Auteur
Image

Bérengère de Butler

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Betteraves sucrières

L'heure est à la protection

Cultures

Publié le 13/04/2016

Après des labours et des préparations de sol effectuées dans de bonnes conditions, les semis de betteraves sucrières sont en passe de s'achever. Le 6 avril, il restait quelque 270 hectares à semer, majoritairement dans les secteurs de Hochfelden et Wissembourg où les planteurs ont été coincés par des épisodes pluvieux à répétition qui n'ont pas permis au sol de ressuyer suffisamment. Mais dans la majorité des cas, les betteraves commencent à lever : « Les précipitations qui ont suivi les semis ont fait beaucoup de bien et les levées sont excellentes dans le Kochersberg. Pour un semis du 16-17 mars, on a déjà au moins 100 000 plantes par hectare, et le reste arrive, soit quasiment aucun manque à la levée », rapporte Aline Barbière, technicienne au service agrobetteravier de la sucrerie Cristal Union d'Erstein.

Corollaire du retour des beaux jours, de l'humidité et de nourriture fraîche, les limaces sont de sortie. Concernant la fertilisation azotée, et face à l'hétérogénéité des reliquats azotés, la sucrerie préconise de piloter la fertilisation azotée en fonction des résultats des analyses de reliquats azotés. « Si le premier apport d'azote n'a pas encore été fait, il faut désormais attendre que les premières feuilles soient sorties car il existe un risque de phytotoxicité sur les jeunes plantules », prévient Aline Barbière.

Y aller tôt, mais pas trop

Plus les adventices sont maîtrisées tôt, meilleure sera l'efficacité globale du désherbage. « Quand on traite trop tôt, les betteraves sont jeunes aussi, du coup il faut réduire les doses pour ne pas trop les impacter. Effectuer le premier traitement environ trois semaines maximum après le semis permet d’avoir une efficacité optimale sur les adventices, notamment les chénopodes », justifie Aline Barbière. Une stratégie qu'il faudra bien sûr adapter à la météo. Et, en cas de risque de chénopodes et d'arroches, il s'agira de bien suivre la cadence des traitements, « même si les adventices ne sont pas encore visibles ».

Ces réunions en bout de parcelles ont été l'occasion pour la sucrerie d'Erstein de rappeler aux planteurs l'objectif de dépasser les 7 000 ha de betteraves sucrières, ce qui correspond à la capacité d'absorption de l'usine. « Si vous ne pouvez pas augmenter vos surfaces, ceux qui dépassent régulièrement leur tonnage peuvent prendre des tonnes supplémentaires », précise Aline Barbière. Mais il faudra aussi de nouveaux planteurs : avis aux amateurs !

Betteraves sucrières

Les semis s'achèvent

Cultures

Publié le 31/03/2016

Les semoirs à betteraves ont commencé à sillonner la plaine d'Alsace le 18 mars. Un chantier qui a rapidement progressé, à la faveur de préparations du lit de semences qui ont pu être effectuées dans de bonnes conditions. La majorité des semis a donc été effectuée en une petite dizaine de jours. Mardi 29 mars, ils étaient achevés à 90 %, et le chantier devrait être clôturé d'ici la fin de la semaine, soit dans la moyenne des années précédentes. « Les quelques précipitations du week-end pascal ont été bénéfiques puisqu'elles vont permettre d'assurer une bonne levée », constate Michel Butscha, adjoint au responsable du service agrobetteravier de la sucrerie Cristal Union d'Erstein. Et celles qui étaient annoncées d'ici la fin de la semaine devraient elles aussi contribuer à la qualité des levées.

Aussi Michel Butscha et sa collègue, Aline Bardière, s'apprêtent à rencontrer les planteurs lors des premiers rendez-vous de bout de parcelle dès la semaine prochaine. Ce sera l'occasion de préparer la suite des interventions culturales, notamment les désherbages, et de faire le point sur la fertilisation azotée. En effet, les reliquats azotés s'avèrent très hétérogènes, ce qui justifie la gestion des itinéraires techniques à la parcelle que prône la sucrerie. Ce sera aussi l'occasion pour les conseillers de rencontrer les planteurs, les anciens comme la vingtaine de nouveaux qui est venue porter le nombre de planteurs de la sucrerie à 560. « Nous enregistrons une hausse de la surface consacrée aux betteraves sucrières de 6 %, pour atteindre 6 700 ha. C'est une première étape avant une hausse significative des surfaces attendue en 2017 », indique Laurent Rudloff, responsable du service agrobetteravier de la sucrerie Cristal Union d'Erstein.

Concours général agricole des prairies fleuries

Belles, productives, vivantes

Cultures

Publié le 17/11/2015

En été, les prairies qui fleurissent en vis-à-vis sur les massifs de la Forêt Noire et des Vosges font le bonheur des promeneurs, des éleveurs et des insectes butineurs. Car les prairies fleuries constituent à la fois un atout touristique, une source de nourriture appétente et nutritive pour le bétail, un habitat privilégié pour une cohorte d’insectes, de plantes rares, de petits animaux…

De bonnes prairies font de bons produits

Ce sont toutes ces richesses qui se cachent derrière d’apparentes étendues herbeuses que le Concours général agricole (CGA) des prairies fleuries souhaite valoriser. Lors de l’édition 2015 du concours du Parc naturel régional (PNR) des Ballons des Vosges et du Naturpark Südschwarzwald, onze parcelles, six côté français et cinq côté allemand, ont été jugées les 8 et 9 juin par un jury franco-allemand. « Seul le PNR Scarpe-Escaut organisait également un concours transfrontalier avec ses voisins belges », a souligné Laurent Seguin, président du PNR des Ballons des Vosges, lors de la cérémonie de remise des prix orchestrée à la ferme du Surcenord. Il a rappelé que la première édition de ce concours, « dont l’objectif est de récompenser les agriculteurs pour la bonne gestion de leurs prairies » avait lieu en 2010 dans une trentaine de PNR. En 2013, le concours a rejoint le giron du CGA, faisant le lien entre le CGA des animaux et le CGA des produits. Dans le même temps, le concours a essaimé puisqu’il est également organisé par des intercommunalités. Si bien que l’organisation du concours a été transférée des PNR aux Chambres d’agriculture. En Alsace, c’est donc la Chambre d’agriculture de région Alsace (Cara) qui coordonne ce concours depuis deux ans.

Un savoir-faire paysan reconnu

Véronique Klein, vice-présidente de la Cara, a salué un concours où « agronomes, écologues, apiculteurs, jugent ensemble de la qualité d’une prairie et de sa valorisation par l’agriculteur ». Ce qui n’est pas une mince affaire : il ne suffit pas de mettre des bêtes dans une pâture, où d’attendre que l’herbe ait poussé pour la faucher : « Il faut savoir gérer le pâturage, adapter les fauches aux dynamiques de végétation… », rappelle Véronique Klein qui poursuit : « Grâce à ce concours, qui remet enfin les herbages au cœur du système de production, les agriculteurs sont reconnus pour ce savoir-faire. Et ils en sont fiers. » Elle souhaite désormais que les concitoyens, les élus prennent conscience de l’importance de l’agriculture, notamment pour l’entretien des paysages. Et pour que l’agriculture continue de rendre ces services, « elle doit rester économiquement viable ».

Holger Wegner, chargé de projet au Naturpark Südschwarzwald, a indiqué que le concours avait été organisé dans le Bade-Wurtemberg pour la première fois en 2005, avec pour objectif de démontrer qu'« il n’y a pas d’incompatibilité entre biodiversité, quantité et qualité de foin ». Depuis 2013 le concours est organisé sur le territoire du Naturpark Südschwarzwald et c’est d’ailleurs ce concours qui a fait l’objet du premier projet de coopération entre ce parc naturel allemand et le PNR des Ballons des Vosges, « des parcs similaires par leur taille et leurs espaces naturels et qui travaillaient déjà ensemble depuis 2003, notamment sur la problématique du grand tétras ». Mais depuis 2013, une convention de partenariat entre les deux parcs est venue officialiser et renforcer cette collaboration transfrontalière.

Les lauréats ont été présentés et récompensés d’une clarine, d’un diplôme et d’une sélection transfrontalière de produits du terroir. Il s’agit de Renaud Duc, de l’EARL ferme du Surcenord à Orbey, qui remporte le premier prix ; Heinrich Till, de la ferme Till, située au Schluchsee en Forêt Noire, qui remporte le 2e prix ; et de Jacques Henry, de la ferme de la Violette au Bonhomme, qui remporte le 3e prix. À noter que les inscriptions pour les structures locales souhaitant organiser le concours en 2016 sont ouvertes depuis le 2 novembre et qu’elles le seront jusqu’au 31 décembre.

Travail du sol simplifié

Choix des outils : pas si simple…

Cultures

Publié le 12/11/2015

Assez paradoxalement, avec les techniques culturales simplifiées (TCS), on travaille moins le sol, mais on a davantage d’outils à sa disposition. Cependant, leur tarif ne permet pas de disposer de toute une panoplie sur une exploitation. Il faut donc choisir et, au regard de l’investissement que cela représente, mieux vaut être sûr de son coup. Pour aider les agriculteurs tentés par les TCS à choisir l’outil qui leur convient, la Chambre d’agriculture de région Alsace (Cara) a organisé jeudi 5 novembre une démonstration animée par Rémy Michaël et David Kraemer, respectivement conseillers spécialisés érosion et Agri-Mieux. Cette démonstration, orchestrée sur les terres de l’EARL Weckel, convertie depuis 2008 aux TCS, a attiré un public nombreux : pas moins de 150 personnes s’y sont retrouvées, preuve que le choix des outils en TCS est une vraie question.

« Les techniques culturales simplifiées procurent un gain de temps, une meilleure répartition de la charge de travail et une réduction de charges estimée de 30 à 50 €/ha si la traction est optimisée. Les risques de battance, d’érosion sont limités grâce à la présence de résidus en surface qui permettent de freiner l’écoulement de l’eau. La capacité de rétention en eau du sol est améliorée. La température du sol est stabilisée. L’activité microbienne est améliorée et la portance des sols est meilleure », introduit Rémy Michaël, qui cite aussi quelques inconvénients des TCS : réchauffement du sol plus lent au printemps, réduction de la porosité mécanique, itinéraire technique plus pointu. Il précise : « Entre labour et semis direct, il existe toute une plage de techniques intermédiaires : travail du sol profond sans retournement, ou pseudo-labour, strip-till, travail du sol superficiel, semis direct et semis direct sous couvert. L’objectif n’est pas de passer d’un extrême à l’autre, mais de passer par les différentes étapes pour améliorer progressivement le travail du sol. »

Six outils à l’essai

Cette démonstration a été l’occasion de comparer six outils de travail du sol simplifié :

Super-Craker d’Alpego. Un décompacteur qui effectue un pseudo-labour. Des dents équipées d’ailettes font un travail en profondeur. Puis deux rouleaux Franter travaillent le sol en surface, ce qui permet d’enfouir les débris végétaux et de niveler le sol. Sur le terrain, cet outil a remonté de la terre en surface et a procuré un bon mélange terre/paille. Il laisse un sol irrégulier, ce qui ne constitue pas un inconvénient, au contraire : « C’est bon pour l’infiltration de l’eau. Il suffira d’un coup de vibro au printemps pour aplanir le sol. »

Charrue Express de Perrein. Une charrue de pseudo-labour équipée de dents de décompactage munies de socs larges (20 cm) qui permettent de mélanger le sol et les résidus dans tout le profil. C’est un outil davantage adapté aux terres argileuses qu’aux terres limoneuses, sableuses ou caillouteuses. Pour son propriétaire, Benoît Burg de Keffendorf, cet outil présente l’inconvénient de ne pas être utilisable en conditions humides. Par contre, il est possible de régler la profondeur de travail en fonction des situations. Cet outil procure un travail un peu plus profond que le précédent. La surface du sol est plus plane mais, sous les résidus, on retrouve les traces du passage des dents.

Cultimer 300 de Kuhn. Un déchaumeur à dents équipé de disques niveleurs et d’un rouleau. Cet outil se caractérise par des socs travaillant à plat, ce qui lui permet de faire aussi bien du déchaumage superficiel que du déchaumage profond, tout en requérant moins de puissance de traction (il faut compter de 150 à 160 ch). Pour son propriétaire, Aurélien Weckel de Mommenheim, la vitesse de travail est plus importante que la profondeur : « Je ne descends jamais en dessous de 12 km/h. » Sur le terrain, le Cultimer a travaillé le sol sur 15 cm de profondeur. Il a laissé davantage de résidus en surface que les précédents. Le rouleau utilisé a eu tendance à sillonner le sol. « Le choix du rouleau n’est donc pas à négliger », réagissent les techniciens.

Dynamix de Rabe. Un déchaumeur à disques indépendants de grand diamètre (630 mm), avec plusieurs versions de disques qui pénètrent différemment dans le sol. Adapté au travail superficiel, mais aussi au travail plus profond, il permet de travailler en conditions plus humides que les précédents. Un rouleau vient ensuite niveler le sol. Mais les techniciens de la Cara préviennent : « L’objectif n’est pas d’avoir un sol plat en entrée d’hiver car sinon on risque une prise en masse ». Le passage de cet outil a confirmé un travail superficiel, qui aboutit à davantage de résidus et moins de terre en surface. Une tendance qu’il est possible d’inverser en augmentant la vitesse de travail, ce qui aura pour effet de « projeter davantage de terre, donc d’avoir moins de résidus en surface ». L’indépendance des disques permet de limiter le risque de lissage en fond de raie.

Disc-o-mulch d’Agrisem. Un déchaumeur à disques indépendants procurant une profondeur de travail de 0 à 8 cm, avec également plusieurs versions de disques disponibles. La vitesse de travail doit être plus élevée que pour un déchaumeur à dents afin d’éviter les bourrages, de l’ordre de 10 à 15 km/h. Sur le terrain, cet outil a révélé de bonnes performances sur les côtés de l’attelage, tandis qu’au centre, il remet surtout de la terre sur les traces de pneus.

Compil de Duro France. Des bêches roulantes qui effectuent un déchaumage superficiel (0 à 8 cm) et qui procurent un bon mélange de la paille et de la terre. Le faible poids de certains modèles peut limiter leur pénétration dans les sols à consistance dure. Et l’outil, relativement encombrant, nécessite d’assez grandes parcelles pour travailler correctement. Son passage de démonstration a confirmé le caractère superficiel du travail procuré : il s’agit surtout de mélanger la terre et la paille pour améliorer la dégradation de cette dernière. « Son propriétaire compte davantage sur les couverts pour restructurer le sol », explique Rémy Michaël.

Campagne sucrière

Démarrage sur les chapeaux de roue

Cultures

Publié le 08/10/2015

La campagne sucrière 2015 a été riche en surprises, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Il y a d'abord eu la surprise de voir la sécheresse s'installer durablement sur la plaine d'Alsace et se doubler de pics de chaleur. Contrairement à celui des céréales, le cycle de la betterave ne présente pas de phase particulièrement sensible au manque d'eau. Les feuilles de la betterave flétrissent, certaines vont disparaître, et le tubercule arrête sa croissance en attendant de meilleures conditions. Et c'est ce qui est en train de se passer suite au retour des précipitations : « Les bouquets foliaires se sont reformés, les betteraves ont repris vie et continuent à faire des réserves, à grossir », rapporte Michel Butscha, technicien agro-betteravier à l'usine Cristal Union d'Erstein. Aussi, pour que chaque planteur bénéficie de la croissance automnale, le planning d'arrachage prévoit que chacun d'entre eux arrache une petite partie de sa surface au début de la campagne, pour commencer à alimenter l'usine.

La richesse compense le poids

Si tout n'est donc pas encore joué en ce qui concerne les rendements, les premières livraisons s'annoncent conformes aux prévisions : « Nous constatons une très forte hétérogénéité entre les secteurs non irrigués, qui ont souffert du manque d'eau, et les secteurs irrigués où les rendements sont prometteurs. Au final, ils devraient être compris dans une fourchette allant de 50 à 110 t/ha », annonce Laurent Rudloff, responsable du service agro-betteravier de l'usine Cristal Union d'Erstein. La bonne surprise, c'est la richesse, qui s'élève à 18 % sur la deuxième semaine de réception et qui continue à progresser. Tant et si bien que la « richesse va compenser le manque de poids dans certaines parcelles », constate Laurent Rudloff. Et, contrairement au rendement, la richesse est très stable, puisqu'elle oscille entre 17 et 19 %.

Tonnage au démarrage record

Du fait de la réduction du volume de betteraves à traiter, la mise en route de l'usine d'Erstein a été décalée d'environ une semaine. Les arrachages l'ont été également, mais cette fois en raison des précipitations. Du coup les arrachages ont débuté à peine un jour avant la mise en service des lignes de production de l'usine d'Erstein. Une situation « rare et inconfortable parce que nous avons travaillé à flux tendu et, comme le chargement de l'usine va plus vite que l'arrachage des betteraves, nous risquions la rupture d'approvisionnement », explique Laurent Rudloff. Mais depuis ce démarrage un peu précipité, tout est rentré en ordre : les arrachages ont pris un peu d'avance, ce qui a permis de constituer un stock de réserve de quatre jours, et l'usine tourne bien, voire très bien. Patrick Baudot, directeur de l'établissement d'Erstein, rapporte en effet « un très bon démarrage de l'usine : le tonnage produit durant les dix premiers jours est le meilleur jamais atteint ». Une belle performance qui s'explique par tout un travail de maintenance, de préparation durant l'inter-campagne. « De petites évolutions qui, mises bout à bout, portent leurs fruits », explique Patrick Baudot qui évoque notamment des économies d'énergie significatives. Une performance à laquelle la très bonne qualité des betteraves n'est pas non plus étrangère, puisqu'elle procure une cadence régulière et, à l'issue du process, des coproduits de qualité, notamment des pulpes surpressées qui titrent à 28 % de matière sèche.

Des arracheuses plus performantes

Autre bonne surprise : le niveau de tare est très faible, ce qui limite les frais de transport. Une particularité liée aux conditions sèches, qui limitent l'adhérence de la terre aux tubercules, et aux progrès permis par le renouvellement du matériel d'arrachage des entrepreneurs de travaux agricoles. Les dernières arracheuses mises sur le marché affichent en effet des performances accrues grâce à l'amélioration de la forme des socs, qui ramènent moins de terre, mais aussi à l'amélioration de la portance des pneumatiques. Des investissements qui permettent d'améliorer la qualité de la récolte, mais aussi d'accélérer les débits de chantier.

La dernière « surprise », celle des prix, sera-t-elle bonne ou mauvaise ? Il faudra attendre jusqu'au mois de janvier pour le savoir. En attendant, le groupe Cristal Union envoie un signal positif aux planteurs alsaciens puisqu'après la baisse de 5 % des surfaces betteravières alsaciennes en 2015, celles-ci devraient à nouveau augmenter en 2016.

Tour de plaine

Chaleur et manque d'eau pénalisent les cultures

Cultures

Publié le 16/07/2015

La récolte des orges se termine. Dans la plupart des cas, comme le laissaient présager les données de peuplement, quantité et qualité sont au rendez-vous. Car contrairement au blé, les orges sont arrivées à maturité avant l'épisode caniculaire. Et cela se ressent. Les premières parcelles de blé ont été récoltées à la fin de la semaine dernière un peu partout en Alsace. Pour l'heure, il est difficile de dégager une tendance nette. Pour Laurent Fritzinger, conseiller à l'Adar des Deux Pays, dans le secteur de Bouxwiller, les rendements devraient être assez bons, « avec une incertitude, celle de l'impact de la canicule sur le Poids de mille grains (PMG), qui pourra être plus ou moins important en fonction des variétés, des dates de semis… » Car si certaines parcelles n'ont visiblement pas trop souffert de la météo excessivement estivale, dans d'autres, les blés ont viré du vert au blanc en quelques jours, ce qui n'est pas très bon signe…

Certains blés ont vite jauni

Dans le secteur de l'Adar de l'Alsace du Nord, Félix Meyer est plus pessimiste : « Dans les sols légers, séchants, on risque une catastrophe car les coups de chaud successifs ont mis à mal le potentiel de rendement ». Dans certaines parcelles, les blés ont jauni très rapidement, en une à deux semaines, et des feuilles ont commencé à dépérir. Un phénomène lié au manque d'eau et qui traduit un arrêt de la végétation et une sénescence accélérée de la plante alors qu'elle n'a pas fini son cycle végétatif. Avec pour conséquence un mauvais remplissage des grains, donc une perte de rendement. À l'inverse, dans le secteur de la plaine de l'Ill, Patrice Denis fait écho de bons, voire de très bons, rendements obtenus dans les premières parcelles de blé récoltées dans le secteur de Sélestat, qu'elles soient irriguées ou non, avec en prime de bons Poids spécifique (PS), compris entre 70 et 80. « Que ce soit en situation irriguée ou non, il y aura peut-être un peu d'échaudage, mais globalement les meubles seront sauvés », pronostique Patrice Denis. C'est aussi ce que prévoient les conseillers de l'Adar du Kochersberg, où les premiers blés récoltés affichent de plutôt bons rendements.

Des maïs assoiffés

Même les maïs, réputés pour leur résistance à tous les extrêmes, commencent à accuser le coup. Dans le secteur de Bouxwiller, « les maïs font la baïonnette de 9 heures à 20 heures, décrit Laurent Fritzinger, dans les parcelles à sol superficiel ou à terres lourdes, ils se protègent de la chaleur et ne poussent plus ». Parfois, les feuilles basses commencent à sécher et dans les sols très séchants, le maïs commence même à dépérir. En outre, cet épisode caniculaire et de stress hydrique arrive au plus mauvais moment du cycle végétatif du maïs puisqu'il coïncide avec le début de la floraison dans un certain nombre de parcelles. « Il faut donc de l'eau sinon, le pollen risque d'être moins fertile, or une mauvaise fécondation peut altérer le nombre de grains », explique Laurent Fritzinger. Malheureusement pour les céréaliers, l'anticyclone qui règne actuellement sur la plaine d'Alsace semble durablement installé et les épis de maïs risquent donc cette année d'être relativement mal remplis. Laurent Fritzinger décrit aussi des maïs de relativement petit gabarit cette année, ce qu'il explique par l'ensoleillement important dont ils ont bénéficié, ce qui ne les a pas incités à faire de longs entre-nœuds pour aller chercher la lumière. Cela aura-t-il un effet sur le rendement du maïs ensilage ? Pas forcément, répond le conseiller qui rappelle que 60 % du rendement du maïs ensilage est imputable à l'épi.

Dans le secteur de l'Alsace du Nord, certaines parcelles de maïs, situées le long de la bordure rhénane, de Reichstett à Lauterbourg, sont irriguées : « Le maïs y souffre moins, mais en moyenne, les agriculteurs en sont à un tour d'eau de plus comparé à une année classique », relate Félix Meyer. Dans les parcelles non irriguées, c'est le même constat qu'ailleurs : les maïs ont soif et enroulent leurs feuilles pour lutter contre l'évapotranspiration. « Dans les sols séchants, on voit des feuilles qui commencent à disparaître. Mais même dans les sols profonds, les maïs commencent à souffrir. La situation devient critique », regrette Félix Meyer. Impuissants face à ce phénomène, les agriculteurs ne peuvent qu'espérer un rafraîchissement des températures et des précipitations significatives pour recharger la réserve utile des sols. « Mais s'il continue à faire chaud et sec alors que les panicules sont émises, les rendements seront forcément impactés », déclare Félix Meyer.

Dans le secteur de l'Adar de la Plaine de l'Ill, le constat est le même, mais les contrastes sont encore plus marqués. « Nous allons être confrontés à deux situations, rapporte Patrice Denis. Dans les parcelles irriguées les rendements seront au rendez-vous, ailleurs ce sera parfois la catastrophe. » À la mi-juillet, les irriguant de la plaine de l'Ill en sont à leur quatrième, voire cinquième, tour d'eau alors qu'à cette période ils entament « normalement » le deuxième ou le troisième. « C'est très rare dans le secteur : l'irrigation a démarré tôt et depuis les tours d'eau s'enchaînent à une cadence élevée : un tour tous les six-sept jours », rapporte Patrice Denis. Aussi les cinq à six tours d'eau généralement pratiqués en une saison risquent d'être dépassés cette année. Au moins les rendements seront-ils sauvegardés dans ces parcelles, ce qui n'est pas le cas des maïs implantés dans des rieds superficiels caillouteux non irrigués : « Là, c'est cuit, il n'y aura pas d'épis ou quasiment rien, la messe est dite », annonce Patrice Denis pour qui la situation n'est pas loin de celle de 2003. Et puis il y a les secteurs où les maïs accusent le coup mais peuvent encore s'en remettre. C'est le cas des limons de la plaine d'Erstein, où pour la première fois dans sa carrière, Patrice Denis a vu des agriculteurs mettre en place de l'irrigation.

Maïs semences : la fécondation menacée

Le maïs semences n'est pas épargné par cet épisode climatique, avec plus ou moins de conséquences selon que les parcelles sont irriguées ou pas, semées plus ou moins tôt… Olivier Kempf, responsable technique de la filière maïs semences au Comptoir agricole, distingue les effets de la chaleur et du manque d'eau. La première peut perturber la fécondation, donc le nombre de grains formés, en altérant la qualité du pollen émis par les plants mâles. « Les variétés semées tôt ont ainsi été impactées par les températures extrêmes du début du mois. » Comme toute culture, le maïs semences souffre du manque d'eau. Ses besoins sont similaires à ceux d'un maïs de consommation, mais, issu de semences de base et non de semences hybrides, ils pâtissent d'un enracinement plus faible qui limite leur capacité à aller chercher l'eau en profondeur. Aussi, Olivier Kempf rapporte-t-il des cas de variétés dont le cycle a été perturbé, notamment des variétés femelles qui fleurissent plus précocement que prévu. « Cela doit inciter à renforcer la vigilance afin de décaler les chantiers de castration si nécessaire », souligne-t-il. Avec 80 à 100 % des 833 ha de maïs semences qui pourraient souffrir du manque d'eau et des fortes chaleurs, la campagne s'annonce un peu plus compliquée que la précédente. Mais Olivier Kempf n'est pas inquiet : « La plupart des producteurs ont un an d'expérience derrière eux, ils ont été formés et savent adopter les bons réflexes. L'organisation est calée : les outils, la main-d'œuvre, tout est prêt. »

Semis de maïs

Des conditions optimales

Cultures

Publié le 23/04/2015

Cette année, les semis de maïs ont été effectués dans un mouchoir de poche, grosso modo du 10 au 24 avril. « Les sols se sont réchauffés très rapidement, il y avait peu de précipitations annoncées, les agriculteurs en ont profité pour procéder rapidement aux semis de maïs », rapporte Christian Lux, responsable du service technique au Comptoir Agricole. Dans certaines zones très arrosées à Pâques - comme le Piémont ou le Ried Nord - il a fallu attendre un peu plus mais dans la très grande majorité des cas, les semis sont désormais terminés. Avec une caractéristique principale : une préparation du sol très fine, propice à une levée optimale, mais vulnérable en cas d'orages violents. « Même si l'hiver n'a pas été très froid, le gel a suffi à structurer le sol en surface, mais pas en profondeur », note Christian Lux.

Un peu d'érosion dans le Kochersberg

Dans le Kochersberg, les premiers semoirs à maïs ont commencé à tourner dès le 9 avril et les dernières parcelles viennent tout juste d'être semées. Dans l'ensemble, les conditions de semis ont été bonnes. Avec toutefois une ombre au tableau : l'épisode pluvieux du vendredi 17 avril, qui a localement pris la forme d'un orage, provoquant du ruissellement dans les parcelles fraîchement travaillées. C'est le secteur d'Offenheim, Pfettisheim, Vendenheim, Griesheim-sur-Souffel qui a été le plus marqué par cet incident. « À Offenheim, il est tombé 30 mm de pluie en trois quarts d'heures. Mais c'était très localisé : à Truchtersheim, il n'est tombé que 3 mm, idem à Rottelsheim avec 4 mm », précise Pierre Geist, conseiller à l'Adar du Kochersberg.

Conséquences : dans les parcelles en pente, de petites coulées de boue se sont formées, provoquant le ruissellement de lignes de semis et des accumulations de sédiments en bas de pente. La conduite à tenir est pour l'instant difficile à déterminer. « Il faudra peut-être ressemer ces parcelles en bas de pente une fois qu'elles auront ressuyé », estime Pierre Geist. Et puis, plus largement, dans une dizaine de communes, les agriculteurs craignent la formation d'une croûte de battance. « Dans la plupart des cas, le maïs a déjà germé, donc si une croûte de battance se forme, ça va être difficile à gérer parce qu'on ne pourra pas descendre à plus de 2 cm, au risque de casser le germe et de faire plus de mal que de bien. On ne pourra donc utiliser ni herse étrille, ni houe rotative, à la limite des rouleaux. » Il reste donc à espérer que de nouvelles précipitations, plus douces, interviennent pour aider le maïs à émerger.

Un sol qui s'assèche par secteurs

Plus au nord de l'Alsace, les premiers semis ont démarré dès le 10 avril. « Mais à cette période, il y a surtout eu des préparations de lit de semence et des apports d'engrais car le sol était encore froid », précise Rémy Mickaël, conseiller à l'Adar de l'Alsace du Nord. Le plus gros des parcelles a été semé après Pâques, dans de bonnes conditions : « Il y a beaucoup moins de mottes que l'année dernière. On a plutôt des préparations de sol fines, qui présentent un risque érosif accru », constate Rémy Mickaël. Dans ce secteur, l'absence de précipitations commence à se ressentir : « Les parcelles sont sèches en surface, et donc peu de traitements racinaires ont pu être effectués. » C'est aussi ce que constate Laurent Fritzinger, conseiller à l'Adar des Deux Pays : « Les semis ont démarré vers le 10 avril et ont bien avancé la semaine suivante, dans de bonnes conditions, avec une bonne structure du sol, même si la terre commence tout doucement à sécher en surface ».

Rien d'inquiétant encore, l'humidité n'est pas très loin, un peu plus en profondeur. Ce constat est surtout vrai pour l'Alsace Bossue et le secteur de Haguenau, qui n'ont eu que quelques gouttes à la fin de la semaine dernière. Alors que vers Bouxwiller et Hochfelden, il y a tout de même eu 20 mm, mais sans dégâts, qui se sont déjà largement évaporés sous l'effet du vent, qui empêche aussi de procéder à des traitements. Enfin, dans le sud du Bas-Rhin, les semis ont débuté un tout petit peu plus tôt, vers le mercredi 8 avril, et se sont un peu plus échelonnés.

Là aussi, les conditions de semis étaient bonnes : « L'humidité était là, la préparation du sol a permis d'obtenir de la terre fine », détaille Guillaume Pfrimmer, conseiller à l'Adar de la plaine de l'IIl. En outre, ce secteur a bénéficié de précipitations assez régulières depuis fin mars, quoique de manière très hétérogène. Ainsi, les secteurs de Krautergersheim-Obernai et Geispolsheim-Lipsheim ont bénéficié d'une vingtaine de millimètres de précipitations le 17 avril alors qu'ailleurs, il n'y a presque rien eu. Dans les parcelles où il a plu, les traitements racinaires devraient faire leur effet, avec un risque d'accumulation en bas de pente pour les parcelles qui ont ruisselé. En l'absence de précipitations, l'efficacité des matières actives risque de se dégrader peu à peu, mais Pierre Geist rassure : « L'efficacité perdure une quinzaine de jours en moyenne. »

Les vidéos