Technique
Le drone, solution pour la viticulture de demain ?
Technique
Vigne
Publié le 13/06/2022
L’épandage par drone a été permis de manière expérimentale par l’arrêté du 26 août 2019. En raison de la publication tardive du texte, puis de la pandémie, les essais sur site ont surtout eu lieu en 2021. Il s’agissait d’un essai à grande échelle, incluant plusieurs régions viticoles dont l’Alsace, et plusieurs cultures dont l’arboriculture, à Bergerac et les bananes en Martinique. L’expérimentation était cependant limitée aux « parcelles agricoles présentant une pente supérieure ou égale à 30 %, pour limiter les risques d’accident du travail et pour l’application par voie aérienne de produits phytopharmaceutiques utilisables en agriculture biologique ou dans le cadre d’une exploitation certifiée de haute valeur environnementale ». D’après l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), participant à l’expérimentation, ces parcelles en pente représentent des surfaces relativement faibles, environ 5 000 ha en France (900 ha en Alsace). Toutefois, « elles ont une forte valeur patrimoniale, considère Xavier Delpuech, ingénieur agronome à l’IFV, et sont représentatives d’un certain type de paysage français. Elles ont aussi une forte valeur ajoutée à la commercialisation ».
Au domaine Schlumberger à Guebwiller, ces parcelles représentent 60 ha, soit presque la moitié des surfaces. Une bonne raison de prendre part à l’expérimentation. « Nous avons été obligés d’arrêter l’usage de l’hélicoptère en 2013, se souvient Thomas Schlumberger, propriétaire du domaine éponyme. Du jour au lendemain, nous nous sommes trouvés démunis. Cela signifiait revenir aux solutions au sol pour les parcelles avec des pentes de plus de 30 %. Résultat : ce que nous faisions en quatre heures, nous mettions quatre jours à le réaliser. Après des investissements en moyens techniques ce temps a été quelque peu réduit, mais il subsiste que le matériel est moins efficace, moins rapide et le contact des opérateurs avec les produits est plus important. L’enjeu est avant tout humain car le travail est beaucoup plus pénible », résume-t-il.
L’essai sur site a eu lieu le 8 juillet 2021, porté par la Chambre d’agriculture Alsace et la Caisse d’assurance-accidents agricole, après validation préalable de l’aviation civile. Le modèle utilisé est un AGV2 de la société Aero41 d’une capacité de 17 litres avec 2,50 m d’envergure, 60 cm de haut et 42 kg maximum au décollage. Il est équipé de huit buses. Le domaine a préparé l’arrivée de l’engin en équipant un camion-plateau d’un bac de rétention et d’une pompe avec un pistolet de remplissage du fongicide. Dans la même matinée, le drone a été comparé au chenillard sur une parcelle de grand cru Kessler avec plus de 30 % d’inclinaison, balisée pour l’occasion. « Le constat est simple : le chenillard projette le produit vers le haut et produit un nuage alors que le drone plaque le produit vers le bas et réduit l’effet de dérive ». Sur place, des techniciens de laboratoire ont relevé des échantillons de la combinaison et sur les gants pour connaître l’exposition au produit de l’opérateur.
En complément d’interventions au sol
« À notre sens, l’essai est très concluant, affirme Thomas Schlumberger. Il prouve l’intérêt et l’efficacité du drone. Bien sûr, il faudrait la confirmer sur une campagne complète, mais je suis déjà convaincu que c’est la solution d’avenir. Pour autant, le drone n’est pas l’unique solution. Il marchera bien en complément d’interventions au sol, notamment lorsque la pression sanitaire est forte. Quand il faut encadrer la fleur, le drone seul ne suffira pas. » Frédéric Hemmeler le président d’Aero41, fabricant de drones en Suisse, est persuadé que cette technologie présente un énorme intérêt en France. Il mène d’innombrables démarches depuis 2016, en vain. « En Autriche, nous sommes parvenus à obtenir les autorisations. Le marché français est le plus complexe d’un point de vue administratif. » Il rappelle qu’en moyenne, un vol de six minutes permet de traiter 1 700 m2 pour un réglage à 100 l/ha. « Depuis le début de notre activité, fin 2020, nous avons vendu 25 drones. Au début, les exploitations clientes avaient des parcelles en pente. C’est moins le cas aujourd’hui. 80 % de nos clients sont en agriculture biologique. Le drone leur permet de baisser la consommation de carburant et de limiter le tassement des sols ».
En Champagne, l’un des domaines partie prenante de l’essai est le vignoble Serge Mathieu : « Nous avons réalisé une campagne complète par drone sur 4 ha avec du cuivre et du soufre complétés de saule salix, prêle, écorce d’oranger, purin d’ortie, détaille Michel Jacob, cogérant. Cet essai nous a permis d’établir plusieurs conclusions : dans les parcelles en pente, il est pertinent de faire voler le drone de manière perpendiculaire par rapport au rang. Et surtout, lorsque la pression sanitaire est forte comme en 2021, il faut intercaler des passages terrestres en plus des traitements par drone. Cette année, nous allons poursuivre les essais. Sur 93 ares conduits en agriculture biologique, nous allons utiliser en plus des traitements bios, des préparations biodynamiques. » Le premier vol a déjà eu lieu. Il avait pour but de dynamiser le sol. Le deuxième visera à stimuler le feuillage. « Ainsi, nous pourrons comparer le stress et la vigueur de la vigne entre une conduite en bio et en biodynamie par drone. Je suis fan du drone. À mes yeux, c’est bon pour tout, d’un point de vue agronomique car il permet de limiter le tassement du sol, et d’un point de vue physiologique car il permet de limiter les pathologies. Il réduit aussi l’usage du gasoil, le bruit, la dérive. Pour nos salariés qui se forment à cette technologie, c’est une formidable source d’émulation. Même d’un point de vue financier, le drone est intéressant. » Les conclusions de tous les essais ont été transmises à l’Anses à l’automne 2021. L’autorité devrait se prononcer courant de l’année 2022. En attendant sa décision, l’usage du drone reste possible pour l’épandage de trichogramme dans le maïs, de biostimulants et de préparations biodynamiques.












