La récolte des orges se termine. Dans la plupart des cas, comme le laissaient présager les données de peuplement, quantité et qualité sont au rendez-vous. Car contrairement au blé, les orges sont arrivées à maturité avant l'épisode caniculaire. Et cela se ressent. Les premières parcelles de blé ont été récoltées à la fin de la semaine dernière un peu partout en Alsace. Pour l'heure, il est difficile de dégager une tendance nette. Pour Laurent Fritzinger, conseiller à l'Adar des Deux Pays, dans le secteur de Bouxwiller, les rendements devraient être assez bons, « avec une incertitude, celle de l'impact de la canicule sur le Poids de mille grains (PMG), qui pourra être plus ou moins important en fonction des variétés, des dates de semis… » Car si certaines parcelles n'ont visiblement pas trop souffert de la météo excessivement estivale, dans d'autres, les blés ont viré du vert au blanc en quelques jours, ce qui n'est pas très bon signe…
Certains blés ont vite jauni
Dans le secteur de l'Adar de l'Alsace du Nord, Félix Meyer est plus pessimiste : « Dans les sols légers, séchants, on risque une catastrophe car les coups de chaud successifs ont mis à mal le potentiel de rendement ». Dans certaines parcelles, les blés ont jauni très rapidement, en une à deux semaines, et des feuilles ont commencé à dépérir. Un phénomène lié au manque d'eau et qui traduit un arrêt de la végétation et une sénescence accélérée de la plante alors qu'elle n'a pas fini son cycle végétatif. Avec pour conséquence un mauvais remplissage des grains, donc une perte de rendement. À l'inverse, dans le secteur de la plaine de l'Ill, Patrice Denis fait écho de bons, voire de très bons, rendements obtenus dans les premières parcelles de blé récoltées dans le secteur de Sélestat, qu'elles soient irriguées ou non, avec en prime de bons Poids spécifique (PS), compris entre 70 et 80. « Que ce soit en situation irriguée ou non, il y aura peut-être un peu d'échaudage, mais globalement les meubles seront sauvés », pronostique Patrice Denis. C'est aussi ce que prévoient les conseillers de l'Adar du Kochersberg, où les premiers blés récoltés affichent de plutôt bons rendements.
Des maïs assoiffés
Même les maïs, réputés pour leur résistance à tous les extrêmes, commencent à accuser le coup. Dans le secteur de Bouxwiller, « les maïs font la baïonnette de 9 heures à 20 heures, décrit Laurent Fritzinger, dans les parcelles à sol superficiel ou à terres lourdes, ils se protègent de la chaleur et ne poussent plus ». Parfois, les feuilles basses commencent à sécher et dans les sols très séchants, le maïs commence même à dépérir. En outre, cet épisode caniculaire et de stress hydrique arrive au plus mauvais moment du cycle végétatif du maïs puisqu'il coïncide avec le début de la floraison dans un certain nombre de parcelles. « Il faut donc de l'eau sinon, le pollen risque d'être moins fertile, or une mauvaise fécondation peut altérer le nombre de grains », explique Laurent Fritzinger. Malheureusement pour les céréaliers, l'anticyclone qui règne actuellement sur la plaine d'Alsace semble durablement installé et les épis de maïs risquent donc cette année d'être relativement mal remplis. Laurent Fritzinger décrit aussi des maïs de relativement petit gabarit cette année, ce qu'il explique par l'ensoleillement important dont ils ont bénéficié, ce qui ne les a pas incités à faire de longs entre-nœuds pour aller chercher la lumière. Cela aura-t-il un effet sur le rendement du maïs ensilage ? Pas forcément, répond le conseiller qui rappelle que 60 % du rendement du maïs ensilage est imputable à l'épi.
Dans le secteur de l'Alsace du Nord, certaines parcelles de maïs, situées le long de la bordure rhénane, de Reichstett à Lauterbourg, sont irriguées : « Le maïs y souffre moins, mais en moyenne, les agriculteurs en sont à un tour d'eau de plus comparé à une année classique », relate Félix Meyer. Dans les parcelles non irriguées, c'est le même constat qu'ailleurs : les maïs ont soif et enroulent leurs feuilles pour lutter contre l'évapotranspiration. « Dans les sols séchants, on voit des feuilles qui commencent à disparaître. Mais même dans les sols profonds, les maïs commencent à souffrir. La situation devient critique », regrette Félix Meyer. Impuissants face à ce phénomène, les agriculteurs ne peuvent qu'espérer un rafraîchissement des températures et des précipitations significatives pour recharger la réserve utile des sols. « Mais s'il continue à faire chaud et sec alors que les panicules sont émises, les rendements seront forcément impactés », déclare Félix Meyer.
Dans le secteur de l'Adar de la Plaine de l'Ill, le constat est le même, mais les contrastes sont encore plus marqués. « Nous allons être confrontés à deux situations, rapporte Patrice Denis. Dans les parcelles irriguées les rendements seront au rendez-vous, ailleurs ce sera parfois la catastrophe. » À la mi-juillet, les irriguant de la plaine de l'Ill en sont à leur quatrième, voire cinquième, tour d'eau alors qu'à cette période ils entament « normalement » le deuxième ou le troisième. « C'est très rare dans le secteur : l'irrigation a démarré tôt et depuis les tours d'eau s'enchaînent à une cadence élevée : un tour tous les six-sept jours », rapporte Patrice Denis. Aussi les cinq à six tours d'eau généralement pratiqués en une saison risquent d'être dépassés cette année. Au moins les rendements seront-ils sauvegardés dans ces parcelles, ce qui n'est pas le cas des maïs implantés dans des rieds superficiels caillouteux non irrigués : « Là, c'est cuit, il n'y aura pas d'épis ou quasiment rien, la messe est dite », annonce Patrice Denis pour qui la situation n'est pas loin de celle de 2003. Et puis il y a les secteurs où les maïs accusent le coup mais peuvent encore s'en remettre. C'est le cas des limons de la plaine d'Erstein, où pour la première fois dans sa carrière, Patrice Denis a vu des agriculteurs mettre en place de l'irrigation.
Maïs semences : la fécondation menacée
Le maïs semences n'est pas épargné par cet épisode climatique, avec plus ou moins de conséquences selon que les parcelles sont irriguées ou pas, semées plus ou moins tôt… Olivier Kempf, responsable technique de la filière maïs semences au Comptoir agricole, distingue les effets de la chaleur et du manque d'eau. La première peut perturber la fécondation, donc le nombre de grains formés, en altérant la qualité du pollen émis par les plants mâles. « Les variétés semées tôt ont ainsi été impactées par les températures extrêmes du début du mois. » Comme toute culture, le maïs semences souffre du manque d'eau. Ses besoins sont similaires à ceux d'un maïs de consommation, mais, issu de semences de base et non de semences hybrides, ils pâtissent d'un enracinement plus faible qui limite leur capacité à aller chercher l'eau en profondeur. Aussi, Olivier Kempf rapporte-t-il des cas de variétés dont le cycle a été perturbé, notamment des variétés femelles qui fleurissent plus précocement que prévu. « Cela doit inciter à renforcer la vigilance afin de décaler les chantiers de castration si nécessaire », souligne-t-il. Avec 80 à 100 % des 833 ha de maïs semences qui pourraient souffrir du manque d'eau et des fortes chaleurs, la campagne s'annonce un peu plus compliquée que la précédente. Mais Olivier Kempf n'est pas inquiet : « La plupart des producteurs ont un an d'expérience derrière eux, ils ont été formés et savent adopter les bons réflexes. L'organisation est calée : les outils, la main-d'œuvre, tout est prêt. »