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David Lefebvre

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Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace - Stéphanie Dumont

Une économiste très opérationnelle

Vigne

Publié le 13/07/2016

Après un DESS en analyse économique, Stéphanie Dumont a bifurqué vers les analyses marketing, analyses d’études qualitatives et de sondages d’opinion. Pour un cabinet d’études au service des constructeurs automobiles, elle s’est occupée notamment d’un observatoire sur les tendances des intérieurs de véhicules, puis s’est orientée dans le secteur de la chimie en Suisse pour restructurer un portefeuille de marques d’une entreprise américaine. Elle était enfin chargée de tests de produits et de décryptage de tendances de marchés pour des designers : « J’y testais des prototypes afin de vérifier qu’émotionnellement et fonctionnellement ils reflétaient bien la demande et séduisaient le client ». Des postes très opérationnels donc.

« Au-delà de l’animation de l’observatoire économique du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, ma mission aujourd’hui est de me rapprocher des réalités nationales et internationales, pour produire des données pertinentes, pédagogiques qui puissent aider les acteurs du vignoble à prendre les bonnes décisions », explique Stéphanie Dumont. Pour cette analyste très opérationnelle, intégrer le monde viticole « est un retour aux sources », puisque ses grands-parents étaient viticulteurs dans le Jura près d’Arbois.

Certains vignerons ont eu l’occasion d’accueillir chez eux Stéphanie Dumont qui réalise actuellement une enquête de besoins auprès des viticulteurs de différents profils. « Ils me réservent un très bon accueil. J’ai besoin de discuter, de comprendre leurs besoins, qu’ils soient spontanés ou plus ou moins latents. »

De beaux chantiers en perspective

Les deux pôles intelligence économique et marketing du Civa sont désormais amenés à entretenir des liens étroits, notamment dans le cadre du séminaire sur l’avenir des vins d’Alsace. Un des principaux objectifs assignés à l’économiste du Civa, est d’alimenter les réflexions sur les moyens de revaloriser les vins d’Alsace, « avec un accompagnement proche du terrain ». « Au cours de ce séminaire, on a dressé un portrait des forces et faiblesses des vins d’Alsace, des menaces et aussi des opportunités qui s’offrent à nous. Ce qui nous a permis de hiérarchiser un certain nombre de projets permettant de travailler sur la valorisation des vins d’Alsace. »

Le premier axe touche à l’identité des vins d’Alsace : « Des études montrent qu’on a une bonne notoriété en vins blancs, mais l’image des vins d’Alsace mérite d’être précisée. L’idée est d’avoir une stratégie de marque plus forte. Il nous faut avoir une vision globale collective et cohérente qui véhicule de manière claire et précise ce qui nous identifie », précise Stéphanie Dumont. Pas simple. « Cela dit, en Alsace, nous ne sommes pas sur des produits à style standardisé, et c’est une super force, lance Stéphanie Dumont. Car on est très vite agréablement surpris. L’important, c’est d’inciter à spontanément consommer nos vins. Et surtout, les vins d’Alsace ne doivent pas décevoir. Notre force réside aussi dans notre large gamme qui permet de couvrir différentes demandes dans différents contextes. »

Il va ensuite s’agir de travailler sur les « valeurs extrinsèques au produit : l’étiquette et la bouteille. Est-ce qu’elles reflètent une identité particulière ? Qu’est-ce qu’elles renvoient comme émotion ? Est-ce que ça séduit ? ». Se pose également la question des prix en sortie de chais et des prix de revient : « On réfléchit à comment aider les vignerons à mieux les maîtriser, souligne Stéphanie Dumont. L’idée serait de faire prendre conscience collectivement de toutes les démarches à mener pour la valorisation des vins et ensuite accompagner les vignerons. »

Enfin autre chantier, la connaissance du marché aval : « Il nous faut mieux connaître le consommateur de vin d’Alsace, connaître sa perception des vins d’Alsace, ce qui le motive à acheter, ce qui influence son comportement afin de pouvoir agir sur les leviers de conversion aux vins d’Alsace. »

Mildiou

Relisons Joseph Capus

Vigne

Publié le 08/07/2016

Si l’on reprend le suivi des courbes de contamination-incubation en mildiou cette année, le cycle s’est enclenché extrêmement tôt dans la région, qui s’est finalement retrouvée ce printemps dans une situation climatique plutôt océanique que semi-continentale, avec des cumuls de précipitations rarement égalés en avril, mai et juin. Dès le débourrement, la vigne était sous pression, mais il a fallu attendre la floraison, stade de fragilité de la plante, pour voir s’exprimer la maladie jusqu’alors invisible. Les premières taches d’huile sur feuille n’ont été visibles qu’autour du 19 mai, indique le Bulletin de santé du végétal. Mais les pluies des 11 et 12 mai étaient déjà extrêmement contaminatrices de façon invisible si l’on en croit les modèles météorologiques de contamination.

Pour aider à comprendre ce qu’il faut bien appeler certains échecs de protection contre le mildiou cette année, on peut relire Comment combattre le mildiou de la vigne, publié en 1930 par Joseph Capus, ministre de l'Agriculture sous la présidence de Raymond Poincaré. Il dit : « Les invasions sont précoces chaque fois que l’hiver ou le début de printemps sont pluvieux. La première période pluvieuse qui suit le débourrement provoque une contamination qui peut donner lieu à une invasion très grave. […] Or ces invasions redoutables sont celles contre lesquelles les viticulteurs se prémunissent le moins. Parmi les contaminations les plus redoutables que j’ai vues sont celles qui se sont accomplies le 6 mai et 11 mai 1908. » Et le père des appellations d’insister : « Aucun traitement (NDLR : de contact, car on est au début du siècle) ne peut arrêter l’extension de la maladie à l’intérieur des organes. Il faut donc à tout prix empêcher une première invasion sur les grappes. » Quand ? « Les premières incubations vont de 18 à 26 jours. Ce n’est donc pas 8 à 10 jours avant la date à laquelle s’observent d’ordinaire les taches qu’il faut effectuer les premiers traitements, mais beaucoup plus tôt, 26 jours avant si on veut procéder avec prudence », écrit l’académicien de l’agriculture.

On en déduit, si l’on en croit Joseph Capus, qu’il fallait cette année protéger la vigne extrêmement tôt, avant les pluies des 10-12 mai si l’on utilise des produits de contact. Les vignerons qui ont utilisé des produits curatifs systémiques, mais plus tard, ont finalement réussi à « arrêter l’extension de la maladie à l’intérieur des organes », pour reprendre les termes de Capus. Qui explique par ailleurs que « les sulfatages effectués au cours des périodes pluvieuses sont efficaces ».

Conséquences : le climat étant de plus en plus aléatoire, les vignerons devront s’armer des modèles mathématiques de contamination portés à la connaissance du plus grand nombre. À la date du 10 mai, ils auraient aidé à prendre conscience de la pression extrême, même s’ils restent à la libre appréciation de chacun. Les domaines touchés à 50 % et plus doivent désormais s’unir pour demander des mesures socio-économiques de soutien.

Mildiou

Un climat propice…

Vigne

Publié le 23/06/2016

Alors que la floraison est en cours dans les zones les plus précoces, l’inquiétude a gagné le vignoble avec un mildiou que l’on avait plus vu depuis longtemps. La pression en mildiou déclarée sur grappe inquiète à ce stade, alors que la floraison n’est pas terminée. Il n’y a pas de différence évidente entre les stratégies, ce qui incite les vignerons à l’humilité. Aucune stratégie n’a davantage réussi qu'une autre, observe-t-on dans le vignoble, à l’exception peut-être de ceux qui ont fait le premier traitement hâtivement dès le stade feuille étalée à 3 - 4 feuilles.

Mais au-delà de la date du premier traitement, c’est la tenue des cadences qui a été perturbée par les pluies incessantes, altérant d’ailleurs autant le moral des vignerons que les inflorescences courbant l’échine. Molécules systémiques, de contact ou différentes formes de cuivre, aucune stratégie ne semble se révéler cette année plus en réussite qu’une autre. Les services techniques établiront le bilan cet été, en particulier sur ces nouvelles stratégies prétendues tenir à 21 jours.

Le mildiou a aussi été favorisé par des métabolismes de la plante fortement perturbés par la mauvaise alimentation minérale en raison de racines baignées dans des sols gorgés d’eau. L’hydromorphie des sols accentuant ces problèmes d’alimentation de la vigne, et atténuant les défenses naturelles.

L’espoir d’un millésime « plein » s’éloigne

Et ce sont souvent les pinots en zone humide, et étonnement cette année en haut de coteaux, qui ont particulièrement souffert. Certains vignerons du Bas-Rhin constatent des parcelles avec 100 % d’inflorescence décimées. Ils n’ont pu endiguer une superposition de repiquages du mildiou. Il est encore trop tôt pour faire les comptes, mais après des zones gelées, après des zones grêlées, et après ce mildiou, l’espoir d’un millésime « plein » s’éloigne de nouveau. Il reste encore l’oïdium que les vignerons entendent maîtriser, en espérant que la météo s’améliore pendant la floraison, afin de pouvoir bien souffler les capuchons floraux et bien soufrer la vigne.

Concours holstein

Consécration pour les éleveurs français

Élevage

Publié le 23/06/2016

Devant près de 5 000 supporters de 17 nations, dans un théâtre du Parc des expositions de Colmar chauffé à blanc, les éleveurs français ont brillé samedi 18 juin, trustant les podiums avec Héline, Galys Vray et Ashlyn Vray. Le juge international, Markus Mock, avait à départager environ 75 vaches dans chacune des trois catégories junior, intermédiaire 2e lactation et seniors. Au final, sur les quelque 180 concurrentes, c'est un triplet pour les éleveurs français, avec trois vaches holstein nées en France, aux trois premières places du concours final toutes catégories : Galys Vray, Ashlyn Vray et Héline.

« Un niveau exceptionnellement élevé »

Chez les juniors, dans la troisième section, citons l’alsacienne Gwenn Izaray, de l’élevage Wilt, qui arrive cinquième. Mais la finale ne retient que les deux premières places des trois sections, et c’est la vache suisse Pandora, une fille d’Aftershock, « aux caractères laitiers affirmés » qui se place première devant l’autrichienne Naomi (par Yorick et une fille de Théo), « un modèle exceptionnel, bien balancé ».

Les 73 concurrentes en classe intermédiaire étaient réparties en trois sections. Markus Mock a souligné « un niveau exceptionnellement élevé » pour ces vaches en 2e lactation. La bretonne Cap J Irana (par Numéro Uno et une fille de Goldwin), du Gaec Cabon (29), est la gagnante évidente de la première section. Mais c’est Héline (par Chelios et une fille d’Umanoir), la favorite, qui remporte cette finale intermédiaire : « La perfection, le top de la race », pour le juge. Une consécration pour l’élevage breton de Patrick Rabin, peu habitué de ce genre d’épreuve, mais qui détient la vache la mieux pointée de sa génération en Europe.

Trois vaches nées en France aux trois premières places

Place ensuite aux 75 seniors, départagées en trois sections, d'un niveau global extrêmement élevé, selon Markus Mock qui a parfois pris beaucoup de temps pour scruter les caractères morphologiques des concurrentes. Dans la finale senior, ce sont deux habituées des podiums, Galys-Vray (par Atwood et une fille de Damion), et Ashlyn Vray (issue de Goldwin et Uzes Vray par Lheros), qui arrivent aux deux premières places. Ces vaches suisse et espagnole sont nées dans le même élevage, celui de Jean-Paul et Françoise Bichon, à Trovay en Loire-Atlantique, qui avec ces deux vaches sont passés à la dimension internationale, après avoir renouvelé leurs courants de sang, avec de la génétique canadienne et américaine.

Les vainqueurs des trois classes se sont retrouvés dans la finale européenne toutes catégories. Markus Mock a placé les deux seniors Galys Vray et Ashlyn Vray en tête devant Héline, concluant ce championnat européen, finalement par trois vaches nées en France, aux trois premières places. 

La moisson de victoires se poursuivant avec la grande finale par équipes nationales. 12 juges avaient à noter les lots de toutes les nations, excepté celui de la leur. L’équipe des éleveurs français faisait retentir la Marseillaise devant des milliers de supporters européens surchauffés. 

Sur la route des vins d’Alsace

37 000 « slowUpeurs »

Vigne

Publié le 11/06/2016

Le temps s’annonçait menaçant, mais n’a pas entamé la détermination des « slowUpeurs » qui sont venus en nombre ce dimanche 5 mai pour la 4e édition du slowUp de la route des vins d’Alsace. Avec 15 000 slowUpeurs il y a 4 ans, l’événement, dont les maîtres d’œuvre sont les Conseils départementaux et les Agences de développement touristique (ADT), s’inscrit comme un événement majeur de la route des vins d’Alsace. Cette année, le slowUp c’était : 3 villages d’accueil, 40 exposants, 12 places festives, 50 animations, 60 associations et 1 000 bénévoles. Et de plus en plus de maisons vigneronnes qui proposent des animations, des dégustations. Le compteur affiche cette année 37 000 œnotouristes et cyclotouristes.

L’on comprend à travers les mots de Marcel Bauer, maire de Sélestat, que le slowUp fait des envieux : « Faisons en sorte que ce slowUp reste au pied du Haut-Koenigsbourg. » « Des remparts de Bergheim aux ruines de l’Ortenbourg à Scherwiller, le slowUp constitue une parfaite vitrine de notre patrimoine », a déclaré la conseillère régionale, Marie-Reine Fischer. Ce slowUp, avec les moyens à mobilité douce qui y sont associés, est la meilleure manière de mettre en valeur les richesses de notre territoire et promouvoir les leviers d’attraction touristique et culturelle, a-t-elle ajouté, pour « ressentir l’Alsace, éprouver ses paysages, la célébrer, la fêter ». Une réussite qui est à mettre à l’actif des deux Conseils départementaux, des ADT, des Communautés de communes, des neuf communes et partenaires privés, Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa), Batorama et Conseil régional. Robert Dietrich, président du Civa, a pour sa part fait la promotion de la route des vins d’Alsace, « un lieu de ressourcement et de dépaysement, dans un paysage idyllique modelé par le vigneron, un lieu d’épicurisme, de culture ». Le slowUp donne l’occasion inédite de « contempler la beauté de ce tableau naturel ». Selon les mots du député Éric Straumann, le vélo constitue « un axe de développement », notamment autour de la route des vins, « artère fémorale de l’Alsace ».

Intempéries 

Des vignes copieusement arrosées

Vigne

Publié le 09/06/2016

Les pluies ont été de nouveau localement intenses samedi 4 juin au soir en certains endroits du vignoble, ce qui a causé quelques montées des eaux. Globalement, ces intempéries compliquent la tâche des vignerons voulant traiter sans abîmer et tasser les sols, mais assurer une protection contre le mildiou dont la pression reste élevée. Des zones comme à Steinseltz ont reçu jusqu'à 80 mm en 3 jours, note le Bulletin de santé du végétal du 30 mai. Qui ajoute que le risque mildiou est très élevé. 

La filière des asperges d’Alsace prend l’eau

La pire situation depuis 20 ans

Cultures

Publié le 01/06/2016

Jamais la production d’asperges d’Alsace n’a subi un tel enchaînement de conditions climatiques défavorables : un été sec, un hiver trop doux, un printemps très froid et une récolte sous des trombes d’eau. Avec les orages dévastateurs de ces 28 et 29 mai, on peut même parler de déchaînement et d’acharnement climatique : aspergeraies inondées, inter-buttes ravinées, kg de boues collés aux bottes rendant la récolte harassante, bâches sens dessus dessous… Très tardive à cause du printemps exceptionnellement froid, la production 2016 n’a pour ainsi dire pas connu de réel démarrage et la voici déjà engloutie sous les eaux, avec de surcroît un ciel éternellement lourd qui plombe le moral.

« La pire année qu’on ait connue »

Après déjà trois années bien mauvaises, cette quatrième année 2016 est « la pire qu’on ait connue », témoigne Jean-Jacques Nonnenmacher, président de la coopérative de Hoerdt. « Du jamais vu », ajoute Jean-Charles Jost, président de l'association pour la promotion de l'asperge d'Alsace. Les producteurs d’asperges d’Alsace tirent donc la sonnette d’alarme et en appellent aux pouvoirs publics. Réunis chez Rémy Friess, producteur à Rohr, ce mardi matin en présence de la FDSEA du Bas-Rhin, et de son président Franck Sander, ils ont d’abord dressé le bilan de « la saison catastrophique » déjà quasiment terminée et regardé ensemble ce qu’il va être demandé.

« Une demi-année en volumes »

« Les parcelles sous mini-tunnel sont entrées en production mi-avril, celles sous bâche noire et blanche traditionnelle début mai. Le 8 mai, nous avons enfin connu des températures de saison. Et nous avons eu une production normale seulement autour du week-end de la Pentecôte », commente Jean-Charles Jost. Hormis ce répit de Pentecôte, la météo n’a pour ainsi dire pas permis de production : froid avant, précipitations incessantes et orages dévastateurs après. « On s’achemine vers une demi année en volumes », estiment les producteurs.

Des pertes en fond importantes

Las ! Les pertes ne se limitent pas à la seule production annuelle, l’asperge étant une plante pérenne. Les pluies de ces derniers jours ont inondé les parcelles : or « les plantations inondées ne vieillissent pas, l’asperge déteste la stagnation d’eau », expliquent les producteurs qui envisagent de devoir replanter les aspergeraies avant l’heure.

« Il faut compter 25 000 €/ha d’investissements de mise en terre, puis deux années avant de commencer la récolte, c’est colossal », indique Jean-Charles Jost. Les griffes, la formation des billons, le nylon, auxquels s’ajoutent le matériel de conditionnement, et bien sûr la main-d’œuvre. Cette dernière représente en année normale 50 % du prix de revient. Cette année, elle pèsera au bas mot 75 % : « Le travail est physiquement très dur, le rendement horaire est faible, il faut sortir tous les jours, débâcher et rebâcher le billon pour au final un rendement faible, expliquent les producteurs. Nos charges de main-d’œuvre explosent ! »

« On prend ce dossier très au sérieux »

« On prend ce dossier très au sérieux, on va faire notre maximum », indique Franck Sander. Pour les producteurs, la saison est déjà pratiquement achevée et déjà se profile l’heure du bilan. Ils vont devoir faire face aux charges incompressibles, payer les salaires, les charges sociales, avec ce coût horaire qui a explosé. Une fin de saison qui laisse place à une certaine forme d’exaspération face à ces charges, doublée d’une ambiance morose.

« Beaucoup d’autres productions viennent de subir les aléas climatiques, mais pour les asperges, force est de constater que nous sommes déjà à l’heure du bilan, la saison étant pratiquement close, constate Franck Sander. Nous allons demander l’enclenchement du système des calamités agricoles, en précisant bien qu’on a affaire à un enchaînement climatique et climatologique exceptionnellement défavorable depuis l’été dernier. Il suffit de voir les volumes écoulés par la coopérative pour constater le sinistre. »

Par ailleurs sur la question des charges, Franck Sander a souligné les récents acquis : baisse de charge sociale avec le passage de 45 à 35 % et la possibilité de calcul sur l’assiette n - 1. « Même si on ne peut pas se satisfaire de la situation, ces deux dossiers étaient en négociation depuis longtemps et viennent suite aux fortes mobilisations. Nous avons d’autres demandes que nous continuerons d’appuyer pour réduire les distorsions de concurrence notamment. »

La filière des asperges vient par ailleurs de consentir de gros investissements pour la vente locale, le conditionnement. Les producteurs voudraient un allégement des charges s’ajoutant au début de convergence opéré depuis l’été dernier sur le taux de charges allemand.

Alsace crus et terroirs (ACT)

L’imaginaire autour des terroirs d’Alsace se construit

Vigne

Publié le 28/05/2016

Comment comprendre que le vignoble alsacien, qui dispose de la plus grande diversité géologique au monde, n’a toujours pas réussi à acquérir la notoriété de la Bourgogne ? Alors qu’il dispose pourtant d’un terrain de jeu exceptionnel afin de permettre aux amateurs de vin d’apprendre à percevoir comment s’exprime la géologie, parmi tous les autres facteurs du terroir, que sont l’homme, sa personnalité, les choix stylistiques, sa viticulture, l’orientation de la parcelle, son encépagement…

Le groupe de vignerons Alsace crus et terroirs, qui rassemble pour l’instant 19 domaines alsaciens de renom, se proposait d’approcher la compréhension des terroirs d’une manière assez novatrice dans le vignoble : les vins étaient classés par type de géologie, et les vignerons du groupe avaient choisi de ne présenter qu’un seul cépage dominant et relativement sensible aux variations géologiques : le riesling.

La dégustation, plus à caractère didactique que commercial, se tenait dans le cadre pittoresque de la Seigneurie à Andlau, haut lieu dédié à l’interprétation du patrimoine alsacien, qui dispose d’une salle d’exposition et d’une salle de dégustation très bien équipées. C’est le sommelier Jean-Marie Stoeckel qui assurait les animations de dégustation.

Le point de départ au renouveau

Sur l’invitation était écrit « un itinéraire (…) de huit terroirs qui magnifient le riesling », où il fallait en réalité lire que c’est le riesling qui magnifie les terroirs : « C’était une première avec toutes les imperfections et tous les aspects positifs que cela comporte. Il faut maintenant affiner notre communication et renforcer notre dynamique de groupe afin de pouvoir l’élargir à d'autres », indique André Ostertag, vigneron membre d’ACT.

Au-delà du travail de compréhension des terroirs, le groupe ACT a pour ambition de « faire comprendre à la restauration alsacienne que le vignoble alsacien, si riche et divers, mérite un traitement plus noble. Il y a un travail de longue haleine à mener pour que la restauration redevienne fière des alsaces. Pour nous, c’est un point de départ au renouveau ».

« Je note la venue d’une soixantaine de sommeliers, restaurateurs, dont beaucoup de jeunes qui se sont montrés sensibles à la classification par type de sol. C’est très encourageant », ajoute Séverine Schlumberger, présidente du groupe ACT.

Quelles manifestations pour l’avenir ? « ACT n’a pas aujourd’hui vocation à faire du commercial, insiste Séverine Schlumberger. C’est un outil de cohésion de communication. Nous souhaitons donner aux professionnels les mêmes arguments et les mêmes outils de compréhension des vins d’Alsace. »

Des outils de communication pragmatiques

Le groupe entend communiquer positivement, d’autant que les dégustateurs recherchent à travers le vin une certaine distraction. Et entend éviter d’étaler sur la place publique les débats internes à la profession. « Et par exemple ne pas opposer la production de masse à la production paysanne, tout a sa place », explique Séverine Schlumberger, soucieuse d’impulser un état d’esprit complice et convivial entre les vignerons, qui se sont par exemple pris au jeu de présenter chacun des vins autres que les leurs.

« Notre charte constitue une excellente base, mais il va nous falloir mettre au point nos outils pragmatiques de communication, ajoute-t-elle. Par exemple, je préfère dire que je vends un grand cru français qu’un riesling d’Alsace. » Il ne s’agit bien évidemment pas là de renier l’origine régionale, mais si le cépage aide à la compréhension du vin, il n’est plus en soi un élément fondateur de l’identité régionale, surtout depuis que sa mention peut être désormais attribuée aux vins de table. La construction de l’imaginaire des grands terroirs alsaciens est en marche.

Université des grands vins (UGV)

Inauguration de la salle des Prélats

Vigne

Publié le 27/05/2016

La Cave des Prélats à Sélestat, sous l’Hôtel d’Ebersmunster face au parvis de l’église Saint-Georges, au cœur de la vieille ville du Centre Alsace, rappelle que « Schlesstadt » était une ville foncièrement marquée par l'économie du vin d'Alsace. Au Moyen-Âge, à la Renaissance, jusqu’à la fin du 19e siècle, les vins y étaient goûtés et authentifiés par les gourmets avant d’être embarqués pour leur long voyage, parfois jusqu’en Suède ou en Russie. Ville d’art et d’histoire, Sélestat était alors un port vinique, c’était un point de départ central pour l’exportation des vins.

En cet endroit chargé de l’histoire des terroirs d’Alsace et comme un retour aux sources, l’Université des grands vins (UGV) proposera une formation qualifiante sur le concept de « terroir », intégrant les notions de dégustation géo-sensorielle. « Avec l’ambition de former les gourmets du 21e siècle, ceux qui sauront nommer les caractéristiques tactiles de chacun de nos terroirs », annonce Jean-Michel Deiss, président de l’UGV. Cette dégustation particulière est en effet centrée sur « les relations tactiles qui unissent le lieu et le goût, dès lors qu’on y pratique réellement une viticulture malthusienne, une viticulture de raisins vendangés à maturité ». 

«Ne pas confondre excellence et élitisme »

La salle des Prélats sera par conséquent « cet outil extraordinaire » où des vignerons et des amateurs pourront retrouver les descripteurs de chaque cru, « un outil pour discriminer noblement les terroirs et comprendre leur style respectif, participant ainsi à reconstruire l’imaginaire de chaque haut lieu alsacien ». Pour Jean-Michel Deiss, cet imaginaire est un préalable « indispensable au fondement d’une économie viticole d’excellence ». Dans les prochains mois, des producteurs, des entreprises, des syndicats viticoles pourront profiter du lieu et des compétences dédiées pour ce travail sur la compréhension et la caractérisation des terroirs. Dès ce samedi 28 mai à 14 h, puis à 16 h 30, le chercheur Jordi Ballester, spécialiste de la dégustation tactile, « viendra préciser les mots afférents au toucher de bouche des vins blancs, comme deuxième volet de son travail bourguignon sur le toucher de bouche des vins rouges ».

Une démarche élitiste ? « Il ne faut pas confondre excellence et élitisme, prévient Jean-Michel Deiss. L’excellence, c’est l’envie de proposer un projet culturel à chacun, avec des valeurs humanistes solides, une ambition viticole réellement collective, intégrant une vision économique rentable à moyen terme. L’élitisme, c’est continuer de faire de la premiumisation du riesling grand cru, où il n’y a qu’un seul vainqueur et beaucoup de déçus, c’est continuer de se revendiquer le meilleur. Ça n’a rien de collectif et ça ne peut pas être un projet mobilisateur pour nos jeunes. »

Couverture végétale des silos

Fini les bouts de bâche et les pneus usagés

Cultures

Publié le 17/05/2016

La couverture végétale consiste simplement à semer très densément des graines de plantes à chevelure racinaire touffue, formant un matelas protecteur. A priori, il apparaît difficile de penser que la couverture végétale assure une protection efficace, en remplacement des traditionnelles bâches et des pneus usagers.

Pour vérifier l’intérêt de la couverture végétale sur les silos couloir, Denis Chapuis et A. Leuthreau, de la Chambre d'agriculture de Saône-et-Loire, ont analysé les couvertures de dix silos d’ensilage de maïs. L’étude a porté sur la qualité des fourrages, la qualité finale induite sur le lait et la validité économique de cette pratique.

De 0,5 à 3 kg de semences d’orge ont été déposés sur le silo par mètre carré au moment de l’ensilage. La couverture meurt en fin d’hiver, et il se forme une couche protectrice de 10 à 24 cm d’épaisseur, selon les silos, avec un chevelu racinaire dense « qui s’enlève aisément par plaque ».

Perte en MS moyenne de 1,8 %

La perte en matière sèche « est en moyenne de 1,8 % pour tout le silo ». Elle correspond à l’épaisseur superficielle de la couche dégradée de 0,6 % à 3,21 % pour la partie hors pentes aux extrémités ; où les couches dégradées sont plus importantes accroissant la perte globale de 0,6 à 0,8 %. Notons que ces couches constituent de la matière organique qui peut être recyclée en compost ou en méthanisation.

Sur le plan sanitaire, « aucun développement de moisissures n'a été observé sur les fronts d'attaque ni dans la masse des silos, notent les expérimentateurs. Le nombre de spores butyriques est très variable de 16 000 à 110 000 spores/g pour la partie haute et de 9 000 à 15 000 spores/g pour la partie basse, mais en moyenne très nettement plus élevé en partie haute (23 280 spores/g versus 3 343). »

Quant à la valeur alimentaire du fourrage, « celle de la partie haute est systématiquement plus faible de 5 à 12 % que celle de la partie basse (UFL : 0,88 vs 0,92 ; PDIN : 47 vs 54) ». Quant au lait, la teneur en spores butyriques est difficile à interpréter.

Les techniciens ont également évalué le temps de travail, jugé plus faible pour la couverture végétale, pour l’installation. Et en intégrant cette composante dans le coût final bâche vs couverture végétale, ils trouvent 0,84 €/m3 contre 0,77 €/m3 pour la bâche, correspondant également à l’intégration des pertes en MS, coût semence, coût bâche.

Les données technico-économiques des exploitations ne font pas état de dégradation des performances. Le facteur qualité de récolte étant prépondérant. Cependant, la couverture végétale permet d’éviter le risque d'accumulation de corps étrangers - armatures de pneus - dans la panse des ruminants.

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