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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Consommation

Par ici, les jeunes !

Vigne

Publié le 24/07/2023


« La majorité des consommateurs de vins d’Alsace ont dépassé la quarantaine, voire la cinquantaine. On le remarque aussi bien au caveau qu’à travers la vente en ligne et par correspondance », pose Célia Langlois, attachée de direction à la Cave de Ribeauvillé. Comment faire pour attirer les jeunes*, qui consomment moins de vin que leurs aînés, voire pas d’alcool du tout ? Pour une cave comme Ribeauvillé, réputée pour la mise en avant des terroirs, la question a trouvé un début de réponse avec le lancement, début 2022, de deux vins sans alcool : un assemblage de sylvaner et de muscat, et un mousseux 100 % muscat. À sa sortie, Ribo - nom commun à ces deux références qui ne bénéficient pas de l’appellation Alsace - est le premier vin désalcoolisé commercialisé par un opérateur de la région. La cible : ceux qui ne consomment pas d’alcool, donc potentiellement les jeunes.

Tendance de fond ou aventure sans lendemain ? Cette incursion dans le monde des « no-low » (les boissons sans alcool ou peu alcoolisées), qui ne concerne qu’un faible volume, soit une centaine d’hectolitres, se poursuit. « Nous sommes en train de travailler sur une nouvelle mouture du vin tranquille, car la première ne nous satisfaisait pas totalement. Nous voulons que les consommateurs retrouvent dans nos vins désalcoolisés ce profil sec, droit, fruité, qualitatif qui caractérise nos vins », confie Célia Langlois. La Cave de Ribeauvillé va aussi revoir le contenant. La version tranquille de Ribo sera embouteillée dans une bouteille de type bourguignon plutôt qu’une bouteille bordelaise. « La modernisation passera par l’habillage et l’étiquette », mais pas par la mise en canette : il ne faudrait pas pousser le bouchon trop loin. « Nous souhaitons quelque chose de fun, coloré, moderne, mais qui reste élégant. » Pas question d’en dire plus pour le moment : le nouvel habillage est en cours de développement. Un nouveau contingent de 13 000 bouteilles est prévu cet automne, pour une commercialisation en fin d’année.

Désacraliser la consommation

Chez Bestheim, la volonté de séduire des consommateurs plus jeunes n’est pas nouvelle. « Il y a six ans, nous avons sorti la gamme Ice dans l’objectif d’intégrer de nouveaux modes de consommation, indique Agathe Prunier, cheffe de projet marketing. Et c’est une tendance qui s’amplifie avec les années. » La gamme Ice, reconnaissable à ses bouteilles sleevées*, se décline aujourd’hui en trois produits : deux crémants demi-secs, dont un rosé, et un mousseux 100 % muscat, à boire sur des glaçons, voire en cocktail. La coopérative leur a dédié un stand spécial de 20 m2, dans le hall 6 de la FAV. L’ambiance, la musique, les lumières donnent le ton : sur cet espace, tout est pensé pour « les jeunes qui veulent faire la fête ». « La consommation de vins est très sacralisée, au point que certains jeunes n’osent pas en déguster. Avec ces cuvées Ice, qui jouent sur la fraîcheur et le fruité, ils ne se sentent pas obligés d’être des connaisseurs. »

Agathe Prunier tente la comparaison avec la bière, boisson très appréciée des jeunes, qui se consomme sans façon et sans initiation particulière. « Nous, les acteurs du vin, avons des efforts à faire pour simplifier la lecture et la compréhension de nos cuvées. » C’est dans cet esprit, par exemple, que Bestheim a sorti sa gamme Hopla, cinq vins qui ne s’embarrassent ni de nom de cépage, ni de nom de lieu et encore moins de millésime : le brut, le blanc sec, le rouge charpenté, le blanc moelleux et le rosé sont « faciles à décoder, à accommoder et à boire ». Conçue pour être éphémère, la gamme Hopla entame sa quatrième année d’existence, avec un succès qui perdure dans les trois boutiques de la coopérative.

Les influenceurs à la rescousse

L’utilisation des canaux digitaux fait partie intégrante de la stratégie de Bestheim. La coopérative a procédé à une refonte complète de son site web et accentué sa présence sur les réseaux sociaux depuis environ deux ans. « Nous travaillons avec des influenceurs pour promouvoir notre image de marque. Si l’on veut toucher une cible plus jeune, c’est indispensable », juge Agathe Prunier, qui s’appuie sur les services d’une agence pour sélectionner les influenceurs susceptibles de recommander les produits de la cave : C’est madame qui choisit le vin, M. et Mme Apéro, Marlène Delolmo pour n’en citer que quelques-uns. « Avec le temps, nous connaissons mieux les personnes avec qui nous sommes susceptibles de collaborer. Marlène Delolmo, par exemple, a une préférence pour les vins tranquilles. Nous ne lui proposons pas de collaboration pour les crémants. Les créateurs de contenus ont leurs goûts, comme tous les consommateurs. »

 

Pour toucher les jeunes, la Cave de Ribeauvillé mise plutôt sur la participation à des événements locaux, comme la Foire aux vins d’Alsace ou, tout récemment, la Tournée des terroirs organisée par le Civa pour les 70 ans de la Route des vins. Elle a également noué un partenariat avec le club de handball de Sélestat, le réputé SAHB : à chaque match à domicile, la cave dresse son stand et investit l’espace VIP pour y faire découvrir ses vins. Célia Langlois envisage l’organisation d’événements « sympas et conviviaux » à destination des jeunes, mais pas seulement. Les after-works en sont la préfiguration. La Cave de Ribeauvillé s’est également investie dans un partenariat avec l’Université de Haute Alsace qui l’amènera à intervenir, dès la rentrée, auprès des étudiants de licence pro Marketing et commerce du vin et Viticulture-œnologie. Une façon de porter l’image de la cave auprès de ces futurs professionnels du vin qui seront peut-être un jour, des prescripteurs. À moyen terme, la coopérative souhaite définir « une vraie stratégie commerciale et marketing » lui permettant de dynamiser ses ventes auprès de ses différentes cibles, en particulier les jeunes. Un chantier de longue haleine et qui ne fait que commencer.

Stratégie

Des volailles pour moins dépendre de la météo

Élevage

Publié le 18/07/2023


Lorsqu’il rentre dans l’un de ses deux poulaillers, construits à l’extérieur du village, Antoine Burger est accueilli par les doux piaillements des poussins, arrivés une semaine plus tôt des Couvoirs de l’Est. Mis en service le 13 février dernier, le bâtiment héberge sa deuxième bande de poulets. Ils seront livrés à l’abattoir Siebert, à Ergersheim ou chez René Meyer, à Wingersheim-les-Quatre-Bans au terme de leurs 84 jours d’élevage : c’est Alsace Volaille, l’association à laquelle il adhère, qui répartit les volailles en fonction des besoins des abatteurs. Le jeune éleveur s’est installé sur la ferme familiale en 2021 après trois ans de salariat à l’extérieur. Il a pris la suite de son père, Georges, qui continue de lui apporter son aide : « Mon projet, c’était de créer un atelier qui ne soit pas dépendant de la météo. Avec la grêle, la sécheresse, les cultures sont de plus en plus exposées », constate Antoine, qui se souvient d’avoir subi les deux calamités voici deux ans. Depuis, toutes les cultures de l’exploitation sont assurées, y compris les 35 ha de betteraves qui ne l’étaient pas jusque-là.

« Il fallait que l’activité soit compatible avec les travaux des champs et qu’elle ait de l’avenir », justifie Antoine, pour expliquer son choix d’un atelier avicole et du poulet Label rouge en particulier. « Chaque bâtiment fait 400 m2. Avec une densité de 11 poulets/m2, cela fait 4 400 poulets par bâtiment. Ils ont de la place. Ils peuvent sortir dehors à partir de 42 jours d’élevage grâce aux trappes qui leur donnent accès à un parcours extérieur. » Antoine, qui a investi 300 000 € dans la construction des deux poulaillers, a aménagé 1 ha de parcours autour de chaque bâtiment. Il y a planté des arbres fruitiers qui fourniront de l’ombre aux volailles lorsqu’ils auront grandi. En raison de la grippe aviaire, qui a obligé les éleveurs à confiner les poulets, sa première bande n’a pu sortir que pendant les 15 derniers jours d’élevage, ce qui a occasionné un léger pic de mortalité. La deuxième bande pourra se réfugier dans les rangs de maïs semé à l’intérieur du parcours, maintenant que les restrictions sont levées.

 

Un appui technique pour celui qui débute

En tant qu’éleveur débutant, Antoine bénéficie d’un appui technique prodigué par Mario Troestler, responsable volailles de chair au Comptoir agricole, et par Thomas Kelhetter, d’Alsace Volaille. La réussite de l’atelier passe notamment par la gestion de l’alimentation. Les poulets reçoivent trois formules d’alimentation différentes : démarrage, croissance et finition. L’éleveur table sur 30 t d’aliment par bande, qu’il achète à Comptoir agricole nutrition animale et stocke dans deux silos séparés. La distribution est entièrement automatisée. Antoine sait qu’il doit être attentif aux transitions alimentaires : mal gérées, celles-ci peuvent pénaliser la croissance des animaux pendant quelques jours, ce qui influe sur le poids final. L’objectif est d’atteindre 2,4 kg de poids vif au moment du départ à l’abattoir.

Les conditions d’ambiance à l’intérieur des bâtiments ont aussi leur importance : deux sondes renseignent sur la température. Le déclenchement du chauffage comme l’ouverture et la fermeture des volets, qui conditionnent la ventilation, sont commandés automatiquement en fonction des informations recueillies et des besoins des animaux. Ces automatismes, bien qu’optionnels et représentant un surcoût, facilitent la vie de l’éleveur et lui apportent une tranquillité qu’il apprécie. « C’est l’avantage des bâtiments récents, qui sont aussi mieux isolés que ceux d’autrefois grâce à des panneaux sandwich plus épais et un sol en béton », souligne-t-il. Tous ces éléments concourent à maîtriser la consommation en énergie, autre paramètre influant sur les performances d’un atelier volailles. Une maîtrise qui a ses limites : Antoine a pu le constater avec la flambée récente des prix du gaz, utilisé pour chauffer ses bâtiments d’élevage. Alors qu’il les avait équipés pour brûler du gaz de ville, il a finalement fait machine arrière en installant deux citernes de propane, plus économique.

La hausse des coûts de l’énergie a eu d’autres conséquences, indirectes cette fois. Elle a pénalisé la consommation de poulets label, une partie des ménages préférant se replier vers du poulet standard. Ce qui a poussé Alsace Volailles à porter le vide sanitaire à six semaines, contre quatre semaines au minimum. « Six semaines, c’est long », constate Antoine, freiné dans ses élans par la conjoncture. À plus long terme, le jeune éleveur sait que toute construction nouvelle de poulailler sera fonction de la demande.

Manifestation devant le Parlement européen à Strasbourg

« Restaurer la nature sans les agriculteurs, ce n’est pas possible »

Vie professionnelle

Publié le 12/07/2023


« Certains imaginent restaurer la nature sans les agriculteurs, contre les agriculteurs, contre l’avis des agriculteurs, ce n’est pas possible. » Juchée sur le plateau d’une remorque servant de tribune, Christiane Lambert, présidente du Copa, s’adresse aux agriculteurs réunis devant le Parlement européen de Strasbourg, des adhérents aux syndicats membres de l’organisation. Ils sont autour de 300, venus principalement du Bas-Rhin - avec une cinquantaine de tracteurs - et du Bade-Wurtemberg voisin, mais en tout, ce sont 20 pays qui sont représentés. Mobiliser autant d’agriculteurs en pleine période de moisson, c’est déjà un succès, se réjouit Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin et vice-président de la FNSEA. Le Copa-Cogeca et les organisations affiliées ont appelé à se rassembler à la veille du vote sur deux textes décisifs : la proposition de loi sur la restauration de la nature et la directive IED sur les émissions industrielles.

« Descendante, punitive et sans budget »

L’objectif du premier texte est de restaurer au moins 20 % des zones terrestres et marines dégradées en Europe d'ici 2030. En le présentant, voici un peu plus d’un an, la Commission avait expliqué « vouloir ramener la nature dans tous les écosystèmes, depuis les forêts et les terres agricoles jusqu’aux écosystèmes marins, d’eau douce et urbains ». Selon ce projet, des objectifs juridiquement contraignants devaient s’appliquer à chaque État membre, en complément de la législation existante. « Au Copa, nous sommes favorables à la restauration de la nature, mais nous ne pouvons pas le faire avec cette loi car elle est descendante, punitive et sans budget », affirme la présidente du Copa en développant ses arguments, mi en anglais, mi en français. « Descendante car les agriculteurs, les organisations et les députés sensibles aux questions agricoles n’ont pas été assez écoutés. Il est demandé aux agriculteurs de faire plus, mais sans budget, c’est impossible. Si nous n’atteignons pas les objectifs, nous devrons payer, qui accepterait une mauvaise loi comme celle-là ? Personne. » Encouragés par Christiane Lambert, les manifestants scandent le slogan, qui servira de refrain tout au long de la manifestation : « Nature restauration, yes we can. Nature restauration law, no we can’t** ».

La présidente du Copa dénonce « l’addition des textes » qui sont autant de contraintes supplémentaires pour les professionnels. Et pointe un paradoxe : alors que l’agriculture européenne est « une des plus durables au monde », l’Union européenne négocie des accords commerciaux qui conduiront à importer davantage de produits agricoles dans l’UE. « Comment pouvons-nous accepter d’importer des produits qui ne respectent pas les mêmes règles que les nôtres ? Toujours plus vert en Europe et des frontières toujours plus ouvertes, ce n’est pas tenable. C’est la fin de très nombreuses fermes », assure Christiane Lambert, qui appelle au rejet du projet de loi sur la restauration de la nature. « Nous voulons un nouveau texte, nous voulons travailler avec la nature, avec les évolutions qui vont nous permettre de trouver des solutions. Nous sommes pour l’innovation, pour le progrès, pour la biodiversité mais ce texte doit être revu », dit-elle, en écho aux propos introductifs de Franck Sander.

« Qu’on n’affaiblisse pas l’élevage »

Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, enchaîne sur la directive IED sur les émissions industrielles. Celle-ci prévoit de soumettre à autorisation les élevages à partir de 150 UGB chez les bovins et d’abaisser les seuils en volailles et en porcs (40 000 places actuellement dans les élevages de poules pondeuses ; 2 000 places de porcs charcutiers ou 750 places de truie dans les élevages porcins). Hervé Lapie réclame un « statu quo » sur le sujet « pour qu’on n’affaiblisse pas encore une fois l’élevage en France et en Europe. L’enjeu, c’est le maintien de la production », affirme le secrétaire général de la FDSEA, qui rappelle la part déjà très importante prise par les importations en France : jusqu’à 50 % de la viande ovine. « Produire doit redevenir un mot noble », scande Hervé Lapie, qui y voit aussi une garantie pour la souveraineté alimentaire des 500 millions de consommateurs européens. Plus largement, il appelle à « redonner une vision, un projet » aux agriculteurs, afin d’assurer le renouvellement des générations et le développement économique des territoires ruraux.

En Europe, les conditions d’élevage sont déjà « les plus élevées au monde », renchérit Jean-Michel Schaeffer, président de la Confédération française de l'aviculture. Ce texte va ajouter de la bureaucratie et alourdir les coûts de production, prédit-il en dénonçant « une politique irresponsable et mortifère » conduisant à une perte de souveraineté alimentaire. Dominique Fayel, président d’un groupe de travail consacré à l’élevage au Copa-Cogeca, pointe du doigt « l’hypocrisie et le dogmatisme » consistant à ratifier des accords commerciaux avec des pays tiers dont les produits « ne respectent pas le quart du dixième de ce qui nous est imposé ».

Alors que de l’autre côté du pont, les organisations écologistes livrent une vision diamétralement opposée, plusieurs députés européens sont invités à s’exprimer. Norbert Lins (PPE, Allemagne), Alexandre Bernhuber (PPE, Autriche), Asger Christensen (Renew Europe, Danemark) s’opposent au projet de loi sur la restauration de la nature qui, selon eux, ne reconnaît pas les efforts déjà réalisés par les agriculteurs en matière de biodiversité et risque de créer davantage de bureaucratie. Anne Sander (PPE, France) dénonce un projet inspiré par l’idéologie et par « le modèle de la décroissance » : « la production n’est pas un gros mot. Nous devons mieux produire certes, mais continuer à produire. Nous avons cette responsabilité d’assurer la sécurité alimentaire en Europe. » Ses collègues Elsi Katainen (Renew Europe, Finlande) et Marlene Mortler (PPE, Allemagne) approuvent, alors qu’un député européen néerlandais, seule voix divergente, motive son choix par la volonté de faire barrage à l’agriculture industrielle et appelle à « un Egalim européen » permettant de mieux rémunérer les agriculteurs pour les efforts de restauration de la nature. « Nous défendons toutes les agricultures », objecte Christiane Lambert.

Vice-président du Copa et président du syndicat irlandais Ifa (Irish farmers’association), Tim Cullinan, Lode Ceyssens, président du Boerenbond flamand, Joachim Rukwied, président du DBV (deutscher Bauernverband), tous expriment leur rejet des textes soumis au vote du Parlement européen. Produire dans le respect de la biodiversité, c’est le souhait des jeunes agriculteurs, dont la voix est portée par un jeune Néerlandais et par Yannis Baltzer, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin.

Le lendemain de la mobilisation, mercredi 12 juillet, le Parlement a voté la loi sur la restauration de la nature à 336 voix pour, 300 contre et 13 abstentions. Le texte a néanmoins été largement amendé.

Klimaco

Changement climatique : combiner adaptation et atténuation

Élevage

Publié le 10/07/2023


Selon le rapport Copernicus, 2022 a été l’année la plus chaude sur l’ensemble de l’Europe de l’ouest depuis 1950 et la deuxième année la plus sèche. Conséquence : un déficit fourrager de 26 % en moyenne nationale, avec des pointes à - 40 % dans certaines régions. D'ici 2050, 2022 sera considérée comme « une année normale », prédit Serge Zaka, docteur en agroclimatologie, en faisant défiler cartes et graphiques à l’écran. « Toutes les productions devront être adaptées à ce nouveau contexte climatique. »

Les cumuls annuels de précipitations, relevés de 1961 à 2012, montrent déjà une France coupée en deux. Il pleut davantage sur une grosse moitié nord de la France et pourtant, la sécheresse s’accentue. « Ce n’est pas logique », reconnaît Serge Zaka. Avec un scénario d’augmentation des températures de + 3 °C (qui n’est pas le pire envisagé), les précipitations sur le sud de l’Europe vont baisser, mais les incertitudes restent fortes pour le centre de l’Europe. « C’est plutôt la répartition saisonnière qui va changer, avec davantage de pluies en hiver et moins de précipitations en été, prédit Serge Zaka. L’indice d’humidité des sols va se dégrader, selon l’intervenant, qui s’attend à « moins d’eau, plus d’évapotranspiration et des orages plus forts en été » entre 2070 et 2100.

Pousse de l’herbe : plus vite, plus fort

Côté températures, des canicules plus longues sont attendues : une dizaine de jours supplémentaires à plus de 35 °C pour l’Alsace, cite l’agroclimatologiste. Des conséquences sur les animaux et les cultures sont à prévoir. Les rendements moyens du maïs devraient baisser sous l’effet d’un stress hydrique et thermique plus intense. Au Nord, la variabilité interannuelle risque de s’accentuer. Les prairies vont se réveiller plus tôt, ce qui permettra aux animaux de sortir au pré de manière précoce. « Le pic de production printanier va se décaler dans le temps : les prairies vont produire plus vite et plus fort, annonce Serge Zaka, mais la pousse va s’arrêter en été et devrait reprendre à l’automne. Selon une étude de l’Idele, la luzerne devrait profiter de la hausse des températures avec un gain de 5 t/an/ha d'ici 2100.

Les périodes de canicule vont augmenter le stress chez les vaches laitières. Pour apprécier ce facteur, les spécialistes utilisent l’indice THI, qui associe température et humidité. « Plus il fait chaud et humide, plus le stress thermique augmente », ce qui provoque des effets à court et long terme. D’abord une baisse de la production laitière et la sensation de mal-être de l’animal, puis l’apparition de boiteries, liées à une station debout plus longue, une dégradation des performances de reproduction et de l’état de santé. Ce stress peut être aggravé par les pratiques de l’éleveur. Serge Zaka met en garde contre les « bâtiments-étuves », pas ou pas suffisamment ventilés, le manque d’ombre dans les pâtures et tout ce qui concourt à augmenter la température au sol.

Le bâtiment, le plus important

Selon le scénario retenu (hausse des températures de + 2 °C « seulement » ou supérieure à 4 °C), le nombre de jours avec un THI stressant sera multiplié par deux ou trois, voire quatre en altitude. Avec des conséquences sur la production laitière journalière et sur les besoins en abreuvement des vaches qui seront multipliés par deux ou trois.

Pour limiter l’impact agricole du changement climatique, Serge Zaka appelle à combiner solutions d’adaptation et d’atténuation. Le bâtiment est, à son sens, l’élément le plus important : il est souhaitable de réaliser un diagnostic thermique afin d’identifier les points d’amélioration. Un bâtiment isolé, avec une bonne circulation de l’air, des dispositifs de ventilation et de brumisation, permettra aux animaux de mieux supporter le stress thermique. L’ouvrir aux heures fraîches favorisera la récupération nocturne. Planter des arbres autour évitera l’impact direct du soleil.

Des races plus résistantes

D’autres mesures concernent la gestion du troupeau et de l’alimentation. Une ration avec moins de cellulose et plus de protéines est recommandée. Le maïs grain humide et le sorgho sont à privilégier, au détriment du blé et de l’orge. Faire pâturer aux heures fraîches, distribuer des compléments alimentaires pour la gestion de la flore du rumen, renforcer l’abreuvement font également partie des préconisations chez les laitières. Le choix des races est aussi à prendre en considération. Des recherches sont en cours sur le sujet, signale Serge Zaka, précisant que les races à viande sont plus résistantes à la chaleur que les races laitières. Chez ces dernières, les animaux à gros gabarit et très productifs semblent moins bien armés. D’où la réorientation attendue de la production laitière vers l’ovin et le caprin après 2050. La baisse de la production de fourrages liée au changement climatique pourrait aussi entraîner une diminution du cheptel.

Faut-il sécuriser la production de maïs fourrage par l’irrigation ? À cette question complexe, Serge Zaka ne veut pas apporter de réponse « binaire ». En France, il faudra irriguer de plus en plus pour assurer la production agricole, dit-il. Mais « il faudra en parallèle travailler sur les systèmes agricoles » : l’agriculture de conservation permet de gagner 7 à 10 jours d’eau, dit-il à titre d’exemple. Un travail sur la génétique variétale, sur des espèces moins consommatrices en eau, telles que le sorgho, lui semble également nécessaire.

Luc Delaby, Inrae : Faire coïncider l’offre fourragère à la demande du troupeau

Partant du constat que les moindres précipitations estivales associées à des températures plus élevées font courir un risque de pénurie fourragère, Luc Delaby, ingénieur de recherche à l’Inrae, a donné des pistes pour adapter le système fourrager et la conduite du troupeau :

  • Opter pour des cultures plus résistantes, semer des prairies plus adaptées à la chaleur, et « dans les petites terres où certaines prairies risquent de dépérir, ne pas hésiter à faire du sursemis».
  • Faire preuve d’opportunisme : récolte de mélanges céréales-protéagineux immatures, de dérobées d’été...
  • Pratiquer le pâturage tardif d’automne, ou précoce de fin d’hiver. D'autant que, sous l’effet du changement climatique, la période adapée au pâturage est plus longue.
  • Lever le pied sur les objectifs de production lorsque l’offre en fourrage de qualité est en berne. Par exemple, en passant à la mono traite, au tarissement précoce, en adaptant le chargement.
  • Augmenter la surface fourragère stockée : semer davantage de maïs et décider de sa destination à l’automne, récolter des mélanges céréales-protéagineux avant l’été.
  • Produire et valoriser l’herbe aux périodes favorables, donc fertiliser plus tôt, et davantage, « pour stimuler la production d’herbe au printemps afin de faire une bonne première coupe avant le pâturage». À noter aussi qu’après une période de sécheresse, les premières pluies stimulent la minéralisation du sol, ce qui permet de produire une herbe de très bonne qualité : « Cette herbe d’automne qui fait suite à une sécheresse marquée, c’est une ration complète. Mais pour en profiter, il faut laisser à la prairie le temps de se régénérer ».
  • Faucher et stocker plus au printemps.
  • Valoriser le potentiel des saisons plus favorables à la pousse de l’herbe, soit la fin d’automne et la fin d’hiver.

À cette fin, Luc Delaby a détaillé la technique de la double saison de vêlage, qui consiste à faire synchroniser le pic de production d’herbe avec les vêlages, afin que la demande du troupeau soit maximale lorsque la production d’herbe est maximale, et d'avoir un troupeau avec une faible demande alimentaire pendant les périodes de pénurie, donc en plein été et en hiver. Concrètement, cela consiste à mettre en place deux saisons de vêlage espacées de 6 mois, qui ne durent que deux mois, suivies de deux mois de reproduction. Et à tarir la moitié des vaches laitières simultanément, pour décharger les herbages. Cela permet d’alimenter distinctement les taries et les vaches en lactation, donc de réserver les meilleurs fourrages aux secondes. « L’objectif est d’éviter les vêlages en été, mais de les avoir en mars-avril et septembre-octobre grâce à des inséminations en juin-juillet et décembre-janvier », résume Luc Delaby, qui conclu en encourageant à « anticiper le risque climatique, à imaginer des solutions pérennes et à faire preuve d’humilité pour assurer l’autonomie de l’élevage ».

 

Florian Leiber, FiBL : Nourrir qui, avec quoi ?

Florian Leiber, de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique suisse FiBL, a tenté de dresser un état des lieux de l’impact de l’élevage sur le changement climatique. Un exercice compliqué, tant les résultats peuvent différer en fonction des éléments qui sont pris en considération. Une chose est sûre : « le thème du méthane émis par les ruminants est fondamental ». La réduction de ces émissions a fait l’objet de nombreuses études qui ont abouti à diverses solutions. L’adjonction de 3-NOP dans les rations est « très prometteuse » car elle permet de réduire les émissions de méthane sans impact sur la qualité du lait ni sur la santé de l’animal. Par contre, « il semble y avoir une adaptation de la flore du rumen qui réduit l’efficacité du 3-NOP à long terme ». L’efficacité de l’adjonction d’extraits de tanins, d’huiles essentielles aux fourrages est aussi testée, mais repose sur des bases scientifiques « assez faibles ». Autre piste : les additifs végétaux, extraits de tout un tas de matières, comme la chicorée, le noisetier, le marronnier… Une méta analyse du FiBL met en évidence des effets « souvent minimes » à mettre au regard de surfaces nécessaires à la culture de ces végétaux, souvent énormes au regard des bénéfices, ce qui en fait une piste « peu réaliste ».

Une autre piste pourrait consister à intensifier l’alimentation du bétail avec plus d’amidon et moins de fibres, pour conduire à de meilleures performances et de moindres émissions de méthane. Sachant que « les ruminants produisent autant de protéines comestibles que le porc et la volaille, mais en consommant davantage de terres arables. » Et que « deux tiers des terres arables de la planète sont occupées par des prairies permanentes ». Alors : « Peut-on se permettre de laisser les ruminants faire concurrence à l’alimentation humaine directe ? De ne pas exploiter davantage les prairies permanentes ? » Pour Florian Leiber, « on n’en fera pas l’économie » mais « il y a deux approches ». La première, « feed no food », consiste à considérer qu’il ne faut consacrer aux animaux d’élevage ni aliment ni terre qui pourrait servir directement à l’alimentation humaine. La seconde consiste à considérer plus globalement l’objectif de neutralité climatique, où l’agriculture a un rôle à jouer.

Pour Florian Leiber, il s’agit de trouver un équilibre entre les deux approches. Dans la balance, il faut mettre plusieurs éléments. Les importations de protéines et la consommation de terres arables que leur production représente. Le degré d’exploitations des pâturages : « Dans certaines régions du globe, il y a trop d’animaux par hectare, ce qui entraîne une destruction de la couverture herbacée, et une érosion des sols qu’on ne peut plus cultiver. Dans d’autres régions, dont l’Europe, ce serait plutôt le contraire, avec un embroussaillement des prairies qui ne sont plus entretenues. » Le fait que modifier l’alimentation du bétail peut entraîner des conséquences sur la fertilité, ce qui impacte aussi l’efficacité des ressources…

Florian Leiber résume : « Si l’alimentation semble bien être une clé de la protection du climat, il reste à trouver la serrure, c’est-à-dire : qui nourrit-on ? Et avec quoi ? La réponse se situera sans doute dans la valorisation des surfaces avec les espèces animales les plus pertinentes et les plus adaptées aux différentes régions, notamment en fonction de la valeur des sols… »

Estelle Leroux, Chambre d'agriculture Alsace et Laura Dale, LKV Bade-Wurtemberg : ouvrir et ventiler les bâtiments pour limiter les pertes économiques

Les biostatisticiennes Estelle Leroux, de la Chambre d'agriculture Alsace et Laura Dale, du LKV Baden Württemberg, ont présenté les résultats de leurs travaux sur le stress thermique, obtenus grâce à des données collectées par des stations météo situées en Alsace et dans le Bade-Wurtemberg et dans des bâtiments d’élevage. Des données qui ont permis de déterminer comment le type de bâtiment influence l’ambiance intérieure, d’étudier l’effet du stress thermique sur le spectre du lait… Il apparaît notamment que le plus efficace pour réduire le stress thermique est d’ouvrir le bâtiment, et ensuite de ventiler mécaniquement. L’étude met aussi en évidence une corrélation entre stress thermique et diminution de la quantité de lait produite, plus marquée en plaine. Un impact sur la qualité du lait, notamment une baisse des taux, est aussi mis en évidence, avec un impact économique estimé à une perte de 3 €/j/vache en moyenne sur les 16 élevages étudiés.

Innovation

Des start-up dans le monde du vin

Vigne

Publié le 04/07/2023


Rodolphe Mondin et Julien Houssiaux (en photo ci-dessous), cofondateurs de la start-up Mondin, travaillent depuis cinq ans au développement d’un matériau alternatif au cuir, à partir de marc de raisin. Ce qui les a motivés à mettre au point ce matériau, c’est la prise de conscience de la pollution engendrée par la fabrication du cuir. « Pour passer d’une peau brute à une peau tannée, il y a 25 à 30 étapes, dont le lavage, le tannage, la teinture, qui génèrent de la pollution, souligne Rodolphe Mondin. Dans le même temps, l’élaboration du vin génère une production abondante de marcs : 850 000 tonnes en France, selon le jeune entrepreneur, qui se base sur les chiffres 2016. Utiliser ces marcs, généralement envoyés en distillerie, pour en faire un matériau utilisable par l’industrie du luxe, c’est l’idée des cofondateurs de Mondin. Il leur a fallu procéder à différents essais pour aboutir à Nisiar (raisin à l’envers), nom déposé de ce nouveau matériau : améliorer le traitement du marc, trouver le bon dosage entre marc de raisins et polymères d’origine végétale pour que le matériau mis au point possède les qualités recherchées : une bonne élongation, une résistance suffisante aux UV, une souplesse et un toucher qui le rendent désirable pour les entreprises de luxe, réputées exigeantes. Un travail de recherche et développement indispensable, avant d’entrer dans la phase d’industrialisation et de commercialisation.

Différents niveaux d’accompagnement

Installée à Bayonne, Mondin a rejoint le premier incubateur de start-up Bernard Magrez, basé près de Bordeaux. L’entrepreneur bordelais l’a ouvert en 2021 avec la volonté de contribuer à l’émergence d’entreprises innovantes dans les domaines du vin et de la vigne. Le Bernard Magrez Start-up Win de Bordeaux a accompagné 70 projets depuis sa création, indique Camilo Gomez, responsable marketing et communication chez Bernard Magrez Grands vignobles. La troisième promotion a fait sa rentrée en janvier 2023. Le programme d’accompagnement et de formation proposé aux candidats, d’une durée d’un an renouvelable, est fonction du degré de maturité du projet : un premier niveau pour les start-up « qui veulent grandir et recherchent un accompagnement fort » ; un second niveau pour les entreprises plus matures, incluant des mises en relation et la participation à des événements susceptibles d’accélérer le développement des jeunes pousses. La start-up Mondin a bénéficié de ces deux niveaux d’accompagnement, accédant notamment à un suivi quotidien par un « start-up manager » expérimenté et à un soutien renforcé à la communication. Mieux : lorsqu’est venu le moment de lever des fonds en 2022, Bernard Magrez a pris une participation dans la start-up à hauteur de 15 %. Les premières pièces en série limitée conçues par Mondin - porte-bouteilles, étuis pour couteau sommelier, ceintures - sont commercialisées dans la boutique de l’un des domaines de l’entrepreneur bordelais.

Sur le modèle de l’incubateur bordelais, Bernard Magrez a ouvert un deuxième incubateur dans les locaux de l’Académie internationale des vins en Alsace (Aiva), à Landersheim, ex-siège de l’entreprise Adidas. Inauguré le 15 juin, ce dernier devrait accueillir sa première promotion en septembre prochain. Un appel à candidatures international a été lancé aux start-up du secteur des vins, bières et spiritueux « au sens large ». Sept d’entre elles ont déjà signé, dont une jeune pousse australienne, mentionne Camilo Gomez. L’implantation de cette pépinière d’entreprises innovantes, « dans un cadre paisible et serein » mais proche de plusieurs pays européens limitrophes tels que l’Allemagne, la Suisse et la Belgique, atteste d’une volonté d’ouverture à l’international. « C’est ce qui fait la différence avec l’incubateur de Bordeaux », confirme-t-il. Un programme entièrement en anglais est d’ailleurs prévu pour les start-up internationales qui souhaitent bénéficier d’un accompagnement en ligne.

Autre différence avec le premier incubateur Bernard Magrez : pour lui donner un ancrage régional, les concepteurs ont fait appel à Quest for change, une structure qui fédère six incubateurs dans le Grand Est (dont Semia pour l’Alsace), financés en partie par les collectivités publiques. « Nous intervenons dans la structuration des projets et accompagnons les porteurs de projets jusqu’à ce qu’ils n’aient plus besoin de nous », indique Paul Klein, directeur adjoint de Quest for change. 270 projets sont actuellement suivis par la structure qui affiche un taux de viabilité à cinq ans des entreprises accompagnées de 80 %. À Bordeaux, où l’incubateur Bernard Magrez s’est entouré de la technopole Unitec, ce taux atteint 86 %.

VinBiodiv

Prendre soin de la biodiversité

Vigne

Publié le 26/06/2023


Le projet VinBiodiv s’achève, mais la biodiversité va continuer à se développer dans le vignoble du Rhin supérieur. C’est en tout cas le souhait des principaux intervenants au séminaire de clôture de VinBiodiv, organisé le 16 juin au château de la Confrérie Saint-Étienne à Kientzheim. De Martine Becker, administratrice de Bio en Grand Est, à Bernard Ingwiller, vice-président de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, en passant par Jacques Cattin, conseiller régional de la Région Grand Est, tous ont souligné l’importance de mieux prendre en compte la biodiversité. La maintenir là où elle existe, voire l’amplifier en plantant des arbres ou des haies, en semant des bandes fleuries, en créant des aménagements permettant aux oiseaux de nicher, aux insectes et aux pollinisateurs de trouver un refuge : c’était l’objet de VinBiodiv, porté par Bio en Grand Est. Associant partenaires français, allemands et suisses, ce programme démarré en avril 2021 a été partiellement financé par le Feder (Fonds européen de développement régional) et côté français, par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Des instituts de recherche comme l’Inrae (Institut national de la recherche agronomique et de l’environnement) et le FIBL (Forschungsinstitut für biologischen Anbau) suisse s’y sont associés.

Chez Sylvie Spielmann à Bergheim, tout a commencé par un diagnostic écologique, réalisé en partenariat avec la LPO (Ligue de protection des oiseaux). Tout… ou presque, puisque la vigneronne, convertie à l’agriculture biologique de longue date, avait déjà planté des amandiers et des pêchers dans ses vignes il y a une vingtaine d’années. Les trois demi-journées passées sur le terrain ont permis de dresser un inventaire de la faune et de la flore présentes sur trois parcelles sélectionnées, ainsi que des infrastructures écologiques en place. Résultat : 114 espèces faunistiques, 60 espèces floristiques, 72 espèces d’oiseaux, dont 21 nicheuses, 7 d’orthoptères, 14 de papillons, sans oublier les punaises, les reptiles et amphibiens. Quant aux infrastructures écologiques, elles étaient bien présentes à l’intérieur et aux abords des parcelles sous la forme de bordures et d’interrangs enherbés, de talus fauchés tardivement, de fruitiers, de haies champêtres. Une cartographie de ces différents éléments a été réalisée pour préserver l’existant.

À l’issue de ce diagnostic, Delphine Lacuisse, chargée de mission à la LPO, a proposé à Sylvie Spielmann de planter de nouveaux arbres, des essences locales choisies en fonction de la nature des sols, pour enrichir encore la biodiversité. Le coût d’acquisition des plants a été pris en charge dans le cadre de VinBiodiv, un coup de pouce appréciable selon la vigneronne qui a organisé la plantation. Lors d’« une journée conviviale et de partage », 60 mètres linéaires de haies champêtres ont été plantés, 23 fruitiers hautes tiges, 19 arbres et 6 bosquets, sans oublier les couverts fleuris. Des préconisations de gestion ont été formulées pour que ces aménagements puissent jouer leur rôle au service de la biodiversité.

Nichoirs et mélanges fleuris

En Alsace, dix domaines pilotes ont bénéficié d’un diagnostic et de préconisations de la LPO. Ces actions ont essaimé dans 20 domaines relais de sorte qu’au total, 2,6 km de haies, 715 arbres et de nombreux bosquets ont été plantés. Une mare a également été aménagée et 70 nichoirs posés dans les vignes. Côté allemand, ce sont douze domaines pilotes du Palatinat, de l’Ortenau et du sud du pays de Bade qui ont été enrôlés dans le projet VinBiodiv, ainsi que huit domaines relais et sept domaines « de base ». Là-bas, c’est le Nabu (Naturschutzbund Deutschland), une organisation dédiée à la préservation de la nature, qui a réalisé les diagnostics et enclenché les actions pour préserver ou favoriser la biodiversité. En Suisse, où 19 domaines étaient concernés, la mise en œuvre est revenue à Birdlife Schweiz et au FIBL.

Selon la nature des paysages viticoles rencontrés, la diversité de la faune et de la flore répertoriées, la présence ou non d’aménagements propices à leur installation, différentes actions ont été entreprises. Des nichoirs à chouette chevêche ont été installés dans le Palatinat. Dans l’Ortenau, des mélanges fleuris ont été semés et des espaces ouverts créés dans le sol pour attirer les pollinisateurs sauvages, alors qu’en Bade du sud, des petites cabanes vigneronnes ont été dispersées dans le vignoble pour attirer les huppes fasciées. Plantes vivaces, arbustes et fruitiers hautes tiges ont été plantés dans les sites pilotes. En Suisse, 20 000 m2 ont été ensemencés avec des mélanges fleuris d’espèces locales développés par le FIBL, avec plus ou moins de réussite selon les conditions climatiques de l’année. La présence d’un plus grand nombre de papillons dans les zones ensemencées que dans les zones témoins a été constatée. Plusieurs domaines ont créé des petites structures favorables à la biodiversité - tas de bois mort, pierrier -, d’autres ont revalorisé des talus et des murets de pierres sèches, beaucoup ont planté arbres hautes tiges et arbustes, en privilégiant la diversité des essences.

Le projet Klimaco s’achève

Des outils pour s'adapter au changement climatique

Élevage

Publié le 22/06/2023


Ouverte aux éleveurs français et allemands, la journée technique de l’élevage organisée le 15 juin à la Stadthalle de Kehl a réuni de nombreux participants. Des experts internationaux étaient annoncés, avec la promesse d’aborder le sujet du changement climatique sous différentes perspectives, pour permettre à tous d’ »acquérir des outils et des méthodes d’adaptation des fermes et des systèmes d’élevage », a rappelé Denis Nass, président de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) en ouvrant la journée. Ce projet, lancé à l’échelle du Rhin supérieur, a réuni 21 partenaires. Parmi eux, des structures de conseil, de formation et de recherche, comme la Chambre d’agriculture Alsace et Bio en Grand Est pour le côté français, le LKV Baden Württemberg et la ferme expérimentale Hofgut Neumühle côté allemand, ainsi que des laiteries de part et d’autre du Rhin. D’un montant de près de 2 millions d’euros, le projet Klimaco a été cofinancé par les différents partenaires et par le Feder (Fonds européen pour le développement régional) via un programme Interreg, précise Mathilde Aresi, en charge du pilotage de Klimaco depuis son lancement.

Les éleveurs, premiers à innover

Pour aider les éleveurs à adapter leurs systèmes d’élevage, cinq groupes de travail ont été créés : fourrages ; santé et bien-être animal ; agroforesterie ; carbone ; énergie. « Chaque groupe a réfléchi à des stratégies d’adaptation pour les proposer aux éleveurs. La coopération transfrontalière prenait tout son sens puisqu’il s’agissait de mettre en commun des outils, des expertises, des connaissances pour apporter des solutions ». Ce travail commun a abouti à la création de supports et à l’organisation d’événements techniques, qui ont permis de diffuser des recommandations aux éleveurs. Cette boîte à outils devrait encore s’enrichir pour pouvoir accompagner la mise en oeuvre des recommandations sur le terrain. Les porteurs du projet Klimaco ont eu à coeur d’impliquer les éleveurs car « ce sont les premiers à innover sur le terrain ». D’où le parti pris de repérer leurs pratiques innovantes permettant d’atténuer les effets du changement climatique, et de les diffuser au plus grand nombre.

Toute une série de fiches techniques téléchargeables et de vidéos ont été conçues à destination des éleveurs, précise Laurent Clarys, chef du service élevage à la CAA. Quelques exemples : les moyens de réduire le stress thermique chez la vache laitière, l’alimentation à teneur réduite en protéines (toujours chez la vache laitière), la résilience des prairies, le pâturage des intercultures par les moutons, l’effet microclimatique de la haie, l’aménagement d’un parcours volailles en agroforesterie ou la réduction de la consommation d’énergie liée à la ventilation des bâtiments. Des workshops sur l’adaptation des bâtiments d’élevage à la chaleur, sur l’agroforesterie et un webinaire sur la santé et le bien-être animal ont permis de vulgariser les connaissances.

Des indicateurs de confort thermique

Le groupe « carbone » a comparé différentes méthodes de bilan carbone des exploitations, dont Cap2R utilisée en France et Convis utilisée au Luxembourg. L’objectif était d'aiguiller les éleveurs vers un outil permettant de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Le groupe a également collecté des données pour le calcul d’indicateurs de confort thermique dans 16 exploitations pilotes. Celles-ci ont été équipées de capteurs pour collecter des données à l’extérieur et à l’intérieur des bâtiments. 700 000 données ont ainsi été collectées afin de documenter le stress thermique, mentionne le directeur adjoint du LKV. Celui-ci est apprécié par un indicateur combinant température et humidité, le THI. Connaître cet indicateur permet à l’éleveur de réagir lorsque le seuil est dépassé, en mettant en place des mesures à court terme (mise en route de la ventilation, distribution nocturne du fourrage…) ou à moyen terme (sélection d’animaux plus résistants à la chaleur).

Salon de l’herbe et des fourrages à Poussay (Vosges)

En vert et contre tout

Élevage

Publié le 17/06/2023


Une quinzaine de semenciers étaient présents, avec des microparcelles présentant leur offre en variétés fourragères. Chez Lidea, la division semences du groupe Euralis résultant de la fusion avec Caussade, la gamme comprend 1 200 plantes fourragères et plantes services, « aptes à couvrir toutes les situations et tous les contextes pédoclimatiques », dixit Aurélien Deceuninck, responsable marketing. Comme la plupart de ses concurrents, Lidea propose des variétés en pur ou en mélange, ainsi qu’une gamme bio. Le choix des espèces et des variétés se raisonne en fonction des objectifs de chaque éleveur : améliorer la ration en protéines, restructurer les sols et les enrichir en matière organique, produire de la biomasse pour alimenter un méthaniseur ou rénover une prairie en fin de vie. Quel que soit le type de prairies (courte, moyenne ou longue durée), la tendance est aux mélanges, indique Aurélien Deceuninck, citant l’exemple de CS Stock CTT et Lidgrass Clover, des mélanges à forte proportion de légumineuses ou CS Renov LTT, associant deux ray-grass anglais et du ray-grass hybride adapté à la rénovation de prairies.

Dans les grandes largeurs

Sous un ardent soleil, les fabricants et vendeurs de matériels de récolte des fourrages présentent leur matériel en fonctionnement sur des espaces dédiés. Chez Kuhn, c’est un défilé impressionnant de cinq machines qui est présenté et commenté par les spécialistes fourrage de la marque, en commençant par la faucheuse conditionneuse la plus large du marché, la FC 13460 RA. Une machine offrant jusqu’à 13,40 m de largeur de fauche et dotée d’un tapis regroupeur d’andains. Elle offre un débit de chantier important, ce qui la destine plutôt aux gros faiseurs, et une grande qualité de fauche permise par son lamier robuste. Suivent le combiné presse-enrubanneuse à chambre variable VPB 7190, élu machine de l’année au dernier Sima en raison de sa polyvalence ; la faneuse GF 13003 T, avec son chariot de 13 m de large, ses rotors de petit diamètre, sa grande simplicité de réglage ; l’andaineur à tapis frontal Merge Maxx 440 F combiné à un andaineur 4 rotors GA 13031, qui allie simplicité et débit de chantier. La présentation s’achève avec le combiné presse-enrubanneuse FBP3135 dont la chambre de compression à 18 rouleaux a été repensée pour lui permettre « de tout avaler ».

Chez Pöttinger, une présentation dynamique des matériels les plus récents ou innovants est également proposée : parmi eux, le nouvel andaineur à tapis Mergento VT 9220 et la remorque autochargeuse-ensileuse Jumbo série 8000. Cette machine, prévue pour les Cuma ou les ETA, offre une longueur de coupe de 25 mm. « Nous sommes les seuls sur le marché à proposer cela », souligne Dorothée Dutter, responsable de la communication de la marque. Cette coupe courte permet un meilleur tassement du fourrage au silo, ce qui en améliore la conservation et l’appétence. Autres avantages cités par Dorothée Dutter : un meilleur chargement de la remorque, qui permet d’économiser une personne sur le chantier et la possibilité d’utiliser la remorque pour le transport de céréales, de copeaux de bois, voire de paille de maïs.

Chez Krone, la principale nouveauté a pour nom Vendro C1120, une faneuse traînée attelable sur l’anneau du tracteur. « On peut l’utiliser sur un vieux tracteur de ferme, c’est l’avantage, souligne Rémi Chenevière, responsable marketing chez Krone France. D’une largeur de travail de 11,20 m, elle répond à la demande d’exploitations dont les surfaces augmentent et qui veulent travailler vite tout en restant compacte au transport. Le positionnement des dents, au plus proche de la roue, permet une grande réactivité au travail. Leur courbure contribue à créer « une belle nappe de fourrage », propice à sa dessiccation.

Tracteurs, services et petits matériels

En dehors des matériels de fenaison, nombreuses sont les firmes exposant d’autres matériels : outils de pâturage, matériel de régénération de prairies, de distribution du fourrage, de manutention… Valtra présente, pour la première fois dans le Grand Est, sa série Q, des tracteurs de 225 à 305 ch, constituant « un intermédiaire entre les très fortes puissances et les puissances moyennes ». Leur sortie était d’autant plus attendue que sur ce créneau de 200 à 300 ch, les ventes sont en nette progression, alors que les 100 à 150 ch ont atteint un plateau, mentionne Rémi Morin, responsable support marketing. La série Q combine maniabilité et performance et, comme l’ensemble des tracteurs chez Valtra, elle est disponible avec toute une panoplie de services qui vont du financement à la maintenance en passant par la capitalisation des données de travail.

Du côté des petits matériels, Ukal propose des caméras pour la surveillance des bâtiments agricoles et des animaux, qui permettent aux agriculteurs de travailler à distance de leur ferme avec une certaine sérénité. La société, installée près de Niederbronn-les-Bains, vend également des pompes pour l’abreuvement des animaux au pré, alimentées à l’énergie solaire ou par batterie. Trois modèles sont disponibles, de puissance variable. « La plus forte permet de pomper 7 m3 à 40 m », précise Léonie Sala, directrice marketing et digital.

Association régionale des industries agroalimentaires d’Alsace (Aria)

Eau, énergie : le collectif au service des économies

Vie professionnelle

Publié le 14/06/2023


« Nous sommes en train de travailler de manière collective sur le sujet de la consommation en eau », a annoncé Sébastien Muller, président de l’Aria, en marge de l’assemblée générale de l’association, le 25 mai à Strasbourg. Si certaines entreprises ont déjà mis en place des actions pour économiser l’eau, d’autres ont besoin d’être accompagnées. La mise en commun des réflexions et le partage des expériences proposés par l’Aria leur seront utiles, la rareté de l’eau étant devenu un sujet de préoccupation pour tous.

Les industries agroalimentaires du Grand Est prélèvent annuellement 100 millions de m3 d’eau pour assurer leur activité, selon une étude de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse remontant à 2017. À Saverne, la brasserie Licorne a déjà réussi à économiser 25 % de sa consommation grâce à la réutilisation de 92 % de l’eau chaude qu’elle produit. Chez Feyel-Artzner, à Schiltigheim, l’eau chaude qui sert pour la cuisson des produits en autoclave est elle aussi réutilisée pour laver le matériel de production, alors qu’auparavant, elle était refroidie pour être rejetée dans le réseau. Cette réutilisation en circuit fermé génère à la fois des économies d’eau et d’énergie, témoigne Patricia Houdebert, directrice marketing de l’entreprise. À la brasserie Kronenbourg, à Obernai, les efforts de sobriété sur 20 ans ont permis de ramener de 6 l à 3,70 l la quantité d’eau nécessaire à la fabrication d’un litre de bière, rapporte pour sa part Céline Nicora, responsable des relations institutionnelles Grand Est de Kronenbourg.

Dans ce domaine comme dans d’autres, l’Aria souhaite jouer le rôle de « relais et de tiers de confiance », souligne Sébastien Muller. L’association sensibilise notamment ses membres aux nouvelles possibilités offertes par le « Plan d’action pour une gestion résiliente et concertée de l’eau ». Ce plan, qui contient 53 mesures, a permis de faire sauter certains verrous, comme la réutilisation des eaux usées.

Une énergie verte et locale

Dans le domaine de l’énergie, les entreprises agroalimentaires réfléchissent également à une consommation plus raisonnée, quand elles ne s’engagent pas à produire elles-mêmes de l'énergie. Certaines d’entre elles ont déjà installé des panneaux photovoltaïques : c’est le cas d’Alélor, à Mietesheim, dont la production d’électricité est entièrement autoconsommée. « Quand vous construisez une nouvelle unité, à partir de 500 m2, vous êtes obligé de mettre des panneaux photovoltaïques », témoigne Alain Trautmann, son directeur. Sébastien Muller, qui dirige la choucrouterie Lepic, à Meistratzheim, a investi dans le photovoltaïque alors que l’autoconsommation n’était pas encore autorisée. « On avance avec les changements législatifs », résume Patricia Houdebert.

Pas besoin d’attendre les changements législatifs, en revanche, pour s’organiser collectivement. Dans le cadre de groupes de travail consacrés à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE), une réflexion sur la consommation d’énergie en circuits courts est en cours. L’objectif est de sécuriser l’approvisionnement des entreprises agroalimentaires en favorisant les contrats de gré à gré avec les agriculteurs détenant des panneaux photovoltaïques ou exploitant des méthaniseurs. En se fournissant en énergie verte et locale, les membres de l’Aria espèrent se mettre à l’abri des fluctuations de prix liées aux crises internationales. Un recensement des unités agricoles de production d’énergie est en cours, avec l’appui de la Chambre d’agriculture Alsace.

Un tel recensement avait déjà été effectué pour faciliter le « sourcing » local, suite à l’épidémie de Covid. L’Aria s’était associée au travail entrepris par la Chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole pour faciliter la mise en relation des acteurs locaux, à la recherche de matières premières de proximité. Ce travail avait permis à certaines entreprises agroalimentaires de développer des produits à destination du marché alsacien.

Association pour la promotion des asperges d’Alsace

Situation compliquée sur le marché de gros

Vie professionnelle

Publié le 10/05/2023


Si elle a démarré relativement tôt dans les secteurs précoces, la récolte des asperges a tardé à décoller en raison des températures fraîches de début avril. Au 25 avril, elle était bien lancée, selon Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion des asperges d’Alsace. « La vente directe est importante et prend de l’ampleur d’année en année. Le consommateur a pris le pli de venir acheter à la ferme et ça fonctionne très bien », rapporte-t-il.

Sur le marché de gros, en revanche, la situation est plus compliquée. « Nous sommes régulièrement en concurrence avec l’asperge des Landes et la pression est de plus en plus forte », constate Jean-Charles Jost. Les coûts de production et les conditions météorologiques, cependant, ne sont pas les mêmes en Alsace que dans le sud, souligne le président de l’association. « Nous avons de plus petites structures, notre parcellaire est plus morcelé et nos rendements sont moindres. Avec des charges plus importantes au kilo, on ne peut pas vendre au même prix que les Landes. » L’Alsace n’est pas la seule région affectée par cette concurrence : d’autres bassins de production ont du mal à vendre leurs asperges, indique Jean-Charles Jost.

Sans modération

L’Association pour la promotion des asperges d’Alsace, quant à elle, ne ménage pas ses efforts pour faire connaître les atouts de la production locale : sa valeur gustative et sa fraîcheur en font un produit de choix pour les consommateurs alsaciens et du Grand Est. Dans ces conditions, pas besoin de faire venir des asperges des Landes. « C’est un non-sens écologique et économique de faire faire 1 000 km à une asperge », insiste Jean-Charles Jost, en invitant à consommer l’asperge d’Alsace « sans modération ». Un message reçu par la représentante de la Région Grand Est, Irène Weiss, et le conseiller d’Alsace Jean-Philippe Maurer, et repris par le président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), Pierre Lammert.

 

Organisé au magasin de producteurs l’Ilot de la Meinau, à Strasbourg, l’afterwork s’est prolongé par une présentation des stands des partenaires de l’association et par une dégustation. De la salade d’asperges aux agrumes au cappuccino d’asperge verte et blanche à la tome en passant par les asperges au barbecue, celle-ci a permis à plusieurs chefs de faire la démonstration de leur créativité culinaire.

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