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David Lefebvre

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Semaine des alternatives aux pesticides

Produits phytosanitaires, agriculture, santé, débat

Vie professionnelle

Publié le 08/05/2016

La première table ronde sur le thème « La santé des agriculteurs et des consommateurs » faisait notamment intervenir le Dr Isabelle Koscinski, spécialiste des problèmes de fertilité, dont les pesticides peuvent être responsables. Dans un rapport de l’Inserm corédigé, les pesticides DBCP (dibromochloropropane), et les insecticides chlorpyrifos, pyréthrines, organophosphorés sont bien identifiés comme responsables ou facteurs aggravant le risque.

Selon l’étude Agrican, certains cancers sont plus fréquents en milieu agricole : le mélanome de la peau, le myélome multiple, les lymphomes qui sont des cancers hématologiques. Des études étrangères ajoutent des cancers de la prostate, de l’estomac et du système nerveux central. Les cancers du poumon, du sein et du rectum chez la femme, du colon, de la vessie, du foie, pancréas, œsophage et larynx sont moins fréquents. Les lymphomes de Hodgkin, non hodgkiniens et les cancers des lèvres seraient plus fréquents, informations à confirmer. Le Dr Isabelle Koscinski insiste sur l'urgence à réagir. 

Pour Arnaud Issenhuth, agriculteur, administrateur à la Mutualité sociale agricole, « on est conscient. L’exposition ne concerne que certaines périodes d’application. Et il y a le délai avant récolte, comme protection. » Philippe Bunner, viticulteur, dit ne pas ignorer l’effet perturbateur endocrinien des pesticides. « On attend des solutions pour traiter moins. Mais quel prix sommes-nous prêts à payer par exemple pour avoir des eaux du réseau propres ? », sous-entendu totalement exemptes de traces de cocktails de résidus de pesticides, interroge le Dr Isabelle Koscinski.

Prévention et usages : réglementation et état des lieux

Le système d’homologation des produits phytosanitaires a évolué, puisque l’évaluation est effectuée par l’Agence européenne de santé (Efsa), indique Odile Rochigneux, de la Draaf. Alfred Klinghammer, animateur Écophyto à la Chambre d'agriculture d'Alsace, souligne pour sa part que les produits phytosanitaires servent à protéger les plantes et donc à nourrir la population. Problème, le budget consacré à l’alimentation est passé de 40 % à 12 %. Il faut donc produire le moins cher possible, observe-t-il. Quelques chiffres, la France consomme 60 000 tonnes de substances actives, dont 10 % vendues en jardinerie. En Alsace, c’est 900 t, dont 13 % en jardinerie. Un tiers du glyphosate est vendu en jardinerie. En ramenant ces chiffres à l’hectare, la France se situe au huitième rang en Europe.

La réglementation a fortement évolué, ajoute Odile Rochigneux avec le Certiphyto. En 2017, les collectivités ne pourront plus utiliser de pesticides dans les lieux publics. Pour Alfred Klinghammer, Écophyto représente un vaste travail, reposant sur trois piliers : la formation, la surveillance en réseau d’observation et les fermes Dephy pour expérimenter et démontrer des systèmes économes en intrants. « Les choses ne sont pas faciles, il faut du temps. » Et puis on se heurte à la demande sociétale, ajoute-t-il : des pommes sans tavelure, des feuilles de radis sans perforation d’altise… De son côté, Denis Litt, conseiller prévention à la Caisse d'assurance-accidents agricole du Bas-Rhin, souligne l’implication de la Caisse qui cofinance les protections individuelles et incite à utiliser les produits les moins dangereux. « Mais réduire, c’est du stress, témoigne Arnaud Issenhuth. Il y a deux ans, j’ai supprimé un fongicide, avec à la clé, le risque mycotoxine, et un déclassement de la récolte. »

Et le bio ? Maurice Meyer, maraîcher bio à Valff, dit qu’il ne voyait pas « l’intérêt de polluer plus pour manger » quand il s'est installé, d'où son choix. Mais le passage en bio suppose de tout changer : les rotations, les techniques, les circuits de ventes, les clients. « Ce n’est pas simple ! » Quant aux produits phytosanitaires de biocontrôle, ils visent à fortifier la plante. Ce ne sont pas des biocides. « Mais si vous mettez beaucoup d’azote, la plante est fragilisée par rapport aux maladies. » Donc la bio suppose aussi de baisser les rendements. « Une étude doit sortir. Elle indique que le coût global, et donc sociétal aussi, des produits phytosanitaires est plus cher que les bénéfices qu’ils apportent. »

Mobilisation de la recherche agronomique et des acteurs

Selon Nicolas Munier-Jolain, de l’Inra, l’agriculture est dépendante des pesticides. Mais il faut y regarder de plus près. Par exemple, la culture du maïs est beaucoup moins nécessiteuse en pesticides. Mais en Alsace, l’Indice de fréquence des traitements (IFT) du maïs est de 2,5, contre 1,5 au niveau national, ceci en raison de l’aspect monocultural. Mais peut-on changer de culture aussi facilement en plaine d’Alsace sans mettre en péril l’équilibre économique des exploitations ? L’Inra observe que les systèmes culturaux de polyculture élevage consomment deux fois moins de pesticides. Et que d’une manière générale, le retour à la rotation des cultures peut singulièrement diminuer les pressions en ravageurs et en adventices. Toute la difficulté est économique, et de trouver des filières et débouchés quand on est en rotation. La diversification des rotations doit donc être accompagnée en filière. Le problème « pesticide » est donc plus vaste qu'il n'y paraît.

En viticulture, le projet de recherche participative Pep’sVi, 1 million d’euros de budget, a pour but d’expérimenter, de concevoir des systèmes innovants à bas intrants, d’évaluer et de proposer, explique Marie Scholtus de l’Inra. Les agriculteurs ne sont pas hostiles au changement, témoigne Arnaud Issenhuth, mais il faut être sûr du résultat. Il compte sur la robotique et la génétique.

Et le bio, une voie d’innovation ? Un observateur de la salle pointe une faille du cahier des charges bio avec un produit perturbateur endocrinien notoire. Maurice Meyer objecte : « Si on est ici en débat, c’est bien qu’il y a un problème. Comprenez que les gens ne sont pas contre les paysans, mais contre les pesticides de synthèse. Certains phytosanitaires bios sont certes toxiques, mais ne sont pas rémanents dans l’environnement, à la différence des produits de synthèse. » Dans la salle, quelques agriculteurs retraités font remarquer qu’il y a une évolution notoire par rapport à leur époque, « où l’on mélangeait la bouillie à mains nues ». Alfred Klinghammer confirme : « On a évolué, mais on a mal communiqué ».

La conclusion revient au président de la MSA, David Herrscher : « Il faut avoir conscience qu’on a le ventre plein. Souvenons-nous en 2006, la crise alimentaire. Le paysage va changer d’ici dix ans. On va avoir des robots dans les champs. » Mais le président de la MSA met en garde : certains veulent de l’électricité verte, mais ne veulent pas d’éolienne. Il ne faudrait pas que ce soit pareil avec les robots. Par ailleurs, il a réitéré son souhait de ne pas se fermer sur les OGM pour remplacer les produits phytosanitaires.

Semaine des alternatives aux pesticides

Beau succès pour les démonstrations de semis direct

Vigne

Publié le 06/05/2016

Vincent Fleith est un vigneron passionné qui insiste « sur la dimension solidaire et le partage des informations et des savoirs pour progresser ». Il souhaite faire partager au plus grand nombre par la voie professionnelle ses acquis et ses expériences en agro-écologie. Il a présenté ses démarches de réflexion et ses pratiques viticoles. « Je vise entre 45 et 55 hl/ha. Ma fertilisation est adaptée à la capacité de rétention des sols ; et afin de ne pas gommer le lien au terroir, c’est-à-dire de ne pas gommer la minéralité du sol, car je pense que cette minéralité a une incidence dans le goût des vins », explique-t-il. « Par exemple, dans les argilo-calcaires, je mets 5 tonnes de compost tous les 3 à 5 ans, car le sol a une bonne capacité de rétention. Et dans les galets roulés, c’est 1,5 t tous les ans, car ces sols n’ont pas de capacité de rétention. C’est le pédo-géologue, Yves Hérody, au sein de Vignes Vivantes, qui nous a aidés à adapter nos pratiques en fonction de chaque lieu. Sur nos types de sols, il nous a par exemple conseillé de retirer les bois, car ils monopolisent la vie microbienne. »

Selon Vincent Fleith, Yves Hérody a également « permis de comprendre le paysage dans lequel on se situe. Nous sommes ici sur un cône de déjection. Je cultive sur des granites éboulés de la Fecht, sur des galets érodés et sur des lœss pour mes vins plus génériques. »

«Ne pas parier que sur un seul outil»

En ce qui concerne le travail des sols, Vincent Fleith estime qu’il lui faut cinq ans pour que ses vins deviennent intéressants : « Chaque année, je récupère une vigne, j’adapte progressivement mon travail pour éliminer les racines superficielles. Et au bout de cinq ans, je sème des plantes concurrentes et qui décompactent. Alors, ce n’est plus nécessaire de travailler en profondeur et je diminue les à-coups de minéralisation. Et à ce moment-là, les vins commencent à devenir intéressants, grâce aux échanges microbiens. » Mais il faut globalement une dizaine d’années pour arriver à maîtriser les à-coups de vigueur et les maladies cryptogamiques, ajoute le vigneron. Et au final, gommer l’effet millésime dans les vins.

Concernant le travail des sols, « c’est aussi une règle que de ne pas parier sur un seul outil, explique-t-il. Il en faut une panoplie. J’étais contre la fraise parce que ça lisse les sols, mais aujourd’hui les dents, qui sont inclinées, ne lissent plus, ce qui me permet par exemple de calmer la concurrence en printemps sec. »

Concernant l’aspect phytosanitaire, le vigneron applique quatre traitements liquides. Il encadre la fleur, avec soit un liquide ou un poudrage avant la fleur. Je commence au premier traitement à 80 l/ha et je termine à 140 l/ha. L’application a lieu au Turbocoll (Tecnoma), dont les ouvertures sont adaptées au plan de palissage. « Je ne traite jamais entre 11 h et 17 h en plein soleil, et de préférence quand le temps est couvert. Je suis à moins de cuivre sur toute ma saison qu’avant en un seul traitement. Et deux sacs de soufre pour 10 ha par traitement. »

À ces faibles doses de cuivre et de soufre, Vincent Fleith s’aide des plantes qui sont cueillies fraîches quand elles sont disponibles, appliquées en tisane ou en décoction, le matin juste avant application. « Entre la cueillette, la décoction, la filtration, il faut compter le temps de préparation. Nous allons, avec l’Atelier paysan, concevoir une tisanière pour faciliter notre travail. Chaque traitement a au minimum deux plantes. En printemps humide, c’est plutôt de la prêle, et en printemps sec, plutôt de l’ortie. Et à chaque fois de l’osier, pour l’acide salicylique. Cette année, j’ai fait une prêle à la période de Pâques. Je peux aussi utiliser de l’arnica et de la valériane pour les lendemains de grêle. »

Plusieurs rencontres m'ont fait progresser, indique Vincent Fleith : « Yves Hérody au sein de Vignes Vivantes, on a une dynamique de groupe, on avance plus rapidement, et  le conseiller en biodynamie Pierre Masson. »

Rencontre de traction animale en viticulture à Nothalten

Inciser, cicatriser, germer...

Vigne

Publié le 30/04/2016

Étaient présents les vignerons Hubert Haussherr à Eguisheim, Jérôme François à Ostheim, Dominique Meyer à Gunsbach (domaine Zind Humbrecht), Pierre Simler à Westhouse, Pierre Eiché à Ammerschwihr, Éric Altermath à Pfaffenheim, Aurélien Lurquin à Romery en Champagne, et Axel Lefebvre d'Orléans avec ses outils à taillant. Cinq chevaux de traction et 80 observateurs éparpillés dans les vignes pour apprécier les différents chevaux et leurs meneurs, les outils à l’œuvre, un rolofaca, des charrues de buttage et débuttage, covercrop, diverses griffes…

Dans d’autres situations, la pluie abondante de la matinée aurait entravé la qualité du travail des sols. Mais les sables filtrants du Muenchberg, couplés à la traction animale, ont largement permis aux meneurs d’exprimer leur savoir-faire sans altérer la structure de la terre. Certes, l’on pourrait penser que le cheval de trait pèse lourd et compacte le sol sous ses sabots selon la loi de physique P = F/S où la pression exercée au sol est inversement proportionnelle à la surface. Et comme la surface sous les sabots est réduite, la pression exercée au cm2 est forte. Mais c’est oublier que le lien au sol en traction animale est également biologique, et que le cheval n’exerce pas d’impulsion qui damerait le sol, à la différence d’engins motorisés dont les vibrations ont un effet de compaction de la terre d’autant plus important, qu’il n’y a pas d’amortissement.

Outils à taillants

Mais le propos de la matinée concernait aussi les outils de travail des sols, le réglage et les types de dents. Le taillandier Axel Lefebvre, qui fabrique des outils à taillant pour la viticulture, avait apporté notamment différentes pioches tirées de ses recherches historiques. Crouet, mare, bêche, pelle de vigne, binette, raclette : il existe un type d’outil par type de sol et par type de travail. Les outils à taillant sont auto-affûtants en raison de leur fine lame d’acier-trempé sertie entre deux couches de fer doux. Ce qui leur procure longévité et une qualité de tranchage inégalée.

Axel Lefebvre fabrique désormais des dents ce de type à monter sur étançon pouvant équiper les charrues. Comparant la facilité de travail de traction avec une charrue équipées de ces dents taillandées, le meneur Pierre Simler a constaté un grand soulagement pour son cheval. (voir les vidéos sur notre page Facebook EAV/PHR). La qualité du tranchant permet un travail de la terre plus précis, plus propre, à l’image d’une incision de la peau au scalpel plutôt qu’avec un couteau dégrossis.

Suspension du diméthoate sur les cerises

La clause de sauvegarde doit-elle s’appliquer aux importations de vins ?

Vigne

Publié le 18/04/2016

Puissant insecticide organophosphoré, le diméthoate est utilisé depuis l’après-guerre. Son efficacité permet notamment de lutter contre la drosophile, insecte ravageur des petits fruits rouges et du raisin, en recrudescence avec le réchauffement climatique. Efficace mais présentant un profil écotoxicologique extrêmement défavorable, le diméthoate est classé comme perturbateur endocrinien, dangereux pour les abeilles.

La matière active figurait depuis 2012 sur une liste européenne de retrait programmé du marché en 2016. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), estime que « le diméthoate fait courir des risques inacceptables aux utilisateurs, aux consommateurs et à la faune ». Un plan de contrôle en 2012 avait révélé par exemple que sur 546 échantillons prélevés à la récolte, tout végétaux confondus, 55 présentaient des résultats non conformes. Huit échantillons affichaient une concentration en résidus supérieure aux limites maximales autorisées. Le diméthoate était en cause dans six échantillons de cerises*, mais également dans des raisins. En conséquence, il a été retiré du marché à partir du 1er février 2016 dans l’hexagone.

Un avantage technico-économique

Mais cette année la pression en drosophile est importante au vu des piégeages d’hiver. Reçues au ministère de l'Agriculture le 24 mars avec la FNSEA, les organisations professionnelles ont demandé une dérogation de 120 jours afin de sauvegarder les productions de cerises, présentes notamment autour du sillon rhodanien, des attaques de drosophiles. Elles ont invoqué le fait que les autres pays européens peuvent toujours utiliser le diméthoate, ce qui leur procure un avantage économique. Les alternatives techniques sont limitées. Les autres insecticides, comme les spinosines ou le cyantraniliprole, ne sont pas aussi efficaces sur les cerises. Les filets anti-drosophile sont efficaces, mais leur coût, entre 20 000 et 30 000 €/ha, est limitant.

Déjà très concurrencée sur des dossiers comme les charges sociales et le coût de main-d’œuvre, la profession des fruits et légumes, et notamment les producteurs de cerise, ont fait savoir qu’ils ne survivront pas à cette distorsion technico-économique provoquée par l'avantage donné aux exportateurs de fruits espagnols ou turcs, qui utilisent le diméthoate sans restriction d’usage.

Plutôt que de proroger l’Autorisation de mise sur le marché (AMM) du diméthoate, Stéphane Le Foll a opté pour une autre stratégie : le 29 mars, il a saisi la Commission européenne pour demander l'interdiction immédiate du diméthoate dans toute l'Union européenne sur les fruits et légumes. Ceci afin de préserver les intérêts économiques des producteurs tout en protégeant ceux des consommateurs. À la date butoir du 5 avril, la Commission européenne n’avait toujours pas rendu de décision. Désormais se posent deux choix : soit l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) reconnaît le danger et applique l’interdiction à toute l’Europe, soit la France sera amenée à déclencher une clause de sauvegarde nationale ayant pour effet d’interdire la commercialisation dans l'hexagone de toutes cerises traitées au diméthoate.

« S'il est dangereux en France, il l'est dans toute l'Europe »

Lors d'une réunion entre les professionnels et le préfet du Vaucluse le 29 mars, ce dernier a reconnu logiquement que « si le produit est considéré comme dangereux en France, il l’est également ailleurs en Europe ». Et il l’est également pour d’autres productions végétales… Cette clause de sauvegarde s’appliquera-t-elle donc in extenso aux autres productions ? « Haricots non écossés, raisins de table, pêches, aubergines, endives, céleri et laitues », liste l'Anses. Par exemple, l’Espagne autorise le diméthoate sans restriction sur les vignes. De même la Suisse, ou même encore l’Allemagne dont le vignoble avait connu en 2014 une attaque sévère de drosophile. En toute logique, si la clause de sauvegarde nationale s'appliquait aux cerises d'importation, elle devrait être étendue à d'autres productions végétales d'importation comme aux vins ibériques ou allemands dont les vignes ont été traitées au diméthoate.

En 2013, l’Efsa a renvoyé aux États membres le soin de statuer produit par produit et usage par usage sur le niveau de risque pour le consommateur. Pas d'extension automatique donc sans l'avis circonstancié de l’Anses, qui pourrait cependant être amenée à rendre des avis similaires pour d'autres productions végétales, dont les analyses font état de dépassements chroniques de Limite maximale de résidus (LMR).

Terra Vitis Alsace

Une démarche environnementale en constante amélioration

Vigne

Publié le 14/04/2016

L’association Tyflo défunte, les vignerons n’avaient plus de label sur lequel s’appuyer pour avoir un discours crédible auprès des consommateurs. Avec l’aide de Catherine Hammer d’Alsace Qualité, comme cheville ouvrière, ils peuvent depuis 2014 s’appuyer sur un autre label : Terra Vitis. Bien implanté au niveau national puisque 500 vignerons adhérents revendiquent ce label certifié par l’organisme Certipaq.

En Alsace, ils sont une trentaine à appliquer le cahier des charges Terra Vitis avec trois nouveaux adhérents en 2015. Sa philosophie : une approche très technique, avec des obligations de moyens sur les méthodes viticoles et d’élaboration, et des objectifs de réduction d’intrants. Au sein de la fédération nationale Terra Vitis, les vignerons alsaciens, fidèles à leur image environnementale, se sont d’ailleurs illustrés en proposant des avancées comme la suppression des herbicides de prélevée, et la limitation à un seul anti-botrytis. Une démarche extrêmement raisonnée donc, sans toutefois s’interdire en année difficile le recours à des matières actives.

Engagés à faire connaître leur label

Terra Vitis présente en outre la particularité de n’avoir comme adhérents que des vignerons récoltants-manipulants. Terra Vitis s’est retrouvé malgré lui en concurrence avec le label Haute valeur environnementale (HVE, lire en encadré), quand la fédération nationale des Vignerons indépendants de France a opté pour le soutien de ce dernier.

Comme la certification représente un coût, « l’idée serait de faire converger les audits de manière à ce que le label Terra Vitis valide de facto la certification HVE », explique le vigneron adhérent Frédéric Arbogast. Cependant, ce projet de convergence se heurte à une difficulté : le label HVE diffère dans sa philosophie, dans la mesure où il repose plutôt sur une obligation de résultat. « Et donc les moyens mis en œuvre ne sont pas aussi cadrés que Terra Vitis qui repose sur un cahier des charges très technique. »

« Les consommateurs sont plus attentifs, on a de plus en plus de questions sur les résidus, modes d’élaboration, sur les traitements. Les gens sont soucieux de ce qu’ils mangent », explique le nouveau président Jean-Paul Ostermann, vigneron à Ribeauvillé, qui succède à Frédéric Arbogast. C’est pourquoi, les vignerons de Terra Vitis déploient beaucoup d’efforts de communication pour faire connaître leur label. Une importante délégation alsacienne est régulièrement présente sur les salons internationaux, comme ProWein ou Vinexpo, mais également dans les manifestations viniques plus locales comme le Slow up de la Route des vins d’Alsace, qui se tiendra le 5 juin entre Sélestat et Bergheim.

Journée des vins bios de l’Opaba

Découvrir de nouveaux talents viticoles bios

Vigne

Publié le 11/04/2016

L’événement change légèrement de formule cette année. Traditionnellement, il avait lieu le 1er mai au château de la confrérie Saint-Étienne, avec des stands de dégustation communs, des conférences, des propositions d’accords gastronomiques par les vignerons et un traiteur, commentées par un sommelier.

Cette année, les vignerons ont voulu saisir l’opportunité de l’événement Millésimes Alsace les 13 et 14 juin, et agir en synergie en organisant leur salon la veille, le dimanche 12 juin. Avec cependant toujours ce leitmotiv qui caractérise ce salon : l'ouverture à la diversité des vins et des vignerons qui expriment leur personnalité.

L’interprofession, réticente dans un premier temps à soutenir l’événement en marge de Millésimes Alsace (lire en page 31 de notre numéro 4 du 29 janvier 2016), s’est finalement rangée à l’idée de promouvoir la manifestation et communiquera sur ce salon dans le cadre des « off » autour de Millésimes Alsace. Explications.

« Le salon se tiendra au Cref à Colmar (5 rue des jardins), de 11 h jusqu’à 18 h et donc avant l’événement « Bienvenue chez les DiVines ». Cette année, c’est Pascal Léonetti qui animera les dégustations « accords mets & vins » avec les propositions de Christine Ackermann de la Biocoop Sonnenblum, explique Martine Becker, responsable de la commission viticole à l’Organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace (Opaba). Les vignerons pourront proposer trois vins bios, le but étant de faire goûter les vins avec ce côté didactique des ateliers. Les inscriptions ne sont pas fermées, nous en sommes à une quarantaine, dont des vignerons qui ne seront pas à Millésimes Alsace. » Puisque Millésimes Alsace avait un numerus clausus, limitant les places à 99. Une opportunité donc pour les visiteurs de venir découvrir de nouveaux talents bios émergents du vignoble au Cref à Colmar.

« Montrer toutes les facettes du vin d'Alsace »

« L’interprofession m’a donc indiqué qu’elle communiquera également, confirme Martine Becker. Dans cet esprit, les salons off, comme à Vinexpo ou à Millésime bio, nous permettent d’apporter les compléments et de montrer toutes les facettes du vin d'Alsace et ce que tout le monde sait faire de mieux dans notre vignoble. Et ainsi de contribuer à renforcer la notoriété des vins Alsace. »

« Je constate que nos accords mets et vins sont vraiment attendus. C’est d’ailleurs notre identité alsacienne que d’avoir des vins pouvant s’accorder à différentes cultures gastronomiques, de la cuisine japonaise à notre cuisine française. Et c’est ce qui est apprécié lors de cette journée des vins bios d’Alsace qui ont du goût, de la profondeur, de la salinité, de la finesse, commente Martine Becker. Nous en sommes à notre 13e édition. Le public alsacien, et au-delà, a pris rendez-vous avec l’événement. » Il sera donc attendu avec intérêt, autant par les locaux que par les prescripteurs nationaux. « Les bio-convaincus et les bio-sceptiques qui seront par ailleurs invités en Alsace durant ces deux journées », précise Martine Becker.

Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira)

Structurer l’offre, les prix, la distribution et la communication

Vigne

Publié le 08/04/2016

Le Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira) tenait son assemblée générale le 23 mars dernier à Châtenois, avec un ordre du jour chargé sur des dossiers récurrents et des sujets d’actualité : notamment la hiérarchisation, la prémiumisation de l’offre en vins d’Alsace, l’arrivée des VSIG cépages rhénans en linéaire, la signature de la convention A Cœur avec la Région…

En toile de fond des débats de cette journée, la mise en marché tonitruante d’un vin (VSIG) ostensiblement étiqueté pinot blanc en flûte et originaire d’Afrique du Sud, au prix de 1,33 € la bouteille, par un opérateur alsacien. Chassez les VSIG cépages rhénans du foncier, ils arrivent par les linéaires en masse. « Les politiques de protectionnisme, la limitation des plantations et la protection des cépages, ont échoué », analyse le jeune vice-président du Synvira, Florian Beck-Hartweg. « Quand on monte des lignes Maginot, ça ne dure qu’un temps, ajoute Thomas Montagne, président national des Vignerons indépendants de France. Vous vous êtes battus pour que vos monocépages soient interdits ailleurs en France, mais les VSIG arrivent de l’extérieur. Le boomerang est revenu. »

La situation n’inquiéterait pas outre mesure les vignerons si l’offre des alsaces était bien structurée. Mais tel n’est pas le cas, estiment les vignerons indépendants. La politique de prix n’est pas claire : des grands crus autour de 5 €, des offres promotionnelles d’AOC cépages autour de 3 €. Mais pour Jérôme Bauer, président de l’Association des viticulteurs d'Alsace, « cela ne va pas massacrer la consommation des vins d’Alsace, car nous ne pourrons jamais jouer dans cette cour des 1,33 € de vins italiens, ou sud-africains. »

Hiérarchisation

Structurer l’offre, c’est ce que réclament à cor et à cri les vignerons indépendants avec la hiérarchisation et le classement des lieux-dits : « Cette banalisation des cépages que nous avons vu arriver comme une menace est désormais réalité. Ne cédons pas au catastrophisme, mais nous avons le devoir de réagir. Le Synvira réfléchit à une sortie par le haut, avec des vins à forte personnalité portés par la bannière collective du terroir », explique Florian Beck-Hartweg. Aujourd’hui, les vignerons de 160 lieux-dits ne demandent qu’à baisser leurs rendements à 57 hl/ha pour monter en gamme, gagner en personnalité. Hélas, déplore-t-il, « nous avons la preuve que l’ampleur du dossier proposé à l’Inao pour la valorisation de nos terroirs, est bien trop faible. A-t-on le droit de leur dire non ? Selon nos informations, il n’y en aurait que 25, avec tel ou tel cépage, peu ou pas d’assemblage. »

Jérôme Bauer s'est voulu rassurant : « Ce ne sont pas les seuls dossiers qui seront présentés à une commission d’enquête. Cette première série de dossiers sera présentée pour ouvrir le chantier. Donc ce ne sont pas 20 dossiers qui seront présentés, mais j’ose espérer que ce sera beaucoup plus. Par contre, en faire aboutir dès demain 170, je ne suis pas sûr que cela soit possible. Ce n’est pas nous qui avons la main, c’est l’Inao qui nous dira, là on est bon, là on ne l’est pas. On n’a pas le droit de se louper sur ce dossier, donc soyons efficaces, ne partons pas en ordre dispersé. »

« La transition est mûre »

Le Synvira continuera pour sa part « à encourager les vignerons motivés à aller dans le sens de la valorisation de nos terroirs, à construire des projets ambitieux, d’ampleur bien plus large et immédiate ». Pour Florian Beck-Hartweg, « la transition est mûre, les projets sont prêts. Il faut les lancer et les appliquer. Mais aurons-nous la place politique pour le faire ? »

Face à cette situation Thomas Montagne propose également de « s’élever par l’excellence, plutôt que de se fixer des barrières réglementaires ». Quels outils et leviers pour s’en sortir, interroge Pierre Bernhard, le président du Synvira ? Appliquer les trois valeurs : « le partage, l’engagement et le respect ». Mais encore ? Certes les grands crus – 3 % de l’offre, le haut de la pyramide - devraient afficher des prix de 50 €, estime-t-il. Et donc « avoir du courage et de l’ambition », mais trop de clichés négatifs collent encore aux vins d’Alsace : « Les gewurztraminers et rieslings ont toujours des soucis d’image. L’on entend encore sur Paris qu’ils font mal à la tête », déplore le président du Synvira. « Il nous manque ce côté sexy pour passer le cap, les Allemands et Autrichiens ont réussi. Je suis convaincu qu’il nous faut peu de chose pour réussir. »

Reste que la structuration ne doit pas se limiter à la production et aux prix, mais doit également s’appliquer à la communication et aux circuits de distribution.

C’est pourquoi, Pierre Bernhard a invité Jean HansMaennel, vice-président des brasseries Kronenbourg jusqu'en 2016. Il a expliqué comment en dix ans la marque alsacienne est sortie de l'image du « pack de kro » pour reprendre le chemin de la croissance.

Université des grands vins (UGV)

Dimensions tactiles du vin, une base solide pour caractériser le terroir

Vigne

Publié le 05/04/2016

« Depuis 25 ans que nous analysons les sols, nous sommes intimement convaincus du lien entre le goût du vin et du lieu », introduit Lydia Bourguignon. La notion de terroir est indissociable de la qualité du sol et du matériel végétal, qui sont hélas fortement dégradés, poursuit-elle. « On commence à comprendre comment la biologie du sol interfère sur le goût. »

De quelle manière le sol agit sur le goût ?

« Les minéraux n’ont aucune odeur, mais interfèrent sur le goût de façon extrêmement importante, explique Claude Bourguignon. La vigne se nourrit dans l’atmosphère, elle y prélève 94 % de sa matière sèche, à travers quatre atomes : le carbone, l’hydrogène, l’oxygène et l’azote. Quant au sol, il ne fournit à la vigne que 6 % de la matière sèche, mais sous forme de 24 atomes différents. » Qui vont notamment servir de cofacteurs enzymatiques à la synthèse des parfums, explique-t-il. Et il n’y aura de synthèse d’arômes particuliers au lieu, que si le sol est vivant. « On connaît des milliers d’enzymes à cofacteur, comme la potasse, le fer, le sélénium, le zinc, le cuivre, etc. Or ces éléments métalliques ne viennent pas de l’atmosphère, mais du sol. »

Par contre « nous ne connaissons pas les chaînes enzymatiques qui aboutissent à la synthèse des arômes. Mais on sait que chaque roche, chaque lieu a des teneurs en oligoéléments particulières. » Ce que d’ailleurs les vignerons savent empiriquement : « Par exemple quand on dit que le manganèse fait « morgonner » le gamay et que le vin « morgonne », on attribue ceci à la synthèse d’arômes liés au manganèse des sols de Morgon. On le retrouve très bien quand les sols sont vivants. »

Rendre les éléments absorbables

Pour Claude et Lydia Bourguignon, les microbes jouent un rôle fondamental pour rendre les éléments solubles pour nourrir la vigne. « Il faut que ces éléments soient sous forme ionique. Pour des éléments tels que le soufre, le phosphore, l’azote, le rôle des microbes va consister à les charger en ions négatifs. Ils vont utiliser la voie de l’oxydation, l’azote (N) en nitrate, le phosphore (P) sera oxydé par les mycorhizes en phosphate, le soufre (S) en sulfate. » Mais pour qu’ils soient oxydés, il faut de l’oxygène et donc un sol aéré par la microfaune, fait remarquer Claude Bourguignon.

Quant à la transformation des oligoéléments, tels que le fer, le magnésium, le cuivre, etc., en éléments solubles, c’est beaucoup plus complexe. Car, à l’état oxydé, ils deviennent totalement insolubles. « La stratégie chimique consiste à chélater ces oligoéléments, c’est-à-dire à les attacher à un acide organique que le microbe va synthétiser, et former par exemple du citrate de fer, du succinate de fer, de l’oxalate de fer, cela va dépendre du sol et de la microflore du sol, ce mécanisme nécessite aussi de l’oxygène. »

Ce qui explique, pour Claude Bourguignon, que les micro-organismes du sol sont incontournables pour assimiler les éléments minéraux. « Je peux vous montrer des vignes chlorosées sur des sols rouges totalement pourvus de fer, uniquement parce que les sols sont morts. » Pour les deux agronomes, la vie du sol n’est ni plus ni moins que la base fondamentale de l’alimentation : dans 1 gramme de sol, il y a 10à 108 actinomycètes, 107 à 1010 bactéries, des milliers d’algues, de protozoaires, de champignons, « c’est l’équivalent de 1 000 êtres humains à l’hectare ».

L’absorption

Une donnée fondamentale dans l’absorption minérale par les plantes est le rôle des argiles, dont la surface interne varie de 30 m2/g à 800 m2/g. Les argiles servent de réservoir aux cations, c’est-à-dire aux ions à charge positive. Elles vont échanger plus ou moins de cations selon cette surface interne. « Pour attirer les minéraux, la plante fonctionne comme une pile électrique. Elle se charge positivement grâce à la "pompe électrique", l’ATP, qui stocke sur la membrane cellulaire les cations (positifs) monovalents sodium et potassium en tant que charge électrique, ce qui permet d'attirer les anions (de charge opposée négative) nitrates, phosphates, sulfates, que les microbes fabriquent. »

Claude Bourguignon résume : « Un système astucieux où la plante va emprunter au complexe argilo-humique des charges positives K+ et Na+, pour absorber les ions négatifs nitrates, sulfates, phosphates, fabriqués par les microbes. Et absorber les oligoéléments que les microbes vont également lui donner sous forme de complexe organominéral. »

On voit que l’absorption minérale repose sur un équilibre de charges électriques et que l’absorption des cations monovalents et des oligoéléments dépend de l’absorption des anions sulfates, phosphates, nitrates. « Ce qui explique que si on apporte du NPK, on perturbe totalement l’absorption minérale. Si on apporte du phosphore, on surexcite la pompe, à l’exemple des gamins surexcités en buvant trop de coca-cola, riche en acide phosphorique », illustre Claude Bourguignon.

De même, l’apport de potasse provoque une « absorption de luxe », une « surcharge positive des cellules avec le potassium », et par conséquent une attraction massive dans la cellule d’ions de charge opposée, comme les nitrates. La plante est salinisée : « Pour ne pas mourir, elle dilue le sel en absorbant de l’eau, on dilue la récolte », explique l’agronome. Autre effet néfaste, l’apport d’ion potassium (K+) fait que la membrane cellulaire repousse d’autres cations positifs tels que le calcium ou le magnésium, ce qui crée des carences. En outre, le calcium est un élément protecteur des cellules. Donc on fragilise la plante face aux agresseurs bien connus de la vigne. « Et finalement, on retire cet élément subtil de l’alimentation du sol. »

La fermentation révèle le goût du lieu

Dans le raisin, puis le vin, une partie de ces éléments minéraux positifs reste à l’état libre. Ils interréagissent avec la dégustation. Par exemple, le magnésium diminue l’impression de sucrosité, le calcium masque les alcools et les sucres, observe Lydia Bourguignon. Dans le cadre de l’expression gustative de ces éléments, la fermentation joue un rôle particulier : « Les minéraux prennent de plus en plus d’importance par rapport au jus de raisin de départ. On minéralise la matière. La fermentation est un des instruments que l’humanité a inventé pour goûter le terroir : fermentation des pommes, raisin, charcuterie, chocolat, café, tabac, parce qu’on augmente la partie minérale, par rapport à la partie organique », résume Claude Bourguignon.

Mais il reste cependant bien des mystères à percer : « Comment se fait-il que l’on perçoit la granulométrie du sol dans le vin par le toucher de bouche ? » En effet, selon Claude et Lydia Bourguignon, par exemple « les argiles confèrent un côté collant. Il y a des correspondances de textures, entre le sol et le toucher de bouche du vin, cela reste un mystère ». Quels sont ces éléments qui transmettent la texture du sol au vin ?

Inra de Colmar

2015, année fertile en science pour les généticiens

Cultures

Publié le 22/12/2015

2015 restera une excellente année pour l’équipe des généticiens de l’Inra de Colmar qui se sont succédé depuis 15 ans dans les travaux de recherche sur la génétique des cépages et la couleur des pinots en particulier : Frédérique Pelsy, Vincent Dumas, Lucie Bévilacqua, Stéphanie Hocquigny et Didier Merdinoglu. La revue « PloS Genetics » a autorisé en avril dernier la publication de la synthèse de leurs travaux qui leur permettent d’établir un distinguo clair entre ce qu’est un clone et une variété, et de décrire les événements génétiques qui ont conduit à l’expression des différentes couleurs des pinots.

La question était de savoir quand nous observons des différences ampélographiques entre deux plants de vigne où se situe la limite génétique entre une différence clonale et une différence variétale. Car, même un clone multiplié par voie végétative, tel que cela est opéré chez les pépiniéristes, ne donne jamais des individus ayant rigoureusement le même génome que la souche de multiplication. Peuvent survenir par exemple des mutations sur le génome au cours de la multiplication cellulaire, classiquement appelée mitose. Donnant ainsi des variations d’expression phénotypique aux conséquences agronomiques bien visibles, comme des différences de sensibilité de clones à diverses maladies, et aussi des différences d’expression aromatique entre la souche clonale et les individus multipliés. « Par la force des usages technologiques » et agronomiques, inéluctablement le génome évolue au gré d’événements mutagènes, que l’équipe de génétique de l’Inra de Colmar s’attache à décrire. La question était aussi de savoir si l’événement génétique est suffisamment important pour engendrer une nouvelle variété, ou engendrer seulement un variant clonal.

En utilisant des marqueurs moléculaires neutres, les chercheurs ont évalué le taux de « similarité génétique » sur d’importantes collections de cépages et de clones, permettant de bien discriminer s’il s’agit de variété ou de clone.

Comprendre l’évolution du génome

Pour comprendre l’évolution du génome, il s’agissait ensuite de comprendre quels événements génétiques modifient à la marge le génome ou le modifient significativement. Il apparaît que la perte ou l’apparition de couleur - une différence phénotypique a priori importante - peut provenir d’un événement génétique mineur.

En 2004, la thèse de Stéphanie Hocquigny avait permis de révéler que la couche de cellules colorées de la pellicule du pinot noir n’a pas tout à fait le même génome que les cellules internes de la baie qui sont non colorées. Et que c’est dans la différence de génome que réside l’expression ou l’extinction de la synthèse des pigments colorés. L’on apprenait ainsi que le pinot noir est une plante chimérique, avec toutefois des génomes variant à la marge entre les cellules de la pellicule et de la pulpe. Restait aussi à expliquer pourquoi il y a des variants phénotypiques du blanc et du noir, comme le rose ou le gris, ce que l’on observe par exemple chez les pinots, les chardonnays, les savagnins… Et quels événements génétiques font que les gènes de biosynthèse des pigments (anthocyanes) sont parfois inactivés ou réactivés partiellement ou totalement. Et conduisent ainsi à ces expressions de couleur ?

Des événements jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes

Entrent en compte des phénomènes de mutation, de délétion, d’échanges de chromosomes comprenant « l’haplotype » des gènes de la couleur, c’est-à-dire plusieurs gènes sur le même chromosome. Les chercheurs ont ainsi reconstitué un savant enchaînement de phénomènes génétiques, fondamentalement intéressant pour la génétique des plantes en général et de la vigne en particulier, avec des événements jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes qui contribueront à éclaircir d’autres mystères de l’évolution botanique.

Ceci nous rappelle également que ces études permettent d’en savoir davantage sur la phylogénie ampélographique, permettant d’éviter des erreurs sur les liens de parentés entre cépages, certains si éloignés en apparence et si proches génétiquement, ou inversement, d’autres si proches en apparence, mais ayant des génomes très différents.

Affaire Albrecht

Entretien avec l’avocate Marie-Odile Goefft et Jérôme Bauer

Vigne

Publié le 07/08/2015

EAV/PHR : Où en est la procédure ?

Jérôme Bauer : « L’enquête est ouverte depuis l’automne 2012. L'Ava a dressé un portrait plus global de l’affaire, et porté plainte au pénal en novembre 2012 pour banqueroute, non dépôt des comptes, infraction en matière de chèque, escroquerie et toute infraction qui pourra être relevée dans le cadre de l'enquête ».

Marie Odile Goefft : « L'Ava dispose d’un accusé de réception de plainte. Un dossier est ouvert auprès du tribunal de Colmar avec un numéro de procédure. C’est le fonctionnement habituel de la justice. Ce qui signifie que des gendarmes ou des policiers font des investigations. Pour l’heure, nous n’avons pas accès au dossier tant que l’enquête n’est pas menée à son terme. L’enquête déterminera si l’affaire relève ou non d’une qualification pénale. La plainte de l’Ava a interrompu la prescription ».

EAV/PHR : Des vignerons ont cependant le sentiment que rien ne se passe…

Marie Odile Goefft : « En fait, l’enquête est à un stade où la gendarmerie fait son travail de recherche, un travail de fourmi, de collecte de l’information. Pour le moment, tout cela est dans les services de gendarmerie ou de police concernés. Une enquête peut déboucher sur un placement en garde à vue, sur une instruction ou un classement sans suite. Lorsque les faits sont complexes et nécessitent des investigations complémentaires, la phase d’enquête prend du temps. D’autant que le dossier Albrecht est inhabituel, c’est un dossier tentaculaire. Ensuite, dans l'hypothèse où l'enquête mettrait en évidence de possibles infractions, cette information sera traitée soit par une juridiction de jugement, soit par un juge d’instruction si des investigations complémentaires sont nécessaires. Je ne verrai les éléments de l’enquête que lorsque celle-ci sera terminée. Elle reviendra alors au Parquet, et l’on pourra consulter les actes ».

EAV/PHR : Que faire dans l’immédiat pour accélérer le cours de la justice ?

Jérôme Bauer : « L’Ava joue un rôle pivot entre la profession viticole et le monde judiciaire. Les gens peuvent s’adresser directement à la justice, mais l'Ava propose de centraliser pour qu’il n’y ait pas de problème de procédure et de faire les choses comme il faut et dans les formes. Chaque personne qui le souhaite peut remonter des informations à l’Ava, sur tout ce qui leur a semblé anormal. Ce qui suppose que chacun doit prendre sa plume. On ne demande que ça. En réalité, dès qu’on demande des éléments tangibles, peu de personnes acceptent de remonter l’information. Les informations qui sont transmises à l'Ava sont remontées à la justice, par le biais de notre avocat, pour que les enquêteurs puissent s'en servir et que ce soit joint au dossier. L'Ava travaille à remonter les informations. J’ajoute que nous avons une obligation de confidentialité, par le secret de la procédure pénale et collective ».

EAV/PHR : Étant donné l’importance du préjudice à l’échelle de la filière, impliquant peut-être des opérateurs finaux, on peut comprendre que des vignerons hésitent à passer par l’Association des viticulteurs…

Jérôme Bauer : « Que des vignerons agissent directement auprès du tribunal, je le comprends, mais je condamne l’instrumentalisation politique qui peut être faite de ce dossier. La question n’est pas de s’opposer les uns les autres. Je suis le président de tous les vignerons. Je ne veux pas de politisation. Si un jour l’enquête devait démontrer une responsabilité quelconque d’un membre de la production, je serai le premier à soutenir les victimes contre ce responsable. Et ce, quelle que soit l’entreprise concernée ».

 

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