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Bérengère de Butler

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Ensilages

Les conservateurs au silo peuvent améliorer les performances

Cultures

Publié le 03/02/2017

Ensiler les fourrages sert à allonger leur durée de conservation. L’opération consiste à les mettre en conditions humides et anaérobies afin d’obtenir, par fermentation lactique anaérobie, un produit acide, stabilisé, sain, et dont la valeur alimentaire est proche de celle du fourrage récolté en vert. « La qualité de l’ensilage dépend essentiellement de l’état des fourrages au départ et de la qualité de la mise en silo », indique Philippe Le Stanguennec, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Pour réaliser un bon ensilage d’herbe il faut donc privilégier de l’herbe jeune, riche en sucre, digestible, et qui se conservera mieux. « La période optimale de fauche se situe au stade début épiaison. C’est à ce moment qu’on enregistre un pic d’UF et de MAT à l’hectare. Ensuite ces valeurs plafonnent puis diminuent, il n’y a donc aucun intérêt à attendre », poursuit le conseiller. C’est pour profiter à chaque coupe de ces bonnes valeurs alimentaires qu’il est conseillé d’attendre environ six semaines entre elles. La durée de séchage du fourrage avant son ensilage dépend du type de flore, du pourcentage de feuilles, de la productivité et du type de prairie. « Pour limiter les pertes, il faut rechercher une teneur en matières sèches de 30 % pour les graminées, et de 35 à 40 % pour des légumineuses », résume Philippe Le Stanguennec.

Favoriser l’anaérobie

Le processus d’ensilage débute par une phase de respiration, durant laquelle les micro-organismes naturellement présents utilisent les glucides de la plante et l’oxygène présents dans le silo. Afin de préserver la valeur alimentaire du fourrage, cette phase doit être la plus courte possible. Il est donc important de favoriser l’anaérobie le plus rapidement possible. Car ce n’est qu’en absence d’oxygène que les bactéries lactiques prennent le dessus sur les autres (levures, bactéries acétiques conduisant à la perte de matière sèche et d’appétence) et produisent de l’acide lactique conduisant à une acidification rapide du milieu. Or il est important d’atteindre rapidement un pH de 4, car c’est là que le fourrage est stabilisé et que le métabolisme des bactéries indésirables est bloqué.

Pour favoriser l’anaérobie, la technique consiste à bien tasser le silo pour évacuer l’air. Puis il convient d’assurer rapidement et durablement la meilleure étanchéité possible. Une fois le silo ouvert, le front d’attaque du silo doit progresser régulièrement, « d’environ 25 cm par jour en été et de 15 cm par jour en hiver ». Lorsque les conditions d’ensilage sont bonnes, la perte de matière sèche entre le produit vert et fermenté est de 12 à 14 %. « En diminuant la protéolyse, en inhibant l’activité anaérobie des bactéries indésirables, et en améliorant la stabilité des ensilages, les conservateurs permettent de préserver 4 à 5 % de matière sèche », déclare Philippe Le Stanguennec.

Choix du conservateur : fonction du fourrage et de l’objectif visé

Le type de conservateur à mettre en œuvre dépend du type de fourrage et de l’objectif visé. En effet, tous les fourrages n’ont pas la même prédisposition à l’ensilage. « Plus la teneur en sucres est importante et plus le pouvoir tampon* est faible, plus le pH va descendre rapidement et se stabiliser ensuite », résume Philippe Le Stanguennec. Il faut donc distinguer la luzerne, caractérisée par un fort pouvoir tampon qui rend sa conservation difficile, des ray-grass, plus faciles à conserver parce que riches en sucres et de faible pouvoir tampon.

Face à des fourrages pauvres en sucres et riches en MAT, pour lesquels la diminution du pH peut s’avérer difficile à obtenir, il est possible d’apporter des conservateurs biologiques à base de bactéries homofermentaires (lactobacillus, pediococcus) qui vont à la fois diminuer le pH et limiter la fermentation butyrique. « Une solution qui convient aux fourrages ressuyés ou préfanés, et qui représente un coût de 20 à 40 €/ha. » Pour les coupes directement ensilées, une autre solution consiste à apporter de l’acide formique. Compter environ 45 €/ha.

Si l’objectif poursuivi est la stabilité à la reprise du silo, il est possible d’utiliser un conservateur biologique sous forme d’inoculum de bactéries hétérofermentaires, qui vont produire de l’acide lactique mais moins que des bactéries homofermentaires, et des acides gras volatils, qui vont limiter les risques d’échauffement et de reprise de fermentation au front d’attaque. Autre solution, plutôt pour des fourrages riches en sucres et avec une teneur en matière sèche élevée : l’utilisation d’acide propionique. Cette solution peut aussi être envisagée en été, sur un front d’attaque qui n’avance pas assez vite, ou dans la mélangeuse, si le fourrage chauffe à l’auge.

Sur du foin, l’utilisation de conservateurs est à réserver aux fourrages de haute qualité, type luzerne peu fanée pour préserver les feuilles, ou lorsque le séchage, donc la teneur en matière sèche, est insuffisant. Trois types de produits sont utilisables : l’acide propionique, des bactéries lactiques, et des extraits de fermentation de bactéries lactiques, avec un coût de 8 à 16 €/t fourrage. « Le plus difficile est d’estimer le rendement et la teneur en matière sèche puisque la quantité de conservateur à apporter doit être ajustée en fonction de la teneur en matière sèche. »

« La priorité doit être donnée à la bonne gestion de la récolte et de la mise en silo. Car l’utilisation de conservateur n’est pas nécessaire dans de bonnes conditions. Mais en cas de défaut d’ensilage, ou si on se trouve face à des fourrages riches en valeur alimentaire dont on souhaite réduire les pertes, il peut s’avérer intéressant d’utiliser un conservateur, à condition que son coût ne soit pas supérieur au gain apporté par la réduction des pertes… », conclut Philippe Le Stanguennec.

Sorgho

Un fourrage intéressant pour qui s’en donne la peine

Cultures

Publié le 25/01/2017

Traditionnellement cultivé dans le Ried, parce qu’il se sème plus tard que le maïs, et qu’il est donc moins soumis aux risques d’inondations, le sorgho s’est développé en Alsace suite à l’installation de la chrysomèle des racines du maïs et l’obligation de rotation qui en a découlé. « La Chambre d'agriculture d’Alsace a commencé à mener des essais sur le sorgho en 2004, avec une difficulté principale : l’absence d’équation pour calculer la valeur énergétique de ce fourrage », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Pas un, mais des sorghos

Cinquième céréale la plus cultivée au monde, le sorgho est une plante très hétéroclite. On en distingue trois grandes familles : grain, fourrager et sucrier. Le sorgho grain présente un petit gabarit. Comme son nom l’indique il est généralement cultivé pour ses grains qui sont récoltés à la moissonneuse. « Il peut être ensilé mais il faut alors éclater ses grains pour en valoriser l’amidon », précise Laurent Fritzinger. Au sein de la famille des sorghos fourragers il faut distinguer les monocoupes des multicoupes. Les premiers ne se récoltent qu’une fois. Dans cette catégorie, le plus fréquent est le sorgho sucrier, qui présente une bonne aptitude à l’ensilage, mais dont la teneur en amidon est faible car il n’a quasiment pas de grains. Autre représentant de cette catégorie, le grand sorgho grain, plus riche en amidon. Les sorghos multicoupes ont la faculté de repousser, donc de procurer plusieurs coupes dans la même saison. Le sorgho le plus classique dans cette catégorie, le sudangrass, ressemble à une grande graminée, qui émet une panicule, mais qu’il faut récolter avant l’émission de l’épi car ensuite sa valeur alimentaire diminue. Ce sorgho affiche un démarrage rapide, qui permet de faire une première coupe au bout de huit semaines.

Théoriquement les repousses de sorgho fourrager sont pâturables, « mais il y a un risque de paralysie respiratoire lié à la présence d’acide cyanhydrique si le sorgho est pâturé à un stade trop jeune ». Généralement les coupes sont donc ensilées, et l’acide cyanhydrique disparaît avec la conservation. Dans la famille des sorghos sucriers, il faut faire la distinction entre le type normal et les BMR, identifiables grâce à leur nervure centrale brune, qui sont à la fois plus faciles à ingérer et plus digestibles, et qui constituent donc une bonne source d’énergie avec peu d’amidon, mais qui sont aussi plus sensibles à la verse. Ils peuvent être mono ou multicoupes.

Une culture de la patience

Pour réussir un sorgho, il faut d’abord choisir les parcelles qui se prêtent le mieux à cette culture, c’est-à-dire celles dont les sols se réchauffent vite, qui ne sont pas trop sensibles à la battance, ni trop superficiels, ni trop envahis d’adventices. Les semis doivent être soignés, dans un sol suffisamment chaud, à 2-3 cm de profondeur, à une densité de 220 000 à 300 000 grains/ha, de préférence avec un semoir monograine. Il est en effet important d’obtenir une levée homogène, pour que les plantes atteignent le plus simultanément possible le stade trois feuilles avant lequel aucun désherbage chimique n’est possible au risque de détruire aussi les plantules de sorgho. La culture est peu gourmande en phosphore et en potasse. « Les sorghos monocoupes ne doivent pas recevoir trop d’azote pour éviter la verse. Pour les sorghos multicoupes, il est conseillé d’apporter 30 unités au semis et 30 unités après chaque coupe. »

L’une des principales difficultés de la culture du sorgho, c’est le désherbage. Peu de matières actives sont homologuées pour cet usage : il n’y a que deux produits en prélevée. Ils permettent de limiter le développement des adventives au départ, « mais il faut souvent procéder à un rattrapage car leur spectre d’efficacité n’est pas complet ». Pour faciliter le contrôle des adventices, il est donc aussi conseillé de pratiquer un faux semis, et/ou de choisir un écartement entre les rangs compatible avec le binage.

Une autre difficulté de la culture relève du timing : « Plus on attend pour atteindre le stade de récolte optimal, plus le risque de verse augmente. Il n’est donc pas toujours facile d’atteindre les 28 % de matière sèche recommandés. D’autant que, contrairement à l’aspect du grain pour le maïs fourrage, il n’y a pas de repère qui permette de détecter le stade optimal d’ensilage. » Lorsque ce stade est atteint, le maïs est déjà ensilé depuis un mois environ, ce qui signifie qu’il faut rouvrir le silo, le retasser, le refermer… Et, même si la teneur en matière sèche de 28 - 30 % est atteinte, il est conseillé d’avoir déjà quelque chose dans le silo, sous le sorgho, pour en absorber les jus riches en sucre afin de ne pas les perdre.

En termes de productivité, on peut compter sur 4 à 6 tonnes de MS/ha de potentiel pour une première coupe de sorgho multicoupe. Un sorgho BMR pourra produire 12 t MS/ha. Les rendements des sorghos sucriers sont comparables à ceux des BMR en termes d’UF/ha car le fait qu’ils fassent moins d’UF est rattrapé par le fait qu’ils font plus de rendement.

Salon international de l’agriculture 2017

Des préparatifs tendus

Pratique

Publié le 20/01/2017

L’agriculture, une passion, des ambitions. Tel sera le thème du prochain Salon international de l’agriculture (SIA). Un thème fédérateur et suffisamment vaste pour que chacun puisse se l’approprier à sa façon. Et c’est une petite race blanche et noire… à faible effectif… adaptée à son terroir… qui en sera l’égérie… Mais non ! Il ne s’agira pas de la vosgienne, mais de la bretonne pie noire.

Une édition électorale

Réforme territoriale et travaux au Parc des expositions obligent, les régions de France ne seront plus 22 mais 13, et ne seront plus réparties entre le hall 7 (condamné) et le hall 3, mais seront toutes groupées dans les halls 2.3 et 3. Cette édition 2017 correspondant à une année électorale, il faut s’attendre à une médiatisation particulièrement importante du SIA, et notamment des visites des divers candidats à l’élection présidentielle. Et, comme le Salon international du machinisme agricole (Sima) se tiendra en parallèle (du 26 février au 2 mars) à Paris Nord Villepinte, une offre sera dédiée aux professionnels de l’agriculture, avec des accès privilégiés…

En fond de hall l’année dernière, la région Grand Est occupera cette année un emplacement de 1 100 m2 au centre du hall 3, sur le thème « Grand Est, terre d’innovation ». Le stand sera inauguré le 28 février. Celui-ci comprend un espace prestige de 127 m2 où seront regroupés les stands de la Région, des acteurs du tourisme, et ceux dédiés aux animations visant à valoriser les produits des 44 exposants, « sachant qu’il y aura quasiment le double de producteurs car certains stands sont tenus par des marques, et plusieurs producteurs se relaieront au SIA », précise Sandrine Vallin, responsable promotion, communication à la Chambre régionale d’agriculture Grand Est. Leurs boutiques occuperont 600 m2, et un stand de 18 m2 sera dédié aux signes officiels de qualité. La répartition des stands tient compte de l’identité des territoires, c’est-à-dire que les stands alsaciens seront regroupés sur 160 m2, idem pour la Lorraine (201 m2) et la Champagne-Ardenne (216 m2). La région Grand Est sera également représentée dans ce hall par trois restaurants couvrant une surface de 430 m2.

Des stands assez standards…

Ce projet d’emplacement commun aux trois régions historiques constituant un marché public, il a été soumis à un appel d’offres qui a été remporté par la société Decorama, créateur d’espaces événementiels, pour l’agencement de l’espace et la conception des stands. La présentation du projet, faite aux exposants alsaciens mardi 10 janvier, a été plutôt mal accueillie. Les exposants ont, pour ceux qui se sont exprimés, trouvé le projet froid, trop épuré, sans identité régionale. La représentante de Decorama a expliqué qu’il était possible de personnaliser les stands, notamment en récupérant les fichiers des visuels qui avaient été conçus l’an dernier. Mais les habillages existants ne pourront pas être réutilisés car les nouveaux et les anciens stands n’ont pas les mêmes cotes.

Il est notamment proposé de mettre en place une signalétique haute, à l’aide de drapeaux d’angle, qui permettraient d’identifier sur une face la région Grand Est et sur l’autre face l’ancien territoire. « Le SIA, c’est dans un mois », ont rappelé les exposants, inquiets de constater l’état d’avancement du projet. Reste la question du coût des stands, qui revient sur le tapis chaque année. « Le coût du stand est le même au mètre carré pour tous les exposants, et il a baissé par rapport à l’édition précédente », assure Sandrine Vallin. Néanmoins, le niveau de subvention varie selon les régions historiques.

Maïs fourrage

Choisir des variétés nutritives et digestes

Cultures

Publié le 20/01/2017

En raison des précipitations excédentaires au printemps, les semis de 2016 ont souvent dû être décalés, ce qui a eu tendance à allonger la période d’ensilage. « Les semis tardifs ont eu moins de pluie que les précoces. Ce sont ces maïs issus de semis tardifs qui ont le plus souffert et qui ont perdu le plus de rendement », note Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Sans doute parce qu’après leur implantation dans des conditions humides leur système racinaire est resté en surface, ce qui leur a été préjudiciable lorsque l’eau est venue à manquer.

La fin de cycle sèche, avec quatre semaines sans pluie et des températures élevées en août, a fait augmenter rapidement le taux de matière sèche (MS), « plus par sénescence que par maturité ». Résultats : de bonnes conditions de chantier d’ensilage, mais un déficit à la fois de matière (avec un rendement en baisse de 10 à 30 %) et de valeur alimentaire. Assez étalée, la période d’ensilage s’est néanmoins concentrée mi-septembre, avec une évolution des MS assez similaire à celle de 2014.

Des maïs grillés sur pied

Cette année, la CAA a mené quatre essais comportant des variétés de maïs fourrage, dont un à Bitschhoffen où 21 variétés, de demi-précoces (indice 300-340) à demi-tardives (indice 360-400), ont été semées le 7 mai et récoltées le 14 septembre. Globalement, l’essai a fourni de grands gabarits (de 2,6 à 3,3 mètres), ce que Laurent Fritzinger explique par un semis en jours longs, ce qui a pour effet de rallonger les entre-nœuds et de produire des tiges plus fines. Dans la catégorie des variétés demi-précoces, le rendement moyen était de 21 tonnes de MS/ha. Cet essai a été récolté trop tard, à 40 % de MS, car les maïs ont « grillé en une semaine ». Autres enseignements : des écarts de rendement et de valeur alimentaire importants entre les meilleures et les moins bonnes variétés, et une absence de relation entre hauteur et rendement. La teneur moyenne en amidon était de 36 %, donc assez élevée, mais la valeur énergétique n’était que de 0,89 UFL/kg MS (allant de 0,84 à 0,93 UFL/kg MS). « Les variétés qui présentent les meilleures valeurs alimentaires sont aussi celles qui ont le moins d’amidon, ce qui démontre l’importance de la digestibilité », note Laurent Fritzinger. Pour avoir une bonne valeur d’UF, les variétés doivent en fait combiner une bonne valeur Dinag (digestibilité du non-amidon et non glucides, c’est-à-dire pour schématiser de la matière verte, des tiges et des feuilles) et une bonne teneur en amidon. « Si on a de l’amidon à digérer, mais avec du bois, ça ne va pas », illustre le conseiller. Pour comparer des variétés à destination fourragères, le critère à considérer est le rendement énergétique par hectare, qui combine « le rendement des variétés et ce qu’elles ont dans le ventre, car c’est ce qui permet de faire de la viande ou du lait ».

Sur ce critère, parmi les variétés demi-précoces ES Floreal sort en tête grâce à son bon rendement et sa bonne digestibilité. Kamponi CS, Corioli CS, LG 30.311, Pauleen sont d’autres variétés intéressantes. Concernant les autres composantes de la valeur alimentaire, cette série présentait une MAT (teneur en azote) de 3,8, ce qui est peu comparé aux valeurs de 6-7 généralement enregistrées. La valeur PDIN (protéines digestibles dans l’intestin grêle permises par l’azote apporté par l’aliment) n’est pas bonne non plus. La DMO (digestibilité moyenne), à 70, est également moyenne, tout comme la Dinag et l’encombrement (UEL). La comparaison de ces valeurs de 2016 à celles de 2015, pour des variétés de précocité similaires, révèle une hausse de la teneur en amidon de 30 %, mais une perte de 3 points de Dinag qui se traduit par une réduction de l’UFL de 3 %.

La digestibilité l’emporte sur l’amidon

Dans la catégorie des variétés demi-tardives, le rendement est le même, à 21 t MS/ha, mais la teneur en matière sèche s’approche davantage de la norme, à 35 % en moyenne. La teneur moyenne en amidon est de 30,5 %, et la valeur énergétique est plus élevée, à 0,95 UFL/kg MS, une moyenne qui masque un écart de 10 points entre les moins bonnes et les meilleures variétés, et qui est en baisse par rapport à 2015. Alors que, par rapport à la série précédente la teneur en amidon baisse, les UF augmentent, ce qui tend à prouver que « dans la formation des UF, le poids de la digestibilité est plus élevé que celui de l’amidon », indique Laurent Fritzinger. Le rendement énergétique par hectare moyen de cette série est de 19 700 UFL/ha. Les meilleures variétés sont Basmati CS, Futurixx, P0319, Mas 49 G, ou encore RGT Luxxida, qui pèche en rendement mais se rattrape avec de bonnes valeurs alimentaires. La teneur en azote (MAT) moyenne de cette série est de 6, les PDIN s’élèvent à 38,8, les PDIE à 69,8, la DMO est meilleure, à 73, la Dinag s’élève à 54,1, et l’encombrement (UEL), à 0,93, est réduit.

Le même essai a été réalisé dans le Sundgau, afin de tester la robustesse des variétés, c’est-à-dire leur capacité à faire des UFL/ha quelles que soient les conditions pédoclimatiques. Résultats : parmi les variétés demi-précoces, ES Floreal et Pauleen affichent de bons résultats sur les deux sites. Parmi les variétés demi-tardives P0319 et Futurixx, apparaissent comme des variétés à la fois performantes et robustes. Enfin les résultats obtenus au cours de cette campagne 2016 très atypique sont à tempérer avec des résultats pluriannuels. C’est la combinaison de tous ces éléments qui a permis l’élaboration des préconisations variétales en maïs fourrage pour les semis 2017, compilées dans le tableau ci-contre.

Le navet salé d’Alsace, un légume qui a tout bon

Cultures

Publié le 19/01/2017

Le navet salé, encore une spécialité alsacienne qui gagne à être connue ! Les premières descriptions de fabrication de navets salés en Alsace remontent à 1539. Comme pour la choucroute, la mise en fermentation anaérobie en saumure de lanières de navets visait alors à accroître leur durée de conservation. Se faisant, le légume se charge en micro-organismes bénéfiques à la digestion.

Mais attention, tous les navets ne sont pas dignes d’accompagner palette fumée et autres jambonneaux dans la traditionnelle recette de la potée colmarienne. Il doit impérativement s’agir du Stupfelruewe, le navet blanc globe à collet violet, une souche locale dont les semences n’existent pas dans le commerce - marché de niche oblige - et qu’il revient donc aux producteurs de multiplier pour maintenir vivace cette tradition locale.

Des saveurs et des textures à explorer

Si jusqu’au siècle dernier le navet salé avait encore une place de choix sur les tables alsaciennes, il a été peu à peu oublié, occulté par le succès de sa consœur la choucroute, mais aussi et surtout par la mondialisation de notre alimentation. Aujourd’hui, une dizaine d’agriculteurs cultivent une quarantaine d’hectares de navets salés, avec un rendement moyen de 25 t/ha, soit 850 t de navets produits chaque année, qui donneront 300 t de produit fini. Seules trois entreprises familiales perpétuent le savoir-faire de la transformation du navet en navet salé : la choucrouterie Adès et fils à Krautergersheim, la choucrouterie Speisser et fils à Geispolsheim et la choucrouterie Claude à Chavannes-sur-l’Étang. Les navets arrivent dans ces entreprises bruts, ils sont ensuite épluchés, coupés en lanières, mis en cuve où ils sont salés et laissés dix jours à fermenter avant d’être conditionnés.

En 2014, l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et les producteurs ont d’ailleurs lancé un nouveau packaging destiné à donner un coup de jeune à ce produit historique. Ce petit seau carré, pratique à transporter avec son anse, contient 1 kg de navet salé, une quantité adaptée à une petite famille, et comporte au dos la recette traditionnelle, ne requérant que 20 minutes de préparation, 7 minutes de cuisson, mais 2 h 30 d’attente, le temps de laisser tous les ingrédients confire doucement ! Mais le navet salé se décline à l’envi. Lors du lancement officiel de la campagne, mardi 10 janvier à Bindernheim au sein de l’EARL Roland Jaeg (lire en encadré), Olivier Paclet, expert culinaire à Sodexo, en a fait la démonstration avec un velouté de navet et son écume de lard virtuel, des samoussas de navet salé, du navet salé façon spaghetti carbonara, une tourte au navet salé végétale, des navets salés façon céleri rémoulade… Cette année, Sodexo s’engage à servir des navets salés dans ses restaurants alsaciens. Une demi-tonne en a été précommandée, et n’attend plus qu’à être accommodée afin de donner envie aux consommateurs d’en acheter eux-mêmes. Autre outil de communication : l’image de Delphine Wespiser, utilisée tant sur les réseaux sociaux, que sur les affiches ou au moyen de spots radio.

 

Une pépite française

Cultures

Publié le 16/01/2017

« La production de semences est une pépite de la production agricole française, et elle a le vent en poupe », affirme Yves Amiet, délégué régional du Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis) pour la région Est. Une affirmation étayée par quelques chiffres : la filière française des semences et plants représente un marché intérieur de 1,8 milliard d’euros (Md€). Et la France en exporte aussi beaucoup. L’Europe est son principal marché (1,10 Md€), mais les semences et plants français s’exportent aussi en Amérique du Nord, au Maghreb, en Asie, au Proche Orient… Tant et si bien que la part des exportations s’élève à 47 % du chiffre d’affaires.

Avec 353 000 hectares, soit 17 % de la surface européenne, la France est le premier pays producteur européen de semences d’espèces agricoles, loin devant l’Italie et l’Allemagne, qui consacrent respectivement 199 000 et 178 000 ha aux semences et plants. La France est également le premier exportateur mondial de semences. Sur la campagne 2015-2016, la filière semences et plants a généré un chiffre d’affaires de 3,30 Md€, et sa balance commerciale se solde par un excédent de 904 millions d’euros (M€).

Un savoir-faire reconnu

Comment s’explique cette performance ? Yves Amiet identifie plusieurs leviers : « La production de semences bénéficie d’une organisation dynamique, avec des acteurs diversifiés. Au sein du Gnis, toutes les professions de la filière sont représentées via cinq collèges - sélection, multiplication, production, distribution, utilisation - et chaque espèce fait l’objet d’une section, soit huit, chapeautées par un conseil d’administration. Les décisions sont prises lorsqu’elles font l’unanimité des collèges, ce qui requiert dialogue et concertation. » Le succès de la filière repose également sur « un savoir-faire historique en matière de sélection, des conditions pédoclimatiques favorables et des réseaux de production stables et sécurisés ». Et puis la filière doit approvisionner un marché national important : « La semence est le premier maillon de la chaîne agricole et agroalimentaire. Et, en France, les agriculteurs apprécient d’utiliser des semences contrôlées et certifiées. Se faisant ils misent sur la pureté de l’espèce et le renouvellement du matériel génétique. L’utilisation de semences certifiées correspond quelquefois à une exigence des transformateurs. C’est le cas des malteurs pour l’orge de brasserie par exemple. »

La filière bénéficie d’une démarche de recherche et d’innovation, avec 131 stations de recherche, et un budget total consacré à la recherche de 375 M€, soit 13 % du chiffre d’affaires des entreprises. « L’objectif de cette recherche, c’est de pouvoir proposer un panel de semences certifiées qui répondent aux attentes des utilisateurs que ce soit pour l’alimentaire ou l’industrie. » Le catalogue officiel des espèces et variétés végétales continue de s’étoffer : 530 nouvelles variétés y ont été inscrites en 2015 en France. Il en contient désormais 6 000, contre 3 500 en 2000, l’augmentation des inscriptions étant plus marquée pour les semences potagères et de céréales à paille. Enfin, le succès de la filière repose sur la qualité des semences qu’elle procure. Une qualité obtenue grâce à l’inscription au catalogue officiel et aux contrôles de qualité des semences effectués par le Soc, service technique du Gnis, sous le contrôle de l’État, « et qui représente 70 % de l’activité du Gnis ». Ce savoir-faire français en matière de production de semences et plants est reconnu à l’international : « Des sélectionneurs étrangers viennent faire produire leurs produits en France, c’est notamment le cas de bulbes d’oignons hollandais », illustre Yves Amiet.

Biodiversité et biotechnologies

Pour rester sur cette dynamique, la filière devra relever plusieurs défis : « Il faut faciliter l’accès aux ressources génétiques tout en continuant à financer efficacement la recherche, et faciliter aussi l’accès aux biotechnologies vertes pour tous les sélectionneurs, y compris bios », indique Yves Amiet. Concernant l’accès à la ressource génétique, la position du Gnis est la suivante : « Nous considérons que la biodiversité doit être la plus accessible possible. Nous ne sommes donc pas pour le brevetage du vivant. Mais nous estimons que l’accès à cette ressource doit se faire de manière organisée. » Dans le cadre de la loi biodiversité, un décret doit préciser les modalités d’accès aux ressources génétiques, et des engagements internationaux sont en cours en la matière.

En attendant, le Gnis, et l’ensemble de la profession, participent à la constitution et à la gestion de collections variétales visant à la préservation de ce patrimoine génétique. En parallèle, le financement de la recherche « qui vise à créer de nouvelles variétés répondant aux besoins des marchés, avec davantage de saveurs, de résistance », doit se poursuivre. Actuellement, le processus de sélection d’une nouvelle variété dure une douzaine d’années. L’utilisation de biotechnologies vertes, reposant notamment sur l’utilisation de marqueurs génétiques, permet de raccourcir ces délais. Pour créer un maximum de diversité génétique dans toutes les productions, le Gnis souhaite que l’ensemble des sélectionneurs aient accès à ces biotechnologies « dans un cadre réglementaire adapté, qui permette d’être le plus prudent et le plus respectueux possible de l’environnement ».

Filière semences et plants dans l’est de la France

Un potentiel grainier qui ne demande qu’à essaimer

Cultures

Publié le 16/01/2017

La délégation régionale Est du Gnis couvre la région Grand Est, la région Bourgogne Franche-Comté (à l’exclusion de la Saône-et-Loire), et le département de Seine-et-Marne. La région cultive le tiers des surfaces nationales en production de semences de céréales à paille et de protéagineux, avec 52 700 hectares en céréales et 3 500 ha en protéagineux. Elle couvre également 20 % des surfaces en multiplication de fourragères avec plus de 8 000 ha. Les oléagineux couvrent un peu plus de 1 300 ha. Il s’agit de tournesol en Alsace (476 ha), et plutôt de colza dans les autres départements. Ces surfaces sont à peu près stables depuis cinq ans, sauf dans deux départements où elles augmentent. Le département de la Meuse a augmenté de 20 % ses surfaces en céréales à paille.

Le Bas-Rhin a démarré la production de semences de maïs avec 27 ha en 2013, pour atteindre 1 102 ha à la récolte 2016. Désormais, 1 538 ha sont consacrés à la production de semences en Alsace (776 dans le Bas-Rhin et 762 dans le Haut-Rhin). Une belle progression, mais cela reste peu par rapport aux deux départements qui produisent le plus de semences au sein de la délégation : la Marne arrive en tête avec 18 806 ha, suivie par la Seine-et-Marne, avec 11 044 ha. « Dans ces deux départements, les agriculteurs ont l’habitude de produire des semences. Jusqu’à récemment ce n’était pas le cas en Alsace. Mais depuis quatre ans le Comptoir agricole a investi dans la production de semences de maïs, qui représente une diversification à haute valeur ajoutée pour les agriculteurs », commente Yves Amiet, délégué régional du Gnis pour la région Est. Autre évolution à venir au sein de la délégation, le Jura, département où la production de lait AOC est importante, est engagé dans une dynamique de production de semences fourragères adaptées au terroir afin de faciliter l’entretien, la restauration, ou le remplacement des prairies. « La production de semences fourragères est assez tributaire du climat, mais les règles d’isolement, et les besoins en main-d’œuvre sont peu contraignants », note Yves Amiet.

Opération communication

En 2017, le Gnis Est va poursuivre sa mission de mise en œuvre de la convention phytosanitaire qui consiste, pour le compte du Service régional de l’alimentation (Sral), à contrôler et émettre les passeports phytosanitaires des semences et plants qui partent à l’export et qui certifient que les marchandises sont exemptes de maladies ou d’organismes nuisibles. Le Gnis Est se fixe également pour objectif d’intensifier ses actions de communication sur la filière semences et plants auprès des agriculteurs, de l’enseignement, des Organisations professionnelles agricoles, des collectivités locales et du grand public. Il sera présent à la foire de Châlons-en-Champagne et à celle de Sedan, ainsi qu’au Salon Agrimax à Metz.

Le Gnis va aussi poursuivre son partenariat avec les établissements agricoles, auxquels il fournit les semences nécessaires à l’installation de collections fourragères qui permettent aux élèves d’observer ces espèces à différents stades de développement dans les conditions pédoclimatiques locales. Le Gnis organise également un concours sur le thème des prairies à destination des élèves des établissements agricoles. Le jury du concours prairies se tiendra cette année le 20 juin à Reims.

Un projet de rénovation des prairies permanentes

Le Gnis Est va poursuivre son projet de rénovation des prairies permanentes en Lorraine, en Franche-Comté et dans la partie montagne vosgienne d’Alsace. Un projet né du constat d’une certaine dégradation de ces prairies, donc de l’intérêt de les rénover pour des éleveurs qui ont par ailleurs investi dans le potentiel génétique de leur troupeau, et qui ont donc tout intérêt à valoriser des prairies à potentiel alimentaire élevé. Ce qui passe par du sursemis ou la rénovation avec des mélanges fourragers de qualité. Ce projet, bâti en partenariat avec Arvalis-Institut du végétal, les Chambres d’agriculture du Jura, du Doubs, des Vosges et de la Moselle, donnera notamment lieu à une journée sur le thème « Mieux connaître les prairies pour mieux vendre des semences » le 2 février à Mirecourt.

Commercialisation des matières premières agricoles

Apprendre à dompter les marchés à terme pour mieux gérer les risques

Pratique

Publié le 05/01/2017

« Durant leur cursus, les agriculteurs sont formés à produire. Et cela n’a pas changé depuis qu’ils sont exposés à la volatilité des prix. Notre objectif c’est de leur apprendre aussi à vendre leurs productions, et notamment en utilisant les marchés à terme », explique Renaud de Kerpoisson, président d’Offre et demande agricole (ODA), société de conseil indépendante spécialisée dans la gestion du risque des prix des matières premières agricoles, et qui propose de former et d’accompagner les agriculteurs à l’utilisation des marchés à terme.

Sécuriser sa marge, une priorité

En apprenant d'abord à lire les prix et ensuite à utiliser les marchés à terme, les agriculteurs peuvent avoir une vision anticipée du prix auquel ils pourront vendre leurs productions l’année suivante, les pré-vendre, et faire leurs choix de gestion de leur entreprise en conséquence. En effet, connaissant ses charges, l’agriculteur est en mesure de calculer une marge par hectare. Il peut alors adapter son assolement et ses itinéraires techniques, en levant le pied sur les intrants si les prix s’annoncent bas, et inversement… « Savoir utiliser les marchés à terme représente une aide à la prise des décisions de gestion. Les agriculteurs en retirent des informations particulièrement utiles en cette période de prix bas. Car, avec une bonne utilisation des marchés à terme, on peut absorber jusqu’à 80 % du risque lié à la volatilité des cours », poursuit Renaud de Kerpoisson.

Un apprentissage sur la durée

Concrètement, l’agriculteur a accès aux marchés à terme via des services proposés par la majorité des banques, certains courtiers ou encore ODA, qui est agréée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Des agréments qui lui permettent de proposer des formations aux marchés à terme (lire en encadré), ainsi que l’accompagnement des agriculteurs au fil des ans. « Les formations que nous proposons visent à faire découvrir cet univers aux agriculteurs. Mais trois jours de formation, cela reste un peu juste pour maîtriser les marchés à terme. C’est pourquoi il existe des clubs qui ont pour objectif d’accompagner les agriculteurs dans leur transition de la théorie à la pratique. Dans ce cadre, les agriculteurs ont la possibilité de rencontrer un consultant d’ODA une fois par mois, et de bénéficier d’informations et d’analyses sur les marchés », indique Renaud de Kerpoisson.

Les agriculteurs restent membres de ces clubs pendant au moins deux, voire trois ans, avant de voler de leurs propres ailes. Durant ce laps de temps, ils seront forcément confrontés à des situations différentes chaque année, que ce soit pour des raisons météorologiques ou économiques. L’objectif est donc de leur donner les outils nécessaires pour appréhender la plupart des situations. Mais Renaud de Kerpoisson souligne : « En faisant le choix d'utiliser les marchés à terme, les agriculteurs font le choix d’apprendre un nouveau métier. Cela va leur demander d’y consacrer au moins un quart d’heure par jour, une journée par mois… » Pour les y aider, ODA propose aussi une série d’outils, comme une application dédiée.

Le lait aussi

En France 13 000 agriculteurs ont été formés par ODA, essentiellement des céréaliers. En effet les marchés à terme ont d’abord été développés pour le colza, le blé puis le maïs. Mais ils concernent aussi désormais le lait : « L’éleveur passe toujours par sa coopérative, mais celle-ci peut pré-vendre sa production en connaissant le prix du beurre, de la poudre, du lactosérum et en répercutant ces prix sur la rémunération de l’éleveur, qui peut donc se protéger des variations de prix, mieux appréhender les risques et mieux gérer son troupeau, ses rations… »

Fertilisation soufrée du maïs grain

Un luxe superflu

Cultures

Publié le 04/01/2017

Le soufre constitue un élément majeur de la nutrition des plantes. « Il intervient dans la synthèse des protéines et notamment de la chlorophylle », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à l’Adar des Deux Pays. Pour autant, la quantité de soufre absorbée par les plantes est relativement faible : « Pour produire un rendement de 100 q/ha, le maïs doit absorber environ 23 unités de SO2 par ha, contre 143 unités d’azote », indique Laurent Fritzinger. Et laisser au sol 6 tonnes de paille de maïs par hectare revient à y ramener environ 7 unités de SO2/ha, soit pas grand-chose.

Des besoins linéaires

Le cycle du soufre est très similaire à celui de l’azote : « Il est stocké dans le sol, où il est essentiellement lié à la matière organique et aux argiles. Pour qu’il puisse être absorbé par les plantes, le soufre doit d’abord être minéralisé. Un processus qui nécessite de la chaleur et de l’humidité, et qui a donc lieu essentiellement de mai à août, parfois aussi à l’automne. » Les origines du soufre absorbé par les plantes sont nombreuses : soufre sous forme minérale issue du sol, soufre en provenance des engrais (azote soufré, fumier, lisier), soufre issu des résidus végétaux, des pluies acides - avec une nette réduction de cette dernière source depuis les 30 dernières années et l’atténuation des émissions industrielles de SO2 dans l’atmosphère. S’il n’est pas absorbé par les plantes, le soufre minéral peut être lessivé avec les eaux de drainage, sous forme sulfate. Alors que les besoins en azote et en potasse augmentent fortement à partir du stade 6-8 feuilles du maïs, ses besoins en soufre s’avèrent plus linéaires et aussi plus faibles.

En année « normale », le drainage hiver est supérieur au drainage estival. Mais en 2016, le drainage estival s’est avéré supérieur au drainage hivernal quel que soit le type de sol, car ils étaient saturés par les précipitations printanières élevées. Avec un drainage estival quasiment doublé, il y avait donc un risque de perte du soufre et de carences en soufre. Dès lors, peut-il s’avérer pertinent d’amener du soufre cette année pour compenser ces éventuelles pertes par lessivage ?

Fumier et lisier bien pourvus en soufre

Pour répondre à cette question, il faut connaître le niveau de fourniture potentiel du sol. Or une analyse de terre classique mesure le stock de soufre, pas le soufre disponible pour les plantes. Il s’agit donc d’un critère qui manque de pertinence. Par contre une autre analyse, la méthode Scott, permet d’estimer la quantité de soufre facilement disponible. En outre, il est possible d’effectuer des analyses du soufre contenu dans les feuilles, mais le résultat s’avère trop tardif pour envisager une correction en cas de carence.

Une carence en soufre peut par contre être détectée au champ, dès lors qu’on en connaît les symptômes. Laurent Fritzinger décrit : « La croissance est retardée, les feuilles sont en pointe, de couleur jaune. Lorsqu’on les regarde de plus près on constate que la nervure est verte mais que le reste de la feuille est jaune, sauf les bords qui sont bruns. Ce sont les feuilles du haut, les plus jeunes, qui présentent les symptômes d’une carence en soufre, alors qu’une carence en azote s’exprime plutôt sur les feuilles du bas. Enfin, ce n’est jamais la parcelle entière qui exprime ces symptômes. »

Les apports en soufre peuvent être réalisés sous de nombreuses formes (sulfate, superphosphate soufré, sulfate de potassium). À noter que 40 t/ha de fumier amènent 40 à 60 kg de soufre par hectare, qui plus est sous forme assimilable. Donc qu’un apport tous les deux ans couvre les besoins du maïs.

La fourniture du sol très souvent suffisante

La Chambre d'agriculture d’Alsace a mené deux essais sur la fertilisation soufrée à Helsenheim et à Sainte-Croix-en-Plaine. Ils ont permis de mettre en évidence que la forme de l’engrais soufré utilisé n’a pas d’effet significatif sur le rendement, que ce soit en plein ou en localisé au semis. D’ailleurs, il n’y a pas non plus d’effet de la fertilisation soufrée tout court. « Nous n’avons pas observé de carence, mais le stock de soufre ne devait pas être exceptionnellement élevé non plus », commente Laurent Fritzinger.

Conclusion : il n’y a rien à gagner à effectuer une fertilisation soufrée. En fait, les sols fournissent suffisamment de soufre en année normale. Au cours d’une année atypique comme 2016, des symptômes de carence transitoire peuvent apparaître, car même s’il y a du stock de soufre dans le sol, il peut venir à manquer sous forme assimilable de manière transitoire. « En tout cas il ne sert à rien de systématiser les apports car même en 2016 nous n’avons constaté aucun effet de l’apport de soufre sur le rendement », conclut Laurent Fritzinger.

Soja

Une culture qui s'en sort relativement bien

Cultures

Publié le 24/12/2016

Comme le maïs, le soja a été semé plus tard qu’en année « normale » et accusait un décalage des stades de développement en début de cycle. Sous l’effet du printemps humide, le soja a poussé doucement. « Il a parfois eu du mal à détoxifier les résidus de produits phytosanitaires, ce qui a pu entraîner de la verse, des retards de croissance, du jaunissement, un affaiblissement du collet… », décrit Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. La nodulation a aussi été plus tardive, donc la fixation de l’azote atmosphérique aussi.

Mais, en juin, la floraison s’est faite dans de bonnes conditions (en moyenne le 20 juin), donc le nombre de gousses était bon (environ 890 par mètre carré), ainsi que le nombre de grains par gousse. Et le retard au démarrage a été peu à peu rattrapé. Moins sensible au stress thermique que le maïs, le soja a ensuite bénéficié d’un bon remplissage. Le faible niveau des précipitations estivales a été un facteur limitant en fin de cycle, quoiqu’assez peu impactant en sol profond. « En situation irriguée le manque de précipitations a pu être limité par un à deux tours d’eau », précise Mickaël Haffner. En fin de campagne, le soja a desséché rapidement. Il a donc pu être récolté entre 11 et 16 % d’humidité. «Au final le rendement régional moyen se situe à 30 q/ha en situation non irriguée et à 40 q/ha en situation irriguée, pour un prix moyen qui se situe actuellement à environ 380 €/t.» Sans oublier les effets bénéfiques du soja sur le suivant, liés notamment à sa capacité à fixer l’azote atmosphérique.

Soigner la récolte

Comme en maïs, plusieurs stratégies de désherbage sont envisageables (figure 1) : prélevée (figure 2), pré- et post-levée (figure 3) ou tout en post-levée (figure 4). « Le désherbage mixte, qui combine les solutions chimiques et mécaniques, comme le binage, constitue une piste à travailler », note Mickaël Haffner. Côté bioagresseurs, le soja est pris pour cible par la vanesse de l’artichaut, la punaise verte, mais relativement peu en Alsace. La principale maladie fongique est causée par Rhizoctonia solani. Elle provoque des lésions brunes et rouges sur le collet, du jaunissement, des retards de croissance et une faible nodulation. « Ce champignon affectant aussi le maïs et la betterave, il est donc préconisé d’éviter ces précédents avant soja et de limiter le tassement et les structures compactées », indique Mickaël Haffner. Enfin, la récolte du soja peut s’avérer délicate, car les premières gousses sont situées à 8 cm du sol : « On peut perdre ou gagner 5 q, donc il est important de bien niveler le sol au semis, de bien régler la vitesse d’avancement et la hauteur de la barre de coupe, voire d’utiliser des barres de coupe flexibles. »

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