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David Lefebvre

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Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace

Vrac, volumes, VCI, irrigation…

Vigne

Publié le 21/09/2018

Difficile à mi-parcours d’établir un bilan du millésime 2018, mais le président du Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), Pierre Bernhard, a souhaité inviter la presse pour aborder quelques points d’actualité professionnelle.

Le vignoble alsacien est resté prudent sur les estimations de récolte. D’abord évaluée à « un peu plus de 1 million d’hectolitres (Mhl) » selon un communiqué du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture, s’est pour sa part prononcé en juillet sur 1,172 Mhl. Mais la réalité des volumes n’est pour l’heure pas connue : « La canicule est passée par là, et d’ici quinze jours, il va y avoir des phénomènes de concentration si le beau temps se maintient », explique le président du Synvira.

S’ajoutent d’autres incertitudes : le rendement de pressurage, les pieds manquants et quelques zones en situation de sécheresse, dont certaines ont toutefois repris des couleurs à la faveur des dernières pluies. « L’essentiel des beaux terroirs ne devrait rentrer qu’à partir de la semaine prochaine. » En cas de dépassement des maximas, les vignerons peuvent cette année stocker des VCI (Volumes complémentaires individuels) soit 5 hl de volumes supplémentaires, valable en crémant, et alsaces blancs sauf les gewurtz, riesling, pinot gris et rouges qui ne sont pas concernés.

Irrigation ou arrosage qualitatif

Désormais la question de l’irrigation se pose sérieusement au vignoble alsacien. Pierre Bernhard opte pour « arrosage qualitatif », une sémantique adaptée à la diversité des opinions qui caractérise les vignerons indépendants. Un arrosage qu’il juge cependant nécessaire également pour sauver des jeunes plants. « Pour, contre, on devrait avoir une proportion d’opinions de l’ordre de 45/55 chez les vignerons indépendants. »

Pour Pierre Bernhard, l’irrigation doit être abordée comme une solution parmi d’autres : le matériel végétal, les porte-greffe et cépages, les pratiques agronomiques, l’effeuillage, la régulation de la charge. « Notre objectif c’est la qualité, mais des zones vont au-devant de problèmes à cause du climat. Comment gère-t-on ces zones ? […] Clairement, on ne peut pas dire aujourd’hui à un vigneron qu’il ne cultivera plus la vigne ici ou là », explique le président du Synvira. Et au-delà de l’irrigation, c’est avant tout la question du type de viticulture vers laquelle le vignoble alsacien veut s’engager qui est posée. « Que voulons-nous faire de notre viticulture ? »

Une biodiversité de vignerons

Et dans le vignoble alsacien, la diversité des philosophies et des approches est grande. Entre des vignerons enclins à laisser s’exprimer les composantes naturelles du lieu et des vignerons plutôt interventionnistes qui souhaitent maîtriser leur élaboration à la vigne et dans le vin. De même en aval de la production, certains défendent un type de vin, d’autres revendiquent la diversité des types, considérant que l’identité gustative ne réside pas dans les sucres résiduels, les arômes ou l’acidité.

C’est au titre de la défense de cette diversité d’approches que Pierre Bernhard est allé, dimanche dernier, soutenir le Bruno Schloegel, vigneron à Wolxheim, sommé par le contrôle interne de l’ODG de faucher l’enherbement de ses vignes au nom de leur mise en conformité avec le cahier des charges de viticulture en appellation.

« Il y aura toujours du vrac »

La question du vrac a aussi beaucoup occupé les esprits : « Les vignerons indépendants ont cessé de croire que les négociants allaient résoudre le problème du vrac », résume Pierre Bernhard. Le vrac n’est d’ailleurs pas une problématique inhérente aux seuls vignerons indépendants, fait-il remarquer : « Tout vigneron aura toujours une part de vrac à vendre, tout comme d’ailleurs les négociants ou les caves coopératives. » Pour le président du Synvira, le problème vient du déséquilibre entre la capacité de mise en marché de la filière des vins d’Alsace, actuellement de 940 000 hl/an, et son potentiel de production, de l’ordre de 1,2 Mhl, en chiffre rond. « Il faut reprendre des marchés et ne pas se « bouffer le nez… »

S’ajoutent à « cette réelle problématique » de mise en marché, les difficultés d’image que rencontrent les vins d’Alsace : « Aujourd’hui, vendre du vin d’Alsace n’est pas la chose la plus facile à faire ! » Dans un contexte de « baisse des ventes au caveau et ce, malgré les efforts consentis en œnotourisme et en qualité d’accueil au caveau ». Enfin, « les exploitations grossissent car malheureusement des vignerons jettent l’éponge et décident de vendre des raisins », énumère Pierre Bernhard.

Plus d’accompagnement à la commercialisation

Qu’à cela ne tienne, les vignerons indépendants annoncent des changements au Synvira : « On a besoin de plus de soutien d’accompagnement en marketing, pour le positionnement prix, ou encore pour le montage de dossier d’aide à l’export », explique le président. Le Synvira devrait donc à terme recruter des profils moins administratifs et plus à même de délivrer des conseils pour aider au commerce et au marketing des vins d’Alsace. Mais il faudrait aussi que la filière s’arme davantage avec des formations plus performantes en anglais, ajoute-t-il. Les vignerons indépendants devraient donc incessamment bénéficier de « plus d’accompagnement pour attaquer des marchés exports ».

BiObernai, conférence de Guillaume Corpard, mouvement végan

Abêtissant !

Élevage

Publié le 19/09/2018

Guillaume Corpard était l’invité de cette édition 2018 de BiObernai, le salon bio à Obernai, pour animer la conférence inaugurale. Selon la volonté des organisateurs, BiObernai alterne les thématiques selon la règle « une année, un sujet consensuel, et une année un sujet qui fâche », explique Maurice Meyer. Et cette année, les âmes sensibles pouvaient s’abstenir.

Avec globalement, un auditoire plutôt bien prédisposé et sensibilisé à la cause de la souffrance animale, le conférencier militant végan n’a pas eu à s’employer pour contrer des avis opposés, d’autant qu’on ne les a pas laissés s’exprimer lors de cette conférence. Mais au-delà du propos sur le bien-être animal, c’est dans la conférence de Guillaume Corpard alternant entre violences psychologiques, humour, sophismes et morale, que la méthode pour conquérir ses ouailles interpelle.

La technique de communication orale éprouvée dissimule une réalité d’endoctrinement à laquelle doit faire face le monde agricole, les éleveurs en particulier. Car derrière le sourire d’un conférencier, il y a des militants déterminés à en découdre avec les agriculteurs, radicalisés et aux facultés de discernement et d’analyse critique altérées par des sophismes, des raccourcis et des messages subliminaux. Par exemple, en enchaînant les images, l’exposé assimile sans nuances les élevages agricoles traditionnels aux dérives en abattage industriel, et à la maltraitance sadique d’animaux domestiques.

Bien souvent, face à des manipulations de masse, c’est le sens de l’histoire qui permet à chacun de revenir à la réalité et à la raison, souvent malheureusement après que l’histoire a fait son œuvre.

Une conférence en quatre actes.

Acte 1, story-telling, l’émotion prend le pouvoir

« J’avais une poule, mon animal de compagnie depuis ma plus tendre enfance, et je mangeais un poulet-frite. » Après son histoire, le conférencier plonge son auditoire dans un malaise psychologique à coups d’images et de vidéos chocs de souffrance animale, d’abattage en abattoir, de systèmes sur-concentrationnaires, de dérives… Images dont l’agriculteur éleveur se passerait bien, lui aussi, pour poursuivre paisiblement son activité, sa passion.

… Émotion, danger, prise de pouvoir, fondés sur des constats partagés, mais où seules les dérives sont exposées… Et où bien sûr, le rôle de l’animal dans la construction des civilisations est éludé : le façonneur de bocage, le constructeur de cathédrale, l’ouvreur de paysage en montagne ou le transporteur d’hommes…

Acte 2 : le sophisme environnemental

L’exposé enchaîne sur l’ensemble des maux causés à la planète par l’alimentation animale : bilan carbone de l’alimentation carnée, gaz à effets de serre, sur-pêche, déforestation. Là aussi, Guillaume Corpard ne manque malheureusement pas de références. Mais, encore sous le coup de l’émotion, l’auditoire est amené à penser que le véganisme serait la solution à tous les problèmes.

Le véganisme améliorerait le bilan carbone : aucune remarque n’émane du public par exemple lorsque Guillaume Corpard présente sur fond de slide, des fruits exotiques, ananas, avocat, de la « nourriture-avion » dont le bilan carbone est tout aussi, sinon plus contestable que certains modes d’élevage. Exit d’ailleurs les problématiques de transport, de pollution au plastique, de persistants chimiques : la problématique environnementale focalise les attentions - décérébrées par l’émotion - sur la nourriture animale.

Acte 3 : après le malaise et la culpabilité, il faut contenter « le moi »

Une fois passées la peur, l’inquiétude, la violence, avec des photos il faut bien le dire peu ragoûtantes, dont chacun est conduit à penser que c’est la règle générale, place au contentement, à la satisfaction de son moi profond. Très soucieux de sa santé, le consommateur bio est d’ailleurs plutôt bien prédisposé à entendre ces argumentaires.

C’est le lait qui est dans le viseur de Guillaume Corpard. Non seulement il serait inutile, quelles que soient ses formes, en fromage ou naturel. Mais il serait source de problèmes osseux, d’allergies… Aucune réaction de la salle et pourtant : est-ce bien le lait qui est en cause ou nos modes de vie trop sédentaires, nos équilibres alimentaires ? Et une approche un peu plus critique pourrait inviter à questionner : le lait est-il plus utile ou inutile que la carotte ou que la salade ?

Acte 4 : le soulagement, la morale

Conclusion. Monsieur Corpard rêve d’un monde meilleur où l’homme n’est plus considéré dans le règne animal au sommet de la pyramide de l’évolution. Est-ce parce que certains hommes se considèrent au sommet de cette évolution qu’ils se comportent mal avec les animaux ? Cependant, l’homme est tout de même le seul à être capable de décider de ce qu’il mange et est donc invité à devenir végan pour sauver la planète.

Fin de la conférence : les esprits subjugués par le conférencier applaudissent. Monsieur Corpard dit son inquiétude à propos des taux de suicide chez les agriculteurs. Pourtant, à l’écouter, pas sûr que ses propos rassurent les agriculteurs…

Maturité du millésime

La re-concentration à l’œuvre

Vigne

Publié le 19/09/2018

Les services techniques du vignoble, coordonnés par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, ont publié les résultats d’analyse de maturité du 13 septembre, 5e contrôle. Ils portent sur un peu plus d’une centaine de parcelles, dont 27 de riesling, 25 de gewurztraminer et 12 de pinot gris. Et seulement 4 de pinot noir, car à ce stade des vendanges, beaucoup ont été vendangées. Mais l’analyse de ces quatre parcelles apporte un enseignement notoire : à 13,6° de TAP (titre alcoolique potentiel), la teneur en anthocyanes augmente singulièrement à près de 900 mg/kg, contre par exemple 650 mg/kg en 2017. Cette teneur élevée traduit le phénomène de re-concentration des baies actuellement à l’œuvre dans le vignoble à la faveur des journées anormalement chaudes de cette arrière-saison. Conséquence, ce sont les degrés de tous les cépages qui atteignent des sommets : 13,5° pour le pinot gris, 13,3° pour le gewurztraminer, 13,6° pour le pinot noir, 12,9° pour le muscat et l’auxerrois.

La concentration s’exerce également sur les acides. Si l’acidité est supérieure à 2003, avec des pH également bien plus faibles et donc bien plus de fraîcheur, l’Union des œnologues a néanmoins demandé au Crinao une dérogation d’acidification, car l’acidité des jus « sous le pressoir apparaît plus faible que celle au contrôle maturité ». En cause l’extraction du potassium qui fait chuter l’acidité et qui se remarque cette année au débourbage avec beaucoup de dépôts de tartre. Conséquence : les fermentations présentent une fragilité sanitaire avec une propension aux fermentations bactériennes, les piqûres lactiques notamment. Mais l’état sanitaire excellent a incité les grands opérateurs du vignoble à repousser quelque peu les vendanges des cépages nobles, au risque de devoir gérer des excès d’alcool/sucres.

Tour d’horizon des crémants à l’échelle nationale

Un marché en pleine effervescence

Vigne

Publié le 14/09/2018

C’est au Chai parisien, nouveau caviste branché du 9e arrondissement, que se tenait le 5 septembre dernier une présentation des crémants des huit appellations détentrices. L’occasion de faire un point d’actualité avec un tour d’horizon région par région. Il en ressort que le secteur des crémants continue de progresser significativement, tant d’ailleurs sur le marché intérieur qu’à l’exportation, à l’exception des crémants d’Alsace impactés par un manque de disponibilités ces dernières années, explique le directeur de la Fédération nationale des élaborateurs de crémant, Olivier Sohler. Mais les chiffres de début 2018 indiquent que les ventes repartent à la hausse, ajoute-t-il. Les crémants d’Alsace devraient donc renouer avec la croissance, à l’instar de toutes les autres régions viticoles productrices qui sont sur des progressions à deux chiffres. En Bourgogne, 2 800 hectares ont été engagés pour ce millésime, contre 2 500 ha en 2017. 37 % des crémants y sont exportés. Ils pèsent un peu plus de 10 % en volumes des bourgognes.

Bordeaux passe subitement de 800 ha élaborés en 2017 à 1 200 ha en 2018. Un engouement porté par la volonté des opérateurs de s’offrir un complément de gamme avec de la bulle, mais également par les promesses de valorisation que constitue le crémant et par l’arrivée de nouveaux gros opérateurs sur le marché. Après un printemps pluvieux qui a causé une pression en mildiou jamais connue jusqu’alors de mémoire de vigneron bordelais, les vendanges ont débuté le 20 août par le sémillon. Suivront le merlot pour les rosés qui pèsent tout de même la moitié de l’appellation crémant de Bordeaux, et le carbernet franc pour les blancs de noir. Vraisemblablement, le record de 63 000 hl en 2016 sera largement dépassé. Un volume qui dépassera même peut-être les 111 000 hl du Jura en 2011. Franck Vichet, président de la fédération nationale, s’attend tout de même pour sa région à de beaux volumes, après les seulement 20 000 hl de 2017, de quoi regonfler les trésoreries jurassiennes à sec.

Loire : 50 % de crémants exportés

Après l’Alsace et ses 300 000 hl espérés, la Loire est l’autre poids lourd des régions de crémant. Avec 16 millions de cols élaborés en 2017, la Loire a fait un bond de 34 % en 5 ans, avec cette singularité : elle exporte plus de 50 % de ses crémants, notamment sur le marché allemand.

Dynamique, la Savoie l’est aussi en affirmant ses ambitions. À peine est-elle arrivée dans le giron des appellations à crémant, qu’elle envisage rapidement de doubler sa production confidentielle, il est de vrai, de 2 000 à 4 000 hl. Ceci en raison de « gros faiseurs » qui lorgnent désormais sur ce marché porté par les typicités de la jacquère en bulle, assemblée au minimum à 40 %. Le débat en 2019 sera cependant orienté par une étude de marché interprofessionnelle. L’objectif étant d’éviter des replis et de dédier plus sérieusement des parcelles à cette production.

Enfin, le crémant est aussi élaboré à Die et à Limoux où il s’intègre parfaitement aux côtés d’autres vins à bulles, respectivement la clairette et la blanquette, mais dans des volumes plutôt confidentiels.

Vers les 100 millions de cols

Avec un peu plus de 80 millions de cols, les crémants de France devraient rapidement atteindre la barre fatidique et symbolique des 100 millions, estime Olivier Sohler. Fatidique parce qu’à ces volumes mis en marché, l’approche marketing change d’échelle. Et se pose désormais fortement la question de segmenter et de hiérarchiser l’offre en crémants. Plusieurs tentatives ont déja eu lieu ou sont en cours : la marque Émotion, l’excellence du crémant d’Alsace, les segments Éminent et Grand Éminent en Bourgogne.

Pour trouver des sources d’inspirations, une délégation de producteurs-élaborateurs de la fédération s’est rendue cet été en Catalogne pour découvrir l’appellation Cava qui pèse 250 millions de cols, proche des 330 millions de cols champenois, avec cependant un géant local, Freixenet, qui élabore à lui seul plus de 100 millions de cols. Là, les représentants ont visité entre autres les maisons Juve y Camps et Gramona.

Le temps : un produit œnologique inimitable

En Catalogne, on pratique allègrement le vieillissement sur lattes avec des vins de plus de 10 ans d’âge et même beaucoup plus avec le vieillissement en cuve selon la méthode solera pour le dosage au dégorgement. Et comme le temps a un effet œnologique qu’aucun autre produit n’arrive à reproduire, les cavas atteignent des valeurs de mise en marché insoupçonnées. « Quelle ne fut pas notre surprise de voir des vins souvent vendus à plus de 13 €, excepté peut-être pour Freixenet », témoigne Olivier Sohler, une marque que l’on retrouve tout de même aux alentours de 5-7 €/col sur les linéaires européens. Les producteurs de cava ont déjà segmenté leur offre avec les réserves et grandes réserves. L’engagement sur des élevages longs nécessite cependant des disponibilités et de l’investissement, et également peut-être une fiscalité adaptée sur les stocks…

Maturité du millésime 2018

Acidité : exception n’est pas la règle

Vigne

Publié le 14/09/2018

Le 4e prélèvement du réseau maturité du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) a rendu son verdict. Ici et là des craintes se sont fait entendre sur la tenue de l’acidité, certainement là où la vigne a souffert de stress hydrique marqué, et là où elle aurait été excessivement effeuillée, exposant ainsi les grappes au rayonnement solaire, qui a ainsi brûlé les acides du raisin. La bonne nouvelle de ce millésime, c’est la proportion de tartrique relativement élevée comparé au malique, de l’ordre de 80 %/20 %, ce qui au final se traduit par des pH relativement bas, surtout pour le riesling. Une fraîcheur d’ailleurs mise en évidence à travers les données du réseau de maturité des partenaires, également en ligne sur le site du Civa : à ce stade, aucun échantillon ne dépasse les 3,5 de pH. Certains rieslings à 11° d’alcool potentiel affichent toujours des pH de 3 !

À l’exception peut-être des gewurztraminers dont l’acidité totale approche celle de 2003, mais dont le pH reste autour de 3,2 pour 11 à 12° d’alcool potentiel. En 2003, le pH des gewurztraminers pouvait atteindre 4. Les pinots dans leur globalité à ce stade affichent un peu plus d’acidité totale qu’en 2003. Pour 11 à 12° d’alcool potentiel, les pH restent là aussi bien bas autour de 3,2 - 3,4. Aux premiers soutirages des crémants, des vignerons affichent cependant leur surprise face à l’importance du tartre précipité. Traduisant la nécessité de minimiser l’extraction du potassium lors des processus préfermentaires, pour préserver l’acide tartrique soluble.

Tour d’horizon des crémants à l’échelle nationale

Un marché en pleine effervescence

Vigne

Publié le 13/09/2018

C’est au Chai parisien, nouveau caviste branché du 9e arrondissement, que se tenait le 5 septembre dernier une présentation des crémants des huit appellations détentrices. L’occasion de faire un point d’actualité avec un tour d’horizon région par région. Il en ressort que le secteur des crémants continue de progresser significativement, tant d’ailleurs sur le marché intérieur qu’à l’exportation, à l’exception des crémants d’Alsace impactés par un manque de disponibilités ces dernières années, explique le directeur de la Fédération nationale des élaborateurs de crémant, Olivier Sohler. Mais les chiffres de début 2018 indiquent que les ventes repartent à la hausse, ajoute-t-il. Les crémants d’Alsace devraient donc renouer avec la croissance, à l’instar de toutes les autres régions viticoles productrices qui sont sur des progressions à deux chiffres. En Bourgogne, 2 800 hectares ont été engagés pour ce millésime, contre 2 500 ha en 2017. 37 % des crémants y sont exportés. Ils pèsent un peu plus de 10 % en volumes des bourgognes.

Bordeaux passe subitement de 800 ha élaborés en 2017 à 1 200 ha en 2018. Un engouement porté par la volonté des opérateurs de s’offrir un complément de gamme avec de la bulle, mais également par les promesses de valorisation que constitue le crémant et par l’arrivée de nouveaux gros opérateurs sur le marché. Après un printemps pluvieux qui a causé une pression en mildiou jamais connue jusqu’alors de mémoire de vigneron bordelais, les vendanges ont débuté le 20 août par le sémillon. Suivront le merlot pour les rosés qui pèsent tout de même la moitié de l’appellation crémant de Bordeaux, et le carbernet franc pour les blancs de noir. Vraisemblablement, le record de 63 000 hl en 2016 sera largement dépassé. Un volume qui dépassera même peut-être les 111 000 hl du Jura en 2011. Franck Vichet, président de la fédération nationale, s’attend tout de même pour sa région à de beaux volumes, après les seulement 20 000 hl de 2017, de quoi regonfler les trésoreries jurassiennes à sec.

Loire : 50 % de crémants exportés

Après l’Alsace et ses 300 000 hl espérés, la Loire est l’autre poids lourd des régions de crémant. Avec 16 millions de cols élaborés en 2017, la Loire a fait un bond de 34 % en 5 ans, avec cette singularité : elle exporte plus de 50 % de ses crémants, notamment sur le marché allemand.

Dynamique, la Savoie l’est aussi en affirmant ses ambitions. À peine est-elle arrivée dans le giron des appellations à crémant, qu’elle envisage rapidement de doubler sa production confidentielle, il est de vrai, de 2 000 à 4 000 hl. Ceci en raison de « gros faiseurs » qui lorgnent désormais sur ce marché porté par les typicités de la jacquère en bulle, assemblée au minimum à 40 %. Le débat en 2019 sera cependant orienté par une étude de marché interprofessionnelle. L’objectif étant d’éviter des replis et de dédier plus sérieusement des parcelles à cette production.

Enfin, le crémant est aussi élaboré à Die et à Limoux où il s’intègre parfaitement aux côtés d’autres vins à bulles, respectivement la clairette et la blanquette, mais dans des volumes plutôt confidentiels.

Vers les 100 millions de cols

Avec un peu plus de 80 millions de cols, les crémants de France devraient rapidement atteindre la barre fatidique et symbolique des 100 millions, estime Olivier Sohler. Fatidique parce qu’à ces volumes mis en marché, l’approche marketing change d’échelle. Et se pose désormais fortement la question de segmenter et de hiérarchiser l’offre en crémants. Plusieurs tentatives ont déja eu lieu ou sont en cours : la marque Émotion, l’excellence du crémant d’Alsace, les segments Éminent et Grand Éminent en Bourgogne.

Pour trouver des sources d’inspirations, une délégation de producteurs-élaborateurs de la fédération s’est rendue cet été en Catalogne pour découvrir l’appellation Cava qui pèse 250 millions de cols, proche des 330 millions de cols champenois, avec cependant un géant local, Freixenet, qui élabore à lui seul plus de 100 millions de cols. Là, les représentants ont visité entre autres les maisons Juve y Camps et Gramona.

Le temps : un produit œnologique inimitable

En Catalogne, on pratique allègrement le vieillissement sur lattes avec des vins de plus de 10 ans d’âge et même beaucoup plus avec le vieillissement en cuve selon la méthode solera pour le dosage au dégorgement. Et comme le temps a un effet œnologique qu’aucun autre produit n’arrive à reproduire, les cavas atteignent des valeurs de mise en marché insoupçonnées. « Quelle ne fut pas notre surprise de voir des vins souvent vendus à plus de 13 €, excepté peut-être pour Freixenet », témoigne Olivier Sohler, une marque que l’on retrouve tout de même aux alentours de 5-7 €/col sur les linéaires européens. Les producteurs de cava ont déjà segmenté leur offre avec les réserves et grandes réserves. L’engagement sur des élevages longs nécessite cependant des disponibilités et de l’investissement, et également peut-être une fiscalité adaptée sur les stocks…

Concours régional de labour à Monthois (08)

Les mêmes thématiques et problématiques agricoles qu’en Alsace

Vie professionnelle

Publié le 07/09/2018

L’axe Chalons en Champagne-Vouziers-Sedan est, en cette rentrée 2018, un lieu où se tiennent d’importantes manifestations pour l’agriculture du Grand Est : la foire de Chalons du 31 août au 10 septembre, plutôt orientée vers la céréaliculture, la foire agricole de Sedan du 7 au 9 septembre, très tournée vers l’élevage, et le concours régional de labour qui se tenait ce dimanche 2 septembre à Monthois, près de Vouziers. Entre Argonne et plateau champenois, cette petite commune de Monthois se situe sur une zone « mi-Vallage, mi-Champagne », précise Vincent Fleury, le maire de la petite commune. Elle comprend cinq exploitations, trois d’élevage et deux céréalières. Quatre jeunes laboureurs alsaciens, Loïc Fischer et Mathieu Baltzinger en labour en planches, Romain Friess et Mathieu Grienenberger en labour à plat, participaient à cette finale régionale. Entre expositions de matériels anciens et modernes, démonstrations, marché des produits locaux, exposition de broutards et de chevaux de trait, les JA des Ardennes ont proposé un agréable « dimanche à la campagne » aux 3 000 visiteurs. Ils ont servi quelque 1 100 repas.

Une brique de lait Mont lait ardennais

D’envergure régionale mais à consonance locale, ce championnat de labour a été inauguré en présence de l’ensemble des responsables agricoles et politiques départementaux. Ils ont abordé les problématiques agricoles, les mêmes finalement qu’en Alsace, à ceci près que les Ardennes, avec leurs 270 000 habitants, ne bénéficient pas des mêmes potentiels de débouchés pour la consommation locale. Dans les Ardennes, il s’agit de consommer local, souligne Thierry Huet, le président de la FDSEA 08, mais il rappelle aussi que le département, avec ses 260 millions de litres de lait produits, n’en consomme que 20 millions. Certes, il est question de « séduire les consommateurs locaux », indique le sénateur et agriculteur Benoît Huré, avec un projet de brique de lait « Mon lait ardennais ». Le projet concerté entre les enseignes de la distribution et les organisations agricoles est sur les rails, et il ne remet pas en cause les obligations contractuelles de collecte. Mais il s’agit aussi de ne pas se détourner « des productions de masse », ajoute encore le sénateur. Il rappelle que l’exportation agroalimentaire est la 3e source de devises du pays.

Zone intermédiaire : des déconvenues

Dans ce département, comme dans tout le Grand Est, l’un des sujets centraux est « le renouvellement des générations » du secteur agricole, avec un nombre significatif d’installations hors cadre familial et en double activité. Le slogan qui a cours, « Transmettre pour installer », souligné par Benoît Dave, président de la Chambre départementale d’agriculture, traduit le souci unanime de préserver le dynamisme du tissu agricole. D’ailleurs, tout le monde dans les Ardennes déplore qu’une certaine zone de déprise n’ait pas été retenue en zone intermédiaire, afin d’être éligible à des compensations de handicap naturel.

Sur une soixantaine de nouveaux jeunes exploitants que compte ce département en 2017, 39 ont été installés dans le cadre du parcours aidé, indique Guillaume Noizet, le président de JA 08, « un chiffre régulier », note-t-il. Un parcours dont il vante les mérites puisque cinq ans après l’installation, les agriculteurs ayant suivi le parcours aidé sont 15 % plus nombreux que les autres. Ce qui pose toutefois la question du suivi post-installation : « Une journée collective et une demi-journée individuelle pour faire le point permettent aux jeunes de ne pas se retrouver seuls ; 80 jeunes suivent ce dispositif dans les Ardennes. »

Cet accompagnement est généralisé à l’échelle du Grand Est, précise Baptiste Picard, secrétaire général de JA Grand Est. Il a fait part de sa préoccupation concernant certains dossiers de déchéance de la DJA (Dotation aux jeunes agriculteurs), alors même que beaucoup de projets avortent avant même l’installation, observe-t-il, pour de multiples contrariétés administratives, foncières… Néanmoins, s’agissant plus particulièrement du secteur de l’élevage, la Région devrait augmenter ses aides à l’adresse des jeunes installés, a annoncé Pascale Gaillot, vice-présidente du Conseil régional.

Rompre la solitude de l’exploitant

La solitude des exploitants agricoles, ou plutôt l’action collective, était au cœur des thématiques abordées ce dimanche 2 septembre. « Certains pensent que labourer, ça ne se fait plus », a indiqué Pascale Gaillot, en s’appuyant sur les débats qui ont cours au Conseil régional. Au-delà de la problématique du labour, cet événement vise à entretenir des « valeurs primordiales, telles que la simplicité, la rigueur, l’ambition, le travailler ensemble, la bonne ambiance et la convivialité », souligne Thierry Huet. Ce genre de manifestation « permet de reprendre son souffle, autour d’un repas partagé, de se fixer des challenges […], bref, de reprendre des forces », observe Benoît Dave. Il ajoute : « On a besoin des autres, tout simplement. Au quotidien, voir les autres, ça rassure ! Ça permet de se confronter aux mêmes problèmes, ça permet d’aller plus loin » […] et, au final, « d’augmenter la viabilité » de son entreprise.

Plus globalement, les différents interlocuteurs ont dénoncé des « discours démagogiques » contre les agriculteurs. Une autre raison de leur renfermement. « Ce sont les meilleurs ambassadeurs de l’environnement, ce sont eux qui façonnent les paysages, eux qui se forment de plus en plus pour utiliser les produits phytosanitaires. Alors, arrêtons de les stigmatiser », lance Baptiste Picard. Encouragé dans ses propos par le sénateur Huré qui appelle à « ne pas se décourager face à ces groupes de pression » et à « participer à la bataille de l’opinion », face à des « présentations caricaturales de certains groupes de pression sur la façon dont l’agriculture travaille et sur la qualité de l’alimentation. »

Maturités du millésime 2018

La ligne 2003 mais plus d’acidité

Vigne

Publié le 30/08/2018

Les données techniques interprofessionnelles en ligne permettent de comparer les maturités des millésimes. Elles recueillent les analyses de 150 parcelles, ce qui donne une tendance globale pour chaque cépage, qu’il est possible de décliner plus localement à l’échelle des communes, avec le « réseau maturité partenaires ».

2003 avait été le millésime de la plus importante canicule connue depuis que les données météorologiques sont enregistrées. Une canicule en août qui faisait suite à un printemps extrêmement sec. Inversement, 2018 se singularise par un printemps bien arrosé, mais avec des épisodes pluvieux de plus en plus denses spatialement et temporellement. Et en conséquence, des secteurs soumis à une sécheresse intense. L’écart-type des maturités par cépage selon les communes et les terroirs par rapport à la moyenne régionale est donc de plus en plus important. Comme en témoignent cette année, les données de maturité du réseau des partenaires interprofessionnels, en ligne sur le site technique du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa).

Prenons l’exemple du pinot gris le 23 août : 9,6° (d’alcool potentiel au 20 août) à Châtenois, 12,2° à Sigolsheim, et 11,25° à Wolxheim, 11,63° à Bergbieten, 12,13° à Pfaffenheim et 12,31° à Eguisheim, soit presque 3° d’alcool potentiel d’écart.

Si, à une époque, les avancées de maturité pouvaient être corrélées à la latitude avec globalement le sud du vignoble en avance sur le nord, il n’en est rien cette année : les facteurs stress hydrique, charge en raisins et agronomie ont fait leur œuvre. Les secteurs plus arides apparaissent plus en retard : 7,58° pour du riesling à Châtenois, 7,92° à Colmar, 9,66° à Hattstatt, 7,86° à Dambach-la-Ville, 10,19° à Mittelbergheim, 10,07° à Ammerschwihr et 10,8° à Wintzenheim, 7,58° sur une parcelle à Scherwiller et 9,26° sur une autre à Bergheim. Soit 3° d’écart.

Plus homogènes, les pinots noirs s’affichent entre 10,3° et 11,7° et les pinots blancs entre 9° et 10,2°. Côté anthocyanes et polyphénols totaux du pinot noir, les données ne permettent pas de remonter à 2003. Mais il y a moins de couleur qu’en 2015, les teneurs sont équivalentes à 2017 et légèrement supérieures à 2016.

Qu’en est-il du gewurztraminer ? 11,4° à Guebwiller, 11,1° à Heiligenstein, 11,6° à Rosheim, 12,03° à Dambach-la-Ville, 10,2° à Eguisheim, 12,7° à Molsheim, 9,8° à Wintzenheim. Là aussi, près de 3° d’écart.

L’acidité est la clé de la fraîcheur du millésime et de la qualité sanitaire des fermentations. Les courbes de combustion et dilution des acides à mesure que la maturité avance, indiquent que les gewurztraminers pourraient présenter un peu plus d’acidité qu’en 2003. Quant aux rieslings et sylvaners, ils sont clairement mieux lotis en acides tartrique et malique que ceux de 2003 avec 1 g/l de plus (en équivalent sulfurique). Les pinots blancs en revanche sont sur la même ligne que 2003, de même que les pinots noirs. La bonne nouvelle vient du rapport tartrique/malique qui, à ce stade, se situe autour de 20-25 % de malique et 75-80 % de tartrique. Ce qui signifie que l’acidité va bien résister à l’avancée de la maturité. Mais ce qui signifie aussi que la vigne n’aura pas beaucoup de réserve énergétique pour accumuler les sucres. L’une des voies d’accumulation en cas de stress hydrique est le flétrissement, qui présente l’inconvénient de concentrer autant les sucres que les substances immatures, dont la présence gustative est renforcée par les sulfites.

Plan dépérissement, projet Eureka en Alsace

Des résultats et des espoirs

Vigne

Publié le 16/08/2018

« Curatif ou préventif, bio ou pas bio : mon propos c’est avant tout de trouver une solution », lance Christophe Bertsch. Il y aurait bien eu l’arséniate de soude, mais « il faut oublier car c’est trop toxique », poursuit le chercheur. En Alsace, c’est le projet Eureka qui a été retenu dans le cadre du plan national dépérissement. Ce projet pilote cinq thématiques.

Une première approche curative consiste à trouver une substance phytopharmaceutique, naturelle ou de synthèse qui serait introduite dans le tronc, ayant en quelque sorte un effet de « curetage chimique » de l’amadou, cette matière spongieuse dont la cohorte de champignons cause l’apoplexie de la vigne par embolie des vaisseaux de sève. Cette substance serait injectée par endothérapie dans la tête de saule du plant.

L’idée est donc aussi de réduire préventivement cette production potentielle d’amadou. C’est la deuxième thématique du projet Eureka. Et pour cela, l’une des solutions serait de trouver des bois résistants que l’on grefferait en remplacement du tronc qui est le réservoir des champignons pathogènes. L’équipe de Christophe Bertsch a procédé à l’identification de bois résistants, parmi lesquels un Vitis sylvestris de la vallée rhénane, déjà décrit d’ailleurs en son temps par l’ampélographe alsacien Chrétien Oberlin (1813-1916). Les chercheurs du laboratoire ont d’ailleurs commencé à comprendre que la capacité de résistance de ce V. sylvestris se situe - comme souvent dans les plantes - dans la rapidité d’activation de ses gènes de défenses naturelles face à la progression du pathogène : douze heures pour V. sylvestris, contre trois jours pour le gewurztraminer. « Nos vignes, ce sont des formules 1 pour les arômes, mais comme les chiens de race, elles ne savent pas se défendre », illustre Christophe Bertsch. Les pépiniéristes pourraient donc à terme proposer des plants racinés double greffés, mais pour l’heure, les chercheurs font du greffage en place de greffons de nos cépages sur V. sylvestris, lui-même greffé sur porte-greffe classique…

Avec autant de greffes, mieux vaut s’assurer d’une bonne continuité vasculaire des vaisseaux de sève. C’est le troisième volet du projet Eureka, piloté par Arthur Froehly. Il compare actuellement quatre greffes : anglaise, oméga, F2-Hébinger et le greffage sur place, avec des parcelles d’essais de riesling clone 49 sur SO4, une combinaison assez répandue… Les coupes et la surface de vascularisation donnent l’avantage à certaines greffes, avantage qu’il faudra confirmer…

À la frontière entre le préventif et le curatif, sont apparues grâce notamment aux formations du Sicavac à Sancerre et à son technicien missionnaire François Dal, les techniques de curetage, regreffage… Tel un dentiste sur une dent cariée, le vigneron décape le bois mort, non pas à la roulette mais à la tronçonneuse. Mais si la charpente est morte, souvent la partie porte-greffe est encore vivante. On regreffe dessus un greffon sur place pour profiter du capital temps d’enracinement. Ces travaux sont fastidieux. Arthur Froehly apportera des éléments de réponse technico-économiques à ces nouvelles solutions.

Quinze années après sa création, l’observatoire régional des maladies du bois (30 viticulteurs, avec chacun une parcelle de gewurztraminer, une d’auxerrois et une de riesling, et 300 pieds notés dans chaque parcelle) constitue une masse de données. Même si certains paramètres manquent, comme l’effet clonal : « On n’a pas de diversité suffisante ». En l’état, ces données pourraient renseigner sur le rôle des multiples facteurs en cause, parmi les pratiques culturales, les typologies de parcelles, de type d’exploitation… « On observe pour un même cépage et même âge, qu’on a des parcelles à 3 % et d’autres à 30 % de pieds malades. On a donc un effet des pratiques », introduit Céline Abidon de l’IFV. C’est Solène Malblanc, étudiante en dernière année d’ingénieur à l’École supérieure d’agricultures d’Angers, qui effectue ce travail d’analyses statistiques où l’on entrevoit déjà quelques informations : la sensibilité de certains cépages, l’unité de sols avec des terres lourdes moins affectées, le gradient de contrainte hydrique et, plus surprenant, la distance d’interrang. Restera encore à vérifier ces observations statistiques par des mesures sur le terrain. D’ailleurs, ces résultats viennent confirmer ou infirmer certains ressentis sur le terrain. Par exemple, chaque année de rendements élevés engendre l’année suivante de la mortalité. Autre questionnement : pour l’heure, il reste à démontrer l’effet agrégation spatiale de pieds morts dans une parcelle.

Brasserie L’Alcolyte à Blienschwiller

Brasseurs et expérimentateurs

Technique

Publié le 12/08/2018

Non sans un brin d’humour en rapport à l’orthodoxie rigoriste des instances de prévention en addictologie, ils ont appelé leurs bières « La notoire », « L’anonyme » et « La chronique », avec, au bas de chaque étiquette, un commentaire narquois, invitant à la dégustation modérée mais dans l’esprit du bien vivre ensemble : « La rousse de la fortune », « Assieds-toi on n’est pas pressé », « Toujours en retard sauf pour ma blonde »… Et, pour couronner le tout, leur microbrasserie en micro-entreprise s’appelle L’Alcolyte.

Micro… plus tout à fait ! Cela fait 3 ans que Jérémy Wolfrom d’Itterswiller, salarié viticole, et Pierre Freyermuth de Blienschwiller, étudiant à l’École de management à Strasbourg et à Neoma (ex ESC Reims), se sont lancés dans la brasserie, sur un simple pari entre copains. Et le succès de l’entreprise des deux amis d’enfance est déjà au rendez-vous. Si bien qu’ils cherchent un local pour rassembler toutes leurs activités, de brassage, élevage, et conditionnement. Ils brassent par batch de 200 litres « des bières légères, bien houblonnées à cru, peu chargées, et d’une grande buvabilité » : « On essaie de faire des trucs jeunes et modernes ».

Pour l’heure, faute de boutique, les bières de l’Alcolyte sont diffusées sur des points de vente, une dizaine en tout, des restaurants et des bars locaux, des points de vente à la ferme, et ils proposent aussi des fûts. La nouveauté, c’est la pils « Esprit de pils » pour l’été. Mais c’est la blanche, « L’anonyme » qui était proposée à la foire. Viendront prochainement une kriek à la cerise fraîche, une bière en barrique…

Mercredi 1eaoût, les deux jeunes microbrasseurs se sont lancés dans une expérience de brassage de tritordeum, une céréale issue du croisement entre du blé dur et une orge chilienne, qui résiste bien au stress hydrique. Les deux brasseurs découvrent cette nouveauté, mais ses promoteurs tentent de lancer une filière en France. Avis donc aux agriculteurs, et aux transformateurs potentiels de cette farine et de ce malt d’un nouveau genre !

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