Auteur

Cécile Hans

Cécile Hans est journaliste pigiste pour le PHR et l’Est agricole et Viticole.

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Visite de la préfète du Grand Est

La montagne veut se faire entendre

Vie professionnelle

Publié le 26/10/2020

L’invitation n’est pas totalement désintéressée. Avant l’arrivée de la préfète, Thomas Barb, éleveur, le reconnaît : « J’espère la sensibiliser à l’agriculture de montagne. » Et surtout la rendre attentive à ce que tous appellent les MAE : les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC). « C’est une aide facultative souscrite dans un souci de maintien des espaces ouverts, de la biodiversité des sols, pour ne pas intensifier les prairies, explique Tom Schott du Gaec des Trois Fours à Muhlbach-sur-Munster et vice-président des JA du canton de Munster. Elle permet d’acheter du fourrage, de préserver la diversité florale et de rester dans un système extensif et non-intensif. » Elles remplacent les MAET (mesures agro-environnementales territorialisées) en cours entre 2007-2013. Les MAEC mises en place en 2014 arrivent à échéance cette année. Pour le moment, leur renouvellement est prévu pour un an. « Nous n’avons aucune visibilité, souffle Tom Schott. Nous sommes dans le flou. »

« Qu’est-ce qu’une vosgienne ? »

À l’arrivée de Josiane Chevalier, Thomas Barb présente son exploitation : « C’est une ferme de transhumance. Nous sommes ici dans le site hivernal à Wasserbourg du 1er octobre au 15 mai. La période estivale, je la vis à 1 100 mètres d’altitude à la ferme-auberge du Strohberg tenue par ma mère, ma sœur et quatre saisonniers. Je transforme 80 000 l/an, soit environ huit tonnes de fromages : munster, barkass et cœur de massif. L’atelier lait est composé de vingt vaches laitières et dix allaitantes. L’atelier viande représente douze veaux par an et une dizaine de génisses valorisées à l’auberge. Toutes en vosgienne. » La préfète écoute attentivement et demande : « Qu’est-ce qu’une vosgienne ? ». L’éleveur déroule alors l’historique et les qualités de la race, avant de proposer une visite de la fromagerie : 90 m2 d’atelier de production pour 185 000 euros d’investissements réalisés en 2009 dont 40 % d’aides. En 2018, son projet d’installation était la création d’un troupeau de vaches allaitantes et le développement de la partie fromagerie.

L’échange entre le jeune agriculteur et la représentante de l’État se poursuit. Elle voit les cœurs de massif dans la cave d’affinage et s’exclame :

« Étonnante cette forme de fromage !

-Les éleveurs de montagne sont carrés, enchérit l’éleveur.

-Arrivez-vous à satisfaire la demande ?

-60 % de la production est vendue durant les six mois d’ouverture de la ferme-auberge. Pour le reste, il est vendu majoritairement dans le magasin de producteurs Cœur Paysan à Colmar. Une part plus marginale des ventes est faite au magasin attenant à la fromagerie Le comptoir fermier.

-La Covid a favorisé les circuits courts, souligne Josiane Chevalier, et on espère que cela va rester. C’est en tout cas ce qu’il faut développer ».

 

Nos Vosgiennes ont retrouvés leur quartier d'hiver.??

Publiée par Ferme BARB sur Mercredi 7 octobre 2020

 

80 % des surfaces de montagne contractualisées MAEC

À l’issue de la visite, Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin, prend la parole : « L’éleveur de montagne n’est pas seulement un homme attentif à ses bêtes. C’est aussi un fermier aubergiste qui fabrique, vend et sert sa production. En plus de cela, il est le paysagiste du massif des Vosges. Il maintient le paysage ouvert, empêche que la forêt ne prenne le dessus et ferme la vallée. C’est un service que l’agriculteur rend à la collectivité, pour un revenu moyen entre 10 000 et 12 000 euros/an. La MAE, c’est autour de 5 000 euros. 80 % des surfaces de montagne sont contractualisées par ce biais. Il faut pérenniser ce travail pour poursuivre le développement du tourisme dans les Vosges. » « Le gouvernement dit vouloir garantir la souveraineté alimentaire du pays, pour cela, il faut une reconnaissance de cette aide pour les cinq ans à venir. Ce n’est pas un luxe mais une nécessité », complète Denis Nass, premier vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace.

Josiane Chevalier avoue découvrir l’existence des fermes-auberges. Serge Sifferlen, président de l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin va lui en donner un aperçu : « Vous êtes dans la Mecque des fermes-auberges. Elles représentent au moins 150 ans de tradition, date de création du Club vosgien, partenaire heureux des fermes-auberges, soit 43 établissements et de 180 à 200 salariés saisonniers. » Il souligne également deux problématiques récurrentes : la régulation du gibier et les sécheresses successives. « À pullulation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, ose Pascal Wittmann. Le risque est que les agriculteurs s’occupent eux-mêmes du problème. »

« Le premier acteur de l’environnement, c’est le paysan »

Josiane Chevalier remercie de l’avoir fait rencontrer ce « jeune agriculteur qui donne de l’espoir. C’est un exemple d’une réussite atteinte au prix d’efforts, je l’ai compris. Je suis convaincue du rôle majeur des agriculteurs, même si parfois vous ne communiquez pas assez sur vos manières de faire. J’en suis persuadée, le premier acteur de l’environnement, c’est le paysan ». Elle répond aux différentes questions soulevées : « La ressource en eau est une priorité. Il ne faut écarter aucune solution et diversifier les réponses. Pour ce qui est des dégâts de gibier, il est urgent dans les deux départements que l’on se mette autour de la table avec les maires et l’État. S’agissant des MAE, j’en ai entendu parler dès mon arrivée. Vous êtes persévérants. Je n’ai pas de doute sur la pérennité de cette aide. » Une rencontre entre les élus et le ministère de l’Agriculture laisse entendre un maintien pour les trois ans à venir.

Pour répondre à Denis Nass au sujet des énergies renouvelables et du plan de relance. Elle affirme : « Notre rôle est de vous accompagner. Il faut un projet prêt, mature et il faudra être dynamique. Le Premier ministre l’a dit, si l’argent n’est pas reversé dans un territoire, il ira dans un autre. Pas d’état d’âme. »

Impossible d’éluder le débat actuel sur la politique agricole commune (Pac). À ce propos, elle dit : « Je viens de Corse (elle y était préfète depuis 2018, N.D.L.R.), je connais bien la Pac, aussi ses mauvaises pratiques. Les discussions sont en cours, elles sont difficiles. Le Président [de la République] fait tout ce qu’il peut pour que le montant alloué à la France ne baisse pas, tout en intégrant un rééquilibrage entre l’élevage et les grandes cultures. » Et de conclure : « Beaucoup de voyants sont au vert. Je vois que vous êtes engagés, persévérants. Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais nous sommes à vos côtés. »

Devant la Maison des vins d’Alsace

« Il faut que l’on secoue le vignoble »

Vigne

Publié le 02/07/2020

Lorsqu’un courrier de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) est arrivé dans les boîtes aux lettres des présidents des syndicats viticoles, début juin, les téléphones se sont mis à sonner un peu partout dans le vignoble. Le conseil d’administration de l’association propose de fixer pour le millésime 2020 un rendement à 60 hl/ha pour les blancs et 70 hl/ha pour le crémant. Rapidement, un SMS appelant à la mobilisation circule entre les professionnels. C’est en évoquant ce courrier que Michel Froehlich, vigneron à Ostheim, prend le porte-voix, le jeudi 25 juin : « Le courrier du 5 juin, c’est un coup de massue. 60, c’est impossible ! », s’insurge celui qui se défend d’être le leader de la mobilisation.

« 70 non négociables, sinon on meurt »

« Hier, lors d’une réunion chez ACE Compta, il nous a été exposé qu’avec un prix de 1,70 €/kg et un rendement de 65 hl/ha, 75 % des exploitations du panel étudié ne seraient pas viables. Ce chiffre interpelle », ajoute Patrick Schiffmann, coopérateur de Kaysersberg. C’est Éric Debenath, coopérateur à Soultzmatt, qui lance la revendication : « 70 hl/ha pour les crémants, 5 de VCI (volume complémentaire individuel) et 70 pour les AOC non négociables, sinon on meurt ! Il faut que l’on secoue ce vignoble. On ne peut pas tout mettre sur le dos du Covid-19. » Avec la main tremblante, Matthieu Haag de Scherwiller tient son courrier adressé au président de l’Ava : « Jérôme Bauer nous a écrit pour dire pourquoi il ne viendrait pas à la manif, je lui ai écrit pour lui dire pourquoi j’irai. Notre appellation n’est pas une baignoire où il suffit de couper l’eau pour qu’elle se vide entièrement. Il est utopique de croire que l’on peut créer la pénurie. » Pour lui, la baisse du rendement, c’est la perte de marchés.

Dans la foule, le discours est similaire : « Nous avons conscience qu’il faut faire un effort collectif, nous sommes d’accord pour le faire mais baisser de 25 % les rendements nous semble excessif, appuie Jean-François Bickel, coopérateur à Soultzmatt. Je crois qu’un rendement à 70 hl/ha serait très cohérent par rapport à la situation. La coopération a déjà fait des efforts considérables en accueillant 500 ha de vigne rejetés par les négociants. Sans cela, des viticulteurs se seraient retrouvés à la rue. Il va falloir les payer et trouver des débouchés pour leurs vins. Pour moi, baisser le rendement, cela signifie être moins dans les vignes pour limiter les dépenses (intrants, gasoil…). Cela n’améliorera pas la qualité du vin. De plus, je ne crois pas que le consommateur soit prêt à payer 20 € pour une bouteille de vin d’Alsace. Limiter les rendements touchera aussi les autres acteurs de la filière (revendeurs de machines, fournisseurs, pépinières viticoles…). Ce n’est pas après une telle nouvelle que je vais décider de replanter une parcelle ! ».

« À quelle profession demande-t-on de baisser ses revenus de 25 % ? »

Selon Jean-François Bickel, « le terrain » n’est pas assez consulté, ni entendu : « J’ai l’impression que les décideurs sont déconnectés d’une partie de la réalité de la profession et notamment les 50 % vendus par les coopératives. Mais la problématique ne touche pas seulement les coopérateurs. Même si les récoltants peuvent varier les prix de la bouteille ou stocker, la pérennité de certaines exploitations est en péril. Nous, les coopérateurs, en payerons le prix dès janvier 2021, eux, les récoltants, plus tard. La crise sanitaire est aussi passée par là. On en est conscients mais à quelle profession demande-t-on de baisser ses revenus de 25 % ? ». La question émeut aussi les vignerons indépendants, comme Olivier Berger de Mittelwihr : « Nous n’avons pas tous des problèmes de surstockage, malgré la crise du Covid-19. J’ai l’impression qu’on ne prend pas en compte notre avis ». Pendant ce temps, Valérie Meyer, viticultrice à Ammerschwihr, est la dernière à attraper le porte-voix. Elle appelle à continuer la mobilisation et enjoint les délégués ODG (organismes de défense et de gestion) à voter à une large majorité pour les 70 hl/ha.

Dégâts de corbeaux

Nuée noire sur la plaine de Colmar

Cultures

Publié le 27/05/2020

La présence des corbeaux en milieu agricole n’est pas nouvelle, « mais là, c’est trop », s’émeut Thomas Ritzenthaler, agriculteur de Holtzwihr. Dès l’automne 2019, il dénombre des centaines de corbeaux près des semis de blés. Cette année, le printemps a été marqué par la sécheresse qui a aussi des conséquences pour les animaux qui sont privés d’eau et de repas (vers de terre, insectes…). « Les semis de maïs ont dû être arrosés pour permettre la levée et c’est à ce moment que les corbeaux attaquent : ils poussent la plante et mangent la graine. Nous allons devoir replanter des parcelles de maïs sans avoir la garantie qu’elles soient épargnées. Les cultures sont endommagées de 20 à 30 %. La rentabilité de nos exploitations est mise à mal. Et même si les corbeaux sont considérés comme des nuisibles, il n’y a pas d’indemnisation », regrette l’agriculteur.

Désormais, ceux que l’on appelle nuisibles sont répertoriés par département dans la liste des espèces d’animaux susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD). Dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, le corbeau freux et la corneille noire font partie de cette liste. C’est à la charge de chaque département de prouver que cette classification est nécessaire. Ainsi, ils peuvent être détruits à tir entre la date de clôture générale de la chasse et le 31 mars (prolongation possible jusqu’au 10 juin ou 31 juillet avec dérogation préfectorale). Le tir dans les nids de corbeaux freux ou dans les nids de corneilles noires est en principe interdit. Une dérogation peut être accordée par arrêté préfectoral. « Le dortoir des corbeaux se trouve rue du Ladhof (au nord de Colmar), indique Thomas Rizenthaller. Tous les ans, nous demandons à la mairie de Colmar * d’intervenir sur les nids. Mais, cette année, l’arrêté rendu par la préfecture est arrivé juste avant le confinement. Les nids n’ont pu être détruits. C’est un dommage collatéral du confinement », ironise-t-il. Les méthodes pour pallier sont inefficaces : « Ici, les pièges sont cassés ou ouverts par les promeneurs et les corbeaux s’habituent aux effaroucheurs. »

« Dans un hôtel cinq étoiles avec un supermarché à côté »

Cathy Zell, chargée de mission à la ligue de protection des oiseaux (LPO), s’interroge sur l’efficacité des solutions utilisées jusqu’alors : « On ne dit pas qu’il n’y a pas de problème. La période de reproduction est particulière. Elle coïncide avec les semis de maïs. Il faut savoir que le corbeau ne s’attaque pas aux maïs mesurant plus de 10-15 cm. La levée rapide des semis est donc cruciale. L’effarouchement par le tir n’est pas suffisant. Il faut cumuler plusieurs méthodes d’effarouchement. Le piégeage peut être problématique car des espèces menacées peuvent aussi entrer dans les cages », précise-t-elle. Les épouvantails, perturbations visuelles, ballons à hydrogène, peuvent fonctionner lorsqu’ils sont aléatoires et que leur emplacement est changé régulièrement. « Les corvidés sont des animaux intelligents et opportunistes. Ce sont aussi des éboueurs nécessaires à notre monde », précise-t-elle. Ils se nourrissent notamment de charognes, limaces et campagnols. « Les tuer massivement ne résout pas le problème. On pose un pansement sur une fracture. Une solution simple, unique et peu coûteuse n’existe pas. » Pour elle, c’est le modèle qu’il faut repenser : « Dans ce secteur, les corbeaux logent dans un hôtel cinq étoiles avec un supermarché à côté. Les systèmes équilibrés ne sont pas dysfonctionnels. Le développement de la polyculture, les haies favorisent la présence des prédateurs des corbeaux. La présence de buses insécurise les colonies, par exemple. »

Holtzwihr compte environ 50 ha de légumes pleins champ. Marc Zwickert, maraîcher bio, ne constate pas encore de dégâts sur ses parcelles. « Tant que les corbeaux sont dans les maïs, on est tranquilles. Mais, bientôt, ils s’intéresseront aux haricots, lentilles, petits pois… et à toutes les jeunes pousses : salade, chou, fenouil. Ils déterrent la motte, pensant certainement qu’il y a une graine en dessous. Ils peuvent ainsi anéantir toute la production en quelques heures. Chez nous, ce sont surtout les jeunes corbeaux qui viennent se nourrir. Ils cherchent des produits protéiques pour leur croissance. » Marc Zwickert a posé des filets au-dessus des productions à fortes valeurs ajoutées. Or, ils sont fastidieux à installer et lourds mais ils s’envolent aussi facilement en cas de vent fort. « Ce n’est pas la panacée, cela entraîne parfois des maladies à cause de la condensation sous ces filets. » La nuée noire devrait arriver chez lui à partir de juin et jusqu’à juillet. « Désormais il n’y a plus grand-chose à faire », regrette-il. Il espère qu’une indemnisation sera possible pour ceux qui devront replanter des parcelles.

Tout n’est cependant pas encore perdu pour les agriculteurs du secteur, à condition qu’une intervention de la louveterie soit faite « dans les quinze jours », explique Thomas Ritzenthaler. « Les œufs n’ont pas encore éclos, on peut encore détruire les nids. » Le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, a été alerté de la situation le vendredi 15 mai, lors de sa visite au marché fermier d’Holtzwihr par Thomas Obrecht. Laurent Touvet s’est engagé à faire remonter la situation à la louveterie afin d’enclencher une action rapide.

Brasseries artisanales

Elles se réinventent

Vie professionnelle

Publié le 11/05/2020

Fortement impactées par la fermeture des cafés, hôtels et restaurants (CHR), les brasseries artisanales ont notamment adapté leur mode de conditionnement. « La vente de fût a été stoppée nette, alors qu’elle représente 40 % du volume produit et nous permet une recette fixe annuelle. Et, du fait de l’arrêt de tous les événements culturels et festifs, les tireuses mobiles restent au dépôt », témoigne Barnabé Stoehr. Il a repris la microbrasserie S’Humpaloch en janvier 2018. Installé à Lautenbach, il a produit 200 hl l’année dernière.

De dix caisses par mois à vingt caisses par semaine

Pour autant, il continue à travailler avec son salarié pour répondre à la demande grandissante de bières en bouteilles. « Elles sont distribuées par des agriculteurs et maraîchers qui font de la livraison et du drive, le temps de l’interdiction des marchés, par deux Amap et plusieurs magasins bio. C’est notre particularité : nos bouteilles sont vendues dans un réseau de distribution local, en circuit court. » Ce réseau de distribution est devenu sa force face à la crise. « Par exemple, le maraîcher Les chants de la terre, à Colmar, nous achetait cinq à dix caisses par mois. Aujourd’hui, ce sont vingt caisses par semaine », détaille le brasseur. Il a pu s’approvisionner auprès de son fournisseur habituel, la malterie Eckenstein, à Lahr, en Allemagne, qui commercialise l’orge bio produite dans le Grand Est depuis 2017. Avant le confinement, Barnabé Stoehr avait mis 600 litres de bière de printemps en fût. Il espère pouvoir la faire déguster courant du mois de juin, lors de concerts locaux.

 

 

Christian Artzner a, lui, fait renaître la brasserie familiale Perle en 2009. L’an dernier, 4 500 hl étaient sortis des cuves de la Plaine des bouchers, à Strasbourg. Depuis le début du confinement, la brasserie et ses sept salariés tournent à « 30 % du régime habituel ». « Deux tiers de la production part normalement en fût pour les restaurants et l’événementiel, et un tiers en bouteilles », explique Christian Artzner. Ces dernières sont vendues en supermarché, chez des cavistes et dans des fermes. « Nous avions fait le plein de malt et de houblon avant le confinement donc il n’a pas été nécessaire de solliciter notre réseau d’approvisionnement », dit-il.

« Un virus ne va pas stopper l’une des boissons la plus vieille du monde »

« Ce n’est pas un virus qui va arrêter l’une des boissons la plus ancienne, celle qui accompagne les civilisations depuis 6 000 ans, mais cela porte un gros coup dans notre dynamique. On a seulement dix ans. Nous étions en progression mais nous avions aussi de gros projets de développement qui sont aujourd’hui à l’arrêt », regrette le brasseur strasbourgeois. « En été, nous vendons 30 % de bouteilles, 45 % en CHR et 25 % pour des événements. » L’impatience de la réouverture des restaurants est donc bien présente.

Depuis quatre semaines, les clients peuvent venir se fournir directement à la brasserie, le week-end, après avoir passé commande en ligne par un système de drive. « Nous n’avons pas souhaité nous lancer dans la livraison car ce n’est pas notre métier et nous voulons permettre à nos revendeurs habituels de faire leur travail. » En revanche, ils se sont consacrés à des tâches qu’ils ont moins l’occasion d’accomplir dans le tumulte habituel : brasser l’orge pour la distillerie Hagmeyer à Balbronn et réfléchir à des projets innovants à venir. « Je pense que l’aspect positif qui restera de cette crise est l’attention que le consommateur porte à la production locale. La prise de conscience avait débuté avant mais il devient évident pour tous que l’on doit se soutenir mutuellement et que cette solidarité doit être géographique », conclut-il.

Approvisionnement des supermarchés

Les enseignes s’adaptent à la situation

Vie professionnelle

Publié le 25/04/2020

Comment fonctionne l’approvisionnement en produits frais de votre magasin en temps habituel ?

Benoît Carrez, Intermarché : « Notre philosophie est de privilégier d’abord les produits français, via notre centrale d’achat nationale, ensuite la production régionale (centrale d’achat régionale) quand elle est disponible. À côté de cela, nous avons des dizaines de fournisseurs locaux, tant agriculteurs qu’entreprises agroalimentaires, avec lesquels nous travaillons en direct. »

Nicolas André, Hyper U : « Le travail avec les producteurs locaux fait partie de notre ADN. Plus de 20 % de notre approvisionnement provient de producteurs locaux avec lesquels nous travaillons directement. »

Michel Biero, Lidl France : « Notre système d’achat est centralisé pour nos 1 500 magasins en France. Depuis une dizaine d’années, nous avons décidé de tout miser sur le « made in France », c’est-à-dire que nous proposons des fruits et légumes français dès que cela est possible en fonction de la saison et des volumes. L’Alsace est un bassin de production important, ce qui nous permet d’avoir en rayon environ deux tiers de produits locaux dans les soixante magasins que compte le territoire. C’est l’une des proportions les plus fortes de France. »

 

 

Qu’est-ce qui a changé depuis le début du confinement en termes d’approvisionnement ?

Benoît Carrez, Intermarché : « Notre centrale régionale se fait l’écho de producteurs ayant du stock et on se met en contact pour écouler le produit. Lorsqu’ils ont un sur-stock, nous faisons en sorte d’écouler leurs marchandises. Notre magasin est aussi inscrit sur la plateforme www.jaidelesproducteurslocaux.fr. Je ne crois pas qu’un producteur haut-rhinois y soit référencé pour le moment. Mais si cela vous intéresse, mon adresse figure sur ce site pour pouvoir me contacter directement. D’une manière générale, l’enseigne invite les PME à entrer en contact avec nous. Le rayon des fruits et légumes est en forte progression depuis le début du confinement. Nous avons d’ailleurs du mal à nous approvisionner pour certains produits. »

Nicolas André, Hyper U : « L’enseigne a invité les producteurs à se rapprocher du magasin le plus proche de chez eux. Nous avons répondu à l’appel de deux maraîchers, un pépiniériste, un producteur de miel, un autre de viande… Nous travaillions déjà avec le Moulin Peterschmitt de Niederhergheim, pour notre boulangerie. Désormais, nous proposons la vente de sa farine dans le magasin. La dernière opération en date est la vente des tulipes d’un horticulteur. »

Michel Biero, Lidl France : « Le rayon fruits et légumes enregistre une progression de 30 % en moyenne dans nos magasins (+70% certaines semaines). C’est impressionnant. Les pics de consommation sont irrationnels et difficiles à prévoir. On m’appelle tous les jours pour écouler des produits en manque de débouchés. Notre organisation centralisée permet de répondre à certaines demandes. En 24 heures, nous pouvons lancer une campagne publicitaire (journaux et radio) et liquider la marchandise en un week-end. Nous avons, par exemple, vendu soixante palettes de radis de la ferme Maurer à Dorlisheim. »

 

 

Quelle est votre politique en termes de prix ?

Benoît Carrez, Intermarché : « Le producteur me donne son prix, je ne négocie pas, comme c’est le cas toute l’année. Lorsqu’il y a sur-stock, on vend soit à prix coûtant ou avec une marge réduite. Ensuite, nous affichons « soutien à la production régionale » et nous mettons le produit en valeur à l’entrée du magasin. »

Nicolas André, Hyper U : « Chez U, en temps normal, c’est le responsable du magasin qui fixe les prix. Mais il existe un système de crise qui s’applique à tous : lorsqu’un produit est en surproduction, nous limitons nos marges. C’est ce qui se passe actuellement. Selon les semaines, cette politique s’applique à des produits différents. Les prix d’achat des centrales et des producteurs n’ont pas bougé. »

Michel Biero, Lidl France : « Nous sommes présents en France depuis trente ans, nous avons donc établi des relations de confiance avec nos fournisseurs historiques. En cas de surproduction, on met nos marges au plus bas. L’idée n’est pas de faire de l’argent, mais de vendre le produit afin qu’il ne soit pas jeté. »

 

 

 

Asperges d’Alsace

Goûteuses et solidaires

Cultures

Publié le 20/04/2020

En temps normal, la restauration et les marchés locaux représentent la moitié du réseau de commercialisation des asperges d’Alsace. Face à la crise sanitaire, les producteurs s’adaptent pour que ce mets de choix se retrouve malgré tout sur la table des Alsaciens.

-25 % de surfaces buttées

« Beaucoup de producteurs ont retardé le buttage en espérant être au rendez-vous pour la fin du confinement (initialement prévu le 15 avril, NDLR) », annonce Jean-Charles Jost, président de l’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. Ce dernier ayant été prolongé une première fois de quinze jours, les surfaces buttées ont été réduites de 25 % par rapport à l’an passé. Les producteurs s’attendaient à une saison précoce. Elle a pourtant été ralentie par des températures négatives fin mars, puis accélérée par des températures estivales début avril. Ces conditions météorologiques promettent une asperge goûteuse et tendre. Le prix de vente des premières bottes oscille entre dix et douze euros le kilo, mais devrait baisser au fil de la saison, comme tous les ans. « Malgré une main-d’œuvre plus lente que les équipes habituelles, les asperges ne sont pas vendues plus cher que d’habitude, explique Jean-Charles Jost. L’objectif est de sauvegarder nos entreprises et continuer à répondre à notre devoir : nourrir la population. La grande distribution se dit prête à jouer le jeu. Encore faut-il que ce soit au bon prix. En cela, j’ai bon espoir. »

Une vingtaine de vitrines réfrigérées seront présentes chez des producteurs et dans les magasins partenaires pour bien conserver les asperges. Cela avait été prévu avant la crise et tombe à point nommé. Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, tient à contrecarrer certaines informations diffusées récemment : « Les prix de nos fruits et légumes ne flambent pas. En tout cas, pas en Alsace. » Un argument supplémentaire pour continuer à consommer les productions locales de printemps.

 

 

95 % des asperges d’Alsace sont vendues localement

L’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace compte 46 membres, soit 70 à 80 % de la production alsacienne (1 500 à 2 000 tonnes). « 95 % des asperges d’Alsace sont vendues localement. Nous sommes une petite région productrice, nous n’ambitionnons pas d’être plus grands », complète Jean-Charles Jost. « Nous avons beaucoup de craintes pour l’agriculture en général. Cette crise impacte l’ensemble de l’économie. Le consommateur a toutes les cartes en main ». Pour soutenir les producteurs, il invite à se rendre à la ferme ou dans les grandes surfaces pour consommer une « asperge solidaire ».

 

 

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