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David Lefebvre

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Prévision de récolte 2015

À peine un million d’hectolitres

Vigne

Publié le 23/07/2015

L’hiver 2014/2015 a été relativement doux, bien que plusieurs jours en dessous de 0 °C sont à noter au courant des mois de janvier et février. Le débourrement a eu lieu aux alentours du 14 avril, ce qui le place dans la moyenne des 30 dernières années pour l'Alsace. Les vignes ont par la suite eu de bonnes conditions de croissance avec des températures douces en journée et des précipitations régulières qui ont occasionné un développement rapide en termes de stade. La floraison s'est déroulée correctement vers le début du mois de juin. Dans le vignoble du Bas-Rhin, la pluviométrie plus faible ainsi que la floraison en deux temps interrompue par une petite période fraîche, a provoqué de la coulure sur plusieurs cépages tels que les pinots et gewurztraminer.

L'oïdium bien installé

Les conditions humides et voilées du mois de mai et juin ont permis à l’oïdium de s’installer. Tout au long du printemps, le climat était favorable à cette maladie : des nuits fraîches, des journées peu lumineuses et une humidité relative importante. Les premiers symptômes d’oïdium sur feuille ont été observés très tôt, dès le stade 6-7 feuilles. La maladie s’est développée par la suite sur inflorescences puis sur grappes. Ce sont les 10 jours de canicules début juillet qui ont permis de la freiner. À la fermeture de la grappe, environ 12 % des grappes sont touchées soit une fréquence deux fois plus importante qu’en 2014 au même moment. Le mildiou reste très discret cette année : au courant des mois de juin et juillet, quelques dégâts sur inflorescences et sur feuilles ont pu être observés, mais sans aucun impact sur la récolte à l’échelle du vignoble.

Brûlures de grappes

L’épisode caniculaire de début juillet a été spectaculaire notamment au niveau des températures extrêmes. Ces fortes chaleurs ont occasionné de nombreuses brûlures sur feuilles et sur grappes. Les vignes sur sols légers montrent des signes de stress hydrique. Certaines vignes, dont l’enracinement est encore superficiel, souffrent de la sécheresse. C’est principalement le cas pour les jeunes vignes ainsi que les vignes installées sur des terrains de faible profondeur (à faibles réserves hydriques). Si les conditions climatiques persistent, la sécheresse devrait se généraliser sur l’ensemble des terrains légers et sur les vignes faibles.

En 2015, les tordeuses de la grappe ont été peu présentes. Les vols ont été modérés sur l’ensemble des pièges. Quelques pontes ont été observées sur l’ensemble des secteurs. La seconde génération a nécessité une intervention afin d’éviter les risques de botrytis aux vendanges.

Le millésime 2015 est précoce, ce qui amènera une période de maturation sur le mois d’août. Généralement, dans cette configuration, il est bon de maintenir les grappes à l’abri du feuillage pour éviter la perte d’arômes liée à la chaleur et au rayonnement du soleil.

Prévision de récolte 2015 : 1 019 000 hl

Depuis 2011, la prévision de récolte du vignoble alsacien est réalisée par le groupe de coordination technique selon une méthodologie élaborée par Christophe Schneider de l’Inra de Colmar. Les parcelles de chasselas du réseau n’ont pas été estimées.

Les observations de terrain ont été réalisées les 6 et 7 juillet par les techniciens du Civa, de l’IFV, de la Chambre d’agriculture de région Alsace, de l’Ava, de la Fredon avec l’aide d’Alsace-Vitae et des enseignants de l’Eplefpa.

Le nombre de grappes par souche est en diminution d’une à quatre grappes par souche en moyenne par rapport à 2014, sauf sur gewurztraminer et pinot blanc (tableau 1). Ce résultat confirme les craintes émises l’année dernière quant aux conséquences du stress hydrique de 2014 au moment de l’initiation florale. C’est généralement dans le cœur des souches qu’il y a le moins de grappes.

Des grappes plus petite

La taille des grappes est également plus faible que l’année dernière, sauf sur muscat. La différence est notable pour la famille des pinots, y compris l’auxerrois. Les grappes sont un peu plus grandes qu’en 2013. Par conséquent, la prévision établie à partir des modèles de l’Inra (volume « Dépassement de rendement » inclus) se chiffre à 1 019 000 hl pour l’ensemble du vignoble d'Alsace, soit environ 66 hl/ha. C’est un volume légèrement supérieur à celui de 2013, pour lequel la prévision s’élevait à 980 000 hl et le volume récolté (hors DPLC) à 976 115 hl.

Le volume réellement récolté dépendra du grossissement des baies et de leur état sanitaire lors des vendanges. Ces chiffres moyens cachent également de grandes disparités entre les parcelles. Certains secteurs subissent actuellement de fortes contraintes hydriques qui vont avoir des conséquences sur la croissance des baies.

Bennwihr

Bestheim voit l’avenir en bleu

Vigne

Publié le 09/07/2015

En 20 ans, le groupe Bestheim n’a jamais cessé de se constituer au rythme des fusions-absorptions sous l’impulsion des tandems dirigeant Schoepfer-Wagner, puis Schoepfer-Baffrey. En quelques chiffres, Bestheim c’est aujourd’hui 450 familles de vignerons, 1 400 hectares de vigne, une soixantaine de salariés seulement pour un chiffre d’affaires de 55 millions d’€, chiffre appelé à progresser suite à la récente fusion avec la cave de Kientzheim.

Vendredi 3 juillet, l’inauguration de la nouvelle cuverie de 130 000 hl à Bennwihr a été l’occasion pour le directeur, Thierry Schoefper, l’ancien président, Hubert Wagner, et le nouveau, Pierre-Olivier Baffrey, de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur de cette « formule 1 » qu’est Bestheim, selon la métaphore filée par le président d’honneur Hubert Wagner, mais également d’essayer d’entrevoir la route qui se dessine dans cette course économique perpétuelle. Une route semble-t-il bien tracée : « Dans un vignoble qui ne cesse de se chercher, Bestheim a trouvé sa ligne directrice depuis longtemps », explique Thierry Schoepfer. Depuis son arrivée à la direction, en 1994, Bestheim exprime une certaine appétence pour les fusions-absorptions, afin de répondre aux objectifs « de performance, de rentabilité » et finalement « de devenir un acteur majeur du vignoble ». Chose faite.

Cela commence en 1997 avec la cave coopérative et la maison de négoce Heim à Westhalten. Puis en 2012, Bestheim absorbe la Divinal et résorbe le passif de cette cave d’Obernai politiquement embarrassant pour une appellation en mal de reconnaissance. En négociateur hors pair, Thierry Schoepfer emporte en 2015 la décision des vignerons de la cave de Kientzheim de se rapprocher de Bestheim, plutôt que de celles de Béblenheim, de Wolfberger ou Ingersheim. Bestheim récupère ainsi dans son giron de terroirs d’excellents crus comme le Schlossberg ou le Patergarten, qu’il qualifie de « bijoux ».

Mais il y a eu également des échecs de rapprochement, rappelle-t-il : « Avec Wolfberger, Turckheim, Wuenheim… Qu’importe ! Nous avons su rester amis. » Bestheim, c’est aujourd’hui « huit entreprises fusionnées, Bennwihr, Westhalten, Obernai, Barr Sigolsheim, Kientzheim, Heim et Sainte Odile… fruit de 21 années de travail ». « Bestheim a fière allure », lance aussi Thierry Schoepfer, mais la course n’est apparemment pas terminée : « En 20 ans, le visage du vignoble a changé, nous en sommes à l’origine et il continuera à changer ». L’objectif étant désormais, selon lui, « d’apporter plus de valeur ajoutée à nos appellations ». Attention aux sorties de route.

Le projet Repère à Westhalten

Des viticulteurs pro-acteurs de la recherche viticole

Vigne

Publié le 27/03/2015

D’une recherche classique avec des savoirs « descendants », on passe à une « recherche-action », où savoirs descendants et ascendants sont partagés pour co-construire des protocoles d’expérimentation viticole. Que sont les savoirs ascendants ? Il s’agit de l’expérience acquise par le viticulteur en lien avec son terroir, des savoirs transmis de génération en génération. Ce qui suppose de la part des chercheurs et autres experts de considérer que ces savoirs ont autant de valeur scientifique que des publications dans des revues officielles…

La question qui se posait aux vignerons de Westhalten consistait à expérimenter des alternatives aux désherbants, dans la perspective du plan Écophyto. Plutôt que d’appliquer des techniques plus ou moins imposées à terme, les viticulteurs de Westhalten ont mis en place un plan expérimental pour comparer la piloselle, plante aux vertus allélopathiques, au désherbage mécanique et au paillage. Une expérimentation en commun, où chacun partage ses réussites et ses échecs, explique Mickaël Burgenath, vigneron. « Une mobilisation collective du savoir », résume Pierre Isner, vigneron du groupe Repère. Outre l’analyse sociologique et épistémologique qu’il en retire, Jean Masson, de l’Inra, a proposé un cadre méthodologique aux vignerons, qui a par ailleurs permis dans un premier temps de franchir les barrières initiales de l’individualisme. Des barrières tout à fait humaines, où chacun craint d’exposer ses réussites et surtout ses échecs.

Mais il faut souligner que la jeune génération à l’œuvre dans la commune a bien coïncidé avec ce projet, explique Jean-Luc Schlegel. La méthode Repère a ouvert de nouvelles perspectives. Depuis, le groupe a créé une Cuma, indique Christian Kohler, pour acquérir du matériel de désherbage mécanique, un rotofil intercep pour entretenir les bandes de piloselle… Le groupe s’interroge sur ses pratiques, propose des analyses, évalue par exemple les métabolites allélopathiques de la piloselle en fonction du type de terroir… Bref, des questions qui d’ordinaire, avaient plus trait à de la recherche fondamentale.

Cette méthode, où savoir ascendants et descendants se conjuguent - qui permet de dégager des consensus sur des sujets où a priori, les acteurs n’ont pas les mêmes intérêts - va peut-être déboucher sur d’autres chantiers. La base viticole ou agricole devient force de proposition mais dans un cadre méthodologique, sur des sujets sensibles environnementaux, sociétaux ou de protection du bien commun d’appellation. Plutôt que de se voir imposer des directives, l’idée n’est pas d’atteindre un objectif forcé, par exemple une réduction de 50 % de pesticides, mais bien d’engager des recherches co-construites pour développer des alternatives crédibles pour tous.

Directive nitrates en viticulture

Bon sens ou non sens agronomique ?

Vigne

Publié le 16/02/2015

Le 7 février dernier, est paru au Journal officiel le décret relatif à « la désignation et à la délimitation des zones vulnérables en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole ». Il décrit les conditions qui encadrent le zonage des parcelles agricoles et viticoles, qui seront soumises aux contraintes de la directive nitrates. Tout le vignoble est concerné par la zone vulnérable, sauf les vallées adjacentes de Cléebourg, du Val de Villé, de Munster, de Thann et de Leimbach.

Les contraintes de cette directive

Elles consistent à interdire tout apport de fertilisants entre le 15 décembre et le 15 janvier, période généralement relativement arrosée et propice au ruissellement. La dose maximale d’apport est plafonnée à 50 unités d’azote par an à partir de la quatrième feuille. L’année de l’implantation, jusqu’à 30 t/ha de fumier frais ou de produit composté sont possibles. Mais les deux années suivantes, aucun apport n’est permis. Autre contrainte : la directive impose une traçabilité des apports. Il faut établir un plan de fumure et tenir un cahier d’enregistrement des pratiques par îlot cultural. Ce plan prévisionnel s’établit avant le premier apport de sortie d’hiver. Les pratiques sont traçables sur 5 ans.

Par ailleurs, les zones vulnérables supposent certaines contraintes d’épandage. Les engrais minéraux ne s’épandent pas à moins de 2 mètres des cours d’eau. Mais les composts et autres amendements organiques doivent respecter une distance de 35 mètres sur sol nu ou 10 mètres sur sol enherbé. Enfin, selon la raideur de la pente, tous les produits ne sont pas autorisés. Les fumiers de bovins, équins et amendements organiques normés de type 1 sont autorisés, quelle que soit la pente.

Entre 10 et 15 % de pente, tout est autorisé mais les fumiers de volailles, lisiers et composés organiques riches en N (Type 2) ne le sont que si la parcelle dispose d’un dispositif de rétention en aval de la parcelle. Au-delà de 15 %, les fumiers de bovins-équins et les composés organiques de type 1 sont autorisés. Mais les fumiers de volailles, lisiers et composés organiques riches en N (Type 2) sont interdits. Les engrais minéraux sont autorisés si la parcelle est enherbée (cas le plus fréquent en Alsace).

Conséquences pratiques

Ces contraintes font la part belle aux engrais minéraux, qui sont finalement autorisés partout. En revanche, les matières organiques très fertilisantes subissent une contrainte forte. C’est un aspect de la directive nitrates qui ne va pas dans le sens agronomique des vignerons, qui veulent restructurer leurs terres et améliorer la capacité de fixation des sols autrement que par la voie chimique du chaulage. Les amendements de type 2 sont particulièrement visés : lisiers, fumiers de volaille, et surtout ce qui est beaucoup utilisé dans le vignoble : des matières organiques riches en azote, qui ont un double effet de nourrir le sol et la plante. Dans les rangs des techniciens agronomiques, cette directive est jugée contre productive par rapport à l’effet de protection des eaux souterraines, s’il n’est pas permis par ailleurs d’apporter suffisamment de matières organiques qui ont pour fonction d’améliorer la structure des sols. Et qui contribuent par conséquent à limiter les fuites d'azote vers la nappe.

Journée technique Vitisphère-Alsace

Débats ouverts sur la lutte contre la drosophile

Vigne

Publié le 26/01/2015

Pour sa journée technique d’information, l’union Vitisphère-Alsace proposait une série de conférences à Saint-Hippolyte, avec une matinée « fertile » en informations sur la drosophile et une après-midi tout aussi dense en œnologie. Les cinq intervenants ont exposé des points de vue relativement divergents sur les solutions à mettre en œuvre, avec un point de crispation sur l’approche chimique, prétendue et revendiquée efficace par certains et inefficace pour d’autres. Les données biologiques connues à ce jour ont été exposées par Patrik Kehrli, de l’Agroscope de Changins en Suisse. Il intervenait la veille à Ostheim et nous avons publié la semaine dernière l’essentiel de son intervention qui démontre toute l’implication de la recherche suisse sur la mouche.

La parole était ensuite donnée à Florian Zerulla, de l’université de Hohenheim en Allemagne, qui fournit un travail de recherche fondamentale sur les relations entre la fertilité de la drosophile et sa nourriture, et son comportement en hibernation. Cette drosophile possède d’étonnantes facultés de fertilité, longtemps encore après les vendanges. 75 % des femelles capturées en novembre portent des œufs fécondés murs. Ce qui interroge sur ce comportement biologique : ces œufs ont-ils un rôle de stockage d’énergie pendant l’hivernage ? Ou bien l’hivernage est-il assuré grâce aux sucres accumulés qui ont une fonction antigel ? Quoi qu’il en soit, la suzukii peut trouver des biotopes lui permettant d’hiverner sans dommages, par exemple des mulchs dont la température ne descend pas en dessous de 2,5 à 5 °C. L’équipe de recherche de Hohenheim a évalué le taux d’œufs mûrs dans l’abdomen de l’insecte en fonction de différentes sources de nourriture : pollen, levures, eau sucrée au saccharose, pour montrer que la nourriture à base de levures améliore clairement sa prolificité. Pas de levures, pas d’ovogenèse accomplie chez les femelles. Ce qui démontrerait le lien supposé entre la nourriture azotée (aminée) et la prolifération de l’insecte, estiment certains vignerons. Florian Zerulla conclut, comme Patrik Kehrli, en soulignant que l’hivernation est un facteur limitant, clé de la survie des D. suzukii.

« Nous avons maîtrisé ce nouveau ravageur »

Si du côté suisse, on ne croit pas à une solution de lutte par voie chimique qui puisse être mise en œuvre sans altérer les biotopes (voir article la semaine dernière), Outre-Rhin, le conseiller viticole Egon Zuberer, district Forêt Noire Breisgau, affirme sur ses retours d’expérience avoir mis en place des solutions efficaces. Le principe réside en une association d’appât alimentaire et spinosad, sous marque Spintor, à la dose de 5 ml/ha au lieu de 160 ml/ha, selon un traitement orienté sur les grappes, mais par le dessous (angle de 45 °), à basse pression et avec des buses formant de grosses gouttelettes. En utilisant un appareil type de désherbage sur le rang mais en changeant les deux buses et leur orientation vers le haut plutôt que vers le bas. Le protocole réside dans six applications à partir du 18 août.

Selon Egon Zuberer, la dynamique de population de drosophiles a été enrayée, « ce qui a permis de vendanger dans d’excellentes conditions ». Toutefois, il précise que la réussite repose sur une lutte collective sur de grandes surfaces (plusieurs blocs de 400-500 ha), avec des applications synchronisées et renouvelées tous les 6-7 jours. Les analyses de résidus dans les trois coopératives où ont été appliqués les traitements - cave du Kayserstuhl, cave de Tuniberg, cave Markgraflerland - font apparaître de 0,020 à 0,025 mg/kg de résidus juste après traitement au 3e traitement, et de 0,01 à moins de 0,01 mg/kg, 4 jours après les traitements. Conclusions du conseiller viticole : la drosophile a été maîtrisée en pays de Bade par cette méthode « appât », « qui sera certainement nécessaire à nouveau en 2015 ». Quant aux applications de poudres (talc, kaolin, chaux…), leur efficacité reste à démontrer, estime t-il.

Le point de vue de Reiner End, vigneron à Zell-Weierbach, est relativement proche des Alsaciens et Suisses, considérant que les données biologiques de la drosophile ne permettent pas d’envisager une lutte insecticide efficace à grande échelle, a fortiori dans les vignobles en pente, où « la technique de l’application par appât revient trop cher, voire est impossible à réaliser en raison du nombre d’applications élevées qu’elle exige (mécanisation difficile) ». Par ailleurs, il juge que les applications de poudre blanches (kaolin, chaux…) ne sont pas sociétalement acceptables étant donné la couverture très visible des grappes par les poudres.

Pour Philippe Kuntzmann, la lutte repose sur la mise en œuvre de tous les moyens disponibles prophylactiques et curatifs, sans omettre le cuivre, qui a un effet bactéricide et permet de lutter contre la pourriture acide. Il note une satisfaction de la lutte insecticide en Allemagne. « Même à 80 %, ce sera autant de gain sur le tri ». Les produits homologués : Deltaméthrine, Spinosad et Karaté Zéon, dont l'efficacité n'a cependant pas encore été évaluée contre les suzukii. Combi Protec est pour l’instant exclu car les traitements sont limités à deux applications. Concernant la faune auxiliaire et abeilles, « le spinosad est classé toxique pour les abeilles, mais cette toxicité vaut aussi lors des traitements contre le ver de grappe. Il faut veiller à faucher les enherbements avant les applications ».

Concernant le délai avant récolte, « Karaté zéon laisse une marge de manœuvre ayant un DAR de 7 jours ». Et s’agissant de la proximité de vignes en bio, « Success est un produit homologué, ce qui ne fait pas courir de risques de perte de certification par présence de résidus ». Enfin, selon Philippe Kuntzmann, il faudra se fonder sur le monitoring (suivi de l’insecte) en arboriculture. Quant au monitoring en vigne, « il ne permettra peut-être pas d’évaluer le risque suffisamment tôt, étant donné qu'il faut aussi intervenir assez tôt. Le mode de lutte préventive est donc aussi à envisager sur les cépages sensibles tels que le muscat Alsace, pinot noir, pinot gris ou gewurztraminer ».

Lauréat du prix de l’innovation Paysan du Haut-Rhin/ L'Est agricole et viticole

Des filets anti-grêle, anti-guêpes et anti-gibier…

Vigne

Publié le 31/07/2014

Dynamiques et entreprenants viticulteurs de la Vallée noble à Westhalten, Jean-François Bickel et Lionel Miclo, ont monté il y a six ans LJ Prestations. Une entreprise de prestations viticoles d’épandage de compost, d’installation de filets anti-grêle Whailex, pour viticulture et arboriculture. Ils ont inventé un épandeur vignes à épandage latéral de compost. Et ils proposent également de la prestation de terrassement.

Depuis quatre ans, ils sont les distributeurs exclusifs des filets anti-grêle Whailex en France dont ils proposent la commercialisation et la pose. Pour l’heure, une petite dizaine d’hectares est équipée en Alsace, et plus de 300 ha en Allemagne.

Simples et rapides à manœuvrer par un seul homme

C’est la société allemande Whailex (www.whailex.com) qui est à l’origine de ce filet. Testé depuis plus de 10 ans par l’Institut viticole de Fribourg, sur Blankenhornsberg, ces filets sont commercialisés dans le monde entier. Ils ont aussi obtenu une médaille d’innovation au salon Intervitis. L’originalité de l’invention tient à une perche rigide mais légère qui enroule ou déroule un filet sur plus de 100 mètres. Ce qui en fait un filet facile à manipuler, puisqu’un seul homme déroule plus de 100 m de filets en quelques tours de manivelle. Un argument important lorsqu’il est question d’intervenir rapidement ou fréquemment dans la parcelle, par exemple pour relever les filets juste avant les traitements. Cependant, ces filets disposent d’un maillage prévu pour laisser passer les flux de pulvérisateurs. « Cela a été vérifié au buvard hydrosensible », précise Lionel Miclo.

D’ores et déjà de grands domaines alsaciens comme celui du lycée viticole de Rouffach ont installé ces filets sur des parcelles à forte valeur ajoutée pour protéger les raisins non seulement de la grêle mais aussi des chevreuils, des sangliers ou des piqûres de guêpes de plus en plus fréquentes et à l’effet œnologique rédhibitoire sur la teneur en acidité volatile. Côté investissement, il faut compter « 2 500 € par ha, pose incluse ».

2 500 euros par ha, pose incluse

Ces filets présentent en outre l’intérêt de palisser automatiquement la vigne, dont les sarments se voient obligés de remonter entre les deux pans des filets : « C’est déjà 1 500 euros/ha/an de gagné », font remarquer les deux jeunes viticulteurs, mais il faut que les filets soient descendus assez tôt dans la saison, après le débourrement.

Côté maturité, les filets n’absorbent que 7 % d’UV, une quantité modeste surtout à l’heure du réchauffement où les vignobles feraient plutôt la chasse aux excès de sucres. Les analyses de maturité effectuées en Allemagne ont montré une différence peu significative sur la teneur en sucres des moûts entre une vigne avec et sans filets Whailex. Pas de différence notable non plus n’a été observée au niveau des attaques de botrytis, à l’institut viticole à Ihringen où la pluviométrie avoisine les 1 200 mm/an.

L’inquiétude avec ces filets concerne aussi la facilité de descente des bois au moment de la taille. Idéalement, un prétaillage améliore ce travail, soulignent Lionel et Jean-François, mais globalement l’effort supplémentaire à fournir n’est pas important, surtout au regard des autres avantages procurés par ces filets.

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