Auteur
Image

Bérengère de Butler

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Maïs grain

Clôturer 2016 et préparer 2017

Cultures

Publié le 22/12/2016

Trop d’eau, puis plus assez. Tel a été le retournement de situation auquel les agriculteurs ont été confrontés durant la campagne 2016. Une dualité qui s’est traduite par « des semis délicats dans des sols détrempés », rappelle Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. La fréquence des précipitations était telle que peu de fenêtres de semis se sont présentées. Il y en a eu trois principales, autour du 10 avril, fin avril, puis vers le 7 mai. Puis, en raison des conditions fraîches, les levées ont été lentes, « mais se sont tout de même avérées correctes ». Et l’humidité constante a tout de même eu un effet positif : la bonne efficacité des herbicides de prélevée. Mais, fin mai, d’intenses précipitations localisées ont entraîné des inondations, des coulées d’eau boueuse. Des épisodes de grêle sont également à déplorer. La présence prolongée d’eau stagnante a entraîné des phénomènes d’asphyxie racinaire, donc une croissance ralentie des plantes. Et il a été difficile de trouver des créneaux pour effectuer les désherbages de rattrapage.

Un retard au départ rattrapé à la récolte

L’été est arrivé. Et s’est avéré chaud et sec, à l’opposé du printemps. Résultat : « Des stress hydriques marqués, des remplissages en déficit ». Et le retard qu’accusaient les cultures au début de la campagne a fini par être rattrapé. L’automne, assez normal au regard des affres météorologiques précédentes, a permis une récolte dans de bonnes conditions, hormis un épisode de gel précoce le 12 octobre, dans le Sundgau, qui a stoppé net l’évolution du maïs. Cette année bipolaire se solde finalement par un rendement moyen de 100 q/ha, avec des extrêmes allant de 70 à 150 q/ha, et une bonne qualité sanitaire.

Comparé aux années précédentes, le cycle du maïs a été plus tardif en 2016 : « Les semis ont été plus étalés et retardés. Un retard qui persiste à la levée, au stade 6-8 feuilles, puis commence à être rattrapé au mois d’août, jusqu’à ce que le manque d’eau précipite les récoltes », indique Mickaël Haffner.

Les précipitations, facteur discriminant du rendement

Ce bilan de campagne, que l’on peut dresser pour l’ensemble de la région sans trop se tromper, cache néanmoins des situations très disparates en fonction des secteurs et qui s’expliquent surtout par l’abondance des précipitations. En comparant le PMG de maïs cultivés sur trois sites d’essai, la Chambre d'agriculture d’Alsace a pu constater qu’entre Westhouse et Morsbronn-les-Bains le PMG chutait de 15 % et qu’entre Morsbronn-les-Bains et Stutzheim il chutait encore une fois de 10 %. « Pourtant, à Stutzheim, il y avait davantage de grains par mètre carré que dans les deux autres sites, mais comme il n’y a quasiment pas eu de précipitations en été, ces grains n’ont pas pu se remplir », explique Mickaël Haffner. Contrairement à Westhouse, où les grains, présents en quantité suffisante, se sont remplis à la faveur de quelques épisodes pluvieux au mois d’août.

Résultat, les rendements pouvaient atteindre 145 q/ha. À Battenheim, lorsque l’irrigation a permis de gommer les effets du manque de précipitations, les rendements ont atteint 147 q/ha. Tandis que dans le secteur de Dannemarie, il y a d’abord eu une chute du nombre de grains par mètre carré, puis un épisode de gel qui est venu contrecarrer un PMG qui était correct. Au final, le rendement moyen sur ce secteur plafonne à 85 q/ha.

Peu de ravageurs

Côté ravageur, la campagne a été assez calme. En l’absence d’un hiver rude la nymphose des pyrales s’est faite assez tôt, et le pic de vol a eu lieu de début à mi-juillet. Peu de pontes et peu de dégâts ont été constatés. La progression de la chrysomèle des racines du maïs suit son cours : cette année plus de 4 000 individus ont été piégés dans le réseau de surveillance. La fusariose des épis est restée discrète, tant en termes de fréquence que d’intensité des symptômes. Par contre, des symptômes de fusariose des tiges ont localement pu être constatés. « Ils s’expliquent par une remobilisation des réserves de la plante vers le grain durant les coups de chaud et de sec au mois d’août », indique Mickaël Haffner.

Concours prairies temporaires du Gnis

Le lycée agricole d’Obernai se distingue

Cultures

Publié le 12/12/2016

« Dans les exploitations d’élevage, la maîtrise des prairies est le premier moyen pour les éleveurs de sécuriser le système fourrager tout en améliorant le revenu. Choisir des espèces et des variétés adaptées aux conditions de l’exploitation et aux contraintes de production, c’est incontestablement améliorer son système fourrager tant au niveau de la qualité et de la productivité de la prairie, que de l’organisation du travail et de la rentabilité de l’exploitation. Il est important que les futurs techniciens et techniciennes y soient sensibilisés », explique le Gnis sur la page internet dédiée au concours des prairies temporaires qu’il organise.

Regroupés en binômes, les étudiants doivent choisir une exploitation support comportant un atelier d’élevage et des surfaces fourragères. Dans une première partie de leur dossier, ils sont invités à décrire cette exploitation avec des éléments techniques et économiques. Dans une seconde partie, ils doivent poser un diagnostic sur la situation existante, l’analyser et proposer des améliorations : introduction d’une nouvelle prairie, rénovation d’une prairie existante, choix et conduite d’espèces prairiales adaptées. Les conséquences technico-économiques de l’évolution proposée doivent également être présentées et chiffrées.

Un capital de connaissances

Pour la 31e édition de ce concours, tous les étudiants de BTS Acse du lycée agricole d’Obernai ont participé, guidés par Caren Bulte, professeur de zootechnie, et Guillaume Bapst, professeur d’agronomie, qui a présélectionné les dossiers les plus aboutis pour les présenter au concours. « Je suis content du travail que vous avez fourni. Nous nous étions fixé des objectifs, vous les avez tenus, notamment en termes de respect des délais de remise de vos travaux », constate Guillaume Bapst qui souligne que « les connaissances acquises en participant à ce concours pourront être réinvesties sur vos exploitations ». Thierry Girodot, proviseur du Legta d’Obernai, a quant à lui décrit ce concours comme « une situation interactive et professionnalisante ».

Le lycée agricole d’Obernai concourait avec les autres établissements agricoles des régions Nord et Est, soit environ 450 participants, le plus gros des 736 participants au niveau national. Les travaux ont été jugés par des professionnels issus d’instituts techniques, de Chambre d'agriculture… Ils ont particulièrement apprécié le travail fourni par les étudiants d’Obernai puisque deux binômes constitués d’une part de Stéphane Hoenen et Audrey Lossel et d’autre part de Stéphanie Reeb et Nicolas Richert se classent parmi les dix premiers. Et que deux autres binômes constitués d’une part de Léo Brandt et Xavier Thuet et d’autre part de Jonathan Risch et Jérémy Herr terminent deuxièmes ex aequo.

Venu récompenser les étudiants, Jonathan Pétry, inspecteur semences fourragères au Gnis, a souligné la qualité des dossiers présentés par le lycée : « Ils étaient tous d’un très bon niveau ». Tous les étudiants primés ont d’ailleurs été récompensés d’un diplôme et d’une revue technique sur la luzerne. Les quatre finalistes ont en plus reçu une caméra GoPro. « Prochaine étape : 100 % de réussite au BTS », a lancé Gilles Cadieu, proviseur adjoint, pas peu fier des résultats obtenus par les étudiants.

Banque alimentaire du Bas-Rhin : Grande collecte les 25 et 26 novembre

Vie professionnelle

Publié le 25/11/2016

En deux jours, ce vendredi 25 et ce samedi 26 novembre, la banque alimentaire du Bas-Rhin espère collecter 350 t de produits alimentaires, soit 16 % des 2 200 t de denrées qui représentent l'équivalent de quelque 6 millions de repas distribués annuellement par 90 partenaires associatifs à 45 000 bénéficiaires.

«Il y a huit ans, nous touchions 9 000 personnes par jour, aujourd'hui elles sont 24 000 à bénéficier chaque jour de notre action», indique Freddy Sarg, président de la banque alimentaire du Bas-Rhin.

Soit un triplement de la précarité en une dizaine d'années que Freddy Sarg explique par l'accélération des mutations de notre société : «C'est comme si on la compare à une roue qui tourne très vite. Et plus elle tourne vite, plus les personnes qui sont situées en périphérie de la roue en sont  rapidement éjectées.» Ces personnes, c'est un peu tout le monde :

«Des étudiants, des familles monoparentales, des travailleurs pauvres, des retraités, des agriculteurs... Ce n'est pas parce qu'ils produisent de la nourriture qu'ils sont à l'abri. J'en ai rencontré un qui doit vivre avec un budget de 400 € par mois. Sans aide, c'est impossible.»

Collecte solidaire

Concrètement, les vendredi 25 et samedi 26 novembre, 4 000 bénévoles vont s'affairer dans les 150 magasins participant à l'opération. Ils récupéreront les denrées alimentaires achetées par les clients après les caisses. Et, après un premier tri sur place, ces denrées seront expédiées dans les locaux de la Banque alimentaire du Bas-Rhin où elles seront retriées et redispatchées aux partenaires associatifs.

Suivez la collecte nationale sur les réseaux sociaux avec le #jefaismaba

Forestiers d’Alsace

L’érable, un arbre d’avenir

Cultures

Publié le 14/11/2016

Ce n’est pas la graphiose de l’orme, mais ça y ressemble, notamment de par la virulence de la maladie : « En Alsace, de très nombreux arbres sont atteints, même certains gros sujets », indique Marc Debus, technicien à Forestiers d’Alsace. Les symptômes de la maladie sont une défoliation précoce, une nécrose des rameaux, des descentes de cimes… Ce qui ne va pas sans engendrer des conséquences économiques : « Les forestiers veulent couper ces arbres malades. Du coup l’offre est trop importante. Et puis comme ces arbres sont coupés jeunes, ils fournissent du bois de chauffage, pas du bois d’œuvre. »

Mais si les dégâts sont importants, l’essence n’est pas menacée : « D’après les dernières estimations, environ un frêne sur cent serait résistant à la chalarose. C’est une très bonne nouvelle », estime Daniel Wohlhuter, directeur de Forestiers d’Alsace, qui incite donc les forestiers à précieusement conserver les frênes résistants qu’ils repèrent afin qu’ils se multiplient et essaiment. « En effet, les chercheurs pensent qu’il doit pouvoir être possible de sauvegarder l’essence à partir de ces individus résistants. » Néanmoins, face aux dépérissements et aux coupes prématurées que la chalarose engendre, les forestiers sont dans l’obligation de réagir, souligne Daniel Wohlhuter.

Tempérament montagnard

Érables et frênes ayant des exigences pédoclimatiques similaires, l’érable est une essence envisageable pour renouveler les frênes atteints de chalarose. C’est l’objet d’une réunion qui a récemment réuni une cinquantaine de personnes dans les forêts privées situées entre Valff et Westhouse. Marc Debus commence par faire la distinction entre l’érable plane, « dont les feuilles à cinq lobes portent de petites pointes » ; l’érable sycomore, dont les feuilles, toujours pentalobées, sont plus dentelées ; et l’érable champêtre, dont les feuilles sont bien plus petites que les précédentes.

Les érables sont des essences au tempérament montagnard, qui supportent des stations acides à calcaire et se plaisent en conditions humides et fraîches, mais qui ne supportent pas d’avoir les pieds dans l’eau. Il est donc important de les implanter dans des sols profonds et frais, avec une bonne réserve utile. Une exigence qui, dans un contexte de changement climatique, doit attirer l’attention des forestiers : s’assurer de la disponibilité en eau en été constitue en effet un préalable indispensable à l’implantation d’érables. Le changement climatique pourrait d’ailleurs aussi impacter la progression de la chalarose du frêne, puisque le vecteur de l’agent pathogène est l’eau : « J’ai observé des frênes qui avaient fait une descente de houppier et qui se sont refait une santé après deux étés chauds et secs qui ont été défavorables au champignon », témoigne Hubert Ott, ancien président de ce qui était alors le Groupement de gestion et de développement forestier du Bas-Rhin.

Appréciés des abeilles et des luthiers

Les érables sont des essences mellifères, dont la floraison est très appréciée des abeilles. Ils produisent un bois aux très bonnes caractéristiques mécaniques, qui se travaille bien et qui est apprécié des ébénistes, escaliéteur et luthiers. L’érable ondé, notamment, permet d’élaborer des instruments de musique de très bonne qualité. L’érable sycomore est capable de former des tiges droites et longues. La branchaison de l’érable plane est plus délicate à gérer : elle peut provoquer des nœuds au niveau du tronc, ce qui détériore la valeur du bois. L’érable champêtre a une croissance plus lente, c’est une essence de sous-étage, plus biscornue, que l’on trouve généralement en lisières de forêt.

Faire de la place suffisamment tôt

Les érables sont des essences de demi-ombre, qui supportent de l’ombrage au début de leur croissance mais qui doivent ensuite accéder à la lumière : « Il faut ouvrir le peuplement pour les mettre en lumière », indique Marc Debus en désignant un bouquet d’érables planes qui « ont filé comme des asperges. Il aurait fallu intervenir plus tôt et supprimer quelques sujets au profit d’autres. Aujourd’hui, leur hauteur est bien trop importante par rapport à leur diamètre. Du coup, si on ouvre trop le peuplement, les arbres risquent de pencher, d’être abîmés par le vent… Il faut donc leur faire de la place suffisamment tôt, puis veiller à ce que, à tout stade, le houppier représente la moitié de la hauteur totale de l’arbre. Car sinon sa capacité de croissance est ralentie. Pour faciliter la cicatrisation, l’élagage doit se faire sur des branches dont le diamètre n’excède pas 3 cm. »

Intervenir à bon escient

En futaie irrégulière, Marc Debus conseille de choisir 120 tiges par hectare, et de les détourer, c’est-à-dire d’enlever les arbres qui touchent leur houppier. En futaie régulière, la sélection des sujets se complique : « Il faut toujours travailler pour les plus beaux sujets, c’est-à-dire ceux qui présentent le plus de rectitude, qui sont les plus cylindriques, qui présentent le moins de blessures et un bon élagage ». Ces arbres une fois sélectionnés, il s’agit de travailler autour pour leur mettre « la tête au soleil, la tige à l’ombre et les pieds au frais ». En présence d’érables sycomores, qui ont la particularité d’avoir une écorce fine et lisse, il faut rester prudent lors des interventions : « Si on pratique une éclaircie trop brutale, les arbres peuvent souffrir de coups de soleil qui se traduisent par un décollement de l’écorce ».

La réunion s’est achevée autour d’un bel érable sycomore, dont l’écorce en écailles atteste une bonne quarantaine d’années. Contrairement au bois de frêne, celui de l’érable ne présente aucune altération lorsque le diamètre augmente. Aussi, si l’arbre est sain « il ne faut pas hésiter à le laisser augmenter de diamètre », indique Marc Debus, qui incite les forestiers à se manifester pour organiser des chantiers concertés. Ces derniers doivent permettre à plusieurs forestiers de valoriser de petites coupes, sans que le coût de l’opération ne vienne trop réduire la marge.

Fourrages

Des volte-face inattendues

Cultures

Publié le 25/10/2016

Il paraîtrait qu’il va faire froid cet hiver… Quelle bonne nouvelle ! Parce que c’est par l’hiver dernier doux qu’ont commencé les turpitudes traversées par les prairies alsaciennes en 2016 : « Avec la douceur hivernale, elles ont commencé à pousser tôt, puis, il ne s’est quasiment jamais arrêté de pleuvoir. Si la récolte n’a pas été faite le 7-8 mai, l’un des seuls créneaux qui s’est ouvert, elle s’est éternisée », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Ce n’est finalement que fin juin-début juillet que les foins ont pu être rentrés. Et quel foin ! Dépassé en stade, souvent couché par les excès d’eau, donc maculé de terre…

Et puis, brusquement, tout s’est inversé. Une chose incroyable s’est produite : il s’est arrêté de pleuvoir ! Complètement. Si bien que « ceux qui avaient pu faucher en mai ou en juin ont encore eu de belles repousses, mais si les foins ont été faits mi-juillet, il n’y a pas eu de repousse, ou très petite, car après le 15 juillet, il n’y a quasiment plus eu de pluie », indique Laurent Fritzinger. Le coup de chaud de fin août-début septembre a fini de rendre les repousses misérables. « C’est dommage parce qu’au départ toutes les conditions étaient réunies pour faire une récolte de regain superbe. Mais finalement les prairies ont grillé parce que toute l’eau du printemps était inaccessible aux prairies qui puisent l’essentiel de leur ressource en eau dans les dix premiers centimètres du sol. Il y a donc eu très peu de repousses estivales et automnales. »

Autre conséquence du manque d’eau : dans les prairies pâturées, l’herbe ne pousse plus depuis mi-août. Les conditions permettent aux bêtes de rester à la pâture, qu’elles n’abîment pas, mais il faut compléter leur alimentation en les affourageant avec le foin de piètre qualité récolté précédemment. Fauché avec un mois de retard, au moins ne fait-il pas défaut. Mais, à lui seul, il ne nourrit pas suffisamment les bêtes et il faut donc compléter les rations avec de l’énergie : « Certes il remplit la panse, mais il ne nourrit pas plus, voire moins, qu’une bonne paille », assène Laurent Fritzinger.

Ensilage de qualité

Pour le maïs ensilage, le scénario est relativement similaire, mais pas les conséquences. Leur démarrage les pieds dans l’eau s’est traduit par des décalages de semis, des pertes de pieds, et surtout dans les zones où il se fait traditionnellement beaucoup de maïs ensilage, rapporte Laurent Fritzinger. Au final, 10 à 30 % de rendement en moins, et des maïs au gabarit plutôt court du fait de leur végétation durant le mois de mai. Du coup, bon nombre d’éleveurs ont dû ensiler plus de parcelles que d’habitude pour remplir leurs silos, ou acheter du maïs ensilage pour compléter leur propre récolte. Autant de maïs qui va manquer à la collecte de maïs grain. La qualité de ce maïs ensilage, récolté dans de bonnes conditions, est satisfaisante, avec un bon rapport épi-plante entière.

Betteraves à sucre

Pas épargnées par les calamités

Cultures

Publié le 22/10/2016

Cette année, le transport des betteraves a démarré le 21 septembre, deux jours plus tard, le 23 septembre, l’usine Cristal Union d’Erstein produisait ses premiers cristaux de sucre. Trois semaines après, le service agrobetteravier dresse un premier état des lieux : « Les résultats sont inférieurs à nos prévisions. Nous estimons désormais la récolte à 80 t/ha à 16°, contre 95 t/ha à 16° en moyenne ces cinq dernières années, soit une baisse de production de 15 % par rapport à une année moyenne », indique Laurent Rudloff, responsable du service. Une estimation qui cache d’importantes disparités en fonction des secteurs, de la structure du sol, de la pression en maladies, rhizoctone et cercosporiose.

Eau : le manque a suivi l’excès

Cette contre-performance s’explique par une succession de facteurs pénalisants : excès d’eau au printemps, manque d’eau en été, puis en automne, ce qui a empêché les betteraves de poursuivre leur croissance, et enfin, tout dernièrement, des températures plutôt froides pour la saison qui, elles aussi, bloquent la croissance des tubercules… « Un tel cumul de problèmes, c’est un phénomène rare », commente Michel Butscha. Ces facteurs pénalisants se retrouvent jusqu’à l’arrachage puisque, d’abord compacté par les excès d’eau printaniers, les sols ont ensuite durci sous l’effet du manque d’eau. Du fait de leur faible enracinement, les betteraves sortent néanmoins assez bien, de terre, sans trop de casse. C’est plutôt le matériel d’arrachage qui souffre, certaines pièces s’usant prématurément. « La tare terre est faible, par contre nous retrouvons beaucoup de feuilles sèches dans les silos, ainsi que des betteraves atteintes de rhizoctone brun », indique Michel Butscha. Encore des désagréments liés aux conditions difficiles de l’année.

Moins de pulpes

Le volume de betteraves à ramasser étant plus faible, la campagne s’annonce plus courte que d’habitude. « Nous avons déjà trois jours de chargement d’avance, donc nous prévoyons que la campagne sera terminée avant Noël », estime Laurent Rudloff. La baisse de rendement n’aura pas d’autre effet sur l’usine qu’une campagne écourtée. Par contre la disponibilité en pulpe sera moindre, « et encore plus sur la seconde partie de campagne », annonce Laurent Rudloff.

Une filière tournée vers l’avenir

Cette campagne en demi-teinte ne doit cependant pas décourager les planteurs : le groupe Cristal Union poursuit sa politique de développement, qui va se traduire en Alsace par une hausse de la surface betteravière de plus de 10 % en 2017 par rapport à 2016 (après une hausse de 6 % qui avait porté la sole betteravière à 6 750 ha en 2016). Une hausse obtenue grâce à la conclusion de contrats avec de nouveaux coopérateurs, mais aussi par le développement de la sole allouée à la betterave par des coopérateurs historiques. « Certes la betterave a souffert cette année, comme toutes les autres cultures, mais nous voulons continuer à aller de l’avant, en tirant les enseignements de cette campagne pour continuer à améliorer la performance, grâce à la génétique, les techniques de production et ainsi faire s’exprimer tout le potentiel de cette culture », affirme Laurent Rudloff.

Élevages de volailles et de palmipèdes

L’Influenza aviaire conduit à renforcer les règles de biosécurité

Élevage

Publié le 20/10/2016

Le 10 février 2016, un arrêté relatif aux mesures de biosécurité dans les exploitations de volailles est paru au Journal officiel dans le cadre de la prévention contre l’Influenza aviaire. Depuis le 1er juillet 2016 (sauf demande de dérogation jusqu’en 2018), les élevages de volailles sont soumis à un certain nombre de nouvelles règles : mesures de protection physique des élevages, instauration de la bande unique… Et tout détenteur de volailles doit pouvoir présenter aux autorités publiques un plan de biosécurité.

Pour aider les éleveurs à mettre en œuvre ces mesures sur leur exploitation, Costal organise des sessions de formation animées par le docteur vétérinaire Arnaud Schmitt, spécialiste des volailles. « Il s’agit d’une formation obligatoire et diplômante pour tout éleveur de volaille commercial », précise Mario Troestler qui, en accueillant une de ces sessions de formation le 10 octobre, s’est voulu rassurant : « Pour ceux qui sont soumis au cahier de charges de la production de poulet label, c’est surtout du formalisme, il n’y a pas grand-chose à faire de plus que ce qui y est inscrit ». Ce que confirme Arnaud Schmitt : « Pour les producteurs qui n’élèvent qu’une seule espèce de volaille, l’arrêté biosécurité ne va pas révolutionner leurs pratiques. Il s’agit surtout de les mettre sur papier, peut-être parfois de réorganiser la circulation. »

« Il est inenvisageable de vivre avec ce virus »

Car l’objectif principal de l’arrêté biosécurité, c’est d’instaurer des barrières entre les espèces. Il est donc désormais interdit de faire cohabiter des gallinacées et des palmipèdes, à moins d’unités de production totalement séparées et indépendantes. Néanmoins, ces mesures sont accueillies avec une certaine circonspection par une partie des éleveurs. Car pour eux, elles signifient la fin des petites unités de production et vont à l’encontre de la biodiversité et de la vente directe, prônées par ailleurs. Arnaud Schmitt est plus mesuré : « Ce n’est pas la fin des petites unités de production, mais il va falloir les gérer différemment : il faut des unités de production indépendantes, avec des barrières ». Car dans le récent épisode d’Influenza aviaire qui a sévi dans le sud-ouest de la France, c’est bien l’homme, par ses pratiques, qui a disséminé le virus du genre Anas (canard) au genre Gallus (poulet) (lire en encadrés).

Et Arnaud Schmitt prévient : « Dans les autres pays européens, tous les élevages de volailles sont cloisonnés et fonctionnent en bande unique, avec une seule espèce. C’est le modèle qui s’impose au niveau européen en matière de production de volaille. Donc en cas de nouvel épisode d’Influenza aviaire en France, ces pays pourraient activer une clause de sauvegarde pour protéger leur production intérieure d’une contamination venue de France, ce qui fermerait la porte à nos exportations de volailles. »

Grave pour les espèces sensibles, l’Influenza aviaire est considérée comme un danger sanitaire de première catégorie parce qu’elle peut potentiellement toucher l’homme (comme lors de la pandémie de grippe espagnole). La police sanitaire qu’elle engendre est coûteuse - le dernier épisode a représenté 500 millions d’euros (M€) de pertes pour la filière volaille française - et les pertes commerciales peuvent être très importantes. « Il est donc inenvisageable de vivre avec. »

Une bande, une espèce

Pour justifier les mesures de biosécurité à mettre en œuvre afin d’éviter une catastrophe sanitaire, Arnaud Schmitt a présenté le virus (lire en encadré) et illustré : « Les barils d’explosif, c’est le genre Gallus, les mèches, ce sont les canards, et ce qui allume le feu, c’est l’homme. La biosécurité consiste à mettre des barrières entre les espèces. » Concrètement, à faire des bandes uniques d’espèce unique, donc à n’avoir en présence que des animaux d’un seul âge et d’une seule espèce, afin de limiter le nombre de mèches. « S’il part d’un élevage, le virus de l’Influenza aviaire met en danger toute la filière », rappelle Arnaud Schmitt. Il faut donc identifier les voies d’entrée (éleveur, paille, poussin, aliment, technicien, contrôleur, vétérinaire, chien, visiteur, faune sauvage, tracteur et matériel d’élevage, gaz, eau) mais aussi de sortie (éleveur, visiteur, poulet, caisse, fumier, matériel agricole, faune sauvage, eaux de lavage, air, équarrissage). Et évaluer la fréquence et le niveau de risque de contamination. Des barrières, avec changement de tenue plus ou moins complet en fonction du risque, doivent être mises en place entre les unités de production (changement de chaussures minimum entre volailles et porcs) et entre le site d’élevage et les voies publiques.

La session de formation s’achève sur la rédaction d’un plan de biosécurité pour chaque participant et des rappels sur les modalités de nettoyage et de désinfection des bâtiments, « un point important pour assurer la biosécurité des élevages ».

Crédit Agricole Alsace Vosges

Pierre Fort, nouveau directeur général

Vie professionnelle

Publié le 14/10/2016

EAV/PHR : Quel a été votre parcours professionnel avant de prendre la direction générale du Crédit Agricole Alsace Vosges ?

Pierre Fort : Je suis un pur produit du Crédit Agricole puisque je suis âgé de 50 ans et que j’ai passé 25 ans à évoluer au sein du groupe, d’abord à Crédit Agricole SA, puis au Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes où j’ai successivement été directeur des crédits, puis du marketing. J’ai ensuite rejoint le Crédit Agricole Champagne Bourgogne comme directeur général adjoint en charge du fonctionnement puis le Crédit Agricole des Savoie où j’étais directeur général adjoint en charge du développement. Cela fait donc 16 ans que j'exerce la fonction de cadre dirigeant.

EAV/PHR : Comment s’est passée votre arrivée en Alsace ?

PF : C’est avec beaucoup de plaisir que je suis arrivé dans cette région, très dynamique grâce à différents moteurs que sont une belle agriculture, équilibrée entre vin, lait et céréales, et un tissu d’entreprises très dense. Et puis il y a la proximité géographique avec l’Allemagne, la Suisse, qui contribue à la richesse du territoire. J’ai très vite été frappé par le dynamisme de l’économie alsacienne et la capacité des différentes Chambres consulaires à travailler ensemble, de même pour les collectivités locales qui ont une grande capacité à travailler de concert, ainsi qu’avec les acteurs du secteur privé, dans l’intérêt du développement du territoire. Je crois que c’est une force typiquement alsacienne.

EAV/PHR : Quel regard portez-vous sur l’agriculture alsacienne ?

PF : Je côtoie le secteur agricole depuis 2000, lors de mon passage en région Sud Rhône-Alpes. Dans cette région, comme en Champagne-Bourgogne et maintenant en Alsace, j’ai apprécié le caractère diversifié des agricultures qui y sont pratiquées entre viticulture, polyculture, élevage… Et en Alsace, je retrouve la capacité des agriculteurs à valoriser leurs productions. Je suis arrivé dans une période sensible pour l’agriculture alsacienne, confrontée à la liquidation judiciaire de Copvial. Dans ce contexte, j’ai apprécié d’avoir pu rencontrer rapidement les diverses OPA, avec lesquelles nous avons cherché ensemble des solutions constructives. Dans ce dossier sensible, le Crédit Agricole a joué un rôle important dans le déblocage de la situation, en étroite collaboration avec les OPA. Nous pouvons être satisfaits que l’outil de transformation ait pu être préservé afin de continuer à valoriser les productions locales.

EAV/PHR : Quels sont les grands chantiers qui vous attendent ?

PF : Le secteur bancaire vit actuellement une importante phase de transformation, avec des concurrences nouvelles diverses, un contexte compliqué de taux bas, avantageux pour nos clients, mais moins pour nous, puisque les taux d’épargne restent réglementés. Nous exerçons notre activité sous la pression à la fois d’une réglementation plus contraignante, et de clients plus exigeants et qui attendent de nos services qu’ils évoluent. Notre enjeu est donc le suivant : être une banque à la fois 100 % humaine et 100 % digitale. Concrètement, nos clients doivent pouvoir faire une simulation d’emprunt le dimanche soir sur leur tablette, puis en discuter avec leur conseiller et obtenir une réponse rapidement sur la base de leur simulation, ce qui requiert une certaine fluidité des données.

En parallèle, nous menons un vaste plan de rénovation de nos agences, pour plus de confort, de convivialité. Notre priorité, c’est de placer des hommes et des femmes compétents au sein de nos agences, afin que nos clients y trouvent des informations, des réponses qu’ils ne trouveront pas sur internet, mais aussi de l’empathie, de la compréhension… Ces collaborateurs seront équipés de tablettes, des outils qui doivent leur permettre de réduire les tâches administratives afin de se concentrer sur le conseil. La signature électronique de documents sur tablette est un exemple concret de la digitalisation de nos métiers. La satisfaction de nos clients et de nos collaborateurs est régulièrement mesurée. La qualité de vie au travail est aussi un enjeu important.

En tant que banque coopérative et mutualiste, notre second grand chantier consistera à continuer à accompagner le développement du territoire, l’économie et les besoins des habitants du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et des Vosges. Nous sommes par exemple l’un des deux principaux financeurs du projet de réhabilitation de la raffinerie de Reichstett, qui comprend la dépollution du site, l’accueil d’entreprises et le retour de certains terrains à la production agricole. Contribuer à ce type de projets représente pour nous un enjeu majeur.

EAV/PHR : La restructuration de votre réseau est-elle désormais achevée ?

PF : Oui, entamée en 2014, elle est désormais digérée. Comme je l’expliquais précédemment, cette restructuration avait pour but d’offrir un maximum de compétences de proximité à nos clients. Inévitablement, cette volonté s’est accompagnée d’une phase assez déstabilisante, avec des changements de portefeuilles de clients entre nos conseillers. D’autant qu’au Crédit Agricole nous sommes attachés à faire gravir les échelons en interne aux salariés. Chaque promotion entraîne donc d’autres changements de postes, ce qui se traduit par un certain turn-over des conseillers, peu apprécié des clients. C’est un point sur lequel nous sommes très vigilants. Mais aujourd’hui cette restructuration est derrière nous et elle porte ses fruits : nos clients trouvent désormais dans nos agences des compétences qui manquaient auparavant.

Maïs. Travail du sol et engrais starter

Différentes stratégies à l’essai

Cultures

Publié le 13/10/2016

L’un des objectifs de cet essai est aussi d’étudier l’effet de l’implantation de couverts sur la mycorhization de maïs qui suit. Il a donc été implanté sur une parcelle ayant porté de la betterave sucrière, une crucifère qui, comme le colza ou la navette, a la réputation de pénaliser la mycorhization du maïs suivant. « La betterave a été récoltée fin octobre, dans de bonnes conditions », indique Rémy Michaël, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Puis, diverses modalités de travail du sol ont été mises en œuvre :

  • labour à la charrue classique (modalité labour)
  • labour à la charrue déchaumeuse
  • décompactage et passage de déchaumeur (modalité TCS + décompactage)
  • passage de déchaumeur (modalité TCS)
  • passage de déchaumeur puis semis d’un pois d’hiver (modalité TCS + pois)
  • passage de déchaumeur puis semis d’un blé (modalité TCS + blé)
  • semis direct d’un pois d’hiver (modalité SD + pois)
  • semis direct d’un blé (modalité SD + blé)

Réduire le travail du sol au printemps

Le pois - « qui a la réputation de favoriser la mycorhization » - et le blé ont été semés le 12 novembre, avec pour objectif de réduire le travail du sol au printemps, période de sensibilité maximale à l’érosion et aux coulées d’eau boueuse. Au printemps, le blé et le pois « quoique très beaux », ont donc été détruits chimiquement, « le blé avait alors atteint le stade fin tallage ». La modalité TCS a bénéficié d’un passage de vibroculteur avant le semis du maïs. Mais dans la modalité semis direct, le maïs a été semé directement dans les résidus de couvert au semoir à maïs classique. « Nous avions peur que la présence du couvert, même s’il avait été au préalable détruit chimiquement, n’assèche trop le sol et ne pénalise les levées. En effet, les conditions étaient tout juste favorables pour que les lignes de semis se referment. Les conditions humides ont permis d’obtenir des levées homogènes, mais s’il avait fait plus sec, des graines se seraient peut-être desséchées », rapporte Rémy Michaël. Et puis, dans chaque modalité de travail du sol, différentes méthodes de fertilisation starter localisée ont été testées : témoin sans fertilisation starter ; engrais 18-46 ; Trika Expert (une association de lambda-cyhalotrine sur support organo-minéral NP 7-15) ; Locacell Neo (une association de deux micro-organismes, Bacillus amyloliquefaciens sp. IT45 et Glomus intraradices).

Le semis direct tire son épingle du jeu

Au mois de mai-juin, les équipes ont pu constater des différences de démarrage flagrantes. La vigueur de départ a été notée de 0 (nulle) à 10 (très bonne) : « Les levées de maïs après semis direct dans le blé ou le pois ont obtenu des notes de 8, ce qui est très bon », souligne Rémy Michaël. Aucune différence significative de vigueur n’a pu être mise en évidence entre les modalités labour, TCS + décompactage et TCS. L’engrais 18-46 et Trika Expert procurent des vigueurs de départ très similaires, avec une note de respectivement 6,4 et 6,5. Par contre les modalités Locacell Neo décrochent à ce stade, avec une note de 4,7.

Les premières modalités à être entrées en floraison sont celles qui ont été implantées après un couvert de blé ou de pois, le 22 juillet. Les modalités les plus tardives ne sont entrées en floraison que cinq jours plus tard. Et lorsqu’on considère les modalités de fertilisation starter, l’écart d’entrée en floraison est de quatre jours entre la modalité la plus précoce et la plus tardive, sachant que c’est toujours la modalité témoin qui est en retrait, que ce soit en termes de vigueur ou de date de floraison.

Verdict cet hiver

Lundi 26 septembre, lors d’une visite de cet essai, Rémy Michaël livrait quelques-unes de ses impressions, que la balance confirmera ou infirmera : « Les maïs semblent être restés verts plus longtemps dans la modalité TCS + décompactage que dans la modalité TCS, peut-être parce que grâce à ce travail du sol plus profond les racines sont descendues plus en profondeur et ont mieux résisté au manque d’eau en fin de cycle. » Rémy Michaël a déterré quelques pieds de maïs afin d’en apprécier le chevelu racinaire : « J’ai l’impression qu’il y a plus de racines avec Locacell Neo, et que les plantes ont donc pu travailler plus longtemps. »

Visuellement néanmoins, aucune différence flagrante ne saute aux yeux entre les diverses modalités. Ce qui est déjà un résultat en soi puisque cela prouve qu’avec un printemps humide, le semis direct du maïs dans un couvert peut s’envisager, y compris au semoir conventionnel. Pour connaître les résultats de cet essai plus en détail, il faudra attendre le verdict de la pesée et des analyses statistiques, qui seront dévoilées cet hiver, au cours des réunions techniques organisées par la CAA.

Confiant dans l’agriculture locale, le Crédit Agricole s’engage pour sa durabilité

Vie professionnelle

Publié le 08/10/2016

EAV/PHR : Dès 2015 et les prémices de la crise actuelle vous avez accompagné les agriculteurs. Comment ?

Pierre Fort : Oui. Nous avons rencontré les organisations professionnelles agricoles (OPA) et travaillé étroitement ensemble de manière préventive pour chercher des solutions constructives. Plus de 600 exploitations agricoles ont fait l’objet d’un traitement au cas par cas en 2015, avec une analyse de leurs bilans et la proposition de mesures adaptées. Si bien que nous n’avons pas constaté de réelle dégradation de la situation et que peu de nos clients agriculteurs sont en grande difficulté bancaire.

EAV/PHR : Malheureusement la crise perdure en 2016…

PF : Oui. C’est pourquoi il ne faut pas attendre le point de non-retour mais chercher, parmi une palette de solutions envisageables, les plus adaptées à chaque situation. Et il faut en distinguer deux. D’une part, même si cela représente une minorité, certaines exploitations agricoles sont en grande difficulté. Et nous n’avons pas vocation à les soutenir au-delà du soutenable. Si elles ne sont plus viables, il vaut mieux chercher une porte de sortie. C’est la mission de la cellule Réagir, qui regroupe la Chambre d'agriculture d’Alsace, les centres de fiscalité et de gestion, les coopératives, la MSA… D’autre part, il y a les exploitations qui peuvent surmonter la crise et faire face à une année que nous espérons exceptionnelle. Pour les y aider, différentes solutions sont envisageables par les conseillers agricoles. L’urgence, c’est d’être en capacité de financer les approvisionnements nécessaires à la préparation de la campagne 2017. Pour ce faire, des prêts à court terme à 1,5 % sont rapidement déblocables. Il est possible d’envisager une pause d’un an dans le paiement des échéances des prêts existants, sans frais de dossiers. Nous proposons aussi un prêt à moyen terme de reconstitution du fonds de roulement qui sera réalisé au taux préférentiel de 1 % sur cinq ans si le chef d’exploitation s’est organisé pour faire face aux aléas climatiques futurs, par exemple grâce à la souscription d’une assurance récolte ou à une réserve en Déduction pour aléas (DPA). À défaut, le taux sera de 1,20 %. Les jeunes agriculteurs bénéficieront d’une bonification supplémentaire de - 0,25 % sur ces conditions. Enfin, il est possible d’envisager une modulation des échéances à la baisse avec un rallongement de la durée des prêts.

EAV/PHR : Concrètement, comment ces mesures vont-elles être mises en œuvre ?

PF : Ces solutions s’adressent aux exploitations, quelle que soit la filière, qui ont la capacité à faire face dans la durée au remboursement de leurs échéances de prêts. Comme en 2015, une organisation spécifique est mise en place par souci de réactivité et d’efficacité. Les conseillers et experts du Crédit Agricole Alsace Vosges sont mobilisés pour examiner la situation de chaque exploitation avec l’agriculteur concerné afin de déterminer, avec lui, la solution adaptée, sachant que plusieurs mesures peuvent être prises simultanément. Un bon millier d’exploitations agricoles seraient concernées en Alsace. Parmi elles, les 600 qui ont déjà fait l’objet de traitements particuliers en 2015 bénéficieront d’une attention toute particulière. Quant aux exploitations les plus fragilisées, une analyse sera réalisée en relation étroite avec les conseillers de la CAA et des bureaux comptables, afin d’identifier des voies de redressement et les possibilités de restructuration des dettes existantes.

EAV/PHR : Restez-vous confiant pour l’avenir de l’agriculture alsacienne ?

PF : Tout à fait ! À travers cette démarche, le Crédit Agricole Alsace Vosges réaffirme son engagement et sa volonté d’accompagner les mutations nécessaires pour préserver une agriculture compétitive. Il réaffirme également sa confiance dans la capacité des agriculteurs à relever ce défi et dans l’avenir de l’agriculture. Nous avons confiance parce que nous avons en Alsace ces filières, avec des agriculteurs, des OPA, l’ensemble des acteurs qui sont engagés, qui jouent le jeu. Et des agriculteurs qui font preuve d’une volonté commune d’équilibrer leur activité, de s’adapter, de prendre en main leur destin, qui ne sont pas dans l’attente d’un assistanat, mais dans la volonté d’être acteurs de leur développement.

Les vidéos