partenariat équilibré entre des producteurs et une unité de transformation à taille humaine ». Il ne lui reste « plus qu’à » rencontrer des producteurs prêts à nouer de telles relations commerciales… C’est le cas d’Alban Wehrle, qui est en train de monter un atelier caprin à Mackenheim. Dans 500 m2, il accueillera 120 chèvres de race alpine, dont le lait sera intégralement livré à la laiterie du Climont. Pour l’instant, la laiterie transforme 2 000 l de lait de brebis et environ 500 l de lait de chèvre par semaine, en provenance d’un unique producteur vosgien. Et ce sont encore les producteurs qui assurent la collecte et la livraison. « Mais nous sommes en train de nous équiper pour collecter à la fois du lait de vache, de brebis, et de chèvre », indique Christian Haessig.

Un marché et un outil propres à générer une filière

Avec la laiterie Monte Ziego, on reste dans la même division, par rapport aux géants de l’industrie laitière, mais on change tout de même de catégorie : « Nous travaillons avec quinze fournisseurs de lait de chèvre, et nous transformons 1 Ml de lait chèvre par an. Mais dans cinq ans, nous voulons passer à 10 Ml de lait », avance Martin Buhl, dirigeant de la laiterie. Qui plus est, du lait certifié Demeter. Un objectif qui peut sembler utopique, voire carrément irréalisable. Mais Martin Buhl est on ne peut plus sérieux : « Notre activité principale est la laiterie. Mais nous y avons adossé une unité de déshydratation de lait qui permet de fabriquer du lait de chèvre en poudre. » Un investissement de 20 M€ qui permet d’écrêter les pics de production estivaux. En effet, la production de lait de chèvre est fluctuante. Or la fromagerie écoule surtout sa production via la grande distribution, qui a une demande plus forte vers Noël et Pâques. Donc, pour avoir assez de lait à ces périodes, la laiterie a besoin de s’assurer un certain volume d’approvisionnement qui engendre une surproduction en été. Il fallait trouver un moyen de valoriser le surplus estival.

À cela s’ajoute un contexte réglementaire favorable. Depuis 2015, les fabricants d’aliments infantiles sont autorisés à intégrer de la poudre de lait de chèvre dans leur recette. Un ingrédient qui intéresse au plus haut point le fabricant Holle, une référence en matière d’alimentation infantile bio. Il y a donc un nouveau marché à saisir. Pour amortir l’unité de déshydratation, Monte Ziego cherche de nouveaux producteurs, prioritairement en Alsace, en Forêt-Noire et dans les Vosges, afin de maîtriser le coût de la collecte. Tous les producteurs actuels sont certifiés Demeter, les nouveaux devront l’être aussi. La laiterie propose un suivi technique poussé à ses fournisseurs. Pour Martin Buhl, le modèle économique qu’il défend représente une opportunité de dynamiser la production laitière en moyenne et haute montagne. Car, pour lui, l’avenir de l’agriculture rhénane ne se construira pas au niveau mondial, mais local, avec une agriculture à haute valeur ajoutée. « Cet outil, c’est un instrument de développement d’une filière locale qu’il faut savoir bien utiliser, estime Martin Buhl. Tous les collecteurs de lait de chèvre sont confrontés à la surproduction estivale. Nnotre projet peut intéresser des collègues. » Un appel du pied visiblement entendu : « Il doit être possible de trouver des synergies entre des opérateurs qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires », estime Adnan Jaoui.

Mois de la bio. Au Gaec de Rosen-Guth à Dettwiller

Concilier robot et pâturage en bio

Élevage

Publié le 18/11/2017

Le Gaec de Rosen-Guth est situé à Dettwiller. Plus précisément sur les hauteurs de Rosenwiller, pas très loin de l’autoroute A4 et de la LGV Est européenne depuis qu’une sortie d’exploitation a été réalisée en 1987. À l’époque, la SAU était de 90 hectares, et 50 vaches laitières (VL) produisaient quelque 300 000 l de lait par an. Guillaume Guth a rejoint l’exploitation familiale en 2009. Au départ avec un plan d’installation en conventionnel. Mais la conjoncture en lait bio est bonne, une aide à la conversion incitative est en place… Aussi les agriculteurs procèdent-ils à une étude d’impact de la conversion à l’agriculture biologique, qui s’avère intéressante. La décision est prise en quelques semaines.

« Nous pratiquions déjà un élevage extensif et, sortir avec le pulvérisateur, ce n’était vraiment pas ce que j’aimais faire… », argumente Guillaume Guth. « C’était un choix de conversion rapide, confirme Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il a été stimulé par plusieurs facteurs : une coopérative demandeuse, ce qui représente l’assurance d’être collecté et de bénéficier d’un accompagnement, des parents qui n’étaient pas réticents, un mode d’élevage déjà assez extensif, herbagé, avec des vaches pas trop poussées. »

La principale difficulté, c’est que les vaches ne pâturaient plus du tout. « Or, même si le cahier des charges de l’agriculture biologique ne donne pas d’objectif chiffré, le pâturage est une obligation », indique Philippe Le Stanguennec. « Nous avons donc recommencé à faire pâturer les vaches en implantant 10 ha de pâture derrière l’étable. Et nous avons ensemencé progressivement de plus en plus de prairies temporaires autour de l’exploitation », rapporte Guillaume Guth. « Au début, c’était une contrainte, reconnaît-il. Mais plus maintenant. Certes c’est du travail, il faut déplacer les clôtures, changer les batteries. Mais nous y trouvons du plaisir et de l’intérêt. » Tant et si bien qu’ils seraient encore prêts à développer la surface pâturée s’ils n’étaient pas coincés par la ressource en foncier.

Pas de traite, pas de pâture

En 2011, face à la perspective de devoir travailler seul sur l’exploitation - son frère, Jérémy, ne l’a rejoint qu’en 2016 -, Guillaume Guth procède à une extension et à un réaménagement de l’étable afin de faciliter le travail. Les génisses rejoignent le bâtiment principal, le sens des logettes est modifié pour permettre un raclage automatique… Et c’est dans la même optique de diminuer la charge de travail qu’il investit dans un robot de traite Delaval. Les vaches circulent alors librement entre l’étable, la pâture et le robot, ce qui ne va pas sans occasionner quelques difficultés : « Quand on ouvrait les portes de l’étable, toutes les vaches sortaient, et le robot était quasiment inutilisé pendant cinq heures. Or comme il était déjà un peu limite par rapport à la taille du troupeau, il aurait mieux valu qu’il fonctionne tout le temps. Car si on doit tout le temps pousser les vaches pour qu’elles aillent au robot, on perd l’avantage du gain de temps qu’il est censé apporter ! »

En 2015, le stade de 90 vaches pour un robot est atteint. Pour le désengorger, Guillaume Guth investit dans un second robot et, pour rationaliser le déplacement des vaches, dans des portes intelligentes. Elles permettent de donner accès ou non aux vaches au pâturage en fonction du délai avant la prochaine traite : si sa dernière traite remonte à trop longtemps, la vache n’aura pas accès à la pâture tant qu’elle ne sera pas retournée au robot pour se faire traire. Leur circulation reste donc libre, mais contrôlée.

Du méteil pour l’autonomie fourragère

La SAU et l’assolement actuel de l’exploitation ne permettent pas d’atteindre l’autonomie fourragère. Les agriculteurs achètent donc de l’herbe sur pied et des céréales à une exploitation de Weyersheim. Pour accroître l’autonomie fourragère de l’exploitation et mieux compléter le maïs ensilage, Guillaume Guth a essayé cette année sur 10 ha une double culture : du méteil (200 kg de semences fermières de triticale + 50 kg de pois fourrager), suivi d’un maïs ensilage. « L’avantage d’un méteil par rapport à un ray-grass, c’est qu’il va couvrir le sol sans consommer la réserve en eau qui doit bénéficier au maïs », indique l’éleveur, qui avance un second argument : les prairies qui souffrent de manière de plus en plus récurrente de la chaleur et du manque d’eau en début d’été. Le méteil étant récolté avant, il constituerait une forme d’assurance.

Pour cet essai, le méteil a été fauché et ensilé le 1er juin, puis le maïs a été implanté au strip-tiller derrière : « J’avais peur d’assécher le sol en le travaillant », témoigne Guillaume Guth. Avec 17 tonnes de MS/ha (10 pour le méteil, 7 pour le maïs), l’essai est concluant. Ainsi les agriculteurs prévoient de réitérer l’expérience cette année, mais sur 30 ha et en enrichissant le méteil avec de la féverole afin d’améliorer la teneur en matière azotée totale (MAT) du fourrage. Un « challenge personnel » que Philippe Le Stanguennec encourage pour des raisons avant tout économiques : « Par rapport au conventionnel, les prix des correcteurs azotés ou du soja bios sont doublés. »

Retrouvez aussi notre reportage vidéo :

 

Plein Air Création

Un dérouleur-enrouleur polyvalent

Technique

Publié le 14/11/2017

Derrière la société Plein Air Création, il y a la famille Engel. Le père, Materne, est viticulteur à la cave de Beblenheim. Et, récemment, il a quitté volontairement son emploi chez Osram, dans le cadre d’un plan de licenciement. Avec ses filles et son épouse, ils se sont lancé le défi de créer une entreprise de métallerie et de petite chaudronnerie. Il faut dire qu’à eux quatre, ils accumulent les compétences.

Materne connaît bien les travaux dans les vignes et a des idées pour les faciliter. Céline, sa fille, est diplômée en métallerie et chaudronnerie. Elle est donc capable de coucher les idées de son papa sur le papier (ou plutôt sur ordinateur), puis de les forger en atelier. Son autre fille, Nadège, est diplômée en gestion et création d’entreprise. Et son épouse Gabrielle a l’habitude de gérer les aspects administratifs. Le 1er mai 2017, ils ont donc créé cette entreprise à quatre. Et s’attellent désormais à proposer des solutions aux agriculteurs et viticulteurs du secteur.

Enrouler et dérouler simultanément

Vendredi 27 octobre, à Avolsheim, Materne Engel s’affairait donc autour d’un modèle de dérouleur-enrouleur de fils de palissage sorti de son esprit et des ateliers de Plein Air Création. Celui-ci est très polyvalent. Il est capable de rembobiner du vieux fil pendant que du nouveau se déroule. L’idéal pour réaliser des travaux d’entretien ou de réparation.

Lors de travaux d’installation d’une parcelle, il permet de dérouler quatre fils simultanément grâce à son système de freinage des arceaux. Pour démonter ou restructurer une parcelle, il est capable d’enrouler hydrauliquement ou manuellement (ou électriquement en option grâce à une télécommande) les anciens fils. Et, comme ils sont enroulés proprement, l’appareil permet de réutiliser les fils en inox ou en acier galvanisé, et ainsi de réaliser des économies d’achat de fil neuf.

Après les vendanges, l’appareil est aussi capable d’enrouler simultanément les fils releveurs en plastique, jusque 12 fils simultanément théoriquement. Mais Materne Engel conseille de procéder à quatre, voire six lignes simultanément maximum, sinon « le chantier risque de devenir ingérable ». Et si la parcelle est longue, « mieux vaut procéder en deux fois ». En morte-saison, les bobines bien enroulées peuvent être stockées directement sur l’appareil.

Du fil de fer barbelé à la fibre optique, en passant par les tuyaux

Grâce à une tourelle pivotant à 380 ° sur laquelle sont montés deux arceaux entraîneurs permettant de mettre, par exemple de l’ancien fil d’un côté et du nouveau de l’autre, cet enrouleur dérouleur est donc très polyvalent. En effet, en plus des travaux dans les vignes, il peut aussi être utilisé pour gérer du fil de fer barbelé, du fil électrique, de la fibre optique, de la clôture électrique, des tuyaux… Passer le fil dans le guide-fil, l’attacher à son support, et c’est parti :

Pour remplacer un ancien fil, Materne Engel préconise d’enlever la goupille, pour passer en roue libre et ne pas utiliser le régime moteur du tracteur, mais plutôt enrouler le fil mécaniquement. Un disque de frein avec deux mâchoires réglables est situé entre les deux arceaux entraîneur afin de régler la vitesse d’enroulement. Deux disques séparateurs sont livrés avec l’appareil, ce qui facilite la sortie du fil en bobines bien régulières.

Arrache-cep, remorques…

Plein Air Création propose aussi un arrache cep, conçu pour sortir facilement les pieds de vigne malades d’une parcelle destinée à être replantée. Après arrachage, une option tarière permet de préparer le trou pour accueillir le prochain cep. La pince de l’arrache-cep a été récemment modifiée pour une maniabilité accrue, et éviter de couper les pieds en deux. Du coup, l’appareil est aussi capable de sortir des piquets en béton. « Nous sommes aussi spécialisés dans la conception de remorques sur mesure, avec un châssis simple et polyvalent, qui permet de moduler la remorque dans ses dimensions et ses équipements », indique Nadège Engel. Du coup, les agriculteurs peuvent profiter d’une remorque pour réaliser plusieurs types de travaux.

C’est dans ce même esprit d’économie de moyens que Plein Air Création propose de modifier d’anciennes remorques. « Par exemple celles qui sont équipées de vis d’Archimède. En coupant le fond pour le remettre à plat, en les équipant d’un vérin et d’une porte, il est possible de les transformer en remorque multifonctions, capable de transporter du bois, des céréales, du raisin en vrac ou en bottiches… »

Enfin, Plein Air Création propose de mettre son logiciel de dessin 3D au service de ses clients : « Nous pouvons conceptualiser une modification d’outil imaginé par un agriculteur ou un viticulteur en vue de son amélioration », explique Nadège Engel.

Projet Life Alister

Des couverts pour le hamster

Cultures

Publié le 10/11/2017

Les mesures que les agriculteurs mettent en œuvre dans les zones hamster pour préserver l’espèce peuvent s’avérer contraignantes pour eux. Aussi bénéficient-ils d’une contrepartie financière, qui prend la forme de mesures agroenvironnementales collectives. Dans ce cadre, l’implantation d’un couvert avant le 31 juillet pourrait devenir une obligation (avec des dérogations possibles en cas d’obstacle climatique). C’est pourquoi la Chambre d'agriculture d’Alsace mène une expérimentation où différents mélanges de Cipan sont semés plus ou moins rapidement après la récolte, avec des techniques d’implantation différentes (déchaumage puis semis classique, semis direct, semis à la herse étrille).

Les trois mélanges testés (lire en encadré) sont conformes aux préconisations des scientifiques qui ont étudié les effets du bol alimentaire du hamster sur la pérennité des populations. Ils contiennent donc tous au moins une graminée, une légumineuse et du tournesol. En tout, selon les mélanges, de 4 à 12 espèces. « Chaque agriculteur a ensuite choisi les mélanges qu’il souhaitait mettre en place dans les différentes parcelles, notamment en fonction de la culture suivante. Par exemple si le suivant est une betterave, il vaut mieux ne pas avoir de radis dans le mélange », illustre Thomas Blum, président de la Cuma de la Plaine, dont 7 membres ont participé à l’expérimentation, sur 14 agriculteurs au total.

Un objectif gastronomique et agronomique

Aidée par des étudiants en première année de BTS Agronomie et production végétale (APV) du lycée agricole d’Obernai, Annabelle Revel-Mouroz, conseillère au service environnement et innovation de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), a ensuite effectué toute une série de notations sur ces parcelles. La biomasse produite a notamment été mesurée, « car l’idéal serait de transformer une contrainte environnementale en atout agronomique », avance Thomas Blum. « Nous allons aussi chiffrer la quantité d’azote restituée par les couverts », complète Philippe Osswald. Puis l’effet sur les cultures suivantes d’un mode d’implantation classique, c’est-à-dire un semis tardif d’espèces qui se développent rapidement, comme les crucifères, à l’épandeur à engrais, et d’un semis précoce d’espèces qui se développent moins vite, sera comparé.

Vendredi 3 novembre, les agriculteurs situés en zone hamster et les agriculteurs du réseau Base étaient conviés à découvrir les itinéraires techniques mis en œuvre sur une sélection de parcelle. Ils se sont retrouvés à Dorlisheim, sur une parcelle cultivée par Thomas Blum. La moisson y a été effectuée le 10 juillet. Le 26 juillet, il a pratiqué un traitement au glyphosate afin de détruire les liserons, en prévision de l’implantation d’une betterave. Le couvert numéro deux y a été semé quatre jours après, le 1er août, au semoir de semis direct SD 750 A. Mis à disposition de la Cuma de la Plaine, ce semoir a été cofinancé par la CAA et l’Union européenne dans le cadre du projet Life Alister.

Semer tôt, mais pas dans le sec

À quelques mètres de là, Joffrey Jost a récolté un blé de maïs ensilage le 8 juillet et a semé un couvert le 12 juillet au semoir de semis direct SD 750 A. Cette fois le couvert est un peu particulier, puisque Joffrey Jost a utilisé des semences qu’il avait achetées l’année dernière sans pouvoir s’en servir. On y trouve donc du tournesol, de la phacélie, de la vesce commune, du trèfle d’Alexandrie, du trèfle incarnat, du trèfle de Perse et de l’avoine rude. « Le semis a été effectué en conditions sèches. Il y a eu quelques précipitations après, mais pas très importantes », commente Joffrey Jost, qui avait justement choisi ce couvert pour sa capacité à résister aux aléas climatiques, comme la sécheresse. « Mais, au mois d’août, il ne couvrait pas bien le sol », regrette l’agriculteur, qui envisageait de le valoriser avec une fauche ou du pâturage. C’est aussi pour cela qu’il avait privilégié le semis direct : « Pour avoir moins de terre à la récolte et pour pouvoir semer rapidement, donc profiter d’un maximum de précipitations et d’ensoleillement ».

Le 12 octobre, la production de biomasse chez Thomas Blum était de 1,1 tonne de MS/ha, contre 3 t MS/ha chez Joffrey Jost. Un résultat assez surprenant puisque, visuellement, lors de la visite du 3 novembre, la tendance semblait plutôt inverse. Ce qui peut s’expliquer par le fait que le couvert de Thomas Blum a continué à se développer depuis, alors que chez Joffrey Jost il a commencé à régresser. En effet, ce dernier est composé en majorité d’espèces de jours longs, qui sont arrivées à maturité. D’ailleurs, Joffrey Jost est encore dans l’incertitude quant à la manière dont il va gérer la destruction du couvert, le désherbage et l’implantation de la culture suivante.

Moins d’adventices après un semis direct

Annabelle Revel-Mouroz a présenté les premiers résultats issus de la collecte des données. En commençant par un bilan climatique de l’été 2017, au cours duquel les précipitations ont été déficitaires de plus de 10 % par rapport aux normales saisonnières. Néanmoins, la troisième décade de juillet a été bien arrosée, ce qui a favorisé la levée des couverts semés à cette période. La température moyenne a été légèrement supérieure aux normales en août. Et deux pics de chaleur ont été enregistrés en juillet. « L’effet de la date de semis est important. Plus les semis sont effectués tôt, plus ils cumulent de précipitations et de chaleur, et la production de biomasse en profite. » Autre constat, pour un même couvert et une même date de semis, il peut y avoir une production de biomasse très différente, ce qui suggère que les conditions locales jouent un rôle important. Par ailleurs, la technique d’implantation ne semble pas avoir d’incidence significative sur le développement du couvert. Par contre, davantage d’adventices se développent après un déchaumage qu’après un semis direct. Et c’est dans le mélange numéro deux que les adventices ont le plus proliféré, suggérant qu’une densité de semis plus importante pourrait être envisagée.

Cette journée était aussi l’occasion de présenter le dernier outil acquis par la Cuma de la Plaine, un rouleau écraseur de type Faca, qui doit permettre de casser les couverts afin de faciliter l’action du gel en hiver. Une démonstration et des explications à retrouver ici :

 

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